‹ Mélanges d'histoire offerts à Charles MoellerChapitre 104 sur 149 · LES CURIALISTES BELGES A ROME AUX XYI^ ET XVI^ SIÈCLES · texte numérisé non relu

LES CURIALISTES BELGES A ROME AUX XYI^ ET XVI^ SIÈCLES

conseil d'administration de l'église de Santa Maria dell' Anima en 1639, préfet des brefs, fut nommé auditeur en 1660. 11 résigna cette place en 1666, un an avant sa mort, en faveur de son neveu Jacques Emerix de Matthys. Celui-ci devint successivement, en 1686 doyen de la rote, régent de la congrégation de la sacrée pénitenterie en 1689, et aurait probablement vu couronner ses talents, sa science et son dévouement au Saint-Siège par l'obtention du cardinalat, si ses tendances trop favorables à la France n'y avaient mis obstacle (')• Deux traités canoniques, dont l'un fut publié après sa mort survenue en 1696, témoignent de sa vaste érudition et de sa haute intelligence (-)•

Jacques Emerix clôture brillamment la série des auditeurs de rote liégeois. Après lui l'auditeur pour la nation allemande sera toujours un autrichien.

Depuis le xvi<^ siècle, l'importante charge de reviseur des suppliques au tribunal de la signature de justice était réservée à un Allemand. Le droit de présentation à cette fonction était exercé par le conseil d'administration de l'église de Santa Maria dell' Anima, considéré comme le représentant officiel à Rome de l'Empire. Le conseil, surtout à partir du milieu du xvi^' siècle, était en majeure partie composé de curialistes liégeois et leur choix se portait régulièrement sur un des leurs. C'est pourquoi le reviseur, // tedesco, comme on l'avait surnommé à la cour romaine, est toujours un Liégeois de 1547 jusqu'à la fin du xvn*^ siècle.

C'est Guillaume Erp qui commence la longue liste de ces hauts dignitaires. Membre de la grande famille liégeoise de ce nom, on le trouve à Rome dès 1542. De 1547 à 1552 il occupa la place de reviseur. 11 se déchargea de cette fonction pour rentrer dans sa patrie où il devint chanoine de Saint-Paul à Liège et doyen de Maeseyck (^). Othon de Wachtendonck lui succède. Originaire d'une noble famille hollandaise qui donna plusieurs illustrations

(1) Daris, Notices sur les églises du diocèse de Liège, t. II, p. 165-166. Liège, 1871; ScHMiDLiN, 0. c, p. 479-502; Hoogewerff, o. c, p. 710; Forcella, g. c, t. III, n. 1185, 1189.

(2) S. Rotae romanae praxis, manuscrit conservé aux archives de la rote. Decisiones Sacrae Rotae romanae coram bon. mem. R. P. D. Jacobo Emerix de Mathys, germano ejusdem sacrae rotae decano ac Sacrai Penitentiariae régente, 3 vol. Rome, 1701.

(3) Archives du Campa Sanfo (ACS\ Cod. S., à l'année 1542; Schmidlin, o. c, p. 365, 471, n. 2; Liber Confraternitatis, o. c, p. 53; Thimister, Essai historique sur l'église Saint-Paul, p. 203. Lièçe, 1867; Le même, Carfulaire de l'église Saint-Paul de Liège, p. 546. Liège, 1878.

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à Liège ('), docteur ès-arts, en droit civil et ecclésiastique, il débuta à Rome en 1536, en qualité de notaire de la rote, devint reviseur en 1553 et fut choisi en 1547, 1551 et en 1554, pour remplir l'importante et délicate fonction de clerc du collège des cardinaux pour la nation allemande (-'). Il mourut en 1556, laissant chez tous de profonds regrets (■'). Paul IV ratifia en 1556 le choix fait par les proviseurs de Santa Maria dell' Anima dans la personne de Jean FoNCK. Après avoir étudié le droit à Louvain, il prit ses grades à Cologne et vint jeune encore à Rome, où il séjourna pendant 15 ans. Il s'y acquit une grande notoriété comme reviseur, clerc du collège des cardinaux pour la nation allemande en 1559, 1563 et 1567, et lorsqu'il quitta Rome vers 1568, après avoir accompli à l'entière satisfaction du pape une importante mission auprès de l'épiscopat de la Haute et de la Basse-Allemagne, il fut appelé aux premières situations dans l'administration civile en Belgique et à Madrid. Ses mérites et surtout l'expérience qu'il avait acquise à Rome le firent choisir en 1576 pour l'évêché de Gand (^).

François Strauben ou Stravius de Burchloon, reviseur des suppliques sous les pontificats de Pie V et de Grégoire III — de 1575 à 1581 — était depuis 1569 l'agent en cour de Rome de l'évêque de Liège, Gérard de Groesbeeck ; situation très en vue à cause de l'importance du diocèse de Liège. Sa ténacité au travail, son habileté aux affaires lui assuraient un grand crédit et lui valurent la confiance de plusieurs princes allemands dont il devint le représentant à Rome. Chargé d'honneurs, — Stravius était également chevalier de Saint-Pierre, scripteur de l'archive, chanoine de Saint-Paul à Liège, et avait été clerc du collège des cardinaux en 1570, 1574 et 1576 — il comptait rentrer dans sa patrie pour y jouir d'un repos bien mérité lorsqu'il fut frappé par la mort le 8 mars 1581 ("'). Son cousin Richard Stravius lui succéda dans la charge de reviseur. Né à

(1) DE Theux, 0. c, t. m, p. 156; Bec de Lièvre, Biographie liégeoise, p. 345-348. Liège, 1837.

(2) ScHMiDLiN, o. c, p. 352-353; 471, n. 2; 367, n. 2; Liber confraternitatis, o. c, p. 138; EuBEL, Hiefarchia catholica, t. \\\, p. 99. Munster, 1910.

(3) Fo:?CELLA, 0. c, t. ni, n. 1110.

. (4) DE Theux, o. c, t. III, p. 151-152; Schmidlin, o. c, p. 366-367 ; 471, n. 2. J. Fonck, bien qu'absent de Rome, resta titulaire de la charge de reviseur jusqu'en 1575. Liber Conf., o. c, p. 144.

(5) FoRCELLA, 0. c, t. III, H. 1136; Liber Conf., o. c, p. 144; Schmidlin, o. c., p. 367; EuBEL, o. c, t. III, p. 99; Hooqewerff, o. c, p. 651 ; de Ram, Lettres de Laevinus Torrentins à Riciiard Stravius, agent de l'évêché à Rome, dans les Bulletins de l.i Commissim royale d'histoire, 1865, 3'-' sér., t. VII, p. 238.

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Burchloon vers 1552, après avoir étudié le droit et la théologie à Louvain, il se rendit à Rome auprès de son cousin François Stravius, sur les conseils de Livinus Torrentius. Celui-ci lui fit obtenir en 1583 le poste d'agent du prince-évêque et du clergé de Liège. Il devint également celui du duc de Bavière et de Livinus Torrentius, lorsque ce dernier fut nommé évêque d'Anvers. Richard Stravius resta reviseur durant six pontificats et devint familier du pape et protonotaire apostolique. De même que ses prédécesseurs, il fut désigné pour la place de clerc du collège des cardinaux en 1583 et 1587 et un avenir des plus brillants l'attendait, s'il n'était mort tout jeune, âgé seulement de 46 ans. Il fut enterré, en 1598, à Santa Maria dell' Anima, de même que la plupart des curialistes liégeois (0-

Clément Sublindius ou Onder de Linden de Ranst fut reviseur de 1598 à 1609. Il résidait à Rome depuis 1565 en qualité de notaire et solliciteur des causes, et s'il n'occupa pas en curie une situation aussi en vue que ses prédécesseurs il déploya au profit de ses compatriotes un grand dévouement, tout particulièrement dans la direction des institutions nationales de Santa Maria dell' Anima et du Campo Santo dei Tedeschi e Fiamminghi (-').

Gilles Ursins de Vivariis, reviseur des suppliques de 1609 à 1618, fut parmi les curialistes liégeois, l'un de ceux qui contribuèrent le plus à affirmer leur ascendant et leur prépondérance en cour romaine. Il vint tout jeune à Rome auprès de son oncle Lambert Ursins de Vivere, dont le crédit et l'influence étaient considérables. Ce dernier était parvenu après 54 années de séjour en curie — de 1565 à 1619 — aux hautes fonctions de prodataire, de référendaire au tribunal de la signature de justice, d'abréviateur du parcmajeur, et avait été chargé de plusieurs légations importantes en France et en Allemagne ('). L'appui efficace de ce puissant curialiste, les mérites personnels de Gilles de Vivere, son excellente formation théologique et juridique — il prit à Rome ses grades en droit civil et ecclésiastique — lui valurent une carrière des plus brillantes. Reviseur des suppliques en 1609, il renonce à ce poste en 1618 pour devenir référendaire aux deux tribunaux de la signature de justice et de grâce, dataire et auditeur durant tout le long pontificat d'Urbain VIII, chanoine de Saint-Pierre, abbé

(1) DE Ram, 0. c, p. 238; Schmidlin, o. c, p. 367, 471; Forcella, o. c, t. III, p. 1146; EuBEL, 0. c, t. IH, p. 99.

(2) Liber conf., o. c, p. 164 ; Schmidlin, o. c, p. 470.

(3) Forcella, o. c, t. III, n. 1165; Schmidlin, o. c, p. 472.

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commendataire de l'abbaye de Saint-Philippe d'Irsi en Calabre et patriarche de Jérusalem. Gilles deVivere.bien que résidant à Rome, fut également comblé d'honneur dans sa patrie; il devint successivement prévôt de Saint-Paul, chanoine de Saint-Lambert, abbé séculier d'Amay. Sa piété n'était pas inférieure à toutes ses autres qualités; fatigué de la vie de cour, il se retira quelques années avant sa mort au collège des franciscains de Saint-Isidore pour y vivre dans le recueillement et la pauvreté et pouvoir disposer plus largement encore de sa grande fortune en faveur des bonnes œuvres. L'église de Santa Maria dell' Anima hérita de toute sa fortune et c'est à ce legs que l'on fit remonter plus tard, non sans exagération toutefois, l'origine de la grande prospérité de l'église nationale (')• H fut enseveli le 17 avril 1647, à côté de son oncle, à Santa Maria dell' Anima, dans la chapelle de Saint-Lambert due à sa munificence ('-).

Gilles de Vivere renonça en 1618 à la place de réviseur en faveur de Corneille Henri Motmann, dont le choix fut agréé par le cardinal préfet de la signature de justice. Nous avons rencontré Mottman parmi les auditeurs de la rote pour la nation allemande. C'est en prenant possession de cette charge de 1628 qu'il céda a son tour l'emploi de reviseur à son neveu Guillaume Thibaut MoTTMAN. Celui-ci resta en fonctions jusqu'en 1653, époque à laquelle il rentre à Liège pour devenir chanoine de Saint-Lambert, puis doyen, prévôt de Saint-Denys, chanoine de Cambrai (-*)•

Léon.\rd Briffonius de Liège, docteur en droit civil et ecclésiastique fut désigné pour lui succéder. Il mourut en 1668. Sa carrière à Rome est peu connue ; seule l'inscription gravée sur sa tombe rappelle ses qualités de travail, d'ordre, d'honnêteté. Le legs de 2.000 écus — environ 20.000 francs — qu'il fit à Santa Maria deir Anima permet d'apprécier l'importance des revenus que lui assurait ses fonctions {*). La longue liste des reviseurs liégeois se clôture avec Baudouin Luesmans, en fonctions de 1668 à 1687.

Les mêmes raisons politiques et religieuses qui désignèrent les Flamands et Liégeois aux fonctions d'auditeur pour la nation allemande et de reviseur des suppliques les firent choisir également pour le poste de confiance de clerc national du sacré collège pour la nation allemande.

(1) SciiMiDLiN, o. c, p. 473. « Unde illi origo totiiis siiae forfunae ».

(2) FORCELLA, o. c, t. III, n. 1179; Schmidlin, o. c. p. 473; de Theux, o. c, t. III, p. 256-257.

(3) DE Theux, o. c, t. III, p. 313; Schmidlin, o. c, p. 475.

(4) FoRCELLA, 0. c, t. III, H. 1184; Schmidlin, o.c, p. 483, 475 n. 2, 502.

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