VITRUVE ET LA MAISON GRECQUE
les résultats au public ('). C'est toute une ville hellénistique que les archéologues allemands ont fait sortir de terre; ils en ont retrouvé les sanctuaires, les édifices publics, le marché avec ses boutiques ; ils ont déblayé des quartiers entiers de la ville ancienne qui s'étageait, en plusieurs terrasses, sur les flancs de la montagne, La plupart des habitations mises au jour sont attribuées au ni*^ et au n"^ siècle avant J.-C. Au point de vue qui nous occupe, elles n'ont pas toutes la même importance ; les unes sont de simples échoppes de marchands; d'autres sont des logis de petites gens; quelques-unes seulement sont de dimensions assez grandes et paraissent avoir servi de résidence aux notables de la ville; nous ne tiendrons naturellement compte que de ces dernières. Elles ne présentent pas toutes un plan absolument identique : celui-ci a pu varier d'après la configuration du terrain et d'après le caprice du propriétaire ou de l'architecte ; cependant elles offrent, dans l'ensemble, des dispositions analogues qui permettent de les rapporter à un type unique. — De la rue on pénètre dans la maison par un couloir qui correspond au OuptocsiTov de Vitruve; le long du couloir, mais généralement d'un seul côté {-), sont disposées de petites pièces qui peuvent avoir constitué l'habitation du portier. Après avoir traversé le couloir, on entre dans la cour; contrairement à la description de Vitruve, elle n'est pas ornée d'un péristyle, mais en face de la porte d'entrée, on trouve un ensemble de pièces qui correspondent assez bien à la prostas et aux œci mentionnés par l'architecte romain {'') ; des autres côtés, tout autour de la cour, se groupent différentes chambres dont il est difficile de déterminer la destination {*). En réalité, dans ses grandes lignes, le plan des grandes maisons de Priène présente assez bien de ressemblance avec celui du gynaekonitis de la maison décrite par Vitruve.
C'est dans l'île de Délos qu'ont été découverts les spécimens les mieux conservés de l'habitation hellénistique. Dès 1883, M. Paris avait fouillé la maison dite des Dauphins ("). En 1894, M. Couve
(1) WiEGAND et ScHRADER, Priém. Berlin, 1904.
(2) D'après Vitruve, ces pièces accessoires sont disposées des deux côtés du couloir.
(3) Selon Vitruve, la façade de la. p rosi as est à antes : à Priène, elle est très souvent ornée de colonnes; la prescription de l'architecte romain, d'après laquelle la profondeur de la prostas doit être environ les 2 3 de sa largeur, est assez généralement respectée. Cfr Priène, p. 290.
(4) Les rares fragments d'objets mobiliers recueillis au cours des fouilles ne suffisent pas à assigner une destination aux chambres où ils ont été découverts.
(5) Cfr Fouilles à Délos, dans le Bulletin de corr. hell., 1884, t. VIII, p. 473 et pi. XXI.
déblaya plusieurs maisons, situées en divers endroits de l'île, qui paraissaient se distinguer par la richesse de la décoration ('). A partir de 1901, grâce surtout aux généreux subsides du duc de Loubat, les travaux furent repris avec une nouvelle activité, et des insulae entières ont été mises au jour (-). Comme à Priène, les maisons simples et modestes voisinent avec les habitations des riches propriétaires. Le plan de celles-ci — le seul qui nous intéresse — est presque toujours le même. Un couloir, le Bupojpeïov, donne accès à une vaste cour; le long du couloir sont disposées, comme à Priène, de petites chambres de service ; à l'extrémité se trouve une porte donnant sur la cour (^). Celle-ci est ornée, sur les quatre côtés, d'un péristyle, généralement de forme carrée (^); en aucun endroit, on n'a trouvé de traces de prostas, comme à Priène. Tout autour du péristyle se répartissent différentes chambres de dimensions inégales; dans plusieurs maisons on a constaté l'existence d'un escalier conduisant à l'étage. D'après les indications qui ont été recueillies au cours des fouilles, principalement à la suite de la découverte d'inscriptions et de monnaies, on a pu dater la plupart des maisons du ii*^ siècle avant notre ère.
Les fouilles de Théra, dues à l'initiative intelligente et généreuse du baron Hiller von Gârtringen, ont considérablement enrichi le domaine de l'archéologie ; on y a retrouvé des monuments de toutes les époques, depuis la période préhistorique jusqu'à la période romaine (■). Sans avoir l'importance de Priène et de Délos au point de vue des fouilles d'habitations privées, Théra apporte cependant une contribution intéressante à la connaissance de la maison grecque à l'époque hellénistique. La maison, située près du sanctuaire des dieux étrangers, est une maison de type délien,
(1) Les maisons fouillées par M. Couve sont : la maison du lac sacré, la maison de la colline, la maison du trident, la maison de l'Inopos et la maison du Diadumène. Cfr Fouilles à Délos, dans le Bulletin de corr. hell., 1895, t. XIX, p. 485-511 et pi. Ill-V.
(2) Les maisons les plus importantes, déblayées depuis la reprise des fouilles, sont : la maison de Kerdon, la maison de Dionysos et la maison de Cléopâtre. Cfr Fouilles à Délos, dans le Bulletin de corr. hell., 1905, t. XXIX, p. 40 et pi. XI- XII ; 1906, t. XXXI, p. 486 et pi. XI-XIl.
(3) La maison de Dionysos fait exception. Cfr Fouilles à Délos, dans le Bulletin de corr. hell., 1906, t. XXXI, p. 499.
(4) Dans la maison de Dionysos, le péristyle est plus long que large. Cfr d.. p. 502.
(5) Les résultats de cette importante exploration sont consignés dans : Hiller VON GâRTRiNGEN, Thcru, Untersuchungen, Vermessungen und Ausgrabungen in denjahren 1895-1902, 3 vol. Berlin, 1899-1904.