XXI. — Lanson
ainsi que plusieurs pièces, même considérables, aient été terminées le même jour et portent la même date.
[\° Enfin, un grand nombre des pièces datées de i854 et i855 dans le manuscrit sont d'une inspiration légère et d'un style familier qui font le plus frappant contraste avec la grande manière de « la Bouche d'ombre » et de «A celle qui est restée en France ». Telles sont les pièces I. i. 4, 5, 12, i4, i5, 16, 18, 19, 26, 27, qui, datées de i854 et 55 dans le manuscrit, sont datées de i83o à 1843 dans l'édition. On est fortement tenté ici d'accepter les dates de l'édition et de considérer les manuscrits comme de simples copies de brouillons bien antérieurs, détruits ou perdus.
Mais il n'y a peut-être pas lieu de s'étonner beaucoup que des pièces de caractère fort différent soient de la même époque. On a souvent constaté la variété et la souplesse du génie de Victor Hugo et cette facilité avec laquelle, après la grande manière apocalyptique de « Au bord de l'infini », il revient, dans « les Chansons des rues et des bois », à un genre de poésie infiniment plus simple et plus humble. Pourquoi n'aurait-il pas eu les deux inspirations en même temps ? Et n'est-ce pas comme une loi de
1 imagination et de la pensée humaines, qu'elles se détendent parfois et qu'elles se délassent des plus hautes conceptions et des plus graves méditations par de légères fantaisies et des souvenirs charmants ? 11 n'est donc pas du tout inadmissible a priori que les petites pièces amoureuses d' « Aurore » et même de l' « Ame en fleur » soient exactement de la même époque que « la Bouche d'ombre » ou même postérieures.
L'examen du manuscrit ne fournit donc point d'argument décisif h l'appui de cette hypothèse de la copie, que nous exposions au début. Cette hypothèse n'en est pas moins toujours possible, et la question reste bien de savoir si c'est la date de l'édition ou celle du manuscrit, qui est la véritable.
Comparaison' des dates du manuscrit et dk celles de l'édition.
Et d'abord, il est à noter que, dans un assez grand nombre de cas, les dates de l'édition et du manuscrit portent des années différentes, mais s'accordent h donner le même mois. Comme ce fait se reproduit trente fois, on peut être asjBuré que, pour ces trente pièces, la date de l'édition est fausse \ En effet, la date de l'édition ne saurait représenter ici une première rédaction de la pièce, et la date du manuscrit, la rédaction définitive. Pourrait-on expliquer par le hasard que l'auteur eût si souvent recopié sa pièce au mois anniversaire de la première rédaction ? On ne saurait voir là non plus un principe ou une habitude. Donc, force est bien d'admettre que l'auteur, en antidatant sa pièce, a, de propos délibéré, gardé le mois, ou ne s'est pas donné la peine de le changer.
Examinons maintenant les pièces postdatées, pour lesquelles il est certain que la date de l'édition est fausse, et cherchons pour quelles raisons Victor Hugo a postdaté ces pièces. Nous verrons ensuite si les mêmes raisons ne pourraient pas quelquefois expliquer le changement de date dans le cas des pièces antidatées,
y. I. I. C'est une pièce que Victor Hugo adresse à sa fille et où il lui recommande la résignation, la modération et la pitié. Le manuscrit est daté du 5 juin iSSg; l'édition porte la date d'octobre 1842. Peut-être Victor Hugo a-t-il pensé que cette pièce était bien grave pour une jeune fille de quinze ans. En 18^2, Léopoldine avait dix-huit ans et cette date convenait mieux.
//. l\- 12. « A quoi songeaient les deux cavaliers. » Manuscrit: 11 octobre i84i.
Edition: octobre i853.
Il ne faut pas parler du repos dont jouissent les morts ni en-