‹ Mélanges d'histoire littéraire (volume 3)Chapitre 4 sur 93 · XXVI · texte numérisé non relu

XXVI

bientôt jeter un nouvel éclat, lui étaient aussi familières que l'histoire de sa littérature. Il avait pris plaisir à étudier la vie et les luttes de ces vaillantes républiques du moyen âge, et, pendant que le joug impérial pesait sur Genève, et que le silence de l'uniformité et du repos se faisait autour de lui, le contraste l'avait attiré, et il aimait à vivre par la pensée dans ces époques à la fois turbulentes et glorieuses. La vie de Jean-Marius Philelfe était donc pour notre auteur comme un cadre dans lequel il pouvait grouper les noms et les faits les plus saillants de l'histoire du quinzième siècle en Italie. De là, les développements qu'il a donnés à son travaU. Ces développements sont en e£fet bien au-dessus du mérite douteux de Jean-Marius Philelfe, qui ne nous parait avoir eu que de la facilité à mal faire. Le manuscrit que nous avons suivi pour notre publication porte la date de 1810; ce n'est qu'une première rédaction, incomplète sur quelques points, et qui, dans la pensée de son auteur, devait être attentivement remaniée. Malheureusement il en fut pour cette vie de J.-M. Philelfe comme pourlaplupartdes autres dissertations de Favre. Une fois l'ensemble et les détails fixés, et ses recherches résumées, il fit rentrer cette biographie dans son portefeuille, et il ne s'en occupa plus que tout à fait incidemment Voilà ce que le lecteur ne devra jamais perdre de vue en parcourant cet essai. Toutefois, il lui sera facile d'y apprécier une rare et solide connaissance de cette génération de poètes, moitié gentilshommes et moitié bandits, que faisait alors éclore en Italie le soleil de la Renaissance. C'est le désir de conserver ces savants et curieux détails qui nous fait livrer, quarante-cinq ans après sa rédaction , cette vie de Jean-Marius Philelfe à la demi-publicité qu'elle reçoit aujourd'hui *.

* - Son fils (de François Philelfe) Marius, qui avait hérité de ses talents comme

Cela dit, il nous faut bien reconnaître en même temps qu'un événement domestique d'une très-haute importance pour le biographe de Jean-Marius Philelfe vint faire à ses préoccupations, précisément à cette époque, une diversion assez dangereuse, Favre avait épousé, en 1811 , W^^ Bertrand, et cette union, qui lui donna trente années de bonheur, acheva de calmer cette vie jusque-là si active, et qui se partageait avec tant de prodigalité entre le monde et les travaux de l'esprit. Depuis lors, elle s'écoula tout entière dans les joies de la famille et de l'amitié, les occupations bientôt reprises de son cabinet, et les devoirs envers son pays qu'il fit toujours passer au premier rang de ses plus chères affections.

Jusqu'à présent nous n'avons montré que le jeune homme et le savant; il est temps de faire connaître le citoyen.

Sous la domination française, qui cessa le 31 décembre 1813, Guillaume Favre n'avait rempli que les fonctions de capitaine de l'une des quatre compagnies de réserve. Après

de son mauvais caractère , devra peut-être une nouvelle célébrité aux recherches d'un des hommes les plus savants de notre siècle. M. Favre jetterait une vive lumière sur Thistoire littéraire de tous ces savants philologues, sur leurs riiiorolles et sur Tesprit qui les animait, s'il publiait la vie de ce Marins, qu'il a ocrite. » Sismondi , De la littérature du midi de V Europe ^ chap. XI (Tomel, p. 200, de l'édition de Bruxelles). — L'ouvrage de Sismondi fut publié en 1812.

Page 1