PH. VAN I3ACKER
lippe II désirait borner son action aux Pays-Bas et considérait la campagne contre Henri de Navarre comme dangereuse pour les intérêts espagnols en Flandre. Aussi Farnèse a-t-il veillé avec plus de soin que ses successeurs à la défense des Pays-Bas catholiques. Après le retour de l'armée étrangère, en 1582, le prince de Parme envoya de fortes garnisons dans les villes qui venaient d'opérer leur réconciliation avec le roi d'Espagne : 25 compagnies de fantassins et de cavaliers furent placées dans les principales localités de l'Artois, 15 dans le Hainaut et 45 en Flandre (')• Il est probable qu'après le rétablissement de l'autorité de Philippe II dans les autres provinces méridionales, Farnèse a songé à leur défense. Cependant, dès 1590, le gouverneur général est chargé d'aller soutenir la cause de la Ligue. En face des attaques de Maurice de Nassau, il doit se tenir sur la défensive et diminuer notablement l'armée chargée d'opérer contre les insurgés. Plusieurs garnisons de nos villes sont rappelées. Le magistrat les voit partir sans protester. En effet, la soldatesque, indisciplinée et mal payée, se mutine, pille les campagnes, exige de fortes contributions des administrations urbaines et n'oppose aux incursions des Hollandais qu'une faible résistance. Certaines villes refusent même toute garnison, telles Malines, Diest et Lierre (-'). Les Malinois déclarent être décidés à abandonner leurs foyers si le gouvernement persiste à leur imposer la présence de la soldatesque (^) . Bruges, journellement attaquée par la garnison d'Ostende, préfère se passer de toute défense espagnole et ferme ses portes quand, en 1590, le comte de Mansfeldt lui envoie quelques détachements de soldats {*). Le pays est sans défense : les garnisons ont été versées à l'armée française ou se mutinent (■).
Nous avons vu qu'après le retour des tercios espagnols aux Pays-Bas, Farnèse en avait placé une partie dans les villes récon-
(1) Déclaration des gens de guerre tant de pied que de cheval çstans au service de Sa Majesté et provinces réconciliées et lieux circunvoysins tant en garnison que au camp. AFN, fascio 1686.
(2) En 1590, ces villes refusèrent de rac^voir quelques compagnies qui avaient servi, en Frise g.ous Verdugo. Awisi, Anvers, 18 novembre 1590. Bibl. vat. Urbinas, 1058, f. 627. Plus tard, en 1593, ce refus se généralisera. Ambrogi à Aldobrandino, Bruxelles, 14 janvier 1593, Malvasia au même, Bruxelles, 22 avril 1593. AV. NF., t. 6, f. 5, 72.
(3) Awisi, Anvers, 24 novembre 1590. Bibl. vat. Urbinas, 1058, f. 639.
(4) Awisi, Anvers, 18 novembre 1590. Bibl. vat. Urbinas, 105S, f. 627.
(5) Voir notre étude dans les Rapports sur les t'-avanx du Séminaire historique publics dans V Annuaire de l'Université cztholique de Louvain, 1907, t. LXXI, p. 389 svv. ; 1908, t. LXXII, p. 338 svv. ; 1909, t. LXX.III, p. 469 svv.