‹ Mélanges d'histoire offerts à Charles MoellerChapitre 142 sur 149 · L. S. (a) abb. Tong · texte numérisé non relu

L. S. (a) abb. Tong

Item in qu?.Iitijt en liijt kraghte aïs hier vorens voorschr. en gegevene coiniTiissie, geve bij ende mids dese voile maght ende authoritijd aen den Eerw. Heer Nicol. Simens, onsen niedebroeder en proviseur, omme conform aen het nevens gaende octroije van den Rade van Brabant, ten laste van onse abdije te lighten een; somma van sestigh duijsent guldens courant geld, op den minsten te stipulerene intrest, houwdende voor goed en van weirde, aile het gène sijn Eerw. voorts sa! verright hebben en goed gevonden hebben te behooren ; actum in onse abdije, desen 8 Jul. 1789. Des t'oirconde hebbe vvij dese eijgenhandigh onderteekent dato als voor.

GODEFRIDUS,

abb. Tong.

Original.

{a) Sceau plaqué, en cire rouge, de l'abbé Hermans.

Déclaration d2 Ghesquière au sujet de la disposition d2 la bibliothèque bollandienne .

11 mai (1789).

Les pères Ghesquière et De Smet ont le droit de se servir des livres de la bibliothèque des bollandistes et du Muséum Bellarmini, pour la continuation de leurs travaux.

Copie, adressée à Adrien Heylen.

L'enip2reur Joseph H confirme la cession de l'œuvre des bollandistes à l'abbaye de Tongerloo.

14 mai 1789.

Joseph, par la grâce de Dieu, Empereur des Romains, toujours Auguste ; Roi d'Allemagne, de Jérusalem, de Hongrie, de Bohême, de Dalmatie, de Croatie, d'EscIavonie, de Galicz, et de Lodomerie ; Archiduc d'Autriche ; Duc de Lorraine et de Baar, de Bourgogne, de Lothier, de Brabant, de Limbourg, de Luxembourg, de Gueidres, de Milan, de Stirie. de Carinthie, de Carniole. de Mantoue, de Parme et Plaisance, de Guastalle. de Wirtemberg, de la haute et basse Silésie, d'Osvieez et de Zator; grand-duc de Toscane ; duc de Calabre, de Montferrat, de Teschen en Silésie, etc., Grand-Prince de Transilvanie ; prince de Suabe et de Charleville ; marquis du Saint Empire romain, de Burgovie, de Moravie, de la haute et basse Lusace, de Pont-à-Mousson et de Nomeuy ; comte de Habsbourg, de Flandres, d'Artois, de Tiiol, de Hainaut, de Namur, de Ferette,

de Kybourg, de Gorice et de Gradisca, de Provence, de Vaudeniont, de Blamont, de Zutphen, de Saarwerden, de Salm et de Falckenstein ; Land-Grave d'Alsace; Seigneur de la Marche d'Esclavonie, de Port-Naon, de Salins et de Malines. etc. D3 la part de nos chers et bien amés les Rtvérend Abbé et Religieux de l'abbaïe de Tongerloo en Notre Duché de Brabant, Nous ayant été produit l'acte de convention passé le onze mai mil sept cent quatrevingt neuf entre l'auditeur Charliers, commissaire de notre Chambre des Comptes à ce duement authorisé de notre part et les religieux Adrien Heylen, archiviste, et Evermode du Champs, constitués par le susdit Révérend Abbé, ensuite de l'acte capitulaire de la dite commun mté de Tongerloo en date du huit de ce mois, joint par copie authentique audit aete d'autre part et à l'intervention des ci-devant bollandistes Corneil de Bije, Jacques de Bue et Jean-Baptste Fonçon, ainsi que de J.-J. Cattoir, nommé par Nous à l'administration des ouvrages boUandiens, par lequel il a été cédé et t.ansporté à ladite Abbaije l'établissement dit des Bollandistes ou ouvrage de la Vie des Saints, qui Nous étoit transmis par la Suppression Jésuitique ; ainsi que l'établissement d t de l'Historiographie ou ouvrage des Analectes Belgiques, pour les dits ouvrages être continués et parachevés aux fraix et risques de la surnommée maison abbatiale de Tongerloo, sans pouvoir les céder ou transporter à quelque autre, le tout aux clauses et conditions reprises dans l'acte de convention ci-dessus mentionné, dont la teneur s'ensuit, savoir :

\° Qu'à dater du jour de l'aggrégation que nous aurons donnée à la susmentionnée convention qui est celui de la date de nos présentes lettres patentes, la communauté de Tongerloo s'est chargée de payer les charges ci-après en pensions viagères, leur vie durant, dans le lieu de leur domicile, aux Ex-Religieux ci-après dénommés, ci devant auteurs de l'ouvrage intitulé Acta Sanctorum, savoir, annuellement au prêtre De Bye trois cent cinquante florins, au prêtre De Bue trois cents cinquante florins, au prêtre Fonçon trois cents quatre-vingt florins, au prêtre Ghes^uière, historiographe travaillant à l'ouvrage des Analectes Belgiques, cinq cents quinze florins, et au prêtre Smet, adjoint au prêtre Ghesquière, trois cent florins, en semble la somme de dix huit cent nouante cinq florins.

2' Que pour l'acquisition des Bibliothèques bollandiennes ainsi que celle servant à la rédaction de l'ouvrage des Analectes Belgiques, telles qu'elles se trouvent présentement, avec les Boiseries des Bibliothèques et les pupitres y servant et ayant appartenu à l'établissement des Bollandistes et des ci-devant Jésuites et du JVlusœum Bellarmini, il sera paijé dans le terme ci-après designé une somme de douze mil llorins argent de Brabant à notre Trésor Royal: que pour l'acquisition des fonds de magazin des ouvrages des Acia Sanctorum de;'a imprimés, ainsi que pour tous les Papier, Utensiles et effets de la Typographie, ayant servi audit ouvrage, il sera payé en outre dans le même terme ci-après désigné une somme de dix-huit mil florins également courant de Brabant, dont la juste moitié de neuf mil florins à la caisse de Sa Majesté et l'autre moitié par portions égales de trois mil florins aux prêtres De Bye, De Bue et Fonçon comme ayant droit à cette moitié du produit des susdits magazin et Typographie.

3" Que les Abbé et religieux de la dite maison de Tongerloo faisant les dépenses auxquelles l'aequisition de cet établissement alloit les exposer, tant pour l'acquisition, transport, qu'adoption des Bâtiments h ce nécessaires et deman !ant pour ce de pouvoir lever une somme de soixante mil florins courant. Notre Commissaire s'est engagé de faire la demande de leur accorder l'Octroi nécessaire à cet etfet.

LA REPRISE DE l'œJVRS DES BOLLANDISTES EN 1789. 499

4' Que d'un autre coté l'abbaye s'en3;age à employer le compositeur Van der Beken, comme il l'était ci-devant à l'établissement des Bollandistes, aux conditions à convenir entre eux.

5" Que l'abbaye ne pourra se défaire sous quelque raison que ce soit d'aucun des livres et manuscrits des susdites Bibliothèques qui lui ont été cédées et se trouvant dans le nombre des livres et manuscrits dont le Gouvernement désiroit avoir communication, l'abbaye s'engage de les délivrer à la réquisition, à charge d'être rendus lorsque le Gouvernement en aura fait usage à cet effet ; comme il ne se trouve pas un double du Catalogue desdits livres et manuscrits, l'abbaye en fera former un, qu'elle devra délivrer au Gouvernement lorsqu'à loisir il pourra être achevé; le Gouvernement voulant bien s'en rapporter à cet égard à la bonne foi et probité des Abbé et Religieux que ce double maintiendra exactement les livres et manuscrits effectifs, qui se sont trouvés, parce qu'il pourroit arriver (ce que cependant on ne peut pas supposer) que l'un ou l'autre des ouvrages insérés dans le Catalogue qui existe, ont été égarés, de quoi cependant le Gouvernement ne sera aucunement responsable envers l'abbaye.

6" Que l'abbaye jouira du droit de l'impression desdits ouvrages tel qu'en a joui l'abbaïe supprimée de Caudenberg, lorsque ces établissements y étoient transférés, c'est k dire que cette imprimerie ne pourra servir à d'autre impression que celle de l'ouvrage Bollandien, des Analectes Belgiques et autres ayant trait à ces ouvrages, se conformant du reste à ce qui est statué par les Placcards et ordonnances en fait de la Librairie, de l'Imprimerie et de la Censure.

T Comme le prêtre historiographe Ghesquière qui rédige l'ouvrage des Analectes Belgiqueg a besoin à cet effet des livres et manuscrits des Bibliothèque Bollandienne et de celle du Musœum Bellarmini, l'abbaye devra lui en permettre l'usage jusqu'à l'achèvement de sondit ouvrage des Analectes Belgques.

8" Que les fraix de déménagement et de transport des Bibliothèques et effets quelconques ayant appartenu aux établissements susdits cédés, seront entièrement à la charge de l'Abbaïe, ainsi que ceux des contracts et expédition résultants de leur acquisition.

9" Que le payement des sommes convenues pour l'acquisition des effets appartenants aux susdits établissements snvoir celle de douze mil florins pour les Bibliothèques et celle de neuf mil pour la moitié des Magazins et Utensiies de la Typographie, devront être acquittés dans le terme de trois mois, à commencer de la date du présent octroy au Trésor Roïal de Sa Majesté à Bruxelles, et quant à 1.1 somme de neuf mil florins pour l'autre moitié du produit du Magazin et Utensiies de la Typographie, ce payement devra également se faire dans le même terme aux respectifs ci-devant Bollandistes De Bye, De Bue et Fonçon, à qui cette moitié appartient comme il est dit ci-dessus art. 2; sauf les arrangemens que l'Abbaïe pourroit faire avec les di!s Cointéressés , si ceux-ci le jugent à propos. Tous effets quelconques desdits ttablissemens devront être vuidés du quartier qu'ils occupent actuellement dans les Bàtimens du ci-devant Collège Thérés en au plus tard dans deux mois de la date des Présentes, c'est à dire au quinze de Juillet prochain.

Savoir faisons, que ce que dessus considéré, Nous avons, à la délibération de Notre Conseil roïal du Gouvernement, agrès, comme Nous agréons par cette, et fait munir par notre Cachet secret, la Convention ci-dessus rapportée, voulant qu'elle sorte son plein et entier effet, et qu'en conséquence lesdits Abbé et Religieux de l'Abbaye de Tongerloo soient mis en possession et jouissance des objets leur cédés par la dite convention et aux conditions y rappelées, et inclinant favo-

rablement à la demande des supplians, Nous référant au surplus quant à la levée sur les biens de leur maison, à l'Octroy que nous avons encore fait expédier à cet effet sous la date des présentes, et voulons que les présentes soient enregistrées et entérinées en notre Conseil roïal du Gouvernement et exhibées à notre Chambre des Comptes pour y être également enregistrées et entérinées.

Si donnons en mandement à no3 très Chers et Féaux ceux de notre Conseil roïal du Gouvernement General, Président et Gens de notre Grand Conseil, ceux de Notre Chambre des Comptes, et à tous les autres Nos Justiciers, Officiers et Sujets que ce regardera que de cette notre présente grâce, Octroi et permission, ils fassent, souffrent et laissent pleinement et paisiblement jouir et user lesdits Abbé et Religieux de ladite Abbaye, sans leur fair^, mettre ou donner ni souffrir leur être fait, mis ou donné aucun trouble ou empêchement, au contraire, nonobstant les Ordonnances et Placcards émanés à ce sujet, auxquels nous dérogeons, pour ce cas seulement, les laissant pour le reste dans leur pleine force et vigueur. Car ainsi nous plaît-il.

En témoignage de quoi Nous avons fait mettre notre grand Scel k ces Présentes. Donné en notre ville de Bruxelles, le quatorzième jour du mois de Mai, l'an de grâce mil sept cent quatrevingt neuf, et de nos Règnes, de l'Empire Romain le vingtsixieme, de Hongrie et de Bohême le neuvième. — Cr. V.

Par l'Empereur et Roi en Son Conseil

DE Lannoy.

Lettres Patentes d'Oetroi accordées aux Révérend Abbé et Religieux de la Communauté Abbatiale de Tongerloo en Brabant, pour l'acquisition de la Bibliothèque et de l'ouvrage Bollandien.

Cet Octroi est enregistré selon sa forme et teneur au Registre des Octrois et Actes du Conseil Royal du gouvernement général des Pays-bas, Tom. 2, fol. 59, le 10 août 1789.

G. Des Loges, Régistrateur adjoint.

Cet Octroi est enregistré à la Chambre des Comptes de l'Empereur et Roi, au regître des mandemens, Chartres, Octrois, Privilèges, Concessions etc. ressortissant du \" Bureau 11" s., fol. 107 et seq. Le 13 août 1789.

LocHEM. Barbier. A. H. Brummell.

Original sur parchemin, muni du sceau de majesté, en cire rouge, pendant sur double queue.

Octroi de l'emprunt de soixante mille florins à lever par l'abbaye de Tongerloo.

14 mai 1789.

Joseph II accorde à l'abbaye de Tongerloo de lever une somme de soixante mille florins, pour couvrir les frais de la reprise de l'œuvre bollandienne « au moindre intérêt possible et par obligation de mille ou cinq cents florins chacune... Ce capital avec les

LA REPRISE DE l'œUVRE DES BOLLANDISTES EN 1789. 501

intérêts devra être remboursé dans le terme de vingt ans, à raison de trois mille florins annuellement >.

Original, sur parchemin, muni du sceau équcs!rc de l'empereur, pendent sur double queue.

XVI n.

Acquisition, pour ^000 florins, des Analecfa Belgica.

14 mai et 5 août 1789.

Op heden den 14 Mey 1789 zijn de ondergeschreve geconveneert zoo wegens htt magazijn, ais ailes dat daer aen kleeft en toebehoorende is, raekende den Eerw. Heer Ghesquière op den voet als volgt : dat de abdije Tongerloo van dato voors. aen zig neemt het zelve magazijn en toebehoorta voor eene somme van drij duijsent guld. wisselgeld zullende verders convenieren over de manière der betaelinge van de gemelde somme ende dit ailes naer de aggreatie van het gouvernement over de verkoopende gedaen door de geweze Bollandisten en voors. gouvernement.

A. Haylen, archiv"st en commissarius der voors. abdije.

J. Ghesquière, Pbr, Historiographicus etc. (sic).

In gevolge van de bovenstaende conventie, bekenna hier over voldaen te zijn door den Zeer Eerweerden Heer Mijnheer N. Simens, Proviseur der abdije van Tonç,erloo, desen 5'^'^" Augusti 1789.

J. Ghesquière, Pbr etc.

Dico drij duijsent guldens wisselgeldt.

J. Ghesquière, Pbr etc.

Original.

et les archives de l'ancienne Université de Louvain.

Le nom de Jean-François Van de Velde est intimement lié à l'histoire des dernières années de l'université de Louvain (').

Ce personnage, une des figures les plus intéressantes et les plus sympathiques de l'ancienne Aima Mater, naquit à Beveren-Waes en 1743. Ordonné prêtre à Anvers en 1769, il conquit à Louvain tous ses grades en théologie : bachelier en 1769, licencié en 1772, il reçut le bonnet doctoral le 8 août 1775. Différentes fonctions le rattachaient déà à l'université : il en était le bibliothécaire depuis 1772; la présidence du petit collège des théologiens lui fut confiée en 1773 et la chaire d'Écriture Sainte en 1774. Il occupa pendant sept ans la présidence du collège de Hollande (1776-1783), fut investi, pendant un semestre, de là dignité rectorale en 1778 et, en 1783, porté par l'élection de ses collègues de la faculté de théologie à la présidence du grand collège des théologiens ou collège du Saint-Esprit. A partir de cette époque, sa vie n'est pas moins remarquable par ses déboires que par les travaux scientifiques qu'il eut le courage d'entreprendre et de poursuivre, au milieu des circonstances les plus défavorables.

Joseph II, que l'enseignement du courageux professeur contrariait dans ses tentatives sur le domaine religieux, le priva trois fois de ses fonctions, en 1784, 1783 et 1788, et finalement le condamna à un exil de dix ans. Réintégré après la Révolution brabançonne, Van de Velde prit une part importante aux négociations entamées avec le gouvernement autrichien, pour la restitution des anciens

(1) Cfr Th. De Decker, Jan-Frans Van de Velde, de eximius van Beveren. Saint-Nicolas, 1897; A. Verhaeoen, Les cinquante dernières années de l'ancienne université de Louvain (1740-1797). Lièga, 1884; F. Claeys Boûùaert, Jean- François Van de Velde et l'ancienne université de Louvain (1772 1797). Gand, 1914 (Communication faite au XXMI'' congrès de la Fédé ation archéologique et historique de Belgique).

privilèges de l'université, ainsi que pour le recouvrement de sa bibliothèque et de ses archives, transportées à Bruxelles pendant les troubles (').

Bientôt hélas! l'invasion des armées françaises vint détruire le résultat de ces efforts. Si pendant la première occupation (novembre 1792-mars 1793) l'université ne fut guère inquiétée, la seconde invasion (juin-juillet 1794) devait entraîner les conséquences les plus désastreuses. Après une agonie de trois ans, l'université, ruinée et décapitée mais toujours fidèle à ses glorieuses traditions, succomba sous les coups du pouvoir tyrannique, qui poursuivait la folle entreprise d'effacer, dans nos provinces, tous les vestiges du passé.

Van de Velde, qu'un arrêt du Directoire condamnait à la déportation à Cayenne, vit sa carrière professorale et administrative définitivement brisée. Il réussit à échapper à ses persécuteurs, mais fut réduit, pendant plusieurs années (1797-1802), à mener une vie errante de fugitif et de proscrit. 11 en profita pour visiter les plus célèbres bibliothèques de l'Allemagne, dans lesquelles il réunit les éléments de vastes travaux, qu'il n'eut malheureusement pas le temps d'achever (-)• En 1802, à la faveur de l'amnistie générale proclamée en matière religieuse, il put rentrer dans sa patrie et jouir d'une accalmie de quelques années, dont il utilisa les laborieux loisirs pour mettre en ordre et compléter, dans le calme de la vie familiale, à Beveren, les immenses matériaux scientifiques qu'il avait assemblés.

Mais il était dit que les persécutions le poursuivraient jusqu'au seuil de la vieillesse. On connaît son intervention modeste mais efficace dans les travaux du concile national, réuni à Paris en 1811 (•^). Invité par Mgr de Broglie, évêque de Gand, à l'accompagner au concile en qualité de théologien, il mit sa vaste érudition au service de ce prélat. On peut revendiquer pour sa mémoire une

(1) De Decker, o. c, p. 22.

(2) Il s'occupa en Allemagne de réunir des lett.'es de Mélanchton et d'autres documents concernant ce réformateur. Cette précieuse collection est conservée en grande partie à la Bibliothèque roya'e de Bruxelles. Cfr De Decker, o. c, p. 112 suiv. Rentré en Belgique, il se consacra à préparer une grande édition des conciles belles, que de Ram put publier, grâce au.x recherches de son savant devancier. Cfr de Ram, SynoJicon bclgicum, t. 1, p. x. Malines, 1828.

(3) De Smet, Coup-d'œil sur l'histoire ecclésiastique dans les premières années du X/X" siècle. 2' édit., p. 231 suiv.; 438 suiv. Gand, 1849; F. Claeys BoùiUERT, Le diocèse et le séminaire de Gand pendant les dernières années de la domination française (1811-1814/, p. 2C suiv. Gand, 1914.

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partie de l'honneur que valut à Mgr de Broglie sa fière et courageuse attitude. Englobé dans la même disgrâce, Van de Velde partagea avec son évêque la dure captivité du donjon de Vincennes, d'où, après une détention de six mois (juillet-décembre 1811), il fut envoyé en exil dans la petite ville de Rethel et placé sous la surveillance spéciale de la police.

Les dix dernières années de sa vie procurèrent au digne vieillard un peu de ce calme et de cette tranquillité, qui ne lui avaient été ménagés qu'à de si rares intervalles et auxquels il aspirait si vivement pour mener ses travaux à bonne fin. Mais l'âge et les infirmités étaient aussi arrivés. Il n'eut plus le temps que de publier, en 1822, les trois volumes de sa Synopsis momimcntoriim collectionis proxinie edendae conciliorum omnium archiepiscopatus mechlini^nsis, laissant à d'autres l'avantage de recueillir les fruits de ses labeurs. La mort l'enleva le 9 janvier 1823, dans son village natal, à l'âge de quatre-vingts ans.

Cette carrière si agitée a un trait dominant, qui lui donne une véritable unité : c'est, avec un ardent amour pour l'Église, un attachement tout filial à l'institution vénérable, sous les auspices de laquelle Van de Velde avait passé les années de sa jeunesse et à la défense de laquelle il avait voué les premiers travaux et les premiers combats de sa maturité. L'université de Louvain : telle fut sa grande préoccupation et sa grande passion.

C'était pour lui, comme il le répète fréquemment dans ses écrits, une «mère aimée et vénérée», dont les malheurs ne faisaient qu'augmenter le culte pieux qu'il lui portait. Jusque dans ces sombres années, où elle semblait condamnée à une irrémédiable disparition, VAlnm Mater ne cessa de trouver son gardien de ses titres de noblesse : bulles et brefs de souverains pontifes, lettres patentes de rois et de princes, et autres documents précieux, irrécusables té.moins de sa glorieuse histoire. Au prix de mille difficultés et de grands sacrifices personnels, il s'attacha et parvint à sauver de la destruction les archives de l'université et à empêcher qu'elles ne tombassent en des mains indif/érentes ou hostiles, il espérait, contre tout espoir, qu'un jour viendrait où l'université renaîtrait de ses cendres. Ce jour heureux il crut un moment pouvoir le saluer, après la fin de la domination française. Dès que la Belgique, réunie à la Hollande, parut pouvoir S3 promettre les bienfaits d'une paix si longtemps attendue, il se dépensa en démarches instantes et répétées, pour préparer les voies à la restauration de l'université. Il s'adressa à cet effet au roi de Hollande, à l'empereur d'Autriche et au pape, mais ne goûta pas le suprême bonheur de voir ses

efforts couronnés de succès. L'histoire de ces tentatives, auxquelles s'associèrent d'autres anciens professeurs de Louvain, est connue en partie ('). Ce qui l'est beaucoup moins, c'est celle des péripéties qu'eurent à subir les archives de l'ancienne université (-'). Nous nous proposons d'en retracer, dans ces pages, les principaux épisodes. Les sources auxquelles nous puisons consistent dans des relations écrites par Van de Velde lui-même et dans de nombreuses correspondances, dont il fut l'auteur ou le destinataire. Tous ces documents sont conservés dans les archives du grand séminaire de Gand.

Van de Velde était un minutieux annaliste et un grand collectionneur de tous les documents qui lui semblaient pouvoir présenter un certain intérêt historique. C'est à ces qualités que nous devons d'avoir pu recueillir, sur le sujet qui nous occupe, des renseignements assez circonstanciés.

Ce fut à la fin du mois de juin 1794, que les archives de l'université quittèrent Louvain, pour n'y plus revenir, au moins dans leur majeure partie. La bataille de Fleurus (26 juin) venait d'assurer aux français la conquête de nos provinces. A cette époque, sévissait à Paris, dans son degré le plus aigu, l'odieuse dictature de Robespierre. Beaucoup de prêtres belges, instruits de la fureur antireligieuse et de la cruauté des nouveaux maîtres de la Belgique, résolurent de se dérober par la fuite aux dangers qui les menaçaient. L'exode fut considérable, surtout parmi ceux que les devoirs de leur ministère ne retenaient pas au milieu de leurs ouailles (■^). Plusieurs professeurs de Louvain quittèrent également le pays et le président du grand collège fut de ce nombre. Voici comment il nous retrace brièvement cet épisode, dans son autobiographie : « A la fin de juin 1794, le président du collège du Saint-Esprit, craignant les violences des français, se rendit en Hollande, d'où il passa en Westphalie, au mois d'octobre. Un certain espoir de tranquilité étant revenu, il quitta Brème, en 1795, dans l'octave de l'Assomption et retourna à Louvain, où il reprit ses occupations de professeur et de bibliothécaire, ainsi

(1) Voir V Annuaire de l'université catholique de Louvain, 1838. p. 199-252.

(2) Pour une vue d'ensemble de l'histoire des archives de l'université de Louvain, voir H. De Jongh, L'ancianne faculté de théologie de Louvain au premier siècle de son existence (1432-1540), p. 3 svv. Louvain, 191 1.

(3) Cfr L. Delplace, S. J., La Belgique sous la domination française, t. I, p. 103 suiv. Louvain, 1896.

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que ses fonctions de président » ('). Le récit est d'une concision un peu excessive et laisse entrevoir de nombreuses réticences.

Peu de jours avant l'entrée des français à Louvain, le conseil de l'université se décida à mettre en sûreté les plus précieux monuments de son histoire. Heureuse inspiration ! En effet, il ne se passa pas long temps, avant que des délégués du gouvernement, décorés du titre de « commissaires des sciences et des arts » ne vinssent piller la bibliothèque de l'université : cinq mille volumes en furent enlevés qui, transportés en France, ne sont, paraît-il, jamais revenus (•)•

Le professeur Van Leempoel, de la faculté de médecine, fut chargé par le conseil de l'université de veiller à la conservation des archives. Celles-ci furent, par ses soins, confiées au batelier Jacques Marcelis, qui les fit passer en Hollande, et elles furent dirigées, toujours par voie d'eau, jusqu'à Rotterdam, où, arrivées le 16 juillet 1794, elles furent déposées dans la maison d'un marchand nommé Bisschop. « Je n'ai eu, déclare Van de Velde, aucune influence dans ce transport, sinon celle d'avoir assisté, comme membre du conseil, aux délibérations de l'université ».

Cet envoi comprenait 15 caisses, munies de différentes marques : 10 étaient marquées des lettres : A. U. L. (Aima Universifas Lovanii) ; 4 portaient les lettres : F. A. L. (FacuHas Artium Lovanii) ; 1 était désignée : N. C. S. T. Van de Velde ne nous donne pas la clef de cette inscription, mais il dit : « Je pense que cette caisse appartenait à la faculté de droit ».

Les archives de la faculté de théologie ne firent pas partie du même envoi. La faculté ordonna toutefois de les mettre à l'abri des déprédations. Emballées dans deux caisses, non munies de marques spéciales, elles furent conduites en premier lieu à Bergop-Zoom et de là à Rotterdam. Van de Velde dut être chargé de cette expédition, car il affirme en avoir payé de sa poche tous les frais. Il parle également d'un troisième envoi de caisses, qui le regardait plus particulièrement : il s'agit de différents objets (« vlugtgoederen »), appartenant au collège du Saint-Esprit et consistant dans « des registres, des ornements servant à la chapelle et autres effets, dont quelques-uns, mais en petite quantité, appartenaient au président lui-même ». Tous ces objets remplirent

(1) De Decker, o. c, p. 23-24; F. Claeys Boûùaert, Jean-François Van de Velde et l'ancienne université de Louvain, p. 30. Gand, 1914.

(2) Cfr Namjr, Histoire des bibliothiqnes publiques de la Belgique, t. II, p. 130. Biuxelles, 1841.

7 caisses et 2 paniers, marqués M. C. T. (Magnum collegium theologorum). Ils furent envoyés d'abord à Berg-op-Zoom, dans le chariot d'un fermier de Bierbeek, tenancier de la faculté de théologie. De là ils passèrent, par bateau, à Amsterdam, pour être enfin, le 17 septembre, transférés à Rotterdam, où ils trouvèrent place « op eenen solder van 't pakhuys van J. J. Wirix, in de Wijnstraet ».

Vers la fin de septembre 1794, Van de Velde se trouvait luimême à Rotterdam en compagnie de Van Damme, syndic de la faculté des arts. Les armées françaises faisaient de si rapides progrès, qu'on craignit de les voir envahir la Hollande, comme de fait elles le firent bientôt. Les négociants chez qui les archives étaient déposées crurent devoir faire observer aux deux professeurs louvanist^s le danger auquel elles pouvaient être exposées. « Je ne savais pas même, lisons-nous dans une lettre de Van de Velde, que les archives de l'université fussent à Rotterdam. On vint me l'annoncer et on me représenta qu'il était de mon devoir de tâcher de les sauver » ('). C'est ce qu'il fit, après s'être concerté avec son collègue Van Damme et avoir pris les conseils d'hommes prudents. Le batelier Jacques Marcelis ne consentit à accorder délivrance de son dépôt, qu'après avoir été payé pour ses peines. Van de Velde lui solda donc sa créance, qui se montait à la somme de 250 florins de Hollande et joignit aux 15 caisses envoyées par Van Leempoel, les 7 caisses du grand collège et peut-être aussi les 2 caisses de la faculté de théologie ('). Tous ces colis furent embarqués le 6 octobre 1794, à destination de Groningue, sur le bateau d'un certain Tylders Sygers. Ils arrivèrent à Groningue en bon état et furent déposés dans les magasins des négociants Akkerma et Poppe. Le jour même du départ. Van de Velde et Van Damme adressèrent au curé de Groningue, l'archiprêtre Bernard Van Kruysen, une lettre le priant de prendre soin des effets de l'université et, en particulier, de vouloir bien les expédier plus loin, à Brème par exemple, ou à Embden, ou à Hambourg, s'il devait arriver qu'ils ne fussent plus en sûreté à Groningue (■').

(1) Il y a, à ce sujet, un manque de concordance entre d^ux relations de Van de Velde. L'une affirme que 22 caisses seulement furent envoyées de Rotterdam h Groningue, à. savoir 15 de l'université et 7 du grand collège. D'après l'aulre relation postérieure ai 5 ans, les 2 caisses de la faculté de théologie eurent le même sort.

(2) Voici le texte du mandat donné a B. Van Krysen : < De ondergcsclirevene ledemaetcn der Universiteyt van Loven, en respectivelyk, arctiivist en syndicirs dergemelde Universiteyt en Faculteyt d^r Arten, binnen de zelve stad, verzotken

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Le 6 octobre également, Van de Velde quitta Rotterdam pour se rendre à Osnabruck, où i! arriva le 21 et où il fut l'hôte du baron de Wercks, chanoine tréfoncier de la cathédrale de Liège. Il y reçut bientôt une lettre de Van Damme qui était resté à Rotterdam et qui lui annonçait que les caisses étaient bien parvenues à Groningue. Le 14 janvier 1795, le curé de cette ville lui écrivit à son tour, l'assurant avoir accepté « avec grand plaisir cette légère charge » et l'avertissant qu'en cas de danger, il enverrait tout le chargement sur Brème, où déjà un asile était préparé, par les soins d'Akkerma.

Le 29 janvier, on procéda à une nouvelle expédition : tous les cours d'eau étant gelés ('), force fut de choisir la voie de terre; les colis furent placés sur quatre chariots et, par Nieuv/e Schanze,^ Noordmer-Veer, Oldenburg Delmenhorst, ils parvinrent à Brème, le 6 février, et furent remisés chez le marchand Gaspard Brust. Les frais de transport s'élevèrent à 403 florins.

Sur ces entrefaites, Van de Velde lui-même se rendit à Brème. Il y inspecta les caisses et constata que, le couvercle de l'une d'elles s'étant détaché, un certain nombre de papiers s'en étaient échappés. Il prit l'avis de plusieurs de ses collègues, membres de l'université, présents à Brème, et, avec leur assentiment, fit transporter les caisses par chariots, d'abord à Hambourg, puis à Altona en Danemark, où elles parvinrent vers le 10 avril 1795.

Cette localité parut être assez éloignée de la marche conquérante des armées françaises, pour qu'on put y laisser tranquillement les précieux documents. Van de Velde confia le soin de veiller sur eux au receveur du grand collège, nommé Van den Bosch, qui avait résidé à Hambourg et qui se rendit, à cet effet, à Altona. C'est lui qui arrêta les frais de garde avec le dépositaire, un commer-

en committeeren mits deezen, den wel eervvaerde Heer Mynlieer Bernardus Varf Kruysen, art.spriester en pastor te Groningsn, van uyt hunnen naem en op 's Universiteyts kosten te zorgen ter bewaernisse der twee-en-twintig kisten, zynde allen gevlugte goederen uyt Brabant, gemerkt als voigt, te weten seven kisten VD ; thien kisten A. U. L; vier kisten F. A. L., een kiste N. C. S. T., allen gezonden den 6'" 8''"' 1794 per beurtman Tylders Sygers, uyt Rotterdam na Gronin;;en, aen 't comptoir van myne-heeren Akkerma en Poppe aldaer; en verders, des noot zynde, de zelve twee-en-twintig kisten te doen of laeten vervoeren, en op veylige p'.aetse bezorgen ; onder guarand der ondergeschrevene. Gedaen te Rotterdam^ dan 5'" 8"''' 1794. J. F. Van de Velde, S. T. D. en archivist, J. Van Damme, V. F. A. syndicus ».

(1) La relation latine de Van de Velde dit : Canalibiis et flnminibiis omnibus intentissimo frigore constrictis.

çant du nom de Van der Siiiissen. Ce prix était d'un demi-mark, par caisse et par mois (').

Van de t^elde, qui était souffrant à cette époque, fut forcé de renoncer à son premier projet d'aller à Hambourg et à Altona. Il écrivit de Brème, le 23 juin, au recteur de l'université, pour l'informer de l'initiative qu'il avait prise et demander des instructions.

L'affaire fut examinée au conseil du 2 juillet, et il fut décidé de la confier toute entière à la prudence de celui qui y avait déjà dépensé tant de dévouement r). C'est ce que le recteur lui communiqua dans une lettre latine datée du 8 juillet 1795.

Nous croyons intéressant de publier ce document, dont la rédaction montre également de quelles précautions les correspondants s'entouraient, pour tenir secret le sujet dont ils traitaient. « Eximie Frater, Plurimum te valere jubet cptima Mater nostra, quae et ipso, pro rerum circumstantiis, debili quidem non tamen nulla fruiiur valetudine. De negotiis quae tibi incumbunt, jiibei te, tamqaani de tais, suo ncmine curare, seu per te, S3U per alium, cui demandaveris; autumatque média modosque quibus utfieriexpedit, nnilto satius per te, quam per absentes dijudicari posse ; unde prudentiae tuae omni fiducia innititar. Commendat tamen ut, quam fieri poterit, fiât mediis minime sumptusios. 8 julii 1795. — Ad officia T. T. — P. T. R. Nonne Pater » {^').

Nanti de ce mandat. Van de Velde délégua ses pouvoirs au receveur du grand collège. Van den Bosch, qui résidait toujours à Hambourg, et à qui il donna des instructions détaillées pour le transport éventuel des archives à un autre endroit. Envisageant la possibilité d'un retour à Louvain, il recommanda de les diriger directement par la mer, de Hambourg sur Rotterdam ou sur Ostende.

Il se disposa ensuite à retourner à Louvain. Parti à Brème le 27 juillet, il passa par Groningue pour y remercier le curé Van Kruysen, par Rotterdam où il salua et remercia son bailleur de

(1) Lettres de Van den Bosch à Van de Velde. 23 juin et 17 juillet 1795.

(2) Congregatio iiniversitatis hac 2" julii 1795, sub juramento. Dans la relation latine citée.

(3) Cette signature énigmatique est expliquée par Van de Velde : « pro tempore rector Antonius Van Qiis, sanctimonialium quas albas Dominas vocant, Lovanii director in spiritualibus ». C'est donc par erreur que Verhaegen (o. c, p. 424) dit que Van Bilioen fut recteur de février 1795 à février 1797. La biographie de Van Gils a été écrite par H. J. Allard. Antonius Van Gils en de kerkeli.ke gebeurtenissen van zijn tijd. Bois-le-Duc, 1875.

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fonds, le négociant Ellinckhuysen, et eut le bonheur de rentrer dans son cher collège le 24 août. De son côté, Van den Bosch estima que le transport par mer n'était pas sans danger, à cause des corsaires anglais, que le transport par terre était impraticable, à cause des grands frais qu'il entraînerait ; en conséquence, il se résolut à laisser les caisses à Altona ('),

Le 30 août. Van de Velde rendit compte de sa mission devant le conseil des députés des diverses facultés (•)• Ce conseil décida que les archives devaient rester in statu quo, jusqu'à ce que tout danger fût écarté et Van de Velde communiqua aussitôt cette décision aux dépositaires.

Il restait encore à rembourser à P. Ellinckhuysen, de Rotterdam, les fonds qu'il avait avancés sans en exiger d'intérêt, pour couvrir les frais de transport. Van de Velde lui écrivit, le 30 août, pour le remercier au nom de l'université et lui demander de consentir à un délai de paiement, étant donnée la situation difficile dans laquelle se trouvaient les finances universitaires (■').

La créance d'Ellinckhuysen montait à 803 florins de Hollande. Le recteur Van Billoen autorisa, le 1^' octobre, à prendre de la « cista contributionis » 400 florins de Hollande (ou 448 florins de Bra'jant), devant servir à un premier paiement. Pour le restant de la dette, Ellinckhuysen consentit généreusement à un nouveau délai de cinq mois. Van de Velde, établissant le compte des dépenses dans un rapport adressé au conseil des députés, le 27 février 1796, rendit cet hommage à l'obligeant négociant rotterdamois : « Sumptus omnes tulit P. Elliinckhuysen, nulla petita compensatione tanti laboris, aut pecuniae sine foenore amplius anno expositae. Cum ille vero unus sit e praecipuis vin! cujuscumque speciei mercatoribus urbis rotterodamensis,desiderat ut universitas, si aliquando ex Hollandia vina sibi seu suae caveae comparare intendat, ejus non sit immemor ».

A cette époque, le sort de l'université, quoique tiès compromis, ne semblait pas encore tout à fait désespéré. Parfois, au milieu de vexations de toutes sortes, une mesure bienveillante ou équitable

(!) Lettre de Van den Bosch à Bax, économe du grand collège; 5 août 1795.

(2) Ce conseil, présidé par le recteur, se cjmposait des doyens des cinq facultés, ainsi que du dictator et de Vadvocatus fiscalis. Cfr de Robiano, De jure Ecilesiae in universi'ates studioruin, p. 98. Louvain, 1864.

(3) Les Français avaient frappé l'université d'une imposition d'un million de livres. Plusieurs biens furent vendus, mais le 30 octobre 1795, on n'était encore parvenu qu'à réunir une somme de 665,928 livres. Cfr Namur, o. c, p. 142; A. Ve^haegen, 0. c, p. 420.

venait donner l'illusion d'une certaine sympathie des pouvoirs publics (')• C'est sans doute grâce à ces faibles lueurs d'espoir, que naquit le désir de faire revenir les archives à Louvain. Le 15 octobre 1795, de l'avis du conseil des députés, Van de Velde écrivit dans ce sens à Altona, s'informant de la meilleure route à suivre et des frais de retour. Il reçut, le 7 février suivant, une réponse du dépositaire Van der Smissen, déconseillant la voie de mer à cause des risques qu'elle offrait et engageant à choisir le transport par chariots et la route passant par Hanovre et Wesel. Mais quelques jours avant l'arrivée de cette réponse, s'était produit un fait qui réveilla toutes les défiances des membres de l'université. Le 2 février 1796, Van de Velde fut invité à comparaître devant la minicipalité de Louvain, pour déclarer ce qu'étaient devenues les archives, restées introuvables pour les commissaires du gouvernement. Il reconnut qu'elles avaient été transportées en Hollande et en Danemark, à la suite d'une résolution de l'université, et il ajouta qu'il croyait qu'elles s'y trouvaient encore à ce moment. Après cet incident, il fut jugé prudent de renoncer à tout projet de retour. D'ailleurs, la situation générale empira bientôt sensiblement. Le 25 octobre 1797, un arrêté de l'administration centrale du département de la Dyle supprimait purement et simplement l'université (-) et, le 22 novembre suivant, un arrêté du directoire condamnait Van de Velde à la déportation à Cayenne. Il parvint heureusement à échapper à ses persécuteurs, passa d'abord en Hollande, où il s'occupa de l'érection du séminaire de Bois-le-Duc et, le 31 janvier 1798, s'enfuit en Allemagne, où il devait rester plus de quatre ans.

Aucune instruction spéciale ne lui avait été donnée, en ce qui concernait les o'ojets provenant de l'université, sauf cependant pour ceux du grand collège. En avril 1797, les membres de la stricte faculté de théologie, en qualité de proviseurs de ce collège, Iji avaient conféré pleins pouvoirs pour décider du sort de ces objets : calices, ornements et livres d'église, registres, sauf à devoir en rendre compte à la faculté, si celle-ci était jamais rétablie. Ces biens, déposés d'abord chez Van der Smissen, à Altona, pas-

(1) C'est ainsi que, le 29 germinal an IV (18 avril 1796), sur un mémoire rédigé par Van de Velde, l'administration centrale du département de la Dyle autorisa la faculté de théologie à demeurer en jouissance des dîmes de Bierbeek. Cfr A. Verhaegen, o. c, p. 426.

(2) Cet arrêté a été publié dans l'Annuaire de l'université calholique de Lcuvain, a. 1840, p. 212 et sv.

512 F. CLAEYS BOÙÛAERT.

sèrent, en octobre 1797, dans la maison d'uu prêtre beige, nommé Van Beveren et émigré dans la même ville, à qui Van de Velde délégua ses pouvoirs par une commission signée le 18 novembre 1797, Van Beveren fit fondre et vendre une partie de l'argenterie et expédier, à Bois-le-Duc, quelques papiers intéressants. Dans la suite. Van de Velde chargea du soin de ces objets un autre fondé de pouvoirs, dont il fit le connaissance à Dresde en 1880. C'était un jeune anversois, Pierre Janssen, ancien étudiant de Louvain, où il avait conquis le titre de maître-ès-arts. Pierre Janssen reçut, le 5 mai 1800, la commission de vendre les objets appartenant au ^rand collège. Leur valeur était évaluée à 1500 florins, dont 300 environ étaient prélevés pour frais de magasinage et de transport. 1000 devaient faire retour au président et le surplus était acquis à Janssen, en rémunération de ses peines.

En février 1801, Van de Velde fut atteint à Dresde d'une maladie qui faillit avoir une issue fatale. Ce lui fut un avertissement de tâcher de confier les archives de l'université à un dépositaire qui lui offrit plus de garantie que les commerçants d'Altona. 11 écrivit, le 17 mars 1801, à son ami Ellinckhuysen, de Rotterdam, en qui il avait toute confiance, pour lui demander de bien vouloir accepter le précieux dépôt. Ellinckhuysen se déclara prêt à rendre ce service, mais conseilla d'attendre encore quelque temps, à cause des menaces de guerre et de l'insécurité des routes. Sur ces entrefaites, se produisit une intervention inattendue : une dame de Louvain, sœur de Lambert Ghenne, en son vivant administrateur de la cave de l'université, réclama comme héritière de son frère défunt des pièces d'argenterie et des titres de propriété, qu'elle prétendait avoir été joints aux papiers de l'université (lettre du 12 avril 1801). Cette demande surprit fort Van de Velde, qui profita de l'occasion pour solliciter les conseils et, au besoin, les directions .de ses anciens collègues, demeurés à Louvain ou en Hollande. Il s'adressa à Thomas Ghenne, ancien membre de la faculté de théologie, qu'il appelle le « senior » de l'université ('). Celui-ci répondit (9 octobre 1801) que lui et les collègues qu'il avait consultés (-') estimaient

(1) Lettres des 19 mai et 11 août 1801. Voici comment Van de Velde, dans une de ses relations, expose quels furent ses mobiles : « Eerst om zijne en bezonder de schaede le voorkomen van het handelshuys van Altona...; ten tweede, om de schande van d'universiteit, zijne oude moeder afte weiren; wiens archiven en .".cten in gevaer liepen van met'er tijd voor de onkosten verkogt te worden en in iedereers handen te komen '.

(2) Voici leurs noms, d'après Van de Velde : M. Van Gobbelschroy, j. U. D.; P. E. Van Billoen, J. U. D.; J.-B. Samen, S. T. L.; Em. Lenti, J. U. D.

n'avoir point de pouvoirs pour donner une décision : Volunfas quidem bona est, at deest potestas. Il engageait Van de Velde à continuer à agir pour le mieux, en negotiorum gesior . Une demande de direction adressée à un groupe d'anciens professeurs, résidant aux environs de Venloo, ne fut pas suivie d'une réponse plus précise. Ceux-ci se défendirent aussi d'avoir aucun titre à donner un ordre; ils déclarèrent qu'à leur avis, il était permis de vendre certains objets précieux, sceptres et bocaux d'argent, et conseillèrent de mettre à part les « affaires de notre petite société » ('). Nous pensons que ces paroles font allusion aux archives de la faculté de théologie, que nous voyons en effet traiter autrement que celles de l'université et des autres facultés. Dès 1801, elles furent envoyées seules à Rotterdam et, en novembre 1802, dirigées sur Bois-le-Duc, après quoi les documents que nous possédons ne disent plus clairement ce qu'elles sont devenues dans leur ensi^mble.

Van de Velde se trouvait donc obligé de prendre sur lui toute la responsabilité de la décision. Il revint à son projet de renvoyer les archives à Rotterdam et confia l'exécution de cet envoi à Pierre Janssen, qui reçut des instructions détaillées, écrites à Dresde le 13 juin 1802. Il devait notamment rechercher et séparer les objets et les papiers appartenant à des particuliers, ainsi que certaines pièces spécialement précieuses appartenant à l'université (-). De son côté. Van de Velde s'empressa à cette époque de profiter de l'amnistie qui venait d'être accordée aux victimes de la persécution religieuse; il revint en Belgique, fit sa déclaration de soumission à Bruxelles, le 26 août 1802, visita les membres de sa famille et, le 10 septembre, repartit pour Rotterdam où l'appelaient les intérêts de ses chères archives. Celles-ci se trouvaient au grand complet chez Ellinckhuysen. Malgré des menaces d'apoplexie qui se firent sentir en octobre, le patient archiviste consacra, pendant trois mois, cinq heures par jour au classement, à la répartition et aux mesures conservatoires des documents. Ses débours personnels s'élevaient à cette date à plus de 400 florins, somme qui ne lui fut jamais rendue et qu'il déclare avoir dépensée volontiers « par amour pour sa vieille Aima Mater ».

(1) «De zaeken van ons kleyn genoolschap >. Lettre de \an den Bosch, % mai 1802. Parmi les amis de Venloo, il y avait A. Van Gils et G. Moser, anciens professeurs de théologie. .

(2) Devaient être séparés : les registres contenant \q?, Ada de l'université et de la faculté des arts; les livres d'immatriculation et de nomination; les pièces originales : fondation, privilèges, visites, etc.

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C'est de Rotterdam qu'il envoya, vers la fin de 1802, au séminaire de Halder, dépendant du vicariat apostolique de Bois-le- Duc, certains documents qui lui tenaient spécialement à cœur : ceux de la faculté de théologie et les pièces originales les plus importantes, qui offraient un intérêt général pour l'université.

A peine cette mesure était-elle prise, que survint une nouvelle inattendue : Van Leempoel, ancien professeur de Louvain, chargé par le gouvernement de la régie des biens de l'université supprimée, exigeait la restitution des pièces d'archives, pour procéder à la revendication de certaines rentes et propriétés. Van de Velde dressa une liste de ces pièces, contenues surtout parmi les documents de la faculté de théologie, et pria G. Moser, professeur au séminaire de Halder, de les extraire des archives de cette faculté et de les expédier à Van Leempoel. Il en envoya lui-même quelques-unes directement de Rotterdam et Van Leempoel ne jugea pas nécessaire de pousser plus loin la restitution des archives. La quittance qu'il signa est datée du 20 mai 1803. Le 4 août suivant. Van de Velde exposa, dans un rapport à Van Leempoel, les travaux et les. dépenses qu'il s'était imposés pour arracher les archives à un a'jandon complet. Ce rapport ne fut suivi d'aucune sanction pratique.

Jusqu'en 1807, les choses restèrent en l'état. Au mois de septembre de cette année. Van de Velde s'adressa de rechef aux membres survivants de l'université pour demander leurs lumières, en vue d'une solution définitive. Il proposait de remettre toutes les archives au séminaire de Halder lez-Bois-le-Duc, où elles repcseraient plus en sûreté que chez un particulier quelconque (')• Cette proposition fut exécutée et, en décembre 1809, toutes les. caisses furent envoyées de Rotterdam à Bois-le-Duc et à Halderen. L'envoi de ces nombreux colis donna-t-il l'éveil? Nous l'ignorons,, mais toujours est-il que peu après (janvier 1811), l'administration des domaines, sur l'ordre du conseil d'État de Paris, réclama toutes les archives de l'université. En février 1811, le séminaire de Halder fut obligé de les livrer et plusieurs caisses furent envoyées à Bruxelles. Seules les pièces notées comme originalia et une partie des archives de théologie échappèrent à cette main-

Ci) « Men zojde Zijn Hoo^waerde... benevens de zeer eerw. Heeren provisores van dit seminarie ootmoedelijk behooren le verzoeken, om deesen dierbaren pand, welke ter eere onzer universiteit en voor geheugnisse der geschiedenissen onzes Nederlands dient bewaert te worden, gelieven eene plsets te bezorgen in geT.eld seminarie ». Propositions envoyées à Louvain, en se. (embre 1807.

mise. Les premières restèrent, semble-t-il, dans le séminaire du diocèse de Bois-le-Duc, aujourd'hui établi à Haaren ('); les secondes furent transférées à Beveren, chez Van de Velde qui les légua au grand séminaire de Gand, à qui elles furent remises par ses héritiers avec d'autres précieux documents (-). Quant aux pièces envoyées à Bruxelles en 1811, nous n'avons pas de renseignement précis sur leur sort ultérieur, il en fut question lors d'une visite faite, en 1817, à Bois-le-Duc par le ministre hollandais des sciences et des arts, jonkheer Repelaar van Driel. Celui-ci s'étant informé des archives de l'ancienne université de Louvain, G. Moser lui fit un rapport où nous lisons : «Comme tous les biens de l'université de Louvain, non aliénés, avoient déjà été adjugés avant cette époque (1811) au Prytanée français, il est bien probable que ces archives aient été transportées de Bruxelles à Paris ou ailleurs» (•^).

F. Claeys Boûûaert,

Professeur au grand séminaire de Gand.

(1) C'est ainsi qu'en 1909, sur la proposition du président du grand séminaire de Haaren, Mgr l'évêque de Bois-le-Duc put faire don à l'université de Louvain d.^ l'original de la bulle d'érection, donnée en 1425. Cfr H. De Jongh, L'ancienne faculté de théologie de Louvain au premier siècle de son existence, p. 10, n. 1. Louvain, 1911.

(2) De Decker, o. c, p. 110. D'autres documents furent dispersés : une partie repose à l'évêché de Gand; d'autres furent vendus, de RMA{Synodicon belgicum, t. IV, p. x) affirme en avoir acheté plusieurs.

(3) Rapport écrit en août 1817.

Un projet de Banque «Belgique»

en 1793.

Nous avons eu l'occasion jadis (') de rendre compte de divers essais tentés, pendant les dernières années de la domination autrichienne dans les Pays-Bas, en ce qui concerne l'organisation d'une banque d'émission destinée à fonctionner dans nos provinces. Un document (-') dont nous avons connu tout récemment l'existence, grâce encore à M. Brants, montre combien le problème d'une bonne circulation fiduciaire préoccupait à ce moment les spécialistes dans nos provinces. Le mémoire est sans signature. Il remonte à n'en pas douter, aux derniers jours de la puissance autrichienne en Belgique (1793).

L'auteur expose d'abord la situation faite à nos provinces par la clôture de l'Escaut ("). Les négociants opulents dont les Pays-Bas étaient remplis, se virent forcés de renoncer aux grandes spéculations de commerce. Leurs capitaux demeurant inutilisés, ils prirent la résolution de se livrer à la plus stricte économie : « Celui qui s'était fait, dit l'auteur, par le placement de son capital devenu inactif, entre ses mains, trente mille florins de revenu par an, n'en dépensa que huit ou dix pour pouvoir placer annuellement les vingt mille restant, et s'en faire de nouveaux capitaux sur l'Angleterre, sur la France, sur la Hollande, sur la Russie, sur le Danemark, sur la Suède et sur plusieurs autres puissances », « L'on sera peut-être très étonné, ajoute-t-il, que toutes ces puissances réunies, y compris la Banque de Vienne (^), doivent aux seuls

(1) Tentatives d'organisation de la circulai ion fiduciaire dans les Pays-Bas autrichiens, dans les Mélanges Godefroid Kurth, t. 1, p. 385 sv. Liège, 1908.

(2) Ms. 12555, Bibliothèque royale de Belgique.

(3) Le droit de clôture avait été reconnu aux Provinces-Unies par le traité de Westphalie (1648).

(4) La banque de Vienne fondée en 1703 avait pour but de recevoir les dépôts de numéraire et de faire des opérations de virement comme les banques similaires de Hambourg, Venise et Amsterdam. En réalité, elle ne fut qu'une caisse

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