‹ Mélanges d'histoire offerts à Charles MoellerChapitre 118 sur 149 · LE TRAITÉ D ALLIANCE ENTRE LA FLANDRE ET LE BRADANT · texte numérisé non relu

LE TRAITÉ D ALLIANCE ENTRE LA FLANDRE ET LE BRADANT

Comme le magistrat et le large conseil ignoraient absolument les démarches des « députés des trois membres de Bruxelles » auprès des Gantois, il en résulte que les correspondants bruxellois n'étaient, en réalité, que les Dix-huit députés du seul membre des nations.

A qui la lettre du 9 novembre 1577 est-elle adressée ? La suscription nous le révèle. Les Dix-huit de Bruxelles adressent leur missive, non pas au magistrat, mais aux « députés des notables et de la commune de Gand », «aende Eer. voorsien. ende zeer discrète heeren ende goede vrienden de ghedeputeerde van de notable ende ghemeente derstadt van Ghendt», en d'autres termes, au comité des Dix-huit de Gand ('). M. Fredericq a oublié de reproduire cette suscription, et c'est pour n'en avoir pas tenu compte qu'il se trompe en disant « que la lettre du 9 novembre ne fut reçue par le magistrat de Gand que le 12 décembre ».

Quelle est, enfin, la teneur de la lettre ? Dans l'analyse qu'il en donne, M. Fredericq omet certaines parties de phrases qui ont pourtant leur importance. Les Dix-huit de Bruxelles écrivent à leurs

les 18 personnes députez de par les nations d; Bruxelles ont demandé copie des articles selon lesquels on entendt recepvoir l'archiduc Mathias, ensemble de la nouvelle conceue Union, pour délibérer par eulx sur l'ung et l'aultre, déclarans, combien qu'ils ont esté trompés par la trop légère réception de Don Jehan, qu'ilz ne réquiroient le dit S"" archiducq sans avoir préalablement résolu sur les dites articles, a esté résolu que les dit copies leur [soient communiquées, délivrées, ou quelque chose de pareil] >. Résolution des États Généraux citée par Groen van Prinsteres, Archives de la maison d'Orange-Nassau, t. VI, p. 2ô3, note 2. Leyde, 1839. — « M''^ C. van der Straten advocat a deffendu au greffier Wellemans de point signer aucun passeport sans préalable advis des 18 députez des troys membres de BruxeWes». Résolution des États Généraux du 19 novembte 1577, citée par Le MÊME, /. c, p. 261. — « Les États Généraux mêmes les [c.-à-d. les Dix-huit] redoutaient, dit Groen van Prinsterer. Désirant quitter Bruxelles, en février 1578 [après la bataille de Gembloux], « ils ont conclu d'en communicquer avec les dixhuict advoyez des Nations pour les induire à souffrir leur retraite ». Résolution des États Généraux du 2 février 1578, citée par Le même, /. c, p. 267.

(1) « Les dix-huict hommes ayants envahy le gouvernement de la ville de Gand sans aulcune installation d'authorité souveraine, pour mieulx couvrir leurs desseings, se sont voilez du nom des nobles, notables, et commune ». — François DE Halewyn, Mémoires sur les troubles de Gand, 1577-1579, éd. Kervyn de Volkaersbeke, p. 56. Bruxelles, 1865. — Dans les Mémoires anonymes sur les troubles des Pays-Bas, éd. Blaes, t. II, p. 123. Bruxelles, 1860, nous lisons : «Cependant les d/x-/zu/c/ hommes dudict Bruxelles députèrent aucuns de leur collège vers les dix-huict de Gand, pour entretenir l'union qu'ilz entendoient avoir entre les pays de Brabant et de Flandres, et assister l'ung l'aultre d'advisement, de conseil et de faictz en toute fidcUité, contre tous et chascun leurs, adversaires ».

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collègues de Gand : « Sur la proposition de vos délégués, nous avons déterminé Sigebert van Berlicum et Joseph T'Serroels à se rendre à Gand, à l'effet d'y apprendre tout ce que vous trouverez utile pour la conservation de nos villes et du pays, et de traiter a ce sujet de commun accord... Nous vous prions instamment d'avoir l'assurance que nous désirons vous donner satisfaction et vous rendre service (') ». De ces expressions, nous devons conclure que les négociations commencèrent avant le 9 novembre et qu'elles semblent avoir été entamées par des Gantois.

Il nous reste à chercher de plus près à quelle date, dans quelles circonstances et par quels gantois et à quels bruxellois a été faite la proposition de renouveler l'alliance de 1339.

C'est ici qu'il y a lieu de rappeler brièvement les événements qui se passèrent à Bruxelles et à Gand en octobre-novembre 1577.

Lors des dernières négociations entre les États Généraux et Don Juan, quelques membres de la noblesse catholique, ayant à leur tête le duc d'Arschot, trouvèrent opportun d'accueillir les propositions que Mathias, archiduc d'Autriche, avait faites, un an auparavant, à l'effet de devenir gouverneur des Pays-Bas (-). Ils se débarrassaient ainsi de Don Juan et empêchaient l'élévation du prince d'Orange.

Les partisans du Taciturne, afin de paralyser l'autorité du nouveau gouverneur général, résolurent de faire nommer Guillaume de Nassau Ruwaert ou gouverneur de Brabant. Ce projet hardi devait rencontrer des obstacles, car jamais le Brabant n'avait eu de gouverneur particulier : le gouverneur général y tenant sa résidence, il y exerçait personnellement les pouvoirs dont les gouverneurs particuliers étaient investis dans les autres provinces. Toutefois, les orangistes parvinrent à exécuter leur projet en s'appuyant sur l'opinion populaire. Grâce à la pression violente de la plèbe de Bruxelles, soutenue par celle de Louvain, d'Anvers et de Bois-le-Duc, les États de Brabant, au milieu du tumulte, choisirent le prince d'Orange comme gouverneur de leur province (^). Notons en passant que parmi les « patriotes » de Bruxelles qui menaient

(1) « Soo hebben wy volghende daengheven van uwe ghecommitteerde verwillicht ... van Berlicum ende J. Tserroels ... ten eynde dat zy hen zullen vinden by Uw. Eerw. : om te verstaen aile tghene dwelck ghylieden ziilt dienstelic vienden tôt conservatie von onse steden ... Biddende zeer ernstelic dat ghylieden u wilt hauden voor verzekert dat wy Ulied. begheren te believen ende dienstelic te zyne ■•>.

(2) Bulletin de la commission royale d'histoire, 1863, 2" série, t. V, p. 283.

(3) Correspondance de Guillaume le Taciturne, éd. Gachard, t. IV, p. lxvi.

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la populace, se trouvaient : « l'avocat Liesvelt, homme fort docte, l'avocat Corneille van der Straete,... Fr. de Massom, gentilhomme bourguignon, Joseph Sarouls, concierge du logis de Berghes, le sieur Henri de Bloeyere, le sieur Berlicum... » ('). Le 22 octobre 1577, les États Généraux, n'osant pas aller à rencontre de la volonté du peuple, consentirent «soubz le bon plaisir de leurs maîtres, de recepvoir Monseigneur le prince d'Orange pour gouverneur particulier de Brabant, par provision et jusques à ce qu'il y ait gouverneur général», mais en stipulant qu'il ne souffr''ait aucun attentat contre la paix publique et notamment contre la religion catholique.

Ce triomphe de la commune fut célébré, le même soir, par des feux de joie et des manifestations bruyantes. Le Taciturne partit de Bruxelles pour Anvers le 24 octobre. Le même jour s'ouvrit à Gand la session des États de Flandre (-), sous la présidence du duc d'Arschot. François de Halewyn, seigneur de Sweveghem, et Frédéric Perrenot, seigneur de Champagney étaient chargés d'assister le duc dans la présentation de sa « commission » au gouvernement de Flandre.

Après la réception solennelle du duc comme gouverneur en remplacement du comte de Rœulx, partisan de Don Juan, on agita la question du Ruwaert de Brabant. Bucho d'Aytta et François de Schouteeten, seigneur d'Erpe, exhibèrent, à la réunion du clergé et de la noblesse, la copie de la résolution prise par les États Généraux le 22 octobre. Le duc d'Arschot et d'autres membres des États Généraux récemment arrivés de Bruxelles, firent remarquer que la nomination du prince d'Orange en qualité de gouverneur particulier de Brabant avait été désapprouvée par la plupart des provinces, et même dans les États de Brabant par le comte d'Egmont, le marquis de Berghes, le baron de Heze et d'autres nobles. Là dessus, les prélats et les nobles déclarèrent unanimement que la reconnaissance du prince d'Orange comme Ruwaert serait contraire à l'union jurée ; que, le prince professant une autre religion, il ne convenait pas de le mettre à la tête d'une province qui avait promis d'observer inviolablement la religion romaine ; que, déjà amiral et gouverneur de Hollande, Zélande et Utrecht, il ne pourrait suffire à sa tâche, d'autant plus que ces derniers États

(1) Actes des États Généraux, éd. Qachard, t. I, p. 261, n° 828.

(2) Les États de Flandre se composaient, on le sait, du clergé, de la noblesse, et des quatre membres (Gand, Bruges, Ypres et le Franc de Bruges).

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se plaignaient de sa longue absence ; que, puisqu'il était question de recevoir l'archiduc, il était inutile de nommer le prince pour si peu de temps ; enfin, que, vu l'opposition de tant de provinces, cette nomination était de nature à causer de nouvelles divisions entre les États {').

Mais le prince d'Orange s'était attaché les Gantois, en leur faisant restituer, malgré une forte opposition au sein des États Généraux, les privilèges confisqués par Charles-Quint en 1540. Aussi, dès que le public eut connaissance de la résolution du clergé et de la noblesse, une vive irritation se déclara contre eux, mais surtout contre le duc d'Arschot. Les partisans du Taciturne en profitèrent pour fomenter l'agitation : ils se plaignirent, par l'organe de Charles de Gruutere, seigneur de Croovelde, de ce que les anciens privilèges, quoique rétablis ('-), n'étaient pas encore remis en vigueur. Alors Ryhove se rend à Anvers, propose au prince d'Orange de s'emparer du duc d'Arschot, des nobles, évêques, abbés et « de toute la couvée ». Le Taciturne hésite d'abord, demande à réfléchir, fait semblant de déconseiller l'entreprise, mais, sous main, il fait dire à Ryhove par Marnix «que, s'il avait le cœur de ce faire, qu'il exécuteroit sans plus de parolles ». Ryhove rentre à Gand. Le prince y envoie son secrétaire François de Sacquespée dit de Baudemont, le seigneur de Dolhain et quelques autres afîidés pour constater avec quel succès Ryhove jouerait son rôle (■^). Pendant la nuit du 28 au 29 octobre, les orangistes s'emparèrent de l'hôtel de ville et firent prisonniers le duc d'Arschot, Martin Rythovius, évêque d'Ypres, Rémi Drieux, évêque de Bruges, Maximilien Vilain, baron de Rassenghien, gouverneur de Lille, Douai et Orchies, Ferdinand de la Barre, seigneur de Mouscron, grand-bailli de Gand, Corneille de Scheppere, seigneur d'Eecke, François de Halewyn, seigneur de Sweveghem, Jacques Hessels, conseiller de Flandre, Jean de la Porte, avocat fiscal du Conseil de Flandre, Jean de Visschere, lieutenant du souverain bailli de Flandre, etc. Champagney ne fut pas arrêté, mais put sortir de la

(1) Fr. de Halewyn, Mémoires sur les troubles de Gand, 1577-1579, éd. Kervyn

DE VOLKAERSBEKE, p. 1-4.

(2) Par résolution des États-Généraux du 21-22 octobre 1577. — Actes des États Généraux, éd. Gachard, t. I, p. 273.

(3) Apologie de Françoys van der Kethulle, seigneur de Ryhove par luy-mesme composée, p. 322, dans les Documents inédits relatifs à l'histoire du XVf^ siècle, éd. Kervyn de Lettenhove. Bruxelles, 1883. — Groen van Prinsterer, o. c, t. VI, p. 217.

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ville, grâce à un passe-port délivré par Jean van Hembyze (^). Parmi les principaux auteurs de l'attentat on comptait François de la Kethulle, seigneur de Ryhove, Jean van Hembyze, Burchard van Hembyze, Gilles Borluut, Nicolas Uutenhove, Jean van PottelsbergHe (0-

Quelques jours avant le coup de main, on remarquait dans la ville des soldats qui avaient servi sous les ordres du Taciturne en Hollande et en Zélande. Le 29, Ryhove « pour tenir les ennemis en crainte », enrôla trois cents vagabonds et leur fournit des armes. Le lendemain, il arriva des troupes de l'île de Walcheren commandées par le gouverneur Hautain et envoyées par Guillaume d'Orange. C'était le régime de la terreur.

Le 29, le magistrat de Gand et les députés des trois autres membres de Flandre s'adressèrent à ceux qui avaient opéré les arrestations pour leur exprimer leur stupéfaction et connaître les motifs qui les avaient fait agir. La réponse portait « qu'ils avaient agi pour le bien de la patrie, mais qu'il leur fallait deux jours pour rédiger un mémoire justificatif ». Le 1"' novembre, les échevins communiquèrent aux nobles et notables une lettre, en date du 31 octobre, des membres de Bruges, du Franc de Bruges et d'Ypres, réunis à Bruges, réclamant des explications de la part des révolutionnaires. Ces derniers répondirent par écrit « qu'on travaillait à la rédaction de la justification » et présentèrent en même temps, avec prière de les agréer, dix-huit personnes qui seraient chargées, conjointement avec le magistrat, de surveiller les fortifications et la milice bourgeoise et de veiller à la sécurité de la ville, sur le pied de ce qui se faisait à Anvers et à Bruxelles. Les échevins, pris de peur, n'osèrent pas refuser et le même jour ils agréèrent le comité des Dix-huit {•).

(4) « Car il (Champagney) estoit spécialement réservé par le billet du prince d'Orenges à ce que l'on ne l'eusse attroussé avecq les aultres, parce que ledict prince avoit espoir de le gaigner par mercèdes ou estatz ...» Franc, de Halewyn, 0. c, p. 21.

(1) Ibidem, p. 34.

(2) Voici, d'après les Keure-resolutien 1576 ad 1584, la composition du comité des Dix-huit au T"" novembre. Nous mettons en regard la liste donnée par le P. DE JONGHE (Gendsche geschiedenissen, t. I, p. 314), qui diffère de la première, sans doute parce qu'elle se rapporte à une date un peu postérieure.

A. Joncheer Jan van Hembyze B. jo"" Jan van Hembyze, fil. Willems

Y Joos van Brade (ce nom est biffé) Jo'' Charles de Gruutere, heere van Loo-

velde J"" Jacques Uutenhove M'her Gillis Borluut

j"" Charles de Gruutere, heere van Jo"" Jacques Uutenhove

Croovelde

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Le seigneur de la Haye, le seigneur de la Croix et le docteur Sille, dépêchés par les États Généraux le 30 octobre, eurent une première entrevue avec le magistrat de Gand, le 31, et, le lendemain, lui remirent un écrit exposant les doléances et les desiderata des États. Le 2 novembre, les échevins leur délivrèrent une déclaration par laquelle ils protestent de leur entière innocence. Le l'-'' novembre, Ryhove, au nom des députés des nobles, notables et commune, pria les échevins de faire publier en deux ou trois endroits, le texte français et la traduction flamande de la copie d'une lettre de Jacques Hessels (compromettante si elle n'avait pas été fausse) au comte de Rœulx, datée du 16 octobre (')• Le magi-

M®'' Gillis Borluut Jo"^ Bussaert van Hembyze, fil. Jans

Bussaert van Hembyze Jo"" Jan van Pottelsberghe

y Jan van Pottelsberghe Jo'' Nicolaes Uutenhove

]•■ Nicolas Uutenhove Jo"" Jacques d'Hetswert

J'' Jacques Yetzweert M'' Victor Note

Willem van Pollare M"" Lieven van de Vivere

Lieven Tayaert, Steendam W Lowys Heuriblocq

Guiilame de Knuudt, Zonnestrate Lieven Taeyaert

Pieter van Eecloo, Cammestrate Antone Heyman

Pieter van der Cruucen Jan Schouteete

Lieven de Pickere, Hautbriel Lieven Heyli'nck

Lieven Hallinck Jan van Riable

Lieven van der Vinct Pieter Cleutryn

Jan Schauteete, filius Pieters Lieven Mannens

Cornelis Stutinck W Lieven Sanders, secretaris

(1) J. Hessils, ancien membre du conseil des Troubles sous le duc d'Albe, était conseiller de Flandre. On trouve sa prétendue lettre dans François de Halewvn, o. c, p. 29 et dans les Relations politiques des Pays-Bas et de l'Angleterre, t. X, p. 75, éd. Kervyn de Lettenhove. Bru.xelles, 1891. Nous en donnons le texte d'après les Relations, parce qu'il est inséré dans une lettre du 4 novembre 1577 adressée par L. S. (probablement Liévin Sanders, secrétaire des Dix-huit de Gandj à Augustin de Beaulieu (marchand di Valencienes, orangiste, qui se trouvait alors à Londres).

« Très-chier amy. Pour ce que je vous congnois amateur de la patrie, vous envoyé ceste-copie(*), laquelle a esté envoyée de Bruxelles au Magistrat de Gand pour la faire publier à la bretecque de la ville, pour donner contentement au commun murmurant sur yceulx qui ont faict l'exploict sur les seigneurs mentionnés en ceste copie, dont ne doubte vous en aurez ouy parler avant la recepte de ceste. Considérez en quelle perplexité ont esté tous ceulx de Flandres et ne l'ont poinct sceu. Dieu donne que en puissions bien en wyder , et à tant soyés à Dieu ». Votre ser\iteur et amy, L. S.

(*) Mon.seigneur, Vous playra advertir à Mons'' de Hierges que la négociation des amys qui tiennent la main aux intelligences de Flandres, ont desjà réduict plusieurs notables du Magistrat à la dévotion de Son Altèze, avecq telle vigilance et bonne menée que nous espérons que (par, version de Halewyn) la réception du

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strat objecta : « où est l'original, ou du moins la copie authentique? Il ne conste pas que la missive émane de Hessels ; elle peut être l'œuvre d'un faussaire ('), ennemi du captif. Au préalable, Hessels doit être entendu. La publication de cette lettre, dont plusieurs copies sont déjà distribuées, jetterait le soupçon sur ce collège, qui cependant n'en connaissait pas l'existence ». Le docteur Sille et ses collègues intervinrent aussi et conseillèrent de ne pas faire la publication. Ryhove répliqua : « Je ferai de mon mieux pour engager la foule, qui entoure la maison scabinale, à se retirer, et on ne distribuera plus d'autres copies ». Il sortit, et, rentré presqu'aussitôt, il reprit : « Malgré tous mes efforts, la commune insiste. II sera prudent de publier la lettre. Au surplus, le peuple ne vous fera aucun mal ». Les échevins, effrayés par la présence d'une foule houleuse, cédèrent et permirent que la publication se fît, non pas au nom du magistrat, mais conformément à la demande

Duc d'Arschot au gouvernement, lors se pourra dresser des moyens tout nouveaux par la faveur dudyt Magistrat, pour restablir l'Intention du Roy conforme au Project de Son Altèze et venger frenger, version de Halewyn) ce pernicieux héréticque avecq toute sa suite et adhérens. Pour à quoy mieulx parvenir seroit nécessaire de envoyer, de la part de Sa dite Altèze, ung homme instruict de parolle de crédence pour faire entendre la bonne volunté de Sa dite Majesté aux favorables de ceste cause, singulièrement à Mons''d'Oignies,Mons'' de Moucqueron, Zveevegen et au Président du Conseil, et à tous les aultres que sçavez, qui sont tous de bonne dévotion de acconduyre le dit Ducq d'Arschot à faire tout ce que l'on le persuadera, estant de humeur que cognoissez. Par quoy conviendra ne rien espargner aux promesses requises : ce que je m'asseure Sa dite Altèze sçaura bien faire sans mon conseil Me confiant à la prudence de Votre Seigneurie pour satisfaire au surplus, finirai ceste, priant Dieu, Monseigneur, que vous doint heureuse, prospère et longue vie. De Gand, ce XVI d'octobre 1577.

Votre affectionné en service.

Signé : J. de Hessele.

(1) « Est leue lettre des députez des Estats envoyez à Gand escripte hier au soir contenant que le peuple à Gand a faict publier la copie de la lettre du cons. Hessels, sans monstrer l'originele, ou que Hessels l'auroit recogneu, dont le peuple seroit plus allumé ■». — Résol. mss des États Généraux, 2 nov. 1577, citée par Groen van Prinsterer, o. c, t. VI, p. 220.

La fausseté de cette lettre ne saurait être révoquée en doute. Elle est signée J. de Hessele ; or le conseiller signait toujours sans la particule de. D'ailleurs à cette époque, le comte de Rœulx était en inimitié avec Hessels. Marnix luimême ne croyait pas à l'authenticité du document. Le 2 novembre il écrit r.u Taciturne : ' Si on pouvoit justifier le faict de Gand, ce seroit un grand poinct, car j'entends que ce que V. Exe. a veu n'est pas authentique». Groen v/n Prinsterer, o. c, p. 219.

En lisant dans la Biographie nationale la notice sur Hessels (Jacob) p:,r Alf. Journez, on s'étonne que l'auteur, qu: mentionne la lettre en question, ne dise pas un mot de son caractère apocryphe.

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des députés des nobles, notables et commune. Roland van Hembyze, secrétaire de la ville, donna lecture de la lettre, d'abord à la bretèque, ensuite du haut d'une fenêtre donnant sur la maison Saint-Georges, en présence du sous-bailli, de Jacques Féron et Liévin Dierick, échevins de la Keure, de Jacques Heuriblock et Charles van Tessele, échevins des Parchons (').

Le 3 novembre (-'), les auteurs du coup de main, en présence du magistrat, transmirent aux députés des États Généraux un sommier et préparatif recueil, selon la brièveté du temps, de quelques points de justification des nobles, notables et commune de Gand, ayant fait le saisissement du duc d'Arschot et autres seigneurs et personnages en leur ville, lesquels ils amplifieront et vérifieront plus amplement en temps et heure.

Après y avoir exposé plusieurs grieîs contre les personnages, ils ajoutent :

« Et depuis ledict saisissement du ducq, des seigneurs et aultres personnages, on a découvert une copie des lettres du conseiller Hessele, escriptes au gouverneur de Namur, Monsieur du Reulx, de laquelle l'on ne doubte que Messeigneurs [des Estats] ne soient plainement informez, par oîi se descouvrent aussy les mauvais offices faictz et pretz à avoir exécution » {;'•).

Au lieu d'amplifier leur justification, les révolutionnaires, six jours plus tard, en firent imprimer et distribuer un résumé {*). Dans ce résumé, est omis, d'une part, l'article relatif à la lettre de J. Hessels (^), et, d'autre part, ajouté un article accusant de Champagney d'avoir, dans la réunion des États de Flandre

(1) Tous ces détails relatifs aux événements de Gand sont tirés des archives de la ville de Gand, Keure resolutien 1576 ad 1584, fol. 144-152.

(2) M. BussEMAKER, 0. C, t. I, p. 213 dit, que dès le F"" novembre les Dix-huit présentèrent au magistrat leur justification, et la firent imprimer le 8. L'auteur se trompe de date et confond les deux justifications. Cependant la date et la distinction des deux justifications ont leur importance.

(3) Gachard, Actes des États Généraux, t. I, p. 280; Rapport sur les différentes séries de documents concernant l'fiistoire de Belgique qui sont conservés dans les archives de l'ancienne chambre des comptes de Flandre à Lille, p. 239. Bruxelles, 1841, énumère les principaux griefs, mais omet la mention de la lettre de Hessels. — Le texte entier se trouve dans François de Halewyn, o. c, p. 58-65, mais est défectueux (par ex. on lit : fouiller les chartes au lieu de : touiller les cartes) et porte erronément la date du 3 décembre au lieu du 3 novembre.

(4) La justification du 3 novembre comprend treize articles, plus un préambule et une conclusion ; celle du 9 n'en contient que neuf.

(5) Nouvelle preuve de la fausseté de la prétendue lettre de Hessels.

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« dicté une protestation contre le gouvernement de Brabant auquel avoit esté esleu le prince d'Orange (') ».

En considérant attentivement les faits qui venaient de se passer à Bruxelles et à Gand, il ne nous semble pas téméraire de conjecturer qu'immédiatement après les arrestations faites pendant la nuit du 28 octobre, les démagogues gantois auront envoyé quelquesuns des leurs au comité des Dix-huit de Bruxelles, voire même vers le prince d'Orange (-) à Anvers, aux fins de rendre compte de leurs exploits, de discuter les moyens de profiter de la situation et surtout de trouver des prétextes pour se justifier. — Pourquoi, en effet, le 29 octobre, avaient-ils besoin de demander au magistrat deux jours pour rédiger leur justification? Pourquoi n'en remirentils un « sommaire provisoire » aux députés des États Généraux que le 3 novembre? — Ne serait-ce pas alors qu'aura été fabriquée par Masson, le bourguignon, et par Théron, le gascon, la fameuse lettre apocryphe de Jacques Hessels ? — En tous cas, il est certain que Théron communiqua alors une copie de la lettre aux États Généraux et en mit d'autres copies en circulation (^). Ne serait-ce pas en ce moment qu'il aura été décidé de créer à Gand un comité des Dix-huit à l'instar de celui de Bruxelles et d'Anvers ? Dans ces entrevues, en discutant quelle suite il convenait de donner à l'acte révolutionnaire, les Gantois, enivrés de leur succès, auront fait les premières ouvertures relatives à une alliance particulière, renouvelant celle provoquée par leur héros Jacques van Artevelde,

(1) « Redenen ende ciirt verclaers waeromme het saisissement ende arrest van diversche heeren binnen Ghendt gheschiet is, den XXVIIP^'" octobris MDLXXVII. Te Ghendt by de weduwe van Pieter de Clerck. In fine : Es aldus uutghesonden by laste van Edele, notable ende ghemeente der Stede van Ghendt, desen IX^" novembris XV'^ LXXVII. By ordonantie van myne voornoemde heeren. L. Sanders ». — Voir le texte français dans Fr. de Halewyn, o. c, p. 45.

(2) On sait qu'après l'arrestation des membres du Conseil d'État, opérée le 4 septembre 1576 par de Hèze, de Bloyere et ses adhérents, sur les instigations du Taciturne, celui-ci se concerta avec de Bloyere et Théron « pour heureusement encheminer ce qui est commencé ». Correspondance de Guillaume le Taciturne, éd. Gachard, t. III, p. 110-112.

(3) Archives de la ville d'Ypres, portefeuille 34, liasse 2. Lettre du député Marc de Wilde au magistrat d'Ypres, 5 nov. 1577. — Le F"" novembre, les membres de Flandre, réunis à Bruges, furent avisés, par leurs députés à Bruxelles, de l'existence de la lettre de Hessels. Ibidem, portef. 34. — <• Mais le poeuple de Gand sur ledict commenchement encore assez entier ne trouvant bonnes toutes ces façons de faire et en commenchant à parler et murmurer ouvertement, vint fort à propos une ruse pourpensée par ledict Prince d'Orenges et exécutée par un bourguignon nommé Masson compositeur d'une faulse lettre et par un garson [gascon] nommé Jean Terron, bien renommé faulseur». Fk. de Halewyn, o. c, p. 27.

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et dans laquelle on enrôlerait les villes du Brabant et de la Flandre. Ils auront agi peut-être, comme le pense d'ailleurs M. Fredericq, à l'instigation du Taciturne, qui ne devait pas ignorer la publication du traité de 1339 faite à Delft en 1576. Ils auront invité leurs amis de Bruxelles à venir à Gand pour délibérer ensemble. Satisfait de la conduite des Gantois, qui venaient de se prononcer si énergiquement en faveur du Ruwaert de Brabant, le comité des Dix-huit de Bruxelles n'hésita pas d'accepter l'invitation. De là la lettre du 9 novembre annonçant la mission de van Berlicum et T'Serroels.

A quels moyens les promoteurs de la ligue eurent-ils recours pour la former, et avec quel succès ?

Comme c'était fort naturel, les Gantois, auteurs de la proposition d'alliance, furent les premiers à s'engager vis-à-vis de la ville de Bruxelles. Cela se fit le 17 janvier 1578.

Tâchons d'abord d'expliquer comment les négociations, ouvertes à la fin d'octobre 1577, n'aboutirent qu'après trois mois à l'acte solennel signé à Gand.

M. Fredericq, en faisant remarquer que la lettre des Bruxellois du 9 novembre « ne fut reçue à Gand par le magistrat que le 12 décembre », dit en note : « Il était d'usage, au xvi^ siècle, de noter sur chaque lettre ou document reçu par un corps constitué la date du jour où la pièce était parvenue à son adresse. Cet usage s'explique par la lenteur des communications ; ainsi certaines lettres de Philippe II, écrites de Madrid, n'arrivèrent que plus d'un mois après dans les Pays-Bas ».

Dans le cas présent, on ne peut pas attribuer le retard à la lenteur des communications. Du 9 novembre au 12 décembre, il y a plus d'un mois. Il ne fallait évidemment pas un mois pour franchir la distance de Bruxelles à Gand, surtout qu'à cette époque (avant la bataille de Gembloux), les chemins n'offraient pas de sérieux dangers. Nous avons constaté tantôt que le docteur Sille et ses compagnons, dépêchés par les États Généraux le 30 octobre, se présentèrent déjà le lendemain en séance des échevins de Gand.

Si la date du 9 novembre n'est pas le résultat d'un lapsus calami (au lieu du 9 décembre), c'est donc ailleurs qu'il faut chercher l'explication du retard. Il est peu probable qu'il soit dû à un oubli. Nous croyons que les affaires importantes traitées en novembre et

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décembre, et auxquelles les Dix-huit bruxellois s'intéressaient si vivement ('), retardèrent l'envoi de la missive de ceux-ci aux Dixhuit gantois. Toujours est-il qu'après la rédaction définitive des conditions à imposer au nouveau gouverneur général, Mathias ; après la publication du décret de déchéance de Don Juan et du décret de confiscation des biens de ses adhérents ; après la promulgation de la Nouvelle Union de Bruxelles, malgré les énergiques protesta*tions de ceux de Flandre, de Hainaut et d'Artois (10 décembre), la lettre des prétendus députés des trois membres de Bruxelles, datée du 9 novembre, fut apportée à Gand, le 12 décembre par Berlicum et T'Serroels, et remise au comité des Dix-huit.

Le même jour, ceux-ci, accompagnés des deux bruxellois, se présentèrent à la réunion des quatre membres de Flandre, et, par l'organe de Jean van Hembyze, firent savoir à l'assemblée que les députés des trois membres de la ville de Bruxelles leur avaient rappelé un traité d'alliance, conclu au temps de Louis de Maie avec le pays de Brabant, et désiraient le renouveler à raison des attaques de l'ennemi et de la négligence du gouvernement. Hembyze ajouta que les Dix-huit trouvaient cette alliance opportune. Après délibération, le collège de Gand et les députés des trois autres membres prièrent les comparants de consigner leur demande par écrit, et promirent d'en informer les collèges de Bruges, d'Ypres et du Franc de Bruges, tout en déclarant qu'à leur avis, les collèges ne délibéreraient pas sur la question, à moins qu'ils n'y fussent invités par les États du Brabant, d'autant plus que la missive des Bruxellois ne concernait point les quatre membres, mais le comité des Dix-huit. Hembyze répondit qu'ils formuleraient leur demande par écrit et feraient tenir aux quatre membres des lettres des États de Brabant (2).

Pour comprendre cette attitude des Gantois, il suffit de considérer que le comité des Dix-huit n'était pas en bons termes avec les quatre membres de Flandre, qui, depuis le 29 octobre, réclamaient sans cesse, mais en vain, l'élargissement des évêques et des nobles retenus en prison. Il espérait sans doute que la proposition d'alliance, si elle était faite par les membres de la ville de Bruxelles, serait plus favorablement accueillie que si elle émanait de lui-même.

Notons, en passant, que déjà avant le 12 décembre les déma-

(1) Voir plus haut, p. 212, note 3.

(2) Archives de la ville d'Ypres, portef. 34, liasse 2. Lettre de Marc de Wilde, échevin, et Jacques d'Hondt, pensionnaire d'Ypres. Gand, 12 décembre 1577.

gogues préparaient le terrain en vue de l'alliance projetée. A la date du 26 novembre, Marc de Wilde, député d'Ypres auprès des quatre membres de Flandre, écrit à ses commettants :

« On dit ici à Bruges que les Dix-huit de Qand entretiennent des relations suivies avec les comités des Dix-huit de Bruxelles et d'Anvers, et qu'ils ont écrit i\ plusieurs communes, entre autres à Ruddervoorde et à Courtrai (même à Bruges et à Ypres ; ce que je ne crois pas), aux fins de les engager à tenir bonne correspondance avec eux. Que Dieu vous donne la prudence nécessaire pour éviter tout danger ! » (')■

Les Gantois allérent-ils trouver leurs amis de Bruxelles, comme ils y étaient invités par la lettre du 9 novembre, ou bien se contentèrent-ils de correspondre par l'intermédiaire de Victor Note, leur agent dans la capitale ? Nous ne le savons pas. Une chose est certaine, c'est que les Dix-huit de Gand, entre le 12 décembre et le 8 janvier, offrirent aux Bruxellois de renouveler, de leur part, le traité d'alliance de 1339. Les soi-disant députés des trois membres de Bruxelles acceptèrent définitivement. Voici en quelles circonstances :

Le Taciturne, pressé par les États Généraux, les quatre membres de Flandre et les châtellenies de Lille, Douai et Orchies, se rendit enfin (') à Gand « pour essayer d'assopir le malentendu qui y estoit advenu et procurer toute bonne union et concorde». Lt malentendu, c'était l'arrestation, faite le 28 octobre, du duc d'Arschot, des évêques et d'autres seigneurs. Le 10 novembre, le duc avait été libéré, mais les autres personnages continuaient d'être détenus, même plus strictement qu'au début. L'intervention de Guillaume d'Orange était sollicitée pour obtenir également leur mise en liberté. Cette intervention fut bien faible et le résultat absolument nul('^); au contraire, de nouvelles arrestations eurent lieu sous les yeux du prince. Celui-ci séjourna à Gand du 29 décembre au 15 janvier 1578, étranger, mais en apparence seulement, aux mouvements que ses amis excitaient à Bruxelles.

Dans l'intervalle, le conseil d'État de Mathias, élu par les États

(1) Ibidem. Lettre de Marc de Wilde. Bruges, 26 novembre 1577.

(2) Il prétextait tour à tour le peu de crédit dont il jouissait en Flandre, la crainte de froisser le duc d'Arschot, gouverneur de Flandre, le renouvellement du magistrat d'Anvers, auquel il devait assister.

(3) Pendant son séjour à Gand, le Taciturne promet d'abord d'intercéder en faveur des captifs, de concert avec le seigneur de Froidmont et l'archidiacre Bucho d'Aytta : ensuite, il exige qu'au préalable on envoie des commissaires à Douai pour s'informer au sujet de certains propos calomnieux pour lui, tenus par le

LE TRAITÉ d'alliance ENTRE LA FLANDRE ET LE BRABANT. 225

Généraux le 21 décembre, fut remanié le 29, entièrement selon les désirs du Taciturne (0- Le U' janvier, les députés des Nations (c'est-à-dire les Dix-huit) exprimèrent nettement aux États Généraux la volonté que le prince d'Orange fût maintenu (-) dans la charge de gouverneur de Brabant et, de plus, qu'il fût désigné comme lieutenant de l'archiduc. Le 5, Guillaume écrivit aux Dixhuit de Bruxelles :

« J'ai appris que vous avez proposé aux États deux ciioses me concernant, à savoir, le gouvernement de Brabant et la lieutenance générale de l'arcliiduc. je vous remercie de ce témoignage de confiance. Toutefois, les charges du gouvernement de Hollande et de Zélande sont si lourdes qu'cà grand'peine je les puis porter. N'insistez pas, et conformez-vous à la décision des États, afin que je ne sois pas une occasion de discorde, d'autant plus que parmi les membres des États les avis sont partagés » (^).

Mais les Dix-huit maintinrent leurs prétentions en ce qui concerne le gouvernement de Brabant ; quant à la lieutenance générale, ils prièrent les États d'intercéder auprès de Mathias pour qu'il y consentît. Le 8 janvier, les États Généraux durent céder : il fut résolu par pluralité des voix « que Monsieur le prince d'Orange sera continué au particulier gouvernement de Brabant jusqu'à la convocation des Estatz généraulx, et ce aux mêmes conditions de l'acte du 22 octobre dernier, touchant les promesses de Son Excellence y contenues (^) et que les Estatz généraulx requéreront Son Alteze de vouloir choisir le dict prince d'Orange pour son lieutenant général » (" ).

magistrat de cette ville ; il prétend que les Dix-huit ne veulent pas s'occuper des prisonniers avant le renouvellement de la loi ; enfin, en quittant Gand il veut bien demander qu'on permette aux détenus de loger en ville chez des amis. « Ainssy, dit DE Halewyn, o. c, p. 77, l'espoir donné de les faire relaxer se change en celluy d'estre détenuz plus commodieusement ; mais ny l'un ny l'aultre s'effectua ».

(1) Voir PiRENNE, Histoire de Belgique, t. IV, p. 111.

(2) Le 22 octobre, les États Généraux n'avaient conféré le gouvernement de Brabant au Taciturne que par forme de provision, et seulement jusqu'à ce qu'il y eiit un gouverneur général.

(3) Groen van Prinsterer, o. c, t. VI, p. 278.

(4) Voir plus haut, p. 215.

(5) Correspondance de Guillaume Taciturne, éd. Gachard, t. IV, p. lxxxvu à xcv. On connaît les relations intimes entre le prince d'Orange et le comité des Dix-huit bruxellois. Le 13 octobre 1577, le Taciturne reçut à sa table les Dix-huit commissaires des nations de Bruxelles. Ceux-ci, en prenant congé de leur hôte, le supplièrent, les mains jointes, de ne pas les abandonner (Guillaume avait annoncé qu'il partirait pour Bréda le 14; mais il ne partit pas), car en lui, plus qu'en nul autre au monde, ils plaçaient leur confiance ; et ils mirent à son service

226 A. C. DE SCHREVEL.

Après cette victoire de la commune de Bruxelles, le comité des Dix-huit dépêcha à Gand de Bloyere, van Berlicum et T'Serroels, ses commissaires, munis d'instructions (9 ou 10 janvier).

Ces instructions disaient aux commissaires :

« Après avoir présenté au prince d'Orange, da la part de ce collège et des bons bourgeois de la ville, les protestations d'inaltérable dévouement et les sentiments da vive reconnaissance pour sa paternelle sollicitude, vous lui communiquerez, en même temps que la lettre du collège à son adresse, la résolution prise par les États-Généraux (celle du 8 janvier), à la requête des neuf nations, concernant le gouvernement particulier de Brabant : vous le prierez d'accepter cette charge sans faire de difficultés, et d'entrer immédiatement en fonctions. A cette fin, vous lui demanderez de vouloir accompagner l'archiduc lors de son entrée à Bruxelles, où il pourra être investi de ce gouvernement particulier et prêter son concours au nouveau conseil d'Etat.

» La présence du prince à Bruxelles étant nécessaire aux débuts du gouverneur général et du conseil d'Etat récemment établi, vous inviterez les députés gantois à travailler dans ce sens auprès de Son Excellence afin qu'elle rentre dans cette ville aussitôt que les affaires de Qand le permettront.

» Vous remercierez en particulier les députés gantois de l'amicale alliance, sur le modèle du traité de 1339, qu'ils ont proposée à nous et aux États de Brabant, et vous leur déclarerez que notre collège (pour autant qu'il est en lui) y consent, voulant ainsi renforcer l'union das États et assurer le bien du pays, et qu'à cet effet il leur envoie ses commissaires chargés de négocier l'affaire de commun accord, spécialement le point relatif à la faculté pour les autres villes et membres de Flandre d'entrer dans la ligue ; vous ajouterez qu'il nous semble désirable que les trois membres de la ville de Gand prennent part à la délibération.

» Toutefois, vous ne ferez rien en cette matière sans l'avis préalable du prince d'Orange, afin que les affaires soient menées avec entente; vous ne concluerez rien de quelque importance, sans le consentement de ce collège, que vous avertirez, chaque fois, de ce que vous aurez négocié.

» Vous prierez Son Excellence, les députés et les autres bons patriotes de Gand de veiller à ce que la levée des deniers des États soit avancée le plus possible ; vous leur demanderez de nous fournir du grain, de nous aider à en obtenir des Douaisiens, et de nous envoyer des munitions et de la poudre pour nos nouveaux blockhaus.

» Si vous retournez par Anvers, vous congratulerez de notre part l'archiduc et le prierez de nommer le prince d'Orange son lieutenant général.

» Si vous passez par Termonde vous présenterez aux bons bourgeois nos remerciments et nos offres de service, ainsi qu'aux députés des autres villes et membres de Flandre que vous rencontrerez à Gand.

leurs âmes, leurs vies, leurs biens ; déclarant être prêts à verser pour lui jusqu'à la dernière goutte de leur sang. Le prince répliqua par un discours qui ne dura pas moins d'une demi-heure et qu'il termina en promettant aux boetmeesters bruxellois d'être avec eux jusqu'à la mort. — On ne s'étonnera donc pas, si ce furent les nations qui se mirent en mouvement pour faire maintenir le Taciturne dans le gouvernement particulier de Brabant et le faire nommer lieutenant-général de Mathias. Ibidem, t. IV, p lx et Lxxxvi.

LE TRAITÉ d'alliance ENTRE LA FLANDRE ET LE BRADANT. 227

' Tant à Gand qu'à Termonde, vous prendrez des informations au sujet de Champagney (') et d'autres suspects.

' Enfin, vous prierez les députés de Gand de permettre que Victor Nothe, leur délégué, reste travailler à Bruxelles ; vous leur direz qu'il fait ici de bonne besogne et que nous sommes journellement en rapport avec lui ».

La pièce est signée :

<'■ Par ordonnance des députés des trois membres de la ville de Bruxelles, Goesinnius » ('-).

Que se passa-t-il dans les entrevues d'Henri de Bloyere, Berlicum et T'Serroels avec le prince d'Orange et le comité des Dix-huit de Gand? Si aucun document ne nous le révèle, les instructions données aux commissaires et les événements qui suivirent bientôt nous le révèlent.

Mathias avait fixé son entrée à Bruxelles au 14 janvier, et en avait informé le Taciturne en lui exprimant le désir de l'avoir en sa compagnie. Mais les orangistes gantois voulaient à tout prix que le prince, avant de les quitter, renouvelât leur magistrat. Guillaume, pour leur complaire et, sans doute aussi, pour rendre possible la participation du premier membre de la ville au renouvellement de l'alliance de 1339, écrivit à l'archiduc et aux États Généraux qu'il ne pourrait se trouver à Bruxelles que le 18. Il informa le comité des Dix-huit de Bruxelles de la prochaine entrée de Mathias, en les chargeant de tout préparer pour sa réception ('^). Force fut à l'archiduc de se conformer aux convenances du prince d'Orange. *

Le 14 janvier, le magistrat fut renouvelé. Il se composait des plus ardents partisans du prince d'Orange (*)• Aussi, désormais, le

(1) Le seigneur de Champagney, dans une lettre adressée d'Alost, le 3 novembre, au prince d'Orange, avait protesté contre l'attentat commis à Gand dans la nuit du 28 Octobre : « Les auteurs de la commotion, lui écrit-il, en debvroient respondre, s'ils sont cognus ; aultrement créiés, [croyez], Monseigneur, qu'à la fin nulle qualité, estât ni condition ne serat asseuré, s'il ne faut sinon crier au lévrier, pour faire courir sus à qui on voudrat ». — Groen van Prinsterer, o. c, l. c, p. 224.

(2) Archives générales du royaume. Pièces du xvi'' siècle, n" 183. Papiers de Henri de Bloyere, bourgmestre de Bruxelles, fol. 695.

(3) Henné et Wauters, Histoire de Bruxelles, t. I, p. 473.

(4) Voici sa composition. 11 ne sera pas sans intérêt de comparer les listes des Dix-huit {plus haut, p. 217) avec celle du magistrat du 14 janvier.

Èchevins de la Keure Èchevins des Parchons (van Ghedeele)

Jean van Hembyze Gilles Borluut

Victor Note Liévin Taeyaert

A. C. DE SCHREVEL.

comité des Dix-huit bruxellois adressera-t-il ses lettres, non plus aux députés des nobles, notables et commune (c'est-à-dire aux Dix-huit) de Gand, mais aux échevins, deux doyens, nobles et notables de la ville de Gand.

Le 15 janvier, quand tout était prêt, le Taciturne partit par Termonde pour aller rejoindre Mathias. Ils se rencontrèrent le 18 et se rendirent le même jour à Bruxelles.

Dès le lendemain, 16, le nouveau magistrat fit savoir aux États Généraux qu'il était disposé à recevoir l'archiduc Mathias comme gouverneur général, mais sous la condition sine qua non qu'en même temps le prince d'Orange fût nommé son lieutenant général (')•

Le 17 janvier, deux jours après le départ du prince d'Orange, les Gantois (-), par acte solennel, prennent l'engagement de prêter aide et assistance à la ville de Bruxelles et à ses alliés, de corps et de biens, conformément au traité conclu en 1339 entre le Brabant et la Flandre. L'acte débute ainsi : « Nous, échevins, conseil, nobles, notables et commune de Gand ... ». Selon le vœu des Dix-huit ùe Bruxelles, les trois membres de la ville de Gand faisaient partie des contractants. Dans le même acte, il est dit que les commissaires bruxellois s'engagent à obtenir un acte identique des villes de Bruxelles, Louvain, Anvers et Bois-le-Duc (^).

Si de Bloyere, Berlicum et T'Serroels avaient été réellement les commissaires des députés des trois membres de Bruxelles, n'auraient-ils pas obtenu immédiatement l'acte réciproque, au moins de leur ville, qu'ils disaient consentir aux propositions des démagogues

Antoine Blomme Jacques Uutenhove Louis Heuriblock Josse Codde Adolplîe de Gruutere Pierre Cieutryn Liévin Mannens Miciiel Dolens Jean van den Bundere Jean Scliauteete Pierre Heylincl<

Premier Doyen

(Heuver-Delten)

Jean van der Cruusen

Doyen des tisserands

Liévin Heylinck

Liévin d'Hooghe Jean van Pottelsberghe Guillaume Sanders Pierre van der Straeten Josse Sanders Jean van Oorteghein Baudouin Mattheeus Guillaume van Pollaere Matthieu van Deynze Jean de Scheppere Jacques Stalens

(1) Archives de la ville de Gand, Ontvangen brieven. La place de ce document serait dans les Geschreven brieven.

(2) Désormais les termes « les Gantois » comprennent les trois membres de la ville de Gand.

(3) Précisément les villes dont la populace avait forcé la main aux États de Brabant et aux États Généraux. Voir plus haut, p. 214.

LE TRAITÉ d'alliance ENTRE LA FLANDRE ET LE BRABANT. 229

gantois ? En réalité, les deux premiers membres, à savoir le magistrat et le large conseil n'eurent connaissance de la démarche faite à Gand par les Dix-huit, que pendant le mois de mars 1578 ('). Rien d'étonnant donc si, malgré les instances des Gantois, la ratification de la ville de Bruxelles, promise par les commissaires, n'arriva pas de si tôt.

La clause recommandée dans les Instructions, ne fut pas oubliée : « Bien entendu que de cette alliance ne seront pas exclues les autres villes qui voudraient y adhérer, mais que celles-ci y seront admises en tout temps, lorsqu'elles le désireront ». Cette clause finale, observe M. Fredericq, indique que les calvinistes gantois songeaient à constituer une ligue ouverte à tous les Pays-Bas». Les Gantois, à notre avis, avaient des vues ultérieures. Au lieu de recevoir dans la ligue les villes qui en feraient la demande, ils voulaient presser les autres villes de se confédérer avec eux et même les y obliger par la violence. Nous le verrons plus loin.

Sans attendre que la ville de Bruxelles eût ratifié l'acte du 17 janvier, les Gantois se mirent immédiatement à l'œuvre et s'efforcèrent d'enrôler dans leur ligue les villes non seulement de la Flandre, mais encore de l'Artois et du Tournaisis.

Ils s'adressèrent d'abord à la ville de Termonde, sur laquelle ils pouvaient compter, parce que Ryhove en était grand bailli. Le magistrat de cette ville rédigea un acte, en date du 28 janvier, par lequel il déclare adhérer à l'alliance particulière conclue par ceux de Gand avec le Brabant, la Hollande, la Zélande et d'autres villes importantes. Il n'y est pas fait mention du traité de 1339.

Avant la fin du mois de janvier 1578, était arrivée à Bruges une lettre des nobles, notables et commune de Gand, c'est-à-dire des Dix-huit, signée "• « Sanders » (-'). Adressée aux nobles, notables et commune de Bruges, elle avait été remise, ouverte, à un bourgeois, qui la transmit au bourgmestre de la commune, Henri Anchemant. Voici, d'après le registre aux résolutions du magistrat, l'accueil fait à la proposition des Dix-huit de Gand. Il était loin d'être enthousiaste.

Dans la séance du jeudi, 30 janvier, les échevins prirent con-

(1) Voir plus loin, p. 242.

(2) Liévin Sanders, secrétaire du comité des Dix-huit.

230 A. C. DE SCHREVEL.

naissance de la missive, en toute hâte, parce que le collège ne voulait pas faire attendre les chefs-hommes et les doyens des métiers, qu'il devait recevoir en audience. Le vendredi, 31, la lettre fut lue de nouveau ; mais à raison de l'absence de plusieurs échevins, on différa de délibérer sur son objet. Le lendemain, les nombreuses affaires du pays (entre autres probablement la nouvelle du désartre de Gembloux) ne permirent pas au magistrat de s'occuper de la missive gantoise. Le collège lut une troisième fois la lettre dans sa séance du lundi 3 et, quoiqu'il jugeât inutile de discuter sérieusement son contenu, toutefois, afin de faire cesser les cancans, surtout que la copie de la pièce circulait parmi les bourgeois, comme on l'affirmait, il résolut de convoquer les chefshommes pour le lendemain. Le mardi 4, les chefs-hommes, constatant qu'un ou deux de leurs collègues étaient absents, demandèrent la remise de l'affaire ; cependant, on leur donna lecture du document (0- Dans la suite, il n'est plus question de l'alliance proposée par les Gantois avant le 10 mars.

Nous ignorons si les Dix-huit de Gand s'adressèrent à la même époque au magistrat du Franc de Bruges. Les résolutions de ce collège ne contiennent pas la moindre trace de proposition d'union particulière.

La lettre envoyée aux Brugeois émanait du seul comité des Dixhuit. Les Gantois, voulant sans doute donner plus de poids à leurs démarches, les firent désormais au nom du magistrat et de la commune au complet.

Par lettres de créance en date du 4 février 1578, signées L. de Mare (-'), les échevins des deux bancs, les deux doyens, notables et commune de la ville de Gand députèrent Jean van Pottelsberghe, échevin des Parchons, et Burchard van Hembyze, aux fins de présenter des lettres closes aux magistrats, nobles, notables et bonnes communes des villes d'Ypres, Arras, Tournai, Lille, Douai, Courtrai, Audenarde, Orchies, Harelbeke, Lens en Artois, Deynze, Menin, Poperinghe, Cassel, Bailleul, Armentières, Warneton et Messines, et d'entrer avec eux en communication au sujet d'affaires importantes concernant le vrai bien, repos et tranquillité du pays (0.

(1) Archives de la ville de Bruges : Secrète resolutie boeck, résolution du 3 février et note marginale.

(2) Laurent de Mare, secrétaire de la Keure.

(3) Archives de la ville de Courtrai : Eerste register van notable beginnende 19 juny 1576, fol. 40.

LE TRAITÉ d'alliance ENTRE LA FLANDRE ET LE BRABANT. 231

Les lettres closes, dont il est question, datées du 31 janvier et signées « Hembyze » (') sont très longues. Donnons-en le résumé:

« Depuis dix ou onze ans, les Espagnols ont cruellement persécuté les Pays- Bas. Combien injustement nous avons souffert, jugez en vous-mêmes, vous qui savez avec quelle fidélité nous avons servi notre prince, le roi d'Espagne, comme comte de Flandre. Nous avions espéré que notre Souverain aurait eu pitié de son peuple, d'autant plus qu'il nous avait envoyé un prince de son sang, don Juan. Hélas, depuis l'arrivée de celui-ci, nous constatons que les Espagnols ne méditent autre chose que de ruiner notre pays, le plus florissant et le plus puissant de la chrétienté, d'extirper la noblesse et d'anéantir tous les autres sujets, hommes et femmes, riches et pauvres, ecclésiastiques et séculiers, à tel point que nous avons été obligés de prendre les armes pour nous défendre.

» Les États Généraux, dans cette juste guerre, ont négligé toutes les occasions propices. Après l'occupation de la citadelle d'Anvers et d'autres places fortes, il ne restait plus qu'à attaquer don Juan à Namur. On n'a rien fait, sous prétexte de négocier un nouveau traité de paix. Nous n'accusons pas les États Généraux; mais, comme tous les bons patriotes, nous présumons que certains personnages ont entravé les bonnes résolutions des États...

» Ces considérations nous ont fait songer à conclure une alliance particulière, sans préjudice de l'Union générale, pour laquelle nous sommes prêts à verser notre sang, pourvu que nous ne soyons pas abandonnés.

» Nous vous informons donc que nous avons renouvelé l'alliance de 1339 avec le Brabant, la Hollande, la Zélande et plusieurs villes importantes. Comme votre ville a eu toujours avec nous les meilleures relations d'amical voisinage, nous demandons votre adhésion. Par cette union indissoluble nous serons en état de nous défendre contre les Espagnols, nos mortels ennemis, et de nous préserver des attentats criminels, viol de nos femmes et jeunes filles, rapine, spoliation, incendie et autres atrocités qu'ils ont exercées jusqu'ici contre nous, et méditent encore d'exercer plus terribles que par le passé. En vous joignant à nous, vous assurerez votre propre sécurité et notre éternelle amitié! » (-).

Pottelsberghe et Hembyze commencèrent leur mission par s'aboucher avec les villes de Deynze et d'Audenarde. Ceux de Deynze se contentèrent de promettre leur adhésion, si les États de Flandre adhéraient. Ceux d'Audenarde voulurent au préalable connaître l'avis de la cour et du conseil d'État (^).

Les députés eurent, à première vue, plus de succès à Courtrai. Le mardi 11 février, ils se présentèrent devant le collège échevinal de cette ville. En présence du grand bailli, François Schouteete, seigneur d'Erpe, ils exhibèrent letirs lettres de créance et les lettres closes des Gantois. Comme ils étaient porteurs de semblables

(1) Roland van Hembyze, secrétaire de la Keure. — Les lettres closes que no. s analysons sont adressées à la ville de Courtrai. Apparemment le même texte devait servir pour toutes les villes, mutatis mutandis.

(2) Archives de la ville de Courtrai : Eersfe register van notable, fol. 37'".

(3) Voir plus loin, p. 234 et 250.

232 A. C. DE SCHREVEL.

lettres closes adressées à la commune, le grand bailli et les échevins les prièrent de les communiquer aux notables, qui, avec le nlagistrat, représentaient la commune de Courtrai. Mais Hembyze déclara qu'il était chargé d'en donner lecture à la commune, en particulier. Afin d'éviter des difficultés en cas de refus, le collège convoqua, pour le lendemain, outre les notables, un bon nombre de bourgeois, officiers et autres, étant ou ayant été au service de la ville. Les invités étant réunis à la maison scabinale, on leur communiqua les deux lettres closes, les lettres de créance et divers contrats conclus entre ceux de Gand et plusieurs autres villes, spécifiés dans un « formulaire ». Pendant que les notables et les bourgeois délibéraient, Pottelsberghe et Hembyze insistèrent pour que les lettres closes à l'adresse de la commune fussent lues, non seulement en présence de ceux que le magistrat avait convoqués, mais encore, en présence de la foule qui avait suivi les députés à l'hôtel de ville, puisque la missive la concernait aussi bien que les invités. Le document fut donc lu à haute voix au peuple. La multitude étant si grande que beaucoup de personnes ne pouvaient se tenir à l'intérieur, les députés Gantois ordonnèrent de faire une nouvelle lecture au peuple stationnant devant la maison scabinale. L'ordre fut exécuté. Après diverses communications, de commun accord des comparants, on rédigea le contrat suivant entre la ville de Courtrai et celle de Gand :

« Nous, grand bailli, échevins, notables et bonne commune de la ville de Courtrai, vu les lettres closes adressées à nous et à notre commune de la part des échevins, conseil, deux doyens, nobles et notables de la commune de Gand, présentées par Burchard van Hembyze et Jean van Pottelsberghe, conformément à leurs lettres de créance ; vu les traités d'alliance contractés déjà par ceux de Bruxelles, Bruges, le Franc de Bruges, Termonde, Deynze, etc.; vu les représentations orales des députés, par lesquelles ils déclarent que les Gantois, afin de pourvoir à la sécurité générale et à leur propre conservation, au cas où ils seraient abandonnés par quelques provinces ou villes lices en vertu de l'Union générale et de la Pacification de Gand, avaient conclu une alliance particulière et éternelle avec ceux de Brabant, Hollande et Zélande et plusieurs autres villes importantes, et nous invitent par conséquent à nous associer à la présente alliance particulière, sans préjudice de l'Union générale; après mûre délibération sur les motifs allégués dans les susdites lettres, et sur les représentations verbales des députés, Nous avons déclaré et déclarons par les présentes, agréer et regarder comme valable l'alliance que les précités échevins, conseil, deux doyens, nobles, notables et bonne commune de Gand ont contractée avec ceux de Bruxelles, Bruges, le Franc de Bruges, Termonde, Deynze, etc., et nous adhérons à cette alliance de plein gré, bien entendu sans vouloir par là nous séparer de l'Union générale faite à Gand, pour laquelle nous sommes prêts à verser notre sang, à moins que cette Pacification ne soit violée par quelques provinces. Dans ce dernier cas, nous nous en tiendrons, comme nous le faisons dès maintenant, à l'accord particulier

LE TRAITÉ d'alliance ENTRE LA FLANDRE ET LE BRABANT. 233

fait par ceux de Gand, de Brabant, Hollande, Zélande et leurs alliés, et accepté par nous aujourd'hui, afin de défendre ensemble nos femmes, nos enfants et tous ceux qui font ou feront partie de la ligue, contre les Espagnols et leurs adhérents, ces mortels ennemis des Pays-Bas, que Dieu protège ! En foi de quoi, nous avons fait signer cet acte par un de nos greffiers, ce 12 février 1578».

La pièce est signée « Ant. Roose ».

Le même jour, le grand bailli et les échevins de Courtrai annoncèrent au magistrat de Gand leur adhésion à la ligue (').

Pottelsberghe et Hembyze ne disaient pas la vérité lorsqu'ils affirmaient que les Gantois avaient déjà conclu une alliance avec Bruges, le Franc de Bruges, Termonde, Deynze, le Brabant, la Hollande, la Zélande et leurs alliés. Sauf Termonde, aucune de ces villes ou de ces provinces ne s'était engagée. Quant au traité de Gand avec Bruxelles (17 janvier 1578), il n'était encore qu'unilatéral. Nous verrons tout à l'heure qu'il ne devint pas bilatéral par la lettre du 11 février, écrite au nom des amman, bourgmestres, échevins, maîtres des rentes et députés des trois membres de la ville de Bruxelles. Il ne le devint que le 18 avril.

De Courtrai, les députés de la ville de Gand se rendirent à Ypres, le 15 février. Le registre aux résolutions du magistrat yprois, présentant une lacune du 22 juin 1574 au 23 juillet 1578, ne peut pas nous renseigner sur ce qui se passa. D'autres documents nous apprendront quelques détails.

En effet, le 9 février, les Gantois avaient proposé l'alliance aux trois autres membres de Flandre. La question fut mise à l'ordre du jour de la séance du 22 février.

Voici, d'après le procès-verbal, la réponse des membres respectifs :

« Quant à la nouvelle union que les Gantois proposent de faire entre les membres, ceux de Bruges disent qu'au préalable ils désirent en connaître la teneur et savoir quels sont ceux qui y ont déjà adhéré.

Ceux de Gand émettant un avis conforme à leur proposition.

Ceux d'Ypres rapportent que, certains députés de Gand, munis de lettres closes, adressées au magistrat et à la commune d'Ypres, ayant exposé la proposition des Gantois, l'avoué et les échevins leur avaient donné en réponse, puis, envoyé à Gand, leur avis tel qu'il est exprimé dans la minute de la lettre dont ils font lecture à l'assemblée ; ils persistent dans ce même avis.

Ceux du Franc de Bruges déclarent que, puisque toutes les. provinces ont signé une union et juré de l'observer, il n'est pas nécessaire d'en conclure une autre, qui pourrait sembler de nature à introduire plus de désunion que d'union; ils développent ensuite les motifs de leur opinion (-) ».

(1) Archives de la ville de Courtrai. Erste registre van notable, fol. 40 et 41. \2) Archives de la ville d'Ypres, portefeuille 35'.

Quel était l'avis que les Yprois avaient transmis à Gand ? Il doit avoir été dilatoire, comme celui des Brugeois. Par dépêche du 18 février, les avoué et échevins avaient chargé leurs députés étant à Anvers, de faire une enquête secrète, aux fins de savoir si la ligue en question était bien proposée par les Gantois de l'aveu ou par ordre du gouvernement. Ghislain vander Mersch et Nicolas Kindt, dans leur lettre du 27 février, répondirent que, informations prises discrètement auprès de personnes de qualité et dignes de foi, ils avaient appris que non. Comme les Gantois, ajoutent-ils, avaient fait de semblables propositions au magistrat et à la commune d'Audenarde, ceux-ci ont présenté une requête à la cour et au conseil d'État, demandant leur avis sur la démarche gantoise. Le 22 février, le conseil d'État apostilla la requête en ces termes : « Soit annexée la teneur de la ligue, pour être ordonné », comme vous pouvez le constater par la copie ci-contre de l'apostille, que nous n'avons pu nous procurer qu'à grande peine (').

Les Gantois n'ayant pas trouvé un accueil favorable auprès des trois autres membres de Flandre, s'adressèrent au prince d'Orange et le prièrent d'intervenir auprès de ceux de Bruxelles. Ils espéraient qu'après avoir obtenu l'acte réciproque de la capitale, ils réussiraient à persuader Bruges, Ypres et le Franc de Bruges.

Le Taciturne leur donna satisfaction et, le 8 mars, il écrivit au magistrat de Bruxelles :

« J'ay esté prié par les nobles, notables et commune de la ville de Gand de vous faire souvenir comme par ci-devant ils vous ont donné acte auctentiquede la promesse de bonne alliance et confédération faicte avec vous ; aussi que vous ayez à leur envoyer une promesse réciprocque de votre part, d'aultant oultre qu'il est bien raisonnable qu'ilz ayent une semblable promesse de vous, que vous avez d'eulx ; aussi ilz en ont à faire pour s'en servir vers les aultres membres de Flandres. Partant je vous prie de n'y faillir à raison de la conséquence (-) ».

Nous verrons plus loin l'accueil réservé à cette lettre.

Au commencement du mois de mars, Hembyzeet Pottelsberghe se rendirent à Lille. Ils n'y eurent pas plus de succès qu'à Ypres.

Le 12 mars, les échevins et conseil de la ville de Lille s'adressèrent aux États Généraux en ces termes :

« Nous avons reçu des lettres de la part des échevins, doyens, nobles et commune de la ville de Gand, par deux de leurs députés qui nous ont fait la proposition dont voici la copie, et nous leur avons donné la réponse ci-incluse. Nous pensons que l'union des provinces est suffisante, sans qu'il faille recourir à des

(1) Ibidem, portefeuilL- 123. .

(2) Publiée par Henn^ et Wouters, Histoire de Bruxelles, t. I, p. 483.

LE TRAITÉ d'alliance ENTRE LA FLANDRE ET LE BRABANT. 235

confédérations particulières. Comme pareilles propositions ne doivent être faites à l'insu de la généralité, nous avons cru devoir vous en avertir » (').

A la date du 15 mars, les députés du Franc de Bruges étant à Anvers, écrivent à leurs commettants :

« Aujourd'hui a été lue en l'assemblée des États une missive de ceux de Lille, à laquelle était annexée une proposition des Gantois invitant ceux de Lille, Douai et Orchies à entrer dans l'alliance qu'ils avaient conclue (à ce qu'ils disaient) avec le Brabant, la Hollande et la Zélande. Les députés de Brabant ont nié formellement avoir fait une ligue particulière avec les Gantois. De même, les députés de Hollande et de Zélande ont déclaré expressément qu'ils n'avaient contracté aucune alliance particulière avec ceux de Gand. Là-dessus, il fut résolu de transmettre à Son Altesse et au Conseil d'État tous les documents et de les prier, de la part des États-Généraux, de bien vouloir réclamer des Gantois l'envoi, à Anvers, de la teneur de leur prétendue ligue aux fins d'examen, d'approbation ou de désapprobation. Jusqu'ici il n'y a aucune solution » (-).

Les Gantois, confiants sans doute dans l'efficacité de l'intervention du prince d'Orange, revinrent à la charge auprès des autres membres de Flandre.

Le collège échevinal de Bruges, dans sa séance du 16 mars, « concernant la confédération proposée par les Gantois aux autres membres de Flandre », résolut de répondre :

« Bien qu'il soit inutile de conclure avec vous ou avec d'autres États ou villes une ligue nouvelle, puisque tous les Etats sont suffisamment confédérés par l'union générale, laquelle nous sommes décidés d'observer ponctuellement, toutefois, voulant vous donner tous apaisements et vous assurer de nos bonnes intentions à votre endroit, nous sommes prêts à vous confirmer nos dispositions et à vous donner en particulier l'assurance que pour notre défense commune nous procurerons les effets de l'alliance projetée, sous réserve de ne préjudicier en rien à la Pacification de Gand et à l'union générale; sous réserve aussi que de part et d'autre on gardera ses droits et que l'un n'attentera rien contre l'autre, comme nous avons la confiance que l'alliance sera observée par les Gantois; et sauf, en tout, l'assentiment de la cour » (•>).

On remarquera que les Brugeois éprouvent une certaine défiance à l'égard des convoitises des Gantois. La suite des événements prouvera que leurs soupçons n'étaient que trop fondés.

Pottelsberghe et Hembyze visitèrent-ils toutes les villes énumérées dans leurs lettres de créance? Nous l'ignorons. Des recherches faites aux archives d'Arras et de Tournai ne nous ont donné aucun résultat.

(1) Archives de la ville de Gand, registre Z, fol. 319'".

(2) Archives de la ville d'Ypres, portefeuille 35-'.

(3) Archives de la ville de Bruges. Resolufie boeck, 15 mars 1578.

236 A. C. DE SCHREVEL.

Par contre, nous savons que, déjà en janvier, les Bruxellois avaient fait des démarches à Arras. Le 6 janvier 1578, un courrier anversois, de retour de l'Espagne, déclara, devant le comité des Dix-huit de Bruxelles, avoir vu à Madrid, entre le 18 et le 21 décembre, le duc d'Albe, Albornoz et plusieurs autres capitaines espagnols, qui se vantaient de saccager bientôt Anvers et Bruxelles de manière « que pierre ne demourera sur l'autre ». On a vu, dit-il, conduire à Barcelonne quatre-vingt-huit mulets, chargés d'argent. Le comte de Buren, fils du prince d'Orange a été, le 10 décembre, enfermé en un château-fort.

« Le bruyct y va qu'ilz ouvriront aux feinmes le ventre et qu'ilz y bouteront les hommes avecq la teste pour les suffoquer au sang, et qu'ilz feront restaurer les chasteaux et qu'ilz y contraindront un chacun de refaire les fossez avecq les ongles des mains ».

Les Dix-huit communiquèrent cette déclaration aux États Généraux. Ceux-ci, qui précisément pendant ces jours subissaient les exigences des « bonnes gens des neuf nations », insérèrent ces sinistres nouvelles dans leur lettre du 10 janvier, adressée aux États des provinces aux fins de les engager à payer leur quote-part dans les deux cent mille florins requis pour lever des troupes ('). Copie authentique de la déclaration du courrier anversois fut expédiée aux villes, à Saint-Omer et Arras, comme ailleurs. Ces deux villes étaient en effervescence. Le 10 janvier, on venait de créer à Arras un comité des Quinze, sur le modèle des Dix-huit. Le 15 janvier, on venait de renouveler le magistrat de Saint-Omer avec une majorité orangiste. C'est dans ces circonstances que le comité des Dix-huit de Bruxelles écrivit aux capitaines des compagnies bourgeoises d'Arras pour leur proposer « de reîraischir l'Union jurée... mesmes entrer en une plus estroite, ferme et indissoluble alliance avec eulx ». Arras accepta la proposition et la transmit au nouveau magistrat de Saint-Omer qui s'empressa d'adhérer à l'alliance (-).

Revenons au magistrat de Bruxelles. Quel accueil réserva-t-il à la lettre que le Taciturne lui adressa le 8 mars en faveur des Gantois?

Avant de répondre à cette question, examinons les relations entre

(1) Actes des États Généraux, éd. Oachard, t. I, p. 323, n° 983.

(2) Archives de Saint-Omer, Correspondance du magistrat, 27 janvier 1578.

LE TRAITÉ d'alliance ENTRE LA FLANDRE ET LE BRABANT. 237

les Dix-huit de Bruxelles et la ville de Gand, ainsi que les efforts faits par celle-ci pour obtenir la ratification de l'acte qu'elle avait donné aux commissaires bruxellois, le 17 janvier.

Dès que la nouvelle de la défaite de l'armée des États Généraux à Gembloux fut connue à Bruxelles, le prince d'Orange et le comité des Dix-huit, confiants dans l'engagement pris par les Gantois, firent appel à leurs coreligionnaires de la cité d'Artevelde.

Le l'^'" février, le Taciturne leur écrit :

« Comme à cet instant nous sont icy venuz nouvelles que les ennemys se sont approchez de nostre camp, et qu'il y a eu rencontre, de sorte que, de nostre costel, y avons perdu quelques gens (!), et faisant présumer que les ennemys pourroyent tirer vers ceste ville, laquelle, à ce regard, convient pourveoir de quelque bon nombre de gens de guerre, c'est cause que je vous ay bien voulu faire la présente, pour vous prier qu'en la meilleure diligence que faire se peult, vous envoyez icy les sept compagnies estans en la ville de Gand, ou du moins les cinq d'icelle, et qu'en cela n'y ait aucun dilay... — que les soldats marchent en la plus grande haste que sera possible... (En postcriptum) : Je vous prie de faire marcher les soldats nuyct et jour * (0-

Le 2 février, les Gantois lui répondirent :

<■■ Hier après midy, environ quatre heures, ayants entendu de V. Exe. que les ennemys seroyent approchez de nostre camp, et qu'il y auroit eu rencontre, de sorte que de notre costel y seroyent perdu quelques gens, dont sommes fort dolens, avons au mesme instant envoyé vers Bruxelles les quatre compaignyes des six qu'estyons en notre ville et sont sortis hier au soir. Espérans qu'ilz seront de bonne heure ce jour audict Bruxelles, en tant que nous avons enchargé aux capitaines et soldats marcher jour et nuyct. Et où en quelques endroits povons faire service à V. Exe, icelle nous trouvera a tousjour appareillez d'obeyr à ses commandemens ».

A la même date, en réponse à la lettre des Dix-huit, ils informent ceux-ci de l'envoi de quatre compagnies.

« Nous avons fait venir à Gand, disent-ils, en toute diligence la moitié des sept compagnies du quartier des quatre métiers, et avons résolu d'enrôler de nouvelles troupes, afin de pourvoir k la défense du pays et prêter assistance à Bruxellos et à tous les autres qui se sont associés à notre union » ('-).

Cette dernière phrase insinue que les Gantois semblent ne pas

(1) Correspondance de Guillaume le Taciturne, éd. Gachard, t. IV, p. 36. Lettre du prince d'Orange aux échevins, nobles et notables 'de Gand. Bruxelles, 1 février 1578.

(2) Archives de la ville de Gand. Geschreven Brieven, 1550-1584. La lettre aux Dix-huit est en flamand. Nous n'avons pas trouvé la lettre des Dix-huit aux Gantois.

238 A. C. DE SCHREVEL.

douter de la prompte adhésion des villes de Bruxelles, Anvers, Bois-le-Duc et Louvain.

Le 4 février, le comité des Dix-huit remercie les Gantois du secours envoyé le 1" du mois, et ajoute :

« Puisque de Gruutere et vos autres députés nous ont fait des offres, et vu l'extrême nécessité où nous nous trouvons par suite de la trahison de Gembloux, veuillez nous fournir, le plustôt possible, de la cavalerie, de l'infanterie, du blé et des munitions. Il nous faudrait 30 à 40 enseignes et 500 à 600 chevaux (i). »

Le 6 février, il remercie les Gantois des offres faites dans leur missive du 5 (-); il les prie d'y donner suite en envoyant du fromage, du beurre, du lard etc., et leur donne l'assurance qu'ils ne subiront aucun dommage (^).

Le 9 février, les Dix-huit écrivent à ceux de Gand :

« L'ennemi ne manquera pas de poursuivre sa marche victorieuse. Bruxelles est le point le plus menacé. Nous avons besoin de nous approvisionner. Nous avons fait l'inspection des vivres et des munitions. Procurez-nous, aussitôt que faire se pourra, 6000 à 7000 livres de mèches et des victuailles. Et ce que d'après la teneur de nos anciens traités nous vous devons, à vous et à tous nos autres alliés, nous le ferons de corps et de biens jusqu'à la dernière goutte de notre sang. Nous vous prions de vouloir bien accorder sur ce point toute créance à tout ce que TW" Jérôme van den Eynde, notre collègue, et Messire de Bloeyere, notre député, vous diront (■*) ».

Si les Bruxellois parlent du traité d'alliance, c'est que probablernent les Gantois auront insisté auprès de van den Eynde et de Bloyere pour obtenir la ratification. Ces deux députés s'étaient en effet rendus à Gand avant le 9, comme nous l'apprend la lettre suivante du 11 février.

Cette missive est la plus intéressante. Elle fut, selon toute apparence, apportée à Gand par de Bloyere et van den Eynde.

« Nous avons appris avec joie, disent les Dix-huit, tant par le rapport de van den Eynde et de Bloyere, que par votre lettre du 9 (■"), combien vous êtes

(1) M. Fredericq, qui n'avait pas connaissance de la réponse des Gantois du 2 février, dit : « Le 4 février, le même Goesinnius écrit aux Gantois, toujours au nom des trois membres de Bruxelles, une lettre touchante pour leur demander assistance, maintenant que la ville est menacée d'un siège à cause de la défaite essuyée à Gembloux ».

(2) Nous n'avons pas trouvé la lettre des Gantois du 5 février.

(3) « Le 6 février Goesinnius remercie les Gantois de leurs promesses de secours, espère qu'elles seront tenues sans retard et demande des vivres ». — Résumé de M. Fredericq.

(4) « Le 9 février, il demande des cordes et des mèches d'artillerie. II ajoute : Et ce que ... vous diront ». — Résumé de M. Fredericq.

C*)) Nous n'avons pas trouvé cette lettre des Gantois du 9 février.

LE TRAITÉ d'alliance ENTRE LA FLANDRE ET LE BRABANT. 239

dévoués au pays et en particulier à la ville de Bruxelles, puisque vous vous proposez de nous envoyer quelques milliers d'hommes et des vivres en conséquence. Nous ne saurions jamais vous en remercier assez, surtout si ces secours nous arrivent en temps utile. Faites donc tout ce qui est possible pour nous expédier ce qui est déjà prêt. Nos députés vous exposeront d'ailleurs la situation. Il nous manque des mèches, douze ou quinze pièces d'artillerie telles que courtauts, couleuvrines, fauconneaux, avec les accessoires. Nous vous indemniserons. De notre côté, nous vous promettons pour nous et nos descendants de vous rendre à l'avenir et à tout jamais (ten eeuwighen daghe) les mêmes services d'amitié que vous nous offrez, conformément au traité conclu entre les pays de Brabant et de Flandre en 1339. Nous sommes convaincus que les villes d'Anvers et de Bois-le-Duc feront de même (^). Nous vous aurions envoyé une ratification expresse, si nous avions pu obtenir le consentement et l'approbation des États de Brabant, lesquels nous ont ajournés Jusqu'à présent, vu le grand nombre des autres affaires pendantes ; néanmoins nous poursuivrons la chose à la première occasion et nous avons fait dépêcher la présente sous notre sceau pour vous servir de provision dans l'intervalle » (-).

La lettre est signée : « Goesinnius et P. Casen » au nom des amman, bourgmestres, échevins, maîtres des rentes et conseil de la ville de Bruxelles et des députés des trois membres de la même ville. Le sceau en question, contrairement à l'affirmation de M. Fredericq, n'est pas le sceau de la ville de Bruxelles ( •), mais bien celui des vingt-six députés des trois membres, que nous avons décrit plus haut (^). Comme les deux premiers membres, le magistrat et le large conseil, ignoraient les négociations des Dix-huit des nations, cet engagement provisoire des Dix-huit ne rendait pas bilatéral le traité d'alliance signé par les Gantois le 17 janvier.

Les députés de Bloyere et van den Eynde, annoncés par la lettre du 9 février, furent reçus en audience dans la chambre scabinale, le 13, et exposèrent oralement le contenu de la lettre du

(1) M. Fredericq observe à juste titre : ^< S il ne parie pas de Louvain, la raison en est probablement que cette ville était tombée entre les mains de don Juan ».

(2) « Le 11 février, nouvelle lettre de Goesinnius, qui remercie pour la promesse faite par les Gantois d'envoyer quelques milliers d'hommes et les provisions nécessaires. Il demande en outre douze à quinze pièces d'artillerie. De notre côté ... dans l'intervalle >. — Analyse de M. Fredericq.

(3) En 1567,1e sceau de la ville de Bruxelles porte encore l'inscription : Sigillum oppidi bruxellensis. Les comptes de l'époque postérieure ont malheureusement disparu. Il est difficile de savoir si l'on a supprimé ce sceau pour en faire un autre.

(4) Le sceau des XXVI n'est pas conservé dans la collection sigillographique des archives générales et semble être inconnu

240 A. C. DE SCHREVEL.

11. Les échevins gantois adressèrent aux Dix-huit de Bruxelles le procès-verbal complet de l'audience ('). Nous y lisons :

« Depuis quatre ou cinq jours nous avons chargé certains gentilshommes et d'autres délégués de se rendre dans toutes les châtellenies du quartier de Gand, pour faire l'inspection des hommes et désigner le dixième homme parmi les plus valides, de sorte qu'il est à espérer que sous peu nous pourrons mettre sur pied de nombreuses troupes pour secourir les Bruxellois et leurs voisins. Vos députés ont pu s'en rendre compte par le rapport sur la chàtellenie d'Audenaerde. Nous venons d'expédier à Bruxelles, par bateaux, 205 muids, 8 halsters de blé et 18 muids de farine, mesure gantoise. Dès demain nous enverrons 2000 livres de mèches, bien confiants que nous ne subiront aucun dommage (-) ».

A l'occasion de cette audience, les Gantois, non satisfaits de l'engagement provisoire contenu dans la lettre du 11 février, insistèrent auprès de van den Eynde et de Bloyere pour obtenir l'acte réciproque de la ville de Bruxelles. Dans une lettre reçue à Gand le 19 février, les Bruxellois écrivent :

« Nous vous remercions vivement des secours envoyés en hommes, blé, farine, mèches, et des offres généreuses faites à nos députés, comme le dit l'acte du 13 que vous nous avez dépêché, et comme nous l'ont rapporté nos députés. Ce renfort a fait peur à l'ennemi, qui s'est subitement retiré de Vilvorde vers Louvain. Aussi, de Bloyere et van den Eynde nous ont déclaré que l'assistance fournie a été extrêmement agréable au prince d'Orange ainsi qu'au comte de Boussu, gouverneur de Bruxelles, surtout si l'on y met de la diligence. Ils espèrent au moyen de ce secours et des autres troupes attendues d'ailleurs, pouvoir réunir au premier Jour une forte armée devant Vilvorde, du côté de Grimbergtie qui, avec les deux rivières, assurera le ravitaillement et couvrira toutes les places menacées et le pays de Flandre. C'est pourquoi, à la demande du comte de Boussu, nous vous prions instamment d'envoyer à Vilvorde tout ce que vous pouvez, en fait d'infanterie et de cavalerie, sous le commandement de chefs les plus capables — ce en quoi le prince a promis de vous assister. Son Excellence trouve bon aussi que vous procuriez 600 à 700 pionniers pour aider à fortifier la ville, et que vous engagiez les autres membres de Flandre à faire de même. De la sorte, avec les secours que ceux de Hainaut et d'Artois préparent, nous sommes assurés de la défense du pays. Faites envoyer des vivres par les villages environnants. Envoyez aussi des lances et des mèches d'artillerie comme nous l'avons demandé par notre missive d'hier (•'). Nous vous rembourserons, si la généralité ne prend pas les frais à sa charge.

Nous vous enverrons aussitôt que faire se pourra, l'acte que nos députés nous ont dit que vous désiriez recevoir » {*).

(\) M. Fredericq ne mentionne pas que le procès-verbal a été envoyé aux Dixhuit de Bruxelles, mais en donne simplement un résumé, sans spécifier la quantité de blé, de farine et de mèches.

(2) Archives de la ville de Gand. Geschreven Brieven.

(3) Nous n'avons pas retrouvé cette missive.

(4) Le résumé de M. Fredericq contient les passages soulignés.

LE TRAITÉ d'alliance ENTRE LA FLANDRE ET LE BRADANT. 241

Le dernier jour de février, au milieu de la nuit, les Dix-huit jettent un cri d'alarme :

« // a plu à Dieu, écrivent-ils aux Gantois, d'envoyer une défaite complète à notre armée. Bruxelles court un danger imminent. Le sort du pays dépend de notre ville, puisque les États-Généraux, l'archiduc Mathias, le prince d'Orange et les autres chefs y sont réunis. Le conseil de guerre a décidé de faire venir en toute hâte de Gand sept ou au moins cinq des enseignes qui s'y trouvent. Nous vous supplions de ne pas vous y opposer, mais de faire marcher incontinent les hommes jour et nuit. Vous le pouvez impunément, puisque votre ville est située loin de l'ennemi, et que, dans l'intervalle vous serez fournis d'autres troupes auxquelles Son Excellence a déjà donné des ordres. Confiants dans votre bonne volonté et nous appuyant sur l'alliance mutuelle que nous avons conclue, nous n'en doutons pas, vous nous assisterez dans ce danger extrême, d'autant plus qu'il est difficile de recruter des hommes d'ailleurs, sans dégarnir les autres places ».

M. Fredericq dit que cette lettre ne parle plus de la fameuse ratification. 11 n'aura pas remarqué que le comité des Dix-huit rappelle cependant « l'alliance mutuelle conclue » et parle comme si la ville de Bruxelles avait ratifié l'acte de Gand du 17 janvier. C'était sans doute une allusion à l'engagement provisoire du 11 février.

Enfin, le 7 mars, les Bruxellois écrivent au magistrat gantois :

« A notre grand regret nous apprenons que Nivelles est en danger, si on l'assiège avec de l'artillerie. L'ennemi pourrait inopinément marcher sur Alost et Termonde. Nous vous en avertissons afin que vous fournissiez ces villes dans la mesure du possible; de notre part nous ferons de notre mieux, comme l'exige l'alliance récemment renouvelée entre les deux Etats. Nous avons la confiance que le Seigneur, malgré les périls qui nous menacent, ne nous abandonnera pas, comme nous en avons l'augure dans la formation de troupes à pied et à cheval, et dans l'assurance que nous en donne le prince d'Orange».

Encore une fois les Bruxellois font allusion à la ratification provisoire qu'ils ont donnée dans leur lettre du 11 février.

En réalité, le traité de 1339 n'était pas renouvelé en due forme de la part de Bruxelles. La preuve en est que, comme nous l'avons vu, les Gantois, ne se contentant pas du provisoire, avaient eu recours à l'intervention du Taciturne et que celui-ci écrivit le 8 mars au magistrat et aux députés des trois membres de Bruxelles à l'effet d'obtenir l'acte réciproque.

Le récit que Henné et Wouters font de l'accueil réservé à la missive de Guillaume est inexact et incomplet. Dans leur séance du 13 mars, les bourgemestres, échevins,

242 A. C. DE SCHREVEL.

maîtres des rentes et conseil de la ville de Bruxelles, représentant le premier membre de la cité, prirent la résolution suivante :

« Vu la lettre du prince d'Orange en date du 8 mars, reçue le 10 de mois, par laquelle il nous invite à donner un acte réciproque de l'alliance faite par ceux de Gand avec la ville de Bruxelles ; vu la teneur de l'acte des Gantois, daté du 17 janvier dernier, signé Hembyze ; vu le texte de l'alliance conclue en 1339 entre le Brabant et la Flandre : Nous déclarons que, bien que nous n'ayons pas entendu parler de ce que Henri de Bloyere, Sigebert van Berlicum et Joseph T'Serroels ont traité avec les nobles, notables et commune de Gand, comme ayant été fait à notre insu ('); bien que la ligue de 1339 n'ait pas été formée uniquement entre des villes particulières du Brabant et de la Flandre, mais par Jean flllj, duc de Brabant, et Louis [de Nevers', comte de Flandre, et les nobles, villes, grandes et petites, et les Etats des deux pays, — forme que devrait revêtir cette nouvelle ligue — ; bien que ladite ligue n'ait pas été longtemps observée, puisqu'en 1355, 1356 et 1357, donc 16 ou 17 ans après, Louis [de Maie], fils de Louis [de Nevers] a fait la guerre au duc de Brabant et lui a enlevé les villes de Bruxelles, Louvain, Léau et Tirlemont, — qui ont été reconquises plus tard — ; toutefois, à raison de la bonne affection que la ville de Bruxelles et ses habitants portent à la ville de Gand, leur voisine, nous sommes disposés à observer l'antique alliance dans tous les points qui sont susceptibles d'être observés de nos jours, et à dépêcher à la ville de Gand et aux autres villes qui le désireraient, acte de ratification de cette alliance, sous la réserve de l'aveu de l'archiduc, lieutenant de notre roi comme duc de Brabant, et pour autant que les États de Brabant avec leurs membres et les deux autres membres de cette ville de Bruxelles y consentent, et pas autrement ; sous la réserve aussi de ne pas porter préjudice à la Pacification de Gand et à l'union de Bruxelles, qui obligent la Flandre et le Brabant aussi bien que les autres provinces ; sans préjudice également des privilèges du duché de Brabant ».

Le 16 mars, le large conseil, deuxième membre de la ville, se rangea à l'avis du premier.

Le 18 mars, le large conseil modifia son opinion en ces termes :

« Vu la proposition des Gantois ; vu la copie authentique de la minute d'une missive envoyée à Gand, \i 11 févrrier par les amman, bourgmestres, échevins, maîtres des rentes, conseil et députés des trois membres de la ville; vu la lettre du prince d'Orange, en date du 8 mars ; vu la promesse des Gantois du 17 janvier, signée Hembyze, Nous opinons qu'on peut sans difficulté dépêcher l'acte réciproque demandé par les Gantois et par 1^ prince, pourvu que le troisième membre y consente également >.

Le 26 mars, les neuf Nations, troisième membre, se rallièrent à l'opinion modifiée du large conseil.

Jusqu'ici, le premier membre, à savoir le magistrat, avait fait des réserves. Le 18 avril, il se conforma à l'avis des deux autres

(1) C'est donc à tort que M. Fredericq (l. c, p. 143) dit « que le magistrat de Bruxelles hésita pendant plusieurs mois ».

LE TRAITÉ d'alliance ENTRE LA FLANDRE ET LE BRABANT. 243

membres exprimé le 18 et le 26 mars, et résolut de dépêcher purement et simplement l'acte réciproque d'alliance avec les Gantois.

Comment expliquer le revirement d'opinion du large conseil et du magistrat ?

Au sujet du large conseil, tout ce que nous savons c'est qu'à la date du 18 mars, il était en désaccord avec le magistrat. Sur les instances des Nations, l'archiduc Mathias rendit, le 13 mars, un décret rétablissant dans toutes ses dispositions le règlement de 1481 sur le renouvellement de la loi. Le magistrat s'opposa à la publication de ce décret. Le large conseil, au contraire, en voulait la publication. Celle-ci eut lieu précipitamment le 18 mars, jour auquel le large conseil changea d'opinion touchant l'alliance avec les Gantois.

Malgré les protestations de l'ancien magistrat, la loi fut renouvelée dans la première moitié d'avril. Les nouveaux élus étaient : Léonard van den Hecke, J. U. L., bourgmestre, Pierre 't Seraerts, Jérôme van den Eynde, Jean de Mol, fils de Martin, Roland de Weert, J. U. L., Guillaume de Keyzer, seigneur de Nosseghem, Pierre de Wavere, J. U. L., Sigebert van Berlicum, échevins ; Adolphe H ujoel et Guillaume van den Hecke, trésoriers. Cette épuration du magistrat explique l'opinion émise le 18 avril par le premier membre.

En effet, Adolphe Hujoel et Jérôme van den Eynde faisaient partie du comité des Dix-huit. Ce comité avait plusieurs fois député Jérôme van den Eynde auprès des Gantois. Sigebert van Berlicum avait été présent à l'acte solennel donné à Gand le 17 janvier. Les autres membres de la loi étaient également dévoués au Calvinisme. Rien d'étonnant donc si, le 18 avril, le nouveau magistrat, faisant sien l'engagement provisoire envoyé à Gand, le 11 février, par les Dix-huit, se rallia à l'opinion des deux autres membres.

La résolution du 18 avril (') fut exécutée le même jour. Dans l'acte dépêché à Gand, les Bruxellois disaient en substance :

« Nous bourgmestres, échevins, maîtres des rentes et conseil de la ville de Bruxelles, déclarons qu'après avoir examiné attentivement l'acte de ceux de Gand, en date du 17 janvier 1578 {}), nous avons trouvé l'alliance bonne et nécessaire. Nous l'avons communiqué au large conseil et aux bonnes gens des neuf Nations, qui avec nous représentent les trois membres de la ville de Bruxelles, et, unanimement, nous avons résolu de nous associer aux Gantois par une alliance pareille à celle exprimée dans leur acte, conformément à la demande du prince d'Orange, gouverneur particulier de Brabant, et à la promesse provisoire contenue dans la

(1) M. Fredericq, au deux dates, 17 janvier et 18 avril 1578, met en note : vieux style. C'est une distraction.

244 A. C. DE SCHREVEL.

lettre adressée par nous et les députés des trois membres à ceux de Gand, le 11 février. En exécution de notre résolution nous avons, du consentement des deux autres membres de la ville, promis et promettons, en notre nom et au nom de nos successeurs, que, pour le bien des deux villes et de leurs associés, nous resterons unis par une alliance éternelle à l'instar de celle conclue en 1339 entre les États de Brabant et de Flandre, nous engageant à nous entr'aider, de corps et de bien ... Bien entendu que de cette alliance ne seront pas exclues les autres villes et places qui voudront y entrer, mais qu'elles y seront reçues en tout temps, dès qu'elles le désireront. Nous nous efforcerons d'y enrôler les autres villes de Brabanî. Ceux de Gand feront de même à l'endroit des villes de Flandre » (1).

Le lendemain, 19 avril, le magistrat bruxellois s'empressa d'envoyer Henri de Bloyere à Anvers pour annoncer la bonne nouvelle au prince d'Orange et le prier d'user de son influence sur les villes d'Anvers et de Bois-le-Duc, à l'effet d'obtenir leur adhésion. Les recherches faites dans les dépôts d'archives de ces deux villes aux fins de découvrir des traces de la mission de H. de Bloyere, ont été complètement infructueuses.

Nous avons vu qu'après l'acte passé à Gand le 17 janvier 1578, les Bruxellois invoquèrent le renouvellement du traité de 1339 pour obtenir des secours de la part des Gantois. Après la ratification signée à Bruxelles le 18 avril, ce sont les Gantois qui en appellent à l'alliance conclue, pour continuer leur politique révolutionnaire inaugurée si violemment le 28 octobre 1577, sous les auspices du Taciturne.

On sait que, le 12 juillet 1578, les États Généraux, à la pluralité des voix, proposèrent la Paix de Religion. Champagney, ennemi des Espagnols, mais ardent catholique, se mit à la tête du mouvement qui se produisit à Bruxelles pour combattre la Religioens- Vrede. Le 11 août, de concert avec d'autres seigneurs catholiques, il présenta au magistrat une requête tendant à obtenir l'interdiction des prêches calvinistes. « La ville de Paris, disait-il, à titre de capitale, a toujours été exceptée dans les édits de tolérance accordés aux Huguenots. I! convient qu'il en soit de même de Bruxelles, ville royale ».

La présentation de cette requête excita un violent tumulte. Les protestants accusèrent Champagney de vouloir provoquer une nouvelle Saint-Barthélémy. Ils pillent l'hôtel de Cantecroix, ancienne résidence de Granvelie, occupée alors par son frère, et exigent du magistrat qu'il promette 300 florins à celui qui livrerait le seigneur franc-comtois. Champagney se présenta spontanément

(2) Arcfiives de la ville de Bruxelles. Oppinie boeck, 1576-1584, fol. 170™, 175 et 17b.

LE TRAITÉ d'alliance ENTRE LA FLANDRE ET LE BRABANT. 245

devant le magistrat, ie lendemain 12, et fut constitué prisonnier. Comme il avait pour lui le large conseil et les Nations, qui repoussaient également la Paix de Religion, les agents du Taciturne furent assez habiles pour le faire réclamer par les Gantois (0-

En effet, le 18 août, Louis Hueriblocq et Gui Malepaert, députés par les échevins, conseil, deux doyens, nobles et notables de Gand, et munis de lettres de créance en date du 16, comparurent à l'hôtel de ville et s'inform.èrent auprès du magistrat de ce qui s'était passé les lundi 1 1 et mardi 12 août. Ayant appris que les troubles avaient eu pour cause certaine requête présentée au magistrat par le marquis de Berghes, les seigneurs de Hèze et de Boxtel, requête qui occasionna l'arrestation de Champagney, de Glymes et Wellemans, ils déclarèrent que ces difficultés semblaient provenir de la même source que celles qui survinrent le 28 octobre dernier, à Gand, où l'on dut procéder également à l'emprisonnement de divers personnages. Informations prises, disaient-ils, sur les projets de ces personnages, il a été reconnu que Champagney en était !e promoteur et que c'était lui qui, dans la réunion des États de Flandre, avait prononcé la « protestation » faite par les seigneurs de se séparer du Brabant. Champagney nous ayant échappé, nous n'avons pu vérifier les conséquences de ces machinations; mais nous espérons aboutir et, en m.ême temps, découvrir les véritables dessous de l'attentat préparé à Bruxelles, si ceux de Gand peuvent sonder Champagney et le confronter avec les autres prisonniers, et interroger aussi le bourgmestre de Renaix, détenu à Bruxelles, ainsi que Wellemans, ancien greffier des Etats. Pour ces motifs, conformément au traité d'alliance de 1339, renouvelé entre Bruxelles et Gand, dans l'intérêt de la justice et afin de parvenir à la connaissance de la vérité dans ces deux affaires importantes et de préserver les deux villes de semblables entreprises, nous demandons qu'il plaise à ceux de Bruxelles d'envoyer à Gand Champagney, le bourgmestre de Renaix, Wellemans et d'autres qui seraient au courant des faits, aux fins d'y être confrontés avec les prisonniers et entendus en présence de commissaires à désigner à cet effet : sous la condition que Champagney et les autres, conduits à Gand, seront renvoyés à Bruxelles aussitôt que les Gantois en seront requis, et que ceux de Gand agiront de même, à l'égard des Bruxellois, en ce qui concerne leurs prisonniers présents et futurs ».

(1) Strada, De bello gallico, p. 578. Amsterdam, 1648, dit ouvertement que Champagney fut interné à Gand sur l'ordre du Taciturne : « Fredericus Perenottus Campinii Dominus, Orangii jussu Gandavi in carcerem tractus erat ».

246 A. C. DE SCHREVEL.

Sur ce, les bourgmestres, échevins, maîtres des rentes, conseil et députés des trois membres de la ville de Bruxelles résolurent de remettre aux députés gantois Champagney et le bourgmestre de Renaix, aux conditions formulées ci-dessus (')■

Le 19 août, Champagney et son compagnon furent transférés à Gand et enfermés à la Cour du Prince. La confrontation n'eut jamais lieu (-'), et lorsque le 30 janvier 1579, le large conseil de Bruxelles réclama la restitution de Champagney, il essuya un refus O- Les Gantois tenaient trop à réduire à l'impuissance les hommes influents qui auraient pu contrarier leurs visées ; ils tenaient trop à conserver en prison des personnages qui leur serviront d'otages contre ceux qui voudraient réprimer leurs excès.

La tentative de renouveler l'alliance de 1339 n'eui-elle fas de suites?

C'est le troisième point à élucider.

M. Fredericq, après avoir signalé la démarche du magistrat de Bruxelles auprès du Taciturne, le 19 avril 1578, écrit : «Ainsi se terminèrent ces laborieuses négociations auxquelles les historiens me semblent ne pas avoir suffisamment accordé d'importance. L'intervention directe du prince d'Orange est significative et prouve le prix qu'il attachait à cette alliance. J'y vois une première tentative d'union séparée entre les protestants des Pays-Bas, qui avaient tout à craindre de l'entêtement des catholiques de l'Artois et du Hainaut...».

Hélas, ce n'était que la fin d'un des actes de la triste tragédie qui se jouait alors. Le premier acte avait été le coup de main du 28 octobre 1577, dont Guillaume de Nassau s'était fait le complice, et dont il protégea longtemps les auteurs, tout en négligeant les victimes. Le second acte est celui auquel nous venons d'assister : la tentative de renouveler l'alliance de 1339, dans le but de former une ligue protestante, et de détacher de l'autorité du roi d'Espagne ceux qui s'en feraient membres, en les séparant de l'Église romaine. Nous avons constaté combien fut grande la part

(1) Documents historiques inédits concernant les troubles des Pays-Bas, éd. Kervyn de Volkaersbeke et Diegerick, t. I, p. 19. Gand, 1849.

(2) François de Halewyn, o. c, p. 23.

(3) Histoire de Bruxelles, t. I, p. 491.

LE TRAITÉ d'alliance ENTRE LA FLANDRE ET LE BRABANT. 247

prise par le prince d'Orange, et à quels moyens peu avouables recoururent les Dix-huit de Bruxelles et surtout les Gantois. Le troisième acte sera la prise des villes de Flandre par les Calvinistes gantois, avec ses nouvelles arrestations, son cortège de troubles, de pillages et de persécutions contre les catholiques. Le Taciturne fermera les yeux jusqu'au moment où il soupçonnera que les provinces wallonnes menacent de faire échouer sa politique. Ces troubles lui serviront de prétexte pour introduire la Paix de Religion, dont l'application, habilement calculée, achèvera la ruine du catholicisme en Flandre. Ce sera le quatrième acte, préludant au cinquième, à savoir VUnion d'Utrecht, cette union des provinces et des villes protestantes de tous les Pays- Bas, qui, selon M. Fredericq «fut la pierre angulaire de la vaillante république des Provinces-Unies, et dont le renouvellement, en 1578, du traité de 1339 peut être considéré comme un préliminaire timide et avorté».

Il faudrait un volume pour développer les scènes du troisième acte. Nous ne pouvons ici qu'effleurer le sujet.

François de la Kethulle, dans son Apologie, après avoir dit comment il s'est emparé de la ville de Bruges, continue en ces termes :

« Ryhove ... ne cessoit faire tous debvoirs pour, par mesnées, ruses et finesses ... gagner et practicquer gens pour joindre toutes les villes de Flandres en une ligue et accord : ce que luy a succédé heureusement, comme est notoire à ung ciiacun, comme de la ville de Courtrai, Ypre, Audenaerde, Dendermonde ... Dixmude, Furnes, Berghes-S'-Winoch, Dunckerke, Cassel, Damme, l'Escluse, Nynove, Alost, Grammont, Château de Gand, Echorisse, Balieul, Esterre, Axelles, Thielt, Thouroudt, Hulst, Menyn et autres, et les furnit de garnison (0 ».

En effet, les Gantois, n'ayant pas réussi par la persuasion, malgré leurs mensonges, à faire renouveler l'alliance de 1339 par les villes de Flandre, usèrent désormais de violence pour s'y installer en maîtres et y étouffer la religion catholique. Contentons-nous de rappeler succinctement les trois expéditions qui concernent les principales villes de Flandre.

Le jeudi 6 mars 1578 (-'), les capitaines gantois François de Croix, Josse Aeltre et Arnold de Lange, sur les ordres de Ryhove, s'emparent de la ville de Courtrai et y opèrent un grand nombre

(1) Documents inédits relatifs à l'histoire du XVl^ siècle, éd. Kervyn de Lettenhove, p. 329.

(2) Remarquons que deux jours plus tard, le 8 mars. Guillaume intervient en faveur des Gantois auprès du magistrat de Bruxelles. Voir plus haut, p. 234.

248 A. C. DE SCHREVEL.

d'arrestations. Le 12, François de la Kethulle, accompagné de Gui Malepaert et Jean van Réable, s'y rend en personne et, le lendemain, fait transporter à Gand les prisonniers François Schouteeten, seigneur d'Erpe, grand-bailli, et Hercules Van den Berghe. Le 10 avril, Guillaume de la Kethulle, seigneur d'Assche, et Nicolas Uutenhove créent un comité des Dix-huit, dont ils désignent eux-mêmes les noms. Bientôt l'archiduc Mathias, c'està-dire le Taciturne, nomme grand bailli de la ville, d'abord Antoine de Lalaing, seigneur de la Mouillerie, puis, après l'arrestation de celui-ci par Valentin de Pardieu, Jean van Pottelsberghe, un des auteurs du coup de main du 28 octobre 1577. En juin, Guillaume de la Kethulle, Gilles Borluut et Michel de Backer, qui se disent commissaires du roi, renouvellent le magistrat. « Ryhove est à Courtray. 11 faict fortifier la ville, parfaict l'enrollement des soldats. Il se gouverne du tout selon le commandement du prince d'Orange» (').

Le 20 mars, Ryhove et son neveu Philippe van der Gracht, seigneur de Mortagne, à la tête de six ou sept enseignes d'infanterie et deux cornettes de cavalerie, pénètrent dans la ville de Bruges, grâce à la trahison de Jacques Mastaert, chef-homme de la section de Saint-Jean. Ils se rendent à l'hôtel scabinal et signifient aux échevins que le magistrat et les autres pouvoirs, étant constitués par des commissaires suspects, doivent être renouvelés. Les échevins ne voulurent pas obéir à cette injonction et en écrivirent à Mathias et au prince d'Orange. Dans l'intervalle, le 22 mars, Ryhove établit un comité des Dix-huit, dont, comme à Courtrai, la liste est dressée d'avance. Le 25, arrive Adolphe van Meetkercke, conseiller d'État, muni d'une commission l'autorisant à procéder au renouvellement de la loi avec le concours d'un ou de plusieurs autres commissaires à son choix. Le lendemain 26, le magistrat est renouvelé par van Meetkercke, Guillaume van Gryspeere, membre du grand conseil de Malines et Nicolas Despars, le premier des Dix-huit. C'est donc bien sur l'ordre du gouvernement que se fit l'épuration du magistrat. François de Halewyn affirme que le Taciturne «donna instruction particulière, signée de sa main, pour surprendre et réformer la ville de Bruges» (-). Quoi qu'il en soit de cette assertion, il est certain qu'en février le prince d'Orange aida les patriotes à s'assurer de l'Écluse et de Damme en vue de préparer ainsi la prise de Bruges.

(1) Documents inédits relatifs ù l'histoire du XVl" siècle, éd. Kervyn de Lettenhove, p. 335.

(2) François de Halewyn, o. c, p. 27.

LE TRAITÉ d'alliance ENTRE LA FLANDRE ET LE BRADANT. 249

La prise d'Ypres fut plus mouvementée. Le dim.anche 20 juillet, à quatre heures du matin, le seigneur d'Assche, à la tête de 400 à 500 soldats commandés par les capitaines Jacques Simonsz, Josse van de Capelle et Pierre de Costere, s'introduisit dans la ville par stratagème, il était accompagné de trois « comm.issaires gantois» Luc de Heere, Jean van Pottelsberghe et Nicolas Uutenhove. Des scènes de sauvagerie marquèrent les journées du 20 et du 21. Les bandes gantoises pillèrent la cathédrale de Saint-Martin et les autres églises , les couvents et plusieurs maisons tant d'ecclésiastiques que de personnes séculières. On arrêta quatorze ou quinze catholiques de qualité. Cinq d'entre eux, à savoir Arthus de Ghistelles, seigneur de Rymeersch, grand bailli de la ville, Henri de Codt, greffier civil, Jean de Visschere, lieutenant général du souverain bailli de Flandre, Jacques d'Hondt (Canis), greffier criminel et Charles Uutendale, pensionnaire, furent transférés à Gand, où ils rejoignirent les autres captifs à la Cour du Prince. Un collège des Dix-huit fut créé le 23 juillet. Les trois «commissaires gantois» avaient fourni la liste des noms. Quand le magistrat yprois se plaignit auprès des États Généraux de la prise de la ville et des désordres qui l'avaient accompagnée, le conseiller du prince d'Orange, Marnix de Sainte- Aldegonde, répondit qu'on procéderait à la punition des coupables, mais que les Gantois s'étaient emparés de la ville pour le plus grand bien du pays et dans le but d'assurer la cité. Bientôt, à la demande des démagogues de Gand, Mathias, c'est-à-dire le Taciturne, nomma grand bailli Nicolas Uutenhove, qui avait pris part aux arrestations du 28 octobre 1577.

On se le demandera sans doute : comment se fait-il que les Gantois, dès le 6 mars, s'en prirent à la ville de Courtrat qui, quelques jours avant, le 12 février, venait de renouveler l'alliance de 1339 avec la cité d'Artevelde ? Comment se fait-il qu'ils jetèrent en prison le seigneur d'Erpe, grand bailli, qui, de concert avec les échevins, avait agréé la proposition d'alliance particulière avec Gand ?

Voici l'explication de l'énigme. Elle met le comble à la fourberie des Gantois.

La ville de Courtrai fut reprise le 27 février 1580, par le colonel d'Allenes, au nom du duc de Parme. Des commiissaires furent chargés de faire une enquête sur ce qui s'était passé pendant le temps où la ville s'était soustraite à l'autorité royale. La relation des commissaires porte, entre autres accusations, la suivante relative aux faits du 12 février 1578.

« A la requeste de Jehan de Pottelsberghe et Bussaert vam Imbyze, députez de Gand, [le collège] tient une assemblée générale, y convoquant et admectant non seulement les notables et aultres qui y peuvent estre appelez, suivant la Caroline de l'an 1541, mais aussy indifférement tous aultres : de là communément accourans tumultuairement à la suyte et poste desdictz députez, et en si grand nombre, que la chambre eschevinale se résouldent ensemble d'accepter la nouvelle alliance et confoedération particulière y proposée par lesdicts députez » (').

Etonnés de pareille accusation, les échevins citèrent pour le 11 juin 1580, sept membres du magistrat de l'année 1577-1578 et vingt-un notables, qui tous avaient été présents à la fameuse séance du 12 février 1578. Ils leur demandèrent quel souvenir ils avaient gardé de la résolution prise par eux, en qualité de magistrats et de notables, le 12 février 1578, de commun accord avec le grand bailli et le collège échevinal. Cette résolution visait la proposition qui leur avait été faite de la part des Gantois par Burchard van Hembyze et Jean van Pottelsberghe, au sujet de certaine alliance particulière à conclure dans le but du renforcer la Pacification de Gand et l'Union générale.

Tous les inculpés, à l'unanimité, déclarèrent avoir un souvenir précis des faits suivants : les députés Gantois, après présentation et lecture de leurs lettres de créance, avaient oralement engagé les Courtraisiens à s'unir aux Gantois dans une alliance particulière, afin de renforcer la Pacification de Gand et l'Union générale, et ils avaient ajouté que Deynze, Bruges, le Franc de Bruges, Termonde et plusieurs autres villes y adhéraient ; à cette fin, ils avaient exhibé certain écrit ou acte de ceux de Deynze; cet acte, disaient aussi les inculpés, contenait uniquement la promesse d'entrer dans une ligue particulière avec les Gantois, pour autant que les quatre membres de Flandre y consentiraient; d'ailleurs, il était muet sur les conditions de l'alliance.

Voici ce que les mêmes inculpés déclaraient avoir répondu aux députés, après avoir pris connaissance de l'acte de Deynze : ils considéraient la demande des Gantois comme superflue et inutile, vu l'existence de l'Union générale ; ils n'entendaient pas sortir de celle-ci, ni entrer dans une union particulière, qui pourrait en quelque façon contrevenir à l'Union générale.

Enfin, ils terminaient par cette protestation : si tant est que l'acte dressé et consigné au registre par le greffier Antoine Roose, pouvait être interprété autrement ou plus amplement, ils le désavouaient comme étant contraire à leur intention et à la résolution

(1) Bulletin de la Commissi?n royale d'histoire, 1867, S'' série, t. IX, p. 313.

LE TRAITÉ d'alliance ENTRE LA FLANDRE ET LE BRADANT. 251

prise par eux ; au surplus, cet acte avait été rédigé en leur absence et ne leur avait jamais été lu (')•

Le 12 février 1578 les Gantois avaient commis à Courtrai, ou fait commettre des actes faux.

« Il faudrait, écrit M. Kervyn de Lettenhove (-'), un travail spécial pour étudier les relations du prince d'Orange avec l'archiduc Mathias dont il fit son greffier... Il faudrait insister avec plus de soin encore sur ce côté trop peu connu de sa politique où il s'abaissa jusqu'à flatter à Bruxelles et à Gand ceux que Duplessis- Mornay flétrissait comme les suppôts de la démagogie ».

Nous croyons avoir soulevé un coin du voile.

A. C. De Schrevel,

Vicaire général de Sa Grandeur Mgr l'évêque

de Bruges.

(1) Archives de la ville de Courtrai. Eerste register van de notable, fol. 86'".

(2) Le prince d'Orange. Étude historique, p. 39. Bruxelles, 1881.

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