‹ Mélanges d'histoire offerts à Charles MoellerChapitre 26 sur 149 · XXIX XXXII, 3, 522 D · texte numérisé non relu

XXIX XXXII, 3, 522 D

(4) C'est également comme symbole de l'Ame, chorège de toutes les âmes particulières, que Plotin interprète la scène de Zeus s'avançant à la tête de tous les dieux : 1. XXVIII XXXI, 10, 551 A-552 B.

94 J. COCHEZ.

tères, aux mythes et aux légendes est chez Plotin affaire de sentiment bien plus que de raison (0 : lorsqu'il se trouve sous l'influence de l'enthousiasme mystique ou d'une inspiration plus ou moins poétique, il amène dans son exposé un trait de la mythologie ou de la légende, et il lui donne à sa guise une interprétation philosophique, sans se soucier de l'exactitude de son herméneutique. Il lui suffit que le mythe rende plus sensible la thèse à démontrer ou qu'il semble la confirmer.

Le mythe de Lyncée, qui de son regard perçant voyait jusque dans les entrailles de la terre, signifie que l'homme, devenu pur intelligible, est doué d'une vue de l'âme si pénétrante, qu'il ne voit pas seulement tel ou tel intelligible séparément, mais que d'un seul coup d'œil, il peut contempler le monde intelligible tout entier (-). Glaucus, au contraire, le dieu marin couvert de coquillages et d'algues, est comme chez Platon, l'image de l'âme descendue dans le corps et rendue méconnaissable par ses attaches à la matière; qu'on la dépouille de tout ce revêtement étranger à sa nature divine, on la verra à nouveau dans toute sa splendeur P).

Un mythe de haute portée morale est celui du beau Narcisse. Le jeune homm.e, voulant saisir son image réfléchie dans l'eau, disparut immergé dans le fleuve. Cette fable insinue, dit Plotin, que « quiconque s'attache aux beautés corporelles et en devient l'esclave, s'enfoncera non pas de corps, mais d'âme dans les abîmes ténébreux, haïs de l'intelligence. Aveugle il gisera dans l'Hadès; ici-bas et dans l'autre vie il vivra parmi les ombres » (^).

(1) En étudiant de plus près les textes plotinlens relatifs aux mystères, aux mythes et aux légendes, j'ai pu établir qu'ils sont tous localisés dans trois groupes de livres : 1. VIII, IX, I et X (le livre 1 doit chronologiquement se placer probablement entre les I. IX et X) ; 2. XXVI-XXX ; 3. XLVI-LIII ; à part toutefois 1) 4 allusions à l'Iliade contenues dans les livres XXII et XXIII, où ieur présence s'explique parce que ces livres furent écrits spécialement pour Porphyre {Vie de Plotin, ch. 5) qui eut certaine prédilection pour l'épopée homérique (cfr son De antro nympharum), et 2) un texte, repris à Platon, où intervient le fuseau de la nécessité au 1. XV. — Le fait de la localisation de ces textes, ne pouvant être attribué ni au sujet traité dans ces livres, ni aux sources consultées par l'auteur, trouve sa seule raison adéquate dans l'état d'âme dans lequel Plotin écrivit chacune de ces séries de livres.

(2) XXVIIIXXXI, 545 D : ^avrârsTa-. ij.èv yàp I-fifo;, Èvopaxai oè Ttp 6c,v. -zr^' o'V.v ô'Xov, otov si' T'.^ '^'i^o'.-zo "UTjv ryi:v TotouToç, oîoî ô Auyys'j!; Ddyzxo xaî ta tnui TT)Ç yîjç ôpâv, Tovi ;j.'jOo'j to'j:; exîT a'.vtTTOfXî'vo'j omOaXij.ou!;.

(3) XLVII LUI, 12, 7 F : ... "OOsv çT,a- (6 nÀocTcov), ■ztdiiiJ.zQoL yàp aùif// ('i'j/Tjv îv a;ô;j,aT'.) oW— £p o'. tov OaXâ--'.ov rXavjxov ôpwvTîî; citation presque littérale de Platon, République, X, 611, cd.

(4) I, 8, 56 F G : E'. yâp xi; er'.âpâao'. Àa,3£^v [jO'jÀo'j.svoç toç à/.T,6ivov ola î'.oojAO'j y.a/.oO £«' yiSa-ro; o/ou[j.î'vo'j o-j Àa,3îTv |jO'jXt/)si;, wç tzo'j tiç |j.ûOo?, 5oxâ>

LES RELIGIONS DE l'eMPIRE DANS LA PHILOSOPHIE DE PLOTIN. 95

Par cette dernière idée le philosophe paraît mettre Narcisse en connexion avec les mystères. En fait, le mythe de Dionysos Zagreus, « centre de la théologie orphique ('), auquel celui de Narcisse est probablement apparenté » (-), se trouve en relations étroites avec les mystères crétois de Zeus Idaios ('). Dionysos, appelé aussi du nom du dieu chtonien Zagreus, reçut de Zeus le gouvernement du monde. Les Titans, instigués par Héra, s'approchèrent de lui, le flattèrent par des présents et, tandis qu'il se mirait dans le miroir qu'ils lui avaient offert, ils l'attaquèrent. Pour leur échapper Dionysos changea plusieurs fois de forme; mais finalement, métamorphosé en taureau, il fut dépecé et dévoré par ses agresseurs. Athéna parvint à sauver son cœur. Zeus, son père, le mangea et il en naquit le nouveau Dionysos (/). — C'est ainsi que les âmes humaines, voyant leur image comme dans un miroir de Dionysos, s'élancèrent de leur séjour bienheureux, le monde intelligible, et descendirent dans le corps. « Zeus, leur père, prenant en pitié les âmes en peine, ne les condamne pas à rester toujours liées au corps; à des époques déterminées il les délivre du corps et leur donne du repos pour qu'elles aussi puissent séjourner là où l'âme de l'Univers réside toujours parce qu'elle n'incline jamais vers les choses d'ici-bas (■).

Telle est l'interprétation philosophique que Plotin donne aux mythes proprement dits. Je ne m'attarde pas à relever les allusions aux allégories mythiques d'Adrastée et de Diké, du Fuseau de la Nécessité et des Moiré, du Léthé et du Tartare, qui par ellesmêmes ont une portée philosophique. Plotin se borne à en adapter la signification à son propre système.

Parmi les légendes épiques, il en est deux, le Nostos d'Ulysse

{jLoi, a'.v'.TTïtai, O'j; t:^ ~q zaTco to'j p£'j;xa~oî a'^avr,; cysvs-o. xov a'jxov ot) "poTT ov 6 £)(d,uL£V0s "^wv xaXwv ffwij.âxtov /,al fji.Tj à'^tîlç, où xtf) (TwjxaTt, tt, 8è <j^u/^ y.axaoÛTExat eI; axoTE'.và xal àxspTrTÏ xtp v(T> [iâOr,, svôa x'joXoî h/ ' Aiôou [j.£vtov xal ivxaGôa xàxEt ixiatç aJvETxa;. Selon Christ ( GeschicMe der Griechischen Litteratur dans Muller's Handbuch der klassischen Altertumswissenschaft, t. VII, 1, 689. Munich, 1890-) c'est chez Plotin, /. c, que se trouve pour la première fois la comparaison de l'homme qui se perd à la poursuite des biens temporels avec le Narcisse de la fable.

(1) RoHDE, Psyché, II, p. 115-121.

(2) RoHDE, /. C, 117, note 1, considère comme probable l'identité de Narcisse et de Dionysos Zagreus.

(3) J. Ellen Harrison, Prolegomena to the stiidy of greek religion, p. 479- 482. Cambridge. 1903.

(4) Cfr RoHDE, /. c., p. 116 et 117.

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