‹ Mélanges d'histoire offerts à Charles MoellerChapitre 19 sur 149 · III. ViTA Persii · texte numérisé non relu

III. ViTA Persii

En tête du texte, sous le titre de Vifa Persii poetae, se trouve une vie du poète, dont le texte est en parenté étroite avec celle qui est attribuée à Remigius d'Auxerre ('), et que Marchesi a publiée depuis peu dans la Rivista di filologia dassica, 1912, p. 3. Celle du Laurentianus (La) s'en rapproche aussi beaucoup (■•'). La seule différence un peu marquante sont les lignes imprimées en italiques.

Aules Persius Flaccus. Aules ab aulida civitate, Persius proprium. Flaccus praenomen. In Etruria natus est civitate Vulterris et fuit nobilissimi generis. Pater eius eum moriens pupillum reliquit fere annorum VI. Mater autem Fuliva Sisenna nupsit postea Fulcio equiti romano. Iste ergo Persius usque ad annum XII Vulterris studuit. Inde ductus Romae apud grammaticum Rennium Palemonem et apud Bassum philosophum, tum denique apud Cornutum poetam qui eo tempore satiricus erat studuit. Hic igitur mox ut a scola divertit, lecto Lucilii libro X satyras componere studuit. Cuius libri principium imitatus est quia et iste carmina fecit quae vulgus lecturus non sit. Hoc fecit Lucilius. sibi primo deditetavit{'} postea omnibus, sibi primo mox omnibus detrectaturus, cum tanta novorum et recentium poetarum insectatione et reprehensione ut etiam Neronem illius temporis principem inculpaverit. C(u)ius versus in eum sunt isti : Auriculas asini Midas habet. Sed a Cornuto emendatum est ita. « Auriculas quis non habet. » ne hoc Nero de se dictum arbitraretur. Persius iste a vitio /. morbo stomachi anno aetatis suae XXX hominem exivit.

E. Remy, professeur à l'Université de Louvain.

(1) Sur cet érudit de l'époque carolingienne, cfr Marchesi, dans Riv. di fil. class., 1911, t. XXXIX, p. 572.

(2) Ramorino, dans Siiidi iialiani defilol. class., 12, p. 230 et Consoli, Ed. 2, p. 144.

(3) Peut-être deliberavii qui se lit en marge du Laurentianus (La), (Cfr Consoli, Éd. 2, p. 145) ou plus probablement detrectavit ; car ce groupe de mots paraît être une répétition des mots qui suivent, sibi primo mox omnibus detrectaturus, légèrement changés.

LES TUNGRI

dans l'armée romaine.

La valeur militaire des Germains était très appréciée par les Romains. Sénèque, le philosophe, s'écrie : « Germants quid est animosius? Quid ad incursum acrius? Quid armorum cupidius? Quitus innascuntur innutriunturque, quorum unica illis cura est in alia neglegentibus » (^) et l'historien Tacite les appelle : « Germani laeta bello gens » ("), « viri ad arma nati » ( ') et « genus militum apud hostes atrocissimum » (^). Le témoignage de ces textes littéraires est, d'ailleurs, corroboré par les documents épigraphiques. il résulte, en effet, de la lecture de ceux-ci que les empereurs, reconnaissant à leur tour les qualités militaires des peuplades germaniques soumises à leur domination, ont enrôlé des soldats germains dans les légions, les cohortes prétoriennes, les troupes auxiliaires, voire même dans leur garde du corps (•")•

Quatre tribus germaniques ont fourni à l'armée romaine impériale un nombre de soldats particulièrement considérable. Ce sont, dans l'ordre d'importance, les Ubii Agrippinenses, \esBatavi, les Tungri et les Cuberni-Traianenses ('). On peut donc croire

(1) Dial., III, 11,3; cfr. ep. mor., IV, 7, 7.

(2) Hist., IV, 16.

(3) Hist., IV, 64; cfr Germ., 13, 14.

(4) Hist., Il, 32.

(5) Jusqu'à la bataille d'Actium Auguste avait une garde du corps composée de Calagurritani, une peuplade espagnole; ensuite il s'était entouré d'une manus Germanoriim, qu'il licencia après le désastre de Varus (Suétone, Oct., 49; Dion Cassius, 56, 23). On la rencontre de nouveau sous Tibère (Tacite, Ann., 1, 24 : robora Germanorum, qui turn custodes imperatori adcrant) ; de même sous Caligula (Suétone, Calig., 45 : Ger mania de custodia; ibid., 55 : Germant corporis custodes ; cU 58 ; Josèphe, Ant.Jud., 19, 1, 15) et sous Néron (Suétone, Nero, 34; Tacite, Ann., 13 ,18; 15, 58). Les inscriptions renseignent plusieurs Germains dans le corps des équités singulares, cavaliers attachés à la personne des empereurs.

(6) Cfr Bang, Die Germanen in roem. Dienste, p. 12. Berlin, 1906. L'emplacement de cette colonie de Trajan n'a pas encore été déterminé avec certitude.

LES TUNGRI DANS l'ARMÉE ROMAINE. 51

que les Tungri étaient renommés à l'époque impériale pour leur bravoure, leur force et leur fidélité, ils méritent donc qu'une étude spéciale leur soit consacrée en Belgique, dont ils habitaient jadis une partie importante du territoire (').

Trois sortes de sources ont été utilisées pour ce travail : les inscriptions, les auteurs latins et la Notifia Dignitatum. La bibliographie est indiquée en note (-).

Les Tungri sous le Haut-Empire.

§ L — Troupes romaines portant le nom de Tungrorum.

Elles sont au nombre de cinq : trois cohortes et deux ailes. D'après le témoignage de Tacite, il exista vers l'an 69 après J.-C.

(1) Les limites de la civitas Tungrorum sont difficiles à préciser. M. J. Paquay, Aperçu historique sur la ville de Tongres, dans le Bulletin de la soc. scientif. et litt. du Limbourg, 1911, t. XIX, p. 5 et suiv., identifie le territoire de la civitas romaine avec celui de l'ancien diocèse de Tongres. Dans les grandes lignes cette identification est sans doute exacte. Voici donc les limites de ce diocèse :

« Le diocèse s'étendait, du nord au sud, de Bois-le-Duc à Bouillon et on aura tracé ses confins en y comprenant Berg-op-Zoom, Bois-le-Duc, Venlo, Ruremonde. Wassenberg, Aix-la-Chapelle, Eupen, Stavelot, Saint-Vith, Bastogne, Bouillon, Chimay, Thuin, Nivelles, Louvain, Arendonck, Eeckeren. On peut préciser quelques points. A l'est, la limite passait entre Stavelot et Malmédy, entre Aix-la-Chapelle et Borcette ; à l'ouest, elle passait entre Thuin et Lobbes, entre Nivelles et Bornival, entre Louvain et Hérent, entre Arendonck et Turnhout. Au nord, le diocèse était limité par le cours de la Meuse. » Cfr C. G. Roland, Toponymie namuroise, p. 43-44. Namur, 1900.

(2) Liste des principaux ouvrages à consulter :

CicHORius, dans Pauly-Wissowa, Real-Encyclopaedie, s. v. ala et cohors;

CIL, XllI, p. 573 et suiv., s. v. Tungri, Atuatuca;

Bang, Die Germanen in roemischen Dienste bis zum Regierungsantritt Constant ins I. Berlin, 1906;

HuEBNER, Das roemische Heer in Britannien, dans Hermès, XVI, p. 513-584;

Le Roux, L'armée romaine de Bretagne. Paris, 1911 ;

Jung, Fasten der Provinz Dacien mi Beitraegen zur roemischen Verwaltungsgeschichte. Innsbruck, 1894 et d'autres.

Les ouvrages suivants ont vieilli :

ScHUERMANS, Soixante inscriptions romaines relatives aux anciens Tungres, dans le Bulletin de la soc. scientifique et littér. du Limbourg, 1870, t. XI, p. 5 et suiv. ; 1872, t. XII, p. 5 et suiv. ; 1878, t. XIV, p. 95 et suiv. ; cfr Bulletin des commissions royales d'art et d'archéol., 1868, t. VII, p. 101 et suiv.; 1890, t. XXIX, p. 230-284 ;

O. Staeckel, Die Germanen in roemischen Dienste (Program). Berlin, 1880;

Roulez, Du contingent fourni par les peuples de la Belgique aux armées de l'Empire romain. (Mém. de l'Acad. royale de Belgique, 1852, t. 27) ;

Harster, Die Nationen des Roemerreiches in den Heeren der Kaiser. Spire, 1873, etc.

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trois cohortes Tungrorum ('). Une de celle-ci fut supprimée par l'empereur Vespasien à la suite du soulèvement de Civilis, dont elle avait embrassé la cause ('"). Les deux autres continuèrent d'exister après cet empereur et on les retrouve depuis l'an 83 en Bretagne (■■^), où leur présence est attestée par de multiples inscriptions. Elles portaient alors respectivement les noms de cohors I Tungrorum miliaria et cohors II Tungrorum miliaria equitata civium lafinorum. Cette dernière est la seule cohorte romaine connue jusqu'ici qui ait ajouté à son nom la désignation de civium latinorum.

Grâce aux sources épigraphiques deux autres troupes auxiliaires romaines désignées par le nom de Tungrorum sont connues : Vala I Tungrorum, casernée dès la fin du l"-"^ siècle en Bretagne (^) et Vala I Tungrorum Frontiniana, campée dans les provinces danubiennes, successivement en Dalmatie, en Pannonie et en Dacie, depuis le premier siècle de notre ère jusqu'à la fin du troisième {■).

Tel est le premier point acquis. Il serait sans grande importance, à dire vrai, s'il n'avait existé à certaine époque une relation étroite entre le nom de Tungrorum et la composition des troupes qui le portaient. Dans quelle mesure? C'est ce que le paragraphe suivant apprendra.

§ II. — Troupes romaines recrutées dans le pays des tungri. A. — Les troupes auxiliaires.

Pour la clarté de ce qui va suivre, il faut exposer ici les grands principes qui ont présidé à l'époque impériale au recrutement des troupes auxiliaires. On admet communément aujourd'hui que les cohortes et les ailes, désignées au moyen d'un nom ethnique, ont été levées, lors de leur création, dans la peuplade dont elles portent le nom. Elles étaient commandées, du moins partiellement, par des officiers indigènes et campaient ordinairement, jusqu'aux empereurs de la maison flavienne, dans leur province d'origine, où elles continuaient d'ailleurs, autant que possible, de recruter annuellement les tirones nécessaires pour compléter les cadres.

Ce système fut changé, semble-t-il, par Vespasien à la suite du

(1) Hist., U, 14, 15; IV, 16.

(2) CicHORius, /. c. s. V. cohors.

(3) Tacite, Agricola, 36.

(4) CiCHORius, /. c. s. V. ala.

(5) CiCHORius, ibid.

LES TUNGRI DANS l' ARMÉE ROMAINE. 53

soulèvement de Civilis (a. 69), qui en démontra le premier les graves dangers. Cet empereur changea les troupes auxiliaires de garnison et les éloigna de leur pays d'origine; il ouvrit, en outre, leurs rangs à toutes les nationalités sans exclure, toutefois, le peuple qui avait fourni le premier contingent (')•

Donc, avant l'empereur Vespasien, le nom des troupes auxiliaires nous renseigne sur leur composition. Après cet empereur il faut recourir aux inscriptions pour la connaître.

Cohortes.

1" La cohors I Tungrorum miliaria s'est recrutée dans le pays des Tungri jusqu'en l'an 69 de notre ère. Son nom le prouve. Elle compta encore des Tungri dans ses rangs plus tard, à l'époque où elle avait son camp à Borcovicium, en Bretagne, c'est-à-dire après l'an 98. Hurmius Leubasni (filius) (-), un bénéficiaire du préfet, qui est cité dans une épitaphe de Borcovicium ( ),est,en effet, originaire de la civitas Tungrorum. Cela me paraît indubitable. Leubasnius est un nom d'origine germanique ("•). Dans les inscriptions de Bretagne, d'ailleurs, il n'est cité aucun autre individu portant ce nom de Leubasnius, ou un nom de même radical (^). D'autre part, je rencontre dans les inscriptions de Vager Tungrensis deux femmes, dont l'une s'appelle Leubasna (') et l'autre Lubainis (■), deux noms qui ont une parenté évidente avec celui du bénéficiaire de la

(1) Cfr Bang, 0. c, p. 30 et suiv. ; Mommsen, Conscriptionsordnung der roem. Kaiserzeit, dans Hermès, 1884, t. XIX, p. 213 et suiv.

(2) La forme Leubasni de l'inscription semble être un génitif. Il faut donc sous-entendre filius. Après des noms barbares surtout filius est souvent sousentendu. Voyez, par exemple, CIL, XIII, 92 = Vernus Serani ; CIL, XIII, 96 = Bambix Sori ; CIL, XIII, 3628 = Neutto Tagausi; CIL, II, 338 = 5230 =- Albonius Tocilli; CIL, VII. 4 = Geminus Manti.

(3) CIL, VII, 691 : D{is) M{anibus) Hurmio Leubasni mil(iti) coh{ortis) I Tungror(um) beineficiario) praefiedi) Ca[l] pur[ni]us {?) her(es) [f]ec{it). La lecture de Huebner : [Calp]u.r[n\io L.[f]*Ubasni etc. est certainement erronée, après ce qui a été dit ci-dessus. Il faut maintenir le texte de la copie du xvui'^ siècle, par lequel cette inscription est connue. C'est ce que Bang, o. c, p. 46, n. 396 a vu aussi.

(4) Cfr FoERSTEMANN, Altdeutsches Namenbuch, I-, p. 1019.

(5) Voir les indices du CIL. Vil.

(6) CIL, XIII, 3601, trouvée à Goyer, près de Tongres.

(7) CIL, XIII, 3622, trouvée à Namur; cfr J. P. Waltzing, Inscriptions latines de la Belgique romaine, dans le Musée belge, 1903, t. VII, p. 341.

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cohors I Tungrorum miliaria de Bretagne ('). Bang (') cite le gentilice, dérivé d'un nom germanique, Leubaccius, sans indication de source. Enfin, un décurion de Vala I Tungrorum Frontiniana s'appelle Lobasinus (^). Ce nom pourrait très bien être la forme latinisée de Lubasnius ou Leubasnius. Ce décurion de Vala I Tungrorum est donc probablement aussi un Tunger 0).

L'épitaphe de Hurmius Leubasni (filius) fut trouvée à Borcovicium, situé sur le vallum d'Hadrien, où la cohorte semble avoir caserne depuis son arrivée en Bretagne, à la fin du i'-"'^ siècle. Il n'est pas possible de préciser davantage la date de ce document.

2" Dans la cohors II Tungrorum miliaria equitata civium latinorum la présence de Tungri est attestée par le nom de la troupe pour l'époque antérieure à Vespasien. Les inscriptions y signalent encore de nombreux Tungri au n'^ ou au ni^' siècle, lorsque la cohorte casernait à Blatum Bulgium, au nord du fossé d'Hadrien, en Bretagne. Ainsi deux dédicaces citent l'une le pagus Condrustis (Condroz) mili[t{ans)] in coh{orte) II Tungro{rum) sub 5/L/]vL/lo [A]uspice praef{ecto) ("), l'autre le pagus Vellaus milit{ans) coh{orte) II Tung{rorum) (*).

Les deux dédicaces ont été érigées en l'honneur de divinités locales germaniques, dea Viradedhis (") et dea Ricagambeda. Le pagus Condrustis désigne le Condroz actuel (^). Le pagus Vellaus ou Vellavus est inconnu ('').

Le camp de Blatum Bulgium fut construit, semble-t-il, en l'an 157 après J.-C. ("'). La cohors II Tungrorum n'y casernait plus en

(1) Bang, o. c, p. 46, n. 386 croit aussi que ce Hurmius Leubasni [/.] est d'origine tungre, de même Schuermans, o. c. p. 98.

(3) CIL, III, 3400, trouvée à Tétény = Campona, en Pannonie Inférieure.

(4) Cfr CIL, XIII, 3485, qui cite un homme appelé Leuboricus.

(5) CIL, VII, 1073. Le préfet Silvius Auspex n'est pas connu. Sous le même commandant les c{ives) Rhaeti milit{antes) in cohiorte) II Tungr{orum) érigèrent une dédicace à Mars et à la Victoria Augusta.

(7) Sur Viradedhis cfr Dessau, Inscriptiones latinae selectae, 4757-4759. Une de ces dédicaces a été faite par des [civ]es Tungri [et] nautae [qu]i Fectione [c]onsistunt. La déesse Viradedhis était donc une déesse protectrice des Tungri.

(8) Sur le pagus Condrustis cfr Bergk, Zur Geschichte und Topographie der Rheinlande, p. 124. Leipzig, 1882; CIL, XIII, p. 574 et Roland, o. c, p. 46.

(9) Sur le pagus Vellaiv)us cfr Bergk, ibid., p. 123; Zangemeister, Noiae Tironianae, n. 48 et CIL, XIII, p. 212 et p. 574.

(10) Le Roux, 0. c., p. 32.

LER TUNGRI DANS l'aRMÉE ROMAINE. 55

l'an 241 ('). Les dédicaces ont donc été gravées entre ces deux dates (').

3" La cohors III (?) Tungrorum n'est connue que par un texte de Tacite. Au livre IV, chap. 16, il parle, en effet, d'une cohors Tungrorum qui embrassa le parti de Civilis en l'an 69 après J. C. Elle ne peut être confondue avec les deux précédentes ( '). Comme son nom l'indique, elle fut levée, lors de sa création, dans le pays des Tungri et continua de s'y recruter jusqu'à Vespasien. Cette composition explique pourquoi elle se montra si empressée à suivre le drapeau de la révolte du chef batave, Civilis.

4" Dans la cohors I Asturum equitata, qui a campé longtemps en Germanie (^), a servi à une date inconnue un cavalier qui se disait cives (sic) Tung(er). Il fut enterré à Zahlbach, dans le voisinage de Moguntiacum (Mayence) (•'), où la troupe a peut-être été en garnison.

Ailes.

1" Le nom, porté par Vala I Tungrorum Frontiniana (' ), indique l'origine et la première composition de cette troupe. Une épitaphe trouvée en Pannonie Inférieure (■), où l'aile a campé entre les années 114 et 145-161 après J.-C. ('), semble indiquer que des Tungri y accomplissaient encore leur service militaire à cette époque. Il s'agit du décurion Lobasinus, déjà cité plus haut, dont le nom semble trahir l'origine tungre. Lobasinus est, en effet, un nom inconnu dans les provinces danubiennes (''); il a, d'autre part, une ressemblance frappante avec les noms tungres

(1) CIL, VII, 882 et Le Roux, o. c, p. 126.

(2) Cfr ce que Bergk, o. c, p. 124 dit de la dédicace du CIL, VII, 1065, trouvée également à Blatum Bulgium : Deae Harimellae sac{rtim} Gamidiahus arimorum ?) ciustos ?) X v{otum) siolvit) Kibens) l(aetus) m{erito). Le nom de la divinité et le nom du dédicant sont tous les deux germains. Bergk rappelle qu'il existe près de Herstal un village qui s'appellait au moyen-âge Harimalla {= Hermal).

(3) CiCHORius, o. c. s. v. cohors.

(4) Dipl. XI =a. 74; Dipl. XIV = a. 82; Dipl. XXI =a. 90 (Germanie supérieure); Dipl. L = a. 134 (ibidem). Elle campait au iii'^ siècle en Bretagne; cfr CiCHORius, 0. c. s. V. cohors et CIL, XIII, 9047.

(6) Frontoniana est un surnom dérivé, sans doute, du nom d'un de ses commandants, appelé Fronto.

(8) CiCHORius, 0. c. s. V. ala.

(9) Voir les indices du CIL, III.

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Leubasnius, Leubasna, Lubainis, dont il ne paraît être que la forme latinisée (0-

2» Une autre ala I Tungrorum casernait en Bretagne (-) à l'époque où la précédente avait sa garnison en Pannonie. Le nom de cette aile nous renseigne de nouveau sur sa composition avant Vespasien, tandis qu'un diplôme militaire découvert à Flémalle (Liège) y semble prouver la présence d'un Tanger après cet empereur ( ). Ce diplôme, en effet, a été délivré par Trajan, en 105, à un vétéran d'une des neuf troupes auxiliaires citées dans le document et casernées en Bretagne. Ce vétéran était, sans aucun doute, originaire de la civitas Tungrorum, où il était venu se reposer après son service militaire. Dans laquelle des neuf troupes citées a-t-il accompli celui-ci? C'est assez difficile à dire, puisque d'autres corps que ceux appelés Tungrorum comprenaient des Tungri dans leurs rangs. On s'accorde, cependant, à y voir un ancien soldat de Vala I Tungrorum, qui est citée dans le diplôme. L'étude du recrutement des autres cohortes et alae Tungrorum qui précède et qui y a prouvé la présence de Tungri après Vespasien, donne quelque vraisemblance à cette hypothèse.

3° Un vétéran de Vala Hispanorum nat(ione) Tunc(er) (pour Tung(er) fut enterré à Guljanci, en Mésie Inférieure. La date de cette épitaphe ne peut être déterminée (*).

Cohortes ou ailes inconnues.

On a découvert au Municipium Tropaeum (Adamclissi), en . Mésie Inférieure, quelques fragments d'un monument que l'empereur Trajan fit ériger, sur le bord du Danube, à la mémoire des soldats morts sur les champs de bataille de la Dacie. Sur un des fragments conservés figurent trois Tungri ('•). Ils ont dii appartenir, semble-t-il. à une cohorte portant le chiffre I ou II (").

(1) CIL. VII, 691 ; XIII, 3601 ; 3622; cfr Bang, o. c, p. 20 : Leubaccius, sans indication de source, et CIL, XIII, 3485 : Leuboricus. Cfr aussi Schuermans, /. c, p. 98-99.

(2) CiCHORius, 0. c, s. V. ala; Dipl. XXIX (LXIX) et XXXIV (XXIII).

(3) Dipl. XXIX (LXIX). Zangemeister l'a décrit. Le texte parut d'abord dans la Gazette de Liège du 17 février 1881. Ensuite Schuermans le publia dans les Bulletins des commissions royales d'art et d'archéologie, 1881, t. XX, p. 123 et 1882, t. XXI, p. 39, cfr aussi Westd. Zeiischr., 1884, t. III, p. 197; Bulletins de de la soc. d'histoire et d'art du diocèse de Liège, 1881, et Bulletin épigraphique de la Gaule, 1881, t. I, p. 201, tab. 8.

(5) CIL, III, 14214, 3, 12, 13. Le CIL, parle par erreur de 4 Tungri.

(6) Cfr CIL, III, /. c.

LES TUNQRI DANS l'aRMÉE ROMAINE. 57

Il est possible que le cavalier cité dans une inscription d'O-Buda (Pannonie Inférieure) (') soit aussi un homme originaire de la civitas Tungrorum, mais la chose n'est point certaine.

Numerus.

Des briques trouvées à Vinovia (Binchester), en Bretagne, portent l'estampille N. COND et N. CON, que le CIL. interprète par n{umerus) Cond{rusorum). Si cette interprétation est exacte, les soldats de ce numerus seraient des Tungri originaires du Condroz (-). Le Roux (■') suggère la lecture n{umerus) Con(dercensium). Ce nom dériverait du camp de Condercum, en Angleterre.

B. — Légions.

Deux citoyens originaires de la civitas Tungrorum ont servi, semble-t-il, dans les légions romaines. Le premier est cité dans une épitaphe découverte à Namur (^). Un certain Acceptus érige pendant sa vie un monument funéraire à lui-même, à son épouse et à son frère, qui était bénéficiaire consulaire (■') et très probablement soldat légionnaire (' ). L'épitaphe semble dater de la fin du i^' siècle ou du début du ni^' (').

Le second s'appelle Q. Cattus Libo Nepos. Il était centurion de la légion 11^' Cyrenaica, lorsqu'il fit ériger dans les environs de Tongres {") une dédicace en l'honneur de la déesse Vihansa, déesse tutélaire du pays des Tungri. Voici le texte de l'inscription, tel qu'il est publié au CIL. XIII, 3592 : Vihansae Q{uintus) Cattus

(4) CIL, XIII, 3620; Waltzing, Inscriptions latines de la Belgique romaine, dans le Musée belge, 1903, t. VII, p. 336.

(5) Sur les bénéficiaires on peut consulter Cauer, De muneribus miiitaribus etc. dans VEph. epigr., 1881. t. IV, p. 379-401 ; Mommsen, ibid., p. 529-530 et 533- 536; E. De Ruggiero, Dizionario epigrafico, I, p. 994-996, s. v. beneficiarius. Cfr O. HiRSCHFELD, Sitzber. der Berl. Akad., 1891, p. 18-19; R. Cagnat, L'armée rom. d'Afrique, p. 127, 137, 174, 179, 189, 191, 202-3 ; A. Von Domaszewski, dans Pauly-Wissowa, s. V. beneficiarius, et Die Religion des roem. Heeres, dans le Westd. Zeitschr., 1895, t. XIV, p. 97-100 et Die Beneficiarposten und die roem. Strassennetze, ibid., 1902, p. 158-211 ; Waltzing, o. c, dans le Musée Belge, 1903, t. VII, p. 337.

(6) Tous les bénéficiaires consulaires connus sont des légionnaires, excepté CIL, III, 12679, VIII, 2226. Cfr Bang, o. c, p. 84 et Waltzing, /. c, p. 338.

(7) Waltzing, ibid., p. 347.

(8) A Hem Saint-Hubert.

58 H. VAN DE WEERD.

Libo Nepos centurio leg(ionis) III Cyrenaicae scutum et lanceam d(ono) d{edit). L'attachement de ce centurion à une déesse locale du pays des Tungri ne s'explique que de deux manières. Ou bien cet homme est originaire de la civiias Tungrorum, ou bien sa légion ou un détachement d'elle a séjourné sur son territoire assez longtemps pour que ce soldat y ait appris à connaître et à honorer une déesse locale. Or la légion IlL' Cyrenaica, qui a campé durant tout l'Empire en Egypte et en Arabie, n'a jamais été en Germanie et n'y a jamais détaché de vexillation (^). Avant sa nomination dans la légion II!'-' Cyrenaica, ce centurion a-t-il peut-être fait partie d'une légion de Germanie, qui aurait campé dans le pays des Tungri^ On l'ignore. A quelle occasion? On l'ignore aussi, car aucune légion n'a laissé des traces d'un séjour prolongé dans la civitas Tungrorum. Bref, dans l'état actuel de nos connaissances, la première explication seule est plausible. Q. Cattus Libo Nepos, après avoir servi dans une légion de Germanie (?), a sans doute été déplacé à la suite d'un avancement dans la légion III'^ Cyrenaica de l'Orient et, en reconnaissance de ce bienfait, il a fait ériger dans son pays natal une dédicace à la déesse tutélaire de sa patrie, Vihansa.

Le mot lancea de l'inscription contient peut-être une indication au sujet de la date du monument. La lancea, arme d'origine espagnole, suève ou gauloise, ne fut introduite, en effet, dans les légions que vers la fin du m'-' siècle {'). Comme il est probable que Q. Cattus Libo Nepos a offert les armes dont on se servait à son époque dans les légions, il semble que cette inscription date de la fin du n^* siècle de notre ère.

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