NORWÉGIEN. — SUÉDOIS
En parcourant Thistoire littéraire des royaumes du Nord , I nous trouverons encore l'histoire fabuleuse d'Alexandre, et
^ déjà nous avons remarqué que, dès le treizième siècle, VAlexan-
' dreis de Gautier de Ghâtillon avait été traduite en norwégien ;
mais dans le poème de Gautier, en quelque sorte classique, il n'y a qu'un mot qui fasse allusion & nos traditions romanesques * ; mais ce mot a suffi pour que le «traducteur norwégien ait parlé de l'aventure de Nectanèbe et d'Olympias. On trouve cette ïable et toutes les autres dans un poème suédois du XTV™*^ siècle, que l'on attribue à Boo Jonsson, Drotz (drossart) du royaume au temps du roi Albert de Meklembourg. Get ouvrage s'annonce par son titre* comme ayant été traduit du latin, et c'est l'Historia de Prœliis qu'on doit reconnaître pour l'original qu'on a imité ; on y lit toutes les aventures qu'offre le roman latin de-
« V. ci-deasu8, p. 08.
' Alexandri Magni Historia Pa Srenska Rijm afif Latînen in pa wart Sprâak wând och bekostat, Genom Then Hôgh-wyse och Nampnkannige Herren, Hrr. Boo Jonsson, Fordom Sweriges Rîjkes Drotx. Som athi Konung Albrechts tijd lefde. Trjrckt pa Wîjsingzborg, aff Hans Hôg GrefQ : Nades Rijks Drotzens Booketryckiare, Johan Kankel, M.DC.LXXII, in-4o. » Jean Hadorphius, qui avait découvert le manoscrit de ce poëme dans les Archives royales, en fut Téditenr, et le dédia au comte Pierre Brahé, Drotz de Snède (Sam. -Gestrin et D. Azner, DiuerL de libris in Typogr, Wisingiburgenti impressiê, Upsal 1793, in-4«, p. 12), qui le fit imprimer dans son château de Wisingzborg, dans une île du lac Wetter. C'est un livre très-rare.
1 44 >0R WÉGIEN . SUÉDOIS.
puis les amours de Nectanèbe avec Olympias jusqu'à l'ascensioD d'Alexandre dans les airs et sa descente au fond de la mer^
* A la fin de mon exemplaire de l'histoire d'Alexandre en yers miedois par Boo Jonsson se trouve une dissertation intitulée :
Diasert, Acad. de Historia Alexandri Magni a Boëtio Jonœ fiUo juectcû rythmis composita. — Prœside Joh. Lundblad, respond. Jonas Bekin, — Lnnds 4802, in-4o.
L'auteur expose qu*au temps du roi Albert (1365-1388) Boo Jonsson, par son rang de Drotz du royaume et son immense fortune, avait plus de puissance que le roi lui-même. (V. Petr. Elav. Strangh, Dissert, de Gubematoribui regni Sueciœ, Upsal. 1755, in-4o, p. 25.) Il cultivait les lettres et traduisit du latin en ' vers suédois V Histoire d'Alexandre. Elle contient tant de fables qu elle n'a été tirée ni de Q. Curée, ni d'aucun autre historien latin.
L'auteur que suit l'illustre Suédois, dans plusieurs passages, se donne pour témoin oculaire des faits qu'il raconte, et il a voulu se faire passer pour un des personnages qui accompagnaient Alexandre, et l'auteur de la dissertation énumère les historiens compagnons d'Alexandre, ceux qui écrivirent ou ajoutèrent des fables à ses expéditions. Il cherche à découvrir quel est le modèle qu*a choisi Boo Jonsson, et d'après Fabricius, Barthius et d'autres critiques , U parle du fkux Callisthène, qu'il croit avoir été traduit du persan par Siméon Seth, d'iEsope, de J. Valerius, du rhythme de Saint-Annon et du poëme de Qualichino. Il n'a vu aucun de ces ouvrages, et il n'en parle que d'après ce qu'en ont rapporté d'autres littérateurs. Il conclut que Boo Jonsson a suivi J. Valerius, et il compare quelques-uns des récits fabuleux du poëme suédois avec les écrits des auteurs précédemment cités. S'il les avait mieux connus , il aurait vu que la descente d'Alexandre dans la mer et son vol dans les airs, deux fables qu'il allègue, ne se trouvent pas dans i£sope, ni dans son traducteur J. Valerius ; elles ne sont pas non plus dans le faux Callisthène, et il aurait dû conclure que Boo Jonsson ne l'avait pas suivi. C'est V Historia de Prœliis qui a été son modèle; il cite de cette dernière l'édition de Strasbourg 1489, mais il croit que c'est une translation en prose du poëme de Qualichino, tandis que V Historia de Prœliis a été la source de ce poëme , de celui de Boo Jonsson et de beaucoup d'antres récits fabuleux.
11 fait l'éloge du style du poëme suédois, et justifie les fables qu'il renferme en montrant qu'il en avait reçu l'exemple, et à cette occasion il indique l'Histoire de Joseph ben Gorion, dont le second livre ressemble tellement au poëme suédois, • ut ovum ovo non sit similius * (p. 13, note t). Si l'auteur de cette dissertation avait eu connaissance de l'édition qu'en a donnée Gagnier, il aurait pu juger par la comparaison que fiût ce savant avec un manuscrit de VHistùna de Prœliis que cette ressemblance était fort naturelle, puisque l'auteur hébreu et le poëte suédois avaient suivi l'un et l'autre d'une manière libre des < plaires peu difTérents de Y Historia de Prœliis.
lilSTOIRES FABULEUSES d'aLBXANDRE. 145
Les aventures fabuleuses d'Alexandre, dont l'origine est ancienne, et qui ont été répétées sous tant de formes et en tant de langues, méritaient de former une classe de romans aussi bien que les hauts faits d'Artus, de Gharlemagne et du Cid. Il semble que M. Yillemain * ait considéré l'histoire fabuleuse d'Alexandre comme une suite du roman de Gharlemagne, comme une nouvelle application des faits de la prétendue chevalerie fondée par ce dernier prince. Mais il faut reconnaître que le roman d'Alexandre, dans sa source alexandrine, est bien plus ancien, et qu'il l'emporte sur les autres classes de romans par le nombre de ses branches. On ne peut donc y voir un développement de la chevalerie telle qu'elle résulta de la renommée de Gharlemagne. Les écrits romanesques sur Alexandre forment une classe k part , et c'est à en faire entrevoir l'origine , à en indiquer les ramifications que ces recherches sont destinées.
> //âr. du moyen âge, t. f, p. 249, 250.
Nous reproduisons ici un fragment d'une lettre adressée par M. Berger de Xivrey k M. Favre-Bertrand : elle est en date de Paris, 25 janvier 1830.
c Travaillant depuis deux ans ù la publication du faux Gal-
listhène, je le trouve, comme vous, malgré sa frivolité apparente, curieux et important. 11 avait paru tel à M. Boissonade qui eut un moment Fidée de le publier, ainsi qu'il me Ta dit lui-même, en m'encourageant à cette publication. Je l'ai entreprise d'après les conseils de M. Hase
c Gomme l'a prouvé M. Letronne dans son examen deJulius
Valerius (Journal des Savants, oct. 1848), cette histoire romanesque d'Alexandre, qui a fait les délices de l'Orient et de l'Occident pendant tout le moyen âge, remonte, par une succession non interrompue, au temps même du conquérant macédonien. Le texte primitif, écrit ù cette époque eu Egypte, nous est arrivé de transcription en transcription, altéré, brodé par la plupart des transci'ipteurs, tel enfin que nous le présente une dixaine de manuscrits grecs existants aujourd'hui eu Europe. D'Egypte le faux Callisthène passa chez les peuples onentaux, dont l'imagination ne pouvait manquer de l'accueillir avec empressement. Il est en effet trèsrépandu parmi eux. L'Occideni le produisit en latin, puis dans les langues modernes avec une quaniité de variations curieuses pour l'observaleur par la bigarrure de leurs couleurs locales qu'elles poi'tent là comme une date et un signalement. J'ai compté jusqu'à vingt-quatre manuscrits latins; ceux de la Bibliothèque du roi ont entre eux les plus grandes différences et sous le rapport du style et sous celui des récits. Les Grecs eux-mêmes ne se sont pas con*
1 i8 APPENDICE.
tentés de l'ancien texte, et le Gallisthène en grec moderne, dont M. Boissonade m'a communiqué une édition imprimée à Vienne en iSlO, est encore un des livres le plus lus parmi le peuple de la Grèce.
«Je publie trois textes : le grec ancien, le latin et le vieux français. Je cite les autres textes, soit dans les notes, soit dans la dissertation qui précède ce long travail. Il paraîtra, j'espère, dans le courant de cette année »
M. Berger de Xivrey a renoncé ù publier cette édition. Il a donné dans le tome Xlll des Notices et Extraits des ms. un mémoire et des extraits du faux Gallisthène. Gependant ce même savant a publié en grec avec traduction française :
La lettre d'Alexandre à Olympias et ù Aristote, d'après le ms. de la Bibliothèque du roi, n^ ii3 du supplément, du folio 148 verso au folio i5i recto. (Tradit. tératol. p. 334-345.)
La lettre à Olympias, en grecy avec traduction française, d'après le ms. 1675 de la Bibliothèque du roi, du folio 35 verso au folio 38 verso. (/fcirf. p. 349-371.)
Avec la lettre de M. Berger de Xivrey nous en avons trouvé une autre, que M. Favre-Berlrand avait adressée à M^*" A. Mai. Nous la reproduisons également avec les notes d'A. Mai dont elle est accompagnée.
c Puisque Nonsignor Mai veut bien avoir la bonté d'examiner, à son grand loisir, le roman grec du faux Gallisthène, M. Favre- Bertrand prend la liberté de lui remettre une liste des principales traditions fabuleuses sur Alexandre, et il serait bien reconnaissant si Monsignor Mai voulait bien marquer en marge si ces traditions se trouvent ou ne se trouvent pas dans le Gallisthène.
Histoire de Nectanèbe et d'Olympias.
Esiêto nel codice questa istoria fol. 4 et seq.
Nectanèbe précipité par Alexandre.
Si legge al fol. 44.
Alexandre dompte Bucéphale.
Fol. 16,
Uuerelle d'Alexandre avec le prince Nicolas.
Fol i8.
Alexandre en Lucanie ou Lycaonie. Soumission des Romains. iVofi dice LueanicL, ma iTxXtxvv xcâpav. / Romani si sottomettotio fol. iH.
Alexandre trouve en Egypte la statue de Nectanèbe.
Fol. S4.
Alexandre déguisé pénètre dans la tente de Darius. — Il traverse un fleuve congelé.
Tutto ciàènel codice fol. 23 $q.
Honneurs rendus en Phrygie par Alexandre aux mânes d'Hector et d'Achille. Les vers qu'Alexandre adresse à Achille et qui contiennent la généalogie des roisd'Epire sont-ils dans le Callisthène? Fol. 47. Onora solamente Achille. Hancano % versi délia genealogia dei re d'Epiro.
Alexandre emploie des statues d'airain rougies au feu pour repousser les éléphants de Porus.
Fol. 95.
Arbres qui sortent de terre au lever du soleil et qui y rentrent à son coucher.
Oiseaux qui lancent du feu.
Montagne de diamant. Chaîne d'or. Palais du Soleil. Le Phénix.
Manca nel ms.
Les arbres du Soleil et de la Lune.
Fol. 104-40^.
Aventure chez la reine Candace.
Fol. 404 sq.
Alexandre transporte au nord une nation de Scythes : à sa prière deux montagnes se rapprochent et il en ferme l'entrée avec des portes de fer.
Manca nel ma.
ÏjH caverne des dieux.
Fol. 144.
Lettre d'Alexandre à Olympîas où il raconte son voyage " aux colonnes d'Hercule, chez les Amazones, les Troglodytes et l'île du Soleil.
Fol 1i8, — * manca.
Ascension d'Alexandre au ciel par des griffons. Descente d'Alexandre au fond de la mer. Recherche de l'eau d'immortalité par Alexandre dans le pays des Ténèbres (tradition persane).
Manca nel nu.
Y a-t-il dans le faux Gallisthène quelque chose qui puisse autoriser à croire que cet ouvrage ait été traduit du persan en grec par Siméon Seth^ comme le dit Fabricius, Bibl. grsec. t. III, p. 36, éd. Harles?
Non trovo nîente nel nu. che ronfermi taU sospetto.
Quelques lignes du commencement du roman en grec pour pouvoir juger du style.
Lo ttile è molto debole e rozxo.
De quel temps est le manuscrit?
Codice yaticano 1556 cartaceo, in-4o piccolo, récente, del sec. XV o XVI. Comincia : KotXXtodcvvic laTCpio^pa^cç 'EXXiivcav 9U'Y7p«(|^9i(i.8voc * cLroç loroptl xai Xir^iTCU xari tov paatXéa 'AXéÇav^'pov. — 'AptOTOÇ ^oxéI -^Ev£<T6at x*i •^twoiOTa- TOC XXéÇav^po; & ràv Maxc^ovcûv ^aaiXtû; ' i^icoç iravTa irotriaap.tvo;, ouvep^cûffav etÙTÔ t&pùv Taîç àptral; jinv irpovotav • togoutov •yàp *v ixâarft) ràv éOvwv ^oXtpLWv xat {lax^W^^* ^i^^e xp°^°^ ^^^^ ^^^ rlpxEi toîç |)ouXcp.Évoi$ rà; itoXêiç «xpi^ç lerop'n<rai * Ta; ^ï XXsÇav^pou irpa^tiç xat Ta; àpsTa; tou acôuuaTc; aûroO xal rvi; ^uyjiç xai TTjv ToIc Ijp'yoïç eÙTUxiav, xal tîjv àv^pîav tI^tj Xéiopiiv, ttv âp^TiV àiro to5 -ys^ouç aÙTOÛ TroiGU{Mvci, xal Ttvoç inv 'nraTpb; uîo; ■ aTraTÛVTai -^àp et iroXXct X^'^ovteç où- Tov Eivai ToO 4>iXi7r7rGU x. t. X.
Fol. 130. Finisce Topera cosi: *ET6X£ÙTriae XXelav^poc jv tû E pêç j^tei tcû x&<tjiou (6176) Èv T« TtXei rîi; ixaToarîjç Tpiotxoarîîç tvvaTïj; ôXufiirioi^cc • txç Ji éXuuirtà; f*icj ^tttj iîai [I f*tC/, tô ^ï TiTapTOv tti; ^aatXeîa; "Ay^aÇ (sic) Tcpwm oXup,riàç ïipÇaTO • àwo 5'è tw; TiXeuT^ç XXiÇav^poo ewç t-^; toO ©eou Xo-yco tx irap6svo'j oapxMOfica; tm tx^' (32<4).
Cod. Ms. Bihlioth. publ. Basil. A. //. 34.
Cod. chartac. fol. saec. XV exeuut. — Multi insunt ti*actatus théologie!, num. XXIV, quos enumerare longum est. — Extreroi sunt : Articuli magni Joa. Huss. — Passio magnî ioa. Huss. — Dialogus de haeresi Bohemitse, tractatus Eustatii Cardinalis.— Collatio magni Joa. de Ragusio in concilia Romana in exequiis.
Liber est a Joa. de Lapide, cujus nomen praescriptum est, Bibliothecie Fratrum Carthusianorum dono datus.
incipiunt excerpta de vita Alexandri M. fol. 309.
« Sapientissimi namque Egyptii scientes mensurani terrse atque undis maris dominantes, et cœlestium ordinem cognoseentes, iidem stellarum cursus putantes, ti*adiderunt eum universo mundo per altitudinem doclrinae et per magicas
Fol. 313, p. 2, fin.
c Deinde amoto exercitu venit in campum, in quo erant arbores mirae celsitudinis , qua^ cum sole oriebantur et cum sole occidebant, et ab hac hora diei prima exiebant de sub terra et usque ad horam sextam ; ab hora autem sexta usque ad occasum solis descendebant de subtus terra. Ista3 autem arbores ferebant fructuni odoriferum. Et statim ut vidit eas, pnecepit cuidam militi suo ut auferret ei de fructu îllarum et mortuus est. Et continuo audierunt vocem dicentem, ut ne unus accédât et quidam ad ipsas propius arbores, quia quisquis propius accesserit , statim morietur. Erant autem in ipso campo aves mitissimœ : qui autem volebat eas tangere, exiebat ignis ex iis et incendebat eum. Amoto post hoc exercitu venerunt ad quendam montem adamantinum, in cujus ripa pendebat catena aurea, habebatque ipse mons gradus ex lapide sapphiri duo milia quingentos, per quos ascendebant homines in ipsum montem. Et invenit ibi palatium mirabile nimis, habens luminaria ex fenestns et réglas ex auro, et vocabatur domus solis, et erat ibi templum totum aureum, ante cujus fores erat vinea aurea ferens botros ex margaritis et unionibus, et ingressus in eum cum pnncipibus suis invenerunt quemdam hominem jacentem in leclo aureo ex pallis ornato et auro textibus, qui thus vescebatur et opobalsamum bibebat, et erat corpore magnus et spe-
i 52 APPENDICE.
ciosus valde , barbam et caput habebat album sicut nix, iudutus bambancinea (sic) veste. Quem cum vidisset, adoravit îpse et principes sui, quibus senex dixit : Forsitan videi^e cupitis sacratissimas arbores solis et lunae, quse annuncient ventura. Quo audito Alex. replet us gaudio magno dixit illi : Etiam, Domine, volumus vîdere illas. Ait senex : Si mundus es tu et principes tui, licettibi in îpsum locum intrare, quia Deorum est. Alex, respondit : Mundus sum a masculi et feminae commixtione. Tune erigens se dixit iliis : Ponite anulos et vestimenta et calciamenta, et sequimini me. Alex. jussit principes suos stare , et posuit anulos et caetera cum Ptolemseo et Antigono et Perdica et secuti sunt eum. Igitur ingressi sunl silvamquœ erat intra majusedificium, erantque arbores ipsius silva:' similes lauro et olivse. Ex quibus currebant largissime thus et opobaisamum, et erant altae ipsae arbores pedes G. Deinde ambulantes viderunt arborem excelsam nimis quae nec folia nec fructus habebat, et sedebat in ea avis magna habens in capite cristam similem pavonis et fauces cristatas circa collum fulgentes ut aurum. Postea purpurea extra caudam roseis pennis in qua erat ceruleus nitor. Dixitque ei senex : Hscc avis quam admiramini, et fenix (sir). Deinde venerunt ad arborem solis et lunac, et dixit ei senex : Surge, respice et si quid interrogare volueris, cogita et palam noli dicere. Dixit ei Alex. :Qua lingua dabunt responsa in (sic) arbores. Gui senex : Arbor solis indico sermone incipit loqui et gi*aece finit; arbor vero luna> gru3ce incipit et indice finit loqui. Tune Alex, osculatus est propius arbores et cogitavit, si triumphans reverteretur Macedoniam. Tune arbor solis respondit indico sermone dicens : (Quia) interrogasti nomen meum, Alexander, dominus eris orbis terrarum, sed Macedoniam nulle (?) videbis, quia fata tua sic fmierunt de te. Deinde dixit ei arbor lunse : Alexander jam plénum finem aetatis habes et decipere te habet (sic) quem minime speras. Gui Alex. : Die mihi, sacratissima^ quis me decipere débet? Gui arbor : Si dixero tibi, illum occides et jam mutabitur quid fata de te ordinaverunt, et irascentur mihi très sorores, quae sunt Deae fatorum, id est, Glotlio, Lachesis et Atropos. Igitur non morieris ferro sicut speras, sed veneno, et in parvo tempore dominus eris terrae. Inter hiBc dixit senex, qui ducebat eos : Alex, noli amplius vexare arbores interi*ogaudo, sed revertamus : et inde reversus est unde venerat cum Alexandre et comitibus suis. »
Le roman de Julius Valerius a été, comme nous l'avons vu fpage 5lj, l'origine des recherches de M. Favre-Berlrand sur les traditions fabuleuses d'Alexandre : nous reproduisons ici l'introduction dont M. Favre-Bertrand fit précéder l'examen de Julius Valerius dans la Bibliothèque Universelle de Genève (1818) qui est consacrée à l'étude de Y Itinéraire d'Alexandre.
Itinerarium Alexandii ad Constantium Augmlum ConstatUini M. filium, edente nunc primum cum notis Angelo Mai. — Mediolani 1817, in-8° et in-4, p. xviii et 82.
Les couquétes d'Alexandre offraient le plus beau sujet historique, et de nombreux auteurs le saisirent avec empressement. 11 ne nous reste presque rien des écrits contemporains, et c'est dans des auteurs postérieurs de plusieurs siècles à Alexandre qu'il faut lire ses exploits, examiner ses vues et chercher les débris de ses premiers historiens. Non-seulement plusieurs des généraux d'Alexandre avaient composé des mémoires, mais il avait encore à sa suite des philosophes qui devaient écrire ses actions. I^s uns, tels que Callisthène et Onésicrite, remplirent leurs écrits de fables, dans le but de flatter leur héros, tandis que d'autres altérèrent la vérité, parce qu'ils ne surent pas résister à la tentation de mêler du merveilleux au récit d'une expédition lointaine et étonnante. Un petit nombre résista à la corruption et à la faiblesse. Ces historiens , et ceux qui les suivirent, ont été appréciés avec beaucoup d'érudition, de critique et de talent dans le grand ouvrage de M. de Sainte-Croix. Fabricius a aussi donné une liste raisonnée des historiens d'Alexandre. Ni l'un ni l'autre ne parle de Yltinéraire que M. Mai vient de publier, et qu'il a découvert dans un manuscrit de la bibliothèque Ambrosienne , à la suite d'un autre ouvrage qui forme la seconde partie du volume dont j'entreprends de rendre compte. Le manuscrit qui les renferme parait être du neuvième ou dixième siècle. L'auteur de cet itinéraire est inconnu, mais ii
vécut au qualrième siècle, puisqu'il dédie son ouvrage à rempe-* reur Constance, fils de Constantin le Grand.
M. Mai, dans sa préface, jette un coup d'œil sur les actions d'Alexandre et fait l'éloge de ce héros. Il montre que la rapidité d'un itinéraire historique semble s'accorder avec celle des conquêtes et de la vie du fils de Philippe, et que plusieurs écrivains contemporains adoptèrent c^tle forme et ce litre. Notre anonyme vivait dans un temps où les monuments primitifs de l'histoire d'Alexandre n'avaient pas tous péri, et son accord avec Arrîen parait h M. Mai une preuve de sa véracité. Cependant il diffère de cet historien sur un assez grand nombre de points, pour qu'on ne puisse pas l'accuser de n'être que son abréviateur. Il s'énonce avec plus de modestie qu'Arrien, et l'on doit lui savoir gré de rejeter les traditions fal)iileuses dont tant d'historiens d'Alexandre, dans tous les âges et chez toutes les nations, ont taché leurs écrits.
A la fin de la préface, M. l'abbé Mai remarque que quelques critiques, qui ont connu cet ouvrage, paraissent l'attribuer à Julius Valerius, traducteur de la vie d'Alexandre, qui fait la seconde partie de ce volume. Leur opinion ne semble fondée que sur la réunion de ces deux écrits dans les mêmes manuscrits, et cette preuve est si faible , qu'il vaut mieux ne pas chercher à la faire valoir.
L'ouvrage anonyme commence par une assez longue dédicace à l'empereur Constance, alors occupé de la guerre contre les Perses. On y apprend que l'auteur avait aussi composé un Itinéraire de Trajan. Il compare Constance aux deux princes sur lesquels il a écrit, et l'encourage par l'exemple et l'éloge des grands personnages de sa famille *. Il donne ensuite l'abrégé de la vie d'Alexandre , depuis sa naissance jusqu'à sa mort , et j'ai déjà remarqué qu'il ne se mêle presque aucune fable à son récit ; il se borne à dire qu'il est incertain si Philippe ou Jupiter Ammon était le père de son héros. Avant de raconter la grande expédition en Asie, il
* Gap IV. > Quamquain scio majora longe felicioraque qaie profecto sint vobis exempta de maximis Constantin is pâtre et fratre ; certe (qas priora sant tempora etiamsi meritis secuuda tu feceris) ipsos illis, si qais functis est sensos, YOto accessaros existimo. • — J'ai cité ce fragment comme échantillon de rembarras et de Tobscurité que Tanonyme est capable de mettre dans son style. Aussi M. Mai a-t-il jugé convenable d'ajouter en note une espèce de paraphrase de ce passage. Si Ton lit (empore au lieu de tempora, la période devient plus claire et plus symétrique.
donne un précis très-abrégé et peu exact des conquêtes d'Alexandre en Europe. 11 dit quMl parvint au delà du Maeotis, qu'il soumit lesGoths, les Dahes, lesMœsiens, les Illyriens, les Dalmates, et qu'il ruina Thèbes. Notre anonyme n'attribue point la mort d'Alexandre au poison, mais aux excès qu'il fit à un repas chez Médius, où il vida la coupe d'Hercule ^ La fin de V Itinéraire manque, et les deux derniers chapitres sont les seuls qui présentent quelque chose de fabuleux. L'auteur y raconte le voyage d'Alexandre aux colonnes d'Hercule. On sait que les anciens ont placé ces monuments, non-seulement au détroit de Gibraltar, mais encore dans le Pont et dans l'Inde. La flatterie cherchait toujours à faire marcher le roi de Macédoine sur les traces de Bacchus et d'Hercule *, et notre auteur raconte, sans paraître y ajouter foi (si quis aurem ad fidem dicentis inclinet) que son héros parvint jusqu*à ces monuments. Ces colonnes étaient hautes de douze coudées : l'une était d'or, l'autre d'argent. Alexandre fit sonder la première, et celte opération fournit assez d'or pour en faire quinze cents pièces. Il passa ensuite par des lieux extrêmement obscurs', et parvint aux rives du Thermodon Ici finit le manuscrit incomplet de la bibliothèque Ambrosienne.
Je ne ferai point un extrait suivi de cet itinéraire, qui, ainsi que je l'ai déjà dit, suit assez généralement Arrien. Je me contenterai d'en rapporter quelques passages.
Les historiens ont donné des détails sur la figure d'Alexandre ; l'abbé Barthélémy et M. de Sainte-Croix ont tracé le portrait de ce prince, et la découverte d'un hermès portant son nom a fourni le moyen de le reconnaître dans plusieurs autres monuments antiques^. On peut comparer ces renseignements avec ceux que donne notre itinéraire : c 11 avait, dit-il, le regard pénétrant, le nez légèrement aquilin, le front découvert, quoiqu'il eût beaucoup de cheveux, qui, par la violence de l'exercice du cheval, avaient pris une
1 L'auteur ajoute ici au récit d' Arrien des détails tirés de Diodore. (V. Sainte- Croix, Examen des Hist, d'Alexandre, p. 498,499.) Sur la maladie d'Alexandre, voyez la trad. d*Arrîen par Chaussard, t. Il, note, p. 41 1, 412.
a Strabon, t. XV, p. 688.
' Les romanciers persans parlent de la région des ténèbres qu Alexandre voulut traverser pour chercher la fontaine de Timmortalité. Il en est aussi question dans l'Histoire du Juif Joseph, fils de Gorion.
* V. Visconti, Iconographie grecq. pi. 39 et t. Il, p. 38, 39.
direction en arrière ' . > Ce dernier caractère se ti'ouve dans les têtes antiques d*Â1exandre, et le passage que je viens de citer confirme la manière dont le célèbre Viscontî a interprété l'expression par laquelle Élien le désig^ne*. L'anonyme continue le portrait d'Alexandre dans les deux chapitres suivants (XIV et XV), et le termine par un trait de flatterie , en annonçant une ressemblance frappante entre Alexandre et Constance *.
Je citerai encore la description du pays d'Ammon. Callisthène, Aristobule, Diodore et Quinte-Curce avaient écrit que des corbeaux servirent de guides à Alexandre à travers le désert. Ptolémée racontait que deux dragons le dirigèrent. Notre auteur rappelle ces secours merveilleux en alléguant le récit de gens qui , dit-il, étaient ennemis des fables. Il peint ensuite l'aspect de cette région : c Au milieu d'une immense mer de sable, le pays d'Ammon offre un aspect cultivé; les arbres le parent de leur verdure, des bois l'ombragent, le soleil n'y pénètre pas et de belles eaux y coulent. Cette région est riche par l'abondance autant que par son Dieu. On y remarque la beauté des prairies, l'émail des fleurs, la teinte verdàtre des oliviers, les présents enivrants de Bacchus, les fruits et la chevelure des palmiers, les eaux qui tombent en cascades et le murmure des ruisseaux^. » Il ajoute qu'on y voit des sources dont l'eau est chaude pendant la nuit et fraîche pendant le jour, et qu'on y trouve des morceaux de sel que la nature a façonnés en forme d'œuf. Cette description est tirée en partie d'Arrien, de Diodore et de Quinte-Curce. Ces auteurs donnent le nom de Fontaine du Soleil à cette eau, qui était alternativement froide et chaude , et suivant le rapport des voyageurs modernes , elle existe encore avec la même propriété dans l'oasis qui fut appelée Santaryah par les Arabes du moyen âge, et qui porte maintenant le nom de Siouah. On y voit encore le sel dont parle notre auteur, ainsi que des pierres coquillières , alléguées par quelques physiciens de l'antiquité',
1 Cap. XIII.... « ex quo reciîoam comam jacere sibi in contrarium fecerat. •
* iElian. Var. Uist. Xll, 14. -nhv p.cv 'yàp «ojativ dvaaeaupOai aûrû. — V. Viscontî, ibid, t. II, p. 38, note 2. Les histoires fabuleuses disent qn* Alexandre avait un œil noir et l'autre per8,*etc.
3 Cap. XV. - Quippe ego tibi Alexandrum dixerim , tu te videto. Nam nec blandiri proposui, et nolo videri auribus gratiosus, ubi oculis judicare de tetuis omnibus lucet. ■ — M. Mai avertit que le manuscrit porte lu^î et non licei.
♦ Cap. LI.
« Strato aptid Strabon. t. 1, p. 40. — Olympiod. apud Phot. 191.
pour prouver que les oasis, lieux fertiles entourés de sables, avaient été une fois de la mer. Ce pays a toujours été célèbre par ses palmiers et ses eaux ', et vers le quatrième siècle c'était, comme les autres oasis, un lieu d*exil *.
M. Mai , dans sa préface, a remarqué que Du Cange et Chifflet avaient probablement connu VIiinéi*a'tre d'Alexandre. Il aurait pu , avec plus de certitude encore, ajoutera ces deux noms celui du célèbre Muratori, qui, dans sa jeunesse, en copia un morceau contenant les 32 premiers chapitres de l'édition de M. Mai, et le publia ensuite dans ses Antiquités italiques*. Le manuscrit dont il se servit était à la bibliothèque Ambrosienne ; il était incomplet comme celui de M. Mai, mais il y a tant de différence entre les imprimés, qu'on ne peut croire que les deux éditeurs aient fait usage du même manuscrit. D'ailleurs , Muratori ne parle pas de l'ouvrage de Julius Yalerius , qui est si intimement uni a l'Itinéraire dans le manuscrit de M. Mai. En comparant ces deux éditions, il faut se souvenir que Muratori avertit qu'en faisant sa copie, il s'est permis plusieurs corrections, dans le but de donner un sens à ce qui lui paraissait n'en avoir aucun. Le jugement de Muratori sur cet ouvrage peut intéresser, et j'en donne en note quelques fragments*.
L'histoire littéraire remarquera encore dans Vltinéraire d'Ahxandre une courte notice d'un ouvrage de Varron , que l'on connaît sous le titre ù'Ephéméride ', et dont les grammairiens ont cité
< Diodor. Sic. XVII, 50. — Strab. XVIf, p. 838. — Saffiedin Abdalmoumen, cité par Scholtens dans VInd. geogr. in vit. Saladinis^ au mot Thebais. — Abulfeda, Deseript. jEgypt. p. 4, édit. Michael.
* V. sur l'oasis de Siouah ou d'Ammon le voyage de Rrown et ceux de Uorneman, avec les remarqaes de W. Young et le mémoire de M. Langlès.
3 Dissert. XLIV, t. III, col. 957-962.
^ « Atqae heic &teor, me ancipitem diti olim stetisse, num inter historias a sciolo aliquo serins fictas recensendum esse opnsculnm cnjus fragmenta mihi occnrernnt inter Ambrosianie Bibliothecœ codices manuscriptos cum hoc titulo :
lUnerarium Alexandri Vetustisaimus erat simnlque pervetustis characte-
ribus exaratns ille codex Doleo nunc , me cietera non descripsisse
Heic antem et stili vîgor et prsefationis séries judicare videntur scriptorem non aliennm rêvera ab SBtate Constantii Augnsti et Latinum potins quam GrscnoL .... Proindè in eam conjectaram abi, non esse forsan hoc opasculum imposturam scecnlorum subsequentium . . . . •
s Ephemeriê wivalis. On peut croire que c'est le livre citr sous le nom de lAtoralia^ par Solin et Servius, et sous celui de Libri navales^ par Végèce et Jean de Salisbury.
1 58 APPENEICE.
quelques mots. Notre auteur enseigne qu'il était destiné a Pompée, qui partait pour l'Espagne, et que Varron le composa dans le but de lui faire connaître la mer et les vents *. Cela est exprimé dans un langage presque inintelligible. Je remarquerai en passant que le grand Pompée demandait quelquefois des renseignements à Varron, et que lorsqu'il fut consul pour la première fois, Varron composa pour lui , et à sa prière, une Introduction* pour lui rappeler comment il devait présider le sénat '.
M. Mai a indiqué quelques points d'histoire sur lesquels le récit de Vltinéimre diffère de celui d'Arrien ; mais pour juger, sous ce rapport, de l'utilité de notre anonyme, il faudrait le comparer à tout ce qui nous reste sur Alexandre, examiner s'il renfei-me des faits nouveaux et rechercher leurs sources. Ce travail excéderait les bornes de cet article. Je ne déciderai donc pas si l'histoire gagne à la publication de Vltinéiaire d'Alexandre, et je me bornerai i dire quelque chose de son style. M. Mai, tout en convenant de la dépravation que le langage avait subie au quatrième siècle, cherche, par un sentiment naturel dans un éditeur, à justifier la manière d'écrire de l'auteur qu'il a découvert. Il convient qu'il est inférieur à Symmaque, mais il le compare et l'égale à Ammien-Marcellin. Cela parait à peine un éloge ^; cependant la négligence, la dureté et l'obscurité d'Ammien peuvent être excusées par son état de soldat et sa qualité d'étranger. Ces mêmes défauts se retrouvent dans l'anonyme à un degré plus considérable encore. On le voit sans cesse embarrassé pour exprimer par des phrases entortillées des idées conçues avec prétention, et qu'il assujettit à grand'peine ù la construction grammaticale. Les fautes qui fourmillent dans le manuscrit lui donneraient un air tout à fait barbare , si M. Mai n'en avait pas corrigé un grand nombre, et malgré ce soin
< Cap. VI. « Igitur si Terentius Varro Gneo Pompeio olim per Hispanias militât uro Ubrum illum Ephemeridos sub nomine laboravit, ut iii habiles res eidem gressuro scire esset ex facili incliuationem oceani, atque omnes reliquos motus acrios prœscientiœ fide peteret ut (leg. aui) declinaret .... etc. » Huratori
a imprimé ut res externas eidem gressuro aperirety ne is oceani peri-
cula peierety utque omoes reliquos motus acrios prsescientisB fide declinaret..."
* Commentarium tîaafYûi-Yixov.