LES CURIALISTES BELGES A ROME AUX XVI*^ ET XV!!*^ SIÈCLES
Les clercs nationaux avaient le droit d'assister à tous les consistoires tenus par le pape et le collège des cardinaux. A côté du clerc italien, secrétaire de droit du sacré collège, un Allemand, un Français, un Espagnol, choisis par les souverains de ces nations, venaient alternativement l'aider dans ses fonctions. La liste des clercs nationaux ne nous est connue que pour le xvi^' siècle ('). Elle nous donne pour 1526, Cocardus Flamingus ; en 1529, Andréas de Castillo de Bruges (-) ; en 1542, Nicolas Vanseyus ; en 1547, 1551, 1554, Othon de Wachtendonck ; en 1559, 1563, 1567, Jean Fonck;en 1570, 1574, 1577, François Stravius ; en 1583. 1587, Richard Stravius; en 1560, 1590, 1591, Gérard Vossius de Burchloon.
Ce dernier exerça à Rome, où il séjourna presque continuellement de 1572 à 1608, une profonde et salutaire influence. II fut pendant une année élève du collège germanique, puis passa successivement en qualité de chapelain au service du cardinal Moroni et du cardinal Montalti, le futur pape Sixte V. Littérateur, philologue, théologien — il s'inscrit en 1580 dans la confrérie de Santa Maria deir Anima avec les titres de docteur ès-arts et en théologie — G. Vossius s'acquiert rapidement une grande notoriété par ses études patristiques. Sixte V l'attacha à sa personne et le nomma protonotaire apostolique ; Clément VIII lui continua la même faveur et le nomma correcteur de la bibliothèque et imprimerie vaticane. Profondément pieux, Vossius travailla également à la réforme de l'Église et tout particulièrement contribua à épurer l'organisation de l'église de Santa Maria dell' Anima, à laquelle il rendit son caractère d'institution charitable et religieuse (^).
Nous avons déjà signalé parmi les référendaires attachés au tribunal suprême de la signature de justice, l'auditeur Pierre Van de Vorst, les reviseurs Lambert et Gilles Ursins de Vivere ; nous trouvons également dans cette haute fonction deux influents curialistes liégeois : Walther Walteri de Castro et son neveu Jean Walteri ou Gualthère de Sluze.
Walther Walteri de Castro, né à Visé en 1602, prit à Rome ses grades de docteur en droit civil et ecclésiastique et remplaça son parent, Jean Savenier, mort en 1638, dans le poste important
(1) EuBEL, 0. c, t. III, p. 99. Clerici S. Collegii, 1503-1592.
(2) FoRCELL/», o. c, t. XIII, n. 1086.
(3) Il mourut à Liège, doyen de Tongres, en 1609. de Theux, o. c, t. III, p. 180-182; ScHMiDLiN, o. c, p. 415 et n. 2; Thys, o. c, p. 53 et n. 1 où il donne la liste des ouvrages publiés par G. Vossius. Voir également notre art. cité, p. 231-233.
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de secrétaire des brefs. Référendaire de la signature de justice et de grâce, prélat domestique, il jouissait de l'entière confiance d'Innocent X et d'Alexandre Vil. Véritable mécène, il commença à former la Bibliotheca Slusiana et aimait à protéger les jeunes artistes liégeois (')• Plus célèbre et plus influent en cour romaine fut son neveu Jean Walther de Sluze qui lui succéda en 1659 comme référendaire des deux signatures. Jean Walther et son frère René François de Sluze vinrent tout jeunes encore à Rome auprès de leur oncle (-). Jean lui servit d'aide à la secrétairerie des brefs en qualité d'official, mais ne put toutefois prendre sa place en 1659, étant à peine âgé de 30 ans. La fonction de secrétaire ne lui fut octroyée qu'en 1670 par Clément IX. Son crédit à la curie ne cessa d'augmenter et en septembre 1686 le pape Innnocent XI voulut couronner sa vertu, sa science et les services qu'il avait rendus à l'Église, en l'élevant au cardinalat.
Épuisé par le travail, le savant et saint cardinal Sluze, le dernier cardinal belge de curie, mourut le 17 juillet 1687, âgé seulement de 59 ans. Les Romains, à sa mort, s'étonnèrent surtout de ce qu'un personnage aussi élevé, fût, après quarante années de services à la curie, dépourvu de tout bénéfice ecclésiastique, ne jouît d'aucune faveur, pas même de la dispense de la récitation du bréviaire, et ne laissât à ses héritiers que des dettes (''). Il appartenait à la catégorie des curialistes originaires des pays du Nord, dont l'intégrité de vie et de mœurs, la haute piété joints à une science solide et éprouvée, faisaient honneur à l'Église et à la foi profonde de leur pays natal.
Les hautes fonctions détenues par les Belges leur permettaient de faire bénéficier leurs compatriotes des faveurs de la curie et de leur faciliter l'obtention de charges lucratives, situation qui contribua pour beaucoup à augmenter l'exode de clercs flamands et surtout liégeois vers Rome. Aussi furent-ils particulièrement nombreux dans les bureaux et départements de I'organisation judiciaire qui relevaient de l'auditoriat et de la signature de justice.
(1) S. Ceyssens, Le dernier cardinal liégeois Jean Gualthère de Sluse de Visé et ses prédécesseurs à Rome, dans Leodium, 1905, t. IV, p. 24-25; Schmidlin, o. c, p. 479; FoRCELLA, o. c, t. III, n. 1182.
(2) Pour ce personnage, cfr Bec de Lièvre, Biographie liégeoise, t. II, p. 293- 296. Liège, 1837; Daris, o. c, t. I, p. 438-439; de Thejx, o. c, t. III, p. 304; J. Ceyssens, art. cité, p. 25-27.
(3) J. Ceyssens, art. cité, p. 25, 36-37. Abry, Les hommes illustres de la nation liégeoise, p. 132. Liège, 1867; Schmidlin, o. c, p. 490; Forcella, o. c, t. III, n. 1188.