‹ Mélanges d'histoire offerts à Charles MoellerChapitre 130 sur 149 · LE I^"" TOME DES DOGMATA DU P. PET AU · texte numérisé non relu

LE I^"" TOME DES DOGMATA DU P. PET AU

fut récusée d'avance par les jansénistes et non, semble-t-il, sans fondement. Quoi qu'il en soit, il est assez clair que le P. Petau a fait ici quelques pas en arrière sur ce qu'il avait dit auparavant touchant la même question. Voyons si dans l'exposé de la doctrine de saint Augustin nous pouvons observer le même fait.

Sur la prédestination d'abord, le P. Petau donne dans son livre IX l'opinion la plus sévère de saint Augustin, telle que ce saint docteur l'a défendue dans ses derniers ouvrages (O- Ainsi Dieu prédestine ses élus à la gloire « nullis praevisis meritis » (-). Sur ce point la pensée de saint Augustin ne laisse aucun doute. Car d'abord Dieu appelle les hommes à la gloire pour que Luimême les fasse saints, non parce qu'il prévoit qu'ils seront tels; puis Dieu veut sauver les prédestinés d'une volonté absolue et qui atteint infailliblement son effet. Enfin les conceptions de l'évêque d'Hippone sur la massa damnata et le grand don de persévérance prouvent suffisamment qu'il enseigne la prédestination absolue ante praevisa mérita. Pour sauver ce dogme saint Augustin en vient même à rejeter explicitement la volonté salvifique universelle (") : Dieu ne veut pas sauver tous les hommes, et ceux qu'il délaisse sont prédestinés aux peines éternelles soit à cause du péché originel seul soit aussi à cause de leurs péchés graves personnels que Dieu prévoit. Ainsi les enfants morts sans baptême sont réprouvés à une peine, très petite il est vrai, mais non moins réelle {*).

Remarquons ici que le P. Petau adopte explicitement la doctrine de saint Augustin sur le sort des enfants morts sans baptême {'). Bien plus, cette opinion lui semble tellement bien établie par la tradition des pères et le concile de Florence (') qu'il rejette l'opinion contraire de Gerson (?), Biel et Cajetan comme entachée de pélagianisme ( ■ ). Mais l'autorité de saint Augustin qu'il avait tant vantée et même, dans le cas présent, la simple logique ne devaientelles pas le forcer à admettre aussi le système du docteur de la

(1) C'est aussi l'opinion de l'éditeur J.-B. Fournials. Cfr éd. Vives, t. II, p. 88, n. 1.

(2) Chap. VI. p. 28.

(3) Chap. VII. 9, p. 38: chap. XV. 2. p. 79.

(4) Chap. IX, 9, p. 51.

(5) Chap. X. p. 53 sv.

(6) Voir Denziges-Baxnwart, Enchiridion, xf 693 : < lllorum autem animas. qui in actuali mortali peccato vel solo originali decedunt, mox in infernum descendere, poenis tamen disparibus puniendas >. Le P. Petau insiste sur ces derniers mots.

(7) Chap. X. p. 53 sv.

Le livre X reprend le sujet de la prédestination et en général les principaux dogmes connexes soulevés par VAugastinus. Dès le premier chapitre l'autorité de saint Augustin est de nouveau définie, mais seulement pour ce qui concerne la prédestination. « Encore de nos jours, la doctrine de saint Augustin peut être défendue par les catholiques sans danger d'erreur. Mais si quelqu'un prétend la défendre de telle façon qu'il juge l'opinion contraire fausse, opposée à l'Écriture et par conséquent condamnable, il se trompe, et il est condamné lui-même par le consentement de plusieurs théologiens qui l'adoptent » ('j. D'ailleurs, d'après ce que nous assure ici le P. Petau, l'autorité de saint Augustin n'a jamais constitué un préjudice en faveur d'une opinion sur la prédestination. Cette façon de voir cependant exigeait des preuves. Car l'autorité de saint Augustin, dont le P. Petau avait lui même fait un si grand éloge, était reconnue par toutes les écoles, et tous les théologiens tâchaient encore de se rattacher à lui, surtout pour ce qui regardait la prédestination. Pour justifier l'opinion de ces théologiens Petau affirma « que l'Église n'a pas approuvé tout ce que saint Augustin a soutenu contre les hérétiques » (•')• Et parmi ces assertions que l'Église n'a pas adoptées se trouve la doctrine de la prédestination telle que l'avait soutenue, à la fin de sa vie, le Docteur de la grâce. Une preuve très claire n'est-ce pas la lettre que saint Célestin adressa aux évêques de Gaule? Le pape y exposa toute la doctrine de la grâce que les catholiques doivent professer, puis il ajoute : « Quant aux questions plus profondes et plus difficiles que soulève cette matière, et que les adversaires des hérétiques ont plus longuement exposées, comme nous n'oserions les rejeter, ainsi nous n'avons pas besoin de les soutenir » (^). Mais cette interprétation

(1) O. c, lib. X, chap. I, 1, t. II, p. 89. On y remarque déjà la polémique avec les jansénistes. Voyez aussi p. 90, où Petau combat ceux qui veulent imposer l'autorité de saint Augustin. Jansénius en effet voulait imposer toute la doctrine de saint Augustin telle qu'il la comprenait, tant à cause des dons extraordinaires dont Dieu avait comblé ce saint, qu'à cause de ce que par lui toute l'Église s'était défendue contre les hérétiques ; dans la suite tous les pères et même les souverains pontifes auraient accepté toute la doctrine de saint Augustin. Voir Augustinus, t. Il, liber prooemialis.

(2) Chap. I, 2, p. 90.

(3) La lettre de saint Célestin se trouve dans Migne, PL, t. L, col. 528-537. Le passage cité par le P. Petau est le chap. XIII (col. 537) : « profundiores vero difficilioresque partes incurrentium quaestionum, quas latius pertractarunt qui haereticis restiterunt, sicut non audemus contemnere, ita non necesse habemus astruere ». Pour l'interprétation de ce passage relativement obscur, cfr Migne, PL, t. LI, col. 211-212.

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