LA REPRISE DE L'Œ'JVRE DES BOLLANDISTES EN
Toutefois, nous trouvons encore des indices de quelques hésitations de la part de l'abbé de Tongerloo, mais pour des raisons d'ordre politique. Il n'était pas en relations très amicales avec le gouvernement de Joseph II. Ce n'était pas encore la guerre ouverte, qui ne tardera pas à se manifester et pendant laquelle la tête du prélat sera mise à prix ('), mais la situation ne laissait pas d'être déjà très tendue, par suite des difficultés que faisait l'abbé d'envoyer ses jeunes religieux au Séminaire général de Louvain.
Il avait espéré qu'en acceptant la succession des bollandistes et en prenant sur lui les frais de cette œuvre, il mériterait plus de conciliation sur ce point, de la part de l'empereur. Il se proposait sans doute d'imposer cette condition à l'auditeur Chariier, qui devait se rendre à Tongerloo le 3 mars 1789. Mais, dans une lettre du 2 mars. Corneille de Bie lui conseille de n'en rien faire, le gouvernement se montrant intransigeant sur ce point : que l'abbé se garde bien d'imposer cette concession impériale comme une condition sine qua non de la reprise (').
L'abbé se rendit à ce conseil et, sans retard, Heylen poursuivit les négociations.
L'on ne tarda pas à composer un énoncé provisoire des conditions de la reprise ("). Ces conditions subirent plusieurs remaniements {*). Leur examen, les changements à y apporter ou leur interprétation donnèrent lieu à un échange de lettres entre De Bie et Ghesquière, d'une part, et de l'autre, Heylen, agissant au nom du couvent (•').
Tout étant convenu, le 8 m.ai 1789, le chapitre de Tongerloo donnait son adhésion à la reprise de l'œuvre (") et, quelques jours
disse : unde illis gratum erai, ut qitod rcliqmun fecisset societatis universce naufragium, in hereditatem cederet Tongerloce, olim beneficae et, qiiemadmodiim totiis praemonstratensis ordo, in Societatemjesii, praesertimque in bollandianos socios, semper liberalissimae charitatis : quae etiam nupcr eluxit qmim nobiscum communicant quodcumque superstes remanserat in scriniis et bibliothecis suis. Van Hecke, o. c, p. xvii.
Dans la traduction, revue par l'auteur, on ajoute : « Cette amitié bisséculaire et les garanties d'orthodoxie et de prospérité que l'abbaye de Tongerloo offrait aux Pères De Bie et De Bue les engagèrent à lui laisser en héritage ces précieux restes». Duquesnoy, o, c, p. 141.
(1) Sur la part considérable prise par le prélat Hermans dans la révolte d:s Belges contre Joseph H, voir W. van Spilbeeck, o. c, p. 574 et sv.
(2) Documents, n" 3.
(3) Documents, n" 4.
(4) Comparez les Documents, n"' 4 et 16.
(5) Documents, n°^ 5 à 13.
(6) Documents, n" 14.
plus tard, le 14 mai, l'empereur Joseph II accordait des lettres patentes autorisant le transfert (') et accordant à l'abbaye la permission d'emprunter les 60,000 florins nécessaires à l'acquisition des bibliothèques et magasins et aux frais d'installation (-). En même temps que les Acfa sanctorum, l'abbaye avait acquis, à des conditions spéciales, les Analecta belgica de Ghesquière et de son collaborateur De Smet (*).
Hugues Lamy,
Archiviste de l'abbaye de Tongerioo.