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LA DÉFENSE DES PAYS-BAS CATHOLIQUES AU XVÏ^ SIÈCLE

Ils déclarèrent que toutes les faveurs allaient aux Espagnols (') et refusèrent d'obéir aux ordres de Charles de Mansfeldt, quand celui-ci décida, au mois de mars, de commencer sa seconde campagne française (-). L'armée resta aux Pays-Bas.

Entretemps le nombre de désertions n'a pas diminué. Charles de Mansfeldt reçoit un nouveau contingent de deux régiments allemands. Malgré cela, il ne peut conduire au siège de La Capelle (22 avril 1594) que 12,000 hommes {''). Deux mois auparavant, il en avait eu 17,000 sous ses ordres!

La seconde campagne de Mansfeldt ne fut pas plus longue que la première. Au mois de juillet, les faibles détachements que Charles avait encore sous ses ordres — 5000 fantassins et une poignée de cavaliers — étaient retournés dans l'Artois. Un certain nombre de compagnies avaient été laissées en France {-*). L'armée espagnole était épuisée; elle manquait de cohésion. Les soldats, sans solde suffisante, se virent obligés de vivre de vol et de brigandage (^). Charles demanda son rappel, il prétexta l'état précaire de sa santé. En réalité, nous dit Malvasia (''), il ne put souffrir de se voir refuser le titre de général. La démission ne fut d'abord pas acceptée. Pierre-

(1) Cette plainte était fondée. Sous Ciiaries-Quint, on connaissait déjà ce favoritisme. Voir Henné, Histoire du régne de Charles-Quint en Belgique, t. X, p. 196. Bruxelles, 1860. La mutinerie de Pont-sur-Sambre fut provoquée et prolongée par la partialité du gouvernement espagnol (Rapport sur les travaux du Séminaire historique, dans V Annuaire de l'Université catholique de Louvain, 1909, t. LXXllI, p. 472, 479) qui souleva de toute part des protestations; Avis donné à l'archiduc Ernest, gouverneur des Pays-Bas, le 18 et 19 janvier 1595, par les archevêques, évêques, chevaliers de l'ordre, gouverneurs des provinces et par le conseil des affaires des Pays-Bas; Avis des États Généraux sur le règlement et la conduite de la milice du 27 juin et 14 août 1600. Gachard, Actes des États Généraux de 1600, p. 528 sv., 691 sv. Bruxelles, 1849.

(2) Baglioni à Aldobrandino, Pont, 24 avril 1594. AV. NF, t. IV, f. 116.

(3) Ibidem, l. c.

(4) Malvasia à Aldobrandino, Anvers, 9 juillet 1594; Baglioni au même, Bruxelles, 1 juillet 1594. AV. NF, t. IIIa, f. 518, t. IV, f, 132.

(5) L'armée fit encore quelques expéditions peu importantes dans le Cambrésis. C. Masi à R. Farnèse, Bruxelles, 24 août 1594. AFN, fascio 1649; Malvasia à Aldobrandino, Anvers, 23 juillet 1594; Bruxelles, 23 décembre 1594; Baglioni au même, Bruxelles, 14 octobre 1594. AV. NF, t. IIIa, f. 350, 759, t. IV, f. 148. Les troupes de Mansfeldt étaient incapables de toute entreprise sérieuse. Voir Gachard, o. c, p. 419 sv.

(6) Malvasia à Aldobrandino, Bruxelles, 5 juin 1594. AV. NF, t. IIIa, f. 490. Cette manière de voir se trouve confirmée par Bor, Oorsprongk, begin en vervolg der nederlandsche oorlogen, t. IV, p. 30. Amsterdam, 1679. Charles donna sa démission, dit Bor, « overmits hy met den grave Fuentes en andere spaense ministers niet wel konde accorderen en hem niet en respecteerden gelyk hy meende dat hem competeerde ».

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Ernest de Mansfeldt obtint pour son fils la permission de venir s'expliquer à Bruxelles ('). Déchargé de sa mission, Charles se retira dans le Luxembourg (-). Plus tard il accepta le commandement de quelques régiments wallons, levés par l'empereur pour combattre les Turcs ('). Avant son départ pour Bruxelles, Mansfeldt avait confié provisoirement le commandement de son armée au maître de camp Messia. Les officiers du même grade en furent froissés et refusèrent d'obéir à leur nouveau chef {*). On confia donc la succession de Charles à Varambon.

Philippe n'abandonne pas la cause de la Ligue, il ordonne la réorganisation de son armée, quand Henri IV, reconnu comme roi par la plupart des ligueurs, déclare officiellement la guerre à l'Espagne (17 janvier 1595). Une nouvelle période de malheurs s'ouvre pour nos provinces. L'archiduc Albert concentrera tous ses efforts du côté de la France, il conduira ses armées au Câtelet, à Doulens, Cambrai, Calais, Ham, Guines, Ardres et Amiens. Aux Pays-Bas il n'entreprendra, en fait d'expéditions importantes, que celles de Huy et de Hulst. Quelques misérables compagnies, sans organisation ni discipline, seront laissées à la garde de notre territoire (■'). Après maints désordres locaux, une mutinerie générale de toute l'armée éclatera en 1597 ('). Maurice de Nassau pourra librement piller nos provinces (•).

Le 2 mai 1598, Philippe II signa la paix de Vervins. Il avait compris la nécessité d'abandonner toute guerre extérieure pour ne s'occuper que de la soumission de ses sujets révoltés. Il était trop tard. Depuis 1590, notre territoire avait été abandonné à la merci de l'ennemi. Plus d'une fois, les habitants des Pays-Bas catholiques avaient essayé d'organiser pour leur propre compte la défense de leurs frontières. En 1592, un grand nombre de villages du Brabant décidèrent de construire à leurs frais des fortifications pour entraver les incursions des insurgés ("*). L'année suivante, les bourgeois du Pays de Waes montèrent la garde en vue d'empêcher

(1) Malvasia à Aldobrandino, Anvers, 2 juillet 1594. AV. NF, t. IIIa, f. 530.

(2) Le même au même, Anvers, 30 juillet 1594. Ibidem, t. HIa, f. 563.

(3) i4vv/s/, Anvers, 13 novembre 1594 et 18 février 1595. Bibl. vat. Urbinas, t. 1062, 1063, n. f.

(4) Malvasia à Aldobrandino, Anvers, 30 juillet 1594. AV. NF, t. IIIa, p. 563.

(5) H. DE Groot, 0. c, p. 238, 241, 295.

(6) fbidem, p. 321.

(7) < Dan terwyl Vrankryck de troepen des Aertshertoghen ophieldt, stroopten en vernielden Maurits ruyters te vuer en te swaert Brabandt en de uyterste grensen der Nederlanden ». Ibidem, p. 264.

(8) Avvisi, Anvers, 25 janvier 1592. Bibl. vat. Urbinas, t. 1060a, f. 71.

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