UN DEMI-SIECLE D ENSEIGNEMENT HISTORIQUE A LOUVAIN. XIII
à ce programme. Et ce qu'il y avait de plus désolant, c'est que l'inconcevable invention législative des cours à certificat n'avait épargné que l'histoire de l'antiquité et frappait de discrédit l'histoire politique du moyen âge et l'histoire politique de la Belgique. « Messieurs, s'écriait P. Fredericq lors d'une manifestation en l'honneur de M. G. Kurth en 1898 (i), il faut avoir vécu à cette époque et avoir suivi les cours à certificat, pour comprendre tout ce que ce titre renferme de choses lamentables. L'étudiant était obligé d'assister au cours à certificat, mais il n'avait pas à s'en inquiéter davantage, ni à l'examen, ni autrement. On y était obligatoirement présent de corps, maisnon d'esprit, hélas! on y lisait des romans, on y jouait aux cartes sous les pupitres, on y faisait sa correspondance. Ceux qui écoulaient les leçons du maître étaient les naifs, d'ailleurs très clairsemés, et ils se sentaient entourés d'une pitié mêlée de mépris. Personne, naturellement, n'eût songé à prendre des notes. C'eût été méconnaître le véritable esprit d'un cours à certificat. On pense ce que devait devenir le pauvre professeur sous ce beau régime d'enseignement supérieur. L'indilïérence absolue des élèves gagnait le maître. »
Quelle situation si on la compare à ce qu'était alors l'enseignement de l'histoire dans les universités allemandes, à ce qu'il devenait cà l'École des hautes études à Paris !
Comment à Louvain est-on sorti de ce marasme ? Quelles ont été les causes de l'efïlorescence actuelle des études historiques ? Ce fut l'influence collective des universités sur le législateur ; ce fut l'œuvre même de l'université de Louvain ; ce fut aussi, en partie notable, l'action scientifique de M. Charles Moeller.
(1) A Godefroid Kurth, professeur à l'université de Liège, à l'occasion du XXV" anniversaire de la fondation d" son cours pratique d'histoire, p. 172 sv. [Liège, 1898.]
XIV A. GAUCHIE.
iM. Charles Moeller doit à sa famille les origines de sa fortune scientifique ; à l'université catholique de Louvain, il doit l'avantage d'avoir pu vivre dans un milieu propice à l'éclosion et au développement de sa vocation historique; à la Providence, en plus de ces deux faveurs, il doit le bienfait d'une longue existence, condition indispensable au succès de toute entreprise quelque peu importante.
Né à Louvain, le 14 avril i838, il se rattache, par son aïeul Nicolas Moeller (1777-1862) (i), à une ancienne famille luthérienne du Danemark. C'est à ce philosophe estimé, à ce docteur d'Iéna, et à ce protestant converti au catholicisme, que revient le mérite d'avoir initié son petit-fils à la connaissance des grands courants intellectuels qui ont tourmenté l'Allemagne à la veille et au lendemain des guerres napoléoniennes, tandis qu'à son père, Jean Moeller (1806-1862), allemand de naissance, élève de Hegel et de Niebuhr, docteur de l'université de Berlin et professeur à Louvain (1834-1862), Charles Moeller est redevable de son éducation historique.
Il venait à peine de conquérir avec la plus grande distinction le diplôme de docteur en philosophie et lettres (18O0), lorsqu'à la suite du décès prématuré de son illustre père, il recueillit sa succession à la chaire d'histoire (i863).
Charles Moeller débutait donc sous le régime de la loi de 1857. Chargé du cours d'antiquités grecques en
(1) Sur Nicolas Moelier, voir les notices signalées dans la Bibliographie de l'université catholique de Louvain, p. 212. Louvain, 1900.
(2) Sur Jean Moeller, voir les notices indiquées ibidem, p. 206.