JUSTE LIPSE ET MONTAIGNE
et soror. Lipse fut fortement impressionné par la mort de Montaigne survenue le 13 septembre 1592. On le sut, car, encore le 22 avril 1595, Hieronymus Berchemius lui écrit d'Ypres (') : « narrationem de Montani obiiu, pueri manu, quod valde te rogo, ad me mitte ...De Montani vzro excessu hoc curiosius quaero, quod extra ingenium viri et judicium, quae tua judicio summa in illofuere, plerosque naturae defectus et veluti imperfectiones, quas ipse palam agnoscit, in mea similiter experior, ut geminum me illius possis dicere, seu vertus ex solido Platone, totum gibbum referre » .
Enfin bien affectueuse est la lettre par laquelle (Louvain, 22 mai 1593) il parle de la mort de Montaigne à Marie de Gournay, qui se trouvait alors à Cambrai. Nous ne pouvons résister au désir d'en transcrire quelques phrases qui montrent parfaitement les idées de Juste Lipse et en même temps la haute estime qu'il ressentait pour son ami {;) : « tiomulli sumus, id est pars optima et caelestis in terram inclusa : felices, qui liber i ab ea et soluti. Tuus pater jam est. Nuncio tibi, si nescis ; renovo, si jam scis, periisse, quid dixi? abiisse a nobis magnum illum virum : Montanum, inquam, nostrum ad alta et aettiereos illos montes. Ifa scriptum ad me Burdegalensis, et quia litteras tuas veteres esse video, arbitror te quoque sensum Jam habere hujus plagae. Sed quid malifactum? rideat ille nos, si sciât dolore : quem opinor in ipsa morte hilarem eam suscepisse, et victorem etiam ejus, cum ab ipsa vincereiur. Et il finit par lui dire : tu as perdu ton père, regarde moi comme ton frère : quoniam pater tuus ille obiit, censé me fratrem...
Probablement que plusieurs des lettres de Juste Lipse à Montaigne et à Marie de Gournay ont disparu ; quant à celles que Montaigne et Marie ont adressées à Juste Lipse, des recherches ultérieures pourront peut-être nous renseigner si elles existent encore. Il est même probable que l'on trouverait des indications dans la bibliothèque montaignesque du fonds Payen (''), conservé à la bibliothèque nationale de Paris. Quelque incomplètes que soient donc ces notes, j'ai cru cependant qu'elles pouvaient présenter un certain intérêt.
Adolphe De Ceuleneer, Professeur émérite de l'université de Gand.
(1) BuRMANN, Syl.'. epist., t. I, p. 628.
(2) JusTi Lipsii, Ep. cent, ad Belges, 15.
(3) Voyez à ce sujet le Polybiblion, mai 1873, p. 188; septembre 1873, p. 290.
Le collège anglais de Saint-Omer.
Les débuts.
L'histoire du collège anglais de Saint-Omer est bien connue.
Elle a été racontée par les historiens du collège actuel de Stonyhurst, le descendant direct de Saint-Omer (').
Nous voudrions décrire dans ses grandes lignes l'organisation intérieure de cet établissement d'instruction, qui fut en même temps une maison de formation religieuse et morale. Encore faudra-t-il se borner et nous ne nous occuperons ici que de la période de fondation, moins explorée, parce que ses sources — documents d'archives pour la plupart — sont restées inédites jusqu'ici.
La principale est le « coutumier » du collège, où furent consignés successivement les règlements et coutumes approuvées (^); viennent ensuite les archives de la Compagnie de Jésus, qui reposent en partie aux archives du royaume à Bruxelles (^).
En 1582, le P. Robert Parsons avait fondé un petit collège à Eu, en Normandie (^); mais on fut bientôt forcé de songer à se transporter ailleurs et on choisit Saint-Omer (^). Vers la fin de 1592,
(1) stonyhurst près Blackburn, Lancs, Angleterre. Cfr J. Gérard, S. J., Stonyhurst Collège. Centenary record. Belfast, 1894 ; Gruggen et Keating, S. J., Stonyhurst. Londres, 1901.
(2) Bibliothèque de l'université de Louvain, nis. 160. H sera désigné ici par la lettre C.
(3) Les documents cités sans indication du fonds sont en possession de l'Ordre ; ils appartiennent à la correspondance des généraux avec les provinces et seront désignées ici : Ep. gen., avec la date.
(4) Cfr H. FoLEY, S. J. Records of the english province S. J., t. Vil, p. 36 svv. ; J. Gérard, o. c, p. 1 svv.
(5) Sur les raisons de ce choix, cfr Foley, /. c, citant H. More, S. J., Historia provinciae anglicapae S. J ., \. V, n. VI, p. 161. Saint-Omer, 1660.
à l'instigation de Parsons ('), le docteur Barret, recteur du collège de Reims, demanda au magistrat de Saint-Omer l'autorisation d'y établir douze ou quinze élèves d'Eu, qui suivraient les cours du collège des jésuites wallons. La requête fut bien accueillie et le P. Flack, délégué par le P. Parsons, s'installa dans une petite maison avec sept élèves et le P. Smith, leur « père spirituel » et « ministre » de la maison ; avant la fin de l'année, les étudiants étaient dix-huit et on acquérait un immeuble plus vaste, « l'ancien hôtel du grand bâtard de Bourgogne, en la Tenue rue (-). »
L'année suivante, nouveau progrès; pour se rapprocher du collège wallon, on obtint l'autorisation d'acheter « la maison de Berghes », place de l'État, et les élèves n'eurent plus qu'à traverser la place pour se rendre aux cours. Le magistrat continuait à se montrer bienveillant (^). Mais quand, au début de 1594, le P. Flack lui demanda de pouvoir acheter « une vaste maison, appelée l'hôtel de Licques ... ayant autrefois appartenu à la comtesse de Roeux», il refusa net; la ville verrait à regret une maison seigneuriale transformée en couvent. Comme il arriva souvent en pareil cas à cette époque, les demandeurs s'adressèrent au souverain.
Par lettres du 4 mars 1594, Philippe II intervint auprès du « comte de Roeux, grand baylly et governeur de Saint-Omer » et de l'évêque du Vernois (^); le 24 octobre 1594, « les jésuites obtinrent saisine de l'hôtel ... à condition que cette maison ne serait exempte d'aucune des charges qui pesaient sur les maisons bourgeoises, et qu'elle serait toujours taillable et justiciable de l'échevinage {^) ».
Protecteur attitré des catholiques anglais persécutés, le roi fit plus encore.
Il prit à ses frais l'achat de l'immeuble; déjà en 1593, il avait
(1) Cfr O. Bled, Les Jésuites anglais à Saint-Omer, dans le Bulletin historique des antiquaires de la Morinie, 1890, t. VIII, p. 546. Cette affirmation contredit H. More, /. c. ; voir à ce sujet J. Gillow, Dictionary of english catholics, s. V. Barret, Richard.
(2) O. Bled, o. c, p. 547, d'où sont tirés les détails qui suivent.
(3) Il y était d'ailleurs encouragé en haut lieu; le 30 juillet 1593, le comte de Mansfelt, gouverneur des Pays-Bas, lui écrivit au nom de Philippe II pour lui recommander le collège récemment fondé. Cfr J. J. E. Proost, Les réfugiés anglais ...en Belgique, dans le Messager des sciences historiques, 1865, p. 300.
(4) Archives du royaume à Bruxelles, Varia, S. J., carton 29. On y trouvera également l'acte de vente et l'autorisation du magistrat, qui déclare expressément se soumettre aux désirs de Sa Majesté.
(5) 0. Bled, /. c.
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accordé une pension de dix écus par mois et par élève et chargé le magistrat de lui faire connaître le nombre d'élèves (') ; le 16 mai 1594, il confirma la pension annuelle de 2000 livres concédée par lui précédemment, et permit de recevoir autant d'enfants qu'on pourrait sans être à charge à la ville (). Rien d'étonnant s'il fut considéré comme « fondateur du séminaire »; le 13 septembre, jour anniversaire de la mort du roi, on chantait une messe solennelle de requiem et tous les prêtres offraient le Saint-Sacrifice pour le repos de son âme (••).
Voilà donc le nouvel établissement pourvu des moyens d'existence, premier facteur d'une bonne organisation.
Pour comprendre la physionomie particulière de Saint-Omer, il faut noter avant tout son caractère nettement ecclésiastique. Un prospectus latin du xvni'^ siècle commence par ces mots : « Le but principal des fondateurs de ce collège a été la piété; aussi les Pères qui dirigent et desservent le collège ont toujours eu et conservent encore comme principal souci de porter les jeunes gens à la vraie vertu et de leur inculquer les principes de la religion» (/).
Au début, l'école faisait partie du plan d'ensemble de formation du clergé anglais catholique. Le cardinal Allen avait fondé les séminaires ; le P. Parsons compléta le système par la création d'établissements du degré moyen; Saint-Omer fut destiné à préparer des candidats pour les séminaires anglais de Douai, de Rome et d'Espagne. Dans l'esprit des fondateurs, il donnerait aux jeunes gens le moyen d'aborder les hautes études et les formerait dès l'enfance aux devoirs austères de leur vocation {■').
(1) O. Bled, art. cité, p. 549. — « ConsHiario questori financiarum Christophoro Godin numerum familiae quotannis scripto tradidimus » iResponsio ad obiecta a magistratn, 1609, par le recteur G. Schondonck. Archives du royaume à Bruxelles, Varia, S.J., carton 31).
(2) H. PiERS, Notice fiistorique sur le collège anglais de Saint-Omer, dans Archives... du Nord de la France, 1838, t. II, p. 5 sv. Dans une pétition latine adressée au roi d'Espagne on trouve les chiffres suivants : « [Philippus 11] duas pensiones annuas eidem seminario attribuit, unam 10.000 florenorum ex ipsa Hispania quotannis subniittendam. alteram 6200 florenorum a financiis regiis in Belgio annue solvendam » (pièce non datée, rédigée après 1660). Archives du royaume à Bruxelles, Varia, S. J ., carton 29.
(4) Archives de l'État à Bruges, Acquisitions, Cah. 1, n° 10, p. 4. Voir aussi J. J. Proost, /. c, p. 300; Foley, o. c, t. I, p. 106 sv. ; H. More, o. c, p. 246.
(.')) A. Bellesheim, Wilhelm Cardinal Allen und die englische Seminàre auf dem Festlande, p. 251 sv. Mayence, 1885. Les « Constitutions » imposées au collège en 1600 sont évidemment destinées à de futurs prêtres. Cfr. C, p. 1 sv.
En fait, chaque année, un certain nombre de rhétoriciens partaient, soit pour les noviciats de la Compagnie de Jésus, soit pour les séminaires. Dès 1594, six d'entre eux, faisant voile pour l'Espagne, furent pris par des pirates et, conduits en Angleterre, montrèrent une bravoure héroïque (')• Trois ans plus tard, le P. Foucart, recteur, écrit au général de l'Ordre que huit jeunes gens sont partis pour les séminaires (-). Les «lettres annuelles» de la Compagnie, parlant du «seminarium anglicanum audomarense», indiquent généralement le nombre des élèves envoyés à Rome ou en Espagne; il oscille entre quinze et vingt-deux (■^).
Ces « missions » entrèrent dans les habitudes du collège. On les entourait d'une certaine solennité. Ceux qui partent, dit le coutumier, « dîneront à la ... table des Pères; on leur donnera double portion de tout et du vin. La première nuit, ils seront accompagnés par quelqu'un des nôtres et par quelques étudiants, s'il y a un motif spécial, par exemple, si deux frères se quittent. Tous les élèves les escorteront pendant quelque temps» {*).
Il n'y avait pas cependant que de futurs clercs à Saint-Omer. A côté de ces «alumni», admis à prix réduit, une seconde catégorie comprenait les «convictores», les pensionnaires. On avait été obligé de les admettre à la demande du Saint-Siège et de Philippe II (•'). Et c'était d'ailleurs un devoir de charité d'offrir aux jeunes anglais catholiques l'enseignement qu'ils ne trouvaient plus dans leur patrie.
Mais la formation de ces pensionnaires eux-mêmes s'inspirait du but premier de l'institution : « Les élèves qui sont éduqués ailleurs recherchent avant tout les dignités ecclésiastiques ou civiles...; ceux-ci, quelle que soit l'illustration de leurs ancêtres,
En 1594, le P. Holt, parlant du séminaire de Saint-Omer, écrit : « Cum ut ad illa seminaria [Romae et in Hispania] postea promoveantur ideo studiosi isti in hoc formentur et alentur (Epist. Germ. ad gêner., 19 juin 1594).
(1) Cfr FoLEY, 0. c, t. VII, p. 1147; Dom Bede Camm, O. S. B., In the brave days of old. Londres, 1899; Le même, dans la Revue bénédictine, 1895, t. XII, p. 138 sv.
(2) Epist. Germ. ad gêner., 26 juillet 1597; cfr Foley, o. c., t. VU, p. 30.
(3) Cfr Foley, o. c., t. VII, p. 521 ; t. VIII, p. 1147 sv.
(5) « Notandum alios in dicto seminario alumnos esse, alios convictores... Societas, cupiente Sua Maiestate item Sanctiss. Dno Nro Gregorio XIII (sic) suscepit curam huius audomarensis coilegii cum convictu eorum, qui ex Anglia haereticorum educatione prudenter subtracti hic catholico ritu imbuerentur pietate, moribus, disciplinis ».Respor.sio du P. Schor.donck, déjà citée, 2" obiectio, .^ 6, 3^ obiectio. S 9.
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ont surtout en vue de travailler chacun dans sa sphère à la conversion de l'Angleterre... Ils devront donc se former à la fois à la piété et à la science» (')•
Le caractère mixte de Saint-Omer — que nous appellerions de nos jours un petit séminaire — est bien marqué par le nom technique que lui donne le plus méritant de ses recteurs, le P. Schondonck; il l'appelle «séminaire-pensionnat» (-')• En fait, on l'appelait collège, et plus fréquemment à cette époque, séminaire; c'est le terme dont se servent les lettres annuelles et la correspondance des supérieurs de la Compagnie. 11 marque mieux la nature spéciale de la formation qu'on y donnait.
Cette formation, les élèves du « séminaire » ne l'y reçurent pas tout entière à l'origine. Les cours n'y furent établis que plus tard et les anglais eurent alors seulement leur collège autonome et complètement organisé.
Nous avons trouvé intéressant de rechercher quand s'est terminée cette période embryonnaire; car les historiens récents de Stonyhurst la passent totalement sous silence (■). Cependant il n'est pas douteux que durant les premières années les élèves du séminaire suivirent les cours du collège belge de Saint-Omer; les documents inédits qui suivent le prouvent à l'évidence.
Déjà dans son histoire des jésuites anglais publiée, en latin en 1660, H. More écrivait : «Dès le début, à l'école très célèbre alors des Pères belges, le séminaire rivalisait non sans succès avec les meilleurs esprits des nations voisines. Et pendant les années suivantes, quand l'arène des études eut été établie dans nos propres murs,... il s'acquit l'admiration des plus grands savants » (^).
(1) Cfr C, p. 87, cité en partie par H. More, o. c, p. 427.
(2) « Quando siquidem urgent nécessitâtes Ecclesiae, Societas [Jesu] admittit etiam quoque curam convictorum et tum vocantur iiiae Societatis familiae coliegia cum convictu... Ita Societas suscepit curam huius audomarensis seminarii ciim convictu ». (Responsio, citée plus haut, 3" obiecto, .ï; 9).
(3) Cfr, par exemple, J. Gérard {o. c, p. 2, n. 2), qui croyait pouvoir dater de 1592 la fondation du collège comme unité indépendante.
(4) O. c, p. 163. — Le 19 juin 1594, le P. 0. Manare permet d'enseigner le catéchisme au séminaire, * ne cogentur saepius quam necesse est plateas obambulare » ; il ordonne que les élèves du séminaire ne soient pas châtiés en classe au collège, mais renvoyés chez eux et punis par leurs propres supérieurs. Dans sa lettre du 26 juillet 1597. citée plus haut, le P. Foucart note que les élèves anglais « in suis classibus fere primum locum obtinent >. II demande de ne pas devoir avertir le préfet des études du collège quand il désire retenir un élève au séminaire. Les «lettres annuelles» de 1598 (Lyon, 1608, p. 239), parlant du
En quelle année ce changement eut-il lieu? Deux documents destinés à la rédaction des «lettres annuelles» de 1614 permettent de répondre à la question. Dans le premier, le P. Thomas Feck écrit : « Nous eûmes le bonheur cette année d'ouvrir les classes dans l'enceinte même du collège ; elles sont fort commodes, quoiqu'il leur manque encore la décoration et les accessoires» ('). La seconde pièce est plus explicite : « Le 14 octobre, le matin après la grand'messe, on ouvrit dans ce collège les nouvelles classes. Le même jour on joua un drame où intervenaient [S.] Arsène, Théodose le jeune et ses fils Arcadius et Honorius» (-).
Le collège ne fut donc définitivement constitué que le 14 octobre 1614.
Son organisation intérieure pendant la période qui précède se résume en deux mots : c'est l'ère des tâtonnements et des difficultés inhérentes à une situation transitoire.
Il s'agit d'abord du gouvernement de la maison.
Quand Philippe II la dota richement et, cassant l'opposition des audomarois, lui permit de s'étendre considérablement, il tint compte de l'objection qu'on lui avait soumise : une communauté purement anglaise, dans une région si proche de la mer, pourrait être un véritable danger en temps de guerre. Il stipula donc que
collège belge, mentionnent les élèves anglais du séminaire parmi ceux qui fréquentent les cours. Les « constitutions » de 1600 recommandent d'aller aux cours et d'en revenir avec les compagnons indiqués, de ne pas discuter bruyamment en route (C, p. 5). Les lettres annuelles de 1600 (Dilingen, s. a., p. 228) portent une mention analogue à celle de 1598. Enfin, la Responsio du P. Schondonck décrit tout le séminaire, en 1609, sans faire mention de classes.
(1) <- Féliciter hoc anno effectum est, ut scholas aperiremus intra proprios collegii nostri parietes, easque valde commodas, licet nondum adsint eaquae ad ornamentum et complementum ». Archives du royaume à Bruxelles, Varia S. J., carton 29. La pièce est datée du 4 novembre 1614. Sur le P. Feck, cfr Foley, 0. c, t. VU, p. 247 svv.
(2) « Die 14 octobris, mane post solemne sacrum aperiebantur in hoc coUegio novae scholae. Post prandium eodem die exhibitum fuit drama de Arsenio, Theodosio juniore, et filiis Arcadio et Honorio ». Note rédigée par Th. Wilson, prêtre. Ibid. — Foley a publié une traduction de ce document (o. c, t. V, p. 426); mais, détail à noter, il omet le mot novae. — La correspondance des généraux S. J. montre que la séparation avait déjà été décidée en 1611; en 1614, le provincial de la « gallo-belge » avec ses « consulteurs », avait demandé l'autorisation de la réaliser; par lettre du 19 juillet 1614, le P. Aquaviva y consentit «pour le bien des jeunes gens et la consolation de leurs parents», mais à condition qu'on ne donnât l'instruction qu'aux pensionnaires et qu'on veillât à maintenir les liens de charité entre anglais et belges ; il écrivit dans le même sens le 23 août 1614 au recteur du collège.
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le séminaire anglais serait gouverné par « un recteur de la nation de mes pays de par de là » (')•
Le P. Flack céda la place au P. Jean Foucart en 1594 et, comme on pouvait le craindre, les choses n'allèrent pas sans heurts. Ainsi que dans les autres séminaires anglais du continent, mais avec moins d'acuité, les dissentiments nationaux se manifestèrent. Puis, le nouveau recteur voulait une discipline plus rigide, qui déplaisait au P. Flack et à d'autres; de là des froissements. Et le recteur d'insister auprès du général de l'Ordre pour être délivré de sa charge; il écrit avec un délicieux humour : «Je n'ai pas toujours eu, et je n'ai pas à présent, à ce qu'on me dit, les mêmes idées ni les mêmes sentiments que le P. Flack ; mais nous sommes tous deux d'accord sur un point : il juge bon et désire qu'on change le recteur ou régent de ce séminaire » (-).
Ce n'étaient pas les seules difficultés du recteur; d'autres provenaient de la situation particulière des jésuites anglais vis-àvis des supérieurs locaux. Le collège wallon de Saint-Omer appartenait à la «province» belge de la Compagnie {'•).
Or, à cette époque, il n'y avait pas encore de province anglaise; les sujets de cette nation formaient une «mission» gouvernée par un préfet résidant habituellement à Rome. Il avait sous lui un vice-préfet séjournant en Angleterre, avec juridiction sur les Pères employés dans le royaume. Ceux qui se trouvaient sur le continent étaient soumis à l'autorité des provinciaux locaux en ce qui concernait la discipline domestique, mais dépendaient pour tout le reste du préfet de Rome, représenté en Espagne et en Belgique par deux vice-préfets (■■).
Par suite de cet arrangement compliqué, le recteur de Saint-
(1) Lettre du 4 mars 1594 au comte de Rœux. Archives du royaume à Bruxelles, Varia S. J ., carton 29. Voir aussi la pièce intitulée : « Raçones porque Don Felipe |IVJ ...y la... Infanta Dona Isabel... fueron servidos de dar orden que el rector del seminario ingles en S. Orner fuesse Ingles de nacion » (1632). Ibidem. Ce document rappelle la clause restrictive de 1594, qu'il annule.
(2) Lettre du 6 décembre 1597. Epist. gêner.
(3) Les premières résidences de la Compagnie en Belgique formèrent d'abord la province de Germanie inférieure, qui devint indépendante en 1564; « on l'appelait aussi Province belge ou de Flandre » ; en 1612, elle fut divisée en deux nouvelles provinces, la Flandro-Belge et la Gallo-Belge. Cfr A. Poncelet, S. J., La Compagnie de Jésus en Belgique, p. 1 sv. Bruxelles, 1907.
(4) Historiae S.J., pars VI (1616) a J. Cordara, p. 199. Rome, s. a. Cfr Henri More, o. c, p. 241-248; Foley, o. c, t. VII, p. 60 sv. donne la liste des préfets, vice-préfets et provinciaux.
Orner relevait en même temps du préfet de la « mission » anglaise et du provincial belge.
Ses pouvoirs furent déterminés par le fameux P. O. Manare, provincial de Belgique (') : «Le recteur administrera librement le séminaire et ne dépendra en rien du recteur de notre collège; cela est juste et conforme à la coutume habituelle des séminaires dont nous sommes chargés et qui sont séparés et éloignés de la maison de la Compagnie. Il sera bon cependant qu'il consulte le recteur du collège dans les doutes et difficultés... Qu'il dépende cependant du provincial et lui écrive comme font les recteurs des collèges, et qu'il soit tenu de lui rendre compte de la discipline et des finances lors de sa visite. »
Naturellement, ces règles générales ne suffirent point ; elles furent suivies d'interprétations intéressantes. Il s'agit de l'autorité des deux recteurs sur les élèves. Il fut décidé qu'en ce qui concernait les études, les anglais seraient entièrement soumis à l'autorité du préfet des études du collège; le recteur du séminaire ne pourrait même pas leur permettre de donner une représentation publique sans l'autorisation de son collègue, « afin de ne pas sembler élever autel contre autel; car, quoique sa juridiction ne dépende pas de celle du recteur [du collège belge], la direction des études doit être une et commune à tous et aux deux maisons » (-')• 11 ne pouvait même pas y avoir au séminaire, « en privé ou au réfectoire », « de discours, déclamations ou dialogues sans la permission du préfet et du recteur du collège». On permettait cependant, à titre exceptionnel, de rehausser la réception de quelque visiteur de marque par la récitation d'un court poème ( ')•
Notons encore, dans le même ordre d'idées, un détail typique. Le séminaire demande au provincial : « Lors de la Fête-Dieu, ou pendant l'octave, quand la procession passe par chez nous, nos
(1) Dans un « mémorial » sous forme de lettre, datée 19 juin 1594 et adressée au P. Aquaviva, général (Epist. gêner. /, lui demandant d'approuver les décisions prises. Rappelons que le P. Manare est auteur de divers règlements pour collèges S. J., par exemple, celui de Dilingen en 1582. Cfr Monnmenta Germaniae pedagogica, t. II, p. 263 sv. Cfr aussi Sommervogel, S. J., Bibliothèque de la Compagnie de Jésus, t. Il, col. 456 sv.
(2) « Nullo pacto id permittendum est, ne videamur altari contra aitare erigere ; licet enim non dependeat eius iurisdictio ex iurisdictione rectoris, oeconomia tamen iitteraria débet esse una et communis omnibus et utrique familiae ». « Mémorial » du P. Manare, 16 juin 1597. Gêner, efist.
(3) Ibidem.
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élèves ne peuvent-ils pas, sans l'autorisation du recteur ou du préfet des études du collège, réciter quelques poèmes sous forme de dialogue en l'honneur du S. Sacrement ». La réponse est nette. « Cela non plus ne doit pas se faire. En beaucoup d'autres endroits on a supprimé cette pratique de piété pour cause d'abus et il ne convient pas de distraire par ces représentations le peuple qui suit le S. Sacrement avec beaucoup de respect. Autre chose serait, si au moment où la T. S. Eucharistie s'approche, deux anglais lui faisaient les honneurs et la saluaient de loin en dix ou douze vers seulement, pleins d'expression et de sentiment, capables de provoquer aux larmes et à la dévotion. Mais ces vers devront être d'abord examinés par le préfet des études et par le recteur [du séminaire] et ses consulteurs; de plus, le jour où le collège récitera quelque chose, le séminaire gardera le silence absolument » {').
En ce qui touche les études, le recteur et le préfet du collège exercent donc sur les élèves du séminaire une autorité sans partage. Le recteur du séminaire est même obligé de les avertir quand, pour un motif quelconque, il décide de retenir un élève à la maison ('). Il était permis cependant de donner le cours de catéchisme au séminaire même; on y enseignait également la musique (^).
Pour tout le reste, le séminaire est parfaitement autonome.
Les Pères peuvent y administrer les sacrements aux élèves, y chanter les vêpres et y dire la messe, mais dans une chapelle « intérieure et privée»; car le P. Manare leur interdit strictement de bâtir leur chapelle «près de la rue, de peur que bientôt on ne cherche l'occasion d'y ouvrir une porte » (')•
(1) « Neque hoc fiât, nam ob abusum hoc pietatis officium sublatum est multis aliis in locis, neque decet popuium sequentem magna cum veneratione SS. Sacramentiim distrahi actionibus talibus. Secus esset si accedentem sacratissimani Eucharistiam duo anj^ii eminus exciperent et consaiutarent decem vel duodecim versibus t:intuni vaide emphaticis et affectuosis, qui lacrymas excitent et devotionem ; sed et hos versus prius examinet praefectus studiorum et regens cum suis consuitoribus ; sed que die collegium aliquid récitât, omnino sileat seminarium ». Ibidem.
(2) Ibidem.
(3) Voir plus haut, p. 9, n" 2 et la Responsio du P. Schondonck, citée plus haut.
(4) « Nuilo pacto fiât iuxta plateam ne pauio post occasio quaeratur aperiendae portae ; sed contenti sint sacello domestico et interiore, neque patiantur se ab uiio induci in aiiam sententiam nisi conocio et consententi P. N. Generali ». « Mémorial » de 1594, cité plus liaut.
Voilà pour la vie religieuse. La discipline intérieure était confiée à trois «préfets», chacun ayant charge d'une des trois grandes chambres où les élèves étaient groupés {'). En 1595, on leur confia un pouvoir qui souleva des difficultés. Jusque là le « ministre» de la maison seul pouvait infliger des châtiments corporels; à la demande du recteur, le P. Manare autorisa les préfets à punir les petites fautes par de légères pénitences à la salle d'étude ou au réfectoire, les fautes plus graves, «ut protervia aliqua», parles verges. On n'eut qu'à se féliciter du résultat. La discipline s'affermit-. Et pourtant les préfets usèrent de leur pouvoir avec modération; l'un d'eux, en quatorze mois, n'avait fait fouetter que quatre ou cinq élèves; on ne leur donnait jamais plus de quatre coups ('-). Malgré tout, c'était un point où le P. Flack et ses amis ne pouvaient s'accorder avec le recteur. En 1507, trois des plus jeunes élèves avaient comploté d'aller en battre un autre pendant la nuit; pris sur le fait, ils furent fouettés; les Pères anglais protestèrent chez le provincial; mais les décisions antérieures furent maintenues (■').
Au reste, les élèves du séminaire jouissaient en la matière d'un privilège très apprécié : on ne pouvait les punir en classe pour leurs défauts et manquements, à moins qu'ils n'eussent commis publiquement quelque faute grave, telle qu'une insolence grave à l'égard de leur maître... En règle générale, ceux qui devaient être châtiés étaient renvoyés après les classes au recteur ou préfet du séminaire ('). En dépit des efforts du préfet des études et des professeurs pour soumettre les anglais au droit commun, leur franchise fut encore renouvelée en 1597 (■).
(1) Lettre du P. Foucart du 4 décembre 1597. Gêner, epist.
(2) Lettre du P. Manare au P. Général, 5 novembre 1597. Ibidem.
(3) Lettres du P. Foucart, 26 juillet et 4 décembre 1597. Gêner, epist.
(4) « Habeatur magna eius ratio quod talis sit communis usus seminariorum quorum curam gerit Societas, ut non corripiantur pro delictis et defectibus in scholis suis, nisi publiée in scholis scandalose peccarent, ut si adversus praeceptorem scandalose protervi essent... Communiter autem remittantur corripiendi post le:tiones ad rectorem seu praefectum seminarii ». « Mémorial » du P. Manare, 19 Juin 1594, cité plus fiaut.
(5) Agitur « a praefecto studiorum ac praeceptoribus, ut nostri alumni indifferenter ut ceteri scholastici pro defectibus et negîigentiis castigentur in scholis ». — « Pater vice-provincialis i Manare] ... ordinavit ... de castigatione alumnorum in scholis, nihil immutandum ab eo quod ante triennium statuerat ». Lettres du P. Foucart au P. Duras, 26 juillet et 4 décembre 1597. Epist. gêner.
292 L. WILLAERT.
Il resterait, pour donner une idée complète des débuts de Saint- Omer, à étudier les Constitutions qui lui furent imposées en 1600 par le cardinal Borghèse (le futur Paul V), protecteur de l'Angleterre et par le cardinal Farnèse, vice-protecteur. Mais ces règlements sont si intimement liés à l'organisation du collège autonome de 1614 qu'il semble préférable de les rattacher à cette période.