UN PROJET DE BANQUE « BELGIQUE » EN
capitalistes belges, plus de 703 millions de florins, et cependant tout homme impartial saisira cette vérité, lorsqu'il voudra faire attention qu'il y a environ 150 années que les capitalistes belges, très opulents d'abord, n'ont exercé d'autre profession que celle d'économiser et de placer les 2 3 de leur revenu, qui avait commencé par être immense ». Il fait ensuite cette constatation intéressante, que les autres pays se sont emparés de l'industrie manufacturière des Flamands, mais qu'ils continuent à emprunter aux Flamands les fonds nécessaires pour alimenter celle-ci. Ceci explique l'intervention de l'Angleterre et de la Hollande dans tous les traités relatifs à la Belgique : elles veulent ne maintenir à la maison d'Autriche que le domaine politique de nos provinces et s'en réserver le domaine utile. « Elles n'ont laissé aux Flamands que la liberté d'économiser, même avec la condition tacite qu'ils leur porteraient tous les ans, pour soutenir leurs fonds publics, une partie du résultat de leurs vastes économies ». « Il est temps », conclut-il, « de rendre au peuple belge, le moyen de développer librement toute son ancienne industrie... et de redevenir ce qu'il était anciennement, le centre et l'entrepôt du commerce du monde » ,
On peut ne point s'appesantir sur les motifs de cette espèce d'apathie du gouvernement en présence de cette situation, « mais on ne peut, ajoute notre auteur, se dispenser de remarquer que ses effets ont été bien funestes à la cour de Vienne puisqu'il est vrai qu'il a passé des Pays-Bas aux pays étrangers plus de 500 millions de florins et qu'il en sort encore tous les ans quinze ou seize millions pour les mêmes destinations, tandis qu'ils pourraient être infiniment utiles à S. M. Impériale ». Pour remédier à cet état de choses, il faut, au point de vue politique, « que la maison d'Autriche se réserve l'alliance de la Russie et allie très promptement celle-ci avec la France » ; il importe ensuite « de poser immédiatement les fondements d'une banque en Belgique, qu'il faudrait déguiser avec le plus grand soin sous le nom modeste d'emprunt royal garanti par les États-Belgiques, jusqu'au moment ou elle aurait acquis assez de consistance pour ne plus craindre d'être renversée facilement soit par les banquiers même du pays, soit par la foule des agioteurs ». Mais le moment est-il bien choisi pour lancer semblable affaire?
« Les fonds publics des diverses puissances de l'Europe, répond
d'amortissement de la dette publique. N'ayant pu réussir même dans cette tâche, elle fut cédée à la ville de Vienne. Cependant en 1768, elle redevint un office impérial d'émission.
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l'auteur, sont exposés et le seront encore longtemps à éprouver les variations les plus alarmantes. Toutes les banques, excepté celle de Vienne, tous les effets des grandes compagnies commerçantes éprouvent les mêmes variations. La Convention nationale de France a décrété en dernier lieu que tout individu qui voudrait échanger du numéraire contre des assignats, à moins que ce ne fut au pair, serait condamné à plusieurs années de fers ('). Ce qui doit nécessairement faire écouler de France dans les Pays-Bas, surtout si on peut les placer avec siàreté, une grande partie des espèces que les gens riches de Paris y ont soigneusement tenues cachées; finalement les émigrés ont dépensé des sommes très considérables dans les Pays-Bas ; les habitants de ces mêmes pays n'ont point payé, à beaucoup près, toutes les impositions publiques depuis plusieurs années à S. M. L'armée française a dépensé chez eux plus de soixante millions de livres en écus sonnants, depuis le mois de novembre dernier (-'), de sorte qu'ils regorgent actuellement de capitaux dont ils sont d'autant plus embarassés qu'ils n'osent les placer en ce moment ni sur aucune puissance étrangère, ni sur les banques d'Angleterre et de Hollande, ni même sur celle de Vienne qu'ils trouvent déjà excessivement chargées » ( '). Venons en maintenant à l'organisation pratique : La banque
(1) Mai 1793.
(2) Il s'agit évideminent de la première occupation française entre Jemappes et Neerwinden (6 novembre 1792 et 18 mars 1793).
(3) Ce passage relatif aux conséquences financières pour la Belgique, de la plus terrible période que la France ait jusqu'ici traversée, n'est point sans nous étonner. Tout le monde est d'accord pour constater qu'entre Jemappes et Neerwinden, et Dumouriez le regrette lui-même, les armées françaises vécurent en Belgique du produit du pillage. Comment e.xpliquer alors que notre auteur dise que les habitants des Pays-Bas regorgent de capitaux laissés chez eux par les troupes d'occupation? Bien que la chose paraisse étrange, nous croyons la conciliation possible. De l'avis du ministre des finances de la Convention, il fallait avant tout confisquer « les biens meubles et immeubles appartenant au fisc, aux princes, à leurs fauteurs, adhérents participes (sic) à leurs satellites volontaires, aux communautés laïques et régulières (ecclésiastiques), à tous les complices de la tyrannie »... (J. Demarteau, Le lendemain de Jemappes. Publicola Chaussard, commissaire national en Belgique, p. 61. Liège, 1909). On ne dépouillait donc que certaines catégories de personnes, d'autres étaient payées pour leur fournitures et même en numéraire. En effet, les assignats, malgré les injonctions du commissaire national, n'étaient acceptés en Belgique qu'avec 59 "o environ di perte et les Français les réservaient pour leurs gratifications. (Demarteau, o. c, p. 57 sv.). il n'est donc point invraisemblable que tout au moins ceux qui ne parurent point suspects à l'administration révolutionnaire, aient retiré du bénéfice du passage des troupes françaises.