C. — Cohortes prétoriennes
Un soldat prétorien du m'-' siècle (^) était certainement originaire du pays des Tungri (^). CIL. III, 5450 en indique peut-être un second (" ).
(1) Cfr Pfitzner, Geschichte der roem. Kaiserlegionen, p. 227 et suiv. ; Cagnat, dans Daremberg et Saglio, s. v. legio, p. 1079.
(2) Daremberg et Saglio, s. v. hasta ; Marquardt-Brissaud, p. 363, n. 3. Elle était déjà antérieurement en usage dans les troupes auxiliaires.
(3) Avant Septime-Sévère, qui réorganisa le recrutement des cohortes prétoriennes, les Germains étaient exclus de ces troupes.
(5) CIL, m, 5450 trouvée en Norique : Host(ilius) Tanger et Ingenua Vicari fiilia) v{ivi) f(ecerunt) sibii) et Tacito fiilio) mUUti) c{o)hort{is) VII pre{toriae) an(norum) XXX.
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D. — Eques singularis.
Le fameux Tausius (^), qui tua de sa main l'empereur Pertinax en l'an 193 après J.-C, était un Tunger. Il appartenait au corps des équités singulares (-)•
Conclusion.
Il résulte de ce qui précède que les Tiingri se sont engagés aussi bien dans les légions que dans les troupes auxiliaires, aussi bien dans les cohortes prétoriennes que dans le corps des équités singulares (')• On n'admettait dans les légions et, par leur intermédiaire, après Septime Sévère, dans les cohortes prétoriennes, que des hommes complètement romanisés, qui possédaient le droit de cité romaine ou méritaient de le recevoir au moment de l'entrée au service. Les trois ou quatre Tungri qui ont servi dans ces troupes étaient donc des citoyens romains. Ce sont Q. Cattus Libo Nepos, centurion de la légion 11^' Cyrenaica, Victorius Victorinus, bénéficiaire consulaire, et un ou deux soldats des cohortes prétoriennes. Tous les autres, et ils étaient beaucoup plus nombreux (^), étaient aux yeux des Romains des barbares, c'est-à-dire des hommes de civilisation inférieure. Cette constatation prouve — et j'aurai l'occasion d'y revenir plus tard — que le pays des Tungri n'a jamais accepté complètement la civilisation romaine, mais qu'il est resté fidèle à ses traditions séculaires et à son caractère national malgré l'influence longue et intense d'une civilisation très supérieure.
Les Tungri servaient dans l'infanterie et dans la cavalerie sans distinction ni préférence, dirait-on, d'où l'on peut conclure qu'ils étaient à la fois de bons cavaliers et d'excellents fantassins.
(1) Cfr CIL, XIII, 3628== Tagausius (trouvée à Ceiies-iez-Dinant) = V. Tourneur, Recherches sur la Belgique celtique, dans le Musée belge, 1902, t. VI, p. 431 et suiv. et Waltzing, Inscriptions latines de la Belgique romaine, ibid., p. 446; CIL, XIII, 4012 = Primia Tausus (Arlon).
(2) Tel est l'avis de von Domaszewski, CIL, XIII, p. 574 et de Bang, o. c, p. 84, n. 754. Comme les Tungri ont été exclus des cohortes prétoriennes jusqu'à Septime Sévère, il faut admettre que ce Tausius était un eques singularis. Cfr VitaPertin., 11.
(3) CIL, VI, 10177 = 33977 est l'épitaphe d'un Tunger vétéran d'une troupe de gladiateurs de Rome appelés mirmillones, du nom d'un poisson dont ils portaient l'image sur le casque.
(4) Cfr le pagus Condrustis et le pagur Vellaus de la cohors II Tungrorum et les 10 autres Tungri qui étaient soldats des troupes auxiliaires.
60 H. VAN DE WEERD.
Attirés par les multiples avantages de la carrière militaire, ils s'expatriaient facilement pour aller prendre service sous les aigles romaines, soit au-delà de la mer, en Bretagne, soit dans l'armée danubienne, en Pannonie et en Dacie, soit dans les troupes de la capitale.
Enfin, ils possédaient de grandes qualités militaires. Au point de vue du nombre des soldats fournis aux armées impériales par les peuples germaniques, ils occupent, je l'ai déjà dit plus haut, la troisième place, après les Ubii-Agrippinenses et les Bataves. Quelques-uns d'entre eux furent choisis par leurs chefs pour être versés dans les cohortes prétoriennes, où n'étaient admis après Septime Sévère que les meilleurs soldats des légions. Un autre fut attaché, en qualité de corporis ciistos, à la personne même de l'empereur : il servait dans le corps des équités singulares, qui était très considéré et possédait naturellement la confiance de l'empereur (')• Enfin, ils occupaient dans l'armée des grades divers. Les inscriptions citent un centurion légionnaire (-), un bénéficiaire consulaire (^), un bénéficiaire du préfet (^), un décurion ("0 et plusieurs soldats et cavaliers ("). Tacite, en outre, parle de deux préfets des cohortes Tungrorum tués, en l'an 69, dans une bataille entre les partisans d'Othon et de Vitellius (•). C'étaient probablement des Tungri ; c'est pourquoi, sans doute, Tacite n'indique pas leurs noms ('').
Quant à la date de leurs engagements, ils se répartissent sur trois siècles. Beaucoup de Tungri se sont déjà enrôlés au premier siècle, avant Vespasien, dans les cohortes et les ailes qui portaient leur nom ('). D'autres accomplissaient leur service du temps des guerres daciques de Trajan et quelques-uns y trouvèrent une mort glorieuse ('"). Un autre Tunger était soldat en Pannonie pendant
(1) Malheureusement il n"a pas justifié cette haute confiance, puisqu'il devint le meurtrier de l'empereur Pertinax. Vita Pertin., 11.
(6) CIL, XIII, 7036; III, 12361, 14214, 15163, 5450 (?) ; VI, 32623, I, 28; Vita Pertin., 11 ; tous les inconnus qui faisaient partie avant Vespaniendes cohortes et ailes appelées Tungrorum et les Tungri qui étaient soldats auxiliaires du temps de Trajan.
(7) Hist., II, 15.
(8) Bang, 0. c, p. 90.
(9) Tacite, Hist., II, 14, 15, 28; IV, 16; Agric, 36; CIL. XII, 16; Dipl.
(10) CIL, III, 14214 et Dipl. XXIX (LXIX) = CIL, XIII, 3606.
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la première moitié du deuxième siècle (') et le fameux Tausius, le meurtrier de Pertinax, était à Rome en 193 après J.-C. (-). Victorius Victorinus était bénéficiaire consulaire vers la même époque (■)- Les habitants du pagus Condrustis et du pagus Vella{v)us servaient dans la cohors II Tungrorum, en Bretagne, entre les années 157 et 241 {*). Enfin plusieurs documents prouvent la présence de Tungrî sous les drapeaux romains au n^' siècle (■)■ Ce peuple a donc fourni des soldats aux armées impériales durant tout le Haut- Empire.
.§ III. — La ro.manisation des Tungrî.
Le recrutement, les noms et la religion des soldats r«/z^r/ fou missent quelques indications intéressantes sur ce sujet. On sait que la civitas Tungrorum n'était pas une ville, mais un territoire très étendu, habité par diverses tribus et comprenant presque toute la Belgique orientale avec des parties considérables des provinces voisines, du Brabant septentrional, du Limbourg hollandais, de la Prusse rhénane et du Grand-Duché du Luxembourg (''). Elle touchait au Sud à VOrolaunum vicus (Arlon), qui faisait partie de la civitas Treverorum (Trêves), et à l'Est à la colonia Claudia Ara Augusta Agrippinensium (Cologne). Elle était limitée à l'Ouest par la civitas Nerviorum. Elle comprenait plusieurs districts appelés pagi, tels le pagus Condrustis (Condroz) (•) et le pagus Veila{v)us (inconnu) ('') et aussi plusieurs bourgs ou vici, dont le principal, situé à l'emplacement même de la ville actuelle de Tongres, acquit rapidement une importance considérable et devint le chef-lieu administratif du territoire (Atuatuca Tungrorum) (■').
(2) VitaPertin., 11.
(3) CIL, XIII, 3620. Supra, p. 57.
(4) Vide supra, p. 54.