LES RELIGIONS DE L'EMPIRE DANS LA PHILOSOPHIE DE PLOTIN
encore des beautés de l'Intelligence » (jardin de Zeus); remplie de l'abondance de ces dons, elle n'est plus pauvre (Penia). C'est pourquoi, de l'indétermination originelle de son appétit et de sa détermination postérieure par celui qui le rassasie, naît l'amour, connaturel à l'âme, parce que engendrée et rendue parfaite par Dieu (l'Intelligence et, médiatement, le principe suprême), elle le désire naturellement comme son bien, c'est-à-dire, elle l'aime ('). Le mythe de la naissance de Zeus est également rapporté par Plotin comme allégorie de la naissance de l'âme. Cronos est l'intelligence qui, arrivée à sa perfection, engendre l'âme, Zeus. Cronos, en effet, dévorait ses enfants, mais une fois rassasié, il engendra Zeus; ainsi l'Intelligence contient en elle-même toute sa progéniture, les idées, excepté la dernière, l'âme, qu'elle produit au dehors pour former le monde sensible ('). Aussi l'âme doit contempler et imiter non seulement son principe immédiat, l'Intelligence, mais aussi le principe suprême, tout comme Zeus ne se contente pas de contempler et d'imiter son père Cronos, mais aussi son grand-père Ouranos (0- Ici le syncrétisme religieux de Plotin s'affirme sous un jour nouveau : une même divinité devient tour à tour allégorie des trois principes hiérarchiquement subordonnés dans le système plotinien. Dans la légende de Minos, Zeus est le principe suprême; dans le mythe de la naissance d'Aphrodite et d'Eros, il joue le rôle de l'Intelligence, deuxième principe et ici il descend d'un degré encore, pour ne plus être que l'allégorie de l'âme, troisième principe (^). Le recours aux mys-
(1) Voyez le résumé du livre XLIV L, au chap. 9, 299 C-300 A, et le chap. 8, 298 C ; dans ce texte on remarquera combien Plotin est subjectif dans son interprétation du mythe ; j'en détache ce passage caractéristique : àX/.à it? ô Zej; o'j TÔv xfjTTOv >.£-/£'- îU '^v £'.jf,?.6cv 6 llo'oo;, x.xl xic ô y.T^—rj- o'jxoî ; 7) aèv yàp 'A'fpooiTT) 'i'J/T) T,v T/IjlTv, Xo'yo^ oï ÈXÉyîto twv — xvtojv 6 IIo'po^. TaOTa ôè zi dv. ziffnHx'. TÔv Ata mi tôv xtjTtov aÙToO ; où oà -'àp 'i/'J/T,-/ TiÔEjOat dû tov Ata tt,-/ 'AtppootTTjv ~o~j-rj 6£v-a;. L'auteur paraît se rappeler qu'ailleurs il fait de Zeus le symbole de l'Ame, mais cela ne le gêne pas pour lui donner maintenant une autre signification. Cfr IX, 8, 768 B C.
(2j X, 7, 489 B : MtjÔè Tpa'JTjva'. Trapà tt, Pscj: m; -ol 'j.ojiTjp'.a /.at ot auOoi o'. rîpl ôîitiv alvÎTTovTa'., Kpo'vov ijièv 6î6v ao'ftÔTaTov — po "ou Aiôç ysvÉaÔai a y-^'va TTOtXiv £v la'JTiX) È/£tv, fj /.a\ TrXiQpT)? y.ai voj? Èv /.o'pio" ;j.£tà oï ■z'X'j'i ^xat Aîa Y£vv5v xo'pov TjOTj ovTX. <I>'JXV^ '!^? Yïvva voj;, voj^ wv teXe'.oç. Cfr XXVIII XXXI, 12, 553 A-554 A, où Plotin reprend plus au long le même mythe. Les mots xal vjjr £v xdpoi visent probablement l'étymologie du nom de Cronos donnée par Platon, Cratyle 39 : Kpovo; = xopfy; + vo'q;, l'intelligence rassasiée, parfaite.