‹ Mélanges d'histoire littéraireChapitre 7 sur 85 · INTRODUCTION "J · texte numérisé non relu

INTRODUCTION "J

nous avons suivi celle de 1718, d'autant plus que d'après les indications de M. Paul Meurice, l'édition suivie par Victor Hugo doit être une des nombreuses réimpressions identiques faites postérieurement à celle de 1718, et sans doute d'après elle.

Nous nous autoriserons, chemin faisant, de toutes les particularités du manuscrit susceptibles d'éclaircir notre sujet.

L'Asie.

L'Asie est monstrueuse et fauve ; elle regarde

Toute la terre avec une face liagarde,

Et la terre lui plaît, car partout il fait nuit ;

L'Asie, où la hauteur des rois s'épanouit,

A ce contentement que l'univers est sombre ; 5

Ici la Cimmérie, au delà la Morthumbre,

Au delà l'âpre hiver, l'horreur, les glaciers nus,

Et les monts ignorés sous les cieux inconnus ;

Après l'inhabitable, on voit l'infranchissable;

La neige fait au Nord ce qu'au Sud fait le sable ; lO

Le pâle genre humain se perd dans la vapeur ;

Le Caucase est hideux, les Dofrines font peur ;

Au loin râle, en des mers d'où l'hirondelle émigré,

Thulé sous son volcan comme un daim sous un tigre ;

Vers 6. — La Cimmérie : Il n'est pas fait menliou de la Citnméric dans le livre YII dllérodote. Mais la Cinrimérie cl les Ciinmcricns sont plusieurs fois nommes dans les autres livres, en particulier : Ilcrodole, I (vi) ; I (xv) ; VI (i-?)

Norlhninhre : La Morthumbre, qui ne pouvait être connue d'Hérodote, n'est nulle part nommée par lui.

Vers 13. — Caucase: Hérodote nous apprend cpic le Caucase était la limite de l'empire perse ; HI (.\cvii) : « Il est vrai que ceux qui demeurent de l'autre côté du Mont Caucase, vers le septentrion, ne reconnaissent j)oinl les Perses et ne sont pas sous leur obéissance. »

Dofrines : En dehors du monde antique ; même observation que |)Our la Northumbre.

Vers iSi'j. — Thulé : Connue dans l'antiquité, mais non du temps des guerres médiqiies : Slrabon met encon- en doute son existence, livre ! (W , 3) et traite de « menteur » P^lheas, « l'historien de l'île de Thulé ».

Au pôle, OÙ du corbeau rorfraie entetul l'appel i5

Les cent tètes d'Orcus font un blême archipel.

Et, pareils au chaos, les océans funèbres

Roulent cette nuit, l'eau, sous ces flots, les ténèbres.

L'Asie, en ce sépulcre, a la couronne au front.

Nulle part son pouvoir sacré ne s'interrompt, 20

Elle règne sur tous les peuples qu'on dénombre,

Et tout ce qui n'est pas à l'Asie est à l'ombre,

A la nuit, au désert, au sauvage aquilon ;

Toutes les nations rampent sous son talon,

Ou grelottent au Nord sous la bise et la pluie. 25

Mais la Grèce est un point lumineux qui l'ennuie :

Il se pourrait qu'un jour cette clarté perçât.

Et rendît l'espérance à l'univers forçat.

L'Asie obscure et vaste en frémit sous son voile ;

Et l'énorme noirceur cherche à tuer l'étoile. 3o

Nous citerons de Tacite le passage suivant (Agricola, X), qui, vraisemblablement connu de Victor Hugo, est peut-être la source de son souvenir ; en effet, on remarquera que les Orcades, dont le poète parle dans les vers suivants, se trouvent également rapprochées de Thulé dans le passage de l'Agricola :

« Alors pour la première fois, une flotte romaine s'assura que la Bretagne est une île; du même coup, elle découvrit et dompta des iles jusqu'alors inconnues, les Orcades ; elle entrevit même Thulé, toute cachée qu'elle était par son hiver et par ses neiges. »

Vers i5-i6 — Au />ôle : Le manuscrit porte : « Dans l'ombre » barré ; et audessus : « Au pôle. »

Orcus : On trouve dans Pline l'Ancien, IV (xxx, 2) ceci : « Parmi les iles qui avoisinent la Bretagne et l'Hibernie. sont les Orcades, au nombre de quarante, rapprochées les unes des autres. »

Voir aussi le passage de Tacite précité (Agricola, X) : vers i3-i4-

Vers 19. — Le manuscrit portait d'abord :

« L'Asie a dans cette ombre un diadème au front. »

Vers 36 3o. — D'après Hérodote, I (iv), la haine des Perses contre les Grecs a pour origine de mutuels enlèvements de femmes.

Au livre VH (viii). Xercès expose aux « Capitaines des Perses » ses raisons de marcher contre la Grèce : « Je trouve, — dit-il, — que nous gagnerons non seulement de la gloire, mais encore un pays qui n'est pas moindre que celui que nous venons de recouvrer, ou plutôt qui est plus fertile et plus abondant en toutes choses ; et d'ailleurs nous nous vengerons des injures qu'on nous a faites. » Et plus loin : « Je réduirai toutes les régions en une... Ainsi les coupables et ceux qui n'ont point failli, entreront indifféremment dans la servitude. »

Hérodote montre bien le danger qui menace les Grecs ; mais il n'oppose pas la Grèce, « point lumineux », à l'Asie, puissance des ténèbres.

Le symbolisme de Victor Hugo est peut-être inspiré on partie de celui de la vision d'Atossa dans les Perses d'Eschyle : « Deux femmes me sont apparues, superbement

lO LES SOURCES GRECQUES DES TROIS CENTS

Le Dénombrement,

On se mettait en marche à l'heure où le jour naît.

Le bagage marchait le premier, puis venait

Le gros des nations, foule au hasard semée,

Qui faisait à peu près la moitié de l'armée.

Dire leurs noms, leurs cris, leurs chants, leurs pas, leur bruit 35

Serait vouloir compter les souffles de la nuit.

vêtues, l'une à la mode des Perses, l'autre à la façon des Doriens... Le sort leur avait assigné pour séjour, à l'une la Grèce, à l'autre la terre des Barbares. J'ai cru voir s'élever entre elles un débat. Mon fils averti accourt, veut les calmer, les contenir, et, les mettant sous le joug, les attelle au même char. L'une s'enorgueillissait de cet état, et, d'une bouche docile, obéissait aux rênes. Mais l'autre, rebelle au frein, se cabre, s'emporte, brise de ses mains les pièces du char, les disperse, et fracasse le joug... »

Le manuscrit nous apprend que ces trente premiers vers sont postérieurs de plus de trois ans au reste du morceau. — En efTet, tandis qu'à la fin de la pièce on lit la date « 4 au 24 juin 1878 », après les 3o vers du début, au bas du second feuillet, on lit: « 18 octobre 1876. » Le papier de ces deux premiers feuillets est en effet plus blanc ; le reste a jauni légèrement. L'écriture aussi est plus grande, plus noire, et paraît tracée avec une plume d'oie. La même plume a barré en haut du troisième feuillet le titre primitif de la pièce « Les Trois cents », et a écrit « II » et en dessous « L'armée », barré à son tour et changé en « Le Dénombrement » par une troisième écriture, beaucoup plus fine que tout le reste.

Comme d'ailleurs nous n'avons relevé jusqu'ici aucun emprunt précis, nous concluons que, lorsqu'il a composé cette introduction, Victor Hugo n avait plus les textes sous les yeux. Il voulait donner à sa pièce une portée philosophique et symbolique : il ne visait plus à l'exactitude des détails historiques.

Vers 3i. — Hérodote, VU (xliii) : « On fit partir l'armée aussitôt que lo jour commença à poindre. »

Vers 32-34. — Hérodote, VII (xi.) : « Le hagage marchait te premier, il était suivi de troupes composées de diverses nations, qui marchaient confusément, et qui faisaient plus de la moitié de l'armée. »

Vers 3.T-36. — Hérodote, VII (i.x) : « Véritablement je ne saurais dire combien chaque nation fournil de gens de guerre, parce que personne n'en a jamais parlé... »

De même : Hérodote, VII ((;i.xxxvii) : « Pour ce fjui est du nombre des concubines, des femmes qui faisaient le pain, et des eunuques, il n'y a personne qui en puisse rien assurer, non |)Ius tpic des charrettes de bagage, des hôtes de somme et des chiens indiens qui étaient dans l'armée. »

Hérodote nous fournit un renseignement ; Hugo cherche h donner l'impression de la cohue.

Les peuples n'ont pas tous les mêmes mœurs ; les Scythes,

Qui font à l'Occident de sanglantes visites,

Vont tout nus ; le Macron, qui du Scythe est rival,

A pour casque une peau de tète de cheval 4o

Dont il a sur le front les deux oreilles droites ;

Ceux de Paphlagonie ont des bottes étroites

De peau tigrée, avec des clous sous les talons,

Et leurs arcs sont très courts, et leurs dards sont très longs;

Les Daces, dont les rois ont pour palais un bouge, 45

Ont la moitié du corps peinte en blanc, l'autre en rouge;

Vers 37-39. — Scythes : Il en est 1res souvent question dans les livres précédents : I (xv) ; IV (lxiv); VI (lxxxiv). Ils sont peints comme des nomades sanguinaires, prompts à la vengeance ; au livre IV (i.xiv), Hérodote décrit soigneusement leur coutume du scalpe. On comprend dès lors pourquoi Victor Hugo a commencé par eux son dénombrement.

Tout nus : Mais A ictor Hugo est allé au delà de la vérité : les scythes eux-mêmes étaient des barbares, non des sauvages. Celte assertion du poète est contredite par Hérodote, qui nous apprend au livre I (ccxv) que : « Les Massagètes vivent et se vêtent comme les Scythes. . »

De plus, livre I (x), on lit: « ... Car parmi les Lydiens, et presque tous les barbares, c'est une chose honteuse à un homme même que d'être regardé nu. »

Enfin, au livre VH (lxiv), Hérodote décrit l'équipement des Scythes : « Les Saces qui sont proprement Scythes avaient en tète des turbans qui allaient en pointe et étaient vêtus de haults de chausses... »

A l'occident : le manuscrit portait d abord pour le vers 38 :

« Qui font aux nations de farouches visites » ; puis :

« Qui font au genre humain de féroces visites. » — « A l'Occident » n'a donc pas de raison historique précise. — Ces deux vers ne semblent pas renfermer d'emprunts reconnaissables.

Vers Sg-^i. — Hérodote, VII (lxxviii) : « Les Macrons... étaient armés comme les Mosques. » — Hérodote, VII (lxx) : « Les Ethiopiens de l'Asie... portaient en guise de casque une peau de tête de che^'al, avec les oreilles et le crin, qui leur servait de pennaches ; les oreilles du che\al demeuraient droites sur leur tète. »

Les renseignements abondaient sur les Ethiopiens ; V. Hugo a appliqué ce trait frappant aux Macrons, dont Hérodote ne disait que quelques mots.

Vers A2-43. — Hérodote, VII (lxxii) : « Les Paphlagoniens.. . avaient des bottines qui montaient jusqu'à la moitié de la jambe. »

Et surtout Hérodote, VII (lxvii) : « Il faisait beau voir les Saranges avec des habillements de diverses couleurs, et chaussés de bottines garnies de petits doux de fer, qui leur montaient jusqu'aux gcnouil. » — Ces petits clous ne se trouvent que dans la traduction de Du Rycr. — Victor Hugo a mêlé les deux descriptions, en conservant le nom, plus remarquable, des Paphlagoniens.

Vers 44- — Hérodote dit des Perses, VII (lxi) : « Leurs dards étaient courts, leurs arcs étaient longs », c'est-à-dire justement l'inverse — Or le manuscrit portail d'abord : « Et leurs dards sont très courts, et leurs arcs sont très longs. »

— Remarquons que les atitres traductions donnent « javelots » au lieu de « dards ».

Vers !^ô■!^6. — Daces : en dehors de l'empire perse. Hérodote n'en fait nulle part

Le sogde emmène en guerre un singe, Béhémos,

Devant lequel l'augure inquiet dit des mots

Ténébreux, et pareils aux couleuvres sinistres ;

On voit passer, parmi les tambours et les cistres, 5o

Les deux sortes de fils du vieil Ethiopus,

Ceux-ci les cheveux plats, ceux-là les fronts crépus ;

Les bars au turban vert viennent des deux Chaldées ;

Les piques des guerriers de Thrace ont dix coudées ;

Ces peuples ont chez eux un oracle de Mars ; 55

mention. Le dictionnaire grec de Bailly n'en parle pas. Ils sont nommés dans la Germanie de Tacite, et ce que cet historien dit des Germains, dans cet ouvrage, de leurs cabanes, de la simplicité de leurs chefs, était peut-être parmi les souvenirs de Hugo ; — comme aussi le vers tout entier est peut-être appelé par la rime ; d'autant plus que le trait suivant est un emprunt direct à Hérodote, ^I1 (l.\i.\), qui dit, encore à propos des Ethiopiens : « Quand ces peuples vont au combat, ils se blanchissent avec du plâtre La moitié du corps et se rougissent l'autre moitié avec du vermillon. »

Vers 47-49- — Hérodote, VH (lxvi) : «... Les Sogdes .. portaient les mêmes armes que les Bactriens. »

Béhémos : Il ne paraît pas en être fait mention dans toute l'antiquité profane. Le Béhémoth des Hébreux, animal fabuleux, identifie souvent avec l'hippopotame, est connu en particulier par Job, XL, lO. Avant d'en faire « un singe », V. Hugo en avait fait « un démon m, comme en témoigne le manuscrit. Ce changement et cette fantaisie trahissent sans doute l'imprécision du souvenir.

Vers So-ôa. — Hérodote, VII (i.xx) : « Mais les Ethiopiens qui sont plus orientaux, car il y en avait de deux sortes dans l'armée, marchaient avec les Indiens... Car les Ethiopiens orientaux portent les cheveux longs et plais, mais les Ethiopiens de l'Afrique les portent plus frisés que pas un peuple de la terre. »

Ici Du Hyer donne « frisés », tandis que la plupart des autres traductions donnent « crépus ». — Mais il est bien naturel que Hugo ait ici retrouvé lui-même le mot fort.

Vers 53. — Bars : Nous n'avons rien trouvé sur les bars. Ce nom ne désigne que la ville actuelle d'Antivari, mais en langue turque.

D'ailleurs le manuscrit portait d'abord : « Les gètcs en turban », barré ensuite et remplacé par « les bars au turban vert ».

Hérodote, I (<:xcv) : « Les Babvioniens se laissent croître les cheveux ; ils se couvrent la tête d'un turban »; et, d'autre part : Hérodote, Vil (i.xiii) « Ils avaient avec eux les Chaldéens. »

Vers 54- — Hérodote, \ H (i.xxv) : « Les Thraces... |>ortaieiil un bouclier en forme de croissant, des javelots... » ; et, encore à propos des Kthio|)iens : Hérodote, \!1 (i.xix) : « Ils portaient des arcs..., qui n'avaient pas moins de quatre coudées de long. »

Vers 55. — Hérodote, Vil (i.xxvi) : « Les Ihraces qui habitent dans l'Asie... oitt chez eux un oracle de Mars. ». — D'autres traducteurs, au lieu de « Les Thraces » écrivent « les Chalybicns », et disent en note que « ce nom manque dans le texte ».

Comment énumérer les sospires camards,

Les lygiens, pour bain cherchant les immondices,

Les saces, les micois, les parthes, les dadyces,

Ceux de la mer Persique au front ceint de varechs,

Et ceux d'Assur, armés presque comme les grecs, 60

Vers 56. — Hérodote, "VII (lxxix) : « Les Alarodiens et les Saspires avaient les mêmes armes que ceux de Colchos... »

Vers 57. — Hérodote, VII (lxxii) : « Les Lygiens... portaient les mêmes armes que les Paphlagoniens. » — Rien ne nous explique ce bain étrange ; l'attribuer à l'attrait de la rime riche semble bien aventureux. Du moins, Tacite qui dans sa Germanie parle d'une peuplade de ce nom (XLII) ne contient rien d'analogue. Nos recherches sont restées également vaines dans Dion Cassius, Strabon, Arrien, Pohbe, Xcnophon, Thucydide, Pline. Le dictionnaire des sciences médicales, à l'article « bains de boue », ignore les Lygiens. La grande encyclopédie, les dictionnaires Bouillet, Descubes, Smith, etc., n'ont rien donné.

Peut-être, en définitive, le passage suivant suffit-il à expliquer ce trait : Hérodote, VII (cLxxvi) : « .., du côté de l'Orient, les Thermopyles ont la mer, et des chemins remplis d'eau et de fange. Il y a en ce passage des bains d'eau chaude, qui sont appelés chaudières par ceux du pays. « (?)

— Justement le manuscrit portait d'abord « bains » au pluriel.

Vers 58. — Hérodote, VII (lxiv) : « Les Saces, qui sont proprement Scythes, avaient en tète des turbans qui allaient en pointe... ».

Hérodote, VU (lxviii): « Les Micois... étaient armés comme les Pactyes d. — L'édition de Du Rver est seule à donner ce nom sous la forme même où le donne Hugo : les autres portent « Myces », ou « Miciens ».

Hérodote. VII (lxvi) : « Les Parthes... et les Dadices portaient les mêmes armes que les Bactriens. »

Vers 5g. — Victor Hugo avait d'abord écrit :

« Et ceux de la mer Noire au front ceint de varechs » ; puis :

« Et ceux de la mer Rouge... »

enfin :

« Ceux de la mer Persique. . »

Hérodote, VII (lxxx) : « Les insulaires de la mer Rouge qui avaient suivi le roi, et qui étaient venus des îles, où il avait accoutumé de reléguer les exilés, portaient des habits et des armes semblables aux armes et aux habits des Mèdes... ». Le trait « au front ceint de varechs », qui fournit une si belle rime, pourrait bien, cette fois, être de l'invention du poète, l'idée de la mer ayant évoqué celle de la plante marine. D'ailleurs, en traversant les terres, ces varechs se fussent vite desséches : et si ce trait ne correspond pas à une réalité, il est peu vraisemblable qu'un historien l'ait inventé ; — mieux vaut l'attribuer au poète. —

Vers 60. — Hérodote, \\\ (lxiii) : « Pour les Assyriens. ., ils portaient des casques de cuivre, faits d'une fa<;on toute extraordinaire. » — Hérodote étant Grec, ceci est presque une contradiction. ^ ictor Hugo a appliqué, un peu au hasard, semble-t-il, un trait qui revient plusieurs fois dans Hérodote. Entre autres : N H (t.xxiv): « Les Lydiens étaient peu s'en fallait armés à la grecque» ; — et aussi: VII (xc) : « Les Cypriens étaient armés comme les Grecs. »

l4 LES SOURCES GRECQUES DES TROIS CENTS

Arthée et Sidamnès, roi du pays des fièvres,

Et les noirs caspiens, vêtus de peaux de chèvres,

Et dont les javelots sont brûlés par le bout.

Comme dans la chaudière une eau se gonfle et bout,

Cette troupe s'enflait en avançant, de sorte, 65

Qu'on eût dit qu'elle avait l'Afrique pour escorte.

Et l'Asie, et tout l'àpre et féroce Orient.

C'étaient les Xims qui vont à la guerre en criant.

Les sardes, conquérants de Sardaigne et de Corse,

Les mosques tatoués sous leur bonnet d'écorce, 70

Les gètes, et, hideux, pressant leurs rangs épais,

Les bactriens, conduits par le mage Hystapès.

Vers 61. — - On trouve dans Hérodote, ^ II (xxi), le nom d' « Arthée », comme un de ceux qui dirigent les travaux du mont Athos. — On trouve également le nom de Sisamnès, au chapitre lxvi, comme chef des Ariens.

Mais la fin du vers se rapproche bien mieux du passage suivant d'Eschyle, qui contient deux noms semblables : le courrier énumère les chefs tués : « Arctée, venu des lieux voisins de la source du Nil..., et Sisamès le Mysien... »

Vers 62. — Hérodote, VII (lxvii) : « Les Caspiens étaient revêtus d'un grossaye fait de poil de chèvre. » — Le manuscrit portait justement : « ...vêtus de poils de chèvres », changé en « ...vêtus de peaux de chèvres. »

Vers 63. — Hérodote, VII (lxxiv) : « Les Myliens... portaient... des jtur'lots brûlés par le bout. » — De même VII (lxxi)« les .VlTriquains... portaient des javelots brûlés par le bout. »

Vers 65. — Partout où Xerxès passe, il fait des réquisitions de soldats; ainsi: Hérodote, VII (cviii) : « Xerces allant de Dorisque en Grèce, contraignit tous les peuples qu'il trouva sur sa marche de prendre les armes et de le suivre dans cette guerre. »

Vers 68. — Nous n'avons aucun renseignement sur les Mms. — Kn tous cas, l'idée de ces cris de guerre a pu être inspirée à Hugo par la lecture d'Hérodote. Kn eRet, à un des endroits les plus poignants des Histoires, à la première journée des Thermopyles, il est dit, VU (ccxi) : « Les barbares, qui les voyaient fuir, les suivaient avec leurs cris épouvantables. »

\ ers 69. — Les Sardes : Hérodote n'en parle pas. Polybe raconte la conquête de la Sardaigne par les Sardes contre les Carthaginois : Polybe, I (79, 5) ; I (82, 7). 11 parait peu vraisemblable que ce soit là que ^ . Hugo ait directement puisé.

Vers 70. — Hérodote, VII (i.xxviii) : « Les Mos(|ucs portai<'ntcn lèle une fa<;on de bonnets faits de bois, de petits boucliers et de petites haches. » — Les autres traductions donnent « Mosches », « .Moschions », « Mosipiois ». De phi.s Du Ilycr seul traduit par « bonnets » : ailleurs on trouve « castpies de bois ». — Pline, \ I (iv, 2): « Les Tibarènes, les Mossyncs qui se tatouent. »

Vers 71-72. — D'après Hérodote, IV (xciii), les Cèles furent soumis par Darius. Hérodote, VH (t.xiv): « Les liactriens... étaient commandes y>r/r llystdspes, fils de Darius et d'Atosse, fille de Gyrus. »

ÉDITION ANNOTÉE DES TROIS CENTS l5

Les tybarènes, fils des races disparues,

Avaient des boucliers couverts de peaux de grues ;

Les Lybs, nègres des bois, marchaient au son des cors ; ^5

Leur habit était ceint par le milieu du corps,

Et chacun de ces noirs, outre les cimeterres.

Avait deux épieux, bons à la chasse aux panthères ;

Ils habitaient jadis sur le fleuve Strymon.

Les abrodes avaient l'air fauve du démon. 80

Et l'arc de bois de palme, et la hache de pierre ;

Les Gandars se teignaient de safran la paupière;

Vers 78. — Hérodote, VII (lxxviii) : « Les Tibaréniens..., les Macrons... étaient armés comme les Mosques. »

Dans Pline, il est souvent question de nations disparues ; en particulier V (xxxiii, Ix).

Vers q!\. — Hérodote, VII (lxx): « Les Ethiopiens de l'Asie... avaient des boucliers COUVERTS DE PEAUX DE GRUES. »

Vers 75. — Hérodote, VII (lxxxvi) : « Les Lybiens portaient aussi les mêmes armes que leur infanterie... »

Victor Hugo avait d'abord écrit : « Les Nims, hommes... » (ici un mot malheureusement illisible) ; il a corrigé pour mettre : « Les Lybs, nègres des bois... »

Vers 76. — Hérodote, VII (lxix) : « Les Arabes portaient une sorte d'habit qui était ceint par le milieu du corps. » — Larcher donnait ici : « Les habits des Arabes étaient amples et retroussés avec des ceintures... » ; et Saliat : « Les Arabes tenaient leurs tuniques ceintes, tenant arcs courbes... »

Vers 77-78. — Hérodote, VII (liv) : « Quand il eut fait cette prière, il jeta dans rileliespont cette phiole, avec une coupe d'or, et une épée de Perse, que l'on appelle cimeterre. » — Or Saliat traduit la dernière partie de la phrase : « Une épée de Perse, que l'on appelle acinace » : et partout où Du Ryer parle de « cimeterres », lui parle d' « acinaccs ». — Le cimeterre est très souvent mentionné dans la traduction de Du Ryer.

Hérodote, VII (lxxvi) : « Les Thraccs qui habitent l'Asie... portaient de petits boucliers... avec (,7iacM« deux épieux propres pour enferrer des loups. » — Encore traduction toute particulière à Du Ryer.

Vers 79. — Hérodote, VII (lxxv) : « Les Thraces ont été auparavant appelés... Strimoniens, parce qu'ils demeuraient sur le fleuve Strymon. »

Vers 80. — Rien sur les abrodes.

Vers 81. — Hérodote, ^ II (i.xix) : « Les Éthiopiens... portaient des arcs faits de hois de palme... et des Ilèchcs... au bout desquelles, au lieu de fer, ils mettent des pierres. » — L'expression « arcs... de bois de palme » ne se trouve textuelle dans aucune autre traduction: les unes donnent « rameaux de palmier », les autres « branches de palmier ».

Hérodote, VH (lxiv) : « Outre cela, ils (les Saccs) portaient des haches. »

Vers 82. — Hérodote, VII (i.xvi) : « Les Gandariens .. avaient les mêmes armes que les Bactriens. »

Xénophon, Cyropédie, I (m, 2) : « Et quand il le vit parc, le tour des yeux teint, fardé de couleur, et portant perruque, — comme c'est la coutume chez les Mèdes... »

l6 LES SOURCES GRECQUES DES TROIS CE^TS

Les Syriens portaient des cuirasses de bois;

On entendait au loin la flûte et le hautbois

Des montagnards d'Abysse, et le cri des Numides, 85

Amenant du pays, où sont les pyramides.

Des chevaux près desquels l'éclair est paresseux;

Ceux de Lydie étaient coilFés de cuivre, et ceux

D'Hyrcanie acceptaient pour chef de leur colonne

Mégapane, qui fut prince de Babylone. go

Puis s'avançaient les blonds miliens, studieux

De ne point offenser les démons ni les dieux ;

Puis ceux d'Ophir, enfants des mers mystérieuses ;

Puis ceux du fleuve Phta qu'ombragent les yeuses,

— de safran : ce n'est qu'un quatrième essai : le second était « en jaune » ; le premier et le troisième, raturés énergiquement, sont illisibles dans le manuscrit.

Vers 83. — Hérodote, VII (lxiii) : « Ils portaient outre cela des massues revêtues de pointes de fer, et avaient des cuirasses faites d'une certaine espèce de hois. Ils sont appelés Syriens par les Grecs, et par les barbares Assyriens. » — Dans certaines autres traductions, les cuirasses sont « de lin «.

A ers 88. — Hérodote, VII (lx.mv) : « l^es Lydiens étaient peu s'en fallait armés à la Grecque. »

Hérodote, VII (lx.wi) : « Les Thraces qui habitent dans l'Asie... avaient en tète des casques d'airain. »

Hérodote, VH (i.xm) : « Pour les Assyriens..., ils portaient des cas([ues de cuivre. »

Vers 8890. — Hérodote, Vll(i.xii): « Les Hyrcanieiis étaient aussi armés connnc les Perses, et avaient pour chef Mégapanes, qui fut depuis gouverneur de Babylone. »

Vers 91-92. — Hérodote, VII (i.xxvii) : « Pour les Miliens ils portaient de petites javelines, et leurs vestes retroussées avec des agralVes. Quelques-tms portaient des arcs à la mode des Lyciens, et des habillements de tète faits de peaux, n

La plupart des autres traductions orthographient :: Milyens » ou « Milyes ». — Cependant, même dans Du Ryer, il n'y a |ias un mot sur la dévotion de ces peuples. Tout au plus peut-on remarquer que le signalement qu'en donne Hérodote est un des moins belliqueux.

Vers 98. — Il n'est pas question d'Ophir dans Hérodole. (>clto ville est souvcMit citée dans la Bible, entre autres : Hois, 1\, a8 ; X, 11 ; X\H, '19 ; Job, \\N 111, iO;Ps. XLV, 10; Ks. XIIl, 12. Déplus: Pline, XXXVI (i.xvi, i): « Pour la fabrication du verre de l'Inde, on ajoute du cuivre et du nilre, surtout du nilre d'Ophir. » — Les savants ne sont pas d'accord sur remplacement de cette ville, les uns la situant sur le littoral de r.\friquc orientale, les autres dans l'Inde, près do Surate, d'autres même en Américjue. — ("est probablement à ce mystère mémo que nous devons ce beau vers.

V^ers g^. — On connaît sous h' nom de IMil;di nnc (li\inité égyptienne adcjrée à Memphis.

Cours d'euu cjui, hors des monts où l'iisphodèle croît, ^5

Sort par un défilé long et sinistre, étroit,

Au point qu'il n'y pourrait passer une charrette ;

Puis les gours, nés dans l'ombre où l'univers s'arrête.

Les satrapes du Gange avaient des brodequins

Jusqu'à mi-jambe, ainsi que les chefs africains ; 100

Leur prince était Arthane, homme de renommée,

Fils d'Artha, que le roi Canibyse avait aimée

Au point de lui bâtir un temple en jade vert.

Puis venait un essaim de coureurs du désert.

Les sagastes, ayant pour toute arme une corde. io5

Vers 95. — Le manuscrit portait d'abord :

« Et qui, hors des rochers où l'asphodèle croît, ».

Vers 9G-97. — Hérodote, VII (clxxvj) : k Le passage pour entrer dans la Grèce par Trachine... est beaucoup plus étroit devant et derrière les Thermopyles. En efTet, proche de la ville d'AIpene qui est au delà, il y a si peu de largeur cjuil n'y peut /tasser qu'une cliai retle, et en deçà, le long du lleuve Phénix,... il est si étroit qu'à peine une charrette y peut passer. » — « Charrette » ; les autres donnent « char » .

Vers 98. — Le manuscrit portait primitivement : « ...fils de l'ombre », remplacé par « ...nés dans l'ombre ».

— Les huit derniers vers, depuis « Babylone », ont été ajoutés dans la marge.

Vers 99-100. — Hérodote, III (xciv) : « Enfin comme les Indiens surpassent par le nombre et par la quantité des peuples toutes les nations de la terre, ils formaient seuls la vingtième satrapie. » — La satrapie du Gange n'est donc pas dépure invention. — Ce vers d'ailleurs est donné sous trois formes successives par le manuscrit; l'idée des « satrapes » n'apparaît qu'à la dernière :

1° « Et ceux du Gange avaient au pied des brodequins, »

2° « Et les princes du Gange avaient des brodequins, »

3° « Les satrapes du Gange avaient des brodequins, ».

Hérodote, VH (lxxv) : « Les Thraces. . m'aient... des brodequins faits de nerfs, qui ne montaient pas plus haut que la moitié de Xa jambe... »

Hérodote, VII (lxxi) : « Les AITriquains étaient vêtus d'habillements faits de cuir... »

Vers TOi-io3. — Hérodote, VII (i.xix) : « Les Arabes elles Ethiopiens qui sont au-dessus de l'Egypte, étaient conduits par Arsames, fils de Darius et d'Artystone, fille de Cyrus, que Darius avait aimée sur toutes ses autres femmes, et dont il avait fait faire une statue d'or massif. » ; — « jade » est une correction d'un mot commençant par un i, et que nous n'avons pu déchiffrer sous la rature.

Vers io'i-io5. — Hérodote, VH (lxxxv) : « Il y eut aussi certains nomades appelés Sagartiens qui sont Perses de nation... Ils ne se servent point d'armes ou de cuivre ou de fer, excepte du cimeterre, et quand ils vont dans le combat ils portent avec eux des rets, dont ils attirent à eux ou les hommes ou les chevaux qu'ils ont attrapés, et les font mourir dans ces rets. » — Toutes les traductions donnent. comme celle de Du Kyer, « Sagartiens », ou « Sagarties » ; mais la plupart, plus voisines ici du texte de Hugo, portent : « cordes de cuir tresse » au lieu do « rets ».

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