LXXXIV CORRESPONDANCE
apparition sur la mer Noire, ils avaient été en contact avec les nations civilisées de TAsie. Le nom de famille de leurs rois, Afnaliy est aussi bien indien qu'allemand. Je trouve aussi dans Ulpbilas plusieurs termes indigènes pour désigner des productions méridionales.
On s'est disputé si FÉvangile d'Ulphilas est écrit en allemand ou en suédois. Ce n'est ni Tun ni l'autre, c'est la mère commune des deux langues. Plus on remonte vers l'origine, et plus on voit les rayons divergents se rapprocher. Cependant il paraît que, dès la plus haute antiquité, les tribus germaniques se sont divisées en deux grandes branches : le bas allemarfd et le haut allemand; le dialecte des côtes et des plaines, et celui des montagnes, le saxon et le gothique. Le dialecte supérieur ne s'est conservé que dans fallemand, l'autre a produit les langues hollandaise, danoise, suédoise et anglaise.
Plusieurs savants, entre autres Adelung et mon frère, ont soutenu que les Francs proprement dits ont parlé un dialecte du bas allemand; mais je ne suis pas de leur avis, et je vous dirai pourquoi. La difficulté de fixer avec précision le dialecte que parlaient les Francs , lors de la conquête des Gaules , c'est que nous n'avons aucun écrit des temps mérovingiens, et dans l'époque carlovingienne le nom de latujue francisque était devenu un termo général qui s'étendait à tout leur vaste empire. Alors le haut allemand était la langue dominante, parce qu'une quantité de nations de la branche supérieure avaient été nationalisées Francs.
De l'époque antérieure il ne nous reste que quelques mots épars , les noms propres et quelques faits historiques.
J'aperçois une nuance totalement différente dans les noms anglo-saxons, mais les noms francs ne se distinguent en rien des noms gothiques, et beaucoup d'entre eux ne sauraient être expliqués que par Ulphilas.
Le pape Grégoire, en envoyant des missionnaires en Angleterre, demanda des interprètes à un évêque d'Angoulême. Gela prouve-t-il que les Francs parlaient le même dialecte que les Saxons de l'Angleterre ? Non ; il y avait deux colonies saxonnes en France, l'une près de Nantes , l'autre à Bayeux. Dans un capitulaire mérovingien sur la foire de Saint-Denis, il est question des Saxons qui la fréquentaient, etc.
Voici un autre fait. Le roi Chlodomer périt, étant tombé dans une troupe de Bourguignons qui l'appelaient et lui criaient qu'ils étaient des siens. Il ne put donc pas les distinguer par leur langage. Or, les Bourguignons parlaient la langue des Goths.
Je conclus de tout ceci que les Francs pariaient un dialecte intermédiaire, mais bien plus rapproché, de la langue gothique que de la langue saxonne.
Tout cela était destiné à être d«>veloppé dans mes vues historiques sur la formation de la langue française, dont j'ai presque abandonné le projet.
Je pense qu'on ne peut guère insister sur la langue que parlent aujourd'hui les Szekies, pour déterminer leur origine, puisqu'ils ont été près de mille ans sous la domination des Hongrois. Mais le témoignage de l'Anonyme de Bêla, que les conquérants les ont trouvés établis dans le pays, et ont fait