‹ Mélanges d'histoire offerts à Charles MoellerChapitre 126 sur 149 · L. WiLLAERT, S. J · texte numérisé non relu

L. WiLLAERT, S. J

Professeur à la faculté de philosophie et lettres

au collège N.-D. de la Paix, à Nainur.

Une relation inédite sur le Congo

(XVr siècle).

Cette relation latine intitulée : De Sfaiu Regni Congi a été retrouvée aux Archives vaticanes, fonds Borghèse, sér. IV, 56, f« 193-197 (').

Elle date de 1595 et suit de quatre années la notice de Lopez- Pigafetta, la plus ancienne de toutes, qui parut à Rome en 1591 (")• Sans doute, elle ne revêt pas l'importance historique et géographique de la célèbre relation de Pigafetta, que je me propose d'étudier prochainement au point de vue critique et exégétique; elle ne contient pas les précieux renseignements ethnographiques que recueillit par exemple, Andrew Battel lors du séjour forcé qu'il fit dans l'Angola vers 1589 ( ')• Son but est tout autre : elle constitue, en réalité, un rapport succinct sur la situation du Congo et ses «possibilités religieuses», si je puis ainsi dire. Il s'agit de décider le Saint-Siège à soustraire le Congo à la juridiction religieuse de San-Thomé dont il dépendait depuis 1533 et à ériger un évêché distinct à San-Salvador, ce qui se fit d'ailleurs en 1597 (^).

L'auteur de la relation s'étend donc spécialement sur les péripéties diverses qui ont suivi l'introduction de la foi chrétienne au Congo après sa découverte par Diego Caô (1482) et ne signale qu'en passant les détails de nature géographique ou autre.

(1) Le texte sera publié ultérieurement in extenso avec traduction française par la Revue congolaise de Bruxelles, qui a entrepris la publication des archives congolaises.

(2) Relatione del reame di Congo e délie circonvicine contrade traita daiii

scritti e ragionamenti di Odoardo Lopez, per Filippo Pigafetta [Rome,

1591]. L'oeuvre a été traduite en latin, allemand, anglais et français.

(3) The strange adventures of Andrew Battel of Leigii, in Angola and the

adjoining régions. Reprinted from Purchas, His Pilgrimes, by E. G. Ra-

VENSTEiN. Londres, 1901.

(4) Bulla de Clémente VIII erigindo obispado de S. Salvador nos reinos de Congo e Angola, 20 de maio 1597, publiée par Paiva-Manso, Historia do Congo Documentas, p. 142-146. Lisbonne, 1877.

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Il se montre, en outre, trop optimiste. 11 souligne «con amore» les succès obtenus par les pionniers de la religion, mais se garde bien d'insister sur les déboires qui les attendent. Il présente par exemple sous un jour faux les faits et gestes des roitelets du Congo. Ces réserves faites voici l'analyse rapide de ce curieux document :

Le royaume d'Angola est situé dans la Basse-Ethiopie. Il a donné son nom à la ville d'Angola ('), soumise au roi du Congo, à cause du commerce d'esclaves qui se fait entre les deux contrées (-)■

Les Pères Jésuites se sont établis dans l'île de Loanda (■') où ils s'efforcent de gagner des âmes au Christ.

Les Portugais, d'abord cantonnés dans cette île, ont pris pied sur le continent et ont subjugué une partie du pays.

Au nord de l'Angola se trouve le populeux royaume du Congo (7" lat. sud) qui s'étend au loin sur une distance de près de trois cents lieues. Il est borné à l'Ouest par l'Atlantique, à l'Est par le royaume de Matamba, au Nord par le royaume de Loango.

Le roi actuel du Congo, don Alvare, converti au christianisme, a sous sa juridiction trois rois qui lui paient tribut : Matamba (^), Ocanga (') et le chef des Ambundi ("). Son royaume se divise en

(1) St-Paul de Loanda est parfois appelée Angola ou AngoUa, dans les relations du temps.

(2) On n'ignore pas que le Congo et l'Angola ont été pendant deux siècles les grands pourvoyeurs d'esclaves pour les plantations du Brésil.

(3) L'île de Loanda fut occupée par les Portugais, avant la conquête du continent. Duarte Lopez en donne une description détaillée dans son œuvre précitée, trad. française de Cahun, p. 37 svv. Bruxelles, 1883. Les Jésuites établirent dans rîle, en 1575, un petit sanctuaire dédié A l'Imniaculée-Conception. Cfr Baesten, Les anciens jésuites au Congo, p. 98. Bruxelles, 1898.

(4) Le Matamba était situé sur les rives du Kwango actuel. E. G. Raverstein donne comme coordonnées géographiques 7°5' lat. S., 16°5' long. E.

(5) Ocango — Kw^angu ou royaume du Kwango, qui a donné son nom au fleuve : 4"5' lat. S., 17" long. E. d'après Ravenstein. Ce royaume se serait donc trouvé aux limites actuelles des districts du Moyen-Congo et du Kwango dans le Congo belge.

(6) Ambundi ^ Abundu, pluriel de mbundu (esclave). Rac. bunda ^ famille. De là, Kibundo et au plur. Binbundo. Ces Binbundo désignent d'une façon générale dans l'Angola, les esclaves et la famille, c'est-à-dire les indigènes. Les Portugais auront pris pour un nom de peuple, une désignation collective. Ravenstein range ces Binbundo à l'Est du Bengueila, tout le long de la côte. Il est d'ailleurs certain que l'hinterland de Bengueila n'était guère connu à cette époque. Duarte Lopez avoue ne pas en connaître grand'chose. Cahun, o. c, p. 73.

six «duchés» : Batra [Batta], Sundi, Bamba, Nuenibi, [probablement Wembo], Huendi [Wandu], Embala [Pamgala?] ('), divers «comtés» et «marquisats», tous convertis à la foi catholique (-). Ces différents chefs obéissent au roi du Congo qui peut les déplacer en cas d'insubordination. Ils habitent dans des «villes» appelées Banza ( ')• La principale d'entre elles est San-Salvador, résidence royale.

Le climat du Congo est sain et tempéré (!); il est plus frais en été qu'au printemps (!); les pluies sont fréquentes en hiver.

Le pays abonde en sources : les rivières sont poissonneuses. Le fleuve le plus célèbre est le Zaïre dont l'origine est inconnue, mais qui se jette dans la mer, par une embouchure large de 36 milles, avec une telle impétuosité que l'on puise encore l'eau douce à 80 milles de distance dans la mer.

Le sol jouit d'une fertilité exceptionnelle. On y cultive toute espèce de millet (^). Toutefois on fait venir d'Europe la farine pour les saintes hosties et le vin pour le saint sacrifice de la messe. Les légumes sont nombreux et variés et nul doute que les espèces européennes n'y réussissent très bien ( ')■ Les indigènes ne cultivent pas le raisin, mais boivent le vin de palme. Ils ont

(1) La nomenclature de Duarte Lopez est différente. Il donne six provinces : Bamba, Sogno, Sundi, Pangu, Batta et Pemba. Notre auteur ne parie pas de Pangu, de Pamba, ni, chose étrange, de Sogno ou Sonho par où les Portugais prirent pied dans le Congo. Batta ou Mbata était au N. E. de San-Salvador ; Sundi au N. du Mbata, le long des rives du Congo; Bamba ou Mbarnba, entre San-Salvador et le Kwanza ; Wembo ou Wandu (Wanbo, Oando), à l'E. du Bamba, avait pour ville principale Mpemba (citée par Lopez) ; Huendi paraît être une confusion avec le précédent; Mpangala est une localité au N. de San-Salvador. Il mz paraît en tout cas évident que l'auteur de la relation ne connaît bien que San-Salvador et ses environs immédiats. Tout l'Angola, au S. de la Loje, lui est absolument inconnu.

(2) Il ne faut pas s'imaginer que ces dénominations baroques de ducs, comtes et marquis appliquées aux chefs indigènes sont une fantaisie imaginée par les Portugais. En fait, ceux-ci trouvèrent au Congo une organisation sociale assez avancée et une hiérarchie de dignitaires qui correspondait assez bien à leur hiérarchie nationale. Il n'est pas étonnant qu'ils les aient confondus.

(3) Le mot Banza désigne en réalité la place publique du village ; c'est l'agora nègre, le centre de sa vie sociale et militaire. De là, ce vocable désigne la localité principale dune région, d'uu district. San-Salvador est la Banza du royaume tout entier.

(4) Le millet est une culture indigène qui paraît antérieure à l'arrivée des Portugais. Les peuplades Bantoues pourraient bien l'avoir empruntée aux Arabes de l'Afrique septentrionale.

(.5) Les Portugais ont fait notamment d'heureux essais dans l'Ouest-Africain.

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aussi des plantations de canne à sucre ('), mais ils ignorent la méthode de préparation de cet aliment.

On rencontre au Congo des brebis, bœufs et autres animaux domestiques, des oiseaux de toute variété. Les Portugais y ont introduit des chevaux et des mulets (-)•

Les éléphants vivent en grand nombre en ces régions de même que certains animaux de la taille d'un cheval, mais dont la tête porte des cornes élevées. On les appelle Gonnos ou Gongos [l'antilope nkoko] et Empalangae [Mpalanga, antilope] l'^). Les fleuves sont infestés d'hippopotames et de crocodiles.

Les indigènes mangent toute l'année la chair des porcs et des chèvres, mais ils ne connaissent pas l'art de faire le fromage ou le beurre.

Le roi peut lever une armée de 100,000 hommes qui sont tous des chrétiens dévoués (?).

Il dispose d'une garde particulière commandée par les quatre dignitaires les plus élevés du royaume (^). Les principaux revenus du roi consistent en tissus d'écorce artistement travaillés (•), en ivoire, en peaux variées ('')•

Le sol du Congo ne récèle pas de métaux précieux, or ou argent, sauf dans la région de Canbambe qui, dit-on, renferme des mines d'argent, découvertes en 1594 (■). On y trouve l'or et l'argent monnayé introduit par les Portugais pour se procurer des esclaves. Les indigènes en font des bracelets et des colliers. Ils utilisent de la même manière le cuivre qui est assez abondant.

(1) La canne à sucre est d'importation portugaise.

(2) Il est curieux, en soulignant les efforts faits présentement au Congo par le gouvernement belge pour acclimater la race chevaline dans le Bas-Congo, de constater que le même projet fut amorcé par les Portugais au xvi^ siècle.

(3) Hippotragus eqiiinus.

(4) L'auteur décrit ici un type de civilisation qu'on retrouve un peu par tout le long de la côte occidentale d'Afrique depuis la golfe du Bénin jusqu'au S. de l'Angola, et dans l'intérieur de l'Afrique, dans l'empire Lunda, le Monomopata, sur le bord des Grands-lacs, etc., sauf dans la grande forêt équatoriale.

(5) Principalement écorce de palmier.

(6) L'ivoire était fort abondant à cette époque du Congo et dans le Loango. Duarte Lopez dit qu'à cause du grand nombre des éléphants qui peuplaient ces régions, l'ivoire était dispersé par monts et par vaux et que les Portugais l'achetaient à vil prix. Cahun, o. c, p. 88.

(7) Il est souvent question de ces mines d'argent dans la littérature congolaise du xvi'' siècle. Le raid de Paul Diaz de Novaes (1575) ne paraît guère avoir eu d'autre but. Duarte Lopez en parle incidemment. Cfr Cahun, o. c, p. 173; cfr Ravenstein, o. c, p. 120 et 122.

La monnaie habituelle des nègres consiste en petits coquillages appelés «Busii» (')• Les femmes vont à leur recherche le long du rivage.

Les marchés indigènes sont nombreux et bien fréquentés.

La succession au trône est réservée au fils aîné ou au plus intelligent ou au mieux imprégné des préceptes de la foi chrétienne (?). A défaut de descendance directe, la couronne est dévolue au plus proche parent, mais les femmes ne peuvent avoir aucune prétention à la royauté (-).

La reine est entourée d'hommages tout particuliers. Elle est généralement la fille du «duc» de Batta.

Les indigènes du Congo n'ont ni chroniques, ni annales (^), mais ils obéissent à certaines coutumes et traditions ancestrales. C'est ainsi que le roi paie lui-même les dettes des débiteurs morts insolvables.

Les juges tranchent les palabres à leur guise.

Les enfants partagent équitablement leur héritage après la mort de leurs parents.

Le roi élève à sa cour les fils des grands, afin de se concilier leurs bonnes grâces et de mieux les tenir sous sa tutelle. Pour faire montre de ses richesses, il aime à changer de vêtements : il porte tantôt le costume national, tantôt l'habit portugais (^).

La nation est belliqueuse : elle aime le bruit des armes et abhorre les disputes et les altercations (!). Elle est naturellement religieuse et répond aisément à l'appel de Dieu (!).

La vérité religieuse fut apportée aux habitants du Congo sous le règne de Jean II, souverain du Portugal (1491). Le roi du Congo reçut également, au baptême, le nom de Jean (■) et s'efforça de pratiquer les préceptes de la foi catholique. Son fils Alphonse marcha sur ses traces. Il eut pour successeurs, Pierre, Diego, Alphonse II, Bernard, Alvare I et enfin Alvare II heureusement

(1) Le terme fiote est njimbos.

(2) Cette assertion est erronée.

(3) Ceci paraît emprunté à la relation de Pigafetta-Lopez. Cfr Cahun, o. c, p. 185.

(4) Duarte Lopez nous dit que, de son temps, les notables indigènes du Bas- Congo avaient adopté le costume portugais. La remarque de l'auteur anonyme nous montre que parfois le roi du Congo reprenait son vêtement national. Cahun, o. c, p. 183.

(5) Il fut baptisé le 3 mai 1491.

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régnant (')• Tous (-) se sont montrés fidèles aux engagements de leur baptême. Alvare II se proclame lui-même défenseur attitré de la foi du Christ en ces régions lointaines de l'Ethiopie inférieure. Il a défendu aux païens de séjourner dans son royaume et leur a prescrit de se tenir à 100 lieues de distance de San-Salvador. Lorsqu'il donne l'investiture à un de ses grands chefs, il l'invite à bâtir une église et une école où la jeunesse doit être instruite des vérités de la religion. Il a lui-même installé une école dans une dépendance de son palais. Il avait songé à créer un séminaire où la Bible, les vies des Saints etc., seraient enseignées en langue congolaise. Mais le manque de missionnaires l'a empêché de réaliser son projet. Il n'y a en effet qu'une vingtaine de prêtres pour un pays tellement vaste qu'il comprend environ trente mille (!) villages.

San-Salvador compte environ dix m.ille (?) familles. La ville renferme six chapelles et une église paroissiale bâtie en pierres et en chaux. Les autres oratoires, ainsi que le palais du roi, sont en paille (•'). L'église principale — qui devrait être réparée et agrandie — est desservie par le vicaire-général de l'évêque de San- Thomé. Les prêtres qui l'assistent, portugais ou indigènes [mulâtres], sont révocables au gré de l'évêque. Les vases et ornements sont en nombre suffisant. La maîtrise ne possède cependant pas d'orgues.

Le roi et ses sujets font assaut de générosité envers les édifices

(1) Cette nomenclature n'est pas tout à fait exacte. Affonso I Mbemba a Nzinga, régna de 1509 à 1540. Pedro I, son f,is, 1540-1544 environ.

Francisco Aipudi a Nzinga, 1544-46 env.

D!ogo, fils de Francisco, 1545-61 env.

Affonso II, mort en 1561.

Bernardo I, fils de Diogo, 1561-67.

Henrique, fils de Francisco, 1567-68.

Alvaro I, fils de Bernardo, 1568-74.

Alvaro II, fils d'Alvaro I, 1574-1614.

(2) L'assertion est tout au moins hardij, quand on connaît les ennuis suscités aux missionnaires par ces tyranneaux capricieux et retors.

(3) Il s'agit du type commun de la maison rectangulaire dans le Bas-Congo : piliers enfoncés en terre, parois faites de nervures de feuilles de palmiers, toit formé de feuilles entortillées, porte étroite et basse. Les maisons des chefs et partant, le palais du roi, étaient plu; longues et plus largjs et mieux agencés que les « chimbèques » ordinaires. De Bry en donne un (lessin caractéristique dans une d^s gravures sur bois qui accompagnent son édition allemande de Pigafetta (1598).

sacrés. Ils observent avec exactitude les préceptes de l'Église, se confessent, communient, jeûnent pendant le carême, font des aumônes, particulièrement le jour de la comm.émoration des fidèles défunts ou aux solemnités de la Semaine Sainte. La dîme est payée avec régularité et abondance. L'ornementation des églises et oratoires ne laisse pas à désirer. Des prières publiques sont faites en temps utile et avec le rituel prescrit. Les mariages sont célébrés, selon la coutume, devant les portes de l'Église. L'inceste est prohibé chez ces indigènes.

Le roi lui-même fait partie des six confréries qui ont été érigées à San-Salvador. Ce sont les confréries du Précieux Sang du Christ, de la Miséricorde, de l'Immaculée-Conception, du Rosaire, du Saint-Esprit et de S. Antoine de Padoue.

Le roi du Congo ne recherche que l'amitié des princes chrétiens ; son peuple est animé d'une dévotion singulière envers la ville de Rome, siège du pouvoir pontifical et de la sépultures de saints apôtres Pierre et Paul, envers les lieux saints de Palestine où le Sauveur vécut et mourut pour le salut de l'humanité.

La piété de ces indigènes a suscité l'admiration des résidents portugais.

Aussi, le souverain du Congo a-t-il obtenu de Philippe II, roi d'Espagne, la promesse d'ériger en évêché distinct, San-Salvador et le Congo. Personne ne niera les avantages qui résulteront de l'exécution du projet : destruction des fétiches, recul de l'idolâtrie, règne de la Croix en 'des régions inconnues, conversion des esclaves, dissipation de l'ignorance, instruction des nègres, constitution d'églises, de monastères, d'hospices, relèvement du niveau moral de l'indigène.

Le roi d'Espagne propose, pour remplir cette charge délicate et difficile d'évêque du Congo, Michaël Homem (') de Coïmbre, Capucin portugais de la province de Saint-Antoine, âgé de cinquante-cinq ans, ordonné prêtre depuis une quinzaine d'années, homme pieux et recommandable sous tout rapport.

Ayant conquis le diplôme de licencié en droit civil vers 1575 à Coïmbre, remplissant les fonctions de sénateur à Lisbonne, il partit pour les Indes Orientales. Là il sentit sa vocation s'éveiller, quitta la vie du siècle et se retira dans un couvent de capucins où

(1) Michaël Homem ne réussit point dans ses démarches. D. Miguel Baptista Rangel fut le V évêque du Congo. Son successeur fut D. Manuel Baptista, qui mourut à San-Salvador en 1621.

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il se soumit ponctuellement à toutes les exigences de la règle monastique. Rentré en Portugal, il fut désigné comme pasteur de l'église principale de San-Salvador et il s'est acquitté de sa tâche à la satisfaction générale. Des témoins sérieux et compétents le jugent digne d'occuper le nouveau siège épiscopal. Il a fait la profession de foi exigée entre les mains du patriarche de Jérusalem, vice-légat du Saint-Siège apostolique à Lisbonne (')• Le dossier complet a été transmis au cardinal Gesualdi, protecteur du royaume de Portugal.

Tel est le contenu de cette courte relation. Comme je l'ai dit plus haut, elle revêt parfois les allures d'un plaidoyer «prodomo» et ne doit, pour ce motif, être consultée qu'avec circonspection. Elle n'en renferme pas moins des détails intéressants et curieux qu'il valait la peine de relever.

Th. SiMAR, Chef de bureau au Ministère des Colonies.

(1) Albert, cardinal-diacre de Sainte-Croix de Jérusalem, cité dans la bulle de Clément VIII, constituant l'évêché de San-Salvador. Paiva-Manso, o. c, p. 144.

LE PLACARD D'HÉRÉSIE du 3i décembre 1609 •

sa portée juridique et son application

pendant le règne des

archiducs Albert et Isabelle il609-I633).

Pendant le xvi^ et le xvir' siècles, les placards d'hérésie ont constitué la législation en matière religieuse aux Pays-Bas. Œuvre de préservation et de répression religieuses édictée par Charles V, le code des placards était complet en 1550. Le 20 août 1556, Philippe II confirmait purement et simplement la législation paternelle et la voulait appliquée dans toute sa rigueur. Suspendus par la gouvernante Marguerite de Parme (1566), les placards furent remis en vigueur par le duc d'Albe. La pacification de Gand (1576) introduisit une solution provisoire : elle inaugurait un régime de faveur en Hollande, Zélande et le pays d'Utrecht au profit des protestants; l'exercice public du protestantisme y était seul toléré. Dans les provinces catholiques, le culte catholique seul était exercé mais on suspendait la législation de Charles V, de Philippe II et du duc d'Albe. En 1578, Guillaume d'Orange tenta, sans succès, d'établir une Paix de religion proclamant la liberté de conscience et l'exercice public des deux cultes dans les dix-sept provinces. Cette mesure de conciliation lui était dictée par le souci de voir, au plus tôt, expulsées des Pays-Bas, les troupes espagnoles qui y résidaient. Dans le même temps, les deux ligues catholique et protestante se constituaient (janvier 1579). L'Union catholique d'Arras interprétait la Pacification de Gand en faveur du maintien exclusif de la religion catholique et de la remise en vigueur des placards. L'Union protestante d'Utrecht, au nom de la même Pacification, laissait à la Hollande et à la Zélande leur liberté d'action, sous sauvegarde de la liberté de conscience. Dans les autres provinces, elle établissait un régime analogue à celui de la

Paix de religion. La reprise des Pays-Bas par Alexandre Farnèse et les Réconciliations subséquentes amenèrent, comme résultat, la suppression virtuelle de la peine de mort. Les dissidents avaient la faculté de choisir entre l'exil et la réconciliation avec l'Église. Les placards reprirent vigueur : mais on n'a plus connaissance de la peine de mort appliquée aux hérétiques après 1597 (').

La Trêve de douze ans vint inaugurer un nouveau régime. Les exigences réciproques des deux belligérants en matière religieuse empêchèrent la conclusion d'une paix : on aboutit simplement à un accord commercial. Les sujets des deux gouvernements pouvaient aller et venir pour cause de négoce sans qu'on pût de ce chef les inquiéter : c'était un décalque du traité passé entre Jacques I'-^' d'Angleterre et Philippe III d'Espagne, en 1604 (-).

Une déclaration complémentaire des articles de la Trêve, faite par les ambassadeurs français à La Haye, P. Jeannin, Élie de la Place et Bussy portait engagement des États Généraux de ne rien innover dans les parties du Brabant septentrional relevant au temporel des Provinces-Unies et au spirituel de l'évêché d'Anvers (•").

Les commerçants hollandais n'eurent guère souci des prescriptions de la Trêve : de la clause de libre circulation, ils firent une clause de libre prédication, surtout sur les barques et dans les auberges. Les considérants de l'édit du 13 juillet 1609, interprétatif de la Trêve du 9 m,ai 1609, sont explicites (^).

(1) Voir, à ce sujet, l'excellent travail de M. E. Hubert, Les Pays-Bas espagnols et la République des Provinces Unies depuis la paix de Miinster jusqu'au traité d'Utrecht (1648-1713) (Mémoires de l'Académie royale de Belgique, noiiv. série, coll. in-4", t. II, p. 344). Bruxelles, 1907. Dans une note (p. 42), l'auteur rappelle que la dernière victime des placards fut une certaine Anne van Hove, de la secte des téléobaptisîes, enterrée vivante à Bruxelles : on est généralement d'accord pour en fixer la date au 19 juillet 1597. Un avviso du fonds Urbinate A la Bibliotiièque vaticane semble donner raison à cette opinion commune : S'intende di Brusselles ch' era sepolta viva una donna di 40 anni per essere pertinace nella sua heresia. Urb. lat. ms 1065.

(2) Van Meteren, Histoire des Pays-Bas (trad. française), p. 549 svv. La Haye, 1618.

(3) ... Certifions que lesdits Sieurs Estats et Monsieur le Prince Maurice nous avoir promis et donné leur foi que rien ne sera innové en la religion es villages qui sont du ressort des Provinces-Unies situées en Brabant et tout ainsi que le seul exercice de la religion catholique, apostolique et romaine y a esté faict du passé, qu'il sera continué de mesme sans aucun changement et sans qu'on leur donne aucun scandale ... dans Dumont, Corps diplomatique universel du droit des gens, t. V, 2« partie, p. 102.

(4) PlaccQct-boeken van Vlaenderen, t. I, p. 52. Gand, 1639-1786.

LE PLACARD D'hÉRÉSIE DU 31 DÉCEMBRE 1609, 303

Cet édit subit le même discrédit que les clauses de la Trêve : il fut inefficace et les discussions publiques continuèrent en matière de religion. Pour y mettre un terme, les archiducs publièrent un nouveau placard le 31 décembre 1609. L'exposé des motifs rappelait l'attitude des dissidents qui se livraient à une prédication intense et posaient des actes de nature à provoquer du scandale. C'était contraire aux articles de la Trêve qui avait garanti la liberté de commerce aux dissidents, à condition de ne pas faire du prosélytisme. On décréta donc l'amende arbitraire et la peine dû bannissement perpétuel contre tout régnicole ou étranger coupable de favoriser les doctrines hétérodoxes, d'assister à des conventicules et de discuter les questions de théologie, s'il n'était pas clerc (').

On n'est pas d'accord sur la portée juridique de ce placard. Ed. Poullet (-) estime que, dirigé expressément contre les étrangers, il a cependant déterminé l'attitude du pouvoir séculier à l'égard des indigènes. La profession d'hérésie, comme telle, n'est plus punie : il faut qu'elle aille de pair avec l'un ou l'autre des cas prévus par le placard, prédication hérétique, assistance à des conventicules, discussions théologiques. Il fait valoir à l'appui de son opinion, une décision synodale d'Anvers du 11 mai 1610 qui conseille le recours au bras séculier contre ceux qui propagent l'hérésie, ou en d'autres termes contre ceux qui causent scandale ("). Dans le même sens, il invoque une lettre des archiducs (4 mars 1614) adressée aux conseils provinciaux de justice : celle-ci rappelle l'obligation du placard de 1609 et la nécessité pour les régnicoles d'observer les lois de l'orthodoxie. On invite les officiers de justice à procéder sans délai contre les délinquants (^).

Après avoir rappelé l'opinion de M. Ed. Poullet, Eug. Hubert la trouve non conforme aux faits. Il faudrait, à son sens, faire une division chronologique dans l'observation du placard : avant 1615, il aurait été appliqué même contre la profession d'hérésie comme telle; après 1615, suivant l'avis de M. Poullet, on aurait seulement poursuivi la profession d'hérésie accompagnée de scandale. Pour justifier cette distinction chronologique, M. Hubert reprend l'ex-

(1) Placcaet-boeken van VMenderen, t. II, p. 80. Eue. Hubert, o. c, p. 52 svv.

(2) Ed. Poullet, Histoire du droit pénal dans l'ancien duché ce Bradant, t. II, p. 104. Bruxelles, 1867-1870.

(3) P. X. De Ram, Synodicon belgicum, t. III, p. 120. Mil nes-Louvain, 1828-

(4) Placcaet-boeken van Vlaenderen, t. III, p. 3 svv.

Le synode diocésain anversois (1610), où se fit la publication des décrets du concile provincial, adopta les mêmes dispositions ('.).

Le synode de 1615 conseille, il est vrai, la persuasion pour la conversion des hérétiques, mais il suppose entière la législation applicable aux hérétiques scandaleux ou non scandaleux (-').

La relation de l'évêque Malderus (1615) enregistre une procédure civile et ecclésiastique contre le moindre scandale : l'alternative est la conversion ou l'exil ('O- Cette procédure s'entend évidemment de la période antérieure à la rédaction de la relation; elle concorde d'ailleurs avec les ordonnances du même évêque à la réunion décanale du 26 août 1614, dans laquelle, interprétant la lettre des archiducs du 4 mars, il rappelle l'obligation des régnicoles et des étrangers d'observer les lois ecclésiastiques (^).

A la réunion épiscopale de 1617, on préconise l'expulsion pure et simple des anabaptistes dès qu'il conste de leur adhésion à cette secte ou de leur inobservation des lois ecclésiastiques. On base cette mesure sur le fait que la multiplication des adeptes est en raison directe de leur dissimulation. Pour les calvinistes, on suivra une autre tactique. 11 faut sévir contre eux, dès qu'on a la certitude morale qu'ils donnent scandale, même s'il est impossible de l'établir faute de témoignages. En cas de récidive, on les expulsera également (^).

officiali mox denuntient ; necnon et illos quos ecclesiam, divina officia et sacramenta, debitis temporibus, non frequentare vel aliter de heresi suspectes esse deprehenderint nisi moniti statim se purgent aut emendent ».

(1) P. X. De Ram, o. c, t. lil. p. 146.

(2) Ibid., t. m, p. 200 : « Si qui de novo conversi aut etiam perversi fuerint, nobis denuntientur, sicuti et ii omnes qui ve! heresim profiteniur\e\ ab ecclesiae communione sese abstinent. Maxime vero mox deferendi sunt qui vel minimum contra religionem scandalum exhibuerunt sive dicto sive facto et qui conciones aliaque exercitia heretica adiré presumpserint ; qui etiam graviter juxta edicta principuin erunt puniendi sive incoiae fuerint sive advenae >.

(3) Archives de la congrégation du concile, Relatio antverpiensis, 1615, f. 3 et 7.

(4) «Mens suarum Ceisitudinum iterum declarata hoc anno per litteras datas 4" martii est, ut omnes teneantur sese religion! nostrae catholicae conformare, alioquin exilio mulctandi : in eum finem nobis accurate denuncientur qui moniti negligunt s^rvare preceptum ecclesiae de annua confessione et communione in paschate et abtinendo a carnibus et ovis ». P. X. De Ram, o. c, t. III, p. 195.

(5) « Utrum expédiât anabaptistas qui observentur quotidie multiplicari, tolerare : quandoque constat eos et alterius religionis essi et legibus Ecclesiae non parère? Placuit omnibus non esse tolerandos sed agendum esse ut jubeantur excedere, idque propterea quod ex multiplicatione eorum constat per ipsos multos seduci quantumcumque dissimulent. De calvinistis cum moraliter sciantur dare

LE PLACARD D'hÉRÉSIE DU 31 DÉCEMBRE 1609. 307

On rappelle, à la réunion décanale d'Anvers (1618), l'obligation de dénoncer surtout les scandaleux en matière de foi et de mœurs('].

Ces mesures supposent l'obligation de la profession de foi orthodoxe. Au surplus la réunion décanale suivante (1619) nous en convaincra. On oblige les curés à envoyer, avant novembre, à l'évêché, les noms des adeptes du protestantisme qui refusent d'abjurer : l'évêque les transmettra au procureur général (-').

On exige d'ailleurs de tout nouvel habitant d'une localité un certificat d'orthodoxie délivré par le curé de la dernière résidence ou par une personne digne de foi (^).

Les exigences sont encore plus sévères à Malines : il faut le témoignage du curé si le nouveau venu est du doyenné; du doyen s'il vient d'un autre décanat et de l'évêque s'il vient d'un autre diocèse (^). Malderus, à Anvers, était d'avis d'exiger des magistrats qui tendaient à se relâcher dans la répression de l'hérésie, un serment spécial (■). On avait d'ailleurs été plus loin : on avait imposé aux magistrats locaux l'obligation d'exiger des candidates à la profession de sage-femme des conditions expresses. Les aspirantes fourniraient une caution qui servirait à payer toties quoties l'amende encourue, si elles différaient d'administrer le baptême sans autorisation du curé au-delà de vingt-quatre heures. Si les parents refusaient, elles devaient les dénoncer. A leur admission, elles prêteraient serment ou s'engageraient, sous peine d'amende, à dénoncer les personnes qui prêteraient clandestiment concours

scandalum positivum nec tamen potest judicialiter probari ex eo quod catholici noiint esse testes ; visum est taies esse puniendos sub titulo omissionis eorum quae secundum leges ecclesiae facere debuissent, et si sint incorrigibiles, etiam esse ejeciendos ». Ibid., t. I, p. 450.

(1) « Multo magis per pastorem denunciandi sunt ii qui circa religionem aut in moribus scandalosi fuerint ». Ibid., t. III, p. 214.

(2) P. X. De Ram, o. c, t. III, p. 216 : * Noniina eorum qui ex partibus archiduci nostro parentibus comperientur frequentare conciones hereticas ante proximum novembrem tradentur a nobis procuratori generaii, nisi intérim resispicant et abstinere veiint. In eum finem singuii pastores parochianos suos tempestive moneant et nobis quid actum sit, ante iliud tempus rescribant >.

(3) Syn. prov. mechl., 1607, ibid., t. I, p. 116 et 392. Syn. aitv., 1610, ibid.. t. III, p. 146. Réun. déc. Anvers, 1613, ibid., t. III, p. 192. Syn. antv., 1614, ibid., t. III, p. 195. Syn. gandav, 1629, ibid., t. IV, p. 147. Syn. camerac, 1631, dans Hartzein, Concilia, t. IV, p. 539, etc.

(4) Réun. déc. Malines, 1602, dans P. X. De Ram, o. c, t. II, p. 250, 1617, ibid., t. II, p. 276.

(fi) Archives de la congrégation du concile, Relatio antverpiensis, 1623.

aux dissidents ou cacheraient les enfantements chez les hérétiques (')•

Les prescriptions synodales et les rapports épiscopaux attestent à toute évidence la nécessité de la profession de foi orthodoxe et le principe de la répression de l'hérésie, sans distinction de temps, qu'il y ait scandale ou non.

Les correspondances de la nonciature en témoignent également : les lettres de Gui Bentivoglio et les instructions de la secrétairerie d'État insistent sur la décision ferme de l'archiduc de faire appliquer intégralement les dispositions de l'édit, oût-il perdre des sujets qui émigreraient (-). Au début de 1614, il fut question de renouveler le placard de 1609. Il y eut à ce sujet une conférence chez l'archevêque de Malines, Mathias Van den Hove, réunie par ordre de l'archiduc Albert. Innigo de Brizuela, son confesseur, l'audiencier Verreycken et le premier secrétaire d'État, Prats, y assistaient {■'). On aboutit à une disposition intermédiaire : l'archiduc, par circulaire, demanderait aux conseils provinciaux de justice et aux magistrats de prêter une assistance plus vive aux juges ecclésiastiques dans la procédure et l'exécution des jugements contre les hérétiques. C'est la lettre archiducale du 4 mars 1614. On n'avait pas osé prendre l'initiative d'un nouvel édit malgré les sympathies de l'archiduc pour une nouvelle législation. Le chancelier Peckius y était opposé par crainte de représailles de la part des États de Hollande (^). Déjà, en 1612, l'archiduc Albert avait voulu prendre un nouvel édit analogue à celui porté par les États de Hollande contre les prêtres (■').

D'ailleurs, les expulsions ont continué, après 1615, sous l'action combinée des deux curies ecclésiastique et civile indépendamment de la question du scandale. L'archiduc Albert fit expulser d'Anvers

(1) Syn. prov. mechl., 1574, dans P. X. De Ram, o. c, t. ÎII, p. 85. Réun. déc. Malines, 1599, ibid., t. H, p. 256.

(2) Bentivoglio à Borghèse, 13 mars 1610. Bibliothèque vaticane, fonds Barberini, ins. lat. 6803. Borghèse à Bentivoglio, 20 février, 27 février et 3 avril 1610, Archives vaticanes, fonds Borghèse, série I, t. 914.

(3) Bentivoglio à Borghèse, 18 janvier Ï614. Archives vaticanes, fonds Borghèse, série II, t. 99, f. 25.

(4) Le même au même, 15 mars 1614. Archives vaticanes, fonds Borghèse, série II, t. 99, f. 87.

(5) Le même au même, 5 mai 1612. Bibliothèque vaticane, fonds Barberini, ms. 6807. Voir le texte du placard des États de Hollande dans Groot placcaatboek, t. I, p. 199; il en existe une copie aux Archives vaticanes, Lettere dei vescovi, t. 20, f. 152.

LE PLACARD D'hÉRÉSIE DU 31 DÉCEMBRE 1609. 309

sept pasteurs de la secte des arminiens qui s'y étaient réfugiés : on leur laissa un temps relativement court, comme pour une affaire commerciale; ils ne se livraient cependant pas à la prédication (^). L'épisode des protestants limbourgeois, en 1620-1621, est, à ce sujet caractéristique (-'). Sans que l'on puisse bien en établir les causes, peut-être la négligence des curés limbourgeois (') et l'insouciance des officiers de l'archiduc (^), une colonie de 2000 hérétiques s'était établie dans le Limbourg, dépendance spirituelle de févêché de Liège. Dès le début, l'archiduc Albert était décidé à agir avec la dernière énergie ('). Sur ses instances, le nonce San Severino avait délégué Aubert Lemire, chanoine d'Anvers, pour faire enquête sur la situation ("). Pendant l'intérim après le départ de San Severino, le chargé d'affaires de la nonciature, Chrysogono Flacchio, se mit en droit de faire exécuter les mesures préconisées par San Severino, sans doute après la mission du chanoine Lemire : c'était de donner commission au doyen de Saint-Servais, à Maestricht, pour les réconcilier avec l'Église. En cas de refus, le chancelier de Brabant, Peckius, les ferait expulser (■). Le résultat immédiat fut d'amener des réconciliations nombreuses (''). Les récalcitrants furent expulsés, sans retard {'■'), sur l'ordre de l'infante Isabelle ('").

(1) Archives de la congrégation du concile, Relatio antverpiensis, 1619.

(2) Voir quelques renseignements, à ce sujet, dans E. Hubert, Les églises protestantes du duché de Limbourg pendant le XVI/'^ siècle. Étude d'histoire politique et religieuse, p. 34. Bru.xelles, 1908.

(3) Del Bagno à Ludovisi, 14 août 1621. Bibliothèque vaticane, fonds Barberini, ms. 6812.

(4) San Severino à Borghèse, 13 février 1621. Bibliothèque vaticane, fonds Barberini, ms. 6810.

(5) Le même au même, 13 février 1621. Bibliothèque vaticane, fonds Barberini, ms. 6810.

(6) Le même à Ludovisi, 3 avril 1621. Bibliothèque vaticane, fonds Barberini, ms. 6810.

(7) Flacchio au même, 22 et 29 mai 1621. Bibliothèque vaticane, fonds Barberini, m s. 6811.

(8) Le même au même, 19 juin et 10 juillet 1621. Bibliothèque vaticane, fonds Barberini, m. 6811. Del Bagno au même, 24 juillet 1621. Bibliothèque vaticane, fonds Barberini, ms. 6812 : « Ho trovato il S. cancelliere de Brabante ottimamente disposto in seguitar l'impresa di far suidare dal paese di Limburgh gl' heretici che ivi s'erano ricoverati et questo negotio caminera spero prosperamente ».

(9) Del Bagno à Ludovisi, 14 août 1621. Bibliothèque vaticane, fonds Barberini, ms. 6812.

(10) Le même au même, 7 août 1621. Bibliothèque vaticane, fonds Barberini, ms. 6812. Ludovisi à del Bagno, 14 août 1621. Bibliothèque vaticane, fonds Barberini, ms. 5960.

En 1624, Isabelle faisait chasser d'Anvers les familles les plus suspectes d'hérésie (0- Le prédicant Pierre Meesterman fut expulsé de la même ville, l'année suivante (-). Dans le diocèse de Tournai, l'évêque Villain de Gand affirmait que l'on sévissait impitoyablement contre tout hérétique donnant scandale (^). D'autre part, Malderus, à Anvers, tolérait dans sa ville épiscopale la présence de quelques familles d'hérétiques qui s'abstenaient de provoquer du scandale (0.

A s'en tenir aux faits, il paraît légitime de conclure que la législation de 1609 a subsisté et a été appliquée intégralement concernant la profession de foi orthodoxe, indépendamment de la question du scandale. On bannit du territoire, au même titre, les protestants de profession publique comme ceux qui ne font pas étalage de leurs convictions religieuses. La publicité plus ou moins grande des croyances était cependant un grand facteur de la tolérance (■'). Il faut dès lors rejeter la division chronologique de 1615, point de départ, d'après M. Hubert, d'un adoucissement dans l'application du placard de 1609 : elle nous paraît arbitraire. L'exil ou le bannissement ont existé avant et après 1615. M. Poullet s'éloigne davantage de la vérité en affirmant comme condition de répression de l'hérésie, après 1609, la connexion du scandale.

A. Pasture, Professeur à l'Institut Saint-Joseph, à La Louvière.

(1) Barberini à del Bagno, 28 décembre 1624. Bibliothèque vaticane, fonds Barberini, ms. 6206 : « La serenissima infanta opra sempre saggiamente et in particolare ha fatto resolvendo adesso di allontanare le famiglie piii sospette di eresia délia città d' Anversa la quale con simile provedimento rimane insiemeinente più sicura délie insidie esterne et dalle infezioni di dentro *.

(2) J. L. M. Eggen, De invloed door Zuid-Nederland op Noord-Nederland uitgeoefend op tiet einde der XVl^ en het begin der XV/I' eeuw, p. 35. Gand, 1908.

(3) Archives de la congrégation du concile, Relatio tornacensis, 1619-1621.

(4) Archives de la congrégation du concile, Relatio antverpiensis , 1632, f. 782 : « Supersunt tamen aliquot heretici, licet pauciores qui vel uxores aut proies habent catholicas et sine scandalo modeste se gérant. Non cessatur tamen a conatu eosdem convertendi ».

(5) Il y a une exagération manifeste du P. Chisaire, délégué de l'archevêque de Cambrai, Fr. Van den Burch, affirmant à la congrégation du concile : De heresi in tota eius diaecesi ut in aliis quae régi Hispaniae parent nulli heretici tolerantur. Archives dé la congrégation du concile, Relatio cameracensis, 1625.

La communauté catholique

de Hambourg en 1624.

Au cours de nos recherches sur la situation des catholiques en Suède à l'époque moderne, nous avons trouvé aux archives de la Propagande à Rome, un document qui présente de l'intérêt à plus d'un titre ('). Il nous fournit entre autres la liste détaillée de tous les membres de la communauté catholique de Hambourg en 1624. Le document avait déjà été signalé par Pieper dans son travail sur l'activité de la congrégation de la Propagande dans le Nord de l'Allemagne au xvn*^ siècle (-) ; toutefois il mérite un examen plus complet et plus approfondi.

Cette liste de noms ne permet pas seulement de relever l'état précis de l'église catholique à Hambourg à cette date ; elle présente un intérêt tout particulier parce qu'elle témoigne de la présence en cette ville de nombreux catholiques originaires des Pays-Bas; ces derniers forment même la majorité au sein de la communauté.

Sans nous attarder à décrire la situation politique et religieuse de cette époque, contentons-nous de rappeler qu'en 1624 la première période de la guerre de Trente Ans était close. Les protestants allemands étaient vaincus mais non soumis. La défaite qu'ils venaient de subir avait accru leur irritation, leur haine contre les catholiques, parce qu'ils se sentaient plus impuissants. Ils s'apprêtaient d'ailleurs à faire appel aux puissances étrangères et déjà le

(1) Le document fut envoyé au nonce de Bruxelles par le père Janssens, O. P., missionnaire à Hambourg. Le nonce J. F. Guido de! Bagno, le transmit à Rome, le 24 février 1624. La pièce est conservée dans les Archives de la Propagande, ScRiTT. Or. Rif., Lett. Ant., vol. 296, fol. 91-95, et porte comme titre : Compendium fide dignum persecutionis in catholicos hamburgenses in pago Altenovia ûnno elapso, ipsa ( festa) principum apostolorum Pétri et Pauli, necnon catalogus complectens f ami lias, personas, nomen, cognomen, provinciam, urbem, aetatem, ac qualitatem exercitii singulorum unacum numéro templorum sectarum atque ministrorum earumdem Hamburgi vigentium.

(2) A. Piepe:?, Die Propaganda-Congregation und die nordiscfien Missicnen im siebenzehnten Jahrhandert, p. 17-18. Cologne, 1886.

312 L. BRIL.

roi de Danemark se préparait à lancer ses armées dans l'Empire. Il avait commencé la lutte en persécutant les catholiques. Le 29 juin 1623, à l'occasion de la fête des saints Pierre et Paul, les catholiques hambourgeois s'étaient réunis dans lachapelled'Altona, qui leur servait d'église. Pendant le sermon du missionnaire Nesenus, S. J., quarante cavaliers danois envahirent le sanctuaire^ tuèrent 2 catholiques, en blessèrent 26 dont deux moururent à la suite de leurs blessures, et dépouillèrent tous les fidèles de leurs vêtements sans distinction d'âge ni de sexe. La chapelle fut complètement dévastée, les meubles brisés, et tout ce qui pouvait l'être fut emporté et volé (').

L'année suivante arriva à Hambourg le père D. Janssens (-),du couvent des Dominicains d'Anvers, qui put rester dans la ville, grâce à la protection de l'empereur Ferdinand II. Le Sénat hambourgeois accepta bien le privilège accordé par l'empereur, mais refusa carrément de le publier et laissa ainsi les missionnaires et les catholiques exposés à toutes les fureurs de la populace {^).

(1) C'est ainsi que Pieper, o. c, p. 10, raconte les événements d'après une lettre du nonce de Cologne, datée de Liège, 20 octobre 1623. Cfr Archives de la Propagande, Scritt. Or. Rif., Lett. Ant., vol. 296, fol. 59. 11 ne s'est pas aperçu que le père Janssens a également raconté l'événement dans le document qui nous occupe. Comme on le verra par l'extrait qui va suivre, le père Janssens diminue un peu la gravité des faits. Pars [se. cohortis equitiim] domiim id est eeelesiam eireumcingit, pars ad catholieos aseendit, niidatis ensibus, selopetis omnisqiie generis instrumentis armati iveliit rabidi eanes), omnia lacère, confringere, vulnera imo necem inferre non verentur ; deploranda profecto venim faciès ! ibi clamores, hic ululatus, illic lachrymae, inde sangiiinis proflnvinm : hic e fenestra vitae consulens prosilit, ille tectiim ut fuga elebatur conscendit ; istum propriis se vestibus prompte spoliantem vidisses. Sane non maiori crudelitate Thessalonicae desaevire videbatur theodosianus miles. Tandem ad latérale cubiciilum instar gregis porcorum pliires catholicorum cogentes ad indusiiim usque denudarunt. Cum jam satis superqiie truculentae furori indiiltum esset, octodecim ex catholicis graviter vitlneratis (de quibits infra) et duobus e vita snblatis, omnia ecclesiae ornamenta, sacras vestes et profanas tam catholicorum quam lutheranorum fquos eadem partim curiositas, partim inchoativa pietas pellerat), imposita curribus abducunt ; reliqiiis in praedam tam plebi altenoviensi quam hamburgensi datis, non minori impetu biduum durante, minima quoque suppellectilis dilaniant. comminuunt, secumque velut re hene peracta, Deoque praestito obsequio, in victoriae palmam a catholicis consecutam, in civitatem inférant, quibusdam relatam insolentiam, animo gestuque upprobantibus, quibusdam vero tamquam crudele facinus detestantibus.

(2) Un des cinq frères Janssens oujanssenboy de Zierikzee. 11 dut quitter Hambourg en 1636 et mourut à Amsterdam en 1647. Cfr QuÉTiFet Echard, Scriptores ordinis praedicatorum, t. Il, p. 479, 493, 552, 607. Paris, 1721.

(3) Cfr PiEPER, o. c, p. 16-17.

C'est dans ces circonstances que le père Janssens envoya au nonce de Bruxelles la description de la situation religieuse à Hambourg. Dans ce document la partie la plus intéressante est la liste des catholiques. En 1624 il y avait à Hambourg 176 catholiques; nombre infime sans doute, mais relativement considérable eu égard aux circonstances : les persécutions, les poursuites, les tracasseries de toutes sortes ne laissaient ni trêve, ni répit aux fidèles. Ces 176 catholiques se répartissaient entre 35 familles comptant un ensemble de, 140 membres et 36 personnes que la liste classe sous le nom de Adolescentes et personne solutae.

Mais c'est plus spécialement au point de vue des nationalités que nous nous plaçons pour examiner cette l'ste et y relever les noms des catholiques originaires des Pays-Bas, tant méridionaux que septentrionaux.

Le document ne signale qu'un seul catholique wallon, marié à une bruxelloise Anne Andriessen (Andreae). C'était Olivier Esbius, de Bastogne. Il était professeur privé de français et demeurait probablement depuis plusieurs années déjà à Hambourg ; ses trois enfants, dont l'aîné avait huit ans, y étaient nés. Lors de la surprise des catholiques à Altona, il avait eu les deux bras brisés d'un coup de hache. Il avait supporté ses douleurs avec courage et était resté catholique fervent.

Une seule famille était originaire de Flandre : celle de Nicolas Guilielmi ou Willems, d'Ypres, veuf avec deux enfants nés à Hambourg, dont l'aîné avait 8 ans. Willems exerçait le métier de tisserand (textor tapetum).

Parmi les brabançons signalons tout d'abord le capitaine Nicolas Wouwerius ou Van de Wouwer, dont la ville d'origine n'est pas indiquée. Il avait fait la guerre sous l'archiduc Léopold, le duc de Parme, le marquis de Spinola et le comte de Boucquoi. Hambourg devait être sa résidence ordinaire depuis plusieurs années; c'était dans cette ville qu'était née sa fille unique, âgée de 16 ans. Sa maison était, pour ainsi dire, transformée en chapelle et était toujours ouverte aux catholiques, qui désiraient assister anx offices divins ou recevoir les Saints Sacrements. Quoique menacé à plusieurs reprises par le Sénat de Hambourg de peines sévères et notamment d'une amende de 500 thalers, s'il ne cessait de permettre le culte catholique dans sa maison, il n'en continua pas moins son œuvre de piété et de dévouement, secondé admirarablement par sa femme Agnès Aquernhym, de Ravensbourg en Juliers.

Le marchand Joachim Argentins était originaire de Bruxelles et

314 L. BRIL.

résidait depuis bon nombre d'années à Hambourg. Il avait épousé une luthérienne et avait deux enfants catholiques nés à Hambourg. L'aîné avait 12 ans.

Les familles originaires d'Anvers sont majorité au sein de cette petite communauté catholique : elles sont au nombre de sept. Ce fait est un indice de plus de la décadence progressive du grand port belge. Même les familles catholiques avaient déserté la ville qui ne pouvait plus les nourrir.

L'énumération des différents métiers exercés par les émigrés, montre que ceux-ci étaient tous de condition modeste : ouvriers ou petits commerçants.

La veuve Jeanne Adelhelm était âgée de 60 ans, elle travaillait à la journée et avait une fille de 13 ans née à Hambourg.

Pierre Tasser, marié à une brêmoise, faisait le métier de pastilleur (pastillarius). Ses cinq enfants, dont l'aîné avait 18 ans, étaient nés à Hambourg.

Philippe Broes, marié à une anversoise, Sara Nouwens, était portefaix (onerum compactor). Il avait six enfants nés à Hambourg; l'aîné avait 19 ans.

Darius Zimenès, orfèvre, avait épousé une calviniste.

Egide Nicolai ou Claassens était tailleur. A Altona il avait reçu une grave blessure à la tête. C'était lui qui, à cette occasion, avait accueilli dans sa maison un grand nombre de catholiques, dépouillés, comme lui, de tous leurs vêtements. Il avait comme femme Elisabeth Janssens, fille de Martin Janssens de Zierikzee que nous citerons plus loin. Ils n'avaient qu'une fille, âgée de 3 ans, née à Hambourg.

Nicolas Felbier confectionnait des manteaux (palliarius). Il avait épousé une brêmoise dont il avait eut quatre enfants, nés à Hambourg. L'aîné avait 10 ans.

François Bredael était marchand de poisson. Marié à une anversoise, Marie Visscher, il avait deux enfants, nés à Hambourg, dont l'aîné avait 13 ans.

A cette liste de catholiques originaires d'Anvers, il faut ajouter les deux sœurs Byltgens qui avaient épousé des marchands italiens. L'une, Gertrude, avait comme mari Silvain Stensyn de Crémone; l'autre, Suzanne, Abondio Somigliano de Côme. Ce dernier peut être considéré comme le membre le plus influent de la colonie catholique à Hambourg. A plusieurs reprises il avait essayé d'obtenir du Sénat hambourgeois, sans jamais y réussir, la liberté ds religion pour les catholiques. Toujours il s'était montré le grand protecteur des catholiques surtout en recevant et en

hébergeant chez lui les prêtres catholiques. Aussi est-ce à lui surtout que la populace en voulait.

Ainsi, en 1619, le 2 juillet, sa maison avait été assaillie par le peuple, excité par les pasteurs protestants. Déjà les fenêtres étaient brisées, la porte enfoncée, quand une troupe de soldats envoyée par le Sénat vint arrêter la fureur de la foule.

A Altona il avait été gravement blessé à la tête. Grâce à l'aide de quelques amis il avait pu échapper à la mort. C'était lui d'ailleurs qui payait le loyer de la maison qui servait de chapelle aux catholiques à Altona. Son séjour à Hambourg datait déjà de plusieurs année. C'était dans cette ville qu'étaient nés ses quatre enfants, dont l'aîné avait 15 ans.

Les Pays-Bas septentrionaux étaient représentés au sein de cette communauté en tout premier lieu par la famille Janssens, de Zierikzee en Zélande. Elle comptait à Hambourg le père et quatre enfants mariés. Le père, Martin Janssens, âgé de 63 ans, était capitaine de navire. Il avait toujours soutenu admirablement les prêtres catholiques qui venaient à Hambourg, soit en les hébergeant, soit en leur fournissant l'argent nécessaire à leur entretien. Plusieurs fois les catholiques étaient venus entendre la Sainte Messe et recevoir les Saints Sacrements dans sa maison. Cette attitude lui avait attiré de nombreux désagréments tant de la part du Sénat que du peuple de Hambourg. Sa femme Antonia Janssens, née dans la même ville de Zierikzee, l'aidait vaillamment dans son œuvre de dévouement. Ils avaient encore une fille non mariée, âgée de 21 ans et née à Hambourg.

Parmi leurs enfants mariés qui tous donnaient l'exemple d'un profond attachement au catholicisme, nous avons déjà nommé Elisabeth, mariée à l'anversois Egide Claassens. Les autres enfants étaient : Quirina, veuve avec sept enfants; Catherine, mariée au matelot Wessalus Hendricks, de Haarlem, et Cornélie, mariée au cordonnier Jean Janssens, de Groningue.

Énumérons rapidement les familles originaires d'autres villes des Pays-Bas. Jacques Jacobs, pilote, avait épousé Marguerite Jacobs, née, comme lui, à Edam. Leurs deux enfants, dont l'aîné avait 11 ans, étaient nés à Hambourg. La ville d'Enkhuizen avait fourni trois familles à la communauté d'Hambourg : 1" Pierre Sirkes, régisseur, avait épousé Cornélie Pieters, de la même ville; l'aîné de leurs cinq enfants, tous nés à Hambourg, avait 16 ans ; 2" Didacus Simons, moutardier (molitor sinapis), veuf avec cinq enfants, nés à Hambourg et dont l'aîné avait 15 ans. Son frère Jean, matelot, demeurait chez lui ; 3" Corneille Lubbecksen, capitaine de

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navire. Sa femme Gertrude Pieters, était née à Edam. Ils avaient une fille de trois ans et le matelot Ange Manaerts, d'Enkhuizen, faisait partie de leur maison.

Originaire de la même ville était le célibataire Jean Pieters, fabricant de voile (velifex). Il avait été blessé au pied à Altona et avait gardé de cette blessure une certaine claudication.

La ville de Delft était représentée par Jean Willems, veuf et son fils Adrien, marchand ; Amsterdam, par le marchand Léonard de Béer. Sa femme était calviniste. Il avait deux fils catholiques nés à Hambourg, dont l'aîné avait 10 ans.

Le marchand Isenbrand, célibataire, venait de Haarlem.

Groningue comptait comme représentant le célibataire Jean van den Hout, tireur de vin (pomptor vini) et le tailleur Egbert Roelofs, marié à une luthérienne, dont il avait deux fils catholiques, nés à Hambourg. L'aîné, âgé de 19 ans, était matelot.

Les autres catholiques de Hambourg étaient tous, à l'exception du marchand portugais Melchior Fernandez, originaires de différentes villes d'Allemagne. Il n'est d'aucun intérêt de relever ici leurs noms. Faisons seulement remarquer qu'ils étaient tous de condition inférieure : tailleurs, cordonniers, domestiques, etc., il n'y avait parmi eux que trois marchands.

Pour donner une idée plus exacte de la communauté catholique à Hambourg en 1624, il sera utile de rapporter le jugement d'ensemble que porte sur elle le père Janssens en clôturant sa liste. « Tous les catholiques, dit-il, sont fermement attachés à leur foi. Dans les derniers temps on a eu à déplorer quelques apostasies, causées en parties par le manque de prêtres, en partie par l'espoir du lucre, ou encore par la crainte des grands dommages qui menacent les catholiques. De plus, de nombreux ouvriers industriels (artis mecanicae) n'osent se joindre ouvertement aux catholiques, par crainte de devoir abandonner le travail et de souffrir de trop grands maux ; parce que la liberté d'exercer la vraie religion n'existe pas encore à Hambourg ».

Nous pouvons clore ici cette petite étude en attirant l'attention sur l'importance de l'élément belge et néerlandais parmi les catholiques de Hambourg. Sur 36 familles catholiques 10 étaient belges et 12 néerlandaises : c'était parmi elles que se trouvaient les personnes les plus riches et les plus influentes.

Il est probable que pour ce qui concerne la population protestante les émigrés des Pays-Bas étaient bien plus nombreux. Malheureusement le père Janssens ne donne que les noms des pas-

teurs et le nombre global de leurs fidèles sans distinguer les nationalités.

Pour les calvinistes nous relevons un pasteur tournaisien, Jean Arcerius, qui réunissait à ses sermons près de 200 auditeurs, dont la plupart étaient des émigrés comme lui. L'auditoire de l'autre prédicant calviniste se composait surtout d'émigrés brabançons et flamands, qui avaient quitté leur patrie du temps du duc de Parme.

D' L. Bril,

Archiviste aux archives générales du royaume à Bruxelles.

JEAN LINSEN et la Compagnie d'Allemagne

au XVII^ siècle.

Nos relations commerciales avec l'Allemagne autrefois si florissantes étaient tombées en décadence par suite des guerres continuelles et des droits élevés dont étaient chargés nos produits ('). Après la paix de Munster, Léopold et don Juan d'Autriche travaillèrent sérieusement au rétablissement de ce commerce. Ce dernier obtint, le 6 mai 1658, du magistrat de Bruxelles une diminution d'un tiers des droits levés sur les vins sous forme d'essai et pour un terme de trois mois (-')•

Cependant les États de Brabant ne se montrèrent pas très enthousiastes i^), ce n'est que le 5 novembre 1660 qu'un placard modéra d'un quart les droits à lever sur les marchandises allant et venant d'Allemagne (^).

Deux ans après (27 janvier 1662), le marquis de Caracena, à la demande de Jean Linsen, «marchand et bourgeois de Bruxelles», publia l'octroi autorisant l'érection d'une compagnie pour favoriser le commerce avec l'Allemagne. Linsen entra alors en pourparlers avec les députés des princes du Rhin. 11 travailla si bien aux intérêts du pays que le marquis de Castel Rodrigo le nomma, le 19 mars 1667, le principal directeur de la compagnie. Linsen, sachant que le seul moyen de rétablir le transit des marchandises d'Espagne et d'Angleterre était de diminuer les impositions, reprit les négociations et parvint à obtenir des princes électeurs de Trêves, Mayence et du Palatinat une diminution des deux tiers

(1) J. J. Altmeyer, Histoire des relations commerciales et diplomatiques des Pays-Bas avec le Nord de l'Europe pendant le XVP siècle. Bruxelles, 1840.

(2) Archives générales du royaume à Bruxelles (= AGR\ Papiers de Wouters et Castillon, liasse 31.

(3) AGR, Conseil d'État, carton 406.

(4) Placards de Brabant, t. III, fol. 455.

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