JEAN LINSEN ET LA COMPAGNIE D'ALLEMAGNE
commerce avec l'Allemagne. Les députés du cercle de Bourgogne à la diète de Ratisbonne demandèrent des explications au gouverneur.
Celui-ci fit répondre que le seul tarif réglant le commerce d'Allemagne était celui du 5 novembre 1650, qui avait modéré les anciens droits d'un quart (').
La guerre de 1689 arrêta de nouveau les relations commerciales avec la France et donna une arme nouvelle aux adversaires de la compagnie. Ils profitèrent des circonstances politiques pour défendre ou imposer davantage le commerce avec l'Allemagne comme pays occupé par les armées françaises. Après tant d'insuccès, Linsen fut forcé d'abandonner son projet. Il avait obtenu la faveur des gouverneurs, du conseil privé et des États de Brabant et de Gueldre qui, comme nous l'avons vu, consentirent à diminuer les droits qu'ils levaient à leur profit. Il eut bien à vaincre l'hostilité des Provinces-Unies, le particularisme des États provinciaux et des villes, mais tout porte à croire qu'il aurait triomphé s'il n'avait pas rencontré l'opposition aussi acharnée du conseil des finances, spécialement du conseiller Dominique Wouters. Après cette tentative infructueuse nos relations avec l'Allemagne devinrent de plus en plus rares, à cause de l'état de guerre, des droits élevés et de la concurrence étrangère.
D^" Camille Van Langendonck, Attaché à la Bibliothèque royale de Belgique.
(1) AGR, Papiers de Woitters et Castillon, liasse 15.
Jansénius et la fondation
de l'oratoire en Belgique
Quand les oratoriens arrivèrent en Belgique en 1626, il y avait longtemps déjà que duraient les tentatives pour les y amener. Dès 1613, Marie deMédicis recommandait avec chaleur la congrégation à l'infante Isabelle, gouvernante des Pays-Bas. Plus tard, nous trouvons que des pères de l'oratoire invités par des ecclésiastiques belges, adressent une remontrance aux archiducs, afin que permission leur fut accordée de s'établir à Mons ou à Ath. Le 8 janvier 1619 François Vander Burch, archevêque de Cambrai reçoit une lettre de l'archiduc demandant son avis. Le prélat répond le même jour, qu'il ne saurait être que bien aise « s'il plaisait à Sa ditte Altesse Sérénissime..., de leur accorder la libre demeure et habitation en l'une ou l'autre desdites villes ». Après ce témoignage favorable, les archiducs admirent l'oratoire au cours même de ce mois de janvier et permirent « qu'iceux pourront prendre leur demeure et habitation en leur pays et par deçà et nommément en la ville de Ath, pour y prêcher, catéchiser, ouïr les confessions, visiter les malades et y exercer autres œuvres de charité, selon qu'ils sont accoutumés de faire es autres lieux de leur résidence, aux conditions néanmoins offertes par lesdits pères, que ceux qui viendront
(1) Nous avons trouvé les principaux renseignements dans une source janséniste, notamment le Chronicon congregationis oratorii Domini Jesu per provinciam archiepiscopaius mechliniensis (1626-1729). Lille, 1740, écrit par le P. De SwERT, qui fut archiviste en notre oratoire belge, et dans une source anti-janséniste : Pinthe:?eau [Dh Pi^éville', La naissance du Jansénisme découverte à monseigneur le chancelier. Louvain, 1654. Cette source est un recueil de lettres de Jansénius, Calenus, etc., à Saint-Cyran. Quoique rapportées par un adversaire des auteurs, on peut croire à l'authenticité des lettres. - Tronquées, mal déchiffrées et dans un seul but, elles portent toutefois avec elles», dit Sainte-Beuve, « leur cachet suffisant d'authenticité >. Et l'éditeur des Mémoires de M. Lancelot nous apprend : « Quoi qu'on fût en droit de n'ajouter aucune foi à des extraits de lettres que les jésuites donnaient comme il leur plaisait... on ne s'est cependant point inscrit contre ces lettres ».
JANSÉNIUS ET LA FONDATION DE l'ORATOIRE EN BELGIQUE. 323
résider par deçà, seront sujets naturels de Leursdites Altesses, demeureront soumis à la jurisdiction des ordinaires, et seront obligés de s'y entretenir de leur propre sans apporter aucune charge aux liei^x et personnes où ils se tiendront... » Cependant, les oratoriens ne s'établirent jamais à Ath, ils n'arrivèrent à Mons qu'en 1631.
Si l'oratoire fut enfin installé en Belgique en 1626, ce fut grâce surtout aux efforts de Jansénius et de St-Cyran. Ceux-ci, après avoir étudié à Louvain, se trouvaient à Paris vers 1605 unis d'amitié. Là Jansénius se lia aussi avec Guibert et Gibieuf, qui furent plus tard de l'oratoire. Dans la suite nous le retrouvons à Louvain à l'époque où la guerre était déclarée entre la compagnie de Jésus et l'université. Il s'agissait du droit contesté aux religieux d'ouvrir des écoles de philosophie et de conférer des degrés. Le futur évêque d'Ypres combattait les jésuites. A ce même temps déjà il s'occupait de S. Augustin, car le 5 mars 1621 il écrit à St-Cyran. « Cependant je poursuit mes estudes.., c'est-à-dire à travailler à S. Augustin... sa doctrine est si peu connue parmi les savants. Je n'ose dire à personne du monde ce que je pense... d'une grande partie des opinions de ce temps et particulièrement de celle de la grâce et prédestination. »
Il s'agissait de gagner les esprits à sa cause. Peut-être était-ce pour gagner l'oratoire de France, que Jansénius s'occupa de l'affaire des vœux des carmélites où le cardinal de Bérulle était intéressé. St-Cyran en manda toutes les particularités à Jansénius et celui-ci lutta contre la censure qu'avaient portée les docteurs de Louvain. Aussi en avril 1622 Jansénius écrivait qu'il était « très aisé de la disposition de Sémir (de Bérulle) avec les siens >>. Pour faire plaisir au Cardinal de Bérulle, St-Cyran avait obtenu de Jansénius, une approbation pour le livre des Grandeurs de Jésus.
Sur ces entrefaites arrivait à Louvain chez Jansénius le vicaire apostolique de Hollande Rovénius qui le fit écrire à St-Cyran, pour obtenir des renseignements au sujet de l'oratoire. Jansénius dit que lui-même « a mis cela en tête, et pousse la roue le mieux qu'il peut, car les jésuites le tourmentent assez ». Il ajoute qu'il espère pouvoir contribuer à les placer en Belgique, et il prie St-Cyran « d'avoir l'affaire à cœur car il est passionné contre les Jésuites et leurs menées, qu'ils tâcheront de faire au pays des Hollandais si de Bérulle ne les devance >. St-Cyran donna les renseignements désirés. L'intention de Jansénius était d'établir l'oratoire à Louvain, mais de Bérulle demeurait sur la réserve et l'affaire pour le moment en resta là.
324 CH. VAN MERRIS.
Plus tard, le 2 juin 1623, Jansénius nous apprend que « l'affectation envers la Compagnie de M' de Bérulle, se nourrit ici au cœur de plusieurs gens de bien et de savoir, qui se sont déclarés à Jansénius ... ».
Nous arrivons enfin à l'année 1626, l'année de la fondation en Belgique. Vers cette époque, Jacques Boonen, archevêque de Malines, était gagné à la cause de l'oratoire et l'affaire était recommandée au légat de l'infante à la cour de France. Le chroniqueur rapporte que Jansénius lui-même était à Paris au commencement de l'année pour arranger la chose (') et que Boonen de son côté s'était adressé à de Bérulle. Ce fut en ces circonstances que l'on décida d'envoyer en Belgique tout ce dont Boonen aura besoin, mais seulement après le carême. De ces jours importants pour l'oratoire belge, date l'amitié de Calenus et St-Cyran ; nous l'apprenons dans une lettre du premier, datant du 17 avril. A cette date Jansénius se trouvait déjà de retour de Paris, mais était sur le point de partir en Espagne comme délégué de l'université au sujet de ses démêlés avec les jésuites. Quand il fut parti, ce fut Calenus qui entretint avec St-Cyran la correspondance en faveur de l'oratoire. 11 lui dit le 2 mai : « Fere prudentiores omnes, necessarios illos putant, ne monarchia ecclesiastica a quibusdam praetensa destruatur » et il ajoute que l'archevêque est en pourparlers avec l'infante afin que par son ambassadeur elle fasse arriver trois pères. De fait, le 8 mai l'infante Isabelle ordonne à son embassadeur à la cour de France Henri de Vicq de faire des instances auprès du cardinal de Bérulle. Au 28 du même mois, de Vicq informait Boonen que le supérieur de l'oratoire lui enverrait trois pères. Entretemps l'évêque d'Arras avait à son tour notifié le désir d'établir l'oratoire dans son diocèse et notamment à Douai. C'est ce que Calenus rapporte à St-Cyran le 9 juillet : « Optimum erit ut et Lovanii et Duaci (quae solae sunt universitates Belgii) eodem forte tempore res haec tuendae hierarchiae ecclesiasticae perutilis inchoëtur ».
Mais les pères promis pour la fin du carême, n'étaient point arrivés et Jansénius fit part de son étonnement à St-Cyran vers la fin de juillet. Il était toujours en Espagne, les yeux tournés vers les
(1) Cfr Van Aken, S. J., Une lettre inédite de C. Jansénius, évêque d'Y près, dans les Précis historiques, 1884, t. XXXIII, p. 446-461. La lettre susdite nous renseigne sur l'état des négociations le 23 janvier 1626. A ce moment M. de Bérulle ne tenait pas à envoyer ses sujets en Belgique, mais il finit par se rendre au.x instances de Saint-Cyran.
JANSÉNIUS ET LA FONDATION DE l'ORATOIRE EN BELGIQUE. 325
Pays-Bas, et comme les choses traînaient en longueur il interroge de nouveau St-Cyran le 21 août : « Je ne sais ... pourquoi il se diffère tant, car on m'écrit de Flandre qu'ils ne sont pas encore venus ... ;>.
Enfin le 23 août St-Cyran annonçait l'arrivée des pères : « duo presbyteri... et unus junior frater... ut haberent in isto juniore fratre, qui dilectus est inter multos, studiosi Lovanienses ubi... prima domus seu seminarium figendum est, quem imitarentur illecti similitudine aetatis ».
Les Pères s'appelaient François Bourgoing et Clériade de Prepavin, le jeune confrère, Symphorien Guyon. On leur adjoignit un frère lai pour le service de la maison, Nicolas Lacroix.
Ils arrivèrent à Bruxelles au commencement de septembre et y furent accueillis avec une joie extrême par l'archevêque de Malines, qui leur offrit l'hospitalité dans son propre palais. Déjà le 4 septembre le P. Bourgoing informait St-Cyran de la réception. Quelques jours après, Boonen les conduisit à l'audience de l'infante et le 11 octobre il les installa solennellement à Louvain au collège de Savoie. L'archevêque c'nanta pontificaleinent la messe et les vêpres, et deux sermons furent prononcés, l'un en latin par le P. Bourgoing, l'autre en français par le P. de Prepavin (').
On n'avait pas tardé de faire savoir l'arrivée des pères à Jansénius, absent pour le moment, car le 12 octobre il mande à St-Cyran: «On m'écrit de Bruxelles que les trois pères sont arrivés... J'ai écrit qu'il serait bon de leur procurer un lieu, s'il se peut, au milieu de l'université, sans dire les raisons, car je songe à leur faire tomber entre les mains toute la jeunesse avec le temps. »
Cependant l'archevêque de Cambrai Vanderburch, se faisait le 26 octobre, l'écho d'une plainte auprès de Boonen comme quoi il s'enseignait à l'oratoire une doctrine contraire à la doctrine et à la pratique des pères. Toutefois Vanderburch lui-même n'attacha pas grande importance à ces accusations, car peu après il admit à son tour les oratoriens dans son diocèse.
Entretemps Jansénius continuait à Madrid à étudier S. Augustin, tandis qu'il recevait de temps en temps de l'oratoire des informations qu'il transmettait de son côté à St-Cyran.
Voilà comment, grâce aux efforts de Jansénius et de St-Cyran, l'oratoire s'introduisit en Belgique. La semence jetée en notre sol
(1) Cfr HousSAYE, Le cardinal de Bérulle et le cardinal de Richelieu, p. 214. Paris, 1875. On trouvera dans cet ouvrage p. 206-216, des renseignements et des éclaircissements sur notre sujet, entre autres des notices sur les trois pères.
326 CH. VAN MERRIS.
fut féconde, car l'année 1626 ne s'était pas achevée que déjà un novice avait été reçu : Adrien Heusen de Renaix, élève théologien du séminaire de Malines. Le nouvel institut progressait lentement mais sûrement, c'est ce qu'écrivait Bourgoing à St-Cyran le 31 décembre : « Progressus noster, juxta genium genti innatum, lente quidem, sed satis bono ac firmo pede festinat. Instituti nostri rationem plures laudant... Non defuerunt variae et plures, praesertim erga serenissimam Infantem obtrectationes, quibus ipsa commota non parum in nostram congregationem gallicam est visa; sed ipse 111. Dom. se opposuit, ac pro nobis quasi se sponsorem apud ipsam constituit. »
Lorsque Jansénius fut de retour de Madrid en .avril 1627, il trouva l'oratoire déjà prospère. Nous avons pu remarquer l'intérêt qu'il portait au nouvel établissement, mais ce n'était point sans but. Sous l'autorité de Boonen il voulait organiser la maison de Louvain comme la maison de Sorbonne et déjà le 31 décembre 1627 il avait demandé à St-Cyran de lui faire connaître les constitutions de celle-ci, et cela disait-il « ne sera pas à l'avantage des jésuites ». Toutefois nous ne poursuivons pas l'histoire de cet institut qui fut en Belgique un des principaux soutiens du jansénisme et nous terminons en exprimant l'espoir de voir paraître bientôt l'histoire encore inédite de l'oratoire en nos provinces, histoire qui éclairerait d'un jour nouveau les luttes religieuses aux Pays-Bas.
Ch. van Merris, Vicaire de Saint- Vaast à Menin.
Notice sur le manuscrit II, 1220
de la Bibliothèque royale de Belgique
Contribution à l'histoire du jansénisme
dans les Pays-Bas espagnols.
La bibliothèque royale de Belgique, section des manuscrits, conserve sous le numéro 4541, nouvelle cote (il, 1220, ancienne cote), un recueil de lettres contemporaines des luttes jansénistes, qui constituent, croyons-nous, une source précieuse pour l'histoire des idées dans nos provinces au xvu'^ siècle. Le P. Vanden Gheyn, S. J., a dressé la liste de ces lettres dans le t. VI de son Catalogue, p. 757 à 761, sous le titre Litterae patrum sociefafis Jesii. Nous avons copié le recueil, il'y a quelques années, puis pendant notre séjour à Rome, nous avons eu la chance de mettre la main sur un certain nombre de lettres de même nature, et de compléter ainsi quelques lacunes de cette correspondance. Il ne sera pas sans intérêt, peut-être, de donner ici une notice, encore que bien succincte et incomplète, concernant ces documents.
Voici d'abord la description que nous lisons dans le Catalogue cité, p. 761 : « Papier, 254 feuillets, plus quatre blancs à la fin du volume; o'^, 319 X o=^, 21 ; xvu'^ siècle. F. V il y a la note : Ex libris P. X. De Ram, et f. 2 Mgr De Ram note qu'il a acquis ces lettres à Malines chez un brocanteur en 1824. Acheté à M. De Ram, juge honoraire au tribunal de Louvain, pour 500 francs. Demireliure moderne; au dos le titre doré : Crommii et aliorum e Societate Jesu epistolae de controversiis theologicis saec. XVII. » Voici d'ailleurs cette note en entier :
« Ce volume renferme les lettres autographes (') de plusieurs membres les plus célèbres de la Société de Jésus relatives aux controverses en Belgique pendant la seconde moitié du xvii*= siècle. — Les lettres doivent provenir des archives de Malines et de Louvain (-j. Je les ai achetées à Malines réunies en fardes avec
(1) Il y en a 229, plus 4 copies.
(2) Nous croyons qu'elles faisaient partie du Musée Bellarmin dispersé lors de la suppression de la compagnie. II reste encore une cinquantaine de volumes de cette collection aux archives de l'archevêché de Malines. D'autres ont passé aux archives de l'État.
plusieurs autres documents, chez un brocanteur, en 1824. C'est peut-être une des plus curieuses trouvailles que j'ai faites ; toutes les pièces étaient destinées à êter mises au pilon >.
Les lettres, qui sont écrites en latin, sauf quelques-unes en espagnol, portent encore presque toutes le cachet du collège ou de la maison d'où elles partent. Nous les croyons toutes inédites : personnellement, nous n'en connaissons aucun exemplaire imprimé, d'autre part, le P. Van den Gheyn n'en signale aucune édition et le P. Sommervogel, dans sa Bibliothèque des écrivains de la compagnie de Jésus, là où il mentionne certains documents dont nous traiterons, les signale toujours comme manuscrits.
Chronologiquement, ces correspondances se répartissent comme suit : 93 lettres sont datées de 1642; 26 de 1643; 13 de 1648; 1 de 1649; 14 de 1650; 16 de 1651; 18 de 1652. Les autres qui concernent les années 1679, 1680, 1681, 1682 sont de moindre importance pour notre sujet. Les lettres de 1642-43 se succèdent par ordre chronologique dans le recueil; celles des années postérieures y sont parfois entremêlées un peu au hasard.
Comme on le remarque à la liste des années et au nombre variable de lettres pour7chacune d'elles, ces correspondances ne fournissent qu'une source intermittente et fragmentaire. On pourrait la compléter quelque peu. D'abord, il existe pour les années 1640-1641, une collection analogue conservée aux archives de l'archevêché de Malines : «Litterae autographae clarissimorum virorum ex Societate Jesu. » Ce recueil contient 148 lettres autographes, la plupart adressées au P. Crommius, alors provincial de la compagnie, par les pères Bollandus, Henschenius, Tollenaere, Petau, Guillaume de Wael, Jean de Lugo, Alegambe, etc. « On y voit ce que la compagnie fit pour empêcher la publication ou provoquer la condamnation de VAugustinus. Les pères examinaient les feuilles à mesure qu'elles sortaient des ateliers de l'imprimeur et connaissaient tout le venin de l'ouvrage avant qu'il eût vu le jour » ('). D'autre part, un dépouillement systématique des volumes restants du Musaeum Bellarmini (-') ajouterait de
(1) p. Claessens, Histoire des archevêques de Malines, t. I, p. 383. Louvain,
(2) Tel que le commença M. l'abbé Fl. Fierens. Voir Rapport sur les travaux du Séminaire /historique de Louvain (1910-1911), dans Y Annuaire de l'université catholique de Louvain, 1912, t. LXXVl, p. 407 sv.
multiples numéros à la collection. Enfin les archives romaines renferment beaucoup de correspondances de même provenance et de même nature. Nous en avons retrouvé quelques-unes à la bibliothèque vaticane, datées de 1641, adressées, soit directement, soit par l'intermédiaire du P. Melchior Inchofer au cardinal Barberini (0; mais bien plus importantes sont celles conservées à la bibliothèque Chigi : ce sont les lettres échangées entre le P. François Vander Veken, à Cologne, et Fabio Chigi, le futur pape Alexandre VII, alors nonce à Cologne, puis légat apostolique à Munster, pendant les années 1642 à 1649 (-). On remarquera, pour le noter déjà en passant, comment il est possible dans bien des cas de poursuivre les nouvelles de Belgique dans les différentes étapes de leur cours, depuis leur source jusqu'à Rome (■').
Revenons à notre manuscrit de Bruxelles pour dire un mot d'abord des correspondants eux-mêmes, du moins des principaux d'entre eux {^).
Pierre Biverus ou de Bivero ou Vivero (" ), dont nous avons ici plusieurs lettres datées de Bruxelles 1642 et 1643 et une de Madrid 1652, né à Madrid en 1576 et entré dans la compagnie en 1591 (' ), fut depuis 1616 prédicateur de la cour à Bruxelles. De retour en Espagne, il fut recteur du collège de Madrid où il mourut le le 26 avril 1656. Il prit une part active aux premières polémiques contre V Augusiinus et plusieurs de ses écrits furent condamnés en même temps que l'ouvrage de Jansénius par le décret du l'^'' août 1641 et par la bulle Imminenti du 6 mars 1642.
(1) Barberini latin. 2183, f. 66 à 69, trois lettres d'Andréas Judoci, provincial, au P. Melchior Inchofer, une au cardinal François Barberini. Barb. latin. 3150, deux lettres de Joannes Bollandus <à Stravius (?), f. 208 et f. 210 ; une lettre non signée portant le monogramme de la compagnie, f. 214; ex litteris P. Crommii ad P. provincialem (copie) f. 215; deux lettres d'Andréas Judoci au P. Inchofer. f. 234 à 235 v°; une lettre et une copie de lettre du même à Stravius, f. 238 à 239. Barb. latin. 1023, f. 277 à 277 v°, une lettre du P. Inchofer (au cardinal Barberini?).
(2) Les lettres du P. Vander Veken se trouvent réunies dans le volume A, II, 38. Les réponses de Fabio Chigi dans les volumes A, I, 34, 35, 36.
(3) Nous avons en effet retrouvé h la même bibliothèque les lettres dans lesquelles Fabio Chigi communiquait ses nouvelles, soit aux cardinaux Barberini (volumes A, I, 19, 20; A, I, 33), soit à Albizzi, assesseur au Saint-Office (A, I, 22).
(4) Nous empruntons ces détails en majeure partie à l'ouvrage du P. SommervoGEL, Bibliothèque des écrivains de la compagnie de Jésus, 10 vol. Paris, 1890-
(5) Le P. Van den Gheyn lit Bruerus (o. c, p. 757 svv.) et Bivero (p. 761).
(6) Sommervogel, 0. c, t. VIII, col. 1844, corrige t. I, col. 1525.
Adrianus Crommius, Cromius ou Crom ('), né le 28 septembre 1590, succéda au P. Cornélius a Lapide dans la chaire d'Écriture Sainte à Louvain et mourut à Bruxelles le 1 1 mai 1651 (-). C'est à lui que sont adressées presque toutes les lettres envoyées à Louvain de 1642 à 1643. D'autre part nous avons de nombreuses lettres de sa main, d'une écriture détestable qui était fameuse dans la compagnie. Trois sont datées de Louvain 1642 et adressées au P. Vander Veken à Cologne, les autres de 1648, 1650 et 1651 sont écrites de Bruxelles au P. De Cleyn à Louvain.
Franciscus de Cleyn ('), né à Anvers le 5 décembre 1608, professa l'Écriture Sainte et la théologie à Louvain (1643-1652), fut recteur de Malines (1652-1656), plus tard recteur de Louvain (1659-1661, 1666 à 1668), provincial (1661-1664) et mourut le 23 juillet 1669, à Anvers, où il était préposé de la maison professe. Les nombreuses lettres que nous avons de lui sont toutes datées de Louvain 1642, sauf une seule écrite d'Anvers en 1643, et toutes sont adressées au P. Vander Veken à Cologne : c'était lui le principal correspondant du confident de Fabio Chigi. Les lettres de 1648 à 1652 à destination de Louvain sont presque toutes à son adresse.
Andréas Judoci (^), né en 1588, fut provincial de la province Flandro-Belgica de 1641 à 1646 et mourut à Rotterdam le 15 août 1652. Toutes les lettres que nous avons de lui datent de 1642-1643 et sont adressées au P. Crommius à Louvain, de tous les pofnts de sa province, Bruxelles, Anvers, Malines, Ypres, Courtrai, Hal, Ses lettres au P. Inchofer à Rome (■) étaient toutes communiquées au cardinal François Barberini et y étaient reçues «non ut litterae privatae, sed ut informationes » {'').
Jean de Tollenaer ("), né à Bruges le 2 aoiit 1582, fut trois fois supérieur de la maison professe d'Anvers et provincial de Belgique et mourut à Anvers le 3 avril 1643. Il y a de lui d'assez nombreuses lettres de 1642, envoyées d'Anvers au P. Crommius, à
(1) SOMMERVOGEL, 0. c, t. II, col. 1691 à 1693.
(2) Voir BCRH, 1858, 2" sér., t. X, p. 419 une lettre de Stockmans, datée de Bruxelles 22 juin 1651, où il annonce la mort du P. Cromnius : « Etiam inagno publicae rei detrimento extinctus est subita apoplexia P. Cromius.... »
(3) SOMMERVOGEL, 0. C, t, II, COl. 1240 SS.
(4) SOMMERVOGEL, O. C, t. IV, COl. 866.
(5) Voit supra, p. 329, n. 1.
(6) Voir lettre du P. Judoci à Crommius, datée de Courtrai, 6 avril 1642. Il lui communique copie d'une lettre du P. Incliafer, datée de Rome, 8 mars.
(7) SOMMERVOGEL, 0. C, t. Vlil, col. 8.\, t. I, col. 1625.
Louvain. 11 fut influent auprès de l'évêque d'Anvers, Gaspar Nemius.
Dorotheus Loeffius, dont nous avons plusieurs lettres datées de 1650, 1651 et 1652 adressées de Bruxelles soit à Franciscus de Cleyn, soit à Ignace Der Kennis, soit à Adrianus Cools, à Louvain, n'est pas, que nous sachions, mentionné dans Sommervogel.
Franciscus Vander Veken ('), né à Anvers le 21 juillet 1596 professa pendant 30 ans la théologie à Cologne, [depuis 1630, pensons-nous]. Alexandre Vil (Fabio Chigi) le nomma théologien de la Pénitencerie à Rome, où il mourut dans la maison professe le 28 avril 1664. L'intimité qui existait entre ce père et le futur souverain pontife du temps de son séjour à Cologne et à Munster ('), donne une importance particulière à sa correspondance avec le P. De Cleyn : malheureusement elle ne s'étend pas au delà de 1642.
Les lettres de 1679 et des années postérieures sont presque toutes du P. Petrus Cant et adressées de Madrid au recteur de Louvain, ignatius Diertins.
Contentons-nous de signaler sans plus quelques autres pères dont la contribution au présent recueil est de moindre importance : de Rome, les pères Philippus Alegambe, Joannes de Lugo, Melchior Inchofer, Gualterus Mundbrot, Franciscus Annatus, Franciscus Porterus; de Paris, Stephanus Deschamps; de Madrid, Petrus Abarca, Paschasius de Casanueva; de Douai, Martinus L'Hermite ; des différents collèges de Belgique, Joannes Bollandus, Godefridus Henschenius, Adrianus Cools, Odoardus Courtenaeus, Jacobus Libens, Florentins Montmorency, Gulielmus Hesius, Franciscus L'Hermite, Antonius Meerhout, Ferdinandus Delplanque ou Del Piano, Joannes De Jonghe, Gulielmus De Wael, Petrus Vanden Berghe.
La provenance et la date de nos lettres font dès l'abord présumer la valeur de cette source, en même temps que la personne des auteurs et les circonstances de composition imposent certaines réserves pour la critique d'autorité. Il nous reste maintenant, après cette description externe à donner une idée sommaire du contenu de ces correspondances.
(1) Sommervogel, o. c, t. VII[, col. 537-9.
(2) Nous avons signalé plus haut la correspondance active échangée entre eux : les lettres du P. Vander Veken étaient essentiellement des lettres de direction spirituelle : il ajoutait occasionnellement à ses conseils et à. ses pieuses considérations les nouvelles reçues de Belgique.
332 A. LEQRAND.
Rappelons en peu de mots les événements. L'Augustinus parut vers la fin du mois d'août 1640 malgré les efforts de la compagnie pour en empêcher l'édition ('). On sait l'émotion profonde qu'il causa dans le monde intellectuel dès son apparition. Si d'une part un vrai concert de louanges le salua, d'autre part il souleva une furieuse tempête. Nous assistons à une véritable avalanche d'écrits pour et contre VAugustinus (-). Ce fut la première phase des luttes jansénistes. Bientôt le décret du l'^' août 1641, englobant dans une même condamnation l'œuvre posthume de Jansénius, ses apologies et ses critiques ( ■), obligea les jésuites, en fils soumis du Saint Siège, à adopter un autre plan d'attaque. Ne pouvant plus se servir de la presse de ce temps pour soulever l'opinion, ils eurent recours aux correspondances privées et aux influences personnelles. C'est la seconde phase de la lutte contre le jansénisme naissant, phase plus secrète et d'autant plus intéressante.
Voici le principe et le plan exposés par les pères Vander Veken et de Tollenaere :
... « Scripto niliil in ea causa negligendum, cum impresso agere nonduin liceat. Ita si factmii fuisset ab initio, dicebat nuper vir magnus, jam pridem contra adversarios debeilatum fuisset > (^) ...
... « Secundo (^) et maxime puto nos debere urgere causam hanc Romae, occasione istorum libeliorum et instanter rogare ut vel censura feratur in jansenium, et janseniani efficaciter compescantur, vei detur nobis potestas stringendi calamos,
(1) On se rappellera ce que nous notions plus haut, que les jésuites étaient parfaitement renseignés, on ne sait comment, sur le contenu de l'ouvrage dont l'impression se poursuivait secrètement chez Zegers h Louvain.
(2) Voir Reusch, Der Index der verbotenen Biicher, t. II, p. 460-461. Bonn,
(3) Et pour la même raison, notamment, tous ces écrits sont édités « in grave scandalum et offensionem Ecclesiae catholicae ». Tous en effet tombaient également sous le décret de Paul V (S. Offic, 1 décembre 1611) renouvelé par Urbain VIll (22 mai 1625) et portant défense de rien éditer sur la matière de la grâce sans l'autorisation préalable de l'Inquisition. Le décret du 1 août 1641 n'est rien que la troisième édition du décret de Paul V, augmentée de la liste des écrits publiés en 1640-41. Les partisans de VAugustinus, moins dociles que leurs adversaires, n'en continuèrent pas moins de publier, tout en tâchant d'éluder la défense de Rome par l'intervention des pouvoirs publics.
(4) Lettre de Fr. Vander Veken à Fr. De Cleyn. Cologne, 8 avril 1642, f. 46 du manuscrit II, 1220 de la bibliothèque royale de Belgique.
(5) Joa. d2 Tollenaere à Adrianus Crommius, Anvers, 2 février 1642. Ibid., f. 12. Il commence par se plaindre des pamphlets, tels le Somnium hipponense et le Conventus africanus, dont l'adversaire harcèle la compagnie. A quoi bon rechercher les auteurs de ces écrits? Opposons leur un silence de mépris, mais surtout agissons en haut lieu.
et solide cauSam nostram defendendi ; iniquuin esse eos qui sedi apostolicae obediunt conculcari, eos vero qui romanam curiam et décréta pontificuin contetnnunt, laetos alacresque insolescere »...
Il a écrit tout cela au P. assistant à Rome; celui-ci lui fait espérer un prompt remède ou la permission d'écrire :
« Quare etiam putarem paulatim illa coliigenda quae causae nostrae et veritati propugnandae servire poterunt, et ralionibus adversariorum, si quas liabent, refutandis > ...
L'application de ce principe fut entreprise avec grand entrain. Louvain était tout indiqué pour devenir le centre d'opération dans cette nouvelle campagne. Là était le camp retranché des partisans de Jansénius, là aussi résidait l'état major des troupes ennemies : Adrien Crommius et le triumvirat Franciscus De Cieyn, Joannes De Jonghe, Ignatius Der Kennis. C'est vers Louvain que convergent toutes les informations de Bruxelles, Anvers, Gand, Bruges, Courtrai, Ypres, Lierre, Hal ; c'est là aussi qu'arrivent les nouvelles officieuses de bons présages ou de mauvaise augure, venant de Rome, de la cour de Madrid, du nonce de Cologne, de l'internonce de Bruxelles. C'est de là enfin que partent pour les différents collèges et maisons, qui les attendaient impatiemment — car les correspondances alors tenaient lieu de journaux — les nouvelles reçues, les ordres de démarches à faire auprès de personnages influents, les renseignements à communiquer à la Sacrée Congrégation de l'Inquisition.
Cependant à Rome on n'avançait qu'avec une sage lenteur, comme toujours en pareille matière. Il était dangereux de vouloir trop pousser à agir vite : à montrer trop de zèle on risquait de ruiner l'entreprise. C'est ce que le P. Joannes de Lugo crut bientôt opportun de faire observer à ses confrères de Flandre :
« Recentioribus litteris sciibit P. Lugo se liabere ab Eminent. Cardinale uno ex judicibus Inquisitionis : non dubitandum quin Jansenii liber sit gravi censura perstringendus, sed obstare libri molem quominus id quani citissime fiât. Addit non posse nostros Romae rem nimis urgere, ne quae totius Ecclesiae causa est, videamur nobis propriam facere, et quasi pro domo nostra tantum pugnare 0). »
Même remarque adressée de Rome par le P. Philippe Alegambe au P. Andréas Judoci, provincial de Belgique (-') :
(1) Cité dans la lettre de De Cleyn à Vander Veken, Louvain, 11 avril 1642. Ibidem, f. 48.
(2) Rome, 19 avril 1642, f. 57. Le P. Alegambe était à ce moment « consultor Inquisitionis ».
« Adverto hactenus quidquid isthinc in causa janseniana hue a nostris scribitur, semper fere admixtum habere nomen societatis, seu directe seu indirecte. Credi autem non potest quantum id causae obsit. Optimum foret si nostri convenirent cum doctoribus aniiquis lovaniensibus, et illis suppeditarent quae judicant necessaria ad causam, et iliorum nomine mitterentur omnia per D. Stravium (^), vel quacumque demum alla via, nulla unquam societatis facta mentione. Et quamdiu haec via non tenebitur, quantumvis gravitas rei expressura sit hic aliquid, non tamen erit quantum forte necesse foret et isthic a bonis optatur, neque tam cito. Haec habeo ni mis tempesta (sic). •
Aussi le P. de Tollenaere se plaint-il de cette impuissance de la compagnie à Rome et de la stérilité de ses efforts (-) :
... « Optime suggerit P. Vander Veken, quod et ego alias ex litteris romanis suggessi,condemnationem Jansenii per externos DD., aut aliorum etiam ordinum religiosos urgendam, quia rêvera jesuitae parum possunt Romae, et nisi causam Dei, Ecclesiae, conciiii tridentini et duorum pontificum tueremur in hac causa concuicaremur pedibus. Sed aequitas causae nos tuetur, et exitus erit felicissimus, Deo juvante, si externi nobiscum allaborarint. Aiiàs, omnia pernicioso silentio supprimentur... »
Les jésuites d'ailleurs n'étaient pas tout à fait seuls à Louvain à défendre la cause de l'orthodoxie contre ce renouveau des erreurs baïanistes. Trois docteurs surtout de l'université, les seniores, joannes Schinckelius, Gulielmus ab Angelis et Christianus Busecum soutenaient leurs efforts. Déjà à la fin de 1641 ils firent relation à Rome concernant les erreurs de lansénius et de ses partisans et leur démarche y fit profonde impression, comme le rapporte le P. de Wael (*) dans une lettre au P. Crommius :
« Retulit mihi heri D. Stravius (qui die dominica consecratur episcopus dyoniensis et suffraganeus leodiensis) et legit litteras cardinalis Barberini, quibus scribebat recitari in congregatione sacrae Inquisitionis scriptum DD. Doctorum lovaniensium. illud esse gratissimum omnibus, ab omnibus piurimum aestimari DD. doctores atque ipsorum zeium ; quamprimum decernenda quae ipsis sint futura consolationi... (^) »
Aussi tâchera-t-on de gagner les facultés de théologie de Douai et de Cologne pour appuyer de leur autorité ce recours à Rome ("') :
(1) Stravius remplit les fonctions d'internonce à Bruxelles de 1634 à 1642.
(2) Lettre au P. Grommius à Louvain, Anvers, 12 août 1642, f. 85.
(3) Bruxelles, 31 janvier 1642, f. 8.
(4) Nous devons nous borner à rapporter cette seule démarche des seniores de Louvain. Plusieurs autres encore furent faites sur les instances des jésuites, soit auprès de l'internonce de Bruxelles soit auprès du nonce de Cologne, Fabio Chigi, soit auprès du cardinal Barberini à Rome, comme le rapportent nos correspondances.
(5) Lettre du P. De Cleyn au P. Vander Veken à Louvain, 15 février 1642,
« Missum fuerat idem [illudl scriptum a Schenkelio sociisque doctoribus, ad facultatem theologicam duacen[sem], rogatique illius doctores ut suum quoque judicium de libro Jansenii, et qui[busdam] sententiis nominatim perscriberent, ut hoc consensu muniti fortius Romae contra Jansenium agerent. Responderunt post longam moram satis frigide duacenses se Jansenii librum non legisse ; propositiones tamen duas : ''■ Homini per peccatum siiblatam esse libertatem sic ut falali necessitate adigatur ad peccandum », et <■- Hômini ante iapsum debitani esse gratiam seu auxilium, quo ad beatitudinem Deique visionem pertingere possit », ut haereticas censurarunt (')• Expedire putant nostri ut etiam a facultate coloniensi, nomine seniorum hujus facultatis doctorum de quibusdam Jansenii sententiis judicium exquiratur, ut major autoritas addatur huic ipsorum contra Jansenium action; ; sed ante, consiiium de hac re petunt a R. V', îum, si videatur faciendum, ut scribat quas potissimum propositiones, et quibus terminis judicet ex jansenianis esse proponendas, et ad quem e coloniensibus doctoribus scribere deberent Schenkelius et seniores ... »
D'ailleurs les partisans de VAugustinus cherchaient de leur côté à faire impression sur les autorités tant civiles que religieuses en alignant une longue théorie de théologiens séculiers de tout rang et réguliers de tous ordres, approuvant pompeusement la doctrine de l'évêque d'Ypres. Telle la liste qu'on trouve dans la «Requête au roi» de Jean Jansénius (), adressée d'abord au conseil de Brabant, puis au conseil privé. Le P. De CTeyn exprime au P. Vander Veken (•^) les appréhensions que lui inspire cette démarche. Il s'excuse de n'avoir pas encore un exemplaire qu'il puisse lui envoyer :
Intérim mitto R'"^ V"" nomina eorum qui Jansenium suo testimonio in hoc libeiloapprobant, ut cognoscat quanto studio janseniani omnem moveant lapidem ut doctrina eorum videatur esse in Beigio universalis, et sic metu aJiquo majoris scandali deterreatur ab ea prohibenda pontifex, et jam factum etiam decretum renovet, quod sperare se futurum, palam profitentur. Adjunctae sunt notae aliquae circa personas, quae hodie et in Urbem mittuntur, ut praemuniti sint Romani norintque qui sint homines quos e toto Beigio janseniani in suae causae fulcimentum conquirunt : vei enim manifesti sunt soci^tatis adversarii et fuere ante hanc controversiam, vel archiepiscopo (■*) sunt obnoxii, vei sunt ejusmodi ut
f. 16. Le manuscrit est quelque peu endommagé. Nous mettons entre crochets les restitutions de texte.
(1) Le P. Joa. De Toilenaere, dans sa lettre au P. Cromniius, Anvers, 17 février 1642, f. 15, se félicite de cette censure de la faculté de Douai. « Multum hoc momenti addet Romae ut sciatur non solos jesuilas agere contra Jansenium. An horum et lovaniensium exemplo non possit impetrari ut universitas coloniensis et pragensis etiam aliquo modo damnarent aliquas Jansenii sententias?...»
(2) Neveu de Cornélius Jansénius et chanoine de Furnes. Voir Panegyris janseniana. 1698.
(3) Louvain, 7 mars 1642, f. 23.
(4) Jacques Boonen, archevêque de Malines, défenseur de VAugustinus.
facile etiam in nostras partes tralii potuissent, si tanto studio in hac re laborare voluisseinus, possemusque numerum inulto majorem iilustriorum virorum contra Jansenium producere, si esset imprimendi facultas, et opus esse in hac causa putaremus ... (') »
Force nous est bien de nous borner à ces généralités, pour ne point étendre outre mesure cette notice déjà trop longue. Si nous voulions entrer dans le détail, nous devrions raconter par le menu tous les événements plus ou moins importants de 1642 : les luttes autour du décret du 1*^' août 1641 tant à Louvain au sein de l'université, qu'à Bruxelles aux conseils du roi; les cabales et les intrigues autour d'une chaire devenue vacante à l'université de Louvain par la mort du docteur Rampen; la victoire du candidat des partisans de Jansénius, l'irlandais Jean Sinnich, sur le docteur Speech élu par les adversaires; les faux bruits répandus par les amis de Jansénius concernant les décisions de Rome, et les espérances tantôt confirmées tantôt déçues des jésuites touchant une prompte condamnation de la doctrine de V Augustinus . De fait la bulle In eminenti signée par Urbain VIII « pridie nonas Martii 1641 », c'est-à-dire le 6 mars 1642, ne fut publiée à Rome que le 19 juin 1643. Nos correspondances qui reprennent le 6 septembre 1643, pour s'interrompre ensuite jusqu'en 1648, nous retracent les efforts tentés par la compagnie pour faire accepter et exécuter la constitution romaine confirmée par les décrets subséquents. Citons quelques faits seulement.
Quand Jean Sinnich entreprend en 1643 son voyage à Rome pour y obtenir certains adoucissements dans la condamnation, les Jésuites s'empressent d'y faire connaître ce personnage, tant par eux-mêmes que par l'intermédiaire de Schinckelius :
« Accepi litteras R.V. per expressum missas et faciam id omne quod petit R.V. Informabo, inquani, Romanos et Parisienses de D. Sinnick aliisque jansenianis. Insfructionem R. V. statim ad Pronuntium (-') tulit P. Bivero, eamdemque niitteinus Romam ...(■*) »
(1) Cfr Joa. De Tolienaere au P. Crommius, Anvers, 18 mars 1642, f. 30. « Die veneris postremo scripsi iterum R. P. assistent! et implevi 3 paginas foiii chartae contra iibellum suppiicem jansenianorum et tetigi etiam qualitatem quorumdam qui elogia addiderunt. Sed quid si per nostros varia etiam testimonia haereticorum, quod semel coeptum est, in Angiia, Gaiiia, Hollandia pro sententiis Jansenii conquirantur? Magis illa ferirent animos Romancrum quani illa turba licentiatorum et monachorum ...»
(2) Antonius Biciii, abbé de Sainte-Anastasie, successeur de Stravius, internonce de Bruxelles de 1642 à 1632.
(3) Andréas Judoci à Crommius, Bruxelles, 26 septembre 1643, f. 113.
« Rem bonam fecit D. Scenckelius cum in Urbem misit informationes de D. Sinnick ... (/)»
Ils dénoncent à Rome la doctrine de Fromond, éditeur et défenseur acharné de V Augustinus .
« Accepi litteras R. V. cum inclusa charta continente maias iilas propositiones, inter quas sunt vel schismaticae vel quae tendant ad schisma. Mittere Romam pro re tanti momenti unam simplicem chartam, quae non habeat fidem sufficientem, non censeo. Informabuntur vero Romani per privatas litteras. Si fieri possst ut taies propositiones censurarentur schismaticae, vel tendentes ad schisma, saltem a D. Synchelio [Schinckelio] et sociis, adhaerentibusque aliis, tacito vel expresso nomine Fromondi, sicque censuratae Romam mitterentur, de facto doleret. Communicet, si placet R"*". V., cum D. Synchelio, et agant ut videbitur ... (-) »
Voyons encore les efforts faits pour amoindrir l'influence du président du conseil privé, Pierre Roose, grand ami de l'archevêque Boonen, et qui fit le plus d'oppostion à la publication, en Belgique, des actes pontificaux :
... « lilustrissimus D. PronuntiusOmihi praelegit hodieurgentissimas litteras... ad suam Celsitudinem 0) et P. Schega ("'). quin et in Hispaniam ad nuntium, ubi egregie describit technas (?) praesidis rem (S) hic intricantis in gratiam jansenianorum ... Informabitur quoque P. Vivero ut D. Castelrodriguo, qui est de consilio status regii et callet artificia praesidis, de his omnibus débite informet, ut ejus auctoritas ibi imminuatur, quae sub comite-duce (") nimis excreverat, ut nuntio Hispaniae scribit gronuntius C') ».
Enfin les pères de la compagnie exercent une étroite surveillance sur l'enseignement de la faculté de théologie de Louvain, en particulier sur les thèses :
... « Rogavit porro [internuntius] ut ... si janseniani pergant in hallis defendere suam doctrinam damnatam, thèses ad se transmittantur. Optaret quatuor singularum exemplaria : unum pro Romanis, alterum pro nuntio hispanensi, tertium pro coloniensi, quartum pro se ... si quid a jansenianis fiât vel dicatur contra
(1) Lettre du même au même, Anvers, 8 octobre 1643, f. 115.
(2) P. Biverus à Crommius, Bruxelles, 17 octobre 1643, f. 119.
(3) Antonius Bichi, abbé de Sainte-Anastasie.
(4) L'archiduc Léopold-Guillaume, gouverneur des Pays-Bas de 1647 à 1656.
(5) Un père de la compagnie, confesseur de l'archiduc.
(6) Nous croyons qu'il s'agit de la reconnaissance officielle, par le roi, de Guillaume Ab Angelis nommé évêque de Ruremonde.
(7) Est-ce Francisco de Mello qui fut gouverneur général de 1641 à 1644? Voir sur Pierre Roose les BCRH, 1858, 2"" sér., t. X,la préface de BoRGNET,p. 381 sv.
(8) Lettre de Crommius à De Cleyn, Bruxelles, 13 juin 1648, f. 172.
338 A. LEQRAND.
prohibitionem bullae, vellet id sibi significari una cum mediis veniendi in judicialem cognitionem ... (') »
Longtemps, il faut le reconnaître, la compagnie de Jésus se trouva presque seule, à combattre la doctrine pernicieuse de VAugustinus, contre l'université de Louvain, les ordres religieux('), les principaux membres du clergé séculier et un grand nombre de laïques détenteurs du pouvoir. Ce sera toujours un honneur pour elle d'avoir été la première à sonner l'alarme devant l'attaque sournoise de l'ennemi déguisé, et la plus tenace à soutenir la lutte acharnée contre l'hérésie renaissante (') jusqu'au ralliement complet de tous les sincères croyants à l'enseignement du pontife suprême. Ce serait une erreur cependant, et ce fut pour les jansénistes un faux prétexte pour s'obstiner dans leur résistance (^), de croire que Rome n'a agi dans cette affaire que sous la poussée violente et passionnée de la compagnie : cette impulsion au contraire ne fit que retarder la première condamnation (■■). Ces deux constatations seraient, croyons-nous, deux conclusions qu'établirait la publication des correspondances dont nous nous sommes occupés ici.
A. Legrand, s. Th. L.
Chapelain de Saint-Julien des Belges à Rome
Directeur du grand séminaire de Bruges.
(!) Lettre de Loeffius à De Cleyn, Bruxelles, 28 juillet 1651, f. 135.
(2) Citons par exemple cet extrait de la lettre du P. Meerhout au P. De Cleyn, Ruremonde, 30 novembre 1659, f. 150, où il se plaint de l'opposition des Dominicains. « Dominicani nihil adhuc decreverunt contra Jansenium, imo inter illos habet plurimos defensores qui ni essent, jam pridem fuisset condemnatus, sed quia ipsi sunt « den haen of den misthoop (sic) » nihil contra Jansenium decernitur ».
(3) En effet, notons le, tant dans l'opinion des jésuites que dans celle des adversaires, la lutte en faveur de VAugustinus se confond avec l'hostilité à l'égard de la compagnie. Aussi entendons-nous souvent dans les correspondances les plaintes provoquées par les persécutions dont les jésuites sont l'objet dans plusieurs diocèses.
(4) Ainsi, on répandait à Bruxelles le bruit que la bulle « In eminenti » avait coûté à la Compagnie la somme de 30.800 couronnes à payer au dataire. (Lettre du P. Bivero à Crommius, Bruxelles, 21 octobre 1643, f. 123.)
(5) La lettre du P. De Lugo au P. Pierre Vanden Bergen, recteur de Louvain, Rome, 25 avril 1642, f. 58, est instructive à ce sujet. « Censuram doctrinae Jansenii retardât libri moles a pluribus percurrenda, nec enim volunt per partes judicare sed de toto libro, nec festinari solet in his causis contra episcopum alioquin boni nominis ... »
L'influence de la controverse janséniste sur le premier tome
des Dogmata theologica du P. Petau ( ).
Dans sa Seconde Apologie pour Monsieur Jansénius {-), Antoine Arnauld reproche au P. Petau de «rejeter, contre sa propre conscience, l'autorité de saint Augustin touchant la prédestination». 11 s'agissait ici du livre X des Dogmata theologica. Ce qui justifie, aux yeux d'Arnauld, ce reproche, c'est que ce père «soutient lui-même dans ce même ouvrage que cette doctrine de saint Augustin touchant la prédestination est une vérité catholique, reconnue comme telle par les papes et les conciles, et qui par conséquent ne peut être mise au nombre de ces questions qui se peuvent disputer (^e part et d'autre». Pour expliquer la contradiction qui semble en résulter pour ce tome premier des Dogmata theologica Arnauld ajoute : «il faut remarquer, que le premier tome des Dogmes théologiques de ce Jésuite, qui ne contenait d'abord que neuf livres, était achevé et imprimé avant que le livre de M. l'Évêque d'Ipres parut en public». A la suite d'Arnauld, cette objection a été faite plusieurs fois au P. Petau, et elle a été reprise, comme un fait établi, par quelques historiens (''). Il nous semble que la question mérite d'être étudiée de plus près, car elle peut avoir son intérêt pour bien connaître la pensée du P. Petau sur l'autorité de saint Augustin dans la matière de la grâce et sur la doctrine de ce docteur.
(1) Les trois premiers tomes des Dogmata theologica ont été publiés en 1644. Pour la pagination, nous citerons l'édition Vives. Paris, 1865.
(2) Livre V, chap. XIIL Dans l'édition complète des Œuvres de M. Arnauld, t. XVII, p. 627. Paris et Lausanne, 1775-1783.
(3) Voir, p. ex., [Gerberon , Histoire du jansénisme, t. I, p. 247. Amsterdam, 1700; É. DupiN, Bibliothèque des auteurs ecclésiastiques du XVII^ siècle, t. II, p. 225-226. Paris, 1719; Bayle, Dictionnaire historique et critique, t. III, p. 692 C, 5'' édit. par Desmaiseaux, etc. Amsterdain, 1740.
D'abord le fait pourrait sembler assez étonnant que le P. Petau ait ainsi rejeté une doctrine qui lui paraissait si bien établie. Seulement nous devons nous rappeler qu'à cette époque les jésuites étaient vivement attaqués de plusieurs côtés. Leurs ennemis en voulaient surtout à la doctrine soutenue par plusieurs pères de la compagnie. Avec un malin plaisir ils rappelaient les nombreuses censures encourues par quelques jésuites pour la doctrine sur la hiérarchie et sur la morale ('). Quant à la doctrine sur la grâce et la prédestination, le souvenir de la controverse de auxiliis était encore vivant dans tous les esprits, et l'on sait qu'il a fallu des efforts surhumains de la part de la compagnie, pour sauver de la censure de l'Inquisition la doctrine de Molina. Mais cette doctrine ne fut pas seulement celle de Molina; plusieurs jésuites, et non des moindres, la vantaient comme «la doctrine de la compagnie». Et voici qu'elle fut de nouveau attaquée comme une nouveauté et une doctrine semipélagienne (-), et ainsi toute la compagnie fut attaquée dans ses plus célèbres théologiens. Rien d'étonnant donc que le P. Petau, dont on loue l'attachement à son ordre, prit part à sa défense. Peut-être y fut-il aussi engagé par ses supérieurs dans l'espoir que son autorité, qui était déjà universellement reconnue à cette époque, ferait triompher la cause de leur société ('0. Toujours est-il que le P. Petau dirigea son livre X contre les calvinistes et surtout contre les nopuveaux hérétiques, et l'on doit dire, qu'il ne le fit pas d'une manière tendre (^). Mais
(1) Voir les censures des pères Ed. Knott (Matthew Wilson), John Floyd, Cellot, dans Reusch, Der Index der verbotenen Biicher, t. II, p. 382-389. Bonn, 1885; celles de Mariana, Bellarmin, Suarez, Santarelli, ibidem, p. 341 sv. ; enfin pour Henriquez, Sa, Suarez et Bauny, ibidem, p. 309 sv.
(2) Voyez le parallèle que donne Jansénius à la fin de VAugustinus entre la doctrine des « Marseillais «et la « doctrine de la Compagnie ». Cet auteur y veut prouver que les jésuites enseignent la même doctrine que les semipélagiens et sur la prédestination et sur la grâce; en outre, les deux groupes se seraient servis des mêmes arguments.
(3) Bayle, o. c, l. c, cite un ouvrage de la controverse entre jésuites et bénédictins de Saint-Maur, oîi il est affirmé que le P. Petau était obligé par ses supérieurs, sous peine d'exclusion de la société, de rétracter la doctrine de saint Augustin qu'il semblait avoir adopté dans son livre IX. Mais on sait qu'à cette époque les contes s'inventaient facilement et passaient avec la même facilité dans les ouvrages polémiques.
(4) Ce ton violent s'explique cependant très bien par la vivacité et l'importance de la controverse, et surtout par la considération qu'à cette époque, le ton violent était à la mode dans les controverses doctrinales.