JEAN LINSEN ET LA COMPAGNIE D'ALLEMAGNE
de tous les droits qui se levaient à leur profit par terre et par eau ('). Le prince électeur de Trêves offrit même d'affranchir complètement la compagnie de toute imposition. Le marquis de Castel Rodrigo, de son côté, fit examiner les propositions de Linsen par ses ministres qui furent unanimement d'accord pour proclamer l'utilité de cette entreprise, il obtint même des États de Brabant et des trois membres de la ville de Bruxelles une diminution des trois quarts des droits (-).
L'accès de la compagnie était réservé aux provinces et villes qui consentiraient à la même modération. Cependant l'opposition des Provinces-Unies se dressa une fois de plus devant le courageux effort de nos pères. Les États Généraux, considérant l'importance de ce rapprochement, mirent tout en œuvre pour détourner les princes du Rhin de leur dessein et pour faire échouer l'entreprise. Ils s'adressèrent, à cet effet, à la diète impériale de Ratisbonne. Le gouverneur don Inigo Fernandez Velasco, informé de ces manœuvres secrètes, écrivit à cette asserhblée pour la défense des intérêts de la compagnie et ordonna au conseil des finances de hâter l'accord définitif ('0.
Un second obstacle, plus grand celui-ci, fut l'hostilité du conseil des finances qui jugea cette opération nuisible aux intérêts de Sa Majesté, et, pour ceux qui voulaient l'entreprendre, impossible à cause du manque d'argent et du prix trop élevé de la conduite des marchandises. Le conseil d'État émit un avis semblable (^). Mais Linsen démontra que les droits de Sa Majesté ne devaient pas trop en souffrir, vu que la station de Saint-Vith, une des plus importantes de la frontière, n'avait rapporté en 1668 que quatorze patacons. Ce bureau était appelé à produire davantage ; en effet, une diminution des droits allait avoir pour conséquence de faire
(1) Lettres du 24, 28 juillet et 8 août 1667.
(2) Le 26 septembre 1663 le 1"' membre, « de Heeren >, résolut d'abolir les » trois quarts des impôts sur les vins du Rhin, le 2'' membre, « de goede mannen » van den wijden Raad », s'y conforma le 7 octobre 1665, et le 3'' membre, « de » goede mannen van de negen natien », le 13 octobre 1665». AGR, Papiers de Wouters et Castillan, liasse 31.
(3) Lettres du 29 septembre et du 22 décembre 1669.
(4) « Le conseil d'État est d'avis avec le conseil des finances que cette entre- » prise ne pourra jamais avoir le succès désiré par le manquement des choses » essentielles, savoir : un grand fonds de deniers, l'envoi et le retour réciproques » des marchandises et la commodité de les voiturer à moindre frais et, comme » les deniers leur manquent, tout le reste manque de même ». Consulte du conseil d'État, 25 novembre 1668. AGR, Conseil d'État, carton 406.
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passer par le pays une grande partie des marchandises qui maintenant passaient par les Provinces-Unies. Quant aux frais de voiture, Linsen réclama, il est vrai, un grand avancement de deniers, mais <'à charge de ceux qui jouyront de l'octroy» (')• Linsen pensait ainsi réduire les frais de voiture d'un quart. Entretemps les États de Brabant et les trois membres de la ville de Bruxelles se mirent d'accord pour tenter provisoirement, «pour » une expérience de trois ans, une affaire de tant de poids et de » profit commun au seul risque de ceux qui s'y veulent hasar- » der» ('). Le 7 novembre 1673, Linsen fit connaître au comte de Monterey, alors gouverneur, que les princes du Rhin voulaient exonérer de tout droit le commerce avec la compagnie d'Allemagne {^).
Le conseil des finances, par ordre du gouverneur, nomma alors une commission chargée de faire rapport sur la demande de Linsen. Mais celui-ci, craignant que le traité général de commerce de Nimègue pourrait faire perdre aux Pays-Bas catholiques les avantages qu'un traité particulier avec les princes du Rhin pouvait leur accorder, insista vivement pour hâter les négociations.
Cependant les affaires traînèrent en longueur à ce point que Linsen accusa le conseiller Wouters de contrecarrer ses plans. A plusieurs reprises, il écrivit au comte de Monterey et à son successeur le duc de Villa Hermosa, pour protester contre la lenteur des expéditions. Wouters, pour répondre aux accusations portées contre lui par Linsen, répliqua : qu'«il n'avait pas encore » vu les rétroactes qu'il croyait être en possession d'un seigneur » ou bien se trouver dans les greffes». Il ajouta qu'aussi longtemps que la paix n'était pas signée, les pays occupés par la France devaient être considérés comme pays ennemis, en outre il trouva que < le tout ne consiste qu'en vaines idées et comme des » rêveries ou des arcqs au ciel qui s'évanouissent sitost qu'ils » apparaissent à la pénétracion et intelligence» (')• Comme le conseil des finances jugea les propositions de la compagnie d'Allemagne inacceptables, les partisans de Linsen, pour hâter l'accord définitif, tentèrent, mais en vain, un suprême effort en s'adressant à la diète impériale. Ils firent accroire que le gouvernement allait charger d'une nouvelle imposition de 4 " o le
(1) AGR, Conseil d'État, carton 40ê.
(2) AGR, Papiers de Wouters et Castillan, liasse 7.
(3) Lettres du 28 juillet et du 9 août 1670.
(4) Lettre du 8 mai 1678. AGR, Papiers de Wouters et Castillan, liasse 16.