‹ Mélanges d'histoire littéraire (volume 3)Chapitre 28 sur 93 · CORRESPONDANCE. CI · texte numérisé non relu

CORRESPONDANCE. CI

plus dans le N«> 4880 que dans IVdilion de Mai. Je n'ai pas encore pu atlraper son livre : Miliin Ta, mais il Ta prêté à un ami qui est à la campagne ; peul-étre Taurai-je de Visconti qui vient de revenir à Paris, et que je n'ai pas encore pu voir.

Je pouiTais vous envoyer tout de suite ma copie faite, mais je la garde jusqu'à ce que j'aurais {sic) tout compulsé. Je vous prie donc de patienter ; cela serait bii^n plus vite achevé, si je pouvais aller tous les jours à la bibliothèque ; il est impossible de faire venir tous les manuscrits en question chez soi. D'ailleurs, je crains que tout cela ne soit un peu trop ample d'érudition pour la Bibliothèque Universelle. Au reste, il me semble, seulement d'après ce que j'ai vu, que l'abbé Mai a agi avec une singulière précipitation, et n'a point montré l'étendue de connaissances qu'on peut exiger d'un éditeur de pièces inédites. Quand on publie un àvéx^or&v, qui l'est resté précisément à cause de sa valeur médiocre , il faudrait au moins donner quelque chose de complet, et s'informer des meilleurs manuscrits, au lieu d'imprimer le premier qui vous tombe sous la main. Ce n'est pas pour la belle latinité je pense, qu'on veut lire celle Vie d'Alexandre , ni pour la véracité des faits non plus ; mais on veut approfondir l'origine de ces fictions qui ont eu tant de vogue dans le moyen âge , et cela ne saurait se faire snns remonter aux sources grecques. Je doute fort de l'origine pci*sane ; le récit de Ferdusi est lout différent. Vous recevrez prochainement une longue lettre snr tout cela qui vous prouvera au moins mon zèle.

J'ai repris mes études; c'est ma seule ressource dans les chagrins et Fennui de la vie. Je devrais bien composer quelque ouvrage, mais je ne me résous à écrire qu'avec une extrême difliculté. Même la multiplicité de mes projets est un obstacle, ou peut-être un prétexte de ma paresse. En Allemagne , on me demande mes recherches sur nos anciennes poésies nationales Le prince royal de Bavière ' m'en parle dans une lettre que je viens de recevoir. J'ai depuis longtemps perdu de vue les htrus(jues , cependant ils me tenteraient bien. Pour former un ensemble, il faudrait peutêtre élargir mon plan et faire des Origines Italiennes en trois parties : \° des anciens peuples d'Itidie en général; 2» des Étrusques; 3° des Romains.

J'ai eu un long entretien avec Haynouard , il a très-bien accueilli mes «ibservations ; il se propose bien de vous nommer et de vous témoigner sa reconnaissance en imprimant les poésies vaudoises. Ses travaux m'ont fait repenser à mon Essai sur la formation de la lam/ue française, et ce serait bien là la chose la plus indiquée pour mon séjour actuel. H faudrait faire cet essai ici ou peut-être dans le Limousin ; l'ouvrage sur les Nibelungen en Allemagne ; celui sur les Étrusques en Italie ; enfin, celui sur la littérature indienne à Bénarès. Mais malheureusement je n'ai pas à commander d'aussi longues années que les poètes et philosophes de l'Inde à côté desquels nos patriarches ne sont que des enfants.

Je vous prie. Monsieur, de présenter mes respects à Madame Favre. Si

I I»f|niislr IMJ Ij(»iiis. - fcV.

Cil CORRESPO!Vf)ANŒ.

vous avez des commissions ici, adressez -vous toujours à moi; je les ferai avec le plus grand plaisir. Mille amitiés.

Toul à vous,

SCHLEGEL

Paris, 24 oclobre 1817.

J'ai reçu voire lettre du i*''" oclobre, iMonsieur, et je suis confondu de votre savoir; M. Mai doit en être consterné. Olle recherche sur les histoires falmleuses d'Alexandre le Grand m'intéresse beaucoup, et je voudrais avoir plus de loisir pour m'y livrer. Mais mon objet principal est la putdication de l'ouvrage de mon illustre amie : nous en sommes toujours aux soins préparatoires*. Ensuite, je voudrais profiter de mon séjour ici pour avancer dans les études indiennes ; j'ai promis trois ou quatre articles de journaux qui devraient être faits depuis longtemps. Enlin, je me propose d'achever cet hiver mon Essai historique sur la fortnation de la langue française., et, pardessus le marché, je suis paresseux et je passe beaucoup de temps à tailler mes plumes et à épousseler ma table.

Toutefois, je continuerai de faire vos commissions de mon mieux. J'ai enfin attrapé le corpus ddicti , je veux dire le livre de fabbé Mai , et je m'en vais vous communiquer le peu que j'ai recueilli.

{j Itinéraire d'Alexandre, dédié à FEmpereur Constance, ne se trouve pas joint au livre de Julius Valerius, dans les trois manuscrits que j'ai inspectés jusqu'ici, c'est-à-dire N»» 1880, i877 et 8518. En revanche ou y trouve à la fin de la vie une lettre assez longue d'Alexandre à Aristote Cette lettre diffère de celle insérée dans le 3"^'' livre de Valerius, laquelle se trouve aussi dans le manuscrit 4880.

La latinité de ï Itinéraire, à juger d'après le peu que j'en ai lu, me paraît épouvantable. Mais elle est mauvaise par la recherche, par un entortillement de phrases, accompagné de l'impuissance de manier la construction d'après les vrais principes de la grammaire et de la logique ; et ces défauts se sont manifestés de bonne heure. En général le style latin ne s'est pas dépravé graduellement , mais par saccades. De temps en temps on est revenu aux bons modèles. Ces alternatives se font remarquer pendant toul le moyen iige. Au reste, l'abbé Mai a rendu la latinité encore plus mauvaise, en conservant soigneusement toutes les fautes du manuscrit. Il devait mettre p. i, I i, tempore au lieu de iempora, et p. 5, 1. 11, aul au lieu de ut. En re-

I II >.4|jil «li'> V.onsitUh'tilions sur If & )>rintii>au,r l'nhwfuents de la Hèvolution française , i\t M- (Ir >Uv\. piihlijv- en 181S par MM. Aujï. de SIhoI. ilr Hruglii' cl Srhlojï»^!. - Kd.

CORRESPONDANCE. Clll

vnDche, p. !2, I. l!2, il propose de lire humeris pour innuiHeris, Le sens est poiiiiant très-clair: etjo tamen audacter innumeris subeo; c je viens hardiment à la suite d'innombrables écrivains. » 1) ne manque pas décrire dampnnniy etc. Quelle puérilité! Comme si la mauvaise orthographe des copistes du moyen âge pouvait nous avancer dans la connaissance du latin classique! P. 19, 1. i, il devait corriger : festinum meafu.

Je ne vois point de motif de révoquer en doute l'authenticité de cet écrit; lf*s flatteries envers Constance me persuadent que c'est un ouvrage de cir- C4m»lance , vraiment dédié à cet empereur. Mais si l'histoire d'Alexandre gagne beaucoup à sa publication, c'est une autre question. 11 faudrait faire le dépouillement des nouveaux faits qu'il peut contenir, et examiner à quelles sources \h ont été puisés. M, Hase me dit que rilinéraire doit se trouver ici à ta Bibtiothèqw royale. Je verrai s'il y a moyen de remplir la lacune du manuscrit and)rosien

Voici la jolie histoire de Nectanabus , très-exactement copiée. Le Ms. 4S77 est sansdoiête le livre de Jnl. Valerim, mais fort abréf/é. CependatU, ce récit est si détaillé qu'il est à croire quil y a été inséré en entier. Si j'avais d'aliord eu connaissance du Cad, 8ùi8, je l'aurais préféré, parce qu'il est plus ancien 11 est complet au commencement, et j'ai déjà vu que les premières lignes citinrident avec le N* i877 et avec le grec.

Im lacune que l'abbé Mai a laissée dans le second livre de la vie d'Alexandre jH'ut être remplie par le Ms, 4880; mais si le même morceau se trouve dans le N» 8518 (je n'ai pu le feuilleter que légèrement , mais je l'aurai chez iMoii, cela sera de beaucoup préférable. Le iV 4880 est du nu date récente et fourmille de fautes; il est d'ailleurs jténible à compulser à cause de l'écriture serrée et des abréviations, fy découvre, en comparant le texte de Mai, une omission considérable au coniinencement du second livre, sans qu'il y ait une lacune. Dans le troisième livre tout l'article d'Orosiussur Alexandre est inséré. En général, les manuscrits varient à FinOni ; il s'agit de savoir s'il en est de même des manuscrits grecs.

Il me semble que M. Mai a fait de la Bibliothèque Ambrosienne une espèce d'étable d'Augias ; mais il ne s'ensuit pas de là qu'il soit un Hercule. 11 publie la traduction latine d'un livre dont l'original grec existe; il la publie d'après un seul manuscrit mutilé, tandis qu'il aurait pu remplir les lacunes et corriger une infinité de bévues et de barbarismes par la confrontation d*autn*s manuscrits. Il veut définir l'Age de Julius Valerius ; c'est encore tout de travers. Il est clair que la traduction est postérieure à l'original : de combien? cela est de peu d'importance. Il faut examiner le texte grec pour traiter cette question avec quelque solidité. Les arguments par lesquels l'abljé Mai veut faire remonter ce livre à la première moitié du quatrième siècle, me paraissent bien faibles. Car un auteur du moyen âge, dénué de critique, en transcrivant des auteurs beaucoup plus anciens , a pu copier machinalement des phrases qui disaient que tel temple, telle fête subsistait encore sans s'embarrasser des changements survenus depuis. Kn général , il y a d'étranges disparates dans ce livre : d'un côté , on y voit une tehite d'éru-

n V COR RESPOiN I) A NC E .

(lition classique, quoique rarement saDs alliage, et puis des contes pumls 4|iii décèlent une grande ignorance de Fliistoire J'explique cela en admettant que Tauteur a puisé en partie dans les historiens anciens, dont il arrangeait les récits à sa manière, H en partie dans des traditions populaires. Je croirais volontiers que Thistoire de Neclanabus était un conte répandu parmi le peuple en Egypte, et quVEsopus n*en a pas été Tinventeur. 1^5 connaissances classiques, les noms grecs, les allusions surtout à des mots grecs, que Julius Valerius a conservées , m'empêchent de croire que son original grec n'est qu une traduction d'un livre cophte ou égyptien. Mais il me parait assez probable que l'auteur ou le compilateur de l'ouvrage grec était un Grec d'Alexandrie. Dans ce cas-là , il faudrait bien le placer avant l'invasion des Arabes, et je n'y vois point d'objection.

I^a littérature Byzantine a été féconde en romans et contes populaires , qui ont eu ensuite de la vogue dans l'Occident. Tels sont le Dolofwlos ou les Sfipt Sages y les Entretiens de S(tlomon et de Mareulphey je crois aussi Florio et Blanchefleur. Quelques-uns de ces contes peuvent être venus plus loin de l'Orient. Un Anglais, Dunlop {Essay on thc oriffin of fin ion), a montré que la légende populaire de Josaphal et Barlaam a été écrite d'abord dans une langue orientale, si je ne me trompe, en syriaque. Mais il me paraît évident , par la nature du récit même, que le livre que nous avons sous les yeux n'a rien de commun avec les traditions persanes concernant Alexandre. wSir John Malcolm, dans son Histoire de Perse (2 vol. 4<». 1815), donne un extrait du récit de Ferdousi, d'après lequel Alexandre était le fils de Darab par la fille de Philippe, et par conséquent Persan. Malcolm dit à la vérité qu il existe en langue persane des volumes innombrable» sur Scander Roumi, outre le passage du Shab-Nameh ; mais je pense que les poètes postérieurs n'auront fait (pie broder les traditions du plus ancien , c'est-àdire de Feixlousi. Si donc un auteur byzantin du onzième siècle, Siméou Setb (le nom semble indiquer un JuiO, a effecti veinent puisé à des sources persanes un roman d'Alexandre le Grand , son livre doit être totalement différent de celui dont nous nous occupons. Mais celte notice généralement reçue, me parait peu viaisemblable en elle-même. Pour un livre en langue pcliiwi , qu'il aurait traduit ou imité, c'est trop laid ; pour un livre en jiersan moderne, c'est trop têt. Après l'invasion des Arabes, les livres écrites dans l'ancienne langue furent ou détruiUi par l'inlotérance maiiométane ou enfouis par les adhéinmts de l'ancien culte. Ferdousi a vécu vers Fan mille, mais je pense qu'alors la communication entre Conslanlinople et la Pei'se, qui avait été immédiate sous la dynastie des Sassanides, aura été entièrement rompue par l'empire des Cahfes. S'il y a janihis eu quelque connaissance de la litli^ralure persane moderne dans l'empire byzantin, elle s'y sera répan<Iue beaucoup plus tard, lorsque la poésie persane avait acquis de la vogue parmi toutes les nations niahométanes. Je ne vous parle pas <les traditions arabes tpii confondent Alexandre avec le prophète Dulkarnain, mcnlionné dans le Koran ; elles doivoul s'érarltu" encore bien davantage de h narrai ion grerqu»' ou égyptienne.

COHRESPONDANrR. CV

Je irai jamais eu le loisir i)o iirocciipcr des romans occidentaux français, aiigisiis, allemands et espagnols d'Alexandre , et je ne saurais vous dire jnsi|irà quel point ils coïncident avec le récit d*Ésope et de J. V:derius. La version espagnole est imprimée dans le recueil de Sanchez : Colleccion de ptt^sias nmîeUatïas aiUenores al siflo XIV. Si j'étais à Coppcl , je pourrais vous le fournir.

Je voudrais vous engager à ne donner qu'un article préalable dans la lUbliolhèque Universelle et à réserver tout le reste pour un écrit particidier dans le(|uel vous pourriez donner à vos recherches tout le développement nécessaire, publier les morceaux inédits qui manquent dans Mai, etc. Le mieux serait de venir pour un mois à Paris , vous trouveriez toutes les fa • rililt'-s dans les bibliothèques publiques. Je serais charmé d'y travailler avec vous.

A propos, demandez donc à M. Mai comment il entend la mesure de ces morceaux qu'il a fait imprimer en forme de vers. Je vois bien que la prophétie deSérapis, p. 4i, doit être en trimètres îambiques, et la généalogie en scazf»ns. Mais il y a là plusieurs vers qui ne sont pas mieux mesurés que ceux lie la Fausse Affues, et cependant Tt^diteur n'avertit pas ses lecteurs de ce dêsonire dans son manuscrit.

Que fera rabt)é Mai de ces fragments d'DIphilas? Assurément il n'est pas en état de les publier, h moins qu'il n'ait recours à son artifice habituel, cVî>l-à-«lire de ne point expliquer ce qui est fort obscur, pour cacher à ses lecteurs qu'il ne le comprend pas lui-même. Je ne crois pas qu'il y ait aucun savant Italien qui suiche la langue gothir|ue ' . Ce serait une affaire pour Akerblad ; mais il vaudrait encore mieux transmettre tout cela à M. Zahn. Je Tenlreprendrais bien moi-môme ; mais il me faudrait du temps. Pour des ty|»es gothiques, il n'en existe, je crois, qu'à Oxford ; ici , à l'imprimerie royale, il n'y en a point.

Voilà un bien long bavanlage , mais la faute en est à vous : pourquoi M rengagez- vous dans de pareils sujets? Mille amitiés. Je regrette bien nos entretiens.

Tiiul à vous,

.\. \V. DK SCIII.KCKL.

Adressez toujours chez M. le duc de Broglie.

iV octobre.

<Juoiipie le manuscrit 1880 soit de peu de valeur, puisque jeu ai copié un uion*t*au , y vous l'envoie. .J'ai corrij;é tariteuieul queltpws erreurs,

I V>i>r/4e|)eiMl.iiit la IcUn: XXM. -Éd.

CVI COHRBSPONDANCE.

j'en ai marqué d'autres à la marge , mais je n'ai pas entrepris de corriger par mes conjectures des leçons désespérées. En confrontant les manuscrits bous ou mauvais , Tabbé Mai aurait certainement pu donner un texle beaucoup plus correct, et on lirait cet ouvrage apocryphe moins péniblement. (,Ce fragment ayant été publié par Mûlier dans son édition du Pseudo- Callisthènes, nous l'avons supprimé. Voyez VAppendice de l histoire fabule une d' Alexandre. — Ed.)

Paris, 17 décembre 1817.

J'ai un million de pardons à vous demander, Monsieur; non-soulement j'ai tardé justju'à prés(;nt de répondre à votre lettre , dont je ne veux |>as raf>peler la date pom* ne pas aggraver mes torts, mais je n'ai pas fait encore vos dernières commissions savantes. J'ai été en effet fort occupé tout ce temps-ci. Vous connaissez le motif principal de mon séjour à Paris : les soins à donner à l'édition d'un ouvrage posthume, dont j'ai en même temps promis de faire une traduction allemande, continueront pendant tout le reste de l'hiver de remplir beaucoup d'heures dans la journée. Nous en sommes toujours aux travaux préparatoires , mais j'espère que rinq)ression pourra bientôt commencer. J'écarte exprès mes sujets favoris de recherches pour ne fias me distraire ; cependant, je n'ai pas pu m'empêcher de faire un petit livre depuis ma dernière lettre. Ce sont des Observations sur la langue et la littérature provençales relatives aux recherches de M. Baynouard. Cela fera une centaine de pages; tout est déjà achevé, aux notes près, dans lesquelles je compte reléguer l'érudition. Voyant que je n'aurais pas le loisir de terminer pendant cet hiver mon Essai sur la formation de la langue franîY/we, qui fera peut-être un gros volume, j'ai anticipé sur ce sujet , voulant donner une bagatelle qui pût intéresser les honnnes instruis en France, avant de quitter ce pays, (|ui sait? pour longtemps. Cela me fera, j'espère, un moins mauvais renom. J'ai communiqué mon manuscrit à M. Haynouanl, mais je ne l'ai pas encore vu depuis. Il est toujours à Passy, et absorbé par ses travaux.

Je persiste toujours dans mon avis que vous déviiez donner un court article à la Bibliothèque Universelle et traiter ensuite dans un écrit particulier la liliation d<^ traditions fabuleuses d'Alexandre. Vous ne seriez pas gêné pour res[)ace, et vous pourriez donner à ce sujet intéressant tel développement que vous voudriez. Si cela pouvait vous «Mijiager à venir à Paris, j'en sei-ais enchanté. Vous supposez que, parmi les manuscrits de la Hibliothègue royale, le A" iSHO porte seul le nom de J. Valerius. Mais il se trouve également

œURESPONDANCe. CVll

n tfi fin fh S^ Soi 8. Je m'en vais le confronter a ver le y^i880 et avec le plua nneii'n manuscrit grec. Je pense que les copistes ont pris de très graïKies lilierlrs, soit avec le texte grec, soit avec la traduction laliiic, ywvcy que re livre, même dans le moyen âge, ne jouissait pas d'une autorilé clas- Hjjue, et qu'il était considéré uoiqucniont connue un conte merveilleux sous le rapport de Tamusenient. Je profiterai de mes premiers loisirs pour répondre le mieux que je pourrai à vos différentes questions. Je remarque en pa>>ant que It père Andrèit s est trompé en faisant apporter les traditions runcernant Alexandre et même son nom en Espagne par les Arabes. // est hifn manifeste que le vieux poème espagnol est pui.-é à la source latine.

Au milieu de toutes mes autres occupations, je ne puis pas me résoudre à laisser mes Indiens tout à fait de côté, d'autant plus que je ne sais pas quand j'aurai Foccasion de lire des manuscrits comme je fais actuellement. JVspère bien faire quelque chose de cette étude dans la suite.

Je viens de recevoir une vocation aussi honorable qu'avantageuse : on m'offre une chaire à l'Univei^sité de Berlin. On m'invite à faire moi-même mes conditions ; ainsi je ne sais pas encore comment la négociation tournera. Mon projet favori était de me fixer entre Genève et Coppet. Il m'en coûterait beaucoup de m éloigner pour longtemps et peut-être pour toujours des lieux auxquels tant de souvenirs m'attachent. D'autre part , j'aimerais bien reparaître encore sur la scène littéraire dans ma patrie; il me faut un aiguillon d'activité, pour oublier mes chagrins et ne pas tomber dans une espèce d'apathie Vous ne sauriez vous figurer combien je suis étranger à tous les amusements de Paris, y compris la politique. 11 se pourrait que j' allasse à Berlin, en me proposant de revenir après quatre ou cinq ans chercher une retraite paisible sur les bords de votre lac. Si la Providence m'accorde encore quelques années, je pourrai bien alors me considérer comme un vétéran rude donatus.

Veaillez agréer. Monsieur, l'assurance de mon sincère attachement. Je vous prie de présenter mes respects à Madame Favre. On me charge de l)eai]coup de choses pour vous.

SCHLEGEL

Bonn , f '•'■ décembre 1819,

J*ai mille excuses à vous faire, Monsieur, des excuses fraîches, et d'autre» d'ancienne date. Ces dernières se rapportent encore à mon séjour à Paris. Je n'ai pas fait tout ce que j'aurais dû faire pour vos recherches sur Alexan-

CVIII COKRBSPONDANCE.

(Irc. Ccpeiulunt , je pourrais vous uiontrcr un grand uiorieau sur riiisloirc de Nectanabus, copié d'un manusciit que j'ai négligé de vous envoyer, Quand votre aimable lettre m'est parvenue ici , j'ai cru avoir été prévenu , car depuis longtemps je m'étais proposé de vous écrire. Je devais donc répondre tout de suite, mais il paraît que la négligence dans les correspondances les plus intéressantes est mon péché originel.

Je vous suis infiniment reconnaissant de votre extrait de mes obsci*vations. Les journaux français ont gardé sur mon écrit un silence dédaigneux ou mode.sle. M. Haynouard seul en a parlé dans le Jotirnal des Sttvatifs. J'avais cru que nous composions naturellement notre public à nous deux. Vous voilà en tiers, et je vous félicite de cette association. Je reprendrai un jour les Troubadours et les recherches sur la formation de la langue française. Ici , je n'ai point eu de matériaux. Je viens de faire imprimer un petit morceau sur l'état actuel de la philologie indienne. J'ai prié M. de Staël de vous en faire parvenir un exemplaire. C'<îsl écrit en allemand ; mais on pourrait le faire traduire, et je pense que cela ne serait pas déplacé dans la Bihliotftèque Universelle.

J'ai vu le nouveau spécimen d'I'lfdas. J'avais cru cette tache impossible à remplir pour im éditeur étranger. J'ai été étonné de voir M. Mai si bien au fait de la langue et de la grammaire gothiques. Je lui écrirai prochaine? meut par votre entremise.

J'avais grande envie de passer les dernières vacances d'automne en Suisse, mais je prévoyais que mes amis quitteraient Coppet de bonne heure et d'ailleurs diverses occupations me retenaient ici. La vie de professeur, en général , me plait assez. Je trouVe du plaisir à donner des cours; mais le climat de l'Allemagne ne me convient pas , et vous n'en serez pas étonné, si vous avez observé d'où le vent souffle. Si je la quittais, votre respectable patrie m'attirerait assez, et je pourrais bien m'y iixer. On uï'a fait autrefois la proposition d'y travailler à l'instruction publique. Dans cette supposition, je ne demanderais qu'un titre honoraire pom* me naturaliser et la faculté de donner des coins à mon choix. Faites-moi savoir si je puis me promettre un bon accueil. Croyez-vous que je trouverais un auditoire considérable à la longue? J'aurais im cercle de cotu's assez varié à offrir; des cours de littérature ancienne et moderne, de théorie et d'histoire des beaux-arts, d'histoire ancienne, d'histoire de la philosophie, etc.

Je n'ai pas besoin de vous dire que si je forme le projet de me (ixer à Genève, l'amitié que vous m'avtsj toujours témoignée est pour moi l'un des motifs les plus puissants. J'ai bien envie de reprendre nos communications littéraires et savantes. Rien de plus rare chez un homme qui jouit de tous les avantages sociaux , que ce goiil désintéressé des lumières et des études solides qui vous distingue.

Pardonnez-moi mon long silence, je vous en supplie. Monsieur, et ne prenez pas cette fois-ci votre revanche. Vous m'obligerez infiniment par (pielques lignes en répons<> à ma question.

Dites mille choses «le ma part à >l(^ssieurs Dumont, Sismondi, Pictel, et à

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