I. Cf. Préface
a. Dans les cas où les pièces anlidalccs semblent èlre des souvenirs reportés h la date des événements, c'est le môme arlislo qui se manifeste : ce sont toujours des raisons de convenance, tantôt idéale, tantôt réelle, qui expliquent le changement de djic.
autant l'individualité du lecteur que celle de l'auteur. Homo siim. Traverser le tumulte, la rumeur, le rêve, la lutte, le plaisir, le travail, la douleur, le silence, se reposer dans le sacrifice, et là contempler Dieu ; commencer h Foule et finir à Solitude, n'est-ce pas, les proportions individuelles réservées, l'histoire de tous ? On ne s'étonnera donc pas de voir, nuance h nuance, ces deux volumes s'assombrir, pour arriver cependant à l'azur d'une vie meilleure ». — C'est l'image de la vie propre de Victor Hugo que nous aurions eue, s'il n'eût point altéré les dates de ses pièces ; mais l'ordre du livre, tel qu'il l'a publié, donne un tableau de la loi commune de la vie humaine et c'est précisément pourquoi il a substitué cet ordre au premier \
I. 11 convient de constater ici avec quel souci d'exactitude et de précision Victor Hugo antidate ses pièces.
Partout où la vérification est possible, on s'aperçoit que le poète se trouvait réellement aux endroits qu'il indique dans son édition, le jour ou dans le mois dont il date sa pièce. On peut vériBer, à l'aide de la Correspondance et des récits de voyage, qu'il était bien :
Aux Roches, en juin i83i (Corresp., tome I, page 380),
(pièce I. I. 2). lettre à Sainte-Beuve.
A la Terrasse, en août i8io (Corresp., H, page 19)
(pièce I. 1.6). à Emile Desclianel.
A Granville, en juin i836 (Corresp., II, page 3)
(pièce I. I. i4; I. I. 25). à Louise Berlin.
A Cauterets, en août i843 (En voyage.)
(pièce I. 3. 25).
A Biarritz, en juillet i843 (En voyage.)
(pièce I. 3. 26).
(Il ne nous a pas été possible de faire la vérification pour les autres cas. Nous exprimons à ce sujet nos a ifs remerciements à M. Paul Mcurice, qui a bien voulu nous aider .dans cet essai de vérification en examinant les carnets de Victor Hugo et la corres|)on(]ance de M""^ Drouct. Ces documents ne fournissent point de renseignement sur la question )
Cette exactitude et cette précision ilans l'antidate invitent d'abord l\ penser que les Contemplations sont bien de véritables « Mémoires » écrits d'après des souvenirs restés très vivants, pcut-ôlrc même d'après des notes datées. Mais celle conclusion ne s'impose point. Quoi d'éloimant à ce que, en antidatant ses pièces pour les raisons cslliéti(|ues et pbilosopbiqiics f|ue l'on sait, Victor Hugo se soit préoccupé de mollrc le lieu d'accord avec la date."* 11 n'y a là qu'un souci très naturel de la vraisemblance. Et il n'y a point lieu non plus de s'étonner que le poète ait pu se rappeler les endroits où il se trouvait dix ou vingt ans auparavant ; en efTet, il dote généralement ses pièces des Boclies, de la Terrasse, de N illequier, lieux où il faisait des séjours assez réguliers ; des environs de Paris, où il avait fait avec Juliette des excursions dont il 80 souvenait ; de Granville, des Pyrénées, buts de voyage assez importants pour qu'il n'en eût pas oublié la date.
Quant à la pièce « Écrit en i846 », on ne saurait y voir un souvenir reporté à la date de l'événement ni la considérer comme une pièce antidatée pour des raisons de convenance artistique. L'invention de la lettre du marquis de C. d'E. montre bien le désir de Victor Hugo de passer pour un précurseur, alors qu'il n'a jamais été, en politique, qu'un « écho sonore ». On retrouve cette prétention dans les Chansons des rues et des bois: la pièce « Écrit en 1827 » est évidemment de i86o-i865.
Enfin l'évolutien du style de Victor Ihigo devient beaucoup plus claire, si l'on suit Tordre chronologique. On ne comprendrait pas qu'après avoir écrit la « Réponse à un acte d'accusation », par exemple, Victor Hugo fût revenu dans les « Chants du Crépuscule », les «Voix intérieures» et les «Rayons et les Ombres», à sa première manière, infiniment plus faible, plus terne, moins imagée. On ne comprendrait pas non plus qu'il ait eu deux styles si différents dans les pièces d'amour des Contem/j/ations et dans celles des recueils de i83o à iS/io. Au contraire, et bien qu'on soit un peu étonné, au premier abord, de trouver h la même époque le style léger et familier d' « Aurore » et de « l'Ame en fleur » et la grande manière apocalyptique de « Au bord de l'infini », cette inspiration et cette forme, qui annoncent les « Chansons », sont tout à fait intelligibles en i854-
H. DupiN.
ETUDE SUR LES MANUSCRITS DE LAMARTINE