‹ Mélanges d'histoire offerts à Charles MoellerChapitre 10 sur 149 · UN DEMI-SIECLE D ENSEIGNEMENT HISTORIQUE A LOUVAIN. XXXV · texte numérisé non relu

UN DEMI-SIECLE D ENSEIGNEMENT HISTORIQUE A LOUVAIN. XXXV

Ainsi s'explique que cq?. Mélanges d histoire paraissent sous les auspices de l'Association des anciens membres du Séminaire historique (i).

Ainsi s'explique aussi que tant de mémoires soient relatifs à l'histoire religieuse, sans que toutefois aucun autre aspect du passé ait été oublié.

L'association, semble-t-il, et avec elle le savant jubilaire et l'université de Louvain ont le droit de se réjouir, de se féliciter de cette manifestation. Professeurs des facultés de théologie, de droit, de philosophie et lettres et même des sciences à Louvain, professeurs des universités de Gand et de Liège, professeurs des facultés de philosophie et lettres de Saint-Louis à Bruxelles et de Notre-Dame à Namur, professeurs des Séminaires, des Collèges et des Athénées, dignitaires des évêchés et membres du clergé paroissial, archivistes et bibliothécaires, chapelains de Saint-Julien et membres de l'Institut historique belge à Rome, laïcs, prêtres, membres des ordres religieux : tous, à l'étranger comme en Belgique, ont eu à cœur de prouver au jubilaire et à l'Aima Mater leur reconnaissant dévouement et leur persévérante activité.

Non moins que les collaborateurs, les souscripteurs aux Mélanges Moeller, par leur nombre et par leur qualité, sont un honneur pour l'université de Louvain.

Pareille manifestation montre bien quelle influence nationale, quelle inlluence mondiale elle exerce et combien son action concourt à grandir la puissance intellectuelle et le renom de la patrie belge.

(1) Nous tenons à rendre ici un hommage spécial à M. le Bibliothécaire du Séminaire historique, Isidore Versluys, dont le zèle infatigable et l'intelligente expérience nous ont rendu d'inappréciables services durant la préparation de ces Mélanges Moeller et au cours de leur impression.

XXXVI A. GAUCHIE.

Spectacle bien réconfortant qui nous remet en mémoire et qui nous permet de redire au vénéré jubilaire, à l'Association du Séminaire historique, à notre chère Aima Mater, ces allègres paroles du prophète Isaie : Leva in circuitu oculos tiios, et vide : omnes isti congregatisunt, venerunt tibi, lève les yeux, regarde autour de toi et vois : que de disciples, que d'amis ont uni leur collaboration pour te réjouir et te magnifier!

N'est-ce pas l'heure de rappeler, une fois encore et en toute modestie, ces gracieuses paroles de Sa Majesté le Roi Albert, lorsque, héritier présomptif de la couronne de Belgique, il disait en s'adressant à l'université de Louvain : « Ce passé glorieux est un précieux encouragement pour le présent; il fécondera l'avenir »!

Louvain, 20 avril 1914.

Alfred Gauchie,

Directeur du Séminaire historique à l'Université de Louvain.

L'invasion de la Judée par Sennachérib,

an 701 av. J.-C. et les récifs bibliques

2 Rois, XVIII, 13-XIX.

Le problème soulevé au sujet de l'histoire des hostilités exercées contre la Judée par le roi assyrien Sennachérib, sous le règne d'Ezéchias, ne semble pas définitivement résolu. A côté des renseignements fournis à cet égard par les Annales de Sennachérib luimême, il y a ceux renfermés aux chapitres XVIII, 13 — XIX du 2^ livre des Rois. Et le rapport à établir entre les deux documents est sujet à certaines difficultés.

On est d'accord à reconnaftre que le passage 2 Rois, XVIII, 14-16, mentionnant la soumission d'Ezéchias et le tribut payé par lui, vise les faits relatifs à la troisième expédition militaire de Sennachérib, racontés dans les Annales de ce roi, et se rapporte donc bien à l'invasion de la Judée en 701 . Pour le reste on l'est beaucoup moins.

Outre 2 Rois, XVIII, 14-16, Hugo Winckler distingue, à la suite de Stade, deux autres relations ayant servi à la composition du récit biblique, et qui seraient d'ailleurs, dans l'état actuel, défigurées par des mutilations et des surcharges plus ou moins considérables. (0- Ces deuxième et troisième relations se retrouveraient respectivement dans XVIII, 13, 17— XIX, 7 (ou 8), et dans XIX, 8 (ou 9)-37 (-). La relation XVIII, 131-17 ss., où nous lisons le récit de la sommation adressée oralement par les envoyés de Sennachérib à Ézéchias, se rapporterait encore, d'après Winckler, aux événements de 701 ; le passage XVIII, 14-16 aurait même primitivement été rattaché à cette relation comme exposé du dénouement

(1) Voir Winckler, Alttesfamentliche Untersuchitngen, p. 26 svv. Leipzig, 1892 (Le même, Geschichie Babyloniens iind Assyriens, p. 254. Leipzig, 1892); Stade, Anmerkungen zu 2 Ko. XV-XX, dans la Zeitschrift fiir alttestamentliche Wissenschaft, 1886, p. 173 svv.

(2) Stade divisait autrement et comptiit pour la troisième relation : XIX, 10 — 37, rapportant ainsi le passage où est nommé Taiiarqa iXIX, 9) à la seconde.

2 A. VAN HOONACKER.

des difficultés : Ézéchias qui avait résisté d'abord, finit par se soumettre.

Quant à XIX, 9-37, où est mis en scène Taharqa (XiX, 9), qui ne monta sur le trône d'Egypte qu'en 691 (693), le document mis en œuvre dans ce morceau aurait visé des faits plus récents. Les Annales de Sennachérib ne vont que jusqu'à l'an 691. Mais nous savons par ailleurs, notamment par les inscriptions d'Asarhaddon Q), que Sennachérib, après l'an 689, fit une campagne dans l'Arabie du Nord, au cours de laquelle il prit la ville d'Adumu (probablement la Dumat de Gen., XXV, 14; Is., XXI, 11). C'est alors, dit-on, qu'il aura poursuivi sa marche sur les frontières méridionales de la Palestine, sans cependant envahir la Judée, conformément aux données du document primitif qui se trouve à la base de 2 Rois, XIX, 9-37 ; c'est alors qu'Isaïe aura prononcé l'oracle 2 Rois, XIX, 20 K 32-34 {"); c'est à cette occasion enfin qu'aura eu lieu la catastrophe qui força le conquérant assyrien à rebrousser chemin et à retourner en toute hâte à Ninive (2 Rois, XIX, 35), une aventure qu'Hérodote raconte à sa manière (II, 141) comme arrivée à « Sannacharibos, rois des Arabes et des Assyriens » marchant contre le^/wv, le roi d'Egypte. Ce UsOojv ne serait autre que Taharqa.

Les vues exposées par Winckler ont subi, de la part de certains savants qui leur ont donné leur suffrage, des modifications assez graves et assez compromettantes. Prasèk était d'avis que, lors de l'expédition arabe de Sennachérib soi-disant visée dans 2 Rois, XIX, 9 ss., le royaume de Juda fut, tout comme en 701, envahi et maltraité ('0. Le P. Dhorme de son côté, dans une récente étude {*), n'admet pas la disjonction opérée par Winckler entre les relations 2 Rois, XVIII, 17 ss., et XIX, 9 ss.; d'après Dhorme le premier de ces deux passages se rapporterait, non pas à la campagne palestinienne de Sennachérib en 701, mais aussi bien que le second,. à un épisode de la campagne arabe postérieure à l'an 689. Et il faut convenir que l'affinité entre les deux passages, au point de vue de la mise en scène et des circonstances mentionnées, toute

(1) Sur un fragment d'une inscription de Sennachérib, récemment découvert et relatif à cette même campagne arabe, voir Dhorme, Les pays bibliques et l'Assyrie, dans la Revue biblique, 1910, nouv. sér., t. VII, p. 56.

(2) Les vv. 21-31 seraient une amplification d'origine plus récente; voir Wi.NCKLER, 0. c, p. 41, adoptant l'avis de Stade.

(3) Scnnacheribs second expédition to the West and the date of his siège in Jérusalem, dans VExpository Times, April 1902, t. XIII, p. 326 sv.

(4) Revue biblique, 1910, nouv. sér., t. Vil, p. 512.

l'invasion de la JUDÉE PAR SENNACHÉRIB. 3

part faite d'ailleurs aux modifications rédactionnelles possibles, demeure telle, qu'ils semblent absolument n'être ou bien que deux versions différentes des mêmes faits, ou du moins des récits de faits étroitement connexes entre eux.

Dans les termes où elle est défendue par le P. Dhorme, la théorie de Winckler sur le rapport entre les récits bibliques et les actes de Sennachérib, se heurte dès l'abord à une difficulté spéciale. Dhorme considère comme faisant bloc les vv. /J-16 du chap. XVIII, où il reconnaît la relation des événements de 701. Winckler, se ralliant aux résultats de l'examen critique de Stade, Kuenen (') etc., voyait au contraire, et à bon droit semble-t-il, dans le v. 13, l'introduction au récit des vv. 17 ss. Les vv. 14-16, empruntés à une autre source, ont été intercalés à la suite du début de cette relation. Dans le texte tel qu'il se présente Is. XXXVI, et où les vv. 14-16 du récit des Rois n'apparaissent point, la forme primitive de la relation se trouve conservée à cet égard. Ce qui confirme la conclusion tirée de ce rapprochement, c'est que le nom d'Ezéchias aux vv. 14-16 est écrit invariablement Hizqia (cinq fois), tandis qu'au v. 13 comme aux vv. 17 ss. il prend la forme Hizqiahu. Or, au V. 13, la campagne de Sennachérib, au cours de laquelle se produisirent les faits racontés vv. 17 ss., est non seulement rapportée à l'an 14 d'Ezéchias (^), mais nettement caractérisée comme dirigée contre les villes de Juda. Les « villes fortes » de Juda, dont « s'empara » le conquérant assyrien, sont bien, comme on le reconnaît généralement, les quarante-six villes fortifiées mentionnées par Sennachérib lui-même dans le récit de l'expédition de l'an 701. Les vv. 13-M7 ss. du chap. XVIII du 2'^ livre des Rois se présentent donc nettement comme une version hébraïque de cette même expédition assyrienne de 701.

Les épisodes racontés XVIII, 17 ss. et XIX, 9 ss. peuvent-ils trouver place dans le cadre des événements décrits dans les Annales de Sennachérib et dans le passage XVIII, 14-16 du 1. des Rois?

Les circonstances expliquent parfaitement tout d'abord comment la même invasion de la Judée put être marquée à la fois par la soumission relative d'Ezéchias et par un désastre pour l'armée assyrienne. Le tribut payé par Ézéchias ne le fut pas à la suite d'un siège où Jérusalem aurait succombé. La notice 2 R., XVIII, 14-16, présente les choses tout autrement et les Annales de Sennachérib sont d'accord avec elle sur ce point capital. Sennachérib ne

(1) Hist. crit. onderzoek...., 2"" édit. I, 414. Amsterdam, 1884.

(2) De cette date il sera question plus loin.

4 A. VAN HOONACKER.

dit pas qu'il prit la capitale d'Ezéchias ; il n'en emmena pas la population ni la garnison en captivité. Bien plus, comme Winckler le fait justement remarquer ('), les termes dans lesquels est rédigé le document assyrien, montrent que Jérusalem ne fut pas l'objet d'un siège en règle, en vue de la conquête. La capitale juive et sa garnison furent simplement tenues en respect, réduites à l'impuissance : Sennachérib se vante en effet d'avoir tenu Ezéchias enfermé dans sa ville « comme un oiseau en cage », c'est-à-dire qu'il prit soin de rendre toute sortie impossible. A cet effet « il affermit contre lui les places fortes » en y établissant des postes suffisants, et « quiconque sortait de la porte de sa ville, il lui faisait rebrousser chemin » (-). Il n'y a qu'une explication à donner de la conduite de Sennachérib à l'égard de Jérusalem : le roi assyrien, malgré la victoire remportée à Altaqu (Elteqeh) sur les Accaronites aidés « des rois d'Egypte et du roi de Meluhhi », n'avait pas les mains libres du côté de Jérusalem et se trouvait empêché de faire un effort sérieux pour la prendre. Les Égyptiens n'auront pas à Altaqu éprouvé des pertes très considérables. Sennachérib ne se glorifie pas (II, 78 ss.) de leur avoir enlevé grand butin, ou tué ou pris beaucoup d'hommes. Après la soumission des villes rebelles de la Phénicie et de la Philistie, et l'occupation de presque tout le territoire judéen, c'est à Lachis qu'il établit son quartier général, sur la route de l'Egypte, parce que c'est de ce côté qu'il reste menacé ou qu'il veut poursuivre sa marche contre son principal ennemi {;). On a relevé la circonstance que Lachis n'est pas nommée dans la relation assyrienne (0. Mais celle-ci ne mentionne en particulier aucune des villes juives conquises. Au reste, dans l'hypothèse que ce fut bien la campagne de 701 qui se termina par la catastrophe visée 2 Rois, XIX, 35, on conçoit aussi sans peine que le scribe assyrien se soit abstenu de toute allusion au mouvement effectué dans la direction de l'Egypte; c'était le meilleur moyen d'esquiver l'aveu de la déroute finale. Lachis était une des quarante-six villes fortes du royaume juif mentionnées en bloc dans l'inscription de Sennachérib comme prises et pillées par lui. Le gros de l'armée assyrienne étant retenu désormais dans le sud, il était impossible, à l'aide des seules forces restées libres, d'attaquer ouvertement la

(2) Littéralement : « je le faisais retourner sur sa trace » ou « sur ses pas » (?) : ik-ki-bu-us (= iqqibus) à rattacher à la racine 3py ?

(3) 2, Rois, XVIII, 14, 17; XIX, 8.

(4) Dhorme, /. c, p. 512.

capitale d'Ézéchias. Car celui-ci s'y était bien fortifié (') et avait à son service une bonne garnison (-')• Sennachérib, tout en insistant pour obtenir la reddition de la place qui ne pouvait manquer de l'inquiéter, devait provisoirement se contenter du tribut et des autres présents qu'Ézéchias lui envoyait à Lachis, hommages que le roi juif s'empressait d'autant plus docilement à rendre à son puissant adversaire, que son sort, en cas d'une défaite décisive des Égyptiens, n'eût pas été douteux, et aurait été d'autant plus rigoureux qu'il se serait montré plus intransigeant. C'est cette même considération qui détermina Ézéchias, sans qu'il eijt renoncé à la défense de sa ville, à rendre la liberté à Padi, le roi d'Accaron, protégé de Sennachérib; ce dernier raconte le fait en termes trop pompeux (111, 8-9) quand il prétend avoir « emmené » Padi hors de Jérusalem pour le rétablir sur son trône (■'). Les actes de déférence et de soumission d'Ézéchias n'étaient pas relatés dans les récits 2 Rois, XVlll, 13+17 ss., XIX, 9 ss., ceux-ci étant une composition d'origine prophétique, qui avait pour seul objet d'exalter le triomphe de Jahvé, défenseur de sa ville sainte, sur son insolent adversaire. L'intercalation de la notice XViii, 14-16 a été faite en bonne place.

Les paroles d'Isaïe, 2 R., XIX, 32-33, qui n'ont en vue que la préservation providentielle de la ville même de Jérusalem, et nullement celle du territoire judéen dans toute son étendue, sont en parfaite harmonie avec les circonstances historiques de la campagne palestinienne de Sennachérib en 701.

Quant à la formule par laquelle Sennachérib rapporte que plus tard encore, après son retour à Ninive, il reçut le tribut et les hommages d'Ézéchias, on ne peut s'en prévaloir pour conclure que le départ des Assyriens, en 701, fut parfaitement volontaire; il n'y a pas de raison péremptoire non plus d'en contester le caractère historique,sous prétexte que les Assyriens furent forcés au départ par une catastrophe. Car en tout état de cause il est trop évident qu'Ézé-

(1) fs., XXII, 10 ; 2 Chron., XXXII, 2 ss.

(2) Sennachérib rapporte que les Arabes et les soldats de la garnison « cessèrent leur service (lire : irsù batlati, non : bilati ; vr. Muss-Arnolt, A concise dictionary of the assyrian language — Assyrisch-englisch-deutsches Handwôrterbuch. 985b. Berlin, 1894-1905). C'est une fiction à l'effet d'insinuer que le tribut payé par Ézéchias équivalait à une défaite absolue. Si la garnison avait fait réellement défection, on ne voit pas ce qui eiit empêché les Assyriens de s'emparer de Jérusalem et d'Ézéchias lui-même.

(3) Ce fut sans doute après la défaite subie par les Accaronites rebelles à Altaqu, qu'Ézéchias renvoya Padi au vainqueur, à Lachis.

A. VAN HOONACKER.

chias, en face des états philistins désormais tributaires fidèles de Ninive, n'avait aucun intérêt et ne pouvait trouver le moindre goût à jouer à lui seul le rôle de vassal rebelle.

Le prophète Isaïe, dont le ministère public commença en la dernière année du roi Ouzz'm (Is., VI, 1), c'est-à-dire vers l'an 740, était toujours à l'apogée de son prestige et dans la pleine ardeur de son activité, lors des événements racontés 2 R., XVIII, 17 ss.; XIX, 9 ss. On le voit à la part qu'il y prend, /. c, XIX, 2 ss., 20 ss. Mais il semble très douteux qu'il pût encore en être ainsi après l'an 689. Nous apprenons d'ailleurs dans le livre d'Isaïe que l'inv^asion assyrienne de l'an 701 se termina à la confusion de l'ennemi, exactement comme celle décrite 2 R., XVIII, 13-fl7 ss. — XIX. Le parallélisme entre /s., X, 5-34 (4-XIV, 24-27) et le récit du livre des Rois est frappant : Juda a été durement châtié pour ses crimes; mais au moment où la ruine semble devoir irrémédiablement se consommer, l'instrument du châtiment, Assur, qui tirait insolemment gloire de son œuvre, est voué à l'ignominie et brisé. Les vv. 28-32 qui décrivent la marche foudroyante de l'envahisseur, du nord au sud, ne laissent pas de doute qu'il ne s'agisse ici de la campagne de l'an 701. — C'est au cours de ces événements qu'avaient eu lieu les changements dans le personnel de l'administration supérieure à Jérusalem, dont Isaïe parle XXII, 15 ss. Schebna, probablement un partisan de l'alliance avec l'Egypte, que l'on rendait responsable des terribles malheurs que cette politique avait attirés sur le pays, est démis de ses fonctions de maître du palais et remplacé dans cet office par Éliaqim, fils de Helqia. Ce même Éliaqim apparaît en effet en qualité de maître du palais, avec Schebna comme scribe adjoint, dans le récit de 2 Rois, XVIII, 18; XIX, 2.

Un argument qui nous paraît décisif contre l'hypothèse qui met le récit, ou une partie du récit 2 Rois, XVIII, 13 + 17 ss.— XIX en rapport avec une expédition assyrienne quelconque postérieure à l'an 690, est celui que nous empruntons à la chronologie du règne d'Ézéchias. Il est vrai que 2 Rois, XVIII, \3(Is., XXXVI, 1) les événements de 701 sont datés de l'an 14 d'Ézéchias, ce qui conduit à fixer l'avènement de ce roi à 715 et la fin de son règne qui dura, d'après 2 Rois, XVIII, 2, pendant vingt-neuf ans, à 686. — Mais on sait que d'après d'autres données chronologiques, Ézéchias aurait commencé son règne en 727. En effet, 2 Rois, XVIII, 9, 10,

il est affirmé avec insistance que le siège de Samarie par Salmanasar IV commença en la quatrième année et que la chute de cette ville (722 av. J.-C.) arriva en la sixième année du roi Ézéchias. La fin de son règne serait donc, d'après ces données, à fixer à l'an 698. C'est ce dernier comput qui mérite la préférence.

On s'explique parfaitement l'origine de la notice chronologique du v. 13 comme résultat d'une combinaison artificielle de deux données dont le rapport était faussé par une interversion de textes. Il a été rappelé plus haut que le récit XVIII, 13-fl7 ss. — XIX est une composition d'origine prophétique qui se retrouve dans Is., XXXVI-XXXVII. Dans le livre des Rois comme dans celui d'Isaïe ce récit est suivi immédiatement d'un morceau de même genre et de même origine, où est racontée la maladie d'Ézéchias (2 R., XX; Is., XXXVIII-XXXIX). Il était noté ici qu'à l'occasion de sa maladie, Ézéchias reçut de la bouche d'Isaïe la promesse que sa vie serait prolongée de 15 ans (2 R., XX, 6; Is., XXXVIII, 5). En rapprochant cette indication de celle de 2 /?., XVIII, 2, on obtenait comme résultat qu'Ézéchias au moment de sa maladie avait achevé la 14'^' année de son règne, ce qui était d'un calcul exact. Mais par voie de conséquence, comme le fait de la maladie était censé, d'après la disposition des textes, s'être produit immédiatement après l'invasion assyrienne, celle-ci fut rapportée, sans doute moyennant une modification apportée au texte, à la U*^' année. En réalité le récit de la maladie offre plusieurs indices qui nous obligent à la renvoyer, chronologiquement, avant l'invasion assyrienne. Tout d'abord Isaïe promet solennellement à Ézéchias que Jérusalem sera protégée contre le conquérant assyrien (2 R., XX, 6; Is., XXXVIII, 6). Puis, Ézéchias reçoit les délégués de Mérodach-Baladan, le roi de Babel, qui viennent le complimenter à l'occasion de sa guérison et il leur montre avec orgueil ses trésors (2 R., XX, 12 s.; Is., XXXIX, 1 s.); or nous apprenons 2 R., XVIII, 14-16, qu'Ezéchias eut à vider ses trésors pour payer le tribut à Sennachérib. Et d'ailleurs, d'après le canon de Ptolémée, la royauté de Mérodach-Baladan à Babel occupe les années 721-709, pendant le règne de Sargon à Ninive !

D'autre part le comput 2 Rois, XVIIl, 9-10, qui date l'avènement d'Ezéchias de l'an 727, se trouve confirmé de divers côtés. Is., XIV, 28 ss. établit le synchronisme de la date de la mort d'Achaz, qui est celle de l'avènement d'Ézéchias, avec l'année où Salmanasar IV succéda à Tiglath-Piléser III; car «le bâton qui frappait les Philistins», «le serpent d'où doit sortir l'aspic volant », ne peut être que le roi de Ninive. Or Salmanasar succéda à Tiglath-

8 A. VAN HOONACKER.

Piléser précisément en 727. — Le discours des chap. I-llI de Michée date d'avant la chute de Samarie (722), comme le prouve l'annonce de cette chute au chap. I. Or dans Jér., XXVI, 18, la parole de Mich., III, 12 est rapportée au règne d'Ezéchias. — Et voici ce qui semble particulièrement concluant. En additionnant les années de règne des successeurs d'Ezéchias, jusqu'à la destruction de Jérusalem par les Chaldéens vers 587, on obtient : (Manassé :)55 ans(0 + (Amon :) 2 ans (-)-l-(Josias :) 31 ans('')-[- (Joachaz :) 3 mois (^)4-(Joïaqim :) 11 ans (')-[- (Jéchonias :) 3 mois ('^) -p (Sédécias :) 11 ans (')=110 ans et demi. En ajoutant ce chiffre à celui de 587 on arrive pour la date de la mort d'Ezéchias à l'année 698, en parfaite harmonie avec les données de 2 R. XVIII, 2, 9-10. Malgré la réserve avec laquelle il convient, en général, d'accueillir les chiffres qui nous sont présentés dans le tableau synchronique des rois de Jérusalem et de Samarie {^), il serait difficile, en présence de l'accord que nous venons de constater, de récuser la conclusion que la chronologie des derniers rois de Jérusalem, pendant la période où le royaume de Juda exista seul, nous a été transmise en meilleur état. Les épisodes racontés 2 R. XVIII, 17 ss., XIX, 9 ss. ne peuvent se rapporter à l'expédition arabe de Sennachérib, postérieure à l'an 689, puisqu'à cette époque Ézéchias n'était plus roi.

Il se peut que le récit de l'aventure dont l'armée de « Sanacharibos » aurait été victime d'après Hérodote II 141, ait en vue l'événement auquel se rapporte de son côté la notice 2 R. XIX, 35. Mais, à supposer même que le titre de « roi des Arabes et des Assyriens » donné à Sennachérib par l'historien grec et la mention

(1) 2 Rois XXI, 1.

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