I. « Vois, cette branche est rude, elle est noire et la nue
\ erse la pluie à ilôts sur son écorce nue ; Mais attends que l'hiver s'en aille, et tu vas voir Une feuille percer ces nœuds si durs pour elle. Et tu demanderas alors comment un bourgeon frêle Peut, si tendre et si vert, sortir de ce bois noir. Demande alors pourquoi, ma jeune bicn-aimce, Quand sur mon àme, hélas ! endurcie et fermée Ton souille passe, après tant do maux expiés. Pourquoi remonte et court ma sève évanouie. Pourquoi mon ame en ileurs et tout épanouie Jette soudain des vers que j'ell'cuilic à tes {)icds. »
(l'\ d'aut., 2O.)
Je ne veux habiter la cité des vivants,
Que dans une maison qu'une rumeur d'cnfanls
Fasse toujours vivante et folle ; l>e même, si jamais enfin je vous revois. Beau pays dont la langue est faite pour ma voix.
Dont mes yeux aimaient les campagnes, Lieux où mes pas enfants suivaient Napoléon, Fortes villes du Cid, ô Valence, ô Léon,
Castillo, Aragon, mes Espagnes, Je ne veux traverser vos plaines, vos cités, Franchir vos ponts dune arche entre vos monts jetés,
^ oir vos palais romains ou maures.
Votre Guadalquivir, qui serpente et s'enfuit. Que dans ces chars dorés qu'emplissent de leur bruit
Les grelots des mules sonores. »
(F. d'aut., i5.)
i854» les images sont rarement développées; au lieu d'une image unique, remplissant toute une pièce, c'est une succession d'images différentes, à peine esquissées, abandonnées aussitôt que rencontrées. On voit bien là tout le progrès d'une imagination qui, en i83o, s'ingéniait par toutes sortes d'artifices à suppléer à son insuffisance naturelle, qui, en i85A, au contraire, n'a plus sans doute que le souci du choixentre toutes les images qui l'obsèdent \ Une seconde différence essentielle entre l'art de i83o et celui de 1854, c'est qu'en i83o, l'image se présente presque toujours sous la forme de la comparaison, et en i85/i, sous la forme de la métaphore. Sans prétendre expliquer absolument et dans tous les cas particuliers ces deux formes d'art, on peut dire cependant que la comparaison semble être le fait d'une imagination plus pauvre et plus lente ; les deux termes y sont séparés, s'y succèdent ; l'esprit semble avoir d'abord conçu l'objet ou l'idée et avoir ensuite trouvé l'image. Dans la métaphore, au contraire, l'idée et l'imacre sont si étroitement liées dans une seule et même expression qu'elles semblent s'être présentées en même temps à la pensée du poète. Cette différence d'art s'expliquerait donc elle aussi, dans une certaine mesure, par le développement et l'enrichissement de l'imagination. Si l'on se rappelle d'ailleurs comment Victor Hugo abuse de la comparaison pour subordonner à l'image principale une foule d'images voisines, on comprend que cette forme d'art lui était infiniment plus commode en i83o. En tout cas, tout l'art de i83o se ramène au type de la comparaison. Les allégories de cette époque ne sont précisément que des comparaisons où ré(|uilibre entre les termes est rompu, où l'image est longuement développée. Dans la pièce à Lamartine, par exemple (F. d'aut. 9), on ne verrait que le récit de la desti-