CORRESPONDANCE. XCIX
Zannoni m'a écril de son côté pour me remercier de lui avoir procuré votre connaissance. Ce que vous me dites sur lughirami est parfaitement juste. Les savants italiens ont en général le tact de Fanliquité classique ; ce qui leur manque, c'est la communication des idées ultramontaines. Avec leur horizon borné , ils sont sujets à se perdre dans les détails sans arriver aux grands résultats.
Si mon article sur la Niobé soutient la vue de Ponginal, il ne doit pas être trop mauvais. Vous avez raison ; j*ai confondu le bras droit et le bras gauche de la statue en question, et, d'après votre observation, j*ai corrigé cette erreur dans les exemplaires que je distribue ici. Je n'ai pas encore revu Visconti, depuis que je lui ai communiqué cette bagatelle.
Vous voyez sans doute M. Akcrblad; dites-lui bien des choses de ma part, et exhortez- le à faire un grand ouvrage de paléographie. Personne ne pourrait mieux traiter que lui l'histoire de l'écriture alphabétique. Vous m'obligerez l)eaucoup si vous vouliez le consulter en mon nom sur l'alphabet étrusque, s'il pense que les Étrusques l'ont reçu immédiatement des Phéniciens ou par l'intermédiaire des Grecs. De grâce, apportez-moi au printemps une petite note là-dessus. Vous voyez, je ne sais vous écrire sans vouloir tirer parti de votre indulgence pour mes lubies érudites.
Au reste, mes Éliusques sont entièrement suspendus ici. Je ne rêve que science brahmanique, et quoiqu'il soit diflicile de se soustraire tout à fait au tourbillon de la société, le plus que je peux, je me retire de bonne heure, et je suis à cinq heures du matin dans mes études sanscritanes. M. Chezy me prête ses secours ; M. Langlès ses livres et ses connaissances littéraires sur l'Inde. Le diflicile est de se procurer tous les livres dont on aurait besoin pour avancer , mais j'ai formé aussi des liaisons pour cela en Angleterre. Enfm, vous me revendez tout transformé en Pandit. Je souhaite bien savoir ce qui existe à Rome en fait de manuscrits sanscritans, soit à la Propagande, soit au Vatican, et surtout en quels caractères ils sont écrits. Je me suis borné jusqu'ici au seul Dcva-Nagari ; le Bengali , le Talinga , tout cela c'est la mer à boire.
M. Niebuhr doit être à Rome; nous ne nous sommes jamais vus ; il ne peut me connaître que par la critique de son ouvrage, et ce n'est peut-être pas la meilleure manière de débuter. Cependant, si mon anicle lui est parvenu, il aura trouvé , j'espère, que je lui ai rendu justice, quoique étant d'un avis opposé sur plusieiu^s points.
Si vous rencontrez M. et M™« Thomas Hope, je vous prie de me rappeler à leur souvenir, et de leur dire combien je regrette les soirées que je passais chez eux, il y a deux ans.
M"»* de Staël me charge de ses compliments pour vous et iM""® Favre. Elle a été constamment souffrante cet hiver, et d'autant plus que cela ne l'a pas empêchée de voir beaucoup de monde. Je me flatte que le printemps et la vie de campagne conviendront mieux à sa santé *. M™» de Rroglie est
1 M- de Slat^l mourut le 14 juillet 18i7. - Ed.