CORRESPONDANCE. LXXXIII
Venez donc nous voir, et puisque vous repartez de bonne heure, venez de bonne heure, afin que nous puissions causer à notre aise de mes billevesées éniditcs. On ne sait pas combien de temps nous resterons voisins. L*horizon roe parait bien obscurci.
Au plaisir de vous revoir.
Tout h vous,
SCHLEGEL
Coppei. 4S mai 4815.
Votre lettre, Monsieur, ne contient d'un bout à l'autre que des notes que j'ignorais complètement. C'est immense ce qu'il y a à apprendre. Mais je suis un jeune homme de bonne volonté, et je me formerai.
Il est singulier que le Codex Argenteuê se soit égaré si loin au nord. J'imagine que quelque roi ou chef des Francs, ayant fait ce butin dans une expédition en Italie ou en Aquitaine, en aura fait don au couvent de Werden. La copie peut avoir été écrite en Italie, en Espagne ou dans le midi de la France ; mais la traduction elle-même appartient sans aucun doute aux Goths proprement dits, et puisqu'elle suit le texte grec, elle doit avoir été faite antérieurement à la conquête de Rome , lorsque les Goths n'avaient des relations qu*avec Fempire oriental. L'Évangile d'Ulphilas est un chef-d'œuvre sous tous les rapports; il serait inconcevable qu'il eût été produit par un seul homme et d'un seul jet, depuis Vahc jusqu'aux termes théologiques les plus difficiles. Aussi je pense que cela se sera fait graduellement , et puisqu'on nous dit que les premiers Goths ont été convertis par les prêtres grecs emmenés prisonniers lors de la défaite de Décius, il est probable que quelques savants grecs auront mis la main à l'œuvre. 11 est amvé quelque chose de semblable en Russie : c'est aux missionnaires grecs que la langue russe doit un excellent alphabet et une culture précoce, tandis que les autres langues esriavones sont restées dans la barbarie et n'ont été écrites que fort tard.
Aucun autre ancien dialecte teutonique (excepté, mais beaucoup plus tard, l'anglo-saxon) n'a atteint la précision grammaticale de la langue gothique. En Allemagne on écrivait pour ainsi dire au hasard ; chacun peignait les sons maladroitement à sa guise, et d'après les variations infinies de la prononciation. Cest pourquoi Hickes a vainement essayé de donner la grammaire d'une langue qui, du propre aveu d'Olfried, n'en avait pas.
Du reste, les Goths ont de beaucoup devancé les autres peuples teutoniqoes dans la civilisation. Cela vient, je pense, de ce qu'ils n'avaient point habité les rudes climats du Nord, et de ce que, peu de temps avant leur