‹ Mélanges d'histoire offerts à Charles MoellerChapitre 123 sur 149 · LA DÉFENSE DES PAYS-BAS CATHOLIQUES AU XVI'-' SIÈCLE · texte numérisé non relu

LA DÉFENSE DES PAYS-BAS CATHOLIQUES AU XVI'-' SIÈCLE

les attaques de la garnison hollandaise de Hulst ('). Ce fut en vain ! Ces soldats improvisés étaient incapables d'une action sérieuse. Maurice avait fortifié toutes les localités situées près de nos fronfières. De nombreuses garnisons furent placées à Bréda, Berg-op- Zoom, Flessingue, Rozendaal. Steenbergen, La Brielle, Ostende et Hulst (')• La West-Flandre est journellement pillée par les soldats d'Ostende, la Flandre impériale par la garnison de Hulst, le Brabant, le Namurois et le pays de Liège par celles de Berg-op-Zoom et de Bréda; à partir de 1595, les compagnies d'Henri de Navarre font de fréquentes descentes dans l'Artois et le Hainaut. Chaque semaine les Avvisi signalent de nouveaux exploits de l'armée des ennemis. Les marchands sont arrêtés et dépouillés de leurs marchandises; la soldatesque incendie les fermes et les villages, elle ravage les terres, pille les hameaux, emmène de nombreux troupeaux de bétail et ne se retire que chargée de butin. Les particuliers et les administrations urbaines sont mis à contribution, les bourgeois emmenés comme otages (0-

L'intervention espagnole en France acheva la ruine des Pays- Bas catholiques. L'obstination de Philippe il à secourir la Ligue favorisa les progrès de Maurice de Nassau et l'organisation définitive des Provinces-Unies. En 1590, en effet, Farnèse préparait la soumission des insurgés, au moment même où le roi d'Espagne le chargea d'aller soutenir la Ligue. Après la capitulation des villes flamandes, les circonstances paraissaient favorables au prince de Parme : le gouvernement des Provinces-Unies était désorganisé et avait perdu la confiance du peuple ; les finances étaient dans un état déplorable, la mutinerie ravageait l'armée. En 1598, au contraire, les succès de Maurice de Nassau ont rendu aux insurgés leur courage de jadis. Le gouvernement est respecté, les soldats, régulièrement payés, obéissent sans murmures à leurs chefs, les habitants paient volontiers les contributions qu'on leur impose ("*). L'Espagne, épuisée par la guerre française, n'est plus en état de tenir tête à Maurice de Nassau. L'indépendance des Provinces- Unies est définitivement acquise. L'intervention espagnole en France a amené la scission entre les Pays-Bas du Nord et ceux du Sud.

Ph. Van îsacker.

Professeur à l'athénée royal de Malines.

(1) Avvisi, Anvers, 30 mai 1593. Ibidem, t. 1061, n. f.

(2) Avvisi, Anvers, 13 janvier 1590, 21 septembre 1591, 18 juin 1594. Ibidem, t. 1058, f. 39; t. 10593, f. 540; t. 1062, n. f.

(3) Voir les Avvisi de 1590 à 1598. Bibl. vat. Urbinis, t. 1058 svv., passim.

(4) Fruin, 0. c, p. 2.

Juste Lipse et Montaigne.

Lorsqu'on étudie la vie des humanistes du xvi<^ siècle, on est tout étonné de constater que, malgré les grandes difficultés que présentaient les communications à cette époque, la plupart d'entre eux se déplaçaient facilement, entreprenaient de longs et souvent de périlleux voyages et entretenaient une correspondance suivie avec des savants des pays les plus éloignés. Il suffit de rappeler les nombreuses et si précieuses lettre d'Érasme, de Cleynaerts et de Juste Lipse.

En lisant, il y a quelque temps, l'intéressant travail de P. De Decker sur les Missions catholiques, je fus frappé d'une allusion faite par le savant historien aux rapports qui avaient existé entre Juste et Montaigne, fait d'autant plus curieux que la nature de ces deux génies était dissemblable à tant d'égards. J'ai fait quelques recherches à ce sujet; elle ne sont guères complètes; je crois cependant qu'il n'est pas inutile de les consigner ici.

Dans ses Essais Montaigne parle à deux reprises de Juste Lipse, et cela dans les termes les plus élogieux :

« Combien ie désire, écrit-il au chapitre XII du second livre ('), que pendant que ie vis, ou quelque aultre, ou Justus Lipsius, le plus sçavant homme qui nous reste, d'un esprit très poly et iudicieux... eust et la volonté, et la santé, et assez de repos, pour ramasser en un registre... les opinions de l'ancienne philosophie sur le subiect de nostre estre et de nos mœurs...» Le vœu émis par Montaigne fut, exaucé partiellement du moins, lorsqu'en 1604 Juste Lipse publia à Anvers à l'imprimerie plantinienne ses Manuductionis ad stoicam philosophiam libri très et ses Physiologiae stoicorum libri très.

Chose curieuse, alors que Montaigne qualifie Juste Lipse de «le plus savant homme qui nous reste», c'est presque dans les mêmes termes qu'en parle Vondel dans la préface de sa traduction de l'Electre de Sophocle, lorsqu'il écrit -.Justus Lipsius het licht der geleerdheid onzer eeuw (-).

(1) Éd. Didot, p. 297.

(2) Éd. Allard, t. I, p. 364.

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