III. — L'adoption d'Eumène I par Philétairos
La littérature n'a conservé qu'un seul vestige de cette adoption. Diogène Laërce, dans la vie d'Arcésilas (IV, 6, 38), parlant des libéralités d'Eumène à l'égard du philosophe, appelle Eumène fils de Philétairos... àA/.à xal iyopr^vî!, aÙTw (Xpy.Z'sO.y.) T.okXoL Eùtj.£VY,ç 6 ToO fi>'.lz-x'.po\j. A défaut d'autre témoignage, Meier (•^) avait cru à une erreur ou à une corruption du texte. Les inscriptions de Pergame montrent que l'expression de Diogène Laërce est parfaitement exacte. Eumène I a été adopté par Philétairos. Dans l'arrangement avec les mercenaires (I. v. P. n. 13) le nom d'Eumène paraît à plusieurs reprises suivi du nom de son père adoptif, Eù|ji3V7,ç tlit.ASTa'ipo'j. Une preuve plus convaincante encore de cette adoption nous est fournie par une inscription découverte à Pergame en 1907. Elle se trouve sur une base de statue : ffOi-ia'.poi; 'ÀTTalou EûijiivT, TÔv ulov. Cette inscription, d'après Jacobsthal, qui la publia {*), semble dater du w siècle et serait la reproduction de l'inscription originale, contemporaine de Philétairos. Hepding {-') ne voit aucun inconvénient à admettre que, telle qu'elle est, elle peut être contemporaine du premier dynaste. Quoi qu'il en soit, il ne peut y avoir de doute, me semble-t-il, sur l'identité des deux personnages. Il s'agit du fondateur de la principauté Philétairos qui a adopté son neveu Eumène.
On peut se demander quelle est la signification du monument?
Le fait d'un père qui élève une statue à son fils adoptif est extraordinaire. Je suis tenté d'y voir le souvenir, le monument de l'adoption même. C'est l'adoption qui a provoqué l'érection de la statue. L'adoption ici n'était pas un simple événement de famille; elle intéressait au plus point l'avenir de l'état, elle constituait le testament politique de Philétairos. Le monument qu'il élève à son fils adoptif est comme la manifestation de sa dernière volonté.
Eumène I était le fils d'Eumène, frère de Philétairos. Strabon le
(1) /. V. p., n. 13. — DiTTENBERGER, OGIS, 266. — Michel, n. 15.
(2) JAMOT, BCH, 1902, t. XXVI, p. 155. — Dittenberger, OGIS, n. 750.
(3) Pergam. Reich., dans Ersch et Gruber, C. 3, n° 69. — Cfr Brinkgreve, De Regno Pergameno, p. 54. Utrecht, 1893.
(4) Ath. Mitth., 1908, t. XXIII, p. 405.
(5) Ath. Mitth., 1910, t. XXXV, p. 465.
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dit formellement. Une inscription est venue confirmer son témoignage en même temps qu'elle nous a révélé le nom de la mère d'Eumène I, Satura, fille de Poseidonios. Elle se trouve sur la base d'une statue. M. Homolle, qui la découvrit en 1885, la publia dans Les Archives de l'Intendance sacrée à Délos (1887), p. 61, n. 4. En voici la teneur : E'Jixév/.; E'Jjjlsvo'jI toCî <^ï>!,).ela-ipo'j ào£).cpo'j| xal XaT'Jca; -:/,ç ïloTe'.owvio'j. — Cette inscription est antérieure à l'adoption d'Eumène par Philétairos. Aucun doute n'est possible. Voici pourquoi. Du moment qu'Eumène est adopté, il devient officiellement E'juiv/-.; 4>'.A£-a{po'j. En outre, l'adoption qui consacrait le droit de succession était un titre qu'on n'aurait pas négligé de mentionner sur une dédicace. Enfin Eumène qui se prévaut ici de sa qualité de neveu de Philétairos, aurait à plus forte raison fait valoir son titre de fils adoptif de Philétairos, si cette adoption avait déjà eu lieu.