‹ Mélanges d'histoire offerts à Charles MoellerChapitre 21 sur 149 · CIL, VI, 32623, 1. 28; XIII. 3592; 5450 (?) ; VU · texte numérisé non relu

CIL, VI, 32623, 1. 28; XIII. 3592; 5450 (?) ; VU

(6) J. Paquay, Aperçu historique sur la ville de Tongres, dans le Bulletin de la société scientif. et littér. du Limbourg, 1911, t. XXIX, p. 9, n. 1 et CIL, XIII, p. 573.

(8) CIL, VII, 1072 et Zangemeister, Notae Tironianae. n. 48 et CIL, XIII. p. 212 et 574. Cfr Bergk, o. c, p. 123.

(9) Ptoiémée, II, 9, 5, au ii'' siècle, cite les Toôypoi et 'ATo-jâxo'Jxov leur cheflieu (-d).'.;). Ammien Marceliin, XV, 11, 7, au iv*^ siècle, qualifie Tongres de « ville grande et riche ». Cfr Paquay, Aperçu historique sur la ville de Tongres, dans le Bulletin de la soc. scientif. et litt. du Limbourg, 1911, t. XXIX, p. 9 et suiv.

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Tous les habitants de cette civitas n'étaient pas romanisés. Au contraire, la plus grande partie du peuple des Tungri semble avoir gardé son caractère et ses mœurs nationales. C'est ce qui résulte de l'étude de leurs inscriptions militaires.

Et d'abord du recrutement. Trois ou quatre Tungri seulement ont servi dans les légions ('). Un ou deux d'entre eux ont été admis ensuite dans les cohortes prétoriçnnes de Rome (-). Ils sont les représentants de l'élément romanisé de la civitas. Ces hommes, en effet, possédaient le droit de cité romaine avant leur engagement ou avaient été jugés assez romanisés pour le recevoir au moment de leur entrée au service.

M. Waltzing (^) pense avec raison que le bénéficiaire consulaire, Victorius Victorinus, mort à Namur vers la fin du n'- siècle ou au commencement du siècle suivant, a été iait citoyen romain au moment de son engagement. Son père, en effet, et son frère qui a fait graver l'épitaphe, ne sont désignés que par un seul nom, leur cognomen. Ils s'appellent Victor et Acceptas. Ces hommes n'avaient donc pas de gentilice et n'étaient pas citoyens romains (^).

Remarquons aussi que ce bénéficiaire est mort à Namur, tandis que Q. Cattus Libo Nepos, centurion de la légion III'^ Cyrenaica, fit ériger une dédicace à la déesse Vihansa tout près de Tongres, à Hern Saint-Hubert. Ces deux hommes paraissent être originaires, on le voit, des parties les plus romanisées du territoire de la civitas Tungrorum.

(1) CIL, XllI, 3592, 3620; VI, 32623, I, 28. CIL, III, 5450 est incertain.

(2) CIL, VI, 32623, I, 28; et peut-être CIL, III, 5450.

(3) Musée belge, 1903, t. VII, p. 347 et CIL, XIII, 3620.

(4) Le nom de ce bénéficiaire mérite qu'on s'y arrête un instant. Le prénom est sous entendu. Son gentilice, Victorius, et son surnom, Victorinus, sont tous les deux dérivés du cognomen du père, Victor, qui est cité aussi dans l'inscription. Les noms gentilices comme celui-ci dérivés de cognomina sont très nombreux dans les provinces rhénanes, tandis qu'ils sont très rares dans les autres pays de l'Empire. Il exista, en effet, dans les deux Germanies et dans la Belgica une coutume assez générale et assez curieuse, suivant laquelle les nouveaux citoyens choisissaient comme gentilice les nomen de leur père et les enfants des nouveaux citoyens des gentilices dérivés du cognomen paternel. Évidemment, cette règle ne pouvait pas être appliquée, lorsque le père du nouveau citoyen, comme c'est le cas pour celui de Victorius Victorinus, n'avait qu'un nom. C'est pourquoi celui-ci a choisi un gentilice et un surnom dérivant tous les deux du cognomen paternel. Cfr Hettner, Westd. Zeitschr., II, p. 7 et suiv. ; Mommsen, Korresp. der Westd. Zeitschr., XI, p. 81 et suiv. ; Keune, Lothr. Jahrbb., IX, p. 188 et suiv. et surtout Schulze, Zur Geschichte lateinischer Eigennamen, p. 56 et suiv. Berlin, 1904. et Bang, o. c, p. 19 et suiv.

LES TUNGRI DANS l'aRMÉE ROMAINE. 63

A côté de ces trois ou quatre militaires qui étaient citoyens romains, les sources littéraires et épigraphiques signalent un nombre très considérable de Tungri ayant servi dans les cohortes auxiliaires. Ce sont, d'abord, les nombreux Tungri qui ont composé, avant Vespasien, les trois cohortes et les deux ailes qui portent leur nom ('). Ce sont, ensuite, les indigènes du pagus Condrustis (-) et du pagus Vella{v)us ( •), qui étaient soldats de la cohors II Tungrorum en Bretagne; ce sont, enfin, Hurmius Leubasni (filius), bénéficiaire du préfet de la cohors I Tungrorum {*), Freioverus, fils de Veransatus, soldat de la cohors I Asturum (•'), Lobasinus, décurion de Vala I Tungrorum Frontiniana ('^), Sulpicius Massa, vétéran de Vala Hispanorum ("), le vétéran de Flémalle, ancien soldat de Vala I Tungrorum (?) de Bretagne (-), les trois Tungri morts pendant les guerres daciques de Trajan (■'), les soldats du numerus Condrusorum {?), si j'ose les citer (^"), et Tausius, un eques singularis ("). Tous ces Tungri ne possédaient pas le droit de cité; ils étaient considérés par les Romains comme des hommes de civilisation inférieure, des barbari. La conclusion est évidente : ou bien les peregrini, les habitants peu romanisés ou barbares de la civifas plutôt que les citoyens ont été attirés par les avantages de la carrière militaire, ce qui serait en opposition avec les avantages considérables offerts aux légionnaires, ou bien les non-citoyens étaient beaucoup plus nombreux dans la civitas que les citoyens. Cette seconde hypothèse paraît la plus probable (^-) : elle explique pourquoi le nombre des

(1) Cfr Supra, p. 52 et suiv.

(4) CIL, Vil, 691.

(7) CIL, m, 12361.

(8) CIL. XIII, 3606. Dipl. XXIX (LXIX).

(11) Vita Pertin., 11.

(12) Les Ubii-Agrippinenses (Cologne) servaient presque tous dans les légions et dans les troupes qui avaient des privilèges égaux. La moitié de ceux qui font exception appartiennent au corps des équités si ngulares, qui était très considéré. Ce fait s'explique :

1" L'empereur Claude et plusieurs de ses successeurs ont conduit de nombreux vétérans dans la Colonia Claudia Ara Augusta Agrippinensium. Les descendants de ces vétérans embrassaient à leur tour la carrière militaire et, comme ils

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inscriptions, découvertes dans le pays des Tungri, est si peu élevé (41 en tout) et elle est confirmée par tout ce qui suit.

Les noms portés par ces soldats auxiliaires et les divinités adorées par eux confirment cette conclusion qui découle du recrutement. Tandis que les soldats légionnaires, qui étaient citoyens, portent des noms latins : Q. Cattus Libo Nepos et Victorius Victorinus (le prénom de ce dernier n'est pas marqué sur la pierre), les auxiliaires, au contraire, ont des noms barbares : Hurmius Leubasni (filius) (noms germains), Lobasinus (nom germain), Tausius (') (nom celtique), Freioverus (-) (nom germain), fils de Veransatus (non celtique). Trois de ces derniers n'ont qu'un seul nom ; deux marquent la filiation, ce qui est une coutume romaine, mais l'un d'eux le fait à la mode barbare en sous-entendant le mot filius ('). Ces noms barbares indiquent que la civilisation romaine n'avait pas fortement influencé ces hommes, malgré un séjour prolongé à l'armée, ni les familles dont ils étaient issus, sinon ils auraient adopté ou leurs parents leur auraient donné des noms latins (^).

étaient tous citoyens romains, ils prenaient service dans les légions et dans d'autres troupes qui offraient les mêmes avantages.

2° Ces vétérans étaient d'excellents propagateurs de la civilisation romaine. Le pays des Ubii-Agrippinenses était, pour ce motif, plus romanisé, je pense, que celui des Tungri, où il n'y a jamais eu ni déduction de vétérans ni garnison militaire (sauf au iii^ siècle le numerus Gesatorum, une troupe sans importance, CIL, XIII, 3593).

(1) CIL, XIII, 3628 = Tagansius (trouvée à Celles près de Dinant) ; Cfr V. Tourneur, Recherches sur la Belgique celtique, dans le Musée belge, 1902, t. VI, p. 435 et Waltzing, ibid., p. 446 ; CIL, XIII, 4012 = Prima Tausus (Arlon).

(2) CIL, XIII, 3614 = Freius {Them).

(3) Après les noms barbares surtout, le mot filius est fréquemment sousentendu. Voyez, par exemple, CIL, XIII, 92 = Vernus Serani ; 96 = Bambix Sort; 3628 = Neutto Tagausi ; CIL, II, 338 = 5230 = Albonius Tocilli ; CIL, VII, 4 = Geminus Manti, etc.

(4) En effet, les peuples comme les individus sacrifient facilement à la mode, surtout quand le ton est donné par un peuple dominateur ou d'une civilisation supérieure. Ainsi l'on trouve des noms celtiques chez les peuplades germaniques avant l'arrivée des Romains. Leur présence s'explique partiellement par ce fait que la civilisation des Celtes était supérieure à celle des Germains et que chez eux tout ce qui vient des Celtes est par conséquent à la mode. Beaucoup plus tard, quand les Francs seront maîtres de notre pays, les Belgo-romains montreront des sympathies pour les noms francs. De même, dès que les Romains se furent établis dans notre pays et que nos populations germaniques et celtiques furent venues en contact avec leur civilisation très supérieure, les noms latins se substituent lentement aux noms barbares. On peut même suivre le processus de cette civilisation grâce aux noms que renseignent les inscriptions. Toutefois l'adoption d'un

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De plus, des soldats Tungri connus jusqu'ici, aucun n'a fait graver une dédicace en l'honneur d'une divinité romaine. Ils n'ont pas adoré non plus les divinités locales du pays, où ils étaient en garnison. Je sais que ces arguments négatifs ne sont pas très forts. Voici donc une preuve positive. Les soldats Tungri, originaires du pagus Condrustis et du pagus Vella{v)us, qui faisaient leur service militaire dans la cohors II Tungrorum de Bretagne, adoraient en corps leurs divinités protectrices nationales ('), la dea Virade[c\this e\.\a.dea Ricagambeda. Attachés inébranlablement à leur religion nationale, ils ont forcé les autorités militaires romaines à admettre leurs dieux dans la religion militaire officielle et à placer les statues de ceux-ci dans le sanctuaire du camp à côté de celles des grandes divinités romaines et des enseignes militaires (-). Cette prérogative est commune à tous les Germains à l'exclusion de tous les autres peuples de l'Empire. Voilà, certes, un détail extraordinaire de l'organisation militaire de Rome, qui mérite

nom romain ou romanisé ne prouve aucunement la romanisation complète de l'individu qui le porte. Elle permet de conclure, tout au plus, à une romanisation partielle. Ainsi, par exemple, le Nervien M. Liberias Victor a échangé son nom celtique contre les tria nomina des citoyens romains; cela ne l'empêche pas de continuer à sacrifier aux Matrebiis Mopalibus (C. I. Rh. 71). Je pourrais multiplier ces exemples. Par contre, un barbare qui a conservé son nom indigène doit être considéré comme très peu ou pas romanisé.

Voici quelques renseignements sur la marche de la civilisation romaine dans la civitas Tungrorum. Les hommes paraissent s'être romanisés plus vite que les femmes, car un très grand nombre de celles qui sont connues par les documents épigraphiques portent des noms barbares. CIL, XIII, 3596, 3601, 3603, 3615, 3620, 3621, 3622, 3630. Certaines d'entre elles ont un mari dont le nom est latin. CIL, XIII, 3596, 3620, 3621. Des parents qui portent un nom barbare, donnent à leurs fils des noms romains. CIL, XIII, 3607, 3622. On trouve le contraire aussi : des pères qui ont un nom latin appellent leurs enfants d'un nom germain. CIL, XllI, 3601. 3603. D'autres ont des gentilices romains à côté de surnoms barbares. CIL. XIII, 2634. Cfr Waltzing, Inscriptions latines de la Belgique romaine, dans le Musée belge, 1903. t. VII, p. 346. La famille de Victorius Victorinus est entièrement romanisée : son frère et son père portent des noms latins.

(1) CIL, vu, 1072, 1073. Sur Viradecthis cfrDessau, 4757-4759.

(2) VoN DoMASZEwsKi, Dië Religion der roem. Heeres, p. 45 et suiv. Une seconde preuve de cet attachement des Tungri au culte national est fourni par une dédicace du CIL, XIII, 3592 : Q. Cattus Libo Nepos, centurion de la légion IIP Cyrenaica, qui était certainement un homme romanisé et vivait dans un pays lointain, n'oubliait cependant pas la déesse protectrice de son lieu natal, Vihansa. Il lui fit ériger dans sa patrie une pierre votive et lui consacra son bouclier et sa lance. Cfr aussi CIL, VII, 1090, dédicace d'un duplicarius de Vala I Tungrorum a. Hercules Magusanus, le dieu principal des Bataves. (MoM.v.SEN, Korr. d. Westd. Zeitsclir., V, p. 51.)

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d'être retenu. Il laisse supposer chez tous les Germains et aussi chez les auxiliaires Tungri un attachement profond à la religion nationale et cet attachement, à son tour, serait inexplicable, si ces soldats germains et Tungri et les familles dont ils étaient issus avaient été romanisés.

Je conclus : de tout ce qui précède il résulte que les Tungri, qui embrassaient la carrière militaire, sortaient presque tous d'une classe de la population qui n'était pas romanisée ou l'était peu. Je crois pouvoir ajouter que cette classe était la plus nombreuse de la civitas Tungrorum malgré trois siècles de domination. Comme la civilisation à toutes les époques suit le même processus de haut en bas et des villes aux campagnes, il est certain que la romanisation du pays des Tungri a commencé par les agglomérations urbaines pour s'étendre de là aux campagnes. On peut donc croire que les soldats auxiliaires Tungri provenaient surtout des campagnes, tandis que les légionnaires et les prétoriens étaient nés plutôt dans les vici ou dans leur voisinage immédiat. Effectivement Q. Caftus Libo Nepos a vu le jour, semble-t-il, tout près de V oppidum (?) de Tongres et Victor ius Victor inus à Namur.

A quelles causes faut-il donc attribuer cette résistance des Tungri à la civilisation romaine. J'en découvre quatre :

1» La distance qui séparait ce pays du centre de l'Empire et de la civilisation ;

2° L'absence de garnison militaire permanente (le numerus des Gésates qui a caserne à Tongres au iii^' siècle est sans importance (');

3" Le voisinage des Germains indépendants de la rive droite du Rhin;

4" Le caractère du peuple.

§ IV. — L'Histoire.

Je ne veux pas refaire ici l'histoire particulière des différents corps de troupes qui ont compris des Tungri dans leurs rangs. Ce serait sortir de mon sujet (-). Je n'indiquerai ici fort brièvement que quelques grands événements historiques auxquels il est certain que des Tungri ont été mêlés.

(2) On peut d'ailleurs la trouver dans Paulv-Wissovva, Real-Encyclopaedie aux articles ala et cohors, où elle a été exposée de façon excellente par M. Cichorius.

LES TUNQRI DANS l'ARMÉE ROMAINE. 67

Les deux cohortes Tungrorum qu'on retrouve plus tard en Bretagne sous le nom de cohortes I et // Tungrorum miliariae, prirent une part active à la guerre civile de l'an 69 après J.-C. Elles étaient alors composées en majeure partie et peut-être exclusivement de Germains Tungri, d'où leur nom. Elles faisaient partie, selon toute probabilité, de l'armée de Germanie. Au printemps de l'année 69, Fabius Valens, partisan de Vitellius et gouverneur de la Germanie Inférieure, les envoya en Gaule Narbonnaise avec la mission de protéger cette province contre les attaques de la flotte d'Othon. Seuls quelques soldats choisis de ces cohortes prirent part à la première rencontre entre les Othoniens et les Vitelliens ; le gros des troupes était resté en garnison à Forum Julii. Après la première défaite des partisans de Vitellius elles furent appelées au secours et les cohortes entières participèrent au second combat, qui fut livré entre Antipolis et Albigaunum, sur la côte. Elles y furent battues et perdirent toutes les deux leurs préfets ('). Elles se retirèrent ensuite à Antipolis, ville de la Gaule Narbonnaise (-).

En l'an 83, elles sont casernées toutes les deux en Bretagne et se distinguent particulièrement, en même temps que les Bataves, à la fameuse bataille du mons Graupius (Monts Grampians) (•^).

Tacite, en outre, mentionne une troisième cohors Tungrorum (^), campée également en l'an 69 après J.-C. en Germanie, mais distincte des précédentes. Elle embrassa le parti de Civilis. Grâce à elle, celui-ci gagna même la première bataille près du Rhin, (a. 69), parce au milieu de l'engagement elle se déclara pour Civilis et tourna ses armes contre les légions restées fidèles à Rome. Elle fut cassée par Vespasien.

Plusieurs Tungri périrent d'une mort glorieuse sur les champs de bataille de la Dacie et l'empereur Trajan inscrivit leurs noms sur le monument qu'il fit élever près du Danube, à Adamclissi, pour honorer la mémoire des braves tués par les Barbares ( ')•

Enfin, ce fut de la main du Tunger, Tausius, que périt en l'an 193 l'empereur Pertinax ('').

(1) On rapporte à cette bataille l'épitaphe du CIL, XII, 16, trouvée à Vintiuni.

(2) Sur ce qui précède voir Cichorius, /. c. et Bang, o. c, p. 41 et suiv. et Tacite, Hist., II, 14, 15 et 28.

(3) Tacite, Agricola, 36; Le Roux, o. c, p. 21.

(4) Hist., IV, 16.

(6) VitaPertin., 11.

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Les Tungrecani du Bas-Empire.

Les sources du Bas-Empire sont pauvres. Suivant la Notifia Dignitatum ('), Occ. XL, 40, la cohors prima Tungrorum avait toujours son camp à Borcovicium, en Bretagne, où elle a campé depuis la fin du i*"^ siècle. D'autre part, elle cite, XXVIII, 14 un praepositus militum Tungrecanorum Dubris (Douvres), sur la côte saxonne de la Bretagne. Il faut peut-être voir dans ces milites Tungrecani les restes de l'ancienne cohors II Tungrorum. Des Tungrecani seniores figurent parmi les legiones palatinae, casernées en Italie (-). Cette troupe contribua à la construction d'un vallum, d'un camp ou d'un autre travail militaire à Salodurum (Solothurn), en Germanie Supérieure ('). D'autres Tungri sont renseignés parmi les auxilia palatina {*). Enfin la Notitia mentionne des Sagitarii Tungri (•).

Du iv^ siècle date aussi, semble-t-il, une fibule en or, trouvée en Pannonie Inférieure et portant l'inscription suivante : Felices Tun[grecanorum?] (■'). Ammien Marcellin (') parle des Divitenses Tungrecanosque juniores ad procinctum urgentem per Thracias inter alios celerare dispositos et Constantinopoli moraturos et, dans un autre passage (''), d'un homme qui apud Cabillona ('•') Divitensibus praesidebat et Tungrecanis. On ignore si les Tungrecani du Bas-Empire se recrutaient encore dans le pays des Tungri. Il est toutefois très probable qu'ils n'avaient plus de commun avec ce peuple que le nom. C'est pourquoi il est inutile d'insister.

H. Van de Weerd, professeur à l'Athénée royal de Tongres.

(1) Ed. Seeck.

(2) Not. Dign. Occ, V. 5, 148; VII, 6.

(3) CIL, XIII, 5190 et l'interprétation de Mommsen, ibid.

(4) Not. Dign. Occ, V, 71, 219; VII, 50.

(5) Occ, VII, 41.

(9) Seeck, Not. Dign., p. 263 renseigne in provincia Liigdunensi prima castrum Cabillonense.

LES BRITONES GENTILES

de Tinscription de Walldiirn.

Deae Fortuna(e) sanctae balineu m velustate conlap sum expl(oratores) Stu... et Brit(ones) gentiles officiales Brit(onum) et deditic(iorum) Alexan drianorum de suo restituer(unt) cura agente T. Fl(avio) Ro mano (centurione) leg(ionis) XXII P(rimigeniae) P(iae) F(idelis). Id(ibus) Aug(ustis) Lupo et Maximo co(n)s(ulibus). C. I. L., XIII, 6592.

L'inscription qui précède a été découverte à proximité du castellum romain de Walldurn (grand-duché de Bade) sur la ligne la plus avancée du limes germano-rétique. Elle a été commentée par Th. Mommsen ('), qui en a signalé l'intérêt exceptionnel tant au point de vue de l'organisation militaire de l'empire qu'au point de vue de son droit public. Mais les données acquises depuis lors doivent conduire, pensons-nous, à une interprétation sensiblement différente de la sienne.

Le corps de troupe principal mentionné dans le texte est bien, comme il l'avait reconnu, celui des Britones et dediticii Alexandriani. Il existe une série d'inscriptions relatives aux nombreux contingents de Bretons stationnés sur le limes de Germanie supérieure (-) et leur apparition dans ces parages, au début du règne d'Antonin le Pieux, à partir des années 145-146, a été expliquée par E. Fabricius (') d'une façon lumineuse et à notre avis décisive. Le légat de Bretagne, Lollius Urbicus, venait de repousser une dangereuse invasion des Bretons indépendants (142). Aussi pour prévenir le retour de pareilles tentatives, l'empereur fit-il reculer vers le nord la limite de cette province, établir entre le Forth et la Clyde une nouvelle ligne fortifiée, le vallum PU, et, pour plus de sijreté encore, expulser les barbares indigènes du

(1) Limesblatt, 1897, n*^ 24, p. 660-667, Hisiorische Schriften, t. III, p. 13 et s. Berlin, 1910.

(2) Cfr A. Stappers, Les milices locales de l'empire romain, dans le Musée belge, 1903, t. VII, p. 226-236.

(3) E. Fabricius, Ein Limesproblem. Fribourg-en-B., 1902.

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territoire nouvellement annexé (0- Ce que devinrent ces Bretons arrachés à leur sol natal, le rapprochement des dates le montre à l'évidence. Antonin les a transplantés en masse sur le limes de Germanie, dans la région de l'Odenwald et du Neckar, placés sous la surveillance des cohortes et finalement incorporés dans l'armée.

Bien qu'astreints au service militaire, les Bretons de l'armée de Germanie supérieure n'entrèrent point dans les cadres des légions, des cohortes ou des ailes. Les inscriptions les montrent constamment groupés en numeri, terme qui caractérise les corps d'irréguliers nationaux, les milices locales. Nous nous trouvons donc en présence d'un numerus Britonum et dediticiorum Alexandrianorum.

Ce nom même indique qu'à côté des Britones qui en constituaient sans doute l'élément principal, ce corps comprenait un certain nombre de dediticii qui n'étaient pas de race britonnique puisqu'on les oppose aux Britones. Mais il est bien surprenant que ces soldats soient officiellement désignés de ce nom. On sait en effet que les déditices les plus avérés évitent avec un soin extrême d'étaler publiquement une qualité aussi peu flatteuse pour leur amour propre et portent régulièrement leur nom ethnique (Juifs, Egyptiens, Sarmates). La règle est si absolue que l'inscription qui nous occupe est, de toutes celles du Corpus, la seule ou apparait le qualificatif de dediticii. Ce n'est pas sans raison qu'on a dià écarter ici d'un usage si naturel et si bien établi. Les dediticii de Walldiirn étaient sans doute des recrues de provenance diverse, vaincus ou transfuges incorporés de gré ou de force dans ce contingent de Britones, et qu'à défaut d'un ethnique commun on a désigné d'un nom qui leur convenait à tous à raison de leur statut juridique. Nous saisissons donc ici une dérogation au principe du recrutement national qui était de règle dans les milices locales. Le caractère national de ces milices est incontestable et c'est ce qui empêche de songer à un numerus form.é d'un ramassis de déditices de toute nationalité. Mais un numerus pouvait fort bien sans perdre son caractère national incorporer quelques recrues de langue et de race étrangères, et il est probable que, n'était la pénurie des documents dont nous disposons, nous y relèverions un certain nombre de cas de ce genre. Du moins connaissons nous l'exemple d'un civis Ambianensis (pays d'Amiens, Gaule Belgique)

(1) Britannos per Lollium Urbicum vicit legatum alio muro cespiticio sum- Tiotis barbaris ditcto. Jul. Cap., Vita PU, c. 5, 4. Cfr Pausanias, VIII. 43, 4.

LES BRITONES GENTILES DE l'INSCRIPTION DE WALLDURN. 71

servant comme signifer dans un corps certainement germanique : le numerus Divitiensium (')•

Le surnom d'Alexandrianorum rappelle simplement le nom de l'empereur régnant, Alexandre Sévère, il n'a pour nous que la valeur d'une donnée chronologique que précise encore l'indication des consuls éponymes : Lupo et Maximo cos. (232).

L'édifice auquel se rapporte l'inscription n'a pas été restauré par le corps de troupe tout entier mais par ses officiales qui se sont joints à cet effet aux exploratores Stu... On peut admettre sans leur faire injure que les hommes qui avaient assumé les frais de ce travail y étaient spécialement intéressés. Le fait n'est pas douteux en ce qui concerne les exploratores Stu... Nous n'épiloguerons pas sur leur nom qui est irréparablement mutilé. On sait que les exploratores étaient des éclaireurs spécialement chargés de la surveillance des frontières. Leurs fonctions particulièrement absorbantes, surtout sur cette frontière, la plus menacée de l'empire, et à la veille de l'invasion de 234, les attachaient étroitement au camp qu'ils devaient habiter à deiTieure. Aussi comprend-on qu'ils aient contribué de leurs deniers à relever ces bains dont l'usage était à leur portée.

Il n'en était pas de même de l'ensemble des Britones et dediticii. Un texte d'Hérodien (III, 8) nous apprend que l'empereur Septime Sévère autorisa les soldats à habiter avec leurs femmes. Peut-être cette coutume était-elle déjà en usage dans les contingents d'irréguliers nationaux (-). En tout cas nos Britones pouvaient se prévaloir de l'autorisation impériale. Dès lors, en quoi ce balineum les eijt-il intéressés? Ils vivaient chez eux, avec leurs femmes, à l'écart du camp qui n'était plus pour eux qu'un centre de ralliement et d'exercice qu'on se hâtait de quitter sitôt la corvée accomplie.

La vie des officiales devait être assez différente. C'est certainement à tort que Mommsen avait songé à en faire des valets d'arme, des ordonnances des Britones et dediticii. Loin de leur être subordonnés, ils leur étaient supérieurs. Ce terme a dans la langue militaire un sens très précis. Il s'applique aux sous-officiers attachés à l'état-major, à Vofficium, d'un commandant de troupe. Il est établi d'ailleurs que le plus modeste praepositus numeri avait son officium, comprenant notamment un cornicularius, un actarius, un

(1) CIL, m, 7415.

(2) O. Seeck, Der Untergang der Antiken Welt, t. I, p. 391. Berlin, 1897.

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îibrariiisC). Aussi A. von Domazewski(-)reconnait-il dans nos officiâtes Britonum et deditiorum les gradés attachés à la personne du chef de corps, le centurion T. Flavius Romanus. Leurs fonctions aux bureaux de la place les astreignaient à la résidence et il est naturel qu'ils se soient cotisés avec les exptoratores pour la restauration d'un édifice dont ils partageaient la jouissance avec eux.

Les mots Britones gentites soulèvent une autre difficulté. Une feuillure de la pierre empêche de distinguer s'ils étaient suivis ou non de la copule et. Faut-il lire Britones gentites [et] officiâtes (v. Domazewski, E. Fabricius, Stappers) ou bien Britones genUles officiâtes (Mommsen)? Nous adoptons la leçon de Mommsen mais sans nous rallier à l'interprétation qu'il en donne. Les Britones gentites officiâtes seraient à son gré des barbares de la Bretagne indépendante et s'opposeraient comme tels aux Britones, originaires de la province romaine. Mais les Britones gentites officiâtes sont, comme nous venons de le voir, des sous officiers ; il serait bien surprenant que leur condition fut inférieure à celle des hommes qui composaient le gros de la troupe. La solution est tout autre. Les soldats romains avaient l'habitude de faire figurer sur les inscriptions l'indication de leur origine, de leur cité, de leur nation. Nos officiâtes avaient d'autant plus de raison de se conformer à cet usage que leur numerus comprenait à la fois des Britones et des dediticii qui aux yeux de leurs frères d'armes devaient passer plus ou moins comme des intrus. En arborant leur qualité de Britones gentites les officiâtes ont voulu se distinguer nettement de ces dediticii, marquer au contraire qu'ils étaient de la même race, de la même gens que les Bretons qui composaient l'élément le plus considéré du numerus et qui, eux aussi, étaient, à notre avis, des Britones gentites. Il y a là un trait de mœurs où perce une pointe de fierté nationale et peut-être de dédain à l'égard des éléments non britonniques du numerus. Cette distinction entre les Britones gentites et leurs camarades dediticii n'avait guère d'importance, nous le verrons, au regard du droit romain; mais elle devait en avoir une grande aux yeux du petit monde qui s'agitait aux confins de l'empire, autour du fortin de Walldurn.

Mais Vépithëte gentites nous apprend quelque chose de plus, il marque l'appartenance à une gens. Or si ce terme peut s'appliquer aux peuples barbares étrangers, il s'applique aussi aux peuplades

(2) Die Rangordnung des rôm. Heeres, p.5et61.Bonn, 1908.

LES BRITONES GENTILES DE l'iNSCRIPTION DE WALLDURN. 73

relevant de l'empire mais dépourvues de statut local et par conséquent d'autonomie. Les inscriptions, principalement celles d'Afrique, nous font connaître une série de gentes soumises à ce régime ('). Qu'elles aient ou qu'elles n'aient pas une organisation et des chefs indigènes (-), la présence d'un praefecfus gentis, officier romain, montre qu'elles n'ont pas le droit de s'administrer librement elles-mêmes. En tout cas les gentiles, sauf privilège personnel, ne sont pas citoyens. Ils n'ont ni \e jus connubii ('), ni la pairia potestas (^), ni Vappellatio Cœsaris (•).

On peut donc se demander si les Britones gentiles appartenaient à des gentes soumises à la domination romaine ou à des peuplades britonniqucs indépendantes de la Calédonie. Nous avons vu que Mommsen adoptait la seconde solution. Mais E. Fabricius ('') a allégué une série d'arguments dont il serait difficile de contester la valeur et qui démontrent que les Bretons de l'armée de Germanie supérieure avaient été levés sur le territoire même de la province. En outre de leur ethnique, la plus part de leurs corps de troupe portent un surnom dont on a reconnu la signification locale et qui est en rapport avec la toponymie de la région frontière de l'Odenwald et du Neckar : Brit. Elantienses, Brit. Aurelianenses, Erit. Murrenses, Brit. Lfunenses?), Brit. Grfinorionenses?). Or Fabricius conteste que ces surnoms désignent, comme l'affirme Mommsen ('), le lieu de stationnement ou la première garnison de la troupe. Les Brit. Murrenses, par exemple, n'ont jamais été établis sur la Murr . On sait d'ailleurs que les cohortes et les ailes portent pour la plus part le nom de la nation dans laquelle elles furent recrutées au moment de leur création, jamais celui des postes qui leur servent ou leur ont servi de garnison. Si, comme tout semble l'indiquer, cette règle est également applicable aux corps de milice

(1) Henzen, Iscrizioni dell' Algeria, dans les Annali dell. Inst. arch., 1860, p. 50-52. R. Cagnat, L'armée romaine d'Afrique, p. 327 et s. Paris, 1892. A. Stappers, art. cité, toc. cit., p. 201 et s.

(2) On consultera sur l'organisation des gentes et celle des groupements analogues A. ScHULTEN, Die pereginen Gaugemeinden des romischen Reicfis, dans le Rhein. Muséum f. Philol., 1895, t. L, p. 489 et di Ruggiero art. Gens dans le Ciz. epigraf. di ant. romane, t. III, p. 482-485. Rome, 1912.

(3) Cad. Theod., 3, 14, 1.

(4) Fragments du Vatican, 34. Édit de Constantin de 313 : Nullum ex gentilibus liber um adprobari licet.

(5) Cod. Theod., 1 1 , 30. 62.

(6) Die Besitznahme Badens durch die Rômer, p. 80 et s. Heidelberg, 1905.

(7) Die Conscriptionsordnung der rôm. Kaiser zeit, dans Hermès, 1884, t. XIX, p. 225 ; Historische Scfiriften, t. 111, p. 109.

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locale, il faut en conclure que le numerus Brifonum Elaniensium a été recruté parmi les Bretons des bords de l'Elz, celui des Britones Murrenses parmi ceux de la vallée de la Murr, que les Britones Aurelianenses ont été levés dans les parages du viens Aurelianus (Oehringen), comme les Britones Gr(inarionensis) près de Grinario (Kôngen) et les Britones Lfunenses) dans les environs de statio ad Lunam. S'il en est vraiment ainsi on peut en induire sans témérité que c'est sur place que se recrutait l'ensemble des numeri Britonum qui coopéraient à la défense de ce limes.

Ces régions limitrophes nourrissaient donc une population britonnique assez dense. Les archéologues croient même en retrouver la trace dans une série de petites fermes dont l'extrême simplicité contraste vivement avec la richesse des établissements romains dans les autres parties du domaine des champs décumates (^). Tout en pacifiant la Bretagne, Antonin qui transplanta ces barbares sur les terres de l'Odenwald et du Neckar, a voulu assurer la colonisation des domaines impériaux du limes et y créer une pépinière de soldats. Le nombre de leurs numeri montre que ces Bretons payaient largement l'impôt du sang. Mais on connaît mal le régime sous lequel ils vivaient au point de vue civil et politique. L'existence de certains vici (-') dans les parages qu'ils habitaient, est peu significative à ce point de vue, puisque le vicus n'est qu'une agglomération, un village dépourvu d'existence politique et qui peut indifféremment dépendre d'une cité ou s'élever sur le territoire exempt de l'organisation urbaine. Rien n'empêche sans doute les vicani de se donner, s'il leur plaît, une organisation corporative qui imite celle des municipes et c'est ainsi que les vicani Aurelianenses avaient leur questeur. Mais il n'est pas admissible que les rudes barbares bretons aient occupé une grande place dans les vici ainsi organisés à la romaine. Le nom même des Britones gentiles nous fournit une indication plus précieuse. Il montre qu'à l'exemple des peuplades les moins avancées de la province d'Afrique, les Bretons de l'Odenwald et du Neckar étaient, tout au moins en partie, groupés en gentes et soumis par conséquent au gouvernement direct de l'autorité impériale. A défaut de praefecti gentium dont on ne trouve aucune trace en Germanie,

(1) Schumacher, Die Besiedelung des Odenwaldes und Baulandes in vorrômischer und rômischer Zeit, dans les Neue Heidelberger Jahrbiicher, 1897, t. VII, p. 154 et s.; E. Fabricius, Ein Limesproblem, p. 21.

(2) Le vicus Aurelianus, CIL., XIII, 6541, le vicus Murrensis, H. Dessau, Inscr. lai. selectae, 3303, le vicus Grinarionensis, ib., 7101.

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ils devaient être placés sous la surveillance des officiers commandant du limes, qui exerçaient à leur égard les mêmes droits que les praeposiii limitum du Bas-Empire à l'égard des peuplades de la frontière (^).

Si notre interprétation est exacte elle comporte une conclusion d'une portée plus générale. Une heureuse découverte papyrologique nous a récemment révélé le texte de la célèbre constitution par la quelle l'empereur Caracalla (212) accordait la cité romaine à la plupart des pérégrins domiciliés à ce moment dans l'empire (-) : ôiowjji!, TO^[ç a-]'jvâ7ca['7!,v qévo'.c, toiTç xaxà tJyiV oi.'xo'jpi.£V7,v 7z[oAi.':]£'lav 'Pwfxaiwv, [[jiJévovTo; [-avTo; y£vou<; 7ioX!,TS'jjji.]7.To)v ywo[lç] T(ov [ozo] z'-'.vJmv (^). Or bien qu'ils fussent établis sur les confins de la Germanie romaine depuis le début du règne d'Antonin (145-146), nos Britones gentiles n'étaient pas citoyens romains. Il faut donc qu'ils aient appartenu à la catégorie des deditices et cette conclusion est valable également pour toutes les peuplades sujettes de Rome et organisées en gentes. C'est ce que confirmerait un rapprochement entre les gentiles et les Egyptiens des nomes qui, eux aussi, à l'exception de certains éléments privilégiés ('), étaient deditiorum numéro. Pas plus que le nome, la gens n'est une cité au sens juridique du mot et partant les gentiles partageaient avec les Egyptiens ce caractère qui distingue lededitice de n'être nullius certae civitatis (")• Mais nous devons nous borner à indiquer ce point dont le développement sortirait du cadre d'un travail qui n'a d'autre but que de témoigner de notre respect pour le maitre auquel ce recueil est dédié.

M. Zech,

professeur à la Faculté de philosophie de l'Institut St-Louis à Bruxelles.

(1) R. Cagnat, L'armée romaine d'Afrique, p. 329.

(2) La teneur de cet édit n'était connue jusqu'ici que par le témoignage mutilé ou inexact d'Ulpien, Digeste, 1, 5, 17 : /« orbe romano qui sunf ex constitutione imperatoris Antonini cives Romani effecti sunt.

(3) P. M. Meyer, Griech. Pap. im Muséum zu Giessen, n° 40. Leipzig, 1910.

(4) M. WiLCKEN, Grundziige u. Chrestomathie der Papyruskunde, t. I, 1, p. 57 et s. Leipzig, 1912.

(5) Ulpien, Regulae, 20, 14.

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