‹ Mélanges d'histoire offerts à Charles MoellerChapitre 121 sur 149 · LA DÉFENSE DES PAYS-BAS CATHOLIQUES AU XVF SIÈCLE · texte numérisé non relu

LA DÉFENSE DES PAYS-BAS CATHOLIQUES AU XVF SIÈCLE

ciliées avec Philippe II. Une autre partie fut versée à l'armée de campagne chargée de soumettre les provinces qui résistaient encore . Cette armée ne comprenait d'abord que 21 compagnies de chevau- légers et deux compagnies d'arquebusiers à cheval ('), mais elle fut considérablement augmentée dans la suite.

Dès 1590, la meilleure partie de l'armée de campagne de Farnèse est conduite en France. Cependant le prince de Parme n'abandonnera pas complètement la défense des provinces catholiques. Aussitôt sa première expédition française terminée, il conduira ses régiments au secours des villes attaquées par Maurice de Nassau (-) et, avant d'aller soutenir la cause de la Ligue, il laissera aux Pays-Bas quelques compagnies pour la défense de nos frontières du Nord. Malheureusement, un désaccord naquit entre le prince de Parme et Pierre-Ernest de Mansfeldt, gouverneur intérimaire des Pays-Bas pendant la campagne française. La querelle provoqua un manque de direction qui devait compromettre gravement la défense de notre territoire. Avant sa campagne de 1590, Farnèse avait laissé aux Pays-Bas 7O0O fantassins et quelques compagnies de cavalerie (^). Cette armée fut placée sous les ordres de Mondragon, officier de mérite ( ')• Elle était en état de tenir tête aux troupes de Maurice de Nassau et d'empêcher les progrès des insurgés pendant l'absence du gouverneur général. Le comte de Mansfeldt, offusqué du titre et de l'autorité accordés à Mondragon, refusa de se conformer au plan de défense indiqué par Farnèse (')• Au lieu de concentrer son armée, il la disloqua et la plaça en garnison dans les principales villes du Brabant et de la Flandre (''). Cet acte enleva toute autorité à Mondragon et provoqua la plupart

(1) Déclaration des gens de guerre..., Le.

(2) P. Fea, 0. €., p. 388 svv. Après sa seconde campagne, Farnèse alla faire une cure à Spa. Ibidem, p. 441.

(3) Instrnttione sopra le cose di Fiandra per voi Ranuccio mio figliolo. AFN, fascio, 1722, f. 3 et 4.

(4) H. DE Groot, Nederlcndtsche jaerboeken en historien, p. 242. Amsterdam,

(5) « Sia o che non facesse conto di miei ordini et pareri, o che non gli habbia volute esseguire per l'odio che porta al colonello Mondragone et per il discontento che ha havuto, come l'ha più et più voite mostrato, che S. M'-' havesse dato a Mondragone, che lui diceva esser in diminutione délia sua auttorità, benche per le scritture et instruttioni che li lasciassimo era espressamente dichiarato che in questo particolare non si farebbe cosa se non con participatione et commandamento suo ». Instrnttione sopra le cose di Fiandra, l. c. Voir aussi la lettre de Farnèse du 21 septembre 1590. AFN, fascio 1639, et Fea, o. c, p. 384.

(6) Instrnttione sopra le cose di Fiandra, f. 5 svv. Voir aussi AFN, fascio 1631.

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des défaites des armées catholiques. Farnèse y voit la cause des victoires remportées par Maurice de Nassau en 1590 (')• D'ailleurs, pendant l'absence du prince de Parme, le désordre s'était répandu parmi les soldats. A son retour aux Pays-Bas, le gouverneur général ne trouva plus qu'une armée sans discipline et sans organisation (■-). Lors de la campagne de 1592, la querelle entre Farnèse et le comte de Mansfeldt s'envenima et introduisit partout l'incertitude et la révolte (^). La défense de notre territoire était dans un état déplorable (^).

Entretemps les Pays-Bas catholiques sont exposés aux attaques de Maurice de Nassau. Journellement les insurgés y renouvellent leurs incursions ('')• Les États des Provinces réclament, mais en vain, une défense mieux organisée ; ils demandent même au roi d'Espagne la permission de négocier avec les rebelles C^).

La mort d'Alexandre Farnèse ne devait pas mettre fin à cette situation troublée. Après le décès du grand adversaire de l'intervention espagnole en France, Philippe II pouvait consacrer, sans opposition, toutes ses forces au soutien de la Ligue (* ). La plupart des régiments espagnols sont concentrés au sud des Pays-Bas catholiques et quand, au début de 1593 (**), Maurice de Nassau renouvelle ses attaques contre nos provinces, le gouverneur Pierre- Ernest de Mansfeldt ne peut réunir qu'une armée de 2500 soldats ('•'). Lors du siège de Geertruidenberg, le gouvernement des Pays-Bas parvint à opposer aux armées hollandaises quelques milliers de soldats (^'■). Depuis plusieurs années, Maurice de Nassau n'avait plus eu à combattre une armée aussi considérable. L'armée de Geertruidenberg fut bientôt démembrée (") et, une fois de plus, la défense de nos provinces sacrifiée au profit de l'intervention en

(1) Instriittione scpra le cose di Fiandra, l. c.

(2) Fea, 0. c, p. 385.

(3) GossART, 0. c, p. 225.

(4) Fea, o. c, p. 441.

(5) Avvisi de 1590, 1591, 1592. Bibl. vat. Urbinas, t. 1058, f. 16, 39, 133, 201, 291, 318, 391, 462, 473, 489, 583; t. 1059a, f. 119, 177, 249; t. 1059b, f. 257, 308, 359, 425, 580, 658; t. 1060, f. 95,224, 364, 524.

(6) Matteucci à Aldobrandino, Bruxelles, 24 octobre 1592. AV. NF, t. V, f. 122.

(7) GossART, o. c, p. 194.

(8) i4vv/s/, Cologne, 14 janvier 1593. Bib/. vat. Urbinas, 1061, n. f.

(9) Ambrosi à Aldobrandino, B.'uxeiies, 21 janvier 1593. AV. NF., t. VI, f. 75.

(10) Au mois de mai, l'armée catholique comprenait déjà 8400 fantassins et quelques compagnies de cavaliers. Maivasia à Aldobrandino, Bruxelles, 11 mai 1593. Ibidem, t. II!, f. 70.

(11) Avvisi, Anvers, 24 juillet 1593. Bibl. vat. Urbinas, t. 1061, n. f.

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France. Dès le mois de mars 1594, le commissaire pontifical Malvasia put évaluer toutes les forces miilitaires des Pays-Bas à 4000 fantassins et 500 cavaliers et, dans ce nombre, il comprenait les détachements placés en garnison (')• Cosimo Masi n'exagère donc guère en disant que l'archiduc Ernest n'avait plus même l'ombre d'une armée (-).

Si Philippe II avait sacrifié la défense des Pays-Bas à son intervention en France, nous avons constaté cependant qu'après les deux premières campagnes contre Henri de Navarre, il avait permis à Farnèse de conduire ses armées au secours de quelque ville attaquée par Maurice de Nassau. Les troupes levées pour secourir la Ligue ont donc rendu de réels services à la défense de notre territoire. Malheureusement, il n'en était plus ainsi après le décès du prince de Parme. Diverses circonstances ont paralysé tous les efforts que le gouvernement aurait pu tenter pour utiliser en Flandre son armée française.

Au mois de novembre 1592, Farnèse avait levé une armée de 8500 soldats en vue de sa troisième campagne en France {''). Avant son départ, il alla négocier à Namur avec les États Provinciaux certaines questions se rapportant au gouvernement de nos provinces. Pendant cette absence, Appio Conti, le général des troupes de Clément Vril (^), remplissait les fonctions de commandant de l'armée royale (••)• L'officier pontifical occupait encore ce poste lors du décès de Farnèse et le conseil d'État le pria de le conserver jusqu'à la nomination du successeur du prince de Parme (•')• Appio Conti accepta, fit remarquer que sa présence était nécessaire à l'armée pontificale et demanda de hâter la nomination du chef des troupes royales (■). Le gouvernement désigna le fils de Pierre-Ernest de Mansfeldt, le comte Charles (''). Celui-ci

(1) Malvasia à Aldobrandino, Bruxelles, 11 mars 1594. AV. NF, t. Hi, f. 329.

(2) Masi à R. Farnèse, Bruxelles, 9 mai 1594. AFN, fascio 1636.

(3) Fea, 0. c, p. 456, n. 2.

(4) Clément VU! avait envoyé une armée au secours d-e la Ligue. Voir nos Noies sur l'intervention militaire de Clément VII! en France, dans la Revue d'histoire ecclésiastique, 1911, t. XH, p. 702 svv.

(5) A. Conti à A. Farnèse, Givet, 4 décembre 1592. AV. NF, t. IV, f. 19.

(6) Le même à Aldobrandino et à Matteucci, Givet, 5 décembre 1592. Ibidem, t. IV, f. 21 et t. V, f. 20t;.

(7) Lothario Conti à Aldobrandino, Bruxelles, 18 décembre 1592. Ibidem, t. IV, f. 23.

(8) Philippe II, sembIe-1-il, avait ordonné à Fuentes de faire cette nomination. Avv/s/, Anvers, 29 décembre 1592. Bibl. vat. Urbinas, t. 1064, n. f.

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avant d'accepter, souleva plusieurs questions, dont certaines ne pouvaient que difficilement se résoudre et partant paralyseraient l'action de l'armée pendant trois mois.

Les deux premières difficultés, la question du titre à donner à Mansfeldt et celle de ses rapports avec Mayenne, le chef de la Ligue ('), furent tranchées après quelques pourparlers. Charles avait réclamé le titre de capitaine général et une indépendance complète vis-à-vis du général ligueur. On décida qu'il n'obéirait pas à Mayenne, mais qu'il le consulterait pour la direction générale de son armée. Le titre de capitaine général lui fut refusé; il reçut celui de gouverneur des troupes de Sa Majesté (-). Appio Conti alla prendre le commandement de l'armée pontificale et le comte de Mansfeldt lui succéda à l'armée royale (■').

Cependant, avant de partir en campagne, Charles prétendit toucher les sommes nécessaires pour acquitter les arriérés dus aux soldats et leur payer la solde des deux mois suivants (^). Cette prétention s'explique : les soldats étaient à bout de ressources (J') et, lors d'une récente réorganisation de l'armée, les autorités militaires avaient supprimé sept compagnies d'infanterie parce qu'elles

(1) Il fallait régler ces rapports. Farnèse et Mayenne n'avaient pas été toujours d'accord. Voir Gossart, o. c, p. 191.

(2) Matteucci à Ph. Sega, Ambrogi à Aldobrandino, Matteucci au même, Ph. Sega à Aldobrandino, Matteucci au même, 16, 23, 28 et 31 décembre 1592, 2 janvier 1593. AV. NF, t. V, f. 221 ; t. IV, f. 58; NFr, t. XXXVI, f. 108; NF, t. V, f. 289, 296. Charles reçut le titre de «capoegovernatore délia gente di Sua Maestà». Remarquons qu'on fait erreur en considérant Charles de Mansfeldt comme « subordinatum Dumenaco qui supremum habebat imperium ». Johannis Baptisfae de Tassis commentarioriim de tumultibus belgicis sui temporis, dans Hovnck van Papendrecht, Analecta Belgica, t. II, 2" partie, p. 519. La Haye, 1743. Nous constaterons plus loin que Charles de Mansfeldt n'oublia pas sa capitulation quelqua peu humiliante. Il réclamera encore le titre de capitaine général. Un second refus lui paraîtra un motif suffisant pour donner sa démission. Le titre de capitaine général fut refusé à Mansfeldt, rapporte Ambrogi, /. c, par respect pour la mémoire de Farnèse. Ne faut-il pas voir ici plutôt une première manifestation de la querelle entre Fuentes et Pierre-Ernest de Mansfeldt?

(3) L'hésitation de Mansfeldt, semble-t-il, s'explique encore par les protestations qu'avait soulevées dans certains milieux la nomination de son père comme gouverneur intérimaire. Avvisi, Anvers, 26 décembre 1592; Cologne, 14 janvier 1593. Bibl. vat. Urbinas, t. 1601, n. f.

(4) Ambrogi à Aldobrandino. Bruxelles, 23 décembre 1592 et 11 janvier 1593. AV. NF, t. IV, f. 58, 68.

(5) Au mois de mars 1593, Malvasia constate que la solde n'a plus été payée depuis sept mois. Lettre à Aldobrandino. Noyon, 24 mars 1593. AV. NF, t. III, p. 29.

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ne comprenaient que 200 soldats, soit l'effectif d'une compagnie ('). Ces fantassins, versés dans d'autres régiments, perdaient des avantages pécuniaires fort appréciables (-). Le mécontentement était général. De nombreux déserteurs quittaient journellement l'armée ('). Certains régiments déclaraient que sans de sérieuses garanties de payement ils ne partiraient pas en campagne (^).

Malheureurement, le gouvernement des Pays-Bas manquait de ressources. Le comte de Mansfeldt refusa à plusieurs reprises toute offre d'argent inférieure à la somme exigée d'abord. Les négociations traînèrent pendant deux mois.

Au mois de janvier 1593, le gouverneur des troupes de Sa Majesté pose des conditions plus acceptables, il se contente de réclamer l'argent nécessaire pour entreprendre, avec espoir de succès, une expédition en France. Fuentessehâte de lui envoyer 18.000 écus("). Charles conduit ses troupes au siège de Noyon, mais, à peine en France, il doit demander de nouveaux subsides. Entretemps un désaccord est né entre Fuentes et Pierre-Ernest de Mansfeldt ('). Le fils de ce dernier n'obtient pas les sommes qu'il réclame ('). Le séjour prolongé des armées de Farnèse au nord de la France a ruiné les environs de la ville de Noyon. L'armée n'y trouve plus

(1) Matteucci au même. Bru.xelles. 13, 20 et 21 février 1593. Ibidem, t. V, f. 341, 350, 351.

(2) Voir notre étude dans le Rapport sur les travaux du Séminaire historique, dans Y Annuaire de l'Université catholique de Louvain, 1907, t. XXXI, p. 390 sv.

(3) Matteucci à Aldobrandino. Bruxelles, 21 décembre 1592, 13, 21 et 22 février 1593. AV. NF, t. V, f. 289. 341, 350 et 351. Au siège de Noyon, Mansfeldt n'avait plus que 5000 soldats. Malvasia à Aldobrandino, Bruxelles, 10 mars 1593, Ibidem, t. 111, f. 21. Nous avons établi qu'à la mort de Farnèse, l'armée comptait 8500 hommes. Avant le siège de Noyon, Charles avait reçu deux nouveaux régiments. Campana, Délia guerra di Fiandra, parte ultima, p. 1. Vicence, 1602.

(4) Avvisi, Anvers, 2 janvier 1593. Bibl. vat. Urbinas, t. 1061, n. f. Les soldats allemands désiraient voir garantir leur payement par des marchands de leur nationalité. Ambrogi à Aldobrandino, Bruxelles, 11 janvier 1593. AV. NF, f. VI, t. 68.

(5) Ambrogi à Aldobrandino, Bruxelles, 13 février 1593. AV. NF, t. V. f. 341. L'armée de Mansfeldt était restée aux Pays-Bas pendant trois mois, malgré les démarches de chefs de la Ligue. Séga à Aldobrandino, Paris, 19 janvier 1593. AV. NFr, t. XXXVI, f. 118; Avvisi, Anvers, 29 décembre 1592. Bibl. vat. Urbinas, t. 1031, n. f.

(6) Voir notre étude Pedro Enriquez de Azevedo graaf van Fuentes en de Nederlanden, dans les Annales de la Société d'Émulation, 1910, t. LX, p. 205 svv.

(7) Malvasia à Aldobrandino, Noyon, 21 mars 1593, Matteucci au même, même date. AV. NF, t. III, f. 29 et t. V, f. 384.

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de vivres ('). Mansfeldt se voit obligé de reconduire ses troupes aux Pays-Bas. La trêve de La Villette (13 juillet 1593) met définitivement fin à la troisième campagne française.

La trêve devait durer trois mois. Elle fut prorogée et la guerre ne recommença qu'en janvier 1594. Pendant plusieurs mois, semble-t-il, le 'gouvernement a pu disposer de son armée française pour la guerre de Flandre. Cependant, dès leur retour aux Pays- Bas, de nombreux régiments se mutinent et vont se retrancher à Saint-Po! en Artois et à Pont-sur-Sam.bre (-). Un grand nombre de soldats désertent l'armée (')• D'autres, mécontents de l'attitude du comte de Mansfeldt à leur égard, lui reprochent de ne pas avoir accordé à son armée une récompense spéciale, lors de la prise de Noyon, et d'avoir refusé la permission de piller la ville conquise (^). Charles est obligé d'abandonner son poste. Au mois de septembre, il va annoncer à Bruxelles que son armée a disparu (■'). En effet, pouvait-il considérer comme une armée les quelques régiments désorganisés qui ravageaient les campagnes du sud de l'Artois et de la Flandre!

L'ardeur de Philippe II pour la cause de la Ligue n'est pas refroidie par ces tristes événements (''). Il ordonne à son gouverneur de lever de nouveaux régiments et de préparer une puissante armée en état d'entrer en campagne dès la fin de la trêve. 3000 Italiens et 3000 Espagnols seront envoyés aux Pays-Bas (■). Fuentes, tout dévoué à la cause de la Ligue, lève de nouveaux régiments et réorganise les anciennes compagnies (-). Il ordonne

(1) Ambrogi à Aldobrandino, Anvers, 10 avril 1593. Ibidem, t. VI, f. 111.

(2) Voir \2 Rapport sur les travaux du Séminaire historique, dans Y Annuaire de l'Université catholique de Louvain, 1909, t. LXXIII, p. 469 svv.

(3) Avvisi, Anvers, 10 et 17 juillet 1593. Bibl. vat. Urbinas, t. 1061, n. f. Un millier de soldats quittèrent l'armée au début d'avril. Malvasia à Aldobrandino, 7 et 14 avril 1593. AV. NF, t. IH, f. 37 et 45.

(4) Ibidem, l. c.

(5) Avvisi, Anvers, 11 septembre 1593. Bibl. vat. Urbinas, t. 1061, n. f.

(6) Philippe H ordonne à l'archiduc Ernest de concentrer tous ses efforts du côté de la France. Gossart, o. c., p. 228. Malvasia se trompe en disant qu' « Ernest avait reçu pour instruction de s'occuper du gouvernement des Pays-Bas et de se mêler le moins possible par lui-même des affaires de France ». R. Maere, Les origines de la nonciature de Flandre. Étude sur la diplomatie pontificale dans les Pays-Bas à la fin du X VF siècle, dans la Revue d'histoire ecclésiastique, 1907, t. VII, p. 813.

(7) Malvasia à Aldobrandino, Anvers, 18 décembre 1593. AV. NF, t. III, f. 258.

(8) Le même au même. 24 avril 1593. Ibidem, t. lil, f. 56.

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le recrutement de 2000 Wallons (') et de quelques compagnies allemandes, destinées à compléter les anciens régiments de cette nationalité (-). Après le siège de Geertruidenberg, de nombreux détachements, qui ont participé à cette entreprise, seront envoyés à la frontière française (•^).

La première revue aux nouveaux régiments eut lieu en février 1594. L'armée comprenait plus de 17,000 soldats (^) et Rodolphe Baglioni, le successeur d'Appio Conti, l'estima en état de rendre des services appréciables (•')• Sa constitution n'était cependant pas à l'abri de tout reproche. Fuentes, qui s'était proposé de réorganiser toutes les anciennes compagnies, — réorganisation nécessaire ('') — avait dû ménager les intérêts d'un grand nombre de vétérans. « Depuis le décès de Farnèse, disaient ceux-ci ('), les gouverneurs généraux n'ont d'autre souci que de diminuer nos revenus. Le roi d'Espagne ignore la misère de ses troupes et nous enlève à tort certains avantages pécuniaires. » Le nombre de régiments réformés fut donc relativement restreint. Les trente-deux compagnies de cavalerie de l'ancienne armée furent réduites à dix-huit et l'on porta le nombre des compagnies des trois tercios d'infanterie espagnole, respectivement, de dix-huit à neuf, de vingt et un à sept et de quinze à cinq (■^). Dans les autres régiments de vétérans les vides ne furent pas comblés. Une certaine partie de l'armée manquait donc de cohésion. D'ailleurs la cavalerie était insuffisante et les nouveaux régiments italiens avaient tant souffert de leur voyage, qu'à leur arrivée aux Pays-Bas, ils étaient à peu près réduits de moitié ('*)•

La trêve de La Vilette expira en janvier 1594. Le mois suivant,

(1) Le même au même, Anvers, 18 décembre 1593. Ibidem, t. 111, p. 258. Malvasia écrit que ces soldats étaient destinés à la guerre de Frise. C'est une erreur. On en parle dans la Relatione délia gente clie si trova di présente nelli terzi, reggimenti et colonellie di tutti le natione, che enirano in Francia, questo anno di '94, seconda la mostra che per tal effefto si li e presa et ancora délia cavaleria. AV. NF, t. IV, f. 96.

(2) Malvasia à Aldobrandino, Anvers, 24 août 1593. AV. NF, t. 111, f. 192.

(3) Avvisi, Anvers, 24 juillet 1593. Bibl. vat. Urbinas, t. 1061, n. f.

(4) Relatione délia gente, l. c.

(5) Baglioni à Aldobrandino, Anvers, 30 octobre 1593. AV. NF, t. IV, f. 78.

(6) C. Masi à R. Farnèse, Bruxelles, 20 novembre 1593. AFN, t. IV, fascio 1649.

(7) Le même au même, Bruxelles, 13 et 20 janvier 1594. Ibidem, fascio 1636.

(8) Relatione délia gente, l. c.

(9) C. Masi à Ranuccio Farnèse, Bruxelles, 10 mars 1594. AFN, fascio 1628. Philippe II avait envoyé 3000 Italiens aux Pays-Bas. A la revue de 1594, il n'y en avait plus que 1570. Relatione délia gente, l. c.

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une partie de l'armée de Philippe II prit part à l'expédition peu importante de La Ferté-Milon. De nombreuses compagnies espagnoles refusèrent de suivre leur chef, Charles de Mansfeldt, parce que celui-ci n'était pas de leur nationalité (0- La première campagne générale ne commença que le 22 avril 1594 (-).

A quelles causes faut-il attribuer cette perte de temps? Elles sont multiples. A l'arrivée de l'archiduc Ernest aux Pays-Bas, le comte de Fuentes se déclara en possession de lettres patentes qui le désignaient comme chef de l'expédition française. Ernest refusa à Fuentes le titre de général de l'armée de Philippe II pour ne lui accorder que celui de lieutenant général. Ainsi, il conservait toute son autorité comme gouverneur de nos provinces. Fuentes ne voulut pas accepter cette humiliation. Charles de Mansfeldt reçut une seconde fois la mission de diriger l'expédition française (^). On sait que les soldats espagnols en furent froissés. Le gouvernement parvint difficilement à calmer le mécontentement(^). Il avait déjà remis aux anciens détachements espagnols un demimois de solde et distribué des habillements aux nouvelles compagnies de cette nationalité ('')• D'autres faveurs leur furent probablement accordées dans la suite. Elles expliquent le mécontentement des autres régiments privés des mêmes avantages. Le gouvernement des Pays-Bas recevait régulièrement à cette époque le subside mensuel promis par Philippe II ('^). Désirant satisfaire avant tout la soldatesque de Saint-Pol et de Pont ('), il ne parvint pas à octroyer aux soldats italiens, allemands et wallons la faveur dont les Espagnols venaient de jouir. Les Italiens tout particulièrement en ressentirent un vif mécontentement (-). Habitués à une situation privilégée sous Farnèse, ils étaient d'autant plus froissés d'en être privés maintenant au profit d'une autre nation (•').

(1) Malvasia à Aldobrandino, Bruxelles, 19 février 1594. AV. NF. t. III, f. 297. Cette expédition réussit cependant. Henri de Navarre, croyant l'armée de Mansfeldt au complet, se retira.

(2) Baglioni au même, Pont, 24 avril 1594. Ibidem, t. IV, f. 116.

(3) Malvasia au même, Bruxelles, 19 février 1594. Ibidem, t. III. f. 297.

(4) C. Masi à Ranuccio Farnèse, Bruxelles, 7 mars 1594. AFN, fascio 1636.

(5) Malvasia à Aldobrandino, Anvers, 15 janvier 1594. AV. NF, t. III, f. 272.

(6) Rapport sur les travaux du Séminaire historique, dans Y Annuaire de l'Université catholique de Louvain, 1909, t. LXXIII, p. 469 sv.

(7) Ibidem, l. c.

(8) Malvasia à Aldobrandino, Bruxelles, 18 mars 1594. AV. NF, t. III, f. 329.

(9) Masi à R. Farnèse, Bruxelles, 16 mai 1594. AFN, fascio 1636.

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