ÉPHREM D'AMID, PATRIARCHE D'ANTIOCHE
campagne violente ne dût guère être couronnée de succès ('); au dire du chroniqueur syrien, Éphrem n'en obtint pas davantage dans l'accomplissement de la mission dont Justinien le chargea auprès du roi des Arabes chrétiens de Gassan, Heret fils de Gabala; il ne put l'amener à la foi chalcédonienne (-).
Après cette expédition, en 537 ou 538, Éphrem fit la dédicace de l'église Ronde qu'il avait rebâtie à Antioche. A l'occasion de cette solennité, il réunit 132 évêques de sa juridiction et tint avec eux un synode. Nous savons que le concile de Chalcédoine y fut unanimement accepté, tandis que Sévère et ses partisans furent frappés d'anathème ('). Ce fut sans doute dans le même synode que l'on examina la cause de Syncleticus, métropolitain de Tarse, et de son syncelle, le moine Etienne, suspects d'hérésie eutychéenne pour avoir reçu certains libelles peu orthodoxes ; l'évêque fut forcé de confesser la foi véritable et le synode prit fin, après que Ton eut encore combattu l'hérésie qui confond les natures dans le Christ {*). Le même métropolitain de Tarse reçut aussi de son patriarche une lettre doctrinale dirigée contre les acéphales et justifant le concile de Chalcédoine et S. Léon; comme Anthime peut-être, il en avait besoin (^). Au reste, le patriarche Éphrem ne négligeait pas sa fonction de docteur : il prêchait au peuple ('') et, souvent consulté, il donnait sur les questions dogmatiques et scripturaires des réponses pleines de science et d'érudition, dont plusieurs ont dû être d'une étendue considérable (•).
(1) Cfr Hefele-Leclercq, /. c, p. 1 175, n. 3 qui a mis à profit les détails donnés sur cette persécution par Jean d'Éphèse ou d'Asie, dans son ouvrage sur les bienheureux Orientaux et dans les fragments de son Histoire ecclésiastique. Cfr aussi Krûger. ad p. 237 n, 238 5, 239 9.
(2) Michel, p. 246 et sv. Cfr H. G. Kleyn, Jacobus Baradaeus, de stichter der syrische monophysietische Kerk, p. 41 et sv. Leyde, 1882.
(3) Zach., p. 246; Michel, p. 207.
(4) Cfr Krùger, ad p. 246 i5. Réunissant ces divers événem.ents : dédicace, synode, procès de Syncleticus, nous les datons de 537 ou 538 sur !a foi de Zach. qui (p. 246 et sv.) les fait précéder de deux années la prise d'Antioche par les Perses. L'action synodique était encore dans le recueil de Photius (c. 968 B-C).
(5) Photius, c. 964 D et sv.
(6) Photius, c. 969 C parle de huit sermons d'Éphrem, conservés dans le premier volume du recueil.
(7) A part Anthime, Syncleticus et Mégas de Bérée, les correspondants d'Éphrem sont des personnages que nous ne connaissons pas autrement et au sujet desquels il est assez superflu de se livrer à des conjectures que l'on ne peut vérifier. Ce sont : Anatole le scolastique, Brazès le perse, Domitien, Domnus et Jean, moines de Cilicie seconde, le moine Eunoius, Zénobe le scolastique, les schismatiques de Callinice, les moines orientaux partisans de Sévère, certains
Une nouvelle calamité, non moins terrible que celle des tremble ments de terre, vint encore fondre sur la malheureuse Antioche. En 540, Chosroès I Anoushirouan, roi des Perses, envahit la province de Syrie et en détruisit la capitale. Avant le désastre, Éphrem s'était vu accuser de vouloir livrer la ville à l'ennemi; il s'était enfui en Cilicie (')■ Les Perses s'étant retirés, il revint sans doute à son siège patriarcal, car nous le trouvons encore mêlé dans la suite à plusieurs affaires ecclésiastiques importantes. Paul de Tabenne, patriarche catholique d'Alexandrie, ayant été impliqué dans le meurtre d'un clerc de son église et n'ayant pu se justifier parfaitement, l'empereur lui désigna des juges. Le diacre romain Pelage, si influent à la cour de Justinien, fut chargé de réunir en synode, pour l'examen de ce cas, Éphrem, Pierre de Jérusalem, Hypatius d'Éphèse et plusieurs autres évêques. L'assemblée se tint à Gaza, vers la fête de Pâques de 542. Paul fut déposé et son siège donné à Zoïle (-)• Pour se rendre à Gaza, Éphrem était passé par Jérusalem où sévissait l'origénisme, qui provoquait des divisions et des luttes parmi les moines. L'abbé Gélase se vit forcé de renvoyer de son monastère six frères fidèles qui se rendirent à Antioche, exposèrent 'au patriarche les intrigues dont ils étaient victimes et, par l'ouvrage d'Antipater de Bostra contre Pamphile et Eusèbe, apologistes d'Origène, le convainquirent des erreurs de ce dernier. Éphrem n'hésita pas à condam.ner l'origénisme dans un synode qu'il tint à Antioche durant l'été de 542 et dans une lettre
moines séparés de l'Église catholique et apostolique. Les documents qui leur étaient adressés et dont Photius nous a donné l'analyse, ne peuvent fournir qu'une preuve générale de la propagande qu'Éphrem exerçait aussi par la plume, sans enrichir de faits spéciaux et bien déterminés sa biographie. Notons seulement, avec juNGLAS (o. c, p. 54), que ces écrits se placent tout naturellement dans les limites chronologiques de l'épiscopat d'Éphrem ; auparavant, il occupait une haute situation dans les affaires civiles, sans avoir, sans doute, les loisirs de Justinien, et il n'est pas probable qu'il ait composé des écrits théologiques avant son intronisation. .Nous retiendrons dans la suite à plusieurs de ces pièces.
(1) Zach., p. 246, et Michel, p. 206 et sv. considèrent cette invasion comme la vengeance que Dieu tira de la conduite d'Éphrem à l'égard des monophysites. Pour les événements politiques, l'intervention de Mégas de Bérée et l'attitude d'Éphrem lors de l'invasion, voir Procops de Césarée, De bello persico, 1. II, c. 7 (éd. de Maltretus, p. 103. Paris, 1662).
(2) Pour les sources orientales dans cette affaire dont tous les détails sont loin d'être tirés au clair, voir Zach., p. 238 et sv., Michel, p. 206 et sv. Cfr KRiiGER, ad p. 238..>a; Hefele-Leclercq, /. c, p. 1178 et sv. Pour ces événements et pour ceux dont il va être question, nous suivons la chronologie établie par F. DiEKAMP, Die origenisiischen StreUigkeiten im sechsten Jahrhundert itnd das fiinfte allgemeine Concil, p. 37 et sv. Munster, 1899.
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synodale publiée à la même occasion. Pour se venger de cette mesure, les origénistes de Palestine forcèrent Pierre de Jérusalem à effacer des diptiques de son église le nom de son collègue d'Antioche. Celui-ci souscrivit encore à l'édit de condamnation porté contre Origène par l'empereur Justinien au début de 543 ('). La dernière trace que le patriarche Éphrem a laissée dans l'histoire est assez peu à son honneur. Au témoignage de Facundus d'Hermiane (-), lorsque Justinien publia son premier édit dans l'affaire des Trois-Chapitres, Éphrem refusa tout d'abord de le signer, mais il finit par céder, devant la menace de la déposilion. Ceci se passa probablement en 544 (■^). En cette même année, semble-t-il, Éphrem mourut et eut pour successeur Domnus II! (^). La foi de Chalcédoine perdait en lui un défenseur ardent autant qu'habile, dont le nom avait été la marque de l'orthodoxie en Orient (■■).
Tout ce que l'on peut dire ou conjecturer touchant les circonstances de composition des lettres ou des traités d'Éphrem mentionnés ou analysés par Photius a déjà été noté. Aucune question d'authenticité ne se pose au sujet de ces documents. Le silence inexplicable que garde la Bibliotheca sur le contenu du troisième volume que son auteur avait entre les mains et qui n'épuisait peutêtre pas encore la série du recueil ("), ordonne d'examiner, s'il s'en rencontre, les témoignages ou indices qui tendent à enrichir la littérature du patriarche d'Antioche. Nous ajoutons donc quelques notes rapides dans ce but.
(1) Les renseignements touchant ces incidents des querelles origénistes sont dûs principalement à Liberatus, Breviarium... c. XXIII et à Cyrille de Scytho- POLis, Vita S. Sabae, c. LXXXV (Cotelerius, Monumenta Ecclesiae graecae, t. III, p. 364 et sv. Paris, 1686), dont les données ont été critiquées et confrontées par F. DiEKAMP, o. c, p. 39 et sv. Cfr Hefele-Leclercq, /. c, p. 1174 et sv.
(2) Pro defensione trium capitulorum, \. IV, c. 4 (PL, t. LXVII, c. 625 et sv.).
(3) Cfr Hefele-Leclercq, /. c, t. III, P. I, p. 15 et sv.
(4) Ahrens et Krûger, /. c, p. 392, prolongent le patriarcat d'Éphrem jusqu'en 545, d'autres même jusqu'en 546. Les incertitudes de la chronologie des patriarches d'Antioche n'excluent pas tout doute. Néanmoins, l'intronisation d'Éphrem étant fixée à 526, nous préférons choisir l'année 544 comme date de sa mort. Michel, p. 181, résumant en un trait toute l'activité épiscopale d'Éphrem, dit qu'il persécuta les fidèles (monophysites) pendant dix-huit ans.
(5) D'après Jean d'Éphèse, cité par Junglas, o. c, p. 55.
(6) Remarquer la formule dont se sert Fhotius, c. 957 A : cjuvîTa^e \).ht ouv 6 àvT)p ôtaoopoy; piîïXo'Jî wv si; '^ilJ'3-^ xîwî zçiv.:, ttso'.ïjJ.Oov..
Divers fragments d'écrits attribués à Éphrem d'Antiociie ont été recueillis chez des auteurs postérieurs; ils nous feraient connaître tout d'abord l'existence d'œuvres nouvelles consacrées aux controverses christologiques ('). Nous devrions ainsi ajouter au catalogue que l'on peut dresser d'après Photius : a) une apologie d'Éphrem pour le synode de Chalcédoine et le Tome de S. Léon, dont nous posséderions un fragment {-) ; b) un ouvrage, comprenant au moins trois parties, dirigé contre Sévère d'Antioche (^) ; c) un traité, en plusieurs chapitres, au sujet du grammairien Jean et du synode (de Chalcédoine) ; le troisième chapitre a fourni une citation à S. Jean Damascène {*). Tous ces fragments sont rapportés par nos auteurs à un Éphrem qui est expressément désigné comme archevêque (ou évêque) d'Antioche. Il faut en dire autant de deux fragments, également dogmatiques et christologiques, tirés d'un discours sur un texte de l'épître aux Hébreux (IV, 15) ("■), mais dont il est impossible de dire s'il se distingue ou non, en réalité, des huit sermons indiqués par Photius à la fin de l'analyse du premier volume du recueil (").
Mais il n'en va pas de même de deux autres homélies dont des
(1) Recueillis par le cardinal Maï et publiés par lui dans différentes collections, ces fragments sont réunis dans PG, t. LXXXVI, P. Il, c. 2104-2109, où nous les prenons pour plus de facilité dans les références.
(2) C. 2104 D et sv. : '.\— oÀoyîa UTrèp xr^c èv Xa/.y.r,oov'. tuvooo'j xal to'jj.o'j to'j acY'O'j AsovTo:. En lisant ce titre, on se reporte instinctivement au traité adressé par Éphrem à Domnus et Jean, moines de Cilicie seconde. Sans doute, d'après Photius (969 D), Ephrem n'y écrit que l'apologie du synode de Chalcédoine, mais en réalité, comme on le voit par l'analyse, la pièce contenait les deux apologies, celle du synode (988 D et sv.) et celle du Tome (997 A et sv.). Au point de vue réel, le passage cité aurait son correspondant dans la notice de Photius c. 996 C et sv. Mais cette identification des deux écrits, quoique ne manquant pas de probabilité, reste une conjecture.
(3) C. 2105 C et sv. : v/, Tr'^ xaTa ^t%[jryj -rf>;-ro'j âo'yo'j.
(4) Nous parlerons bientôt de l'activité littéraire de ce grammairien Jean au sujet du synode et de la christologie de Chalcédoine. Cfr J. Lebon, /. c, p. 61 et sv., 128 et sv.
(5) C. 2108 A-C : ~o'j k'jtoj. c'est-à-dire, d'après le titre du fragment précédent : 'K'ioa'.a xoO àynoTa-ou e—'.t/.ott o'j '.\v:'.o/Eiar.
(6) Les indications données par Photius (969 C) sur ces sermons se réduisent à des titres. 11 y aurait lieu de les utiliser pour l'histoire de la liturgie à Antioche à cette époque. On pourrait les rapprocher de celles que fournit la collection des homélies cathédrales de Sévère, qui ont été mises en œuvre à la même fin par A. Baumstark, Das Kirchenjahr in Antiocheia zwischen 512 und 518, dans la Rômische Quartaischrift fiir christlkhe Alieriiimskunde und fiir Kirchengeschichte, 1897, t. XI, p. 31-66; 1899, t. XIII, p. 305-323.
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fragments nous ont également été conservés. Le passage ex -où s-'; TGV Kà'.v (') est simplement donné comme to'j 'y."J.ryj Ivipav.»., et nous ne voyons ni de quel droit ni pour quelle raison on le rapporte à Éphrem d'Antioche. Il est vrai que nous ne pouvons montrer que cette attribution est aussi fausse que gratuite, ce qui n'est pas le cas pour les quatre citations empruntées à l'homélie E-'; tôv [j.apyapf-Tr.v (2), dont les lemmafa désignent comme auteur S. Éphrem le Syrien (une fois : 'E'^patu -oij yiùpou , selon l'opinion reçue au vi*^ siècle dans les cercles chalcédoniens (•■), et qui est certainement erronée, quoi qu'on ait allégué en sa faveur (^). Condamnée par l'examen interne de la pièce, cette attribution l'est encore par un témoignage que nous voulons rapporter ici, parce qu'il est encore inédit et parce qu'il enlève en même temps la paternité de cette homélie à Éphrem le Syrien et à Éphrem d'Antioche. Nous l'empruntons au grand ouvrage de Sévère d'Antioche Contra Grammaticum, c'est-à-dire, contre le Grammairien Jean, dont il a déjà été fait mention (•'). En plusieurs chapitres du troisième livre de ce
(2) C. 2108-2109. Il faut remarquer que, pour le premier fragment, les trois premières lignes seules sont empruntées à ce sermon ; le reste appartient à Anastase le Sinaïte. Cfr F. Diekamp, Doctrina Patrum de incarnatione Verbi, p. 32. Munster, 1907. Ce premier fragment est inséré dans le troisième par Léonce de Byzance, PG, t. LXXXVl, P. I, c. 1313 C.
(3) L'homélie est attribuée à S. Éphrem le Syrien par Léonce de Byzance {Le, c. 1313 C et 1396 A), par Éphrem d'Antioche (Photius, c. 1009 C) et par les autres chalcédoniens que nous allons citer, car c'est bien cet Éphrem qu'ils entendent invoquer avec les autres Pères. Le texte grec de l'homélie est publié, d'une façon très défectueuse, dans l'édition romaine des œuvres de S. Éphrem, t. II fgraece et latine), p. 259-279. Rome, 1743. Les quatre passages ici considérés s'y retrouvent p. 263. 268, 269, le premier étant inséré dans le troisième, comme chez Léonce de Byzance.
(4) Attaquée par J. P. Kohlius (Introductio in historiam et rem litterariam Slavorum, p. 286 et sv. Altona, 1729), l'authenticité de cette homélie a été défendue par J. S. Assemani dans les prolégomènes au volume cité de l'édition de Rome (p. xxxiii et sv.i, mais par des arguments qui ne font que mieux ressortir le fausseté de la thèse soutenue. Les passages christologiques supposent manifestement les controverses du v*^ siècle et non pas seulement les luttes contre l'apoliinarisme.
(5) Cfr J. Lebon, o. c, p. 126 et sv. — Cet ouvrage n'est conservé qu'en partie, dans une version syriaque. Nous utilisons le ms. Addit. 12157 du British Muséum, qui renferme presque complètement le troisième livre. Ce traité de Sévère est d'une grande importance non seulement pour l'histoire de la christologie monophysite, mais encore pour la critique littéraire des œuvres de beaucoup de Pères, comme on le verra par la publication que nous espérons en faire prochainement dans le Corpus scriptorum christianorum orientalium. Nous avons donné déjà les titres des chapitres dans notre ouvrage cité, p. 527-538.
traité, Sévère passe au crible d'une critique aussi rigoureuse que bien informée les citations patristiques alléguées par le Grammairien en faveur de la christologie diophysite dans son Apologie pour le synode de Chalcédoine. A propos de beaucoup d'entre elles, Sévère note que Jean les a puisées, non pas dans les œuvres mêmes de ces Pères, mais dans un florilège composé par Macédonius de Constantinople. Lorsqu'il en arrive aux citations données par les diophysites et par Jean comme empruntées aux écrits de S. Éphrem le Syrien, il s'exprime comme suit (0 : « Sur les citations de S. Éphrem le Syrien alléguées par l'impie (Jean) Mais
ces impies, n'ayant pas même un seul argument (tiré) de la vérité et des écrits connus de tous, recourent à des (écrits) forgés et cachés. A S. Éphrem, en effet, ils ont attribué un certain discours intitulé : Sur la perle, dont ils veulent produire les paroles qui leur plaisent. Pour moi, ce discours, je l'ai cherché dans la langue des Syriens, en laquelle il a été primitivement prononcé, si toutefois il a été prononcé, car ce Docteur était syrien. J'ai cherché jusqu'en Mésopotamie, jusque dans la religieuse cité des Édesséniens et autour de cette métropole célèbre dans laquelle ce saint enseignait, et dans tout l'Orient; et finalement, je n'ai pas même trouvé que le nom du discours fût connu. » Cet argument du silence est évidemment très grave; aujourd'hui encore nous ne possédons du Xô^-^o;^ dç-zby uapyapÎTriv qu'un texte grec qui n'a pas les caractères d'une traduction. Mais voulût-on, par impossible, conserver l'homélie à S. Éphrem le Syrien en déclarant incomplètes ou malheureuses les recherches de Sévère, encore resterait-il que son témoignage l'enlève résolument à Éphrem d'Antioche (-) ; en effet, l'homélie était connue et employée par les diophysites de Constantinople et par Jean le Grammairien longtemps avant que le Cornes Orientis trouvât dans la charge épiscopale l'occasion et le moyen de prêcher et de s'occuper de théologie (^). Pourquoi, d'ailleurs,
(1) Addit. 12157, f. 188 v A-B ; Contra Grammaticum, 1. III, ch. 39.
(2) Contre Mai, qui affirme catégoriquement que l'auteur du sermon sur la perle est Éphrem d'Antioche {Scriptorum veterum nova collectio, t. VII, p. 17 not.).
(3) Le patriarche Macedonius fut exilé en 511 ; Jean le Grammairien avait composé son Apologie avant 519, puisque c'est vers cette date que Sévère en fit la réfutation. Le sermon sur la perle existait donc avant qu'Éphrem d'Antioche écrivît. Que ce sermon soit dit parfois •/.a-à Mapxt'ojvoi; (2*^ citation), cela peut provenir d'une donnée interne il. c, p. 262 : xoô; Mapxicova liyo) Tcx'jxa). Pourquoi cette pièce a-t-elie été attribuée à S. Éphrem le Syrien? Cette attribution a pu être suggérée par l'existence de sept sermons syriaques de ce Père sous le
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n'a-t-on pas remarqué qu'il ne se serait pas cité lui-même, comme il cite TÉphrem, auteur de cette homélie, dans la série des Pères dont il invoque l'autorité et les témoignages? (')
Tillemont a écrit, à propos d'une autre homélie attribuée à S. Éphrem le Syrien : « Le sermon sur la transfiguration n'a rien de S. Éphrem et est visiblement fait après Eutyche. Ainsi il est plutost de S. Éphrem évêque d'Antioche au vi«^ siècle que du diacre d'Édesse (-). » Dans sa partie négative, ce jugement est manifestement vrai, ainsi que le fait voir l'examen des passages christologiques de cette pièce (^). Mais quant à l'affirmation qui suit, elle n'exprime qu'une conjecture à laquelle il n'y a pas lieu de nous arrêter ici puisqu'elle ne peut être vérifiée actuellement.
Étudier la christologie d'Éphrem d'Antioche n'est pas le but que nous nous sommes proposé. Dans ses traits généraux, cette doctrine nous apparaît encore assez nettement ; mais, il faut le reconnaître, aussi longtemps que les textes mêmes d'Éphrem ne nous seront pas rendus, aussi longtemps que nous devrons nous éclairer par les seules notices de Photius, bien des points d'histoire littéraire touchant les œuvres du patriarche resteront obscurs ou incertains. Sous réserve des renseignements que l'avenir pourrait nous apporter, nous voudrions ajouter quelques notes sur les sources et l'influence immédiates des écrits d'Éphrem d'Antioche. La méthode de comparaison, qui doit évidemment présider à nos
même titre (éd. de Rome, t. III syr., p. 150-164). Elle n'avait point besoin pour cela d'appartenir primitivement à un Ephrem quelconque ; elle a pu être composée directement (forgée, dit Sévère) sous le nom du grand Syrien dont il fallait à tout prix s'assurer l'autorité. Un cas de pseudépigraphie à cette époque ne doit pas s'expliquer nécessairement par une confusion, inconsciente ou voulue, entre deux homonymes. Cette homélie n'est donc ni d'Éphrem le Syrien, ni d'Éphrem d'Antioche; à quatorze siècles de distance, la simple et judicieuse remarque de Sévère rend témoignage contre elle.
(1) Photius, c. 1009 C. Éphrem d'Antioche est certainement convaincu qu'il cite Éphrem le Syrien : o hi àyto'.? 'Ef pa'a,
(2) Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique des six premiers siècles, t. VIII. p. 757. Paris, 1702.
(3) On trouve cette homélie, en grec et en latin, au t. II (graece-iatine, p. 41-49) de l'édition romaine des œuvres de S. Éphrem ; on en rencontre des fragments recueillis dans les chaînes ibid., p. 425-427. Dans les prolégomènes à ce t. II (p. LUI), Assémani a encore voulu rejeter tovt doute concernant l'authenticité qui décidément ne peut pas être soutenue.
recherches, rencontre ici deux critères d'une valeur assez sûre qui ont été judicieusement employés par le D^ Junglas ('), dans ie but de reconnaître l'existence et la nature du rapport littéraire des œuvres d'Éphrem à celles de Léonce de Byzance. Par les considérations et explications doctrinales qu'elle introduit et par l'usage fréquent de l'argument d'autorité, la polémique du patriarche est vraiment de son temps ; ces deux caractéristiques se retrouvent dans toute la littérature des luttes christologiques et constituent les deux points de vue spéciaux auxquels on devra se placer pour établir la comparaison entre les diverses œuvres.
C'est grâce à cette double considération que le D' Junglas a clairement démontré, à notre avis, le fait d'une étroite parenté littéraire entre Éphrem d'Antioche et Léonce de Byzance. En effet, l'argumentation cherche un premier appui dans la comparaison des florilèges patristiques. Sans doute, il n'est pas aisé de reconnaître l'identité des citations faites de part et d'autre quand Photius s'est souvent contenté, pour Éphrem, d'alléguer les noms des Pères appelés à témoigner, en ajoutant parfois les titres des ouvrages ou en réunissant des citations successives sous la formule vague £x o'-a'^opwv AÔ-'tov. Néanmoins, on peut remarquer que des vingtcinq Pères cités par Léonce, vingt se retrouvent dans les florilèges d'Éphrem ; les deux polémistes ont environ quarante titres d'ouvrages communs et, lorsque le texte même apporté par Éphrem est connu, seize fois il y a concordance littérale ou presque littérale avec une citation faite par Léonce. On peut d'autant moins méconnaître la force probante de ces constatations qu'il est certain que les polémistes de cette époque ne puisaient pas, en général, leurs autorités directement et immédiatement dans les écrits des Pères. Depuis le temps du concile d'Éphèse des collections patristiques s'étaient élaborées et transmises avec une certaine fixité substantielle qui n'exclut pas des appauvrissements ou des accroissements secondaires (-)• Les controversistes catholiques ou monophysites
(1) L. c, p. 50 et sv.
(2) L'histoire des florilèges patristiques est encore de date assez récente. Ne pouvant nous attarder ici à cette question, malgré l'intérêt qu'elle présente, nous nous contentons de renvoyer au travail de T. Schermann, Die Geschichte der dogmatischen Florilegicn voin V-VIII Jahrhiindert. Leipzig, 1904. Le florilège diophysite peut être considéré en Occident et en Orient ; ici, il semble commencer avec une collection patristique préparée par les évêques du patriarcat d'Antioche à la fin du concile d'Éphèse; Théodoret reprend l'idée et développe le florilège dans la première édition de l'Eranistes puis, en donnant la forme définitive à cti ouvrage, il s'approprie tout le dossier patristique du concile de
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trouvaient dans ces florilèges des ressources appréciables présentées sous une forme qui en rendait l'usage rapide et commode; ils se sont bien gardés de les négliger. La correspondance remarquable notée par le D' Junglas entre les autorités patristiquesd'Éphrem et celles de Léonce de Byzance a paru ne s'expliquer que par un rapport de dépendance littéraire proprement dite entre ces deux écrivains, et cette conclusion semble de nouveau se dégager de la comparaison des théories et des explications doctrinales. Le D' Junglas se borne à noter les parallélismes les plus frappants ; de part et d'autre on fait remarquer que les Pères ont souvent employé les termes 'fûcr-,;; et 'J-ocTTaG-'.; dans un sens différent de celui qui est actuellement reçu ; la formule ex oùo ç'jc-eo^v est rejetée comme exprimant l'existence de deux natures avant l'union ; la formule ;j.^a '^-jt'.; -zoù ^£où Aôyou (7£a-apxw|/.£VYi est expliquée dans un sens diophysite; même interprétation de la [j-'.y. '^"ji'.c, t-jv^Ieto;, même négation de la possibilité de l'union xa'i''J-ô'7Ta7',v pour les 6;jLoo'Ja-',a ; concordance parfaite pour accorder à 'f'j<7\:; la valeur de oÙ7'!a, ^dvoc,, xo!.vôv et à ii-ôrj'zy.'i'.ç, celle de -oôtw-ov, ',o'//.ôv, •/.aO'sxa'TTov ; même principe fondamental en vertu duquel un être, bien qu'étant 'f ^7-,;, n'est pas
Chalcédoine. En Occident, les premières autorités sont alléguées par S. Célestin contre Nestorius ; Cassien enrichit cette documentation dans ses livres sur l'Incarnation, dédiés au futur pape S. Léon qui s'en souvient dans le florilège ajouté après coup à la célèbre lettre dogmatique à Flavien et l'augmente encore en 458, en écrivant à l'empereur Léon I. A la fin du v^' siècle, le pape S. Gélase joint aussi une collection patristique importante à son traité des deux natures dans le Christ. C'est jusqu'à ce point qu'est conduite l'histoire du florilège diophysite dans la belle étude de L. Saltet, Les sources de l'Eranisics de Théodoret, dans la Revue d'histoire ecclésiastique, 1905. t. VI, p. 289-303, 513- 536 et 741-754. Nous donnerons quelques détails sur certaines collections ultérieures qui se rattachent à ce type. L'histoire du florilège monophysite est encore moins avancée ; si l'on nous le permet, nous indiquerons comme premiers jalons dans cette étude les florilèges de S. Cyrille dans le discours prophonétique aux sœurs de l'empereur et dans la première session du concile d'Éphèse (Mansi, Concilia, IV, 689 et sv., 1183 et sv.); le florilège attribué à Eutychès (Amelli, dans Spicilegiiim Casinense, 1. 1, p. 91 et sv., 1893) ; les témoignages patristiques annoncés par Dioscore d'Alexandrie au concile de Chalcédoine (Mansi, Concilia, VI, 679 et sv.) ; le florilège antichaicédonien de Timothée >E!ure, dans son grand traité « contre ceux qui disent deux natures » (en syriaque dans le ms. Addit. 12156 du British Muséum ; une analyse d'après la version arménienne dans F. Caval- LERA, Le dossier patristique de Timothée /Elure, dans le Bulletin de littérature ecclésiastique de Toulouse, 1909, p. 342-359); enfin, le florilège considérable et bien mis au point qui termine le grand ouvrage Contra Grammaticum de Sévère d'Antioche (Addit. 12157, f. 200-216, au British Muséum).
nécessairement ÛTtcaraa'.ç ; bref, aucun problème n'est traité par Léonce qui ne soit pas également touché par Éphrem (').
Cette comparaison minutieuse fait grande impression et vraiment, nous ne songeons pas à attaquer la parenté littéraire entre nos deux auteurs. Mais cette parenté peut différer d'espèce et de degré et lorsque le D"^ Junglas la précise en un sens qui fait des œuvres d'Éphrem la source directe et principale des écrits de Léonce, nous croyons qu'il avance plus qu'il ne prouve et même qu'il se laisse induire en erreur. La priorité chronologique qu'il attribue à l'activité littéraire d'Éphrem n'est pas démontrée. Il veut que le premier écrit polémique de Léonce, le traité Adversus Nestorianos et Eutychianos (-') soit nécessairement postérieur à 536, date à laquelle Éphrem comptait dix années de patriarcat et avait été déjà intimement mêlé aux luttes christologiques (^). Sans doute, tout le second livre de ce traité suppose que la rupture entre Sévère d'Antioche et Julien d'Halicarnasse s'est déjà produite, mais retarder, comme on le fait, la naissance du julianisme jusqu'en 536, c'est manifestement se tromper à la suite de Théophane le Confesseur. En effet, dès 533, dans une lettre à Justinien, Sévère fait mention de cette querelle (^); bien plus, nous avons cru pouvoir affirmer que la controverse entre les deux évêques monophysites battit son plein entre les années 523 et 528 car, à cette dernière date, Paul de Callinice, réfugié à Édesse, y avait déjà traduit du grec en syriaque les écrits composés par Sévère au cours des difficultés avec Julien (•). Ceci nous ramène à une chronologie plus flottante, d'après laquelle le premier écrit polémique de Léonce a pu être composé entre (c) 527 et 544; le rapport chronologique de l'activité littéraire d'Éphrem à celle de Léonce n'est pas nécessairement une priorité mais peut être une simple concomitance.
Une considération nous met a priori en défiance contre la dépendance littéraire si catégoriquement affirmée par Junglas. Nous l'avons vu, presque tous les écrits dogmatiques et polémiques du patriarche, que Photius nous a fait connaître et sur lesquels
(1) Junglas, o. c, p. 53 et sv. Tous ces parallélismes sont accompagnés de références exactes.
(2) PO, t. LXXXVI, P. I, c. 1267 et sv.
(3) Les détails de l'argumentation /. c, p. 54 et sv.
(4) Zach., p. 201 et sv.
(5) J. Lebon, /. c, p. 71 et 174. Cfr J. S. Assemani, Bibliotheca orientalis clementino-vaticana. t. 11, p. 46. Rome, 1721.