‹ Mélanges d'histoire littéraire (volume 3)Chapitre 42 sur 93 · ME DE · texte numérisé non relu

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réunir les chrétiens contre les infidèles. Son successeur, le vieux Galliste, était animé de deux passions, l'avancement de ses neveux et la guerre contre les Turcs. Les signes menaçants du ciel semblaient seconder la terreur qu'excitaient les armes des infidèles, et c'est a celte époque (1456) que parut dans toute son effrayante beauté la fameuse comète dont plus tard Halley calcula approximativement la marche et le retour. Profitant de quelques instants de paix dont jouissait l'ItaUe, Galliste songea sérieusement à attaquer les Turcs ; il équipa même une flottille *, sur laquelle, à force de menaces, il fit embarquer un cardinal^ en qualité de légat. Cette guerre était la pensée dominante du pape et même des gens de lettres ^ Mais les princes de l'Europe montrèrent peu de zèle. En 1457, les discussions d'Alphonse, roi de Naples, avec plusieurs États de l'Italie et avec le pape lui-même, la guerre qui commença entre l'empereur Frédéric in et les Hongrois, contrarièrent les projets de Galliste, qui ne pouvait souffrir qu'Alphonse , après avoir pris la croix ,

1 On croit que le célèbre Jacques Cœur avait au commandement sur cette flotte et mourut à Chio, en 1456. (Bonamy, Mém. de VAcadém. de$ Inscript. t. XX,)

• Voy. Ducas.

* François Philelfe n'avait cesse , dans ses écrits , d'encourager les princes chrétiens à faire la guerre aux Turcs, et de se plaindre du peu de succès de ses exhortations. Un de ses disciples, Lapo Birago, de Castiglionchio, avait écrit et dédié à Nicolas V un livre intitulé Strategetica , qui traitait de la manière de conduire cette guerre ; il existe encore en ms. (Tiraboschi, Sior. t. YI, il, p. 134.} 11 est encore à remarquer que Ton employa l'art naissant de Timprimerie à réunir les puissances chrétiennes contre les Ottomans. Les deux plus anciennes productions de l'imprimerie, ayant date certaine, sont une invitation faite à la chrétienté de prendre les armes contre les Turcs ^ écrite en allemand et portant la date de 1455, mais qui a dû être imprimée en 1454 (M. le baron d*Àrétin l'a découverte à Munich et Ta décrite dans Vindicateur littéraire universel, 1807. Voyez aussi JUagas, Encychp. 1810, t. II, p. 129.— i, F. Lichtenberger, Init. Typogr, p. 46,255. - Journ. Asiatiq. 18Î8, nove, p. 385-380); et, en date de 1454, Lettres d'indulgences de Nicolas V en faveur de ccitx qui contribueront à la défense de Chypre contre les Turcs. (Mercier, Supplém. à Marchand, p. 17. — Licht^nberger, p. 27. — Dibdin, Bibl. Spencer, 1. 1, p. 47 et t. IV, p. 573. — Léon de la Uorde, Nouv. rec/ierch. sur Vorig. de Vlmprim. Paris, 1840, 4^)

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eût d'autres intérêts que ceux de la guerre sainte. Mais , dans la même année, Alphonse et Calliste moururenl\ Le 19 août un nouveau pape fut élu : c'était iEneas Sylvius , ami intime de Fr. Philelfe , et celui-ci , dans les transports de sa joie, obtint du duc de Milan la permission de faire un voyage à Rome pour voir son ami qui, sur le trône pontifical, avait pris le nom de Pie H*. Philelfe , dans une de ses lettres', dit que ses deux fils, Marins et Xénophon , devaient l'accompagner ; mais on a déjà pu voir plusieurs fois que Marins se faisait sans cesse attendre, et il ne fit point ce voyage avec son père, qui fut reçu honorablement par tous les princes dont il traversa lesËtats\

Le nouveau pape, comme ses prédécesseurs, s'occupa de la guerre contre les Turcs , et indiqua à Mantoue une diète générale des princes de la chrétienté. Pour encourager les Grecs qui résistaient encore aux Ottomans , on envoya dans le Péloponèse au secours de Thomas Paléologue trois cents hommes levés par la duchesse de Milan et par le pape , et on leur donna de grandes espérances sur le résultat du congrès de Mantoue. L'empereur de Trébisonde, un prétendu roi de Perse, les princes d'Arménie et du Caucase se liguèrent contre les Turcs et envoyèrent des patriarches , des ambassadeurs et des lettres au duc de Bourgogne, qui, le premier des princes de l'Europe, avait pris la croix. Us demandaient qu'on se concertât pour attaquer l'ennemi commun en même temps en Asie et en Europe; mais, lorsque ces envoyés parvinrent à leur destination, les projets de croisade s'étaient déjk évanouis.

Le pape partit de Rome au cœur de l'hiver (le 22 janvier 1459) pour hâter par son exemple l'arrivée des princes ou de leurs députés au congrès. Il resta longtemps en route, et reçut partout des honneurs et des fêtes. Mais, lorsqu'il arriva vers la

( Mantori, Annal. d'Haï ann. 1456-1458.

« Lancelot, Acad. des Inscript, t. X, p. 722. 5 Fr. Philelf. Epist. p. 104 vo, nov. 1458. * Id. ibid, p. 104 v», 105 i*.

fin de mai à Mantoue, il ne trouva personne et augura mal de ce manque d'empressement. A l'ouverture du congrès, qui eut lieu enfin le 20 septembre , les députés de France et de plusieurs autres grandes puissances se faisaient encore attendre. Toutes les exhortations du pape pour réunir l'Europe contre l'impur Dragon*^ restèrent sans effet. La France était irritée de ce que le pape venait d'accorder à Ferdinand une couronne que la maison d'Anjou n'avait pas su défendre*, et des querelles sur des points de discipline ecclésiastique l'aliénaient encore du saint-siége ; le pape , de son côté , était irrité contre elle à cause de la pragmatique sanction. Cette inimitié des cours de France et de Rome , les troubles du royaume de Naples , les guerres d'Allemagne, celle de l'empereur contre les Hongrois, la politique de Venise, rendirent infructueux tous les efforts de Pie II. Aucune puissance ne voulut sacrifier son intérêt particulier à l'intérêt général. Le pape, après avoir arrêté certaines bases pour l'armement des chrétiens , après avoir fait nommer l'empereur Frédéric III général de la guerre projetée et remis la décision définitive de ces grands desseins k une autre assemblée, congédia celle de Mantoue, et quitta cette ville dans le mois de janvier 1460'. U parait que Pie II, voyant l'impossibilité de réaliser le projet de croisade contre les Turcs*^

1 Pii II EpUtoi apud Leodr. Cribell. p. 72 , in Huratori Script, t. XXUI : « Injustœ gentis domiaus, tetra potius bellua quam Rex appellandus, virosissi-

mus Draco dicendus potins quam Imperator, sanguinem humanum sitiens.

etc •

« Papon, Hist de Prov. t. III , p. 375 et suiv. — Ferdinand avait été couronné, par ordre du pape, à Barletta, le 11 février 1459, par le cardinal Orsinî.

' • Pii papœ secnndi oratio contra Turcos » Colonise per Ulric. Zel de

Hanau , circa H70, 4o, .. « Bessarionis episcopi Sabinensis, cardinalis Nicsoi et patriarchs Constantinopolitani orationes de bello Turcis inferenda • Parisiis, Ulric. Gering, 1471, 4o. — CcUalog, du duc de la Vallière, t II, p. 56.

— La Sema, Dict. t. II, p. 173. — « Oratio summi pontificis Pii secnndi pronuntiata Mantus. » (Mb. de la Biblioth. du roi de France, n<^ 8315, lat n» 10.)

— Leodris. Cribelli, De expeditione Pii Secundi in Turcas^ t. XXUI, des Rer, Ital. Script. deMuratori.

* Pie II chercha encore d'autres dédommagements à cet insuccès. Après le

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voulut au moins que le congrès de Mantoue servit sa haine contre les Français et affermit Ferdinand sur le trône de Naples. On lui reproche d'avoir employé à cet usage l'argent qu'il avait amassé pour la guerre sainte S et ce qui peut faire croire que ce pape n'était pas de bonne foi et avait un but caché , c'est qu'à l'époque de la prise de Constantinople , lorsqu'il était secrétaire de l'empereur, et lorsque les diètes de Ratisbonne, de Francfort et de Neustadt tentèrent de former une ligue européenne contre les Turcs, il pensait fermement que l'exécution de ce projet était impraticable et qu'il n'y avait aucune utilité à en espérer. On peut voir sur ce sujet une de ses lettres à son ami l'évéque de Padoue , dans laquelle il découvre le fond de sa pensée^, et la comparer à son discours' prononcé k Francfort, dans lequel il prêche la croisade^.

congrès de Mantoue, il écrivit sur la croisade un poëide dont le manuscrit existe dans cette ville. (Andres, Cptal. de* nu, Capilupi^ p. 50 51.) Ne pouvant attaquer Mahomet, il voulut aussi essayer de le convertir, et, se fiant à son cloquenee plus qu'aux armes, il lui écrivit dans ce but une lettre, ou plutôt un long traité de controverse, daté du t«r juillet 1460. On la trouve dans Raynaldus, Annal. EccL ann. 1461, n^* 44-112, et elle fut imprimée à part à Trévise, 1475, 40.

< Fr. Philelfe, dans une longue lettre adressée à Paul II, accuse Pie II de mauvaise foi, d'avoir dissipé et fedt servir à l'ambition de sa famille les trésors amassés par le pape Calliste, etc. (Fr. Philelf. Epi$t. lib. XXI II, page 157 vo, 158 ro.)

< iËneas Sylvius, Epist, lib. l, 127, p. 656 : « Mallem opinionem meam

esse falnssimam ac mendacis quam veri prophetœ nomen non spero quod

opto : uil boni menti meœ persuadere possum, etc.. » P. 657 : « Utcumque res seae habeant, manebo ad dictam diem Francfordiœ, et si non prodero reipublicœ christians, macerabo tamen me ipsum, et in vindictam meorum delictorum afOigam corpus et mentem. »

s i£n. Sylvius, Ep. 1. 1, 130, p. 678 et seq.

^ Sur le congrès de Mantoue, voy. Muratori, AnncU, 1458-1460. — Leodris. CribeUi, dans Muratori Script, t. XXIK.— Baronius, AnncU, 1458-1460. — Spondanus. — Platina, VU. Pi» //. — Villaret, Hw^ cte France, t. XVÏ, p. 102-107, 221 236.

Gfpendant il faut remarquer que, lorsque Pie H vit Ferdinand maître de Naples, il reprit ses projets contre les infidèles et mourut à Âncône vers le milieu de 1461, dans le temps où il rassemblait l'armée des croisés, et au moment de Tarrivée de la flotte vénitienne. Cette mort rompit en partie la croisade : néan-

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Les deux Philelfes furent les témoins du congrès de Mantoue; le père était à Rome lorsque le pape en partit \ Il revint promptement à Milan, et alla ensuite à Mantoue où il prononça un discours* au nom du duc de Milan'. François Philelfe quitta le congrès au commencement d'octobre. Marins y arriva vers la fin de l'année ; il avait laissé sa femme et ses enfants chez son père^, qui le recommanda aux secrétaires apostoliques Lolli et Âgapet et au cardinal Bessarion, en faisant l'éloge de ses qua* lités et de son savoir ^ Le pape, avant de quitter Mantoue, vit Marins Philelfe et lui offirit la charge d'avocat consistoricU qu'il ne voulut pas accepter^. L'espérance d'un établissement convenable k Venise parait avoir causé le refus que Marins fit de cette charge. Dès le mois de janvier 1460, Marins et son frère Xénoplion étaient k Ferrare, dont le souverain était revenu de Mantoue avec le pape. Le duc Borso témoigna par quelques dons son attachement aux Philelfes, et les deux frères formèrent le projet d'aller k Venise.

Cette république était alors un des plus puissants Ëtats d'Italie, et ce n'était que par des hgues que ses voisins se garantissaient de son ambition. Sa puissance était appuyée sur la

moins, les Vénitiens firent ane expédition en Horée, attaquèrent l'antiqae Lacédémone, mais bientôt en levèrent le siège. — Cosme de Médicis avait dit que tout vieux qu'était le pape, il faisait une entreprise de jeune homme.

* Fr. Philelf. Ep. p. 105 vo,

* Le discours prononcé par Fr. Philelfe a été publié par Mittarelli, BibL Ms. S. Mich. prope Muran, col. 888 et seq.

s Fr. Philelf. Ep. p. 108, lii v». Parmi les orateurs du congrès, il faut nommer Hippolyte, fille de François Sforce, duc de Milan , alors âgée de quatorze ans et élève de Baldo Martorelloetde Constantin Lascaris ; elle prononça devant le pape un discours latin qu'elle avait composé et qui excita l'admiration des assistants. Ce discours, tiré de la bibliothèque Ambrosienne, a été imprimé par Mansi, dans Pii II Oration. t. II, p. 192. Cette princesse épousa, en 1465, Alfonse,duc de Calabre, et mourut avant que son époux parvint au trône de Naples : on peut consulter sur elle, Àrgelati, Script. Med. iiibl. p. 1380, 1381.— Saxius, Hist. Lit. Med. p. 151.— Tiraboschi, Stor. t. VI, il, p. 132, 133, 167.

* Fr. Philelf. Ep. p. 112 ro.

B Id. ibid. p. 100.

« Id ibid. p. 189 v".

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double base des richesses et de la tranquillilé intérieure. Le commerce exclusif du sel, autrefois unique industrie de ses premiers habitants % les manufactures de cristaux, d'étoffes de soie el de laine, procuraient aux Vénitiens de grands profits ; mais la principale source de leur opulence était l'immense commerce qu'ik faisaient avec TOrient. Il remonte au delà du temps de Charlemagne , puisque les courtisans de ce prince tiraient des Vénitiens les habits de soie, la pourpre et les pelleteries dont ils se paraient*. Les précieux tissus ornés de broderies qui aux neuvième et dixième siècles venaient de Constantinople et d'Alexandrie en Italie, y étaient apportés par les négociants de Venise et d^Âmalfi'. Les services que les Vénitiens rendirent aux empereurs grecs, leur valurent d'avantageux privilèges qu'ils défendirent et augmentèrent par la force des armes. Malgré les Pisans et les Génois, et souvent malgré les empereurs, les Vénitiens firent prévaloir leur commerce à Constantinople, et fmirent , de concert avec les guerriers de la quatrième croisade, par s'emparer de cette superbe cité. Lorsque les Grecs reprirent, en 1261, leur capitale sur les Latins, Michel Paléologue y retint les Vénitiens, les Pisans et les Génois, et leur permit de se gouverner par leurs lois sous sa protection. Mais il l'accorda plus particulièrement aux Génois qui étaient ses alliés et qui l'avaient aidé dans ses entreprises. Il leur donna en fief le faubourg de Galata"^. Bientôt ces marchands devinrent plus puissants que les empereurs n'auraient voulu , et ils s'emparèrent du commerce de la

t Cassiod. Var. XII, xxiv, p. 185, éd. Garet.

* Mouach. S. Galli, De reb. Carol. magn. lib. II, c. xxvii, p. 133, dans le recueil de Boaqaet, t. V : •• Ceteri vero, atpote feriatis diebus, et qui modo de

Papia yenissent, ad qaam naper Venetici de transmarinis partibus omnes Orientalinm divitias advectassent, Phœnicam pellibus avium serico circoindatis, et pa- Tonum collis cum tergo et clunis mox florescere incipieDtibus, Tyria purpura. Tel diaoedrina litra decoratis, alii de lodicibas, quidam de gliribus circumamicti procedebant... etc.. »

* Luitpraod, Légat, ad yicephor. p. 487, dans Muratori, Scripl. t. II.

* Lodovico Sauli, Colonia dei Genovesi in Galata, Torino 1831, in-So, 2 vol.

Mer Noire à Texclusion des Véuiliens, des Pisans et des Grecs eux-mêmes. Alors les industrieux Vénitiens s'adonnèrent au commerce de l'Orient et de llnde par la voie d'Acre et par celle d'Alexandrie * ; depuis longtemps ils venaient dans cette dernière ville pour vendre des esclaves, dont une partie étaient chrétiens^. Ils trafiquaient encore sur les côtes et même dans l'intérieur de l'Afrique. En 128i, la bataille de la Meloria, gagnée par les Génois, porta un coup funeste k la prospérité de Pise ; les guerres de cette ville avec la ligue toscane et ses dissensions intestines ne lui permirent plus de reprendre sa puissance". Un siècle plus tard, la guerre de Chiozza entraîna la décadence de Gênes et éleva les Vénitiens. Depuis lors ces derniers furent les seuls dominateurs du commerce jusqu'au moment où la découverte du passage du cap de Bonne-Espérance le donna k d'autres nations*^.

A l'époque dont nous nous occupons, Venise était d'autant plus opulente ^ que la prise de Constantinople par les Turcs avait détruit les restes des établissements des Génois dans cette ville et dans la Mer Noire. Il n'y avait que Florence dont les

* i 3i3. Traité de Venise avec le sultan d'Egypte. (Dandolo, Chron. dans Moratori. Script, t. XII, p. -418.)

* Maratori, Antiq, Ital, Med. JEv, 1. 1, diss. XXX, p. 883.-^ Cet odieux commerce d'esclaves chrétiens fut l'objet des défenses et des sollicitudes de Charlemagne et des papes. Les Vénitiens, les Grecs et même les Français le pratiquaient. Il y avait à Verdun une fabrique d*eunuques. ( Luitprand, Vf, 3 : « Carsamatium autem Grœci vocant, amputatis virilibus et virga eunucfaum, quos Verdunenses, ob immensum lucrum facere soient et in Hispaniam ducere,») Voy. De Guignes, Acad. des Inscript, t. XXXVII, p. 485.

» 1290. Ruine du port de Pise par les Génois et décadence de Pise. Voy. J. Auria. Annal. Gen. dans Muratori, Script, t. VI, p. 599.

^ Voy. sur le commerce de Venise, Marin, Stor, del eommerc, de* Veneiiani, Venez. 1789, 7 vol. — Muratori, Antiq, Ital, t. II, p. 883-905. — Dubos, Hist. de la ligue de Cambrai^ t. II, p. 443-480. — Formaleoni, Stor, del mare Nera, c. xix-xxi. — Robertson, Recherches sur l'Inde, — Sismondi, Hist. des repu-- Uiques italienneSy t. VI, p. 92-99. — Heeren, De l'influence des croisades^ in-8«. — Sur les conquêtes des Vénitiens, spécialement dans la première moitié du quinzième siècle, voy. Koch, Tabl. t. Il, p. 58.

« Voy. Denina, Révol d'Haï, liv. XVIII, c. vi.

richessespouvaicnt être comparées à celles de Venise, et elle les avait acquises par un genre de commerce tout différent. Florence les devait à ses manufactures et à la banque qui , dans un temps où l'intérêt de l'argent était fort élevé, donnait des profits immenses. Mais si Ton peut assimiler ces deux républiques sous le rapport des richesses, elles offrent une grande différence au point de vue du gouvernement et de la culture de l'esprit. L'intérieur de Venise, depuis la formation de son aristocratie ', offrait une tranquillité qui n'était que l'effet de la nullité dans laquelle la noblesse tenait le peuple. Quelques soulèvements contre cette aristocratie n'avaient fait que l'affermir par la création du redoutable et despotique Conseil des Dix. Sans cesse occupés de projets ambitieux ou de spéculations mercantiles, les Vénitiens cultivèrent peu les lettres. L'art sombre de la politique qui dominait cet Ëtat était remplacé à Florence par un véritable esprit public. Le gouvernement de Florence était le plus démocratique de l'Italie, et favorisait dans toutes les classes de citoyens le développement de tous les talents et de toutes les vertus. Le commerce y était exercé avec plus d'élévation d'âme qu'à Venise ; il fut souvent employé à favoriser les lumières, et nous avons déjà remarqué que l'Europe doit à cette ville la connaissance de la littérature grecque *. Des Florentins avaient même servi les lettres à Venise ; Pétrarque avait donné une partie de sa bibliothèque à cette ville, et Gosme de Médicis, pendant son exil, y avait formé celle de Saint-Georges '.

n semble que le gouvernement vénitien ait redouté l'effet des études : il voulut tout au moins en éloigner le centre de la

• Ann 1297*1310. — Sismondi, HUt, des républiqueM italiennes^ c, xxvni.

* Les premiers historiens en langue Tolgure furent florentins. Ricordano Malespina écrivit au treizième siècle, ainsi que Bruuetto Latini. Dos l'an 1 3()2 le Florentin Fr. Landini avait été couronné poëte, à Venise, par le roi de Chypre et le doge Laurent Celsi. (Degli Agostini, Scritt. Viniz. t. I, prefaz. page xvii.)

' Sur la bibliothèque construite par Gosme, voy. Bandini, Cat. Bibl, iMurent, t. 1, praïfiit.

capitale. Lorsqu'on 1406 les Vénitiens devinrent maîtres de Padoue, ils conservèrent son université, déjà célèbre au quatorzième siècle, sous la maison de Carrare. Ils transportèrent à Padoue les écoles de Trévise, fondées environ un siècle auparavant, et défendirent d'enseigner les lettres et les sciences ailleurs que dans la première de ces villes \ Peu à peu la capitale fut exceptée de cette défense, puisqu'on y trouve quelques célèbres professeurs ^ ; mais lorsque Marius Philelfe y arriva, en 1460, Venise n'avait point encore d'université, et ce ne fut que dix années plus tard que le pape Paul II voulut que sa patrie jouit de cet avantage, et même depuis lors le Sénat exigea encore qu'on ne pût prendre qu'à Padoue les degrés de docteur en droit et en théologie*.

Le goût des études avait cependant pénétré dans Venise * : plusieurs patriciens les cultivaient malgré leurs occupations politiques. François Barbare, disciple et ami de Guarino, leur avait donné l'exemple à cet égard. Au milieu de ses emplois et de ses ambassades, il s'était acquis une grande réputation par ses ouvrages, et une plus grande encore par la protection qu'il accordait aux sciences et aux savants '^. Cet homme siremar-

* Par ane loi (quelle est sa date ?) les patriciens de Venise, pour parvenir aux emplois, étaient astreints à Tobligation d^avoir été reçus docteurs a Padoue. (Bettinelli, Risorg. 1. 1, p. 249.)

< Dans les premières années du siècle, Guarino de Vérone avait attiré la nation entière à ses leçons. (Rosmini, Vit. di Guarino^ p. 12.)

5 Tiraboschi, Stor. VI, i, p. 60-62. — Degli Agostini, Scritt. Viniz, t. I prefas. p. L et seq.

* Pétrarque avait donne une partie de sa bibliothèque à Venise pour qu'il en fût formé une bibliothèque publique. (Italdclii, Vit. di Petr. page 139, not. — G. degli Agostini, Stor, degli Scritt. Vinix. t. l, prefaz. xxviii-xxxi. — Morelli. Délia libreria di S. Marco, cap. i.) Ce n'était du reste que la moindre partie des livres de Tillustrc poëte ; le plus grand nombre fut dispersé après sa mort en Italie et en France. Ceux légués par lui à Venise furent oublies, dans une chambre de l'église de Saint- Marc, pendant près de trois siècles; le catalogue des livres qu'on y retrouva eu 1635 se lit dans le Petrarcha redivivu* de Tommasino.

* François Barbaro écrivit au Pogge pour lui oflrir de contribuer de sa fortune à la découverte des manuscrits. (Degli Agostini, Scritt. Viniz. t. l, pref p. xxxv.)

qiiable était mort en janvier 1454 \ On distinguait parmi les nobles de Venise un François Contarini, professeur de philosophie et savant dans les lettres et les antiquités ; en 1454 il commanda l'armée envoyée aux Siennois contre les Florentins, et écrivit l'histoire de cette guerre*. Paul Morosini, qui fut un théologien profond , servit en même temps sa patrie dans pinceurs ambassades '. Bernard Justiniani était renommé par son éloquence : la république l'envoya fréquemment vers les puissances étrangères, et notamment à Paris k l'avènement de Louis XI * ; il est encore célèbre pour avoir le premier essayé d'écrire l'histoire ancienne de sa patrie \ Dix années avant l'arrivée de Marins Philelfe à Venise, les leçons de philosophie de Lauro Querini, natif de Candie, mais d'une famille originaire de Venise, attiraient tant de monde, même pendant la peste, qu'il fut obligé de les donner sur la place publique, et qu'il raconte en plaisantant qu'il redoutait que le Sénat n'en prit ombrage®. Depuis quelques années la république de Venise jouissait de la paix sous le gouvernement du doge Pascal Malipiero, et François Philelfe encouragea ses fils à aller dans une ville qu'il regardait comme un port assuré pour les gens de lettres ^ Il joi-

* Qairini, DtcUrib. ad F. Barbar. Epist. p. 541 et seq. « Tiraboschî, Slor. t. VI, ii, p. 47, 48.

-» !d, ibid. t. VI, i, p. 233.

* Ap. Zeoo, Diss. Vost. t. Il, p. 156.

» Tiraboschî, Stor, t. II, p. 52, 53.— Foscarini, Délia Lett. Venez, p. 159.

— Sar les gens de lettres de cette noble famille^ voy. Raph. Volater. Comment. lîb. XXI, p. 245 yo, edit. Basil. 1544, în-fol. — Bernard Justiniani rapporta de France la version que Laarent Valla avait faite en prose latine de riliade d*Honicre. Elle fut imprimée à Brescia viii kal. decemb. 1474, et Jastinien Lusago la dédia à B. Justiniani. (Quirini, De Brixian. Litter. part. 2<, p. 298 et seq.

— Qoirini, EpUt. ad Saxium, p. 7-8. — Audiffredi, CcUal. edit. italic. p. 138.) Cette versiou fut la première qui fut imprimée : seulement quelques livres de riKade avaient été traduits par Nicolas de Valle, et après sa mort J. Philippe de Ltgnamine les imprima à Rome quelques mois avant Tédition de Brescia. (Tiraboschi, Stor. dell. Lett. Ital. t. Vl, p. 834. — Audififredi, Çatal. edit. roman. p. 161 .) La première édition du texte grec d*IIomère est de Florence, 1488.

fi Barbar. Epist. Appendiz, p. 65.

' Fr. Philelf. Epist. p. llOr». Xenophonti filio : • Profectionem ad Venetos

gnit k son consentement des lettres pour les amis qu'il avait à Venise S parmi lesquels on peut nommer Marchesi Varisino, envoyé du duc de Milan, et Bernard Justiniani, dont le père Léonard, si zélé pour les lettres, avait autrefois appelé François Philelfe en Italie. Marius Philelfe trouva k Venise Georges de Trébizonde, Pierre Perleoni, ancien ami de son père, et un jeune et noble Milanais, nommé Léonard Griffi. Ce dernier était élève de François Philelfe, qui lui était fort attaché; il devint un des plus élégants poètes latins de son siècle, et parvint ensuite à l'archevêché de Bénévent*. Ces protections facilitèrent à Marius le moyen de développer sa science et ses talents; il parut devant le doge et devant le Sénat, et dicta, sans aucune préparation, k trente-deux secrétaires des compositions sur autant de sujets différents qui lui avaient été proposés sur-lechamp. L'improvisation était le véritable talent de Marius; l'incorrection et la précipitation qu'il ne pouvait s'empêcher de mettre k tout ce qu'il faisait, paraissaient moins dans cet exercice littéraire, qui a en lui-même quelque chose de merveilleux, que dans tout autre genre de composition. La facilité et la mémoire incroyables de Marius sont attestées par Lilio Giraldi, qui en tenait les preuves d'un fils de Xénophon Philelfe*. Après

non possam non probare. Nam goli Veneti mihi visi sunt, hac tempestate, in Italia, qui virtatem colant. Reliquœ vel civitates vel principatus stationes sont, non portus. De me volo, meo nomine, verbum nuUom facias. Prœterea te ac item Mariom moneo atque hortor et pro jure paterno vestrum utrique jubeo, ne quid agatis temere, ne quid insolenter. Si modestia volueritis et gravitate uti quietissima istic Tobis et commodissima 8edes parata est, eaque perpétua. Marchesium meum bene valere opto. • Ex Mediolano m kal. febr. 1460. — Voy. aussi une lettre à Marius, ibid, p. 1 10 yo. — Fr. Philelfe avait une grande idée des Vénitiens et de leur générosité. Voy. sa lettre à Perleoni, ibid. p. 99 y^.

* Fr. Philelf. Kpist. p. 110 roety».

« Id. ibid. p. 110. — Argelat. p. 710. — Tiraboschi, Stor. t. VI, ii, p. 205. — Sur le poëme de Griffi, voy. Muratori, Script. XXV, fin.

' LU. Girald. De poet, dialog, i, t. IT, p. 533 oper. : > Paratissimo fiiit ingenio et memoria quadam incredibili : nam ut ipse ex Cyro. . . andivi, uno pêne stans vestigio, centum per ordiuem materiam proponentibus, confestim cuique quo proposita fuerant ordine, carmina referebat. Longe tamen hic in coronis promptior quam scriptis cognitus est. »

JEAN-MARIUS PiULELFE. 89

avoir improvisé devant le Sénat, Marius remit au surlendemain répreuve qu'il devait subir sur son talent pour enseigner. Il eut dans ce nouvel examen un succès égal au précédent, et mit par là le sceau k sa réputation. Son père éprouva la joie la plus vive en apprenant ces heureuses nouvelles : il écrivit à ses amis de Venise pour les remercier de leur protection , et les prier d'exhorter son fils à mériter et à augmenter ses succès par le travail et l'assiduité ^ Il écrivit en même temps k Marius, et c'est par ces lettres que nous apprenons la double gloire que Marius s'était acquise. c< Tu dois comprendre, » dit François Philelfe à son fils, « tout le plaisir que j'ai ressenti. Quelle voix est plus « douce k l'oreille d'un père que celle de la brillante renommée f( d'un fils qui donne un nouvel éclat au nom paternel? Contic< nue, mon fils, comme tu as commencé. Tu habites la plus « riche, la plus noble et la meilleure des villes qui sont sous le a soleil. Rien ne manquera k ta fortune ou k ta gloire, si tu ne « te manques pas k toi-même. Les Vénitiens sont les plus polis (f et les plus généreux des hommes : ils montrent tant de granct deur d'&me et tant de penchant k faire le bien, que, même « en les servant, on jouit de la plus grande liberté. Oublie le « reste du monde, et, si tu sais te conduire, tu trouveras où tu c( es l'asile le plus paisible et le plus avantageux. » Il l'exhorte ensuite au travail et k l'assiduité ^. On apprend par la même lettre que Xénophon s'était décidé k aller k Raguse, et que leur père aurait désiré que ces deux frères eussent réuni k Venise leur existence et leurs études. Le Sénat de Venise prit une si haute idée de Marius Philelfe, qu'il créa pour lui une chaire de professeur d'éloquence et de philosophie, dont les émoluments furent payés par le trésor public \ et le doge lui-même

> rr. Philelf. Ep, p. 111 v», llj r».

* Fr. Philelf. Ep.p. 112 r».

s Fr. Philelf. Ep. p. 113 ro. - . . . Marias filius. . . a florentissimo Venetorum Senata honorifice coDductus ad docendum Venetiis oratoriam et philosophiam. Id auteui pluris faciaudum existimo, qiiod antea nemini unquam contigit. . . ••

devint son priucipal protecteur ^ Marias revint momentanément à Milan pour prendre sa femme et ses enfants, qu'il conduisit à Venise, dans la persuasion qu'il allait s'y établir pour toute sa vie.

Depuis longtemps on désirait une histoire complète et suivie de la république de Venise ; cet ouvrage n'avait point encore été tenté, et l'on ne pouvait lire ses guerres et ses révolutions que dans d'informes et arides chroniques. Louis Foscarini, noble et savant vénitien, conçut le projet de faire jouir sa patrie de cet avantage', et, en 1460, il proposa au Sénat de charger le

Cette lettre est adressée aa célèbre Jean- Pierre Arrivabene, que PhUelfe appelle Eutychius.

» Fr. Philelf. Ep. p. 115 v» : Pascal! Malippœrio, daci Venetiarum «... Habeo autem ingentes et sempiteroas gratias, tum excellentiœ tuœ, tum universo Senatni, qaod dîlectissimum filium meam Marium, huic tanto et amplissimo docendi mnneri prœfecistis. Quod etsi per sese magnum est et prsclarum, eo tamen plaris faciendum, quod ante id temporis alteri nemini Venetiis contigit, ut pablica pecunia ad hujus modi institutum couduceretar. De filio autem, ut verecundios loquar neoesse est, ne in eo landando yidear mese glorîœ favere. Unnm tamen ausim affirmare me neminem in hanc diem cognovisse, qui ceqne ad summum atque Marins filius et ingenio simul vigeret et memoria. Nam quantum doctrina yaleat et facundia, ipse de se locupletissimum afferet testimonium. Et iUud certe mihi jucundissimum est, quod qnas ego splendissimo Venetorum Senatai maximas debeo gratias, ob pristina ac plurima in me bénéficia, eas Marins mens, si re fortasse minus, industria tamen et Yoluntate cumulatissime reléit. Aocedct autem ad summum beneficentiœ cumulnm , si hune etiam, mca causa, tibi carissimum esse animadverto. »

* Pierre-Paul Vergerio Tancien a^ait écrit sur Torigine de Venise un ouvrage qui s'est perdu et n'est cité que par Bernard Justiniani. Le Pogge avait eu Pidée d'écrire l'histoire de cette république, et de mériter par cet ouvrage d'en être reçu citoyen. Les instances que Louis Foscarini fit au Napolitain Porceliio ne produisirent que des mémoires sur la guerre que Jacques Piccinino avait faîte pour Venise au duc de Milan en 1452 et 1453 ; la seconde partie de cet ouvrage est dédiée au doge Foscari. (ApostoL Zeno. Diss, Vos*, t. î, p. 18, 19.) Louis Foscarini chercha aussi à exciter à entreprendre cet ouvrage Damiano de! Borgo (G. degli Agostini, Stor. degl. Scrilt, Viniz. 1. 1, p. 75), Jacopo Etagazxoni, Vénitien, et enfin le célèbre Flavio Biondo qui, ayant été admis au rang de citoyen vénitien, avait écrit (1454) un petit ouvrage sur l'origine des Vénitiens. Foscarini, en revenant du congrès de Mantpue, voulut faire nommer Flavio Biondo historiographe de la république. Dès que ce dessein fut divulgué, trois littérateurs distingués disputèrent cet honneur à Biondo : c'étaient Marins Philelfe, Georges de Trébizonde et Pierre Perleoni ; chacun d'eux eut ses partisans dans

JBAN-MARIUS PUILELFE. 91

célèbre Flavio Bioodo de cette honorable commission. Peutêtre la prudente politique du Sénat aperçut-elle quelque danger caché dans ce projet ; le fait est que les avis ayant été partagés sur le choix d'un historiographe, il resta sans exécution. Ce dessein , dès qu'il fut connu , mit en rivalité Marins Philelfe, Georges de Trébizonde et Pierre Perleoni, qui tous les trois se présentèrent pour remplir les intentions de Foscarini S et briguèrent à l'envi l'honneur d'être choisis. Bientôt après Marius Philelfe, malgré ses précédentes résolutions, céda k son inconstance et il se disposa k quitter Venise ; mais ce ne fut pas sans avoir pris sa part des tracasseries que leur rivalité suscita entre les trois prétendants. Ce fut sans doute à cette occasion que Marius écrivit contre Georges de Trébizonde la grossière invective qui se lit dans ses poésies ^. Perleoni, qui

le Sénat, et le projet de Foscarini demeura sans exécution. (Foscar. Lett. Venez. 327-231.— G. degli Agostini, Notix. degli Scritt. VinizA. I, p. 73-77. — Tiraboschi, t. VI, p. 714. — Quiriui, Diatr. ad Barb. SpistoL p. xciij.) — Vers le temps où Foscarini fut gouverneur du Frioul (1461), Marius et Georges quittèrent Venise, et Perleoni se découragea; alors Foscarini reprit ses projets sur Biondo. Voy. la lettre de Foscarini, citée par degli Agostini, Scritt, Viniz. 1. 1, p. 76, adreieée à Biondo : • Tempns posteaquam ex Mantua discessimus nobis tacendum

▼isom fuit Cum primum ex legatione Venetias applicui, ccepi nostrorum

Senatomm mentes perquirere et ipsis persuadere, qaod cum integerrimo pâtre Hieronymo Barbadico, mecumque sentirent, quos dtversoram stadiorum cogno- ▼imus, quia aderant Georgius Trapezundeus, Petrus Perleo, Marius Philelfus mUes, qui certatim et gratiis se pulcherrimo muneri o£ferebant. Noluimns publiée edictum de industria tua eligenda proponere, ne concurrentibus mnltis, neglectam Senatus Venetus operam tuam haberet, quam non suspirasset habendam. Intérim Forum Julii meœ fidei commendatnm est, quo tempore cessarunt Georgius et Marius : Petrus tepescere videtur. Quapropter ego in dies magis ac magis accendor, et tempus proficiendorum votorum nostrorum advenisse censeo. . . »

Malheureusement pour les projets de Foscarini et pour l'histoire de Venise , Biondo lui-même mourut bientôt après (4 juin 1463).

* Voyez une lettre de Foscarini où il trace son projet ; elle a été publiée par G. degli Agostini, Scrittor. Vinizian. t. I, p. 76.

• Le titre de ces poésies est : Jo. A}farii Philelphi, Francisci fiUi» poetœ latini Epiiomata, ad Sigismundum Halateslam^ Wolferbyti 1662, in- 12. - L*épigramme en question se trouve en extrait dans G. degli Agostini, 5cri7/. Viniz, t. I, p. 113, et en entier dans Bandini, Cat. BibL Laur. nu. ht. t. III, p. 803.

professait les belles-lettres à Venise , se plaignit aussi de Marins dans ses lettres à François Philelfe, avec lequel il était lié d'amitié. Celui-ci, dans sa réponse, cherche à l'apaiser et lui conseille de se défier des faux rapports *. François Pliilelfe était cependant très-mécontent de la conduite de son fils, mais c'était vainement qu'il lui adressait des remontrances ', et l'on voit clairement que la légèreté de Marius, ses caprices, son goût pour les plaisirs, l'empêchèrent d'avoir des succès durables dans tous les lieux où il habita. C'est ce que son père fait entendre dans plusieurs de ses lettres % et ces reproches s'accordent avec la critique que Trebanus Aurelius fait de la manière d'être de Marius '^. Il débutait toujours par les plus brillants succès, mais bientôt son inconstance, son peu d'application, ses distractions trop fréquentes dégoûtaient de lui ses écoliers '.

Marius Philelfe quitta donc Venise après y avoir demeuré un peu plus d'une année. Joseph-Antoine Saxius pense qu*il fit en ce temps un voyage k Rome, et que Pie II lui offrit alors la place d'avocat consistorial ; mais il me parait plus probable que cette offre lui fut faite lorsqu'il vit le pape à Mantoue, et que les grandes espérances qu'il avait conçues de son éta-

— U existe encore en mauoscrit deux élégies de Marias contre Georges. Voy. Bandini, Cat. Bibl. Laur. tns. lat, t. III, col. 801 et 803. plut. 91, cod. 42, no 4.

t Fr. Philelf. Epist, p. 115. Ex Mediol. xin kal. Maj. 1461 .

« Fr. PhUelf. Epist, p. 117 ro.

s Voyez entre autres Fr. Philelf. Epùt. p. 255 yo. Cette lettre ne fut écrite qu'en 1472, mais on y lit : • Itaque memor ipse, quid tibi superioribns annis et Bergomi, et Veronœ, et Venetiis, et Bononiœ acciderat, ob istins modi tuam

consuetudinem etc • Fr. Philelfe, dans Ténumération des lieux , ne suit

pas Tordre des temps.

* Trebau. Aurei. Ejjist, ad Har. PhiMph. e Ms. bibl. Ambras, apud Sax. Hist. Litt. Mediol. p. 268 : « Quia inconstantiam et leTitatem tuam intellexerunt, utpote qui uunc legas, nuuc ludas, nunc urgente inopia causidicus fias, nihilque tibi reliqui facias, quod libero ac forti animo dignum sit : ita nec bos, nec illos, nec alios quidem habes a quibus tuœ nebulœ exaudiantur. >

s Fr. Philelf. Epist. p. 255 vo.

JEAN-MARIUS PIllLELFE. 93

blissement à Venise rempêchèrent de l'accepter. Je suis sur ce point Lancelot et Tiraboschi ^

De Venise, Marius alla k Bologne. Cette ville, riche et puissante au treizième siècle, avait dû son opulence à ses manufactures et à la foule d'étrangers qui venaient y faire leurs études. Au quinzième siècle elle avait déjà perdu l'amour de la liberté et l'esprit public qui l'animaient autrefois. Elle avait éprouvé tous les genres de dissensions intestines* et toutes les espèces de gouvernement. Elle changeait sans cesse de maître : des tyrans, des légats du pape et les princes de Milan la dominèrent alternativement. Elle reprit son indépendance en chassant le légat d'Eugène IV et ensuite Nicolas Piccinino, qui s'en était emparé, et fut gouvernée par la famille de Ben*tivoglio jusqu'à ce que le pape guerrier Jules II la soumit à sa domination.

L'Université de Bologne avait été l'une des plus célèbres de l'Europe : au commencement du treizième siècle elle comptait dix mille écoliers de toutes les nations '; mais les querelles civiles, auxquelles les étudiants prenaient fréquemment part, causèrent sa décadence. Pétrarque, au quatorzième siècle, fut le témoin de sa prospérité et de sa misère ; il décrit vivement 4» l'une et l'autre, et fait une comparaison animée de l'ancien et du nouvel état de cette cité. Il représente l'ignorance qui s'est emparée de cette ville, et la fertile, la puissante, la savante Bologne réduite à l'état des plus petites villes voisines \ Les efforts d'Urbain V et du cardinal Albomoz au quatorzième siècle, les leçons de Guarino, d'Aurispa, de François Philelfe '

> Lancelot, Acad. des irucript. t. X, p. 744. — Tiraboschi , Stor. t. VI, ii, p. 295.

« Ant. Cornazani, Vit. Barthol. Colœi, p. 6, in Burm. The*, t. IX, part. 6 : • Bononia .... urbs saoe facili impulsione matabilis et gens non minns ad rebeUandnm, quam ad beUandnm prœceps et atrox. >

5 Tiraboschi, Stor. t. IV, p. 41.

* Petrarch. SenU. X, ii. p. 960, 961.

^ Voyez l'empressement avec lequel les Bolonais et le cardinal logat reçurent

9i VIE DE

au commencement du siècle suivant, ne rendirent à Bologne qu'une faible portion de son ancien éclat : les révolutions politiques, sans cesse renaissantes, s'opposaient k la culture des lettres et des sciences*. En 1431 on y était encore k espérer que le nombre des étudiants s'élèverait bientôt à cinq cents *, et ce ne fut que sous la domination desBenlivogli, vers le milieu du quinzième siècle, que la tranquillité rétablie k Bologne permit de mettre quelque suite dans les études ' ; elles durent beaucoup k la protection de Nicolas V et aux soins de Bessarion, son légat*. Dans le même temps les fdatures de soie, qui étaient une des sources de la richesse de cette ville, furent admirées par l'empereur Frédéric HP, et l'art de la mécanique y était parvenu k une si grande perfection, que, par une espèce de prodige attesté par plusieurs témoins, un architecte bolonais, appelé Arislote Fioravanti, transporta, par des machines de son invention, la haute tour d'une église avec ses fonde-

Fr. Philelfe en 1428 (Fr. Philelph. Ep, p. 4, Aurispse) ; Philelfe loua d'abord c« séjour (ihid, p. 5 vo, Antonio Capanor.), mais bientôt les troubles le dégoûtèrent {ibid, p. 5-9).

4 Aurispa, dans ses lettres à Ambroise Traversari, marque que le goût des lettres n'était pas an nombre des .bonnes qualités des Bolonais : « Inveuio non hœc solum, sed omnis humanitatis studia adeo ab horum auimis aliéna esse, ut hic sine fastidio non sim. Putant nonnuUi littcras Griecas parvo quodam dignas ^ labore. Ceterum hi cives grati , suaves et dulcissimi suut. » (Ambros. Camald. Epist, XXIV, 55, p. 1U30.) François Philelfe, peu d'années après, parle dans plusieurs de ses lettres des troubles de Bologne, entre autres page 7 : « Sunt hic omuia procellarum tempestatumque plenissima ob hanc reipublics ab ecclesiastica ditione defectionem. Deus bene vertat. Bononienses ipsi de se viderint. Ego mihi atque rébus meis omnino consulere constitui. Non enim tutum est Musîs inter gladios sicasque versari. Jain civili crnore madent omnia. Nullos hic otio, nullus paci relictus est locus in tantis discordiarum seditionun](|ue finctibus, etc. • (1438). — Cependant, en 14^0, Guarino écrivait à Jean Salerno, son ami et podestat de Bologne : • Fu sempre grande, fu sempre grata Bologna , fu sempre un vero domicilio di Minerva e madré degli studiosi, etc. • (Rosmiui, Vit, di Guarin, t. III, p. 49.)

* Cronac. Bologn, dans MuratorI, Script, t. XVIII, p. 041.

3 Bettin. Risorg. t. I, p. 171.

« Tiraboschi, Stor. t. VI, i, p. 57-60. — Laon. Chalcocondylas, De rebut Turcic. libr. VI, p. 155.

& HorselU, Annal. Bonon. p. 885, dans MuratorI, Script, t. XXIll.

JEAN-MARIUS PHILELFE. 95

moDts*. Fioravanti passa dans la suite au service du duc de Russie ^.

On n'a aucun détail sur le séjour de Marius Philelfe k Bologne; on n'en connaît même l'époque que par un discours qu'il prononça, devant le Sénat et le peuple de cette ville, le 8 septembre 1461 , sur «c les qualités que doivent avoir les magistrats » ( De fis quœ in magistralu requiruntur)^ et qu'un manuscrit de Florence a conservé '. L'abbé Mehus en a publié un fragment, et l'on y voit que Marius vante beaucoup l'état florissant des lettres k Bologne ; il prétend que l'Université de cette ville dépeuple les autres Académies de l'Italie et de l'Europe, et qu'on y rencontre une foule de jurisconsultes, de législateurs, de philosophes, d'orateurs et de poètes, qu'il compare aux plus illustres de l'antiquité '^. Mais en dépit des froides exagérations de Marius, et malgré les soins des légats du pape et des Bentivogli, l'Université de Bologne n'avait de réputation dans ce temps que pour l'étude de la jurisprudence et de la médecine^.

* On assure que plus tard le célèbre Léonard de Vinci proposait de soalever, par des machines de son inyention, nne église tonte entière. (V. Amoretti, Memorie di Lionard. da Vinci, p. 14. ) Fioravanti ne fut pas toujours heureux dans ses entreprises. Voulant redresser la tour de l'église de Saint-Michel -Archange, à Venise, il en causa la ruine, au grand dommage de Véglise. (Morellî, Bibl, manuseript. grœc. et lot, p. 415.) — Crescentino Joseph Serra, en 1776, transporta on clocher. (Biogr, untv. t. LXXXII, p. 127.) [On trouvera plus de détails sur ce transport d'édifices dans nne lettre de Guillaume Favre, insérée dans la Bibliothèque Universelle, Sciences et Arts, 1824, vol. XXV, page 158. — Êd,]

* Crtmac di Bclogn, p. 717, dans Muratori, Script, t. XVIII. — Tiraboschi, Stor, t. VI, I, p. 324-^7.

» Mehus, Vif. Âmbros. CamcUd. p. 375.— Fr. Philelf. BpUt. lib. XVI!, p. 11 7, Xenoph. 8 kal. Aug.

* - ...Nunc tamen per excellentiam vestram, magnifici proceres, procuratum est ita, ut relictis cseteris fere Academiis quse ant in Galliis sunt, aut in Hispaniis, ant in oniversa Italia, conveniant in hoc Bononiense Gymnasium omues, quibus est nllabonamm literarum libido. . . Nam sive Scœvolas, sive Labeones postulatis, siveSolones atque Lycnrgos, sive Socrates, Platones, Aristoteles, sive Demosthenes ac Cicérones, sive Homeros atque Marones, in omni laudatissimarum artîum scientiarumque génère inveniatis non multos, sed asque ac catervatim compositas tnrmas. • (Mar. Philelph. Orat. citée par Mehus, Vit. Ambros. p. 406.)

' Parmi les professeurs de droit on remarquait Antoine Minncci de Pratovec-

Les belles-lettres y étaient fort négligées, et François Philelfe, dans une lettre adressée trois ans après k Albert Parrhisi, chancelier de la république de Bologne *, reproche aux habitants de cette ville de rester dans l'ignorance et de ne pas savoir profiter des leçons d'Andronic Calliste, qui était alors chez eux. Il compare les Bolonais aux avares qui souffrent la faim et la soif au milieu des richesses*. Cette lettre, écrite en 1464, montre que depuis le temps d'Aurispa, c'est-à-dire depuis près d'un demisiècle, les lettres n*avaient fait aucun progrès à Bologne.

François Philelfe recommanda sans doute son fils à ses amis de Bologne, parmi lesquels Albert Parrhisi tenait le premier rang ; il dut regretter dans cette occasion l'absence de Bomio de la Sala, ce jurisconsulte que l'annaliste de Bologne compare à Socrate *. Lorsqu'en 1459 Pie II passa à Bologne, Bornio fut choisi pour le complimenter, et dans sa harangue il parla avec une grande liberté du gouvernement de cette ville. Le pape, craignant que cette franchise n'eût des suites fôcheuses pour Bornio, l'emmena à Mantoue, où il allait présider le congrès '^.

Marins parait avoir demeuré assez longtemps à Bologne; rien n'indique qu'il ait habité ailleurs jusqu'en 1 464 qu'il alla à Milan ^. Il dut donc trouver à Bologne un homme qui était

chîo, que Temperear Sigismond avait fait comte, et qui s'attira l'admiration et l'envie de ses contemporains. On peut joindre aux titres de ce savant jurisconsulte celui d'avoir été, i Sienne, le maître du célèbre Fr. Acoolti. (Tiraboschi, 5ror. t. VI, I, p. 391. 392.)

* Mehus, Vit. Ambros. Camald, p. 44.

* Fr. Philelf. Epist. lib. XXIV, i, p. 163 ro. • Quare non possum vos omnes. qui Bononiœ agitis, non mirari plurimum, quod cum robis viri doctissime eruditi copia data sit ad Grsecam disciplinam penitus consequendam, malitis indocti esse, quam docti. Nunquam equidem discendi gratia trajecissem in Thraciam, Constantinopolin, qua in urbe septennium egi, si istius modi mihi Andronicus Byssantius in Italia esset oblatus. At fkcitis vos quemadmodum avari soient, qui et famem et sitim in summa abundantia patinntur. »

s Borselli, Ann. Bohg. p. 891, dans Muratori, Script, t. XXUI.

* Tiraboschi, Stor. t. VI, i, p. 443.

B II parait que Marins composa à Bologne, ou y réunit ses vers élégiaques sons le nom de Epitoinata. On trouve^ à la fin du manuscrit de cet ouvrage, cette souscription de la main de Tautour : « Bououiic xil kal. Aprilis M.cccc.LXii. <

JBAN-MARIUS PHILELFE. 97

déjîi ou qui devint bientôt Tennemi de son père et le sien : c'était Galeotto Marzio, élève de Guarino, maitre du célèbre Antoine de Lebrija, qui, dès 1462, professa la rhétorique et la poésie dans cette ville. Cet homme, né à Narni, eut dans la suite des aventures assez extraordinaires : il fit deux voyages k la cour de Matthias, roi de Hongrie, montra une grande bizarrerie dans ses ouvrages , et fut sauvé par Sixte IV d'une accusation d'hérésie qu'un de ses livres lui avait attirée * . On sait que Galeotto fit une critique de la Sphortiade de François Philelfe ; elle fut communiquée à celui-ci par Albert Parrhisi , ce qui engagea une querelle dans le style du temps, c'est-à-dire accompagnée de beaucoup d'injures, et l'on peut voir dans une lettre de François Philelfe le dédain qu'il témoigne pour son adversaire *. D se compare à l'éléphant et à Ulysse, et son critique a un insecte et à Thersite. J'ignore comment Marins fut enveloppé dans ce débat : peut-élre commença-t-il pendant son séjour à Bologne ; mais, quoi qu'il en soit, il est certain que Galeotto écrivit contre lui, et dans un de ses ouvrages il rappelle sog invective contre François Philelfe et son fils Marins'. Quelques années plus tard Georges Merula', élève de François Philelfe, écrivant contre Galeotto, prit le parti de son maître, et, adoptant sa comparaison, il dit que leur querelle aurait été le combat de Tliersite et d'Hector*. Mais François Philelfe, vers la

* CeSt pour avoir affirme, dans son ouvrage De ineognitis imlgo, composé en Hongrie, que tout homme qai suivrait les règles de la raison et de la loi naturelle serait sauvé, que Galeotto fut dénoncé à la cour de Rome; par la&veur de Sixte IV, on se borna a Ijû faire faire amende honorable sur la place publique de Venise. (Jov. Elog. p. 29.)

* Galeott. Marzio, De Doctrin.prùmisc c. xxviu, cité parTiraboschi,5tor. t. VI, I, p. 292.— Ap. Zeno, Dûs. Voss. t. II, p. 83. — G. Naudé (Addit, à Vhist. de Ijouû Xlf c. V, p. 59) compte parmi les ouvrages de Galeotto Marzio De censura operum PhiUlphi. Il ajoute qu'il ne l'a pas vu, mus qu'il doit avoir été imprimé, • veu que Marsile et quelques autres autheurs et bibliothécaires le citent fort souvent. •

s II se nommait Georges de'Merlani, et avait pris un nom romain par amour pour l'antiquité.

* - Contra Fr. Philelphum Galeottus? Sus in Palladem !... Ut si Thersites tlec-

lin de sa vie, s'élant avisé de reprendre Torthographe d^un mot des ouvrages de Merula, celui-ci, dans sa colère, publia contre son maître deux lettres sanglantes, dans lesquelles il s'efforce de déchirer sa réputation ^ Gabriel Paverus Fontana s'éleva contre Merula et voulut venger Pliilelfe par l'ouvrage que j'ai déjà cilé au commencement de cet écrit '.

J'ai déjà dit que Marins alla à Milan en 1464 : il y arriva vers le milieu de l'année, et y trouva son père qui habitait cette ville depuis vingt-cinq ans. François Sforce depuis quatorze années avait succédé aux Yisconti, et ce prince qui, par l'éducation que lui avait donnée son père, semblait ne devoir connaître que la guerre, eut naturellement le goût assez délicat pour aimer les lettres et protéger ceux qui les cultivaient. Il fut, comme les princes d'Est et les Médicis, le Mécène des littérateurs grecs, dispersés par les malheurs de leur patrie, qui trouvèrent un asile auprès de lui '. Ces nobles et libérales dispositions furent sans doute entretenues et augmentées par son ministre Cicco Simonetta '^, originaire de la Galabre et d'une famille féconde en hommes distingués. Simonetta fut le prot^teur de tous les gens de lettres ; ils regardaient ses décisions comme des oracles, et souvent il fut l'arbitre de leurs différents. Ce grand homme, dont l'amitié et les dons furent d'un fréquent secours k François Philclfe, périt injustement en 1480, victime des calomnies de ses ennemis et de la barbare ambition de Louis le More ^ François Accolti d'Àrezzo, un des hommes

torem ad singalare certamen provocasset...» (Voy. Saz. Hiët, LU. Hed. p. 3^.) < Ap. Zeno, Di$$. Voss. t. H, p. 885. — Georgii Merulœ Epistolœ duœ^ altéra

ad Barth. Chalcum, ducalem sccretarium, altéra ad J. Jacob. Ghilinum, etc

in qaibus se tuetur ad versus Francisci Philelphi contamelias, Venetiis 1480. « V. p. 32, note 2. — Gabr. Paver. Fontana, cité par Saxias, Hùt. Lit MedioL

p. 226. m Nefariè deliquit igitur Merlanos qui vîx calicis aculeo panctus, parricidii

crimen subire nequaqnam timait. > s Saxius, Bist. LU. Mediol. p. 37.

* Sur Cicco Simonetta, voyez une lettre de Philelfe. (Rosmini, t. H, p. 451.) « Fr. Pbilelf. Epist. passim. — Argelati, Script, Mediol. Bibl. p. 2i63 —

Saxius, Itist. Lit. Mediol p. 164.— Tiraboschî, Storia, t. VI, i, p. 15,16.

les plus savants et le plus grand jurisconsulte de son temps, était aussi alors à Milan, et Ton croit qu'il était secrétaire du duc, qui renvoya à Rome complimenter Paul II sur son avènement au trône pontifical ^

Marius arriva à Milan peu après que le duc se fut mis en possession de Savone et de Gènes, du consentement du roi de France, et qu'il eut enlevé la seconde de ces deux villes & la domination de Paul Frégose, son archevêque. Marius dut voir à Milan la députation des vingt-quatre Génois qui vinrent prêter serment de fidélité h François Sforce, et il assista sans doute aux fêtes qui suivirent un événement aussi heureux pour le duc. Une des forteresses de Gênes,'le Castelleto, avait été défendue quelque temps par Bartholoméc Grimaldi, belle-sœur de Tarchevêque et veuve de Pierre Frégose ; mais bientôt elle vendit ce château au duc de Milan, qui lui fit épouser son parent Raimond Attendolo *. Marius arriva à propos pour soutenir son père dans sa querelle avec Leodryse Crivelli. Ce littérateur était d'une noble et très-nombreuse famille, qui, au douzième siècle, avait donné un pape à l'Eglise (Urbain III), et qui comptait parmi ses membres plusieurs hommes de lettres. Il avait été disciple et ami de François Philelfe, et l'on ignore la cause de leur inimitié. Crivelli occupa des places honorables et avait été fort aimé du duc de Milan ; mais il parait qu'en ce temps son crédit s'était évanoui, puisqu'on assure qu'il fut chassé de Milan et se retira à Rome. Au reste le savant Joseph-Antoine Saxius prétend qu'il ne faut pas confondre Leodryse Crivelli, auteur de la Vie de François Sforce et sénateur de Milan, avec un personnage portant les mêmes noms et qui fut au service du pape Pie II. Mais, quelle que soit l'autorité du célèbre bibliothécaire de Milan sur un point d'histoire littéraire, il est

* Tiraboschi, Stor. t. VI, i, p. 397. — Le discours que François Accolti prononça dans cette circonstance se lit dans Baluz. Mûcellan. éd. Mansi, t. UT, p. 106.

» Fr. Philelf. Epiit. p. 153, 154. Lodov. Petroni, et p. 154, Ger. Colii.

permis de remarquer que cette distinction des deux Crivelli ne parait pas suflisamment prouvée ^ Disons seulement que Marins Philelfe se distingua à Milan dans une dispute littéraire qu'il eut avec Crivelli en présence du duc et de toute la cour, et qu'il remporta la victoire sur cet ennemi de sa famille *. C'est au moins ce qu'atteste François Philelfe dans la longue et virulente épître qu'il adresse k Leodryse Crivelli le l®' août 1466, en réponse k un écrit que celui-ci avait publié contre lui '. Mais, k Milan comme ailleurs, les succès de Marins n'eurent point une longue durée, et bientôt le vainqueur de Crivelli fut mis en prison, ainsi que son père, par ordre du duc, qui, par cette punition, voulut venger la mémoire de Pie II, que les <leux Philelfes ne cessaient de diffamer.

François Philelfe avait été très-lié avec iEneas Sylvius et lui avait procuré des recommandations et des places dans un temps où rien n'annonçait la grande fortune qu'il devait faire *. Philelfe avance même que le futur pape avait été son disciple à Florence *, et cette assertion est confirmée par Paverus Fontana ^ Mais Grégoire Lolli, qui avait vécu très^intimement avec Pie II, dans une lettre adressée au cardinal de Pavie, traite Philelfe d'audacieux menteur, et soutient qu'^Eneas Sylvius ne vit Philelfe pour la première fois que bien des années après le temps où celui-ci prétend lui avoir donné des leçons''. Je ferai cependant observer, contre ce que dit Lolli, que parmi les lettres de François Philelfe, on en lit une du 5 novembre 1431. par laquelle il recommande a Nicolas Àrcimboldi, à Milan, « le

1 Comparer Saxios, Hist. LU. Hfediol. p. 7, 9 et cxlv. — Argelati, Script. Hfed, Bibliot, p. 507-812.— Tiraboschi, Stor. t. VI, ii, p. 68-71.— Moratori, prœf. in Leod. Cribell. VU. Fr. Sfort. t. XIX, Script, rer. ItaU p. 623 et seq.

■ Fr. Philelf. JFpwr. p. 180.

' Id. ihid, p. 176-183.

« Rosmini, t. H, p. 139-146.

s Fr. Philelf. Ep. p. 177 ro.

^' Cité par Saxius, Hist. LU. Mediol. p. 228.

' Saxius, ilist. Lit. ^ediol p, 230.

JEAN-MARIUS PHILELFE. 101

jeune iËneas Sylvius, de Sienne, qui a été, dit-il, pendant deux ans mon disciple ^ » Quoi qu'il en soit, il suffit de dire Çue Tacharnement de François Philelfe contre son ancien aroi venait de ce qu'il ne put jamais se faire payer une pension que Pie n lui avait accordée, et le peu de succès de tous les efforts qu'il fit pour parvenir k ce but l'aigrit prodigieusement contre ce pontife, qui mourut le 14 août 1464. Dès lors François Philelfe ne cessa de se déchaîner contre lui, et dans la lettre qu'il écrivit à son successeur Paul II ^, il se répand, k plusieurs reprises, en injures contre le pape qui venait de mourir ^. Dans la suite il prétendit qu'il avait agi ainsi moins par ressentiment personnel, que pour soutenir la cause des gens de lettres ^ ; mais il ne cessa d'invectiver contre ce pape, et l'on trouve dans ses poésies une épigramme des plus violentes contre lui '. Marins joignit sa médisance à celle de son père, et le duc

« Fr. Philelf. Ep. p. 10 r*» : c Qui meas tibi Utteras reddidit, juvenis est Se- I nensis, ^Eneas Sylvios nomine, honesta natus familia, mihiqae carissimus, non

solam quod cmnas duos meus auditor fuit, sed etiam quod ad ingenii acrimoniam dicendique leporem attinet, moribus est et caltis et urbanis, etc.. » M. de Roemini ( VU. di F. Filelf. t. Il, p. 312-315) a publié des passages d'un ouvrage encore manuscrit de Fr. Philelfe ( De Jocis et Sertis), qui confirment qo*iËnea8 SylTÎus avait été son disciple. Une de ces pièces de vers est adressée à ce pape lui-même sur la nouvelle de son exaltation : on y lit entre autres :

Quin scio tu monitus haud dedignabere nostros

Quo duce sis juvenis usus ad eloquium : Nec Chirona ferox unquam contempsit Âchilles ,

Nec Phœnica minus duxit honorificum.

« Rosmini, t. H, 132. •

» Fr. Philelf. Ep. p. 136 vo, 157 r", 158 ro.

♦ Fr. Philelf. Ep, p. 176 vo. — Rosmini, Vit. di F. Filelf. t. Il, p. 320,321. Ce dernier auteur rapporte une note qai précède cette épigramme (id. t. H, p. 141 ) dans un ms. du quinzième siècle de la bibl. de Trivulce. On y Ht : « Fr. Philelphi epigr. in Pium H. Pont, de quo îpse Philelphus pœnas luit. Nam ab illustriasimo Francisco Mediolani duce carceribus intrusus, amicorum precibus tandem haud facile libérât us est. Ingenium profecto tanti viri veniam mercbatar. •— Christof Poggiali, Mem. per Vist, lett. di Piacenza, 1. 1, p. 85, 86, donne une épigramme adressée par Ânt. Gomazzano à Fr. Philelfe m carcere, dans laquelle il lui offre de prendre ses fers, et la réponse de Fr. Philelfe.

< Saziufl, Hist. Lit. Mediol. p. 231.

de Milan, sur les plaintes qui lui furent portées contre eux, les fit emprisonner l'un et l'autre. On ne connaît cette aventure que par une lettre qui se lit parmi celles du cardinal de Pavie t elle est écrite au nom du Sacré Collège pour remercier le dac de Milan d'avoir puni Philelfe et son fils des injures qu'ils s'étaient permises contre Pie 11^ Lancelot, dans ses Mémoires pour la vie de François Philelfe*^ ne croit pas à cet emprisonnement et pense que la lettre du Sacré Collège est supposée ; il la regarde comme étant l'ouvrage de Grégoire Lolli qui , ainsi que le cardinal de Pavie, écrivit contre les détracteurs de Pie II. Il se fonde principalement sur ce que, par la réjK)nse de François Philelfe à Crivelli, il ne paraît pas que ce dernier eût reproché à son antagoniste son incarcération, ce qu'il n'aurait pas manqué de faire, si elle avait eu lieu. Mais Saxius ^ soutient l'authenticité de la lettre des cardinaux, et remarque que

> Rosmini, t. IH, p. 160. — Jacob. Picolomini, Cardin. Papiensis, Epist. 4â, p. 26 : N FraDCÎsco duci Mediolani, nomine collcgii. — Cum dicbus prœterîtis audivissemus, Franciftcum Philelphum'et filiam ejus Marium naturœ suis obsecutos versus et solatani orationem scripsisse adversus sanctœ memoriœ Dominum Piom pontificem nostram nuper defunctum, admirati non mediocriter somas, dolentes tantam errons mentem in literato bomine inveniri, ut immemor christianœ professionis, in cœlum ponere os, mendacia fingere, sanctum Domini lacerare et consilia Romanœ sedis audeat condemnare, notissima quidem toti orbi, et ab eodem aliis in scriptis suis laudata. Rarsum cum intelleximus, banc insauiam Excellentiœ vestree pariter non placuisse, et doluisse admodum non prœstari a suis eam reverentiam Uomano pontifici quam ipsa dévote semper exhibait, ac propterea ambos in carcerem ductos, officio vestro multum sumns lœtati, videntes non solum maledicos illos pœnam ferre sceleris sui, sed caram esse sœculari potestati ccstimationem Vicarii Jcsu-Christi. Agîmus eidem Excellentiœ vestrœ débitas gratias : factum suum laudamus, et dignum ducimus catholico principe. Fecit quod sapientis suœ consentaneum fuit, et quod facturam eam re audita credidimus. Sacrificinm Deo obtulit carum et beueplacitum, dquidem odibile ei est os pravum et detrahentia labia detestatur. Ita hortamur Excellentiam vestram sedulô agat, Matrem Ecclesiam et honorem primas sedis colat, et a suis detrectatoribus tueatur. Nos, qui viventis Pii membra fuimus, et pontificibus debemus quod snmus, pro hac commendabili significatione sua debitores illi nos confitemur ; nosque et nostra omnia beneplacitis suis offerimus, quam Deus incolumem et florentem conservet. »

« Acad.des Inscript, t. X, p. 725-728.

3 Saxius, Hist, Lit. Mediol. pnc&t. pag. vu.

JEAX-MARIUS PH1LELFB. 103

la réponse de Philelfe à Grivelli étant de l'année qui suivit la mort de Pie II, il se peut que, lorsque Grivelli écrivit, Philelfe n'eût point encore reçu celte punition, et il ajoute que, si les cardinaux ne rompirent pas toute correspondance avec Philelfe, il le dut k une réparation qu'il fit à la mémoire de ce pape, k la sollicitation du cardinal de Pavie, et que cette palinodie \ quoique faible, les satisfit en partie '.

Marins, après celte aventure, dut se hâter de quitter Milan, et chercha un asile k Vérone, qui alors appartenait aux Vénitiens. Cette ville, au treizième siècle, avait perdu sa liberté, et avait éprouvé la terrible domination du féroce Eccelino da Romano, qui s'était fait nommer son podestat. Elle fut ensuite soumise aux Délia Scala et aux Visconti. Au commencement du quinzième siècle, François de Carrare, seigneur de Padoue, aidé de son gendre Nicolas III, marquis de Ferrare, l'enleva au duc de Milan, mais l'année suivante vit la ruine de la maison de Carrare, et après une guerre obstinée les Vénitiens s'emparèrent de Vérone et de Padoue. La première de ces villes avait eu la gloire d'être la patrie adoptive et l'asile du Dante ' ; chassé en 1302 de Florence, il y vécut plusieurs années sous la protection des seigneurs Délia Scala, parmi lesquels Cane le Grand se distingua par la magnificence avec laquelle il recevait tous les personnages illustres chassés de leur patrie '^. Le Dante quitta Vérone, mais sa famille y demeura jusqu'k son extinction, arrivée au seizième siècle ; elle y jouit d'une grande considération, et Marins Philelfe trouva un protecteur dans Pierre Aligero, quatrième descendant ^ du grand poète et père de Dante, troi-

1 Rosmîni, t. 1I« p. 148. — Vid. Jacob. Picolomini , card. Paivensis opera^ p. 143.

« Sazios, Hist. LU. Mediol p. 232.

s Maffei, Veron, ilL art. Dante.

* Sag. Gazata, cité par Maratori, prœfat. ad Cron. Regg. t. XVIII, Script, rer. liai. pag. 2.

> Daote Alighieri — Pietro — Dante lï — Leonardo — Pietro II, etc. Voy. Maffeî, Veron. IlL p. 53.

sième du nom, poëte lui-même de quelque rcputallon *. I^s deux Philelfes admiraient le génie du Dante et avaient toujours repoussé les attaques de ses détracteurs ^. Marius expliqua publiquement à Vérone, en 1467, la Divine Comédie et compta parmi ses auditeurs Pierre Aligero, dont il vanle le caractère et le crédit '. L'imprimerie n'avait point encore multiplié les exemplaires de ce prodigieux poème *. Florence, pour en faire jouir ses concitoyens et rendre hommage au grand homme

» Maffei, Veron, lll. p. 50-53.

• On a à Florence un discours manuscrit de Fr. Philelfe fait en 1431 (ftosmini, 1. 1, 56); c'est par erreur que Mehns dit 1451. Ilosmini a publié ce discours, 1. 1, p. 124. (Giuguené, t. III, p. 330, not.) On y lit à la fin : ■ Fece questa orazione quando aveva gia esposto sette canti di Dante, e fù composta contra i suoi emuli, i quali dicevano esser Dante poeta da'ealzolai, e da'fornai, etc. • ( Mehns, Vit. Ambros. p. 176.)

' Marins, dans sa Vi^ du Dante ^ parle en ces termes de Pierre Âligero : « Optimus vir est et civis integerrimus, quique in urbe Verona maxima et apud cives et apud universam Venetorum rempublicam et auctoritate valet et gratia, quo ego sum usus quam familiarissimè, audivitque a me nonnullas Dantis atavi sui partes, quas anno superiore sum interpretatus Veronœ, et mirifice est illius lectione delectatus. » (Mehus, Vit. Ambros. Camald. p. 57. — PelH, Memor. per la vit. di DantBy p. 35, not. 3^ t. IV, part. n. Oper. DatUis, éd. Zattse, Venet. 1758,in-4o.)

^ Le premier livre imprimé en Italie est le Lactanee que Conrad Sweynheym et Arnold Pannartz imprimèrent en 1465, le 29 octobre, au monastère de Su> biaco. D'après leur propre témoignage, ils avaient imprimé auparavant trois cents exemplaires du Ihnatus prû piterulit. (Voy. Audiffredi, Catal. Rom. edit. Sœe. XV, p. 1-4. — Quirini, De optim. script, edit. p. 233.) J.-Ant. Saxius s'est efforcé de prouver, sans y réussir, que ces mêmes ouvriers, passant par Milan, y avaient imprimé dans la même année les auteurs de VUistûire Auguste, édition que Saumaise atteste avoir vue, mais dont aucun exemplaire n'existe maintenant (Saxias, Uist. Litt. Mediol. p. 89 et seq. 116, 456, 559), et qui est d'autant plus douteuse qu*il n'est plus question de livres imprimés à Milan avant 1469, et que François Philelfe, qui habitait cette ville, ne parle de l'imprimerie dans ses lettres qu*en l'an 1470. (Fr. Philelf . Ep. p. 229, 221 , 224, 225. — Lancelot, Acad. des Inscript, t. X, p. 732.) Sans doute Saumaise s'est trompé et a voulu parler de l'édition de V Histoire Auguste de Milan, 1475. {Joum. Litt4r. de La Haye, t. XV, p. 473, 474. — Supplément à V Histoire de l'Imprime rie , de Marchand, p. 41.) L'année 1472 produisit les premières éditions du Dante dans trois villes différentes, Foligno, Jesi et Mantoue. (Audiffredi, Speeim» éd. liai. Sœc. XV, p. 3, 4. — Panzc^r, Ann, Typogr. 1. 1, p. 378; t. Il, p. 3; t. !, p. 438.)

JEAN*MARIUS PHILELFE. 105

qu'elle avait banni, établit, dès l'an 1373, pour l'explication de son poème une chaire publique. Boccace, qui depuis longtemps avait écrit la vie du Dante \ comme un monument de son enthousiasme pour le poète, et qui avait alors vainement cherché h faire rougir les Florentins de leur ingratitude envers le plus illustre de leurs concitoyens, occupa le premier cette chaire *. Cet exemple fut suivi par d'autres villes d'Italie, et l'intelligence du Dante devint une partie des études et produisit de nombreux et longs commentaires.

Marins Philelfe, d'après les documents que Pierre Âligero lui communiqua, composa, en 1468, une vie du Dante, qu'il adressa k son descendant ; celui-ci l'envoya k Pierre de Médicis et k Thomas Soderini, en y joignant une épitre dédicatoire, datée du 28 décembre '^ et cet écrit est encore conservé k Florence *. Pour flatter son protecteur de Vérone, Marins Philelfe, dans cette vie du Dante, a fait jouer k ce poète un grand rôle dans l'Etat de Florence, rôle qui parait peu conforme k la vérité historique '. Cet ouvrage , qui a servi k Yellutello dans la composition de sa vie du Dante, publiée k Venise en 1544, n'a jamais été imprimé ; mais l'abbé Mehus en a publié plusieurs fragments dans sa préface k la Vie du DanU par Manetti ^,

1 Firenxe 1576, in-So. — Prose di Dante e del Boceaccio, Firenxe, Tartini e Franchi, 4», 1723.

« Tiraboschi, Stor. t. V, p. 397.

' Nagnificis clarinimisqiie viris Petro de Medicis et Thoms Soderino Equiti, Florentinis optîmatibos et patriciis. (J. Benven. Pellî , Memor. per la vit. di Dantej p. 6. — Hefans, VU. Ambros. p. 57.)

« Joann. Marii Philelphi, artium et utriusque jaris Doctoris, Eqaitis Aurati et Poeta Laoreati, ad generosum civem Veronensem Petram Alîgenim, Dantis et 8aoce8Boram vita, genos et mores. (Biblioth. Laurent. Med.Plat. LXV, n» 50. — Montfaucon, BibL biblioihee. p. 369 D.) — La vie de Dante, par Marias Philelfe a été publiée avec des notes par Moreni, Florence 1828, in- 8°. Voy. la liste des ouvrages de Marias Philelfe. — Éd.

s PeUi, Mem. % 9, p. 67. — Tiraboschi, Stor. t. V, p. 18, 385. — Sismondi, HUt. des Rép. italiennes, t. IV, p. 186, 187.

* Spécimen Hist. Literar. Florentinœ^ Florent. 1747, 8°.

et Joseph Benvenuti Pelli en a fait usage dans ses mémoires sur ce poëte *.

Marius, pendant son séjour à Vérone, composa plusieurs autres ouvrages, parmi lesquels on peut citer un éloge de cette ville en trois livres et en vers latins hexamètres, qui était en manuscrit dans la bibliothèque Saibante sous le titre de F^rona*^ et qui se trouve aussi dans la bibliothèque impériale de Paris '. Il paraît que cette ville était alors livrée k la culture des lettres : la première impulsion avait été donnée sans doute par Guarino, puis continuée par ses nombreux élèves ; d'ailleurs, sous le gouvernement des Vénitiens, Tactivité des esprits dut se porter vers les études , et François Philelfe avait déjà, dix-huit ans auparavant, rendu témoignage des bonnes dispositions de ses habitants ^. Vérone, au temps de Marins Philelfe,- avait pour évéque Hermolaûs Barbare', neveu du célèbre François Barbare et élève de Guarino ; il chérissait les lettres et recherchait avec passion les manuscrits ^. Plusieurs femmes y brillèrent par leur instruction et leurs talents littéraires; la plus remarquable avait été Isotta Nogarola % qui mourut peu

i Ces mémoires se trouvent dans le t. IV, part, u, de rédition des OEuvrsi du Dante f par Zatta, Venise 1758, in-i».

> Maffei, V^ron lU. lib. Ili, p. i08. — Le même, ibid. p. 11, col. 108, cite les vers suivants de VÉlégie de la BibUothèque Sachante :

• Sargimus et rediisse juvat, Veronaqne tectis Insignita sois plaoet : hic requiescere mens est, Doneo gratos erit popolus mihi, nec labor esse Incipiet vanos : délectant prœmia, landes. • • » s Parmi les pièces du n» 8315, Marti Philelphi carmm de laudHnu agri Veronensû,

* Fr. Philelf. Epist, p. S2 ▼<> : •• Et Veronam et universam Veronensem nobilitatem mazimi facio , delectorque ejos consnetndine plurimum. Snnt enim natora Veronenses tui omnes perhumani atqne libérales et ad bonamm artinm stttdia accommodât!, nt nnlli hominam generi cédant. ■

* Fr. Philelf. Epist, p. 217 r». — Il fht envoyé en ambassade à Charles VII. 0 Mazzuchelli, Scritt. Ital. t. II, i, p. 264, not. 10. — Tiraboschi, Stor, t. VI,

II, p. 136.

"> Louis Foscarini écrivit aussi de Laudilnu Isottœ Nogarola, (Voy. degli Agostini, Scritt, Viniz, t. l, p. 105.) — Éloge d'Isotta et de sa sœur Ginevra

JEAN-MARIUS PHILBLFB. 107

après Farrivée de Marius Philelfe à Vérone ^ Sa famille était illustre et sa grande réputation engagea Marius, non-seulement à lui adresser quelques pièces de vers & sa louange pendant sa vie ', mais encore k composer après sa mort, sur sa vie, un poème en vers latins, qui se trouvait en manuscrit à Venise ", el dans la bibliothèque de Maffei '^.

Parmi les auditeurs de Marius k Vérone, on peut citer Louis Merchenti, que l'on a comparé k Lucain, et que Guarino de Vérone a loué. Il dédia k son professeur un poème intitulé Be^ naeuSj dans lequel il célèbre la victoire qu'Etienne Gontareni, général des Vénitiens, remporta sur le lac de Garde, en 1440, contre les troupes du duc de Milan. Dans l'épitre dédicatoire, dans des vers qui précèdent le poème, et au commencement du poème, Merchenti donne k Marius les titres de divin, d'illustre, de très-grand poète, et le nomme la gloire de l'Italie \

Vers la fin de l'année 1468, l'empereur Frédéric III fit un voyage en Italie : il prétendait accomplir un vœu ; mais son véritable but était de prendre des mesures avec le pape Paul II

Nogarola Gambarra. (Voy. Hittarellî, Cat. Mt. S. Hich. prope Murianum, col. 812, 813.) — Sur Angela, Isotta, Gineyra et Laara Nogarola, voy. Tiraboschi, t. VI, p. 875, not. — Tomasini, Hl. VU. p. 340-343. — Remarques snr Ut deux I$atia (Nogarola et de RimiDi), dans les Mémoires de d*Ârtigny, Paris 1740. — L'époque de la mort d'Isotta a été controversée : Maffei et Bettinelli ont ayancé qu'elle mourut en 1446, mais c'est une erreur: elle mourut en 1466. (Voy. Philipp. Bergom. — Tomasini, //Zuj(r. Vitœ, p, 342. — Degli Agostini, 1 1, p. 58, 234.)

* Maffei, Veron. Hl, t. II, p. 05-07. — Tiraboschi , Stor. t. VI, p. 874.— Rosmini, Vit. di Guarino, t. II, p. 67 et seq.

« Publiées dans les Memorie per servire cUla storia leterar. t. VI, part, vi, p. 17, et t. VII, part, i, p. 23. — Ce ftit Clara Lanza Vegia qui invita par ses ▼ers Marius à célébrer Isotta. (Mittarelli, Bibl. Muran, p. 648.)

s P. HittareUi, Bibl. Hs, S. Mich, p. 804. —Tiraboschi, Stor, t. I\, p. 127.

* De pudicissimœ Isotlœ Nogarolœ vita et moribus et docirtna.— Voy. Maffei, Veron. III. t. II, p. 06.

s Le titre de ce poëme est : Benacus Ludovici Merchenti, Veronensis, ad Marium Pkilelphum. Il est précédé d'une lettre à un fils d'Etienne Gontareni, à la fin de laquelle on lit : « Tibi prœterea, vir clarissime, non erit molestum, si prius ad summum poetam (Marius Philelfe) illam institui. lUustris enim viri

pour la croisade contre les Turcs, et plus encore pour la guerre contre Georges Podiébrad , qui , après la mort de Ladislas le Posthume, avait été élu roi de Bohême par les États de ce royaume. Quelques électeurs avaient même formé le projet de porter Podiébrad sur le trône impérial, mais l'alliance do pape avec Frédéric empêcha l'exécution de ce projet. Le roi de Bo^ hême favorisait les hussites, et le pape, d'accord avec l'empereur, n'ayant pu armer l'Allemagne contre ce prince, engagea Matthias Gorvin, son gendre, k l'attaquer, et cette guerre taclia d'ingratitude la mémoire du grand Huniade.

Telles étaient les pensées qui occupaient Frédéric lorsqu'il vint en Italie. Ge faible et avare empereur ' se rappelait la magnifique réception et les présents considérables que lui avaient faits les princes d'Italie, lorsqu'on 1452 il était venu ^ Rome pour épouser Léonore de Portugal et se faire couronner empereur, et il ne craignit pas de renouveler un voyage qui lui avait été si avantageux'. La générosité des villes et des seigneurs d'Italie ne se démentit point dans cette occasion, et Borso, duc de Modène et marquis de Ferrare, accueillit l'em-

auctoritas non minorem auctoritatem fîiit aUatara. *• On lit ensuite les qoatre ▼ers suivants adressés à Marins Philelfe :

« Accipe nonc nostmm, placide nunc accipe carmen,

Gentibns Italiœ jam gloria magna, Philelphe,

Si quicquam oecini, doctas quod mnlceat anres,

Lœtor et astringor meritis tibi, maxime vates. »

Le poème commence par les vers suivants :

« Carmina divini venientia fonte Philelphi

Ad cantos, altosque modos dalcedine samma,

Incendere animos •

(Voy. Maffei, Veron, IlL p. 104. — Gioma/. de' Leter, d'Ital. 1712, t. XI, p. 292-294. - Zeno, Dru. Vou. t. I, p. 127.)

< Chandenier, dans ane lettre écrite à Loais XI lorsqu'il n'était encore que dauphin , représente Frédéric sous des couleurs peu avantageuses : « L'empereur, dit-il, est un homme faible et irrésolu, incapable de penser et d*agir, dissimulé sans être prudent, et odieux par son avarice, etc . . . > (P. Barre, Hist. d'Allemagne, t. VII, p. 632.)

s Fr. Barbari, Epiit. iSi, Ludovico Gard. Aquileiensi, p. 163 (vi kal. Nov. 1451) : « Pneterea Fridericus Rex Romanorum cum magnis Germanomm copiis.

JEAN-MARIUS PBILELFE. 109

pereur avec une rare magnificence ^ Frédéric se souvenait encore de lui avoir vendu bien cher autrefois le titre de duc, et connaissant k quel point la vanité des Italiens pouvait être utile k ses finances, il se mit à distribuer avec profusion des titres bien moins élevés, et dont son chancelier faisait chèrement payer les diplômes. C'est ainsi que cet empereur créa une foule de chevaliers, de comtes palatins, de docteurs, de notaires et même de poètes lauréats. Ces titres, distribués sans aucun égard au mérite, enflèrent l'orgueil d'un grand nombre de personnages auparavant confondus dans la foule ; ils s'imaginèrent avoir un rang k soutenir; le luxe augmenta avec la vanité, et on historien moderne a signalé les diplômes de Frédéric comme one des causes de la décadence et de la dépopulation de l'Italie *. Quelques-uns de ces brevets, et sans doute ceux qui se payaient le plus cher, accordaient la faculté de transmettre les titres que l'on recevait, d'autres autorisaient à légitimer les bâtards, d'autres enfin, plus ridicules, donnaient la puissance de réhabiliter les gens dégradés et de faire une réputation nouvelle k un faussaire ou k un infâme'. Telle fut l'invention par laquelle

ut ûont, Romam itaros est, non ut pacandœ Italiae causam quœrat, sed ut Don desit fortune 8e offerenti, anram coronariam sibi oblatnm accepturos est, at fkcOius et honestius possit imperare. . . » (Voy. sar ce voyage de 1453 Straviiis, Corpus Hist. Germanie, 1. 1, p. 857-86^.)

* On peat yoir les détails de ce voyage de Frédéric dans Od. Raynald. AnnaL 'et Aog. Patrit. dans Mnratori, Script. Rer. Italie, t. XXIIT, p. 203etseq. — Cf. Jacob. Piccolomini, Comment, lib. VIT, init. Récit réimprimé dans Freher, Seript. Rer, Germon, t. H, p. 284, éd. nov.

* Denîna, Révol et Italie^ liv. XVHI, chap. v, p. 323 et suiv. de la traduction fiwiçaiae.

> Diario Ferrares, p. 217, 218, dans Maratori, Seript. t. XXIV : 11

meroori, cbe fu il primo giorno di Febraio ed il quel giorno el fece molti Cavafieri, Conti, Dottori e Notari, fra li quali da le dignitadi, avengache fnsseno da 80 te ne scriverd alcuni qui . . . Messer Augnstino de Rimino Dottore Ferrarese, ▼alente Cavalière e Conte e che possa fare Dottori ... El magnifico Messer Theofilo Calcagnino. . . di anni circa 28, il quale è ricco mediante di Ducati 60000 e signore di tre eastelli, Conte e che possa legittimare bastardi di ogni ragione, ftre Notari, fare nno Notaro falsario et infamis, de buona fama, e rednrre in primo stato E fece molti altri Cavalieri e Conti, Dottori e

l'empereur, ea peu de temps, amassa d'assez forles sommes d'argent qu'il emporta en Allemagne au mois de février 1469.

Marius Philelfe était alors à Bergame, et sa bile s'alluma en voyant cette foule de gens titrés et sans mérite qui prétendaient s'égaler k ceux qui, précédemment, avaient acquis des marques semblables de distinction. Il devait, ainsi que je l'ai déjà dit, les titres de chevalier, de comte et de poète lauréat au duc de Savoie. R écrivit une longue satire contre la foule de chevaliers^ docteurs, comtes palatins et poètes lauréats créés par V empereur Frédéric^. H y représente ces dignités comme devenues la proie de tous les hommes de basse extraction, et même de profes^on vile, qui ont pu les acheter par un peu d'or. Ce poëme était à Vérone dans la bibliothèque Saïbante, etMaffei, ainsi que Tiraboschi, en ont fait connaître quelques vers *.

Bergame, à cette époque, appartenait aux Vénitiens (depuis 1428), après avoir souvent changé de maîtres. On ne connaît guère le séjour de Marius dans cette ville que par une lettre de son père, dans laquelle on voit qu'il quitta cette ville vers la fin de 1471 ', et l'on conjecture qu'il y était venu en 1469; en effet, Marius dit, dans un de ses ouvrages, qu'il demeura trois

Notari che non conosco, ne so che siano ; ma molti, et pro miyori parte mi credo, non haverano li privilegi sooi per il canoeliero de lo Imperadore, non che dU mandasse dinari di privilegi, ma hareria volato scortigare la brigata tanto el ▼oleya di fare epsi privilegi, per li qaali moite ge andomo drieto a Venezia. •

* Jo. Marii Philelfi artiom et utriasque jurb Doctoris, Eqoitis Aurati et Poetœ Laureati, satyra in vulgos Equitum auro notatoram, Doctorumqae facnltatnm omniam, Comitnmque Palatinorum, et Poetarum Laureatoram, quos paolo ante Imperator Federicus insignivit. (Tiraboschi, Slor. t. VI, ii, p. 253.)

» Maffei, Veran. Hhutr. t. III, p. 108. —Tiraboschi, Stor. t VI, ii, p. 254.

s Fr. Philelf. Epist. p. 243 r«. — Tiraboschi, Stor. del. Letter. Ital. t. Vf, p. 952, edit. Venez. 1795 : « Del soggiorno fatto da Mario in Bergamo si haauchè pruova nel codice délie Poésie di Alberto Carrara, presso i Signai Gonti Carrara Beroa altre volte dtato, in cal leggonsi aleani versi di Giovanni Malpede Bresciano, ne' quali, parUmdo del Mentovato Alberto, dice al Fileifo :

Quas Bergomea jamjam tellare locasti

Exoptat proprias sedes faustasque Aituras.

JEAN-MARIUS PHILELFE. 111

ans à Bergame ^ ; c'est donc bien dans le commencement de l'année 1469 qu'il dut y arriver. Vers le mois d'avril de 1470, un fils naturel de Xénophon Philelfe, nommé Girus^, qui était auprès de Marins, le quitta et vint k Milan chez son grandpère. Je ne sais si la vie errante de Marius l'empêchait de garder plus longtemps Girus auprès de lui, si ce jeune homme s'accommodait mal de l'humeur de son oncle, ou s'il suivit, en allant k Milan, les ordres de son père Xénophon, qui alors était à Raguse. François Philelfe, en informant Xénophon de l'arrivée de Girus, fait l'éloge de son application et de son caractère'. Ge jeune homme trouva chez son grand-père un camarade, son cousin Jean-Marie Bindoti, fils de Panthea, l'une des sœurs de Marius. Ge cousin, étant né en 1452, avait alors dix-huit ans, et avait passé quatre années, ainsi que sa sœur Ârminia, chez François Philelfe. Gelui-ci avait fait, en octobre 1469, un voyage k Sienne pour remettre à Jérôme Bindoti ses deux enfants, mais Bindoti n'avait voulu reprendre que sa fille et avait

quid melios potuisti Bergoma teUus

Ceraera quam sacro dacentem vertice Musas

at oolerent ingentia culmina montis

Bergomei?...^.

E lo stesso Carrara in ona elegia al Filelfo cosi egli diœ :

Garmina divino yixdum cantata cothamo

Aspezl, o patri» gloria magna meœ ; Te dace Bergomeos conscendet sidéra Cœsar,

Tu dabis ceternos, clare poeta, dies.

na on* altra elegia del Carrara raccogliesi che il Filelfo ebbe una flglia detta del nome deU* Ayola Theodora, a coi la indirizza , e ch' era essa pore eccelente poeteasa, e col padre soggiornava in Bergamo, detta perciô dal Carrara :

0 decns, o nostri gloria magna soli.

In Bergamo innoltre vedesi tnttora nella facciata di nna picciola casa, che ora appartienne al Sig. Co. Vailetti , inciso un poco felice Epigramma da loi compoato in Iode di GioT. Bncelleno col titolo : Carmen pœtœ Marti Philelphi,

s Sar Albert Carrara, voyez Zeno, Diss, Voss. t. II, p. 27 et seq.

« Rosmini, t. III, p. 95.

^ Voir le testament de François Philelfe, cité par Sàxias, Hist. Lit, Jlîediol. p. 2i4.

engagé François Philelfc à continuer l'éducation de Jean-Marie*. Le savoir de Marins Philelfe et la réputation de son père durent le faire accueillir favorablement à Bergame par Louis Donato, évéque de celte ville. Ce noble Vénitien unissait à une profonde connaissance de la théologie un goût très-vif pour les belles-lettres, qu'il cultivait avec succès '.

Les lettres de François Philelfe nous ont été jusqu'ici d'une grande utilité pour l'histoire de son fils ; mais maintenant ce secours nous abandonne : nous n'avons pour cette époque presqu'aucune lettre de Philelfe à Marins. Une seule nous indique qu'ils étaient fort mal ensemble : « En recevant tes let- « très, » lui écrit son père, c( je ne saurais dire si j'ai été plus « ému d'avoir mis au jour un fils tel que toi, ou plus affligé « de voir que mes leçons, l'honneur de toute une vie et mes <( exhortations paternelles n'ont aucune prise sur toi. Continue, « puisque tu ne veux suivre ni les ordres d'un père, ni aucun ce conseil salutaire, continue ton genre de vie. Que Dieu tourne « tout à bien^. » Je pense que Marins était k Bergame lorsqu'il reçut cette lettre, et dans le temps où il irritait son père à ce point , celui-ci venait d'éprouver un chagrin encore plus grand : Xénophon, son fils chéri, était mort d'une maladie de poitrine le 27 août à Raguse, après avoir été malade pendant plus d'une année*.

Marins eut quarante-cinq ans accomplis le 25 juillet de l'an 1471, et une élégie qu'il fit un peu avant cette époque nous donne connaissance des nombreux ouvrages qu'il avait déjà composés. Cette élégie, dont le manuscrit existait k Vérone, dans la bibliollièque Saïbante ^, a été connue de Maffei et de Tirabos-

* Fr. Philelf. EpUt. p. m vo.

> Vinc. Coronelli, Rer. Ecoles. Bergom, Synops» p. 26 in Barman. Thesaur, t. IX, part. 6. — Ughelli, Ital. Sacr. t. IV, p. 484. — Fabricius , Bibl. tn/l latin, edit. Hansi.

» Du 8 octobre 1470. Fr. Philelf. Epist. p. 228 v«>.

* Fr. Philelf. Epist. p. 221 vo, 223 ▼«, 228, 229.

* Une copie de cette élégie avec des notes en marge, et quelques correctiona

JEAN-MARIUS PBILELFE. 113

cbî, et ce dernier en avait envoyé une copie à Senebier, savant bibliothécaire de Genève. Marins s'était exercé dès lors dans tons les genres de littérature. Il rappelle ses tragédies, ses comédies, ses épigrammes, ses satires, ses lettres en grec, ses opuscules historiques et moraux, ses élégies k la louange de Gosme de Médicis, sa Vie d'Isotta Nogarola, sa Vie du Dante,' ses Louanges de la poésie, adressées k Hermolaûs Barbaro, ses Commentaires sur les livres a Herennius, son ouvrage contre les Facéties du Pogge, ses traductions d'une partie d'Homère, de la Théogonie d'Hésiode, de quelques ouvrages de Platon, d'Aristole et des hymnes d'Orphée, ses Commentaires sur Pétrarque, un opuscule de bellicis artibus et urbanis^ ses Canzoni, un roman italien intitulé Glicephira, enfin deux grands poèmes, le premier sur les travaux d'Hercule, k la louange du duc de Ferrare Hercule P*", et le second sur la prise de Constanti- ■ople par les Turcs, auquel il fait allusion dans ce vers :

Romaque Turcorura capta furore nova.

Ce dernier poème, dont l'unique exemplaire connu se trouve dans la bibliothèque publique de Genève, avait été acheté en Italie par Ami Lulliu * ; Senebier, dans son Catalogue^ en a donné la description et quelques extraits *. Marins parle encore de plusieurs autres de ses ouvrages, qui, tous ensemble, sont au nombre d'environ soixante, composés, comme je l'ai dit, avant d'avoir atteint quarante-cinq ans, « nondum lustra

de Tinbofichi existe à la bibliothèqae d'Est à Modène, et M. Lombard], bibliothécaire da dae de Modène , m*en a envoyé une copie. Voy. TAppendice. — J'avais vainement demandé en Italie ce que la bibliothèque Saîbante était devenue. M. Valéry ( Voyag. en Italie, 1. 1, p. 303, note 3] m'apprend qu'elle a été vendue en 18^.

* Mehns, Vit, Amhroa. p. 376 : « Omnium maxime illustre est alterum

Carmen de obsidione Constantinopolitana, quod Anconœ (ann. 1475) subtexuit idem Ule Marias. Higus exemplar a Genevensi homine nuper in Italia comparatnrn, advectumque alio est. »

* Senebier, Catalogue des Jf«. de la biblioth. de Gen^, p. 236-245.

nomm tenui. » C'est donc avec raison que cet auteur, qui tirait sa gloire plutôt de la quantité de ses œuvres que de leur per* feetion, se vante dans cette même élégie d'avoir plus écrit que Virgile et qu'Ovide : « Me brevior NoiOy meqw Maro brmor. » Lorsqu'il composa cette élégie, il travaillait à traduire en italien la géographie de Strabon^ La plus grande partie de ces nombreux ouvrages est maintenant perdue, ainsi que l'on en pourra juger par la liste que je donnerai de ceux qui nous restent, tant imprimés que manuscrits, et certes ceux-ci ne font pas regretter ceux qu'on n'a plus. Malgré le savoir de leur auteur, son peu de soin et l'extrême précipitation avec laquelle il composait, sa négligence et peut-être sa présomption l'ont placé au-dessous de ses contemporains '. Cependant sa réputation Alt grande; il la dut à sa mémoire et k une extrême ikcilité, mais elle fîit éphémère ; les éloges de son père et de ses amis surprennent aujourd'hui. De tous les auteurs du quinzième siècle. Marins Philelfe est un de ceux qui ont le plus écrit et qui sont le plus oubliés. Il est encore remarquable qu'on n'ait presque rien imprimé de lui, et absolument rien pendant sa vie. Les mêmes défauts de caractère et de conduite qui avaient chassé Marins de Venise, de Bologne et de Vérone', lui firent aussi quitter Bergame, et avant la fin de l'année il était déjà établi à Âncône'^. La colère de son père était apaisée, et, au mois de décembre, François Philelfe écrivit aux Ànziani, qui gouvernaient cette ville, pour les remercier du choix qu'ils avaient fait de Marins pour instruire la jeunesse ^. Le 28 mars

> MaffeU Veron, lU, lib. III,p. i07, 408.— Saxios^ffûf. Liter, Hfediol, p.265, 266.— Tirabo8chi,5tor. VI, ii, p. 395-296. — Senebier, Colalo^iM des]lïs.dela bibliotk. de Genève, p. 243-244.

* M. Ant. Sabellicns, De lat. ling, reparai, cité par Saxioa, Hi$t. lAter, MedioL p. 268. — Tiraboschi, Stor, t. VI, il, p. 297.

» Fr. Philelf. EpUt. p. 2S5 v», 248 yo.

* Fr. Philelf. Epist. p. 243 p<>.

s Fr. Philelf. Ep, p. 243 : « Âneianis Anconitania S. P. D. — Qaod Harium fiUmn, mihi dilectissimum, delegeritis, Viri Magnifici, qao vestram javentotem bonis artibas ac disciplinis instituât, non possom eqaidem non kntari, cum vea tra

suivant, il écrivit \k son fils : « J'ai reçu ta lettre d'Ancône du <r 31 janvier : tout ce qu'elle renferme m'a été agréable, et j'ai « surtout été charmé d'apprendre que tu étais très-goùté dans (c cette illustre république. D'après cela, je ne cesserai jamais « de t 'exhorter, de t'eucourager et de t'ordonner, par tout le « pouvoir paternel, de donner tous tes soins k bien remplir tes <c fonctions, et de t'appliquer chaque jour davantage k te mon- 9 trer tel qu'il est convenable que tu sois, dans une ville éclairée « où tu comptes passer ta vie. Tu ne peux rien faire dont je te <c sache plus de gré. Quant à mes projets, dès que j'aurai mis « ordre k quelques affaires, ce qui, je pense, ne sera pas long, « je partirai avec toute ma famille pour Rome, où je compte « finir mes jours k la cour du pape ^ » Je remarquerai que ce dessein d'aller k Rome avait été formé par François Philelfe dès l'an 1464, après la mort de Pie 11% et fortifié en 1466 par la mort de son protecteur François Sforce ; il espérait rétablir auprès du pape sa fortune, qui était dans l'état le plus misérable'; mais cette idée n'était pas tellement exclusive, qu'il ne pensât, vers le même temps, k un autre établissement auprès du roi Louis XI, ou k Sienne'^, ou k la cour de Fer-

tnm etiam mea causa. Nam et yestne landatissimœ reipnblicœ cupiebam semper, hae etiam vits ratione, esse bene consnltum : et mihi non mediocri laudi futnjum duco quod per filium meam in optimo sint hominum génère vestri liberi

nnmerandi Rectîssime igitnr, ut estis omnibus in rébus, viri prudentissîmi,

protpezistis juventuti Anconitanœ, qaam ita constitaeritis eradiri, ut in optimo hominmn génère qneat merito censeri. Quid quod etiam mercaturse ipsi, oui maxime studetis, plurimum doctrina et eloquentia prodesse potest , cum ad prudentî» rationem, tnm etiam ad cobortandum, indacendum, persuadendnm? Nam

qoantom ea yaleat ad gubemationem reipablicœ, vos quotidie experimini

Sed ne sim longior quam par est, id unum reliqnnm est, quod monendum putem : ita tractetis filium Marinm, ut quam Ubentissime yelit apud vos esse, oui etiam jnssi, pro patema potestate, ut omnibus in rébus obsequatur ac pareat yestras honestissimœ yoluntati Ex Mediolano. Nonis decemb. 1471. >

• Fr. Philelf. Epist, p. 248 ▼<>.

• Td. Epist. p. 1 00-161 yo.

s Id. Epist p. laSyo.-'Saxius, Hist. Lit, Mediol. p. 264.

• Id. Epist. p. 190 yo. — Jaoob. Cardin. Papiens. i?pû(. p. 143. — Lancelot, Acad. des Inscript, t. X, p. 730.

rare\ Ce ne fut qu'en 1474 qu'il se rendit k Rome, appelé par Sixte IV, et il revint à Milan en 1477 *, où il eut la douleur de voir mourir deux jeunes fils qu'il avait eus de sa troisième femme, Laure-Madeleine de Mazzorini, qui elle-même ne leur survécut pas longtemps'. Avant la fin de l'année, Marins donna de nouveau k son père les plus graves sujets de mécontenta ment; il repoussa avec aigreur ses conseils et s'emporta, dans ses lettres, jusqu'à le traiter de radoteur, lui reprocher sa décrépitude, et lui conseiller de faire son testament, pour qu'il fût h l'abri de toute discussion avec ses frères. François Philelfe fit h ces lettres une réponse pleine de modération, et par laquelle on peut juger à quel point elles étaient violentes ; la voici : « Tes deux lettres, mon fils, me sont parvenues l'une au com- « mcncement du mois, l'autre le 13 décembre, et tu peux croire « avec quel plaisir j'ai vu, en lisant la dernière, que, tout en c( avançant en âge, tu osais avertir un père de soixante et quinze <( ans de faire son testament ! C'est sans doute par une rare « prudence que tu fais plus d'attention à mon âge qu'à ma ce bonne santé, à la force de mon corps, à celle de mon esprit « et à l'intégrité de toutes mes facultés. Certainement je l'em- « porte sur loi en tous ces points, et tu peux reconnaître ton « père dans ces mots de Virgile : « // est vieux^ mais sa inetf- « lesse est verte et vigoureuse'^. Tu dois aussi craindre qu'on ne « t'applique les vers d'Ovide, dans lesquels il peint un fils qui «t se plaint des années de son père trop prolongées à son gré. Ce-

« Fr. PhUelf. Epist p. 239 v».

* V. Lancelot, Acad. des Inseript. t. X, p. 737-738.

» Saxias, Hist. Lit, et Typ. Mediolan. p. 2Î2. — Voy. Rosmini sur le retour de Fr. Philelfe de Rome, et la mort de sa troisième femme.

* Virgile, JEneid. VI, v. 304, dit en parlant de Caron :

Jam senior, sed crada Deo yiridisque senectns.

Dans Tcdition des lettres de Fr. Philelfe, de Venise iSOÎ, fol. on Ht, dans la citation de ce vers, erudita an lien de cruda. Je ne sais si ce changement a été&ît par Philelfe pour mieaz se peindre par ce vers ; du reste il aimait ft se rappliquer. (Rosmini, t. II, p. 368, 393.)

JBAN-MARIUS PHILELFE. 117

« pendant je fais grand cas de tes conseils et de tes avertisse- « ments; je les aarais prisés encore davantage, si tu n'y avais « ajouté l'avis de faire mon testament, pour que tu n'eusses « aucune discussion avec tes frères. Car je pensais que, si tu « me survivais, ce que je désire plus que je ne l'espère, à fc moins que tu ne changes de manière de vivre, tu tiendrais « lieu de père à tes sœurs et à tes frères, qui sont presque tous a encore dans l'enfance. Mais maintenant que tu m'as ouvert a ton àme tout entière et que je connais ta pensée, je prendrai « soin qu'il ne puisse y avoir ni litige, ni contestation entre toi « et tes cadets. En attendant, si tu fais bien, tu ne mettras tes ff espérances qu'en toi seul ; j'ai toujours fait de même pour a moi , et c'est encore ce que je fais. Quant à ta première n lettre, elle m'est parvenue décachetée, et j'en ai été très-fô- « ohé pour toi ; car on ne peut douter que ceux qui l'auront lue « n'aient trouvé souverainement ridicule la manière dont tu ré- « pondais à des exhortations modérées, et que ton père t'a- « dressait pour ton bien. Que t'ai-je dit dont tu puisses te « plaindre? Je me souviens de t'avoir écrit, et je le faisais en « italien et avec des caractères grecs pour que ma lettre ne « passât pas k la postérité \ je t'écrivais, dis-je, qu'il m'était « revenu que ta manière d'enseigner avait été extrêmement « applaudie dans les commencements, non-seulement par les « habitants d'Àncône, mais par tous ceux du Picenum ; que <% cependant l'on avait ajouté que ton zèle s'était ralenti, que ff de fréquentes interruptions, tes courses hors de la ville, qui « avaient pour but le plaisir plutôt que le délassement, tes ha- « bitudes enGn avaient fini par ne plaire ni aux citoyens, ni aux ff étrangers. Rappelle-toi ce qui t'est arrivé dans les années

< Fr. Pbilelfe était tellement persuadé de rimmortalité de ses ouvrages latins, et da soin que la postérité apporterait à conserver les moindres fragments écrits par loi dans cette langae, qa*il croyait nécessaire d'écrire en italien toat ce qu'il ne voulait pas lui communiquer. Voyez ses Isttres, p. 1S8 v», Eutychio, et p. 243 r«, Tranchedino.

118 Vl£ DB

« précédentes, k Bergame, à Vérone, ë Venise, à Bologne *, k c( cause de cette manière d'être. Ma tendresse pour toi, autant « que mon devoir, m'engageaient à t'exhorter à montrer plus de «t diligence, puisque tu voulais fixer ton séjour à Ancône. Mais « tu as tant d'amertume dans l'esprit, que la haine que tu monc< trais dès l'enfance pour toute admonestation, n'a fait qu'aug- « monter avec l'âge, et qu'à quarante-sept ans tu trouves moD&- « trueux qu'un père t'adresse des conseils. Je dois sans doute c( regarder comme un trait de sens et de piété tes reproches c< sur ma vieillesse; il te semble que je suis un radoteur parce « que j'ai voulu prendre soin de tes vrais intérêts et de ta ré- « putation. Que Dieu conduise tout k bien. De Milan, 18 dé- « cembre 1472 '. »

Telle est la dernière lettre que François Philelfe écrivit k son fils Marins ; c'est au moins la dernière que l'on trouve dans le recueil de ses lettres , qui ne vont que jusqu'au mois d'août

Environ deux mois après cette lettre, François Philelfe fit son testament, dont Joseph-Antoine Saxius a retrouvé l'original dans les archives du Chapitre de Milan. Il est daté du mardi 23 février 1473, indiction vi. D y institue héritiers par égale portion ses fils Marins et Frédéric-François et son petit-fils Florins, fils de Xénophon. Mais, attendu que Marins a eu divers avantages, qu'il a vendu plusieurs manuscrits de son père, que son séjour k Gonstantinople a été fort dispendieux, et qu'enfin, par l'éducation que son père lui a donnée, il est devenu trè&^avant, et en état de se procurer, par son savoir, les moyens de vivre honorablement, François Philelfe déclare expressément qu'il veut que ce fils n'ait d'autre droit sur l'hérédité que sa portion sur les immeubles qui sont dans le territoire de Tolentino. Il lègue de plus ses livres k son fils Frédéric-François, et après

< J'ai déjà remarqué plus haut (p. 92, note 3) que Philelfe, en nommant ces villes, ne suit pas Tordre des temps dans lesquels Marins y habita. * Fr. Philelf. EpUt, p. 255 vo.

JEAN-MARIUS PHILELFE. 119

lai à la bibliothèque du Chapitre métropolitain de Milan ^ Il donne de quoi acheter un bréviaire à sa fille Âugusta, qui devait se faire religieuse, et ordonne que Florins rapportera à Thoirie les biens que son père Xénophon a pu laisser à Raguse, attendu qu'il n'était pas émancipé. En cas de mort de Fiorius, il lui substitue Cirus, fils naturel de Xénophon. Quant k sa femme, Laure de Mazzorini, il lui lègue, outre ses droits, quelque sonune d'argent, la laisse usufruitière universelle et tutrice de ses enfimts , et enfin lui recommande ses fils naturels Sforce Gttrion et Caesar Eufrasius, ainsi que Cirus, fils naturel de Xénophon *. Ce testament de François Philelfe, dans lequel il a la générosité de ne point parler des torts de Marius envers lui, devint absolument inutile, car il survécut k sa troisième femme etk la plupart de ses descendants. H Tétait même lorsqu'il le fit, car dès l'an 1467 il était dans la pauvreté, et tout ce qui lui restait de bien était en gage '.

Revenons à Marius, qui exerçait k Ancône ses talents de poète et de professeur avec un zèle et des succès toujours décroissants. U mit au jour, pendant son séjour dans cette ville, trois livres de Rucoliques, ouvrage qui existe en manuscrit k Paris, écrit sur vélin de la main de l'auteur, et daté de iM3'^. Marius se lia, k cette époque, de correspondance avec Piatmo Piati, Milanais dont les aventures sont assez extraordinaires. U avait été page du duc Galeas-Marie Sforce, avait fini par lui déplaire et être enfermé par son ordre dans un cachot k Monza, où, pendant quinze mois, il chercha des consolations dans la poésie. Il trouva enfin le moyen de s'échapper en 1470, et (ut accueilli par Hercule, duc de Ferrare, k la cour duquel il donna des preuves de courage et d'adresse dans les jeux mili-

* Sur le sort de ces libres, ▼. Rosminî, Vit. di Filelf. t. III, p. 101^ not. La plopart paraissent être restés a Florence.

s Voy. Saxins, Hùt Liter, Mediolan. p. 221 -i^.

s Fr. Philelf. Epist. p. 192. — Saxios, BUt. Idter. Mediol p. 264.

* Catalog. Mi, Biblioth, Reg. Pari*, n» i

taircs. Il devint ensuite homme de guerre et servit sous le duc d'Urbin. N'ayant pu obtenir de Charles VIII d'être attaché à Trivulce, il reprit son goût pour la poésie et chercha k se faire appeler en France à la cour de Louis XII; mais n'ayant pas réussi, il alla professer l'éloquence dans la petite ville de Garlasco, près de Vigevano, qui appartenait au maréchal T^ivulce^ Piati, dans les années 1475 et 1476, était en garnison k Âppignano, dans la Marche d'Àncône, et c'est de cet endroit que ses lettres k Marins Philelfe sont datées*. On croira peut-être que Marins s'était corrigé de sa légèreté, lorsqu'on saura qu'il demeura près de cinq années k Âncône ^ ; mais les lettres de Piati nous apprennent que l'amour l'y retenait et causait sans doute les distractions dont ses écoliers se plaignaient. Il chantait dans ses vers une jeune fille appelée Angela, dont la figure répondait au nom ^. Piati assure qu'il ne doute pas qu'elle ne devienne aussi célèbre que les beautés immortalisées par les vers des plus grand poètes ^ Cependant la muse de Marins n'é-

1 Sur Piatino Piati et ses ouvrages, voyez Argelati, Bibl. Script. MedioU p. M07-1 1 19. - Saxlus, HùU Lit. Mediol. p. 268-273.— Tirabosehi, Stor. t. VI, II, p. 348, 349.— Rosmini, Istor. di Trivulxio, 1. 1, p. 625, 642.— Â l'occasion da mariage de Theodora Piati, François Philelfe avait fiût l'éloge de cette famille, qu'il faisait descendre de Neptune et de Codrus, roi d'Athènes. (Rosmini, Vit. di FtteZ/b,t.n,p. 121-125.)

* Les lettres de Piati ont été imprimées à Milan, 1506, xvo kalend. Septembris, par Gottardo Ponzio ou De Ponte. Ce livre est rare et ne se trouve dans aucune des bibliothèques publiques de Paris ; il n'est pas non plus à la bibliothèque royale de Milan, et j*ai eu quelque peine à me procurer des copies de celles que je cite plus loin : ce sont les cxxvi, cxxvii, cxxviii, cxxix de ce recueil, et elles sont adressées : Mario Philelpho poetœ Anconœ profitenti. [Le lecteur les trouvera dans l'Appendice. ^- Éd.]

s C'est néanmoins à cette époque que se rapporte le projet formé par Marins d'aller à Naples. Voy. une lettre de Fr. Philelfe, citée par Rosmiui, 1. 111, p. 169.

^ Parmi les poésies de Marins Philelfe conservées dans la bibliothèque LauTentienue (Plut. 91, cod. 42), ou lit une élégie ou invective : InAngelam tneretricem. J'ignore si c'est la même qu'il avait aimée à Ancône. Ces vers commencent ainsi : « Angela, quam ignorans centum saturasse priapos, etc.»

(Bandini, Cat. Bibl. Laurent. Ms. lat. t. III, col. 803.) » Platin. Plat. Epist. cxxvi.

JEAN-MARIUS PllILBLFE. 121

tait, pas uniquement occupée de son Angela; il eut encore le loisir de composer un poème intitulé la Laurentiade^ dans lequel il célèbre les grandes destinées de Laurent de Médicis * ; et celui-ci reconnut cet hommage en promettant au poète trois cents pièces d'or, qu'il n'avait pas encore reçues au milieu de janvier, lorsque Piati lui adressa ses félicitations '.

Marius Philelfe avait dans ce temps auprès de lui son neveu Jean-Marie de Tolentino. Je pense que c'était un fils de sa sœur Angela, et non pas Jean-Marie Bindoti, dont j'ai parlé ci-dessus. Celui-ci, qui était fils de Panthea, autre sœur de Marius, était de Sienne. Il parait que les deux sœurs nommèrent leurs fils des noms de baptême de leur frère, et il est probable que Marias appela ce neveu auprès de lui après que Girus l'eut quitté. Quoi qu'il en soit, on apprend par une lettre de Piatino Piati que Jean-Marie de Tolentino fut chassé par son oncle au mois de janvier, et qu'il arriva à Appignano, chez Piati, qui s'efforça de les réconcilier. Dans une lettre k Marius, il l'engage k reprendre ce jeune homme, il en fait l'éloge et lui remontre l'utilité dont il peut lui être, « surtout, dit-il, dans un temps où « vous pensez entreprendre un difficile voyage en France, et si « vous vous privez d'un pareil compagnon de voyage, vous au- « rez sujet de vous en repentir. Où en trouverez-vous jamais « un pareil? Aimez-vous mieux avoir près de vous des merce-

« naires que vos proches parents? Si vous m'en croyez,

« vous rappellerez Jean-Marie ; cela est <l'autant plus convexe nable, que lui-même trouve la vie k charge sans vous, et qu'il ce gémit d'avoir perdu vos bonnes grâces ^.)> J'ignore si Marius suivit ces conseils; on sait seulement qu'il alla vers le mois de

* Marii Philelphi Laurentiadat lib.^ carmen de fatU ortuque Laurentii de Mediciê. — Cet oavrage existe en Angleterre en ms. ; il est écrit, en 1474, de la propre main de Tauteur. {A Catalog ofthe Harleicuh. Collection of Mamucript. no 2522.)

« Platin. Piati, Epiât, cxxvi.

3 Platin. PlaU, Epist, cxxvi.

septembre à Âppignano, faire une visite à son ami ; il avait encore alors le projet de faire son voyage et devait l'entreprendre par mer ^ Il ne parait pas cependant que Marius ait jamais exécuté ce dessein, qui n'était vraisemblablement que la pensée d'un esprit inquiet. En revanche, c'est k cette époque (1475) que doit se placer l'excursion que fit Marius k Rimini, pour aller assister au mariage de Robert Malatesta avec Isabetta d'Urbin * ; ces noces furent extrêmement brillantes ', et Marius y prononça un discours d'une heure, consacré à l'éloge des deux maisons de Montefeltro et de Malatesta'^. Le bon accueil qu'il y reçut de la part de Robert, et les vents contraires qui s'opposèrent ensuite k son départ, l'y retinrent pendant quelque temps ^. Piati, l'année suivante, fit un voyage k Rome, et, après son retour k Appignano, il s'était mis en route pour aller voir Marius, lorsqu'il apprit que celui-ci venait de perdre

> Platin. Plati. EpisL cxxviii.

> Saracini, Mem. délia ciUà d'Anœna^f p. â75 et suiv. raconte ce mariage et les fêtes qa*il occasionna; il place cet événement en 1471 ; mais le 25 juin, jour de la fête, n'aurait pu tomber cette année-là sur un dimanche; cette circonstance force à en reporter la date -véritable à l'an 1469 ou mieux à Tan 1475.

s Pour la description des noces, arcs de triomphes, harangues, etc. voy. Cle~ mentini, Fundazione di Rimini, etc. t. II, p. 519-538.

« Le comte Battaglini {délia Corte di Sig. Pand. Malatesta, p. 134, not. â3) a cité les paroles de Broglio, tirées de sa Chronique manuscrite^ p. 298 : • Fornito ohe fo el sacro officio con grande solennità ritomarono tucti al real palagio. Diseparati li gran signori dalle 111. e Magn. Madonne e facto alquanto di silentio, se fece inanzi quel M. e poeta di mis. Mario figliolu del gran poeta del Philelpo, gientilomo di grande autoritade, e fermatosi nel mezzo del gran tribnnale, expuse con grandisima autoritade un deguio sermone il quale durô circha a un ora : rimembrando Tantiche croniche delli passati délia 111. casa de Montefeltro, e per lo simile de la 111. casa di Sigu. Malatesti, e le degnie hopere eccellentissime gia conseguite per li 111. e famoû Sig. délie due 111. Casate, che fo cosa molto laudevole e degnia rimembrando li loro mirabili facti ; finito che fo el gran sermone lo 111. Sign. Miss. Roberto se fece innanzi, e andô a spoaare la 111. Mad. Lisabetta per mano dello 111. duca d*Urbino suo padre. «

Battaglini tire de la même chronique ms. que Marius Philelfe reçut en récompense • cinquanta ducati d'oro in oro, con cinque braccia di zitaninonero.»

s Robert Orsi adressa des vers sur ce sujet à Marius Philelfe. ( Battaglini , p. 61 -61}

JEAN-MARIUS PUILELFE. 123

sa fille unique, Théodora, et par discrétion Piali renvoya sa visite au temps où Marius pourrait recevoir et goûter les consolations de Tamitié V

Après ce chagrin, Marius demeura encore quelques mois à Ancône; il continua ses leçons et s'occupa à revoir son poème sur la prise de Constantinople par Mahomet II. J'ai déjà remarqué que ce poème, intitulé Amyris, et dont l'exemplaire unique se trouve dans la bibliothèque de Genève, est désigné dans Télégie que Marius écrivit avant d'avoir quarante-cinq ans. Mais en ce temps (1471), cet ouvrage n'était composé que de trois livres ou chants, et ce fut k Ancône, entre l'époque du siège de Scutari ou Scodra, qui eut lieu en 1474, et celle de la mort de Galeas-Marie Sforce, duc de Milan , tué le 26 décembre 1476, que Marius composa le quatrième chant et mît cet écrit dans l'état où il est maintenant. Il raconte, dans une préface en vers, qu'il a fait ce poème à la prière d'Othman Lillus Ferducci, d'Ancône, et cette préface est précédée d'une longue épltre dédicatoire en prose, que Ferducci adresse à Mahomet II, en lui envoyant l'ouvrage de son ami, et dans laquelle il rappelle au sultan, dont il cherchait k s'attirer les bienfaits , l'intime liaison qui avait existé entre leurs pères*.

Après avoir demeuré à kncftne près de cinq années ', Marius Philelfe passa à Urbin, petite ville qui était le lieu principal des Etats des comtes de Montefeltro, dont la race remonte au douzième siècle. Leur vaillance héréditaire les mit au nombre des principaux condottieri de l'Italie; ce genre de vie, ainsi

t Platin. Plati, Epist. cxxix. — Dans les Epitomata de Marius, on trouve quelques yen intitulés : ' Ad Theodoram Philelpham^ in ejus vitam votum et preeaiio, > Mais ce recueil ayant été rédigé en 1462, ces vers ne peuvent pas avoir rapport à la dernière maladie de Théodora, fille de Marius.

• Senebier, Catalog. des Ms. de la biblioih. de Gmève,- p. 236 245.— Voy. TAppendice.

» Marins était à Ancône avant le o décembre 1471 (Fr. Philelf Fp. p i43,i; il y était encore le 10 juillet 1476. (Platin. Plati, Epist. cxxix.;

que les guerres qu'ils soutinrent continuellement contre les papes et leurs voisins, leur donnèrent des mœurs toutes militaires, et que rien n'avait tempérées jusqu'au règne de Frédéric, qui k la valeur de ses pères unit l'amour des lettres, la magnificence et la politesse. Il passait pour être le fils de Bernardino dalla Carda de la maison des Ubaldini, mais Gui Antoine, comte de Montefeltro et duc de Spolète, qui l'avait fait élever, parait avoir été son véritable père * ; il n'était donc point par sa naissance destiné k régir ces Etats. Il passa quelques années de sa jeunesse à Mantoue, où il eut le bonheur de trouver Yittorino de Fèltre. Cet aimable et savant professeur prit pour Frédéric l'amitié la plus tendre, et lui donna des leçons qui développèrent en lui au plus haut degré le goût des lettres '. Ode Antoine, fils légitime de Gui Antoine et de sa seconde femme Caterina Colonna, succéda à son père et fut créé duc d'Urbin par Eugène IV ' ; mais lorsque ses vices et son libertinage eurent porté ses sujets à l'assassiner * , les suffrages du peuple appc-

* Voyez l'Appendice.

« Tiraboschi, Stor, t. Vï, i, p. 39 et t VI, ii, p. 274.

s Ce titre avait été accordé par le pape Eugène IV à Ode Antoine et à ses descendants ; c'est ce qui fait qae Frédéric ne porta qne lé titre de comte de Montefeltro, jusqu'en 1474 que Sixte IV le cré^ duc d'Urbin.*(Ilepo6ati, Zeeca di Gubbio, 1. 1, p. 250. — < Lettres de Fr. Philelfe au duc d'Urbin et à Oetav, Ubaldtnt, Rosmini, t. III, p. 170-172. — Mutio, Historia de* fatti di Federico di Montefeltro duce d' Urbino, Venet. 1605, 4o.)

^ Leand. Alberti, avec son inexactitude ordinaire, bouleverse la suite des*' souvenons d*Urbin. (Muratori, ann. 1443.) Voici ce qu'il raconte de la mort d'Ode Antoine : • Is ob constupratam importuna libidine virginem nobilem, admodum adolescens popularium furore trucidatus, perque nrbem tractus, genitali membro prœciso ac ori inserto, summa cum ignominia derelictus est. HorribUe profecto id documentum principibus, qno in potestatis fastigio, se non ut pro voluntate tyrannidem exerceant, sed ut cum ratione juste moderentur, oonatitatos intelligant. (Leandr. Alberti, Descript. Ital. e vere. Kyriand. p. 445, édit. 1566, fol.) Sur cette révolution, voyez Cronic. di Rimini^ p. 948, C. D. dans Muratori, Script, t. XV.— Annal. Foroliv, p. 222, C dans Muratori, Script, t. XXII. — Muratori, Annal. A. 1444. — Reposati, Zecca di Gubbio, t. I, p. 153 et seq. Les traitements dont parle L. Alberti paraissent avoir été infligés, non pas au duc lui-même, mais à ses mauvais conseillers.

JEAN-MARIUS PUILELFE. 125

lèrent Frédéric à gouverner les Etats de son père (en 1444) *. Quoique sans cesse occupé de guerres, ce prince fut toujours le protecteur des arts et des lettres. Il bâtit à Urbin une habitation magnifique, commencée en 1447, et sut changer en temple des muses une montagne escarpée située dans un pays sauvage '. Le célèbre Balthazar Casliglione, qui avait été attaché au fils de Frédéric ", a parlé ainsi de ce prince et de sa capitale, dans son Livre du Courtisan : « Sur le penchant de a l'Apennin, du côté de la mer Adriatique, et presque au « centre de l'Italie, on voit la petite ville d'Urbin, qui, quoi- « que entourée de montagnes moins agréables que celtes de a plusieurs autres sites, a cependant reçu du ciel la faveur <i d'être au milieu d'un pays très-fertile et abondant en fruits, « de manière qu'à la salubrité de l'air elle réunit l'abondance c( de toutes les choses nécessaires k la vie. Mais, à mon avis, « le plus grand bonheur dont elle puisse se vanter, c'est d'être c< depuis longtemps gouvernée par de bons princes, qui l'ont a mise à l'abri des calamités que les guerres ont causées k l'Ita- « lie. Sans remonter trop haut, nous en avons la preuve dans c< la glorieuse mémoire du duc Frédéric, qui, tant qu'il vécc eut, fut la lumière de l'Italie, et l'on peut citer une foule « d'hommes véridiques, considérés et encore existants, qui 'c attestent sa bonté, sa prudence, sa justice, sa libéralité, sa

* Voir la vie de Frédéric, par Porcello^dans Maratori, Script, t. XXV. — J. Ant. Campani, Vita Frideriei eomitis et pottea dueis Urbini. (Giom. d'ItaU t. XII, p. 340.) — Matio, Stor. di Frederico di Montefeltre, — Selleri, Mefnorie ooneernenti Urbino. — Degli uomini celebri di Urbino, Urbinp, 1810. — 11 existe à la biblioUi. da Vatican (Ottobon. Cod. 1305) une yie de Frédéric, duc d'Urbin, écrite eo mauTais vers italiens, mais qui est singulière par le fait de son auteur, qui est Gioranni Sanzio, père de Raphaël. Francesco Pucdnotti a fait connaître ce poème, GiomaU Arcadico, t. X, p. i07-12i.

* P. Bembo, De Guido Ubaldo^ dans ses œuvres, Basil. 1556, S^. p. 567. V. plus bas.

> Sur Balthazar Castiglione, qui a été lié avec tous les grands hommes du temps de Léon X, voyez Tiraboschi, Stor, t. VU. — Roscoc, Vie de Léon X, t. IV, p. 113-124, et les auteurs indiqués par Argelati, BiU. Script, Mediol. p. 20K6.

f( grandeur d'àmc et ses talents militaires, qui sont d'ailleurs « prouvés par ses nombreuses victoires, les lieux inexpugnables <( dont il s'est rendu maître, la rapidité de ses expéditions et « les avantages remportés sur des troupes plus nombreuses que « les siennes. Il ne fut jamais battu dans aucun combat, et on c< peut régaler aux plus célèbres capitaines de l'antiquité. Dans « le site sauvage d'Urbin, il éleva un palais qui passe pour le « plus beau d'Italie, et qui est si bien pourvu des choses né- « ccssaires, qu'il a l'air d'une ville en forme de palais ^ On y « voit non-seulement, comme c'est l'usage, des vases d'argent (c et- des appartements richement meublés d'étoffes d'or et de « soie ; mais il l'a orné encore d'une infinité de statues antiques « de marbre et de bronze, de peintures remarquables, et d'ins- (( truments de musique de toutes les espèces , et il eut soin de c< n'y placer que des choses rares et d'un grand degré de per- « fection. Il rassembla à grands frais une quantité des meil- « leurs et des plus rares Uvres grecs, latins et hébreux ; il les « fit orner d'or et d'argent, et les considérait comme ce qui (( distinguait le plus son palais. A l'âge de soixante-cinq ans « il finit sa glorieuse carrière, et laissa pour gouverner ses Etats « un fils âgé de dix ans , cl déjà privé de sa mère ; c'était son « seul enfant mâle, et il se nommait Guido Ubaldo '. »

' Sur le palais des ducs d'ilrbin, voy. Cimarelli, Staria del Ducato di Vrbino. — Bernardiuo Baldi, Descrizione del Palazzo Ducale d'Urbino^ imprime dans les Versi e prose di monsignor Bcrnardino Baldi^\enet. 1390, 4*, et dans les if etnorie concernenti la città di Vrbino^ Uoma, 1724, fol., où le cardinal Annibai Albani a fait insérer l'ouvrage de Baldi en y joignant rexplication des sculptures du palais, faite par Bianchini. — Kxtrait dans la Bibliotk. Italig. t. V, p. 203-

Les architectes de ce palais furent Lucien de Lausana, en Esclavonie, Baccio Tontello, de Florence, I^eo Battista Alberti, et Francesco di Giorgio, de Sienne. « Ils prirent un milieu dans Tarchitecture de cet édifice entre le goût des Gotbs et des Lombards, et celui des Grecs et des Romains, de sorte qa*on voit dans ce palais un commencement du renouveHement de l'architecture en Italie. » (Sibl. italiq,i.\, p. 21 3. )

* Baldes. Castiglione, // libro del Cortegiano, p. 7-8, éd. 1537. — Fr. Philelfe, consulté par Frédéric sur un instituteur pour son fils, avait conseille Gabriel Pa-

JEAN-MARICS PIIILELFE. 127

Le duc Frédéric se délassait des travaux de la guerre et de l'admiDistration dans la conversation des savants qu'il réunissait dans sa somptueuse demeure V Sa générosité le rendait cher aux gens de lettres, et François Pkiielfe se trouve parmi ceux qui en éprouvèrent les effets ^. Frédéric, qjie Ton a comparé à Philippe de Macédoine ^ , cherchait dans l'histoire la science de la guerre et du gouvernement, et dans ce but il s'était rendu familiers tous les auteurs latins '^. Sa finesse et son habileté dans l'art militaire lui avaient encore fait donner le surnom d'Annibal, et la perte d'un œil établissait un rapport de plus avec le général carthaginois ^. Il avait employé quarante mille ducats k former dans son palais la superbe bibliothèque dont parle Castiglione. Elle a été célébrée par plusieurs écrivains qui vantent la beauté et la situation du vase qui la renfermait, autant que le nombre et l'extrême richesse des volumes qui la composaient ^. Dans son arrangement on avait suivi le plan que Thomas de Sarzane, qui fut depuis Nicolas V,

Tero FoQtaoa. (Rosmini, t. III, p. liS.) Guido Ubaldo eut pour précepteur Commandino Commandini, d'Urbio, et Ludovico Odario de Padoue. (Reposât!, Zecca di Gubbio, t. I, p. 282.)

* Fp. Philelf. Epùt. p. 206 ▼<>. — Pyrrho Perotti, dans la préface de l'ouvrage de son oucle, Nicolas Perotti, intitulé Comucopia, s'adresse au duc Frédéric et parle ainsi de ce livre: « . . .Tuorum praeterea studiorum atque sermonum cornes erit et particeps. Videbit atque intelliget quem honorem dicendi magistris, quam dignationem sapientiœ doctoribus habeas, ut sub te uno spiritum et sanguinem et patriam bonanim artium studia receperint, quœ antehac uatali solo privata et perpetuo exilio damnata videbautur. 0 felix atque iterum felix liber ! . . . ••

« Fp. Philelfe, Epist. p. 225 r», 228 vo, 229 ro, 223 r^. — Fr. Philelfe avait écrit la vie du duc Frédéric (Rosmini, t. II, p. 212), et celui-ci était son compère. (Rosmini, t. II, p. 375.)

» Raphaël Volaterr. Comment, lib. VI, p. 67, édit. Basil. 1543, fol.

* Fp. Philelf. EpUt, 193 po.

* Fabponi, VU. Cosmi Hediceiy p. 123.

^ Laupent Astemio commence la dédicace au duc Guido Ubaldo, de son ouvrage De quibutdam locU obscuris, imprimé à Venise, A° sans date, par ces mots : « Qunm Upbint gpanmiaticam docerem, pneessemque bibliothecœ tuœ, qua Dullam intoto terrarum orbe pulchriorem esse omnes uno ore testantur . . . » (Gruter. Lampasy t. I, p. 878.)

avait tracé à la demande de Cosmc de Médicis '. Frédéric, en 1459, avait épousé, âgée de 13 ans, Battista, fille d'Alexandre Sforce, seigneur de Pesaro, frère du duc de Milan, François Sforce ; cette princesse mourut en 1472, peu de mois après

Laodiiio,dan8 la dédicace de la seconde partie de ses Disputationei Camakiulenses^ dit à Frédéric : « Perciochè quanto parecchi Principi sono a te superîori in ampiezza d'imperio, tanto maggiori sono gli encomi, con cui le Greche^ le Latine, e le Toscane Muse te iunalzano, e etemamente t' innalzarano fino aile stelle ; poiche cacciate dalle altre corti si veggon magnificamente da te accolte* ne trattate sol corne ospiti, ma divenute ornai citadine, e aJlogiate in on tempio ornatissimo e pieno di ogni génère di voliuni. Perciochè a Pallade, ad Apolline, e aile Muse ta hai dedicata nua insigne e per copia de*libri nobilissima biblioteca, non men salubre per la situazione che maestosa per lagrandezza. > (Version de Tiraboschi, Stor. t. VI, i, p. il6.) Pyrrho Perotti, dans la préfece déjà citée (p. 127, note 1) : « Nam cum te, Frederice princeps, unum exiis esse cognoverim, qui hanc commentariomm editionem maxime concupierunt, statut hoc opus sacratissimo nomini dedicare, cujus ille virtuti atqne auctoritati tantum tribuit ut te instar numinis habeat, colat, veneretur . . . Sed ob id longe felicior (liber), quod tu onmium primus acceperis, et in istud tuum dignum I)iis palatium, dignam principe victore gentinm sedem induces, ubi cum omnia cernet marmore, argento, auroque nitentia, et in bibliotheca illa pulcherrîma collocabitur, quanquam mutus sit et anima carens, mirificè-tamcn sentire Uctarique "videbitur. . . *

P. Bembo, De Guido Ubaldo Feretrio liber . . . dans ses œuvres, Basil. 1556, 8»,

p. 567 : • Domum illam ipsam in urbe quam incolimus^ ea materia, ea arte

sumptuque construxisse, ut tametsi ea situ ad œdificandum iniquissimo difficile limoque sit, œquè pulchra tamen ullo in loco toto orbe terramm non visatur. Jam bibliotheca illa celebri, quam is Eiaximis sumptibus comparavit, cum Latinorom, tum Graîcorum, tum lletruscorum, tum etiàm Hebrœorum lingua perscriptis, iu omni disciplinarum génère libris monumentisque refertissima, omnes qui volumns utimur.»

Leandr. Alberti, Descript. Ital. e vers. Kyriand. p. 445 : Urbinum

splendidis œdificiis exomavit, prœcipueque sumptuosa illa domo cum bibliotheca magni£ccntissima, quam ingenti multitudine voluminum optimorum repleverat, sicut ego, priusquam Gœsar Borgia ditionem Urbini invaderet, ipse vidi; qu» post ilUm Borgianam dominationem passim, opère tam insigni prorsus oontarbato, dispersa sunt. »

Voyez aussi Tiraboschi, Stor, t. VI, i, p. 39, U6.

Pour la description de l'appartement qui renfermait la bibliothèque, voyez Baldi, DêicrizUme del palazzo d'Urbino, chap. IX, p. 56 et suiv. — Le pape Alexandre VII transporta ces livres à Rome, en 1658, et les joignit a la bibliothèque do Vatican.

* Vespasian. Florent, dans Muratori, Script, t. XXV, p. 374. — Mehus, Vit, Ambros. p. 65.

JEAN-MAIUUS PHILELFE. 129

avoir mis au monde Guido Ubaldo, qui succéda à Frédéric ; elle descendait de plusieurs femmes célèbres dans .les lettres * ; elle avait été élevée à la cour de Milan, et dès Tâge de quatorze ans elle passait pour un prodige. L'élégance de ses harangues latines lui donna de la célébrité, et depuis son mariage elle étonna le pape Pie II *. Bemardo Tasso Ta célébrée dans son Amadis; mais quand Marins Pbilelfe arriva à Urbin, Battista n'existait plus; elle était morte en 1472, a l'âge de vingt-sept ans, et Gui Ubaldo, son fils, n'avait alors que cinq ans. Ce prince, en 1482, succéda à son père; moins heureux que Frédéric, à cause de sa santé déplorable et de la perfidie dçs Borgia à son égard, il fut encore plus célèbre par son esprit, sa mémoire étonnante et son érudition ^

* Oattista de Montefeltro, née en 1384, fille du comte Antoine de Montefeltro et sœur du comte Guid' Antoine, avait épousé, le 14 juin 1405, Galeazzo Malatesta, seigneur de Pesaro. Elle avait montré la culture de son esprit par ses harangues au pape Eugène IV et à l'empereur Sigismond, par des thèses théologiques et philosophiques, et par des poésies italiennes pleines de noblesse et de nerf. Léonard Bruni d'Ai^zzo lui dédia un ouvrage. (Crescembeni, t UI, p. 270.

— Mittarelli, Biblioth, Mss. S. Michel p. 70 1 -703. — -Tiraboschi, Stor.t. VI, il, p. 103-164. — Annibale degli Abati Olivieri, Notixie di Battista di Montefeltro moglia di Galeazzo Malatetta, Stgn>' di Pesqro^ Pesaro 1783, 4<>, 36 p. dont l'extrait se trouve dans la Continuaz. del Giomale de' Lett, d'Ital t. XXVI, p. 39-65.)

La fille de Battista et du seigneur de Pesaro, Elisabetta, naquit en 1407 et épousa Pier Gentile Varani, seigneur de Camerino, décapité à Recanati le 7 septembre 1433. Elisabetta se fit religieuse.

Constance de Varano, leur fille, épousa, en 1445, Alessandro Sforza, seigneur de Pesaro ; elle eut d'aussi bonne heure que sa propre fille, la seconde Battista, le même genre d'éloquence, et contribua par ce talent à faire rendre à son frère, Rodolphe de Varano^ la seigneurie de Camerino. Elle mourut en 1447, au témoignage de Corniani (/ Secol. t. II, p. 394) : il dit que Constance mourut à l'âge de dix-neuf ans, et cite à l'appui Olivieri, Memorie d' Alessandro Sforza^ signor di Pesaro» Elle avait composé des discours, des lettres latines et des poésies. (Guinifort. Barzizi Oper. p. 134-136, 142, edit. Furietti. — Lazzaron. MiscelL L Vil, p. 300. — Tiraboschi, Stor, t. VI, n, p. 165.-^Rosmini, Vittor, p. 3i0.

— Corniani, I Secol, t. II, p. 393. — Mittarelli, Bihl. Mss. col. 1182.)

Enfin Battista, fille de Constance et d* Alessandro, épousa Frédéric, duc d'Urbiu, qui acheta les États de Galeazzo Malatesta. Après ce mariage et cette vente, Battista se fit religieuse et mourut à Foligno le 3 juillet 1448.

« Tiraboschi, t. VI, ir, p. 166. et t. ÏX, p. 112. — Campan. Oper. Orat. V».

» P. Bembo, De Guido Ubaldo Feretrio, deque Elisabeiha Gonzaga, Ducibus

Parmi les poètes qui vivaient à la cour de Frédéric, on doit distinguer Augustin Stacoli d'Urbin ; ses poésies italiennes sont, après celles de Laurent de Médicis, les plus distinguées du quinzième siècle, et leur auteur unissait la gloire militaire au talent poétique. Ses vers expriment ses vives passions avec un naturel et une élégance presque inconnus k son siècle. Pétrarque fut son modèle*. Celle cour voyait encore un de ses principaux ornements dans Octavien Ubaldino, seigneur de Mercatelli , frère du duc Frédéric ', let par conséquent fils de Bernardine dalla Carda degli Ubaldini ^. Il était lié de correspondance et d'amitié avec François Philelfe\ et celui-ci, dans ses lettres, compare le charme de la conversation d'Octavien au chant des Sirènes % et aux enchantements de Circé^. Marins Philelfe, admis dans sa familiarité, sut lui inspirer une grande amitié, une grande vénération pour ses ouvrages, et en reçut plusieurs marques de générosité et de distinction \ On connaît ces dé-

Urbinij liber ^ dans ses œuvres, Basil. 1556, 8°, p. 520-«i-i. — Tiraboschi, Sior, t. VI, I, p. 40-42.

* Voy. les lettres de Campani , passim. — Crescembeni , ilelL Poes^ vtUg. t. III, p. 311, 312. -^Giomaie d^' Leterat. d'ital, t. I, p. 187 et seq. — Tiraboschi, t. VE, il, p. 153. — La plas ancienne édition des Ritne di Agostino Stacoli da Vrbino est de Florence 1490, 4»; la plus complète, de Bologne 1709, in-12.

* A la tête des éditions de V Epistolarium de Marins Philelfe, on lit une lettre de Mondello à Octaviano Ubaldino Mereathelli Domino^ illustrissimi Duc%9 Urbini germano dignistimo^ doctorumque virorum Patrono.

^ Voy. le portrait d'Octavien par Baldi. (Giomale Areadic. t. VI, p. 358.) Laurent Abstenu us de Macerata dédia à OcUvien Ubaldini, comte de Mercatello, uu recueil de fables intitulé : Hecatomythium, . . Bayle {Diet. art. Abstemius) dit que cette dédicace eut lieu sous le pape Alexandre VI, et qu^Abstemius était bibliothécaire de Guido Ubaldo, duc d'Urbin, fils de Frédéric — François Venturini (quil ne faut pas confondre avec Venturino de* Priori) dédia à Octavien Ubaldini ses Rudimenta Grammaticœ^ qui ont été imprimés à Florence i482, avec répître dédicatoire. — Octavien fut nommé par le duc Frédéric tuteur de son fils Guid* Ubaldo.

* Fr. Philelf. EpUt. p. i25, 128.

5 Id. Epist. p. 125, Octav. Ubald.

6 Id. Epist. p. 21 1 vo. Demetr. Castreno.

' Mondelli, Efnst. ante Mar. Philelf. Epijitohrium ; • . . . Mario siquidem ita

JEAN-MARILS PHILELFE. 131

tails par une lettre de Louis Mondello à Oclavien Ubaldino, et par la réponse que celui-ci lui fit. Louis Mondello, d'une noble famille de Milan S était disciple et ami de Marins Philelfe. Il était destiné à suivre la carrière des emplois de la cour de Rome , et avait pris les ordres sacrés. Marins avait composé pour Mondello un petit ouvrage intitulé Epistolarium^ qui consistait en un recueil de préceptes de rhétorique les plus nécessaires h son élève et les plus en rapport avec l'art épistolaire*. Marins, dans cet écrit, distingue quatre-vingts genres de lettres, indique les diverses suscriptions qui conviennent aux divers rangs de la société, et, joignant l'exemple au précepte, il donne un choix de lettres. Marins envoya cet ouvrage à son ami, entièrement écrit de sa main et sans en garder de copie. Il l'assure, dans la lettre d'envoi ou préface qu'on trouve à la tête de ce recueil, qu'il l'a composé uniquement pour lui, et que nulle autre personne ne l'a vu ni ne le verra : cette préface est datée d'Urbin, du 7 février 1477. Louis Mondello , après la mort de Mprius Philelfe, pour satisfaire sa reconnaissance et contribuer à la renommée de l'ami qu'il regrettait, forma le projet d'imprimer V Epislolarium. D était alors a Paris, et pensait qu'il ferait admirer le génie de Marins à tous les gens de lettres que cette grande ville renfermait'. Il consulta

deditas eras, et ille tibi, at plasquam dimidium aninise taœeam putares. Legera amicitiœ in eum amando excedebas, cum ejas scripta, tanquam libros Sibyllinos sDstimares. Omitto qaod crebris et maximis maneribus eam omabas, îd enim faciebas ei esse commune cum multis, quamvis non omnibus eadem mensura, qua Mario metireris, non omnes cum Alario in eodem theatri gradu apud te sedebant. •

* Voy. Argelati, Bibl. Script. Mediol. ool. 1894.

• Sur un sujet analogue on trouve, an treizième siècle, Touvrage du Florentin Buoncompagno, intitulé : Forma Litterarum Schokuticarum. (Voy. Sarti, De Profesêoribus Bononientibus. t. I, part, u, p. 220. — Tiraboscbi^ Stor. Let. t. IV, p. 362.— Oinguené, 1. 1, p. 380.— Sinner,Ca(a/. His.Bemens. t. III, p. 127, 128.) Ce livre fut couronné de laurier.

' Mondelli , EpiHola ad Oclav. Ubald. : «... Cœterum quo plenius huic laudi et gloria: Marii consulerem, in hac regia Parisiorum civitate, in qua jam bieunium studionim gratia fui, Kpistolarium ipsum imprimendum dare statue-

132 Vl£ 1)E

sur ce projet Octavicn Ubaldino, et celui-ci, dans sa réponse, approuva et encouragea ce dessein ^ Assurément l'intention de Mondello et d'Octavien était bonne, mais je ne sais si, pour assurer une grande réputation à leur ami, ils agissaient convenablement en voulant publier V Epislolarium. On trouve dans cet ouvrage de la facilité et une sorte de légèreté d'esprit qui pou* vait plaire dans un temps où le goût n'existait pas, et où l'on admirait toutes les productions de ceux qui passaient pour savants. Avant la fin du siècle, Erasme fit justice de cet ouvrage, et déclara qu'il n'y avait aucune érudition, et que tout y était confus, embrouillé ou inutile'. Marins, dans sa préface, cherche à excuser d'avance les défauts qu'on peut y trouver, en disant qu'il l'a composé à la hâte , et qu'il a écrit en vingt jours les cent quarante grandes pages qui formaient son manuscrit , et Mondello lui-même convient que Marins n'a pas mis dans cet ouvrage le même soin et la même élégance qu'à plusieurs autres productions. Mais Octavien Ubaldino lui répond qu'on n'exige pas d'un écrit destiné k l'usage d'un seul homme la même perfection que dans ceux que leur auteur a destinés à être rendus publics. Cet ouvrage, sur lequel l'auteur lui-même aurait vraisemblablement montré de la modestic, est le seul de tous ceux de Marius Philelfe qui ait été imprimé dans le quinzième siècle.

En écrivant la vie de Marius Philelfe, je l'ai suivi d'une ville à l'autre sans pouvoir presque jamais indiquer les motifs de ces changements de place. Cette suite d'actions sans cause est

ram, at in loco totins orbis eminentiori, inter tôt Âcademias, inter tôt sapientisshnos et divins) mentis viros, ab omnibus Marius, etiam functos, et coléretur et admiraretur. Quem locum, quam orbis plagam ad ejus nomen celebrandum, ffiternatique commendandnm potui eligere aptiorem ? •

1 La lettre de Mondello est de Paris 29 avril 1481. La réponse d'Octavien est datée d*Urbin 5 juillet 1481. — J. Ant. Saxius a fait réimprimer Tune et Tantre. (liist. Liter, et Typogr, Mediolan. p. 485-487.)

9 Desid. Erasm. EpUtoL GuiU. HlorUjoio, anno 1408, EpisL 43, t. III, p. 42. opcT. edit. l.ugd. Ratav. 170H, in-folio.

JEAN-HARICS PHILELFE. 133

monotone, et ce n'est pas y mettre de la variété que de répéter sans cesse qu'il était inconstant et négligent , qu'il se dégoûtait de tout et qu'on se dégoûtait de lui. Son dernier séjour fîit Mantoue, où Frédéric de Gonzague l'appela pour y donner des leçons publiques *- . La guerre était alors allumée entre les Florentins et Sixte IV : l'odieuse conjuration des Pazzi, qui aurait dû couvrir de honte le pape, n'avait hii qu'exaspérer sa colère contre Florence et les Médicis ; le roi de Naples et le

I duc d'Urbin étaient au nombre de ses alliés. Frédéric, mar-

quis de Mantoue, venait de succéder à son père Louis, surnommé le Turc (12 juin 1478)*. Après s'être opposé aux Suisses que le pape avait excités contre le Milanais, ce prince vint en Toscane se réunir au duc de Ferrare, allié et général des Florentins ; mais les audacieuses entreprises de Louis le

I More, forcèrent le duc de Mantoue d'aller au secours de la du-

chesse Bonne, régente de Milan (1479), et la Toscane se trouva ouverte aux ennemis des Médicis. Ce fut alors que Laurent le Magnifique prit la généreuse et hardie résolution de

I passer à Naples pour fléchir Ferdinand, et quel que soit le de-

gré de danger qu'offrit cette tentative, elle lui réussit complètement. Ferdinand accorda son amitié à Médicis, signa le 6 mars 1480 un traité d'alliance avec les Florentins, et l'eiTroi que la prise d'Otrante par les Turcs porta dans l'âme du pape le força quelques mois plus tard, malgré sa haine, à se réconcilier avec ces républicains'. Je voudrais pouvoir affirmer que Marins Philelfe, dans son changement de demeure, suivit le sentiment d'attachement que tous les gens de lettres devaient éprouver pour

« J. Trittenheim, Catal. Scriptor. p. iS6, edit. 1531, 4o. — Jacob. Phil. Bergom. Suppl Chronic. lib. XV, ad ann. 1471, p. 2?J1 v», edit. Venet. 1490.— Marias avait été appelé à Mantoue par Louis ou par Frédéric de Gonzague. (Rosmini, t. III, p. 105. — Possevino, Hist, de la maison de Gonzague.)

* Marias Pbilelfe fit l'oraison funèbre du marquis Louis de Gonzague, mort en juin U78. (Bettinelli , deUe Lett. JUantov, p. 40. — Rosmini, Idea delV ottimo preceptore nella vita di Vittorino da Feltre^ p. 189.)

» Moratori, ann. 1478-1480. — Roscoë, Vie de Laurent de MédiciSy chap. IV.

13i VIE DE

les Mcdicis et pour Florence, et qu'il quitta Urbin pour ne pas habiter chez un prince qui était leur ennemi ; mais il parait plus probable qu'il ne fut guidé que par son intérêt, son goût pour les choses nouvelles, et par la crainte de l'épidémie qui régnait alors en Romagne, et qui atteignit aussi Mantoue^ Quoi qu'il en soit, vers la fin de 1478 ou au commencement de 1479, il vint s'établir dans la patrie de Virgile, où la famille des Gonzague protégeait les lettres et les savants depuis que la vengeance d'un mari outragé l'avait rendue souveraine (au treizième siècle) à la place des Bonaccorsi. Ces nouveaux seigneurs s'occupèrent, dès les premiers temps de leur domination , à réunir des manuscrits et à former à Mantoue une bibliothèque qui eut quelque réputation ^. Maîtres d'un très-petit Ëtat , les Gonzague firent pour les lettres autant que les plus grands potentats, et la plus grande illustration littéraire de Mantoue est due à Jean- François de Gonzague, créé marquis en 1433, et grand-père de Frédéric*. Il appela auprès de lui, en 1425, le célèbre Yittorino de Feltre (son nom était Rambaldoni) ; il lui confia l'éducation de ses enfants et la direction d'une académie qu'il rendit fameuse, et où l'on enseignait les lettres et les beauxarts. Ce professeur, qu'un de ses disciples appelle le Socrate de son temps '^, fut un des hommes les plus distingués de son

I Maratori, Ânn. t. TX, p. 330. — Diarium Parmense, in Muratori, Scrij}t. t. XXII.

« Colutius Salatatos, Epûtol. vol. II, ep. xvi. — Tiraboschi, Stor, t. V, p. 87.

» Rosmini, Vittor. p. 59-66.

* " Victorinus Feltrensis , œvi nostri Socrates, sœculi sui ornator et decus, fkma et gloria Academiœ Mantuanœ. . . etc. • Tels sont les termes du célèbre Jean An<kc de Bassî, évêque d'Àleria, dans sa préface à VHittoire de TUè-Livef édition de Rome 1469. Cette préface a été réimprimée dans plusieurs des éditions postérieures et dans Tonvrage du cardinal Quirini, De OpUm, Script, edit. p. 150-157. Voyez encore Audiifredi, Cotai edit. Roman, sœcuL A'K, p. 28. — Sur Vittorino de Feltre, voyez Saxolus Pratensis, Vi(a Victorini dans Martenne et Durand, t. III, p. 843 et seq. — Quirini , De LUter. Brixiana, — Quirini, Diatrib. ad Fr. Barbari Epiât. — Francesco Castiglione, Vita Vietoriniy dans Mehus, Vit. Ambrot. p. 408. — Platina, Vita Victor, dans Verani,

JEAN-MARIUS PHILELFE. 135

siècle par sa science et par ramabilité de son caractère. Aucun de ses contemporains ne posséda à un degré aussi éminenl le talent d'enseigner*. Avec ses nobles élèves et quelques autres disciples, Yittorino passait une partie de la belle saison sur les bords du Mincio, au château de Goïto, à douze milles de Mantoue. Ce lieu était célèbre pour avoir été possédé au treizième siècle par Sordello, le premier des troubadours de son temps, que ses perfections et ses talents ont enveloppé d'un voile mystérieux'. Yittorino fit de Mantoue le lieu d'études le plus renommé, et toutes les nations de l'Europe lui doivent des élèves qui, se dispersant à sa mort arrivée en 1446% éclairèrent et honorèrent leurs pays^. Lorsque Marins vint s'établir à Mantoue, il y avait plus de trente ans que Yittorino n'existait plus, mais on y conservait un vif souvenir de ses vertus et de ses talents. Cette ville possédait des littérateurs estimables, parmi lesquek on doit distinguer Jean-Pierre Arrivabene, disciple de François Philelfe (qui le nomme Eutychius) et auteur d'un poème à la louange de Louis de Gonzague, intitulé Gonzagis^. Il faut encore nommer Batiste Spagnuoli, surnommé le Mantowm , qui commença par faire des vers libertins, puis, après avoir écrit contre la dépravation des ecclésiastiques, devint général des Carmes. Il fut comparé k Yirgile, et acquit une vaste réputation, qu'il s'efforçait chaque jour de détruire en abusant de sa facilité. Ses innombrables vers^ finirent par être Ulisi-

JUonument, Cremonens. P. I. — Prendilacque, Vita Victorini, ex editione Morelii , Patav. 1774, 12<'. — J. C. von Orelli, Vittorino von Feltre, Zurich 1812, 8û.

i Roemini, Vit. di Filelf, t. 11,327.

s SarSordello, voyea les auteurs cités dans VArt de vérifier les dates^ t. III^ p. 663, not.

' Rosmini, Vittor. p. 237, not.

* Ambros. Traversari, lib. VII, epist. 3, etlib. VIII, epist. 51. — Mehus, Vit. Ambrât, p. 408-410. — Tiraboschi, Stor, t. VI, ii, p. 272-278.

» Maszucbelli, Scritt. Ital. t. I, ii, p. 1138. — Bettinelli, sulla Leler. Mantov. discors. i. — Tiraboschi, Stor. t. VI, il, p. 230.

6 On dit qu'il fit soixante mille vers.

kles, ce qui n'cmpôcha pas le marquis de Mantoue de lui élever une statue après sa mort arrivée en 1516^

Des progrès dans les arts et dans la littérature illustrèrent à Mantoue les temps qui nous occupent. L'art typographique^ introduit dans cette ville en 1472*, venait d'y acquérir un nouveau degré de perfection et une nouvelle application. Abraham Conath, en 1476, imprima le premier livre hébreu qui ait jamais paru ' ; mais il est encore bien plus important de remarquer que le drame lyrique , en langue vulgaire , prit naissance vers la même époque et dans la même ville. Depuis la renaissance des lettres , tous les genres de littérature avaient été tentés en Italie k l'imitation des anciens ; il n'y avait que l'art dramatique qui y eût été négligé. Le moyen âge n'en avait conservé aucune idée, et il n'offire, au lieu d'acteurs, que des mimes, des faiseurs de tours et des chanteurs. Ils abondaient dans tous les lieux oit l'on donnait des fêtes ; ils faisaient, conjointement avec les bouffons, l'amusement des cours, et leur récompense la plus ordinaire consistait en de riches vêtements. Les chanteurs composaient souvent leurs chansons ; d'autres fois ils célébraient des faits héroïques. Le treizième siècle n'offre encore en Italie que des pantomimes ou Rapprezentazioni à grand spectacle et k machines, quelquefois mêlées de musique et de chants, mais qui n'étaient pas une action dialoguée. Cependant saint Thomas, en exigeant que les histrions c< ne se servent pas dans leurs jeux de paroles illicites, » semble indiquer quelque commencement de scènes dialoguées; on peut aussi en trouver de légères traces dans les ouvrages des troubadours. Le quatorzième siècle présente quelques essais de drames : les premiers sont dus à Alberlino Mussato, qui com-

1 Lil. Giraldi, Dialog. de poet. p. 53i. — Tiraboschi, Stor. t. VI, ir, p. 228, 229. — Roscoë, Vie de Léon J, 1. 1, p. 104-106.

« Panzer, Annal. Typogr. t. II, p. 3.

5 J. B. de Rossi, De Hdtraicœ Typogr. origine, Parme, 1776. — Tiraboschi, Stor. t. ÏX, p. 82, 83. — Panzer, Annal Typogr. t. II, p. 5, 6.

JBAN-MARIUS PHILELFE. 137

posa deux tragédies , dont les héros sont Achille et le féroce Eccelino ' ; mais ces pièces informes sont en latin : l'auteur avait voulu imiter Sénèque, et Ton ne songea point k les représenter. Le Dante donna à son poème le titre de Comédie, quoique la forme de cet ouvrage ne soit point adaptée au théâtre ; mais, selon Nicolas Villani, il le nomma ainsi parce que , à l'exemple de la vieille comédie des Grecs, il renfermait beaucoup de personnalités sur des hommes connus. On trouve dans le siècle qui suivit plusieurs drames latins ; on joua les comédies de Plante et de Térence en latin, ou traduites en italien ; mais ce ne fut que vers le milieu du quinzième siècle que la langue italienne fut employée sur le théâtre dans des ouvrages originaux. Feo Belcari fut un des premiers à produire â Florence ce genre de composition *, et le CoUsée de Rome servit aussi de tliéâtre k de pareils spectacles'. Tous ces drames étaient grossièrement composés, et Polilien fut le premier qui traça une pièceile théâtre passablement régulière ; il l'écrivit à l'âge de dix-huit ans environ, avec son élégance ordinaire, et unit la poésie avec la musique. Son Orfeo fut composé en deux jours, pour le cardinal François de Gonzague, frère du marquis régnant, et il fut représenté avec magnificence à Mantoue, dans une des années qui précédèrent l'arrivée de Marins Philelfe dans cette ville '^. La représentation et le succès de cet

I Ces deux tragédies ont été imprimées dans Burmann, Thesaur. Antiq. tUU, t. VI.

* Belcari donna la Rappresentaxione di Abramo e tVIsaae en 1444. (Voy. Gamba, Noiisie intomo alU opère di Feo Belcari, p. 13-16, 26-29.)

s Crescembeni, Délia volgar, Poet. lib. IV. — Maratori, Antiq. Jlfed. jEvij Diss. XXIX, t. II. — Tiraboschi, Stor. t. IV. p. 336-344 ; t. V, p. 498 ; t. VI, n, p. 180, 183. — Papon, Lettres sur les IVemfrac/ourf , p. 251 . — kfSb^ Prefaz. a VOrfeo, p. 16 20.

* Voy. Bettinelli, Dell, Letter, e dell. Arti Mantovan. p. 34. ^ Bamey*s Gm. Bist. of JUusic^ toI. IV, p. 14. — Tiraboschi, Stor. t. VI, ii, p. 193, 194. — Comiani, / Secol. t. III, p. 101, 102. — D'après Affô [Prefaz. a VOrfeo), il paraît probable qae cette pièce fat composée en 1472, lorsque le cardinal François de Gonzague, légat du pape, vint de Bologne passer dans sa patrie du 22

138 VIB DE

ouvrage durent donner un grand élan à l'art dramatique. Avant la fin du siècle, il fit de véritables progrès à Rome par les soins du cardinal Riario* et de Pomponius LsBtus, et k Ferrare par la magnificence du duc Hercule I®' ^. Enfin , le goût général pour le théâtre inspira, après quelques autres essais, les premiers drames réguliers, c'est-à-dire la Sophonisbe de Trissino et la Rosmunda de Ruccelai, qui parurent au commencement du siècle suivant.

Le marquis Louis de Gonzague, protecteur des poètes, avait été poète lui-même ' , et avait cherché à attirer Pétrarque k Mantoue*^. Le duc Frédéric était renommé par sa bienfaisance, sa sagesse et la protection qu'il accordait aux lettres \ Dans

août au 39 octobre (p. 3). Quelque temps après la représentation, Politien, sachant que Carlo Ganale, camérier du cardinal (et qui après sa mort, en i483, Alt attaché au cardinal de Parme), avait conservé une copie de YOrfeOt lui écrivit au sujet de cette pièce, et cette lettre, que l'on trouve à la tête de plusieurs manuscrits et de plusieurs éditions» ne doit point être regardée comme une dédicace ; c'est plutôt une excuse sur les défauts de la pièce et une espèce de déclaration qu'elle n'existe que contre le gré de l'auteur et par la volonté de ses amis, il s'exprime ainsi : « . . . Cosi desideravo ancora io che la fabula di Orfeo, la quale a requisizione del nostro reverendissimo Cardinale Mantuano, in tempo di due giorni, intra continui tumulti, in stilo vulgare, perché da gli spettatori fusse meglio intesa, aveva composta, fusse disubito, non altrimente che esso Orfeo, lacerata. • . ■ (p. 4, 5). V Orfeo fut imprimé pour la première ibis à Bologne, 9 août ii94, in-4o, par Platone delli Benedicti, et par les soins d'Alexandre Sarzio, avec les stances pour la joute de Julien de Médicis (p. 7). Toutes les éditions sont fautives et tronquées ; tel était l'exemplaire que fit imprimer le Sarzio. Mais ce drame a été découvert entier et dans son état d'intégrité par le P. Âffô, dans un manuscrit de HisceUanées du quinzième siècle de la bibliothèque du couvent du Saint-Esprit de Reggio (p. il). La seule édition complète est celle dont voici le titre : VOrfeo, tragedia di Angelo Poliziano traita per la prima volta de due vettuti Codici, ed illustrata del Padre Ireneo Affb, Venezia, Giov. Vitto, 1776, 4». — Politien mourut le 24 septembre 1494.

* Voyez, sur les spectacles du cardinal Riario, l'épitre que lui adresse Jean Sulpitius à la tête de son Vitruve, réimprimée Bibl, Smith, p. 343, 344.-^Uberti Folietta, Elog. elaror, Ligurum.

^ Voyez ci-dessus page 57, note 2.

s Andres, Catal. Ms. Capilupi, p. 198.

« Bettinelli, Dell Lett, Mantov. p. 14-16.

* Diar, Farm, dans Muratori, Script, Ital, t. XXII.

JEAN-MARIUS PUILELFE. 139

cette cour brillante , Marius Philelfe dut repaitre son imagination de toutes les prospérités que les bontés et la générosité de Gonzague semblaient lui présager; mais la destinée voulut accomplir la prédiction de son père et venger sa dureté envers lui. Marius mourut à Mantoue en 1480 S dans sa cinquantecinquième année. Il avait eu trois enfants, Jeanne, César' et Théodora ; tous les trois périrent avant lui, puisque Théodora, qu'il perdit pendant son séjour à Ancône, était alors sa fille fÊmque^, Le tableau généalogique que je joindrai à cette notice fera connaître les autres parents de Marius et tous les descendants de François Philelfe ; mais, dans cette famille, l'histoire littéraire n'a plus à citer qu'un petit-neveu de ce dernier. Pierre-Justin ou Pierre-Augustin était fils d'Âlfina , nièce de François Philelfe et fille de son frère Nicolas. On ignore le nom du mari d'Alfina, et son fils prit celui de Philelfe par respect pour son grand-oncle. Alfina fut belle, pieuse, jouit d'une grande considération à Tolentino, et mourut en 1476. On apprend tout cela par une lettre de condoléance que François Philelfe écrivit de Rome, le 15 février de cette année, à Pierre- Augustin^. Celui-ci, après la mort de sa mère, vint auprès de son grand-oncle à Milan, où il publia des éditions de César, de Tite-Live, de Juvénal, de Perse et de quelques autres auteurs*. Il fit aussi imprimer, en 1494, la vie de saint Jean-Baptiste, en vers italiens, composée en 1445 par François Philelfe, et à la suite de laquelle on trouve une hymne à la Vierge en faveur du

1 J. Philipp. Bergom. Supplem, Chrome, lib. XV, ad ann. 1471, p. 251 : • In anno Domini 1480 vitœ finem fecit. • J. Trittenh. CataL Script, p. 156 : m In gymnasio Mantuano ad lectionem publico condactns salario, ibidem et vitte studii finem fecit. . . Moritar autem Mantus sub Friderico Imp. tertio et Sixto Papa IV, anno D* 1480, indict. xm. *

« Fr. Philelf. ^piff. 55 vo, Mario, p. 64 v», 72, 117, 127.

5 Platina, Epist, cxxix.

« Fr. Philelf. Orationes, Mediolani 1481, à la fin.— Saxius, Bist. Liter. MedioL p. 535.

s 11 publia les Lettres de Pie II, Zarot, 1481, in-fol. (Voyez les édit. da XV* siècle de la bibliothèque de Genèye.) — Tite-Live ^ Milan 1480.

duc Philippe-Marie '. C'est encore à Pierre-Justin que l'on doit la publication des seize premiers livres des lettres de François Philelfe, qu'il termina par dix vers de sa façon. Les vingt-un derniers livres de cette correspondance furent ensuite découverts par Gaspar Alemanus , qui les fit imprimer k Venise en 1502*. Ds ne firent, l'un et l'autre, que suivre l'intention de l'auteur; car, dès l'an 1464, François Philelfe réunissait ses lettres dans l'intention de les publier, et nous avons déjà remarqué qu'il y attachait une grande importance et une vanité insupportable'. François Philelfe survécut environ une année à son fils Marins.

Plusieurs écrivains se sont trompés sur la date de la mort des deux Philelfes. Léandre Alberti '^ a écrit que Marins avait hérité <x du génie et des biens de son père, » phrase qui renferme une double erreur, comme Saxius le remarque ; car Marins mourut le premier et son père ne laissa aucun bien. Paul Jove rapporte la misère de François Philelfe ; mais, trompé par Alberti, il dit qu'il mourut avant son fils. François Philelfe, vers l'an 145i, s'était réconcilié avec les Médicis ^ et, depuis

* Vita di S. Giov. BcUttstOy in terxa rima per Franceteo Filelfo. . . in-4«>. . . ItnpresMum Hediolani per tnagistrum Philippum Montegatium, dictum Cas* tanumy opéra et impensa Pétri Jxutini Philelphi^ die vin mentis Hartiif HCDXCIV. — Saxias, HUt. Lit, Mediol p. 191-194, 371, 535, 595.

* Voyez le titre et Tépître dédicatoire aa doge Loredano dans cette édition. ' Voyez page 117, note 1.

* Leand. Alberti, Deseript, Ital.

* Fr. Philelfe, dans son livre de Exilio, après avoir traité les Médicis de cauponariiy earbonariit ateatores, fœneratares, omnique lobe fœdati, les accase d'avoir empoisonné Balthasar Cossa, alors cardinal de Florence, qoi avait été pape sons le nom de Jean XXIII, et qui mourut xi kal. Jan. 1419, afin d'hcriter de ses richesses. Cette accusation , dénuée de toute vraisemblance et de tout fondement, n'avait été dictée que par la rage de Philelfe. (Pabroni, Vit, Cùsm, Media, p. 9.) Ailleurs il s'exprime ainsi : « Ita, médius fidius, bovem mihi videor aptissime definire posse Lanrentium Medicem (frère de Cosme), ut et lupnm Averardum, et vulpem Cosmum. Nam et ille fur et latro, et hic fkllax et subdolus. • (Cité par Fabroni, ibid. p. 155, annot.) Sur le livre de Exilio^ voyez Fabroni, ilfid, p. 10, annot. — Rosmini, Vit. di Fr. Filelf. t. I, p. 88, not. Les trois premiers 'livres existent dans la bibliothèque Magliabecchi.

JEAN-MARIUS PUILBLFE. 141

6on retour à Milan, il avait témoigné k Laurent le désir de revenir k Florence, et le dessein d'écrire sur la conjuration des Pazzi ^ Il est certain qu'il était encore le 27 mars 1481 k Milan, où il écrivit l'épltre dédicatoire de ses Opuicules^ adressée k Louis Sforce, duc de Ban et tuteur de Jean Galéas '. I^urent de Médicis l'appela vers ce temps à Florence pour y remplir la place de professeur de grec ; la chaleur de l'été, la fatigue du voyage lui firent tant de mal qu'il y mourut le 31 juillet de la même année. L'année est indiquée par plusieurs auteurs, et le jour précis est désigné par Barthélemi délia Fonte, qui succéda à François Philelfe dans la chaire de grec k Florence '. Philelfe était alors si pauvre que Jacopo Antiquario,

Il paraît qa'il y ent encore nne autre caase dans le bannissement de François Philellé de Florence ; en effet, on sait, par on monnment en date du 10 mars 1431 publié par Fabroni ( ihid. p. 69 annot. ), qu'il fut banni à Rome pour trois années pour avoir offensé par ses propos la République de Venise et son envoyé («.... Considérantes quod Fr. Philelphus qui legit Dantem in civitate Florentia, etc. . . . »1 ; mais il semble que ce décret fut promptement révoqué, puisqn^on en trouve un autre, postérieur en date de deux jours seulement (du 12 mars, même année), qui le déclare citoyen de Florence. (Salvini, Fa$i, Contular. prœfat. p. 18. — Rosmini, Vit. di FUelf. 1. 1, p. 43.)

Enfin, dans le mois d*août 1436, François Philelfe étant à Sienne avec plumeurs exilés de Florence, aurait engagé un Grec, nommé Antoine Marie de Jean, d'Athènes, à tenter d'assassiner Jérôme d'Imola, Carlo d'Arezzo, ou un eittculino del pre$ente gtalOj il nome del quale adesso per lo meglio si tace (Cosme de Médicis, qui est toujours désigné par cette phrase dans la procédure). Le Grec, ayant été arrêté à Florence, avoua tout et eut les mains coupées le 22 septembre 1436. Le 11 octobre suivant, François Philelfe fût condamné à avoir la langue coupée et au bannissement. Il est appelé dans les sentences Messer Frotneesco di Ceedto, chiamato il Filelfo , de Tolentino^ on Dominus Franeiteui Cecchi vocaiut il Filelfo de Tolentino. Ces sentences, tirées du Registre de Thomas Stroni, ont été publiées par Fabroni, Vit. Cosm, Hfedic. p. 111-115. — Lancelot, Aead. des Inscript, t. X, p. 718.

* Voy. Roscoë, Vie de Laurent de Hédids^ t. 1, append. no xxiv, p. 456 ; trad. franc. Le 16 décembre 1447, Sfortia secundus Vicecomes écrivit de Plaisance  Jean de Médicis, fils de Cosme, pour le prier d'engager son père à pardonner à François Philelfe, qui reconnaissait ses torts et en demandait l'oubli. Cosme de Médicis était mort en 1464.

< Fr. PhUelphi Orationes et nonnulla cUia opéra. — Voy. Saxius, Hist. Lit. Mediol. p. 220, 573.

> Apost. Zeno, Dise. Vou. 1. 1, p. 289, donne le passage de la chronique ms.

secrétaire du duc de Milan et célèbre prolecteur des gens de lettres, lui fournit de quoi faire ce dernier voyage ' ; on a même dit qu'il fallut vendre ses meubles pour acquitter les frais de son enterrement *. La lettre de Louis Mondello prouve encore d'une manière décisive que la mort de Marius Philelfe précéda celle de son père; cette lettre est du 29 avril 1481 , et il y est dit que « Marius était mort depuis longtemps', » tandis qu'on a, ainsi qu'on vient de le voir, une lettre de François Philelfe postérieure d'un mois à celfe de Mondello'^.

Dans celte vie de Marius Philelfe, qui n'est qu'un fragment de l'histoire littéraire de l'Italie au quinzième siècle, on a vu que les rois, les princes, les grands s'honoraient Ik cette époque de cultiver ou de protéger les lettres, et d'accorder des dignités aux savants. Les femmes même partageaient l'enthousiasme qu'inspirait la littérature, et plusieurs d'entre elles brillèrent

de B. della Fonte : « Franciscas Philelfbs, vir grœcè latinèqae doctissimus , et Mediolano Florentiaixi accitus ut publiée profiteretur, sstu ao labore itineri» coufectos, pridie kalend. Augusti Florentiœ moritur. . . . ci^us nos in vicem guffecti sumus. » — J. Trittenheim, Cat, Seript. place eu 1480 la mort de Marius, et dit que son père mourut : • anno post obitum Marii filii. »

> Francise. Puteolanus, dans son épttre dédicatoire à J. Antiquarius, à la tête de son édition des Panegyriei veterum, dit : «• Quo viatico optimum senem Franciscum Philelphum utriusque linguœ principem, Tuscos ultimo petentem prosecutus es. » (Voy. Saxius, Hist. LU. MedioL p. 483.) Cette épitre de Puteolanus a été réimprimée (Bibl. Smith, p. 319) et fait connaître Jacopo Antiquario. (Voy. Ciampi, Memorie di Jacop, Antiqwxrio.)

« P. Joviî Elog, Fr. PhiMph. — Saxius, Hist, Ut. Mediol, p. M5. — Nicol. Leutinger, de VUa et obitu patrie dans ses œuvres, Francf. 1720,4^, t. II, p. 1398. Il faut observer que cette dernière assertion est fort infirmée par la circonstance que deux lignes plus loin Leutinger fUt hériter Marius de son père François.

s a Ingratus et impius censendus essem» si ego qui suo funeri non interfui, nunc, licet longo post tempore, cum possum, quasi pompa instaurata ad eum omandum, meam ferculorum partem non efferrem. »

^ Sazius {ibid, p. S64, 486) fait valoir cette preuve. — Je remarque que Tritbème, Calvisius, Paul Jove, Foppius, Leutinger, Paul Freher. Niceron et Crescembeni ont mal à propos écrit que François Philelfe était mort à Bologne.

JEAN-MARIUS PHILELFE. 143

dans celle carrière. L'Italie, divisée en une mullitude de petils Etals, qui chacun avait une capitale et dont chaque souverain s'efforçait d'attirer les hommes distingués, offrait au mérite de grandes récompenses et de nombreux moyens de succès. Les lettres réparaient ou du moins voilaient les maux occasionnés par des guerres continuelles ; ce beau pays, déchiré par les querelles de ses souverains, semblait heureux par la culture de l'esprit, et la passion de s'instruire s'alliait comme par miracle à la fureur des armes. Les peuples au delà des Alpes passaient pour barbares aux yeux des Italiens ; mais bientôt ils reçurent des rayons de la lumière qui brillait en Italie. Déjà au quatorzième siècle Richard Angervyll de Buri, chancelier d'Angleterre^ avait fondé dans sa patrie la bibliothèque d'Oxford et avait fait composer les premières grammaires grecque et hébraïque. Il dut une partie de son avidité pour le savoir et pour les livres à Pétrarque, qu'il avait connu à la cour d'Avignon. Nous avons vu que la France, au siècle suivant, reçut des élèves de Yittorino de Feltre et de quelques autres Italiens le goût des auteurs classiques, et vers le même temps, Jean Wessel * et Rodolphe Agricola éclairaient l'Allemagne, y rapportaient les connaissances qu'ils avaient acquises dans leurs voyages, principalement en Italie, et méritaient de leur patrie le titre de restaurateurs des letlres. Les littérateurs du quinzième siècle sont remarquables par leurs efforts et par leur profonde admiration pour les écrivains antiques qui, sortant des ténèbres, s'offraient successivement à leurs yeux. Mais il fallait un siècle d'études pour que leur goût commençât à se former et qu'ils prouvassent par leurs ouvrages qu'ils avaient enfin le sentiment des beautés répandues dans les modèles qu'ils lisaient avec tant de persévérance '. La plus grande partie de leurs écrils latins, soit en prose soit en vers, n'est presque pas supportable jusqu'au

t J. Wessel Gansfort. Voy. Sazias, Onomast. t. U, p. 431 . * Une admîratioD aveugle était sans doute nécessaire pour tirer des ténèbres où ils étaient plongés tant d'auteurs oubliés.

temps de Politiea et de Pontanus; ce dernier surtout, dans ses écrits philosophiques, dans sa prose et dans ses vers, ne perdit jamais de vue les auteurs de l'antiquité.

Maintenant on dédaigne le quinzième siècle et ses littérateurs, parce que Ton ne réfléchit point assez sur tout ce qu'on doit à leurs travaux. L'imprimerie, qui a eu de si grands eifets sur la société, n'est-elle pas due à cette avidité de connaissances, qui força l'esprit d'invention à trouver les moyens de la satisfaire? L'époque même de cette découverte a eu son importance : trouvée plus tôt, elle n'aurait peut-être servi qu'à favoriser le mauvais goût; plus tard, elle fût arrivée peut-être après la perte totale des écrits de l'antiquité. Cependant, en facilitant nos études, l'imprimerie peut avoir été une cause de diminution de nos facultés intellectuelles en permettant d'en laisser une partie sans exercice. Quel homme pourrait aujourd'hui assurer de faire, dans la position des savants du quinzième siècle, ce qu'ils faisaient alors? Quel érudit moderne pourrait se vanter de la même opiniâtreté de travail, de la même force de mémoire, et de cet amour pour l'instruction qui souvent poussait à de grands sacrifices? Où seraient maintenant les littérateurs, entre les plus habiles, capables d'assez de zèle pour s'imposer, comme Boccace, le Pogge, Niccolo Niccoli, la rude corvée de copier de leur main de gros ouvrages, ou pour vendre leur patrimoine au bénéfice de leur bibliothèque, comme celui qui vendit sa terre pour acquérir un manuscrit de Tite-Live? Il faut rendre justice aux hommes qui les premiers éprouvèrent l'enthousiasme des lettres et de l'antiquité, même sans en sentir bien judicieusement les beautés, qui se dévouèrent à retirer tant de chefs-d'œuvre de l'oubli , à les expliquer, à les restaurer, k les publier. Trois siècles de travaux successifs ont tout perfectionné ; les savants de nos jours sont plus éclairés, plus habiles, plus spirituels , ils ont plus de goût ; mais ceux du quinzième siècle, semblables aux guerriers de l'antiquité et du moyen âge, paraissent d'une nature plus forte. C'est, en un

JEAN-MABIDS PHILELFE. 145

moi, l'érudition du quinzième siècle qui a préparé l'élégance du seizième, ce siècle d'or des lettres en Italie; ce sont les rudes travaux de ses écrivains qui ont défriché le champ de la littérature, et l'ont livré, prêt k porter de riches moissons, à leurs successeurs, dont la part d'activité et de gloire devait être cette restauration du style, dont Bembo le premier donna le signal ^

1 BettineUi, Risorg t II, p. 93.

Un manuscrit de la bibliothèque Trivulce, outre les trente-sept livres des lettres de François Philelfe de l'édition de 1502, renferme de plus onze livres de lettres inédites, et dans les livres imprimés, ce manuscrit offre encore quatre-vingt-dix lettres inédites et cent dix lettres en grec. (Rosmini, Viia di Filelfo^ pref. p. xvi.)

Sur les hellénistes en Italie, du X« au XV« siècle.

Les relations politiques et commerciales entre les Grecs et les Italiens, les croisades surtout, ont dû obliger, dès le onzième siècle, un nombre assez considérable d'Italiens à apprendre le grec. (Gradenigo, délia Lett. grec(h4taltana, cap. 3.)

Les ai&ires religieuses, depuis le schisme de Photius, furent une cause de relations entre le pape et les Grecs. (Ihid. cap. 4.)

Les Grecs, fuyant les persécutions des princes iconoclastes, se retirèrent à Rome; on voit dans cette ville, sur des ouvrages des artistes grecs réfugiés et de leurs élèves, des inscriptions en lettres grecques, datant du onzième siècle. La liturgie en grec était en usage à Rome. — Dans plusieurs églises d'Italie, certaines parties du service divin étalent récitées en grec et en latin. — On voit dans quelques actes du onzième siècle plusieurs signatures en lettres grecques. {Ibid. cap. 5.)

Sous les princes normands, on parlait quatre langues dans le midi de l'Italie, et principalement à Palerme, le grec, l'arabe, le latin et le normand, et il existe une foule d'actes et de privilèges

écrits en grec. Parmi les manuscrits de Florence, on trouve des pièces de vers en grec attribuées à un Sicilien, appelé Constantin le philosophe et le grammairien.

Sous les princes de la maison de Souabe, la langue grecque était encore tellement en usage dans les deux Siciles, qu'on sait que Frédéric II ordonna qu'on traduirait en grec les constitutions du Voyaume, à l'usage de ses sujets qui pariaient cet idiome. (Signorelli, Vicende delh coltura nelle dtie Sicilie, t. H.)

Le grec était la langue habituelle des Calabrais, qui dans le moyen âge furent sujets de l'empereur de Constantinople. Quand les Normands se furent formés en Etat dans l'Italie méridionale, ils partagèrent le goût existant pour les lettres et les études ; au onzième siècle, Didier, abbé du Mont-Cassin (plus tard pape sous le nom de Victor III), fit venir de Constantinople des artistes pour embellir son monastère, et y réunit une bibliothèque dont Muratori (Script. IV, p. 473) a publié le catalogue. — Guillaume I«% Bras de Fer, appela à Palerme Berlinghero de Tarente, pour l'employer à des traductions.

Lorsque la maison de Souabe eut succédé aux Normands, Frédéric II fit les plus grands efforts pour relever les études ; il fonda l'Université de Naples, et fit, ainsi que son fils Manfî*ed, traduire plusieurs auteurs du grec et de l'arabe.

Enfin, la maison d'Anjou apporta de Provence un grand goût pour les lettres et pour la poésie vulgaire. Le roi Robert faisait chercher partout et traduire des livres grecs ; mais ù l'exception des ouvrages philosophiques d'Aristote, qu'il fit traduire en latin par Niccolo Ruberto (cet ouvrage existe à la bibliothèque impériale de Paris) ces traductions étaient des ouvrages de droit ou de médecine. (Baldelli, ViL di Boccaccio.)

Nardo, dans la province d'Otrante, fut une ville célèbre par son école, où les moines Basiliens enseignaient les sciences et les lettres grecques ; elle s'ouvrit après l'incendie du Mont-Cassin par les Sarrasins de Bari. (Voy. Tafuri, Scritt. Napol. t. II, p. 24-25. — Sur les moines de Saint-Basile et leurs sept couvents à Rossano, voy. Giannone, Stor. di NapoL 1. 1, p. 520.)

IXe Siècle.

Anastase le BiBLiOTHÉGAmE apprit le grec à Constantinople et, par ordre de Jean VIII, traduisit les actes du septième concile œcuménique et des ouvrages des Pères.

X« Siècle.

Jean de Naples, diacre de Saint-Janvier, écrivit des fragments d'histoire ecclésiastique et traduisit du grec les Actes des Martyrs. I! avait porté le nom de Guarimpoto avant d'entrer dans les ordres.

Sergius, père de saint Anastase, évéque de Naples, traduisait couramment et en lisant du latin en grec et du grec en latin. (Voy. Signorelli, Vicende.)

XI« Siècle.

PAPiilS, Lombard, a laissé un dictionnaire manuscrit où il cite des passages grecs et en donne la traduction, entre autres des vers d'Hésiode.

Domenico Marengo, patriarche de Grado, écrivit une lettre grecque en 1053 au patriarche d'Antioche (publiée par Cotelier) ; il fut envoyé, en i073, par le pape Grégoire VII, à l'empereur de Constantinople Michel pour traiter de la réunion des Eglises. (Baronius, Ann. n« 49.) On pourrait croire, d'après ce que dit L. Allatius, que Dominique était grec de naissance, de l'ile de Scio. (Gradenigo, p. 43, note.)

André, prêtre, et Ambroise, surnommé Bifarius , parce que in latinis litteris et grœcis eruditus erat, cités sans détail par Landulf le vieux. Muratori, Script Ital t. III, xxi, p. 108, et t. IV (vers 1060).

Jean l'italien, vers 1086, dont parle Anne Comnène, élevé en Sicile, passa à Constantinople.

Saint Bartolomeo, de Rossano, écrivit en grec quelques vies des Saints.

XII« Siècle.

Pierre Chrtsolaus ou Grossolano, paraît avoir été Calabrais; évéque deSavone, puis archevêque de Milan, mort en 1117 ; il fut envoyé à Constantinople par le pape Pasqual II (Baronius, Ann. 1116, n^ 7); il y disputa avec distinction contre les plus illustres soutiens des erreurs des Grecs et y écrivit sur la procession du Saint-Esprit.

Berlinghero, de Tarente, au milieu du douzième siècle, fut sa* vant en philosophie, en jurisprudence, en grec et en latin. Guillaume le Mauvais l'appela à Palerme pour traduire un ouvrage du grec en latin. (Barthol. Morone, Vita di S. Cataldo, cité par Tafuri, Scritt. Napol t. II, p. 324.)

Jean de Nardo, vers ii36, copia un ouvrage grec el y sgouta sept détestables vers dans cette langue. (Tafuri, ihid. t. II, p. 381.)

Pierre, diacre, moine du Mont-Cassin, fit, dit-on, quelques traductions du grec ; mais Gave, qui le dit, ne cite que le Liber Hevœ

régis Arabiœ de pretiosis lapidihus ad Neronem imperatorem

c quem de gra^ca in romanam linguam transtulit. > (Voy. Léo Ost. dans Muratori, Script, t. VI, p. 80. — Ziegelbauer, Histor. Lia. ord. S. Bened. part, iv, p. 444). Fabricius {Bihliot. Grœc. t. I, chap. X, p. 7i) pense que Pierre traduisit le livre d'Hevax de IV rabe et non du grec.

Saint Thomas. Son savoir en grec a été contesté. D paraît cependant, par quelques passages de ses ouvrages, qu'il avait connaissance de cette langue.

MosÈ Di Bergamo, cité comme savant en grec, par Anselme, évoque d'Avelbergen et ensuite de Ravenne, dans les dialogues où il rend compte au pape Eugène III de ce qu'il avait fait à Gonstantinople auprès d'Emmanuel Gomnène, où l'empereur Lothaire II l'avait envoyé. Il paraît avoir été de la noble famille de' Muzi de Bergame.

Jacopo di Venezia, loué pour sa science in utraque lingua, et cité comme ayant assisté aux conférences de Gonstantinople par le même évéque d'Avelbergen. (Ges dialogues ont été publiés par D'Acheri, Spicilegiuniy 1. 1, nouv. édit )

Alréric de Bologne (ii50) traduisit du grec les Aphorismes d'Hippocrate : cette traduction est en latin et non nella volgar nostra lingtia, au dire de Bumaldi, Bibl. Bologn.

Ugone Eteriano, Toscan, composa, à Gonstantinople, un ouvrage contre les opinions des Grecs sur le Saint-Esprit; cet ouvrage fut écrit en grec et en latin. (Aimerici Patriarch. Antioch. Epist. dans Martene et Durand, t. I, p. 480.) Triihême (ScripL Eccles. no398) lui attribue muHa prœclara volumina tam grœce qtiam latine. — Allatius et Fabricius ont dit que l'ouvrage d'Ugone avait été originairement écrit en latin, et traduit par des Grecs dans leur langue.

Leone, frère d'Ugone Eteriano, savant en grec, interprète de lettres impériales sous Emmanuel Gomnène (Trithem. Script. Eccles, n^ 400) ; traduisit du grec la liturgie attribuée à saint Jean Ghrysostôme, et VOneirocritique d'Hacmet.

GoFFREDO daViterbo. Dans la préface de Basilio Eroido au Panthéon de Geoffroy, il dit qu'il savait les langues latine, grecque, hébraïque, chaldaïque. Muratori a nié cette érudition.

Uguccione de Pise, mort en 1212 évéque de Ferrare. On conjec-

APPENDICB. 151

ture qu'il savait le grec par quelques articles de son Glossaire latin» qui n'existe encore qu'en manuscrit.

BuRGUNBio DE PiSE fut ambassadeur vers Emmanuel Comnène. Il traduisit le commentaire de saint Jean Ghrysostôme sur l'Evangile de saint Matthieu, et quelques autres ouvrages des Pères grecs, la Genèse et l'Evangile de saint Jean. — On lui attribue encore la traduction de ce que les Pandectes contenaient de grec ; cependant Âccurse dit que ce fut Bulgaro qui fit cette traduction. V. Fabncius, BibL Grœe.

XII1« Siècle.

AccuRSE DE Florence. On conjecture son érudition grecque de ce qu'il a interprété des mots grecs qui se rencontraient dans les lois.

Bon ACCORSO de Bologne, dominicain, envoyé en Orient vers \ 230 pour combattre les sectateurs de Photius, parcourut la Grèce et les lies, et composa contre les schismatiques plusieurs ouvrages en grec et en latin, dont le principal est le Trésor de la Vérité de la Foi. (Echard, Bihl. Script. Prœdicat. t. I, p. 246. — Lequien, Prœfat. in oper. S. Johan. Damasc.)

Quelques Grémonois peu connus qui, selon Arisi, furent savants en grec ; l'un d'eux, Ferdinando Bresciani laissa deux volumes de lettres en grec.

Jean Balbi, de Gènes. Gradenigo prétend que ses ouvrages, et surtout son Theologicon^ offrent des traces de son savoir en grec ; il cite ce passage : < Hoc difficile est scire et maxime mihi non beno scienti linguam grsecam. > Il faut lui supposer une grande modestie pour que ce passage appuie l'opinion de Gradenigo. Son Catholicon ne prouve rien , étant pris en grande partie de Papias, Uguccione, saint Isidore.

Jean d'Otrante fit des vers grecs sur l'assaut donné à Parme par Frédéric II. (Cat Bihl. Laurent. 1. 1, p. 25.)

Nicolas d'Otrante (qu'on dit fils du précédent) fut interprète à Gonstaniinople lorsque le pape Innocent III y envoya le cardinal Benedelto pour traiter de la réunion des Eglises. Il réunit un choix de livres grecs ; il finit par embrasser lui-même le schisme grec. (Voy. Tafuri, Scritt. Nap. t. Il, p. 349.— Tiraboschi, t. IV. — Cat. Bihl. Laurent. 1. 1, p. 25, 28, etc. T. III, 340, 347.)

NiCCOLO DE DURAZZO.

Bartolomeo de Messine traduisit k^s Morales d'Aristote par ordre de Manfred.

GuiDO DALLA GoLONNA OU de Golumna, de Messine, composa son ouvrage de la guerre de Troie sur les ouvrages d'Homère, de Darès, de Dictys, non encore traduits de son temps. (Voy. Tiraboschi, Stor. del. Leii, Ital. •— Fabricius, Bibl. UU. t. I, cap. vi. — Fabridus, HisL med. et infim. Lai. t. III, p. 383.)

XlVe Siècle.

En 4 31 i , le concile de Vienne ordonna que les langues orientales fussent enseignées dans plusieurs villes d'Italie, et les manuscrits des actes de ce concile joignent à ces langues la grecque; le principal but de ce concile était la réunion des Eglises grecque et latine.

Au concile de Lyon, tenu plus tard dans le même but, le P. Umbeit de Romans, général des Prêcheurs, déplora le peu de connaissance que l'on avait du grec à la cour de Rome, le danger d'être trompé par les interprètes, et rappela qu'un des moyens de réunir l'Eglise d'Orient était la connaissance de la langue grecque. (Martene et Durand, Veter. Script, t. VII.)

NiCGOLO DE Reggio (en Calabre) ou Niccolo Rvberto, évéque de Reggio. (Voir sur Ruberto, Tiraboschi, t. IV, p. 471, note. — Maccioli, Cat. Bihliot. Cœs. t. II, p. 177. — Signorelli, Yxcend. del, CoU. t. II.)

Rarlaam, bibliothécaire du roi Robert, maître de Pétrarque et de Paolo de Perugia, Calabrais aussi ; il mourut en 1348, évéque de Geraci. Nicéphore Grégoras (Hist. 1. XI, cap. x, sect. 2) dit que Barlaam, pour entendre les œuvres d'Aristote* alla en Orient, en Étolie, et ensuite à Salonique. (Voy. Boivin, Vita Gregorœ. — Gantacuz. liv. II, 39 et la note deGretser. — Mazzuchelli, Scritt.) — On lit dans des registres du royaume de Naples, cités par Ghioccarelli, de Scriptoribus regni Neapolitani : c Johannes de Seminaria capitaneus Giracii, frater venei*abilis patris Fr. Barlaam Giracensis episcopi ad imperatorem Gnecorum Sedis Apostolicœ nuncii.» Gela se rapporte aux années 1345, 1346, et pourrait faire croire que Barlaam fut vers ce temps envoyé à Constantinople. (Voy. Eustach. d'Aillitto, Scritt, del regn. di NapoL t. II, p. 39, note A.)

Leonzio Pilato, Calabrais, disciple de Barlaam.

Jean de Ravenne, alla en Calabre et à Constantinople pour apprendre le grec ; il fut maître de Guarino de Vérone (?).

Jean Aurispa, Sicilien, étudia en Sicile et alla se perfectionnera Constantinople.

PiETRo d'Abano. (Voy. sa vie dans les Raccolte Calogeriane et dans

Mazzuchelli, Scritt. d'Ital,) H avait appris le grec à Constantinople, et tradaisît en latin quelques ouvrages d'Âristote et de Gallen.

Gavazzi de'Raffaelli, de Gubbio, savait également le grec, d'après le sonnet du Dante adressé à fioson, père de Gavazzi :

Poiche del car figliuol vedi présente El f^atto che sperasti, e si repente S'ayaccia ne lo stil Greco e Francesco.

DoHENico Cavalca, qu'Echard a placé un siècle trop tard. Il traduisit plusieurs livres grecs en italien. (Bottari, préface daSpecchio di Croce, de Domenico Cavalca.)

Amgelo del Cingolo, missionnaire en Arménie et en Âchaïe, traduisit quelques ouvrages des Pères grecs. On a dit qu'il avait reçu miraculeusement la connaissance du grec, comme autrefois saint Ephrem celle de Thébreu. Malgré cela, Ambroise le Camaldule a beaucoup dénigré les versions du bienheureux Angelo. (Raderus, Prél. de son édit. de Jean Climaque, cap. 4. Parisiis 1633.)

Cinq Grémonois, savants en grec selon Arisi. Parmi eux, il faut remarquer RiNALDO Persighelli qui traduisit Pindare en vers latins, selon Arisi. Mort en 1370.

Jean de Vérone, vers 1320. Tartarotti (Raccolt. Caloger. t. XVIII) a rendu compte de son histoire impériale et ecclésiastique, et dit qu'on trouve des indices t di non essere slato del tutto privo délia lingua Greca. >

PiERO DI Braggo, de Plaisance, célèbre théologien et canoniste, traduisit en latin deux harangues de Démosthène, et quelques dialogues de Lucien (Oudin, Comment, t. III, p. 1220. — Fabricius, Bihl, inf. Lot. t. IV, p. 267.) Ces versions sont perdues.

Andalo del Nigro, de Gènes, maître de mathématiques de Boccace. Joseph Betucci (Raggianamento soprà il Catajo, Padova, 1573) a prétendu avoir trouvé à Rome un ouvrage sur les guerres de la Terre-Sainte, de Anicet, patriarche de Constantinople, traduit du grec en latin par Andalo ; mais on a des raisons de douter fortement de cette version, et de l'existence même de ce patriarche.

Pendant le séjour de Marins à Turin, il était en relation de correspondance et d'amitié avec Alberto et avec Venturino de' Priori. Ce dernier lui écrivit, en vers, d'Acqui et de Savone. — Quelques

élégies de Veiiturino de* Priori se trouvent dans la bibliothèque Laurentienne à Florence (Bandini, Coi Cod. latin. Bibl. Laurent, vol. 111, p. 804 et seq.)» dont une adressée à Giammano Philelfo, à la fin de laquelle on lit : c Ex Saona MGCCGLYll die xxvii Âprilis. Tuus ad volum M. Venturinus dePrioribus. i (Tiraboschi, Stor. dell. Let. liai. t. VI, p. 4115, note.) 11 ne faut pas confondre Venturino de' Priori avec Francesco Venturini.

Sur un ouvrage composé par Marins pendant son séjour à Bologne.

Article indiqué par M. l'abbé Pietro Mazzuchelli, Mai 1813. (Voyez sur ce sujet Rosmini, VU. di Filel(o , t. 1, p. xix.) — Novelîe letter. di Firenze, ann. 4786, n*'41, col. 641, lettera di Ang. Mar. Bandini :

c 11 signor Giov. Domenico Pesatori di Piacenza possède

un codice membranaceo che contiene un poema latino che sembra autografo, in versi eroïcî, diviso in quatro libri, con i sommari in

margine in carattere rosso, opéra diJ. Mario Filellb Nessuno

fino ad ora ha avuto contezza alcuna deir opéra che vi annunzio, intitolata Felsineidos, composta in Iode délia città di Bologna. Nella prima pagina pertanto si legge un esametro intitolato :

Marii Philelphi carmen in invidorum convenium, — Ne succedono dietro aU'istessa pagina gli argomenti in versi eroïci de' quatro libri del poema, dopo de'quali si trova il titolo seguente : lo, Marii Philelphi, Prœfatio in Fehine da ad R» Ang. cardinalem Reat. etc. (che è il cardinale AngeloCapranica legato di Bologna) etProc. Bononienses. — E commincia :

Thura magi supero, quœ vota dedere tonanti, Non auro minas haec grata fuere Deo, etc.

In piè délia pagina si osservano le armi délia casa Gapranica e délia città di Bologna, con quelle in mezzo di Pio II Piccolomini, del quale fu creato cardinale il detto Angelo di Niccolè Gapranica, fratello del cardinale Domenico

Gommincia il libro I :

Âudentem cane, Musa, viram, partosqne triomphos Hoste vel horrisono, cœsumqae in ft'usta tyrannum.

Il quarto libro finisce :

Urbs Boviifl, Tascisque diu memorabilis oris.

Inde in lettere rosse : c Opus effectum Kalendis Augustis. Se-

naiui dono datum Kal, Januarii 1462... »

Sotto la suriferita epigrafe vi sono alcune parole greche ira le quali AavpcvTtoç b Ityaxoçf B quesU era un raccoglitore di codici nello scoi*so secolo, autore del Museo Cospiano mentovato da Gregorîo Letî nella sua Italia trionfante. i — Voyez Journal des Savants^ 1787, p. 1046 et suiv.

Copia d*un Codice délia libreria Saibanti di Verona.

Jo. Marti Philelphi Doctom Equitis aurait et Poetœ Laureati Epigratnma ad Bartholomeum Girardinum, de voluminum suorum numéro.

Scire cupis nostro quse, Bariholomaee, labore

Garmina diversis seripta voluminibus, Quae mihi prosa fuit variis mandata libellis,

Sermoque maternus quoi tulit esse locis. Sunt nunierosa quidem ; nam plurima facta reliqui,

Exemplar quorum nec mihi constat adhuc.

Plurima amicitise perduetus honore remisi ,

Ëdidimus nostris non ea nominibus.

Quae quoque sunt nostro passim modo nomine missa, 10 Non ea sunt nostris omnia sub manibus :

Quae memini, et quorum sunt exemplaria nobis

Enumero, h%c precibus sunt statuenda tuis. Ipse Girardinus nuper mihi in ore Philelphus

Factus es : ergo mese tu quoque cura domus. Qiiod pelis, id dedimus, numerosa volumina cernes,

Venturis etiam plura diebus erunt.

Versibus explicui jam multa volumina nostris :

Me brevior Naso, meque Maro brevior.

Sitve mihi id laudi dandum, accusentve futuri, 20 Haud liquet, ingenii sunt tamen arma mei.

Prima puer multis epigrammata facta diebus

Dendractonque meis affluit e manibus.

Moxque jocos, versus et séria plura dederunt,

Hortulus est calamo pictus et ille meo. Tuni de contemptu mundanae plurima vîtae

Edidimus; satyras tum dédit arte furor, Nec non diffuso sunt facta Epitomata libro,

Romaque Tureorum capta furore nova, Felsineisque fremens et Marcellina beati 30 Numinis interpres, Martîadosque liber,

Cosmadosque volumen, ei par facta Minerva,

Sforziadum primus non sine laude labor, Factaque sex decimis sunt artibusHerculeja»

Camiinibus totidem crevit ad astra decus. Statque Cupido meis modo cretus in orbe Camœnis,

Et Veronei gloria lata solî ; Hesiodique liber, quo fertur origo Deorum,

De Grseco nuper carmina nostra subit.

Orpheus id quoudam, nondum finitus Homerus ; 40 Nunc quoque Caesarese scripsimus arma vise.

Paulus ad haec nondum finem sortita futurum,

Estque olim nostris ecloga longa jocis : Me tragici juvere pedes : comœdus adivi

Jura theatralis pulpitaque al ta fori.

in Venetam pestem quae diximus, inclyta Isottse

Viia, et ad Hermoleon Barbaron exit opus. Est mihi rhythmorum numerus sine fine, triumphos

Exposui, anguigeri sceptraque parta Ducis; Atque instar Laurae, memorat quam fama Petrarcâe, 50 Est mulier rhythmis sancta, beata, meis.

Et cujus nuUi data copia, cantio crebra est,

Longa voluminîbus constituenda novis :

Quaeque haud edidimus *, nova facta epigramma longo

Codice, venturis grata futura vins; Quseque sacerdotes templis cecinere latine,

Converti in rhythmos officiosa graves :

Quin etiam lyricos rhythmis sequare cupivi,

Explevi hoc nostro munere primus opus.

1 Codex : credidimiM,

Fabula qaaeque meo perstricta volamine vatum, 60 Quidquid et historia concînuere sua.

Versîbus at Grsecis diversa epigrammata finxi,

Et variis scripsi carmina multa viris.

At quae prosa mihî nuUis numeranda diebus

Si pueri incipiam dicere prima Marî.

Quis sit rex felix liber est, fortuna secundum

Occupât, est alter relligionîs apex , Quseque in magnanîmo quaerantur principe, codex

Partitur vates, philosophosque liber.

Quse sit vera fides alius déclarât, honorât 70 Finariî fastus pagina longa sui.

Lucia virgo meo stat nobilitata libello,

Nec non Flandrensis casta virago ducis, Prsefectusque tuus cautat Parisius artes

Urbanas, latus et liber arma refert ; Et Poggî contra scurrile facetus olentis

Plurima commisi non violenta jocis :

Oravi totiens, tam crebra oratio nostris

Scripta voluminibus, quod meminisse grave est. Non uni sola est, multis sed epistola multa '80 Et grseca et nostris édita nominibus.

Dicendique genus scripsi et Xenophontis obivi

Praecepta a Graio Socrate ad Italicos.

Ethica Aristotelis, quse magna vocantur ab ipso,

Converti ad nostros atque Platonis opus. Quin et materna stant multa volumina lingua ;

Est nostra Dantis vita latina manu.

Imo et Rhetoricos docui praecepta latinos.

Et commentator pro Cicérone foi.

Francisci numéros nodo graviore Petrarcse 90 Adstrictos prosa sedulus explicui,

« Nunc Strabonis opes duro committo labori

Tuscorum cujus lingua subibit opus.

Nondum lustra novem * tenui, modo vita superstes

Sit mihi, majus erit nomen in orbe seni.

Notes du manuâerit. y. 45 et 46. Execratio Pestis — Vita iBottœ — De Laudibas (Poëseos?). — v. 48. Rhythmi, triumphi. — v. 55. Officia maritalia et plara

1 Codez : Uutra nomen; lustra novem est une correction de Tiraboschi.

alia. — V. 57 à 60. Complexio fabularum et historiarum. — v. 65, 66. De Felicitate regia, de Fortuna, de Relligione. — v. 67, 68. De his qaœ requirontur in Principibas — De Pbilosophicis partitionibus. •— y. 69, 70. De Hsereticam pertinacia. Historia FinarieDSÎs belli. — v. 71, 7â. Uistoria Luciœ virginis. Hist. de civitate Flandriœ. — v. 73, 74. Historia de Pariensi {sic) prsposto. De bellicis artibas et nrbanis. — y. 79, 76. ÀDtipoggiana, id est : fkcetiœ oontra Poggimn. -7y. 77. Orationes. — y. 79. Epistols Grsecœ et Latine. — y. 81, 8i. Magna Etldca Aristotelis. Plato de Nomine rectitadinum. — y. 85, 86. Prosa yulgaris. Vita Dantis latine. — y. 87, 88. Interpretatio in artem Ciceronis ad Herennium. — y. 89, 90. Expositio super numéros Petrarcœ. — y. 91. Strabo yulgarilingua.

J'ai eu pour établir le texte de cette Épigramme^ comme l'appelle Marins, deux copies faites, je crois, sur deux Mss. différents. La première, celle que j*ai plus particulièrement suiyie, se troûye dans les papiers d*Â. LuUin ; elle lui ayait été sans nul doute enyoyée par Maffei, corrigée de sa main. La seconde, que j'ai tronyée dans les notes de Guillaume Fayre, a été faite par H. G. Baraldi, sousbibliothécaire à Modène ; elle est terminée par ce Nota bene :

Copia estratta da altra copia del codicc Saibantî di Verona, esistente nel codice DGCCXL, fra gritaliani délia Biblioteca Estense di Modena. Trovasi fra gritaliani essendo unitaamolte altre lettere e cose italiane.

Platinus Mario Philelpho poetae Anconaé profitenti S. D.

(EPIST. CXXVl. Voyez Vie de J.-Marius Philelfe, p. 120.)

Quam lîbenter adesse voluissem Angelicis amoribus tuis* scrîptisque suavissimis , ut tua sunt omnia : profecto me magnopere utrumque delectasset; quorum alterum me minus tristem, alterum verô iroXercxeoTcpov reddidlsset : numquam enim ad te accedo quin abeam urbanior, née adeo me fortuna dejecit ut hujusmodi voluptatum sensum penitus amiserim. Sciebam quoque jam expertus omne tempus quod una tecum lusibus accommodassent omnî molestia caviiurum, quodOrpheo modulante Manibus evenisse traditur, sed unoque malui privari quam famsc discrimen subire. Nohdum enim« is qui lustraturus est hiberna nostra venerat* : tribunum

* L'amour de J.-M. Philelfe pour Angela. Voy. p. 120.

* Platina était en garnison à Appignano. Voy. p. 121.

verô militum in sestivîs a me non expectari culpa non vacaret. Quam amas laudo, quandoquîdem amorem remedîum adversae tibi fortunée fecerit, puellamque nomini suo moribus et forma respondentem delegeris : utcumque sit ei debeo quae tuuni exerceat ingenîum» quamquam otiosum te nunquam inveni. 0 felicem Angelam« et minime Cynthia Nemesique * vel ea quam Franciscus Petrarca celebravit inferiorem ! Equum meum licet adhuc Invalidum et nondum morbo liberatum ad me rem.ittere ne revearis. Misi puerum hune ad te meum , nomine Guiscardum Mutinensem qui diligentius eum reducat, quam colonus iile Âppignanensis, oui superiori die committere noluisti. Prssterea mibi perjucundum fuit aeque ac tibi quod acceperis Laurentium Medicem, virum magnanimum, a te pulcherrimo poemate donatum, instituisse tibi trecentos aureos dono mittere; sed erit hoc mibi persuasum, solidumque feram inde gaudium, cum missos eos ad te bona iide fuisse cognoro. Vale. Ex Appignano, quintodecimo kalend. Februarias, M.cccc.lxxv.

Platinus Hario Philelpho poetœ S. D.

(Epist. CXXVII.)

Fata (quod ex tuis litteris etiam tibi videri video) mihi nondum calamitatibus utriusque nosirum satiata videntur. Venerunt ad me Jo. Maria Tolentinus * ex sorore tibi nepos, et Matthseus famulus tuus equum meum incolumem reducentes. Hi primo quidem intuitu me laetitia affecerunt : mox audita scelerati pueri mei fuga, Joannisque Mariae turpi missione , graviter utrumque tuli : sed ut animo sum ingenti, statim me collegi, et oblivioni fugam tradere cœpi : Jo. vero MariamToleutinum petere colentem (?) apud me retinendum atque tibi reconciliandum esse duxi. Nam qui tibi venitin menlem spectatum juvenem et eum quem natura dédit tibi conjunctissimum abdicare , praesertim hoc tempore quo facturus es iter difllicillimum in Galliam ? quo si te comité privaveris, âges (mihi crede) pœnitentiam. Ubi enim talem unquam invenies? An tu mavis opéra mercenarionim quam necessariorum uti ? Habes insuper in me eo fugitivo recens exemplum perfidiœ servorum :

* Souvenir de Tibulle et de Properce.

* Jean- Marie de Tolentioo, fils d'Angela ; il était chassé de chez Marius Philelfe, et Piati cherche à les réconcilier.

i60 APPENDICE.

possem libi centenas aliorum meorum fugas œferre. Nîhil est quod me magis extorrem terreat seu vigilem sive dormiam. Sunt enim infidèles plurimi, fidèles admodum pauci. Quare si me aadîes illico Jo. Mariam ad te revocabis, et eo magis quam ipse sine te vitam sibi acerbam putat, et, cum tua se gratia privatum reminiscitur, ingemiscit. Vale. Ex Appignano, duodecimo kalend. Februarias, M.cccc.Ixxv.

Platinus Mario Philelpho poetœ S. D.

(Epist. CXXVIII.)

Suspicatus sum idcirco te meos equos retinere quia miram mihi servoiiim paucilatem esse cognoveris, et hac inopia me levare volueris : sed cum praeter spem post discessum tuum pœnitentia ductus eorum unus qui jam annum fere decursum me deseruerat ad sanitatem redierit, ultroque me repetierit, et nihil in hibernis habeat quod curet, Andream Patavinum puerum hune meum ad te misi qui meos istinc equos reducat, cui, licet adolescentulo, recte commites : est enim dissimilis illius improbi Guiscardi Mutinensis : per ipsum quoque velim litteris certiorem me de tua navigatione facias. Vale. Ex Appignano, quarto nonas Octobris, M.GCCC.Ixxv.

Platinus Mario Philelpho poetœ S. D.

(Epist. CXXIX.)

Gratulabundus ex Urbe revertens ad te ire cum statuissem, tum ut egomet tibi qude Romae gesseram exponerem, tum ut prseclaram istic orationem tuam in sponsalibus habitam illustris Roberti Malatestae apud te viderem, ecce mihi in itinere nuntiatum est de obi tu Theodorae unicse filise, vel potius animse tuse, virtutibus eximiis et forma prsestanti praeditse : quo quidem exanimatus sum nuncio, nec quid agam adhuc exploratum habeo. Ck)ram ne tibi meum praestem officium ? Atqui dissuadet incommoditas hospitli, qua te (licet ipse dissimules) afficere soleo ? An epistola te consoler? non id mihi assume : praeterea qui te consolari potero, cum et ipse sim consolandus?In hoc officii génère si msyorum exemplis et auctoritatibus uti voluero, qui maximo tulerunt animo casus hujusmodi, dignus ea censebor ignominia, qua Phormionem afiecit

Hanaibal apud se de re bellica disserentem, cum multos se vidisse délirantes affimiaret« sed PhormîoDe magis neminem. Quapropter expectabo mœroris tui temperamentum, quod a tempore sero nimis medico te noiim expectare , sed a pectore tuo potius arripere « quo brevî te jucundo frui valeam: hoc ut tu matures etiam atque etiam oro ; tune ad te volabo, tuas ut laudes orando parlas Àrimini mihi jam narratas ipse confirmes, et a me vicissim meorum seriem negotlorum Romae satis ex sententia mea gestonini audias, quanquam in reditu meorum unus famulorum aufugiens affecit non levi me detrimento furcifer. Vale. Ex Appignano, sexto idus Quin-

Ules, M.CCGG.IXXYI.

11 libro non ha frontîspizîo ne numerazione di pagine. Su fine vi è la data ed è la seguenie :

t Mediolani quintodecimo kalend. Septembris M.ccgcg.yi. >

Lo stampatore è Gotardo Ponzio come asserisce Tautore in una lettera al Lettore.

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