XXI. — Lan'son
ETUDE SUR LES MANUSCRITS DE LAÎNIARTINE
Un changement de rythme : deux octosyllabes remplacés par un alexandrin.
effroi téméraire sublime mystère
C'est Jehovah! silence il descend
C'est un peuple à genoux qui le
[choisit pour Dieu
Dissipez, vains mortels, TelTroi qui [vous atterre Cest Jehovah qui sort, il descend qui reconnaît son Dieu
Retournons maintenant au 1° 19 v° où nous trouvons des esquisses en prose pour la suite, d'une écriture si hâtive qu'elles sont presque indéchiffrables. Cependant on y retrouve les pre-
mières idées et jusqu'aux mots exprimées :
Notes, le sauvage
en vain les empires sont ruinés (?) ils lèguent (?) un dieu
sous les saules de Bahylone
Vhébreu traîne une espérance plus forte que deux mille ans les Philosophes te cherchent dans [tous les temps.
Qu'est-ce que Dieu ? qui l'a vu?
Str. 1 1. F. 20.
ce peuple chassé de Vaurore dévorant l'opprobre et l'offense
strophe
es où elles seront
Cf. str. 12 :
le sauvaj^e enfant des savanes
Cf. str. inédite du f" 20 :
En vain les royaumes s'épuisent
Cf. str. 10 :
souslessaules vertsdelEuphrate...
et str. I r :
ce peuple traîne une espérance plus forte que ses deux mille ans
Cf. str. i3-rZ|.
Cf. str. iS-iQ.
exilé de l'aurore
comme l'eau buvant cette oITense
Cinq leçons il la suite pour le dernier vers de cette strophe. Le premier jet : plus forte que ses deu.v mille ans est le seul qui soit biffé et c'est celui qui sera finalement adopté dans l'édition. Au-dessous :
plus forte encor que deux mille ans
plus robuste que
plus durable que
qfii triomphe de
Esquisse au crayon d'une strophe inachevée et abandonnée qui n'a pas trouvé place dans le texte définitif. Elle semble correspondre exactement à une des indications des notes en prose du
HARMONIES POETIQUES l63
f" 19 x" : En i>ain les royaumes sont ruinés (P), ils lèguent (?) un Dieu :
En vain les royaumes s'épuisent ainsi que des fleuves taris eu vain des peuples qui se brisent te temps disperse les débris
tandis que les villes
devient l'héritage de V herbe
où le repaire
il n'est point de peuple...
qui ne lègue...
des dieux à la Postérité !
P. 168. Sti\ i5. F. 21 v°. — Eu haut de la page cette indication : fragment. Un premier état du développement final qui commence à la str. i5 : <( Mais si l'homme occupé de celte œuvre suprême. » Il est intéressant de le citer pour permettre la comparaison avec le texte définitif:
Ah ! si votre œil est clair et si votre âme est pure
SI votre sanctuaire est un cœur sans murmure
plein d'illusion et d'espoir ;
si votre conscience ainsi qu'une ombre obscure
qui voile le midi des ténèbres du soir
de l'organe sublime où se peint la nature
ne ternit point en vous le limpide miroir'
si votre âme comprend la langue sans parole
qui muette à l'oreille est sensible à l'esprit
l'insecte qui bourdonne et la feuille qui vole
la plante qui végète et l'herbe qui fleurit;
Homme, montez avec l'aurore sur les flancs de ces monts qui dominent les mers et seul aux doux rayons du flambeau qui les dore sur un monde qui vient d'éclore répandez au hasard vos regards dans les airs ! Que dis-je? — Ah ! bornez-les à de moins vastes scènes à l'arbre qui répand l'ombre sur le sentier à l'herbe du sillon que vos pas font plier de gloire et d'infini les moindres lois sont pleines : un rayon de soleil qui glisse entre deux chênes
éclaire un monde tout entier !
L'idée générale du développement est évidemment la même ; mais ici le nu)uvement est beaucoup moins puissant. C'est plus
lOl ETUDE SUR LES MANUSCRITS DE LAMARTINE
froid. Le véritable intérêt de ce passage est de nous faire saisir la transition qui reliait le « Chêne » à « Jéhovah » quand les deux poèmes n'étaient pas disjoints. Plus tard en reprenant cette partie, Lamartine a écrit le magnifique final que nous trouverons au ms. VI et, supprimant la transition, a séparé les deux pièces.
Le Chêne.
Str. 2. — Le récit du « Chêne » suit sans même un trait de séparation: « Un gland tombe de Tarbre... » Les 4 vers d'introduction manquent. Le paysage et le rythme ont été très remaniés. L'exposé des vicissitudes du gland a été très abrégé dans ledit. (i8 v. au lieu de 25). A partir de la naissance de l'arbre, Lam. emploie dans le texte définitif la strophe Ivrique en octosyllabes. Ici il conserve l'alexandrin jusqu'au bout :
Voilà ce gland lomhê sur la pente rapide
d'un torrent qui Ventraine au sein des flots amers;
il rouie enveloppé de son écorce aride
et les vents orageux le bercent sur les mers ;
de tempête en tempête il gravite, il échoue
sur un écueil désert oii l'aiglon qui se Joue
le découvre et remporte en montant dans les airs
et du sommet des deux en son hec le secoue,
le laisse retomber sur des rochers dêscrt'i.
Dans sa chute le gland se brise
mais sur le rocher nu l'aigle a beau le semer
sans un peu de poussière où pmirra-t-il germer '?
De l'automne dé/à j'entends sif/ler la bise
semblable au laboureur qui vanne sa moisson
. (illis) ... et qui laisse envoler l'ivraie
son aile elle balai/e
sur les rocs décharnés la poudre des sillons.
Ce qerme est recouvert d'un sable encor stérile.
La neiqe de l'hiver descend à blancs flocons
et de la terre à nu couvre le sein fertile
comme l'aqueau naissant snus de blanches toisons.
f.a neiqe fond, la tiède aurore
du soleil de printemps (fu aspirent les guérets
le couve nudlement comme un triif près d'êclore.
Il est né ! le roi des forêts !
!1 AUMOMES POLTIOUES
// vil ! Dans ffiiel principe a-l-il puisé la vie ?
dans son enfanlemenl quel rec/ard te suivit?
à l'air, à la poussière, au feu Va-l-il ravie ?
Terre, onde, feu, parlez ! qui le sait ? mais il vit !
Prévoyant de si loin sa majesté future
et la foudre et les vents qui doivent le bercer
ce germe inaperçu caché sous la verdure
avant même de la percer
comme un lutteur prudent sur les rochers assure
ses pieds que...
Ce vers est resté informe :
ses pieds que sans... les vents... peut se balancer
au bas du f'^ 23 une note pour la fin du développement :
^ote. dans ses racines Cf. str. i5.
les siècles ont écrit un nom mys- Le ver trouve ton nom gravé sous
[lérieux [son écorce
Ms. VI. F. y. — C'est une mise au net à l'encre. Beaucoup d'améliorations au texte du ms. V. Les ratures sont beaucoup moins nombreuses. Le sens est définitivement fixé, rien ne sera plus ajouté et une seule strophe sera supprimée. Les seules modifications désormais apportées au texte se borneront à des corrections de formes faibles ou incorrectes. Au début, ce titre :
Jchoi'ah^ harmonie 2(j^.
Str. 2.
pareil à du fer des traits de lumière se voile ou s'éclaire
Str. 4. F. 7 v°.
par d'autres heurtées
au cri de leur mère
autour du saint lieu
Str. 5. F. y.
dis.'<ipez ù mortels c'est Jehovah qui vient qui se choisit un iJicu
et pareil au fer la nuit, la lumière ou m'éclaire
entre elles heurtées
et loin (le leur mère
autour du haut lieu
dissipez vains mortels c'est Jehovali qui sort <[ui reconnaît son Uiou
l66 ÉTUDE SUR LES MANUSCRITS DE LAMARTINE
Str. 7. F. 9 v°.
errant dans les nuits amant de ces nuits
Str. 8.
fables riches de vérités ombres pleines de vérités
à sa voix la nature est pleine il naît sous sa féconde haleine
d'autant de dieux autant^de dieux
Au-dessus de désirs une variante non adoptée : plaisirs.
sa terre féconde en idoles son génie amoureux d'idoles
à chaque symbole à tous les symboles
pour chaque désir pour tous les soupirs
F. 10. — Ici se trouve une strophe sur les chrétiens (placée après la str. 9 consacrée aux musulmans et avant la str. 10 consacrée aux juifs.
Elle a été supprimée dans le texte définitif sans qu'on eu voie bien la raison. Remarquons que le poète s'adresse d'abord aux chrétiens dans la même forme qu'aux musulmans et aux juifs, c'est-à-dire à la seconde personne et que, dans la seconde phrase de la strophe, il se comprend parmi eux \'
Et vous, pèlerins d'une tombe
où la Mort n'ose pénétrer
partout où l'œil du Seigneur tombe
il voit un chrétien l'adorer !
De la foi sublime mystère
le vent sème de terre en terre
le (ferme de l'arbre immortel
et sans autre arme c/u'un symbole
nous adorons une parole
qui fait de la terre un autel !
Str. 11. F. 10. — La str. 12 est placée ici avant la str. 10: « Sous les saules verts... » sans qu'aucune indication marque l'ordre à rétablir. Dans l'édition cette strophe 10: « Le sauvage enfant... » est rejetée tout à la fin du développement où elle surprend tout à fait. En edet nous semblions suivre jusque-là une prof^ression ascendante partant des cultes les plus simples et les plus idolâtres pour aboutir aux religions les plus spiritualisées. Or, cette strophe finah.' nous ramène brus([uemcnt au plus bas degré du fétichisme. Il faut reconnaître dans ce développement
I. Cf. l'harmonie Aux chn'iiriis iloiis les temps d'épreuves, p. 33-34.