AVANT MALTHUS
La Théorie de la population et !e mouvement en faveur
de la petite culture
dans les Pays-Bas à la fin de l'Ancien Régime.
Lorsque, en 1798, l'auteur de l'Essay on the principles of population attribua les maux de l'humanité à la surpopulation et proposa, entre autre remèdes, l'encouragement du célibat, il fut considéré à juste titre comme un novateur. Jusque là l'accroissement continu de la population avait été regardé comme un bien. Pour les économistes français et anglais c'était une loi inéluctable du progrès, presque un dogme. Le marquis de Mirabeau, dans son Ami des //o/nmi's ( 1756), avait considérablement contribué à vulgariser l'idée. Sans doute celle-ci n'a pas que des origines abstraites. Si elle trouve son explication dans l'ambiance intellectuelle de la physiocratie, il ne serait pas difficile de la justifier également par le développement matériel de la société, notamment par le progrès de l'agriculture et de l'industrie et partant du bien-être. On pourrait expliquer de même les origines de la théorie malthusienne par la crise qui accompagna en Angleterre l'introduction du machinisme, aggravée en 1795 et 1796 par une succession de mauvaises récoltes et les effets de la guerre contre la France. Mais l'objet de cet article n'est pas de rechercher les origines d'une théorie. Notre ambition est plus modeste. Nous nous bornerons à attirer l'attention des historiens et des économistes sur l'influence profonde que la théorie prémalthusienne de la population exerça dans les Pays-Bas à la fin de l'Ancien Régime.
Le 5 avril 1775 l'abbé Mann, membre de l'académie impériale et royale des sciences et belles-lettres de Bruxelles, lut, devant ses confrères, un mémoire d'une trentaine de pages « sur les moyens d'augmenter la population et de perfectionner la culture dans les Pays-Bas autrichiens » ('). Après avoir montré, d'après les livres
(1) Imprimé dans le t. IV des Mémoires de l'Académie impériale et royale des sciences et belles-lettres de Bruxelles, 1783, p. 161-198.
saints et les classiques (sic), que « la population est le premier des biens d'une société policée» et la base de tous les autres, il emprunte à V Ami des Hommes de Mirabeau — ouvrage très connu, dit-il, mais dont il omet d'indiquer l'auteur — la thèse suivante : « la vraie puissance d'un état consiste à avoir beaucoup de consommateurs laborieux en raison de son étendue > ')• H en tire la conséquence que le territoire ne saurait être trop divisé et qu'il faut partout supprimer les grandes fermes et les remplacer par des petites (•)• « Les » grandes fermes sont un obstacle permanent contre la population, » parce qu'elles empêchent les jeunes gens de la campagne de se » marier, faute de trouver où se placer, ne trouvant point de petites » fermes à louer et n'ayant pas les moyens d'en entreprendre des » grandes, s'il s'en trouvait. La division des grandes fermes en » plusieurs petites, remédierait en partie à ce mal, en doublant, pour » le moins, le nombre de fermes par tout le pays, ce qui doublerait » aussi la population. Des personnes bien instruites assurent » qu'il y a des paroisses dans la Flandre, où l'on trouve 50, 60 et » même 70 couples de jeunes gens d'accord pour se marier ensem- » ble, s'ils sçavoient où se placer; mais qui n'osent pas le faire, » parce qu'ils désespèrent de trouver un peu de terre à cultiver, » pour en tirer de quoi vivre » ( ).
Comme on le voit, la question du choix d'une carrière, pour les enfants de cultivateurs, n'est pas née au xx<^ siècle. Il est vrai qu'il n'y avait pas, en 1775, comme de nos jours, les villes tentaculaires pour servir d'exutoires à la surproduction d'hommes dans les fermes, et pour fournir un thème aux romans sur « la terre qui meurt ». Les fils et les filles de cultivateurs se réfugiaient dans le célibat.
La question du célibat préoccupe beaucoup l'abbé Mann. Mathus y verra un bien. Le bon chanoine courtraisien y trouve beaucoup de mal : « Ce n'est pas un des moindres inconvéniens » des grandes fermes, que la quantité de domestiques qu'il leur » faut pour les labourer, et qui ne vivent que trop souvent dans » un célibat de débauche, au lieu d'élever d"honnêtes familles pour » le bien de la patrie » (■').
Le renjède à tant de maux, l'abbé Mann le trouve non seulement dans le partage des grandes fermes; il propose des mesures comme
celles-ci. « On pourrait encore encourager le mariage en imposant » une capitation sur les garçons, qui, sans raison suffisante, ne se » marient point avant l'âge de trente ans; et cette capitation » devroit ensuite être augmentée chaque 2 ou 3 années consécuti- » vement. Ils ne peuvent pas alléguer qu'ils ne trouvent point des » parties; le pays surabonde en filles nubiles. Il ne conviendrait » pas moins d'exiger rigoureusement des amendes des débauchés . » qui font un tort infini à la population... » (')•
Les naïvetés qu'on vient de lire, au sujet de l'impôt sur les célibataires, pourraient faire croire que l'abbé Mann était un de ces utopistes, dont les opinions ne démontrent pas l'existence d'un courant d'idées. Mais voici un autre témoignage.
« L'effet le plus grand que les lumières de la Philosophie aient » produit dans ce siècle heureux, c'est d'avoir convaincu les souve- » rains que la population doit être la base fondamentale de toutes » leurs loix». Ainsi débute un mémoire anonyme adressé en 1778 au ministre plénipotentiaire Stahremberg, à l'effet d'obtenir la réforme du régime corporatif (-). Ce mémoire, à lire le contexte, est très probablement l'œuvre d'un négociant de Bruxelles. Après avoir retracé, à larges traits, l'histoire des privilèges des métiers, il conclut par ces mots : « Ainsi les Arts et Métiers, qui sont le patrimoine » naturel du peuple, devinrent la proie de quelques privilégiés qui » les vendirent au prix qu'ils voulurent à leurs concitoyens. L'in- » dustrie s'endormit à l'ombre des privilèges, l'ouvrier pauvre, » mais homme à talens, fut contraint de végéter toute sa vie dans » le fond de la boutique d'un maître souvent ignorant, en lui ven- » dant la sueur de son corps à quelques sols par jour, et mourut » enfin sans avoir osé donner des citoyens à l'État, dans la crainte » de faire des malheureux comme lui » (')• Plus loin, lorsque le zélé patriote — c'est ainsi que s'intitule notre auteur anonyme — a détaillé les grands avantages de la liberté de l'industrie, il y ajoute cette considération : « Alors le nombre d'enfans, loin d'être » une charge pesante pour le père de famille, deviendroit pour lui » un moien de plus pour se procurer la subsistance et une res- » source assurée dans sa vieillesse; la population augmenteroit, et » les mariages seroient moins rares et moins stériles, parce que
(2) Publié par G. Crutzen, Un mémoire contemporain sur la question des ■corporations aux Pays-Bas à la fin du siècle dernier, dans le Messager des sciences liistoriques, 1887, p. 293-307 et 420-439.
» l'on ne craindroit plus de se voir entouré d'une trop nombreuse » famille > (').
Ne peut-on voir dans ces citations, outre l'afiirmation de la théorie prémalthusienne de la population, une allusion à des pratiques qu'on a attribuées à tort à l'influence de VEssay on the Principles of population? D'ailleurs le marquis de Chasteler, dans une lettre adressée à l'abbé Mann, à propos des grandes fermes (-), reconnaît que le grand cultivateur considère l'accroissement de sa famille comme une vraie charge, alors que les petits fermiers « voient avec complaisance leur famille augmenter » ('). N'est-ce pas là également une allusion discrète à ce qu'on appelle de nos jours les abus de la prévoyance dans les classes aisées et riches ?
L'abbé Mann, le marquis de Chasteler, l'auteur anonyme du mémoire de 1778 ne sont pas les seuls économistes belges qui sont allés se nourrir aux doctrines fécondes — c'est le cas de le dire — des physiocrates français et anglais. Dans la plupart des mémoires de la fin du xviir' siècle, qui traitent du commerce et de l'industrie, on revient sur les avantages d'une nombreuse population (^).
Peut-on dire que ces théories ont exercé une influence appréciable sur la conduite des pouvoirs publics? La chose n'est pas douteuse. Nombreuses sont les ordonnances contre l'émigration promulguées par les gouvernements de Marie-Thérèse et de Joseph II (•'). D'autre part l'État intervint par voie législative pour limiter l'étendue des fermes. Par ordonnance du 22 août 1767, il arrêta un maximum de 70 bonniers pour les fermes du Hainaut ('). Shaw, le voyageur anglais bien connu, assure que depuis ce temps là — il écrit en
(2) Publié également dans le t. IV des Mémoires de l'Académie de Bruxelles, p. 223-237.
(4) Voir entre autres l'Essai sur les douanes, de M. Veydt, p. 22, note 1. Bruxelles, 1788.
(f)) Entre autres celles du 23 février 1764, 12 mai 1764, 20 novembre 1765, 24 juir.et 1766, 24 juillet 1770, 1 février 1775, 15 mai 1775. 3 octobre 1785, 30 septembre 1789. L'ordonnance du 15 mai 1775 ordonnait même la publication périodique de la défense d'émigrer. Pour le texte de ces ordonnances voir le Recueil publié par la Commission royale pour la publication des anciennes lois et ordonnances, ainsi que la Liste chronologique de ces ordonnances publiée par la même commission.
(6) Mann, Mémoire sur les grandes fermes, t. IV, p. 216 àzs Mémoires de l'Académie de Bruxelles, cité plus haut. Cfr Ch. Piot, Le règne de Marie-Thérèse dans les pays autrichiens, p. 240 et 250 (note 2, indiquée par erreur à la place de la note 3). Louvain, 1874.
1788 — « les champs du Hainaut sont mieux cultivés; les terres » ne sont jamais en jachère; la population a augmenté ».« Les États » de Brabant et de Namur, ajoute-t-il, sont occupés à porter une » pareille loi, pour limiter l'étendue des fermes dans leurs pro- » vinces (0- La partie du Brabant appelé « Vallon » est entière- » ment dans la main des grands fermiers ; elle est conséquemment » moins peuplée et moins cultivée que le reste de la même pro- » vince qui est divisé en petites fermes » (-).
On sait d'ailleurs que c'est surtout en Flandre qu'on rencontre les petites fermes, sauf dans les environs, de Nieuport où elles sont plus grandes que n'importe où (■^). L'abbé Mann, Shaw et les autres économistes du temps ne tarissent pas en éloges sur la grande productivité de l'agriculture dans cette province (^).
Faut-il ajouter que, dans la question des petites fermes, les faits soutinrent admirablement la théorie, en même temps que celle-ci vint stimuler les faits? Dans la seconde moitié du xv^iii^ siècle, on voit de tous côtés dans les Pays-Bas, en Flandre surtout, procéder à la division des grandes exploitations (' ). Voici comment l'abbé Mann décrit ce mouvement en 1780 : « Depuis la paix de » 1748, la population ayant augmenté, il s'est bâti nombre de » maisons; les paysans so.it venus chez leur propriétaires pour » hs supplier de vouloir leur donner quelques portions déterre » en renouvelant les baux : ceux-ci se sont prêtés à cette douce » proposition, ils ont partagé leurs terres et ont doublé leurs reve- » nus.... Il n'y avoit que les biens des mains-mortes, où il restoit » de grandes fermes » (").
Mieux encore, les paysans deviennent de plus en plus propriétaires eux-mêmes. Nicolas Bacon, qui écrivit en 1765, signale déjà le fait que « lorsqu'on mettait en vente » deux, cinq o* huit bonniers, les paysans les achetaient » ("). En 1780 l'abbé
(1) C'est probablement à cause de la révolution brabançonne, et des événements qui suivirent, qu'ils n'eurent pas le temps de mettre leur projet à exécution.
(2) Shaw, Essai sur Pays-Bas autrichiens, traduit de l'anglais, p. 85. Londres,
(3) M\NN, Mémoire sur les moyens d'augmenter la p^pulaHon, eic, p. 171-172.
(4) Mann, dans les deux Mémoires cités ; Shaw, Essai etc., p. 81 et sv.; Veydt, 0. c , p. 22, note 1.
(5) M B.7ANTS a déjà attiré l'attention sur ce fait dans son Histoire des classes rurales aux Pays-Bas, dans les Mémoires couronnés et autres mémoires de l'Académie royale de Belgique, 1881, 1. XXXII (in 8"), p. 152 et p. 214-215.
(6; Mémoire sur les grandes fermes, p. 215-216.
(J) Cité par N. B.^iavoinne, Mémoire sur l'état de la population, des fabriques.
Mann assure également que « en général dans les » Pays- Bas, dès qu'il y a un bonnier de terre à vendre, les paysans » l'achètent et le payent plus que la valeur » ('). Nous avons eu entre les mains un grand nombre d'actes de vente des chatellenies de Courtrai et d'Audenarde. il s'agit généralement, dans ces actes, de pièces de terre, de prairies, de parties de bois d'un demi bonnier jusqu'à trois bonniers, vendus en moyenne, lorsque la vente ne comporte pas d'édifice, de 600 à 1200 florins le bonnier.
Doit-on dire que le morcellement de la propriété et de la culture fut chez nous le résultat de la théorie, ou bien, au contraire, que la théorie fut le produit d'un fait que l'on cherchait à justifier ou à expliquer? Il est probable qu'ici, comme en toutes choses, il y eut une interdépendance étroite et une action réciproque, difficile à préciser, entre le facteur matériel et le facteur idéologique (-). Au reste, il n'est pas contestable que l'augmentation de la population, en multipliant la demande, a renforcé le courant en faveur de la petite exploitation, en même temps que le progrès de la petite exploitation a stimulé le mouvement de la population. L'une et l'autre ont contribué à augmenter la productivité de notre agriculture.
Il est vrai qu'en Angleterre on assiste, à la même époque à un mouvement inverse, nous voulons dire à l'accaparement de la propriété foncière par les gentlemen-farmers et à la substitution de la grande culture à la petite. Là aus5i on vante les progrès de l'agriculture (■')• Mais il s'agit de progrès tout différents : amélioration de la race bovine et ovine, expérimentation de nouveaux procédés agricoles, introduction d'une agriculture scientifique en un mot ('). Ce progrès était un progrès purement économique, de nos jours on dirait «manchestérien», la solution d'un problème
des manufactures etc. depuis Albert et Isabelle jusqu'à la fin du siècle dernier, dans ]ts Mémoires couronnés de l'Académie royale de Bruxelles, 1841, t. XIV, p. 120.
(1) Mémoire sur les grandes fermes, p. 217.
(2) Les renseignements fournis par M. Brants fo c, p. 214) sur l'importance de la petite culture avant le xviii'' siècle prouvent à l'évidence l'antériorité du fait matériel. Il n'en reste pas moins vrai que, dans les Pays-Bas, l'importance de la petite culture augmente, au moment où elle diminue en Angleterre. Ici l'opinion publique et le gouvernement- favorisent la grande exploitation, là ils la combattent. Voir ci-dessous.
(3) Cfr Paul Mantoux, La révolution industrielle au XVIII" siècle, Essai sur les commencements de la grande industrie moderne en Angleterre, p. 145 et sv. Paris, 1906.
(4; Ibidem, p. 151-152.
qu'Adam Smith posait en ces termes : «produire la plus grande quantité de marchandises avec le moins de frais» ('). il comportait une rançon, qui était un malheur au point de vue social : le dépeuplement des campagnes et l'exode de la population ouvrière vers les villes. Les origines du paupérisme anglais coïncident avec l'histoire de l'accaparement des terres par les landlords ('). La découverte de la machine à vapeur vint compliquer la crise; et il suffit des hivers calamiteux de 1795 et 1796 pour faire éclore tout naturellement, dans le pays par excellence de la grande culture et de la grande propriété foncière, VEssay on the principles of population.
La productivité supérieure des petites fermes de la Flandre, à la fin du xvni^* siècle, était de nature toute différente de la productivité de la grande culture anglaise. Elle provient non du développement de la science agronomique — qui n'est pas à la portée des petits cultivateurs — mais du soin et de l'économie apportés à l'exploitation. «Ces paysans, dit Mann, sont continuellement sur leurs » terres, qui ne reposent jamais; ils n'y laissent sijrement pas de » mauvaises herbes, et la bêche à la main, ils sont sans cesse » attentifs à entretenir leurs rigoles, les approfondir, les fermer » ou les ouvrir, suivant le besoin» (■*). Si, au point de vue technique, ces soins et cette vigilance sont moins remarquables que les progrès réalisés en Angleterre par la science du gentlemenfarmer, ils ont une portée économique plus profonde et une importance sociale plus grande. L'agriculture à bilans de l'entrepreneur capitaliste ne résiste pas à une succession de désastres. Elle est au surplus exigeante vis-à-vis des pouvoirs publics. Celle d'Angleterre demanda et obtint des primes d'exportation pour les grains, dès le xviii'^ siècle. Elle demanda et obtint la législation protectionniste des corn-laws dès le début du xix^'. L'agriculture empirique du moyen et petit cultivateur résiste mieux aux déboires financiers. Aucune perte n'est capable de la détourner de son objet, parce qu'elle ne conçoit pas un autre emploi de ses capitaux. Son activité et son économie sont pour ainsi dire indéfiniment extensibles : « La Flandre, en 1774 et les deux années suivantes, » a essuyé des malheurs énormes par la perte du bétail, dit encore « l'abbé Mann en 1780 (/). Un an ou deux après que ce fléau eut
fl) Cfr Mantoux, ibidem, p. 171.
(2) Ibidem, p. 172 et sv.
<3) Mémoire sur les grandes fermes, p. 215.
(4) Ibidem.
» cessé de les affliger, les paysans avoient déjà réparé leurs » pertes ». Aussi le petit cultivateur des Pays-Bas n'exige-t-il rien de l'État au xviii^ siècle. L'État fait même du protectionnisme à rebours pour les produits agricoles. Il en défend la sortie, pour maintenir leur prix à un niveau peu élevé. Et le bas prix de la vie influence ainsi de la manière la plus heureuse le développement de l'industrie et les conditions générales de notre économie.
Nous croyons donc pouvoir affirmer que la théorie prémalthusienne de la population et la faveur marquée de l'opinion pour les petites fermes, ont exercé une influence bienfaisante sur notre situation économique à la fin du xviir' siècle : Elles ont certainement favorisé la multiplication, dans nos provinces, d'une population rurale abondante, active et vertueuse. Certes elles n'ont pas empêché la misère d'exister chez nous aux xvui" siècle. Le préambule d'une ordonnance du 14 décembre 1765 assure même « que la mendicité s'était infiniment accrue dans ce pays » ('')• Mais il importe de remarquer que, en 1765, les désastres de notre siècle de malheur ne sont encore guère réparés. Notre renaissance économique ne commence à vrai dire qu'en 1748, après la fin de la guerre d'Autriche. Si en 1765 on ne s'aperçoit pa^ encore sensiblement des progrès accomplis, quelle différence vingt ans après! De 1771 à 1786 la proportion des indigents inscrits aux tables des pauvres de Gand tombe de 27 " o à 18 » o, et à 14" .. en 1801 (-). C'est précisément à cette époque que nous rencontrons les théories que nous venons d'exposer. Il ne faut pas perdre de vue, d'autre part, que le nombre des indigents est alors considérablement moindre au plat pays que dans les villes. Alors que celles-ci comptent, en 1801, dans le département de l'Escaut, une moyenne de 12^'^' o d'indigents, on n'en rencontre dans les villages de l'arrondissement de Gand que 6^^ ^' o,dans les villages de l'arrondissement d'Eecloo 5^ °o, dans ceux de l'arrondissement de St-Nicolas 9^^^ " u. Seuls les villages des arrondissement d'Alost, d'Audenarde et de Termonde comptent à peu près autant d'indigents que les villes (^).
(1) p. C. Vande:? Meersch, De l'état de la mendicité et de la bienfaisance, dans la province de la Flandre orientale depuis le règne de Marie-Thérèse jusqu'à nos jours (1740-1850 , dans les Bulletins de la Commission centrale de statistique, 1853, t. V. p. 45.
(2) Ibidem, p. 72-73.
(3) Ibidem, p. 74.
De l'excès du bien toutefois sortit un mal nouveau : la surpopulation de la campagne, avec ses corollaires, l'excès du nombre des cultivateurs comparativement à l'étendue cultivable du sol, l'élévation des fermages par suite de la concurrence des locataires et l'avilissement des salaires, nominalement stables, mais de plus en plus bas en réalité, eu égard au renchérissement de la vie et à la baisse constante du pouvoir de l'argent ('). Survienne alors la disette de 1847-1848, et la Belgique sera mûre à son tour pour l'exode rural et l'émigration d'une part, pour la doctrine de Malthus d'autre part. La crise morale et religieuse fit le reste.
Hubert Van Houtte, Professeur à l'université de Gand.
(1) Cfr Vander Meersch, o. c, p. 251 et sv.
La réception de la princesse
Marie-Cunégonde de Saxe
au chapitre noble de Munsterbilsen (1766-1771)