‹ Mélanges d'histoire offerts à Charles MoellerChapitre 47 sur 149 · ÉPHREM D'AMID, PATRIARCHE D'ANTIOCHE · texte numérisé non relu

ÉPHREM D'AMID, PATRIARCHE D'ANTIOCHE

porte la comparaison, ont le caractère de correspondances privées. Conçoit-on bien, pour des lettres adressées par Éphrem à des particuliers, une publicité si large et si rapide que Léonce de Byzance ait pu les posséder et s'en inspirer presque immédiatement après qu'elles eurent été composées? Au fait, nous ne croyons pas que l'évidente parenté littéraire que l'on constate entre Éphrem et Léonce doive s'expliquer par une dépendance littéraire proprement dite ; à notre avis, on résoudrait mieux le problème en attribuant aux deux polémistes des sources communes auxquelles ils auraient puisé d'une façon indépendante. Mais ici, nous ne pouvons donner que quelques indications ; cette étude est, en effet, bien difficile parce que les documents nouveaux dont elle doit tenir compte, de même que les écrits du patriarche, ne nous sont qu'imparfaitement connus.

En toute hypothèse, Éphrem d'Antioche ne peut pas être considéré comme l'unique source des florilèges de Léonce de Byzance ; junglas lui-même fait remarquer qu'il lui manque les citations de cinq auteurs : Augustin, Gélase, Hippolyte, Irénée et pseudo- Justin (')• En outre, Léonce doit avoir rencontré des collections de textes empruntés à Diodore de Tarse et à Théodore de Mopsueste, qu'il cite abondamment dans son troisième florilège (^). Toutes ces citations nous empêchent également de nous contenter, dans l'assignation des sources de Léonce, d'ajouter aux quatre florilèges étudiés par Junglas le florilège du pape Gélase. Nous croyons devoir faire intervenir ici deux autres collections patristiques, dont l'existence nous est révélée par Sévère d'Antioche, dans son ouvrage Contra Grammaticum (^). Sévère nous apprend que, sous le patriarcat de Macedonius de Constantinople (496-511), deux florilèges diophysites virent le jour dans la capitale, l'un exclusivement cyrillien, l'autre composé de citations variées. Ils ne tardèrent pas à circuler en Orient, où Jean le Grammairien de Césarée les mit à profit dans son Apologie pour le synode de Chalcédoine, que Jean de Scythopolis défendit également dans un ouvrage très étendu. Les articles de ces florilèges, que nous ne possédons plus, sont loin de nous être tous connus; Sévère n'a noté qu'une partie des citations que le Grammairien y avait

(1) Il serait étrange que Photius eût précisément passé toujours sous silence ces cinq auteurs, si Épiirein les avait parfois cités.

(2) Junglas, o. c, p. 34 et sv.

(3) Pour les renseignements sur cet ouvrage de Sévère et sur les écrits et florilèges diophysites dont il nous a fait connaître l'existence et la nature, voir J. Lebon, 0. c, p. 45 et sv., 125 et sv.

puisées, c'est-à-dire les textes au sujet desquels il y avait lieu de présenter des observations qui en détruisaient la valeur, soit que le texte fût apocryphe, soit qu'il fût corrompu ou mal interprété par le Grammairien et les diophysites. On ne s'attend pas, sans doute, à trouver ici des tables et des statistiques semblables à celles que le D"^ Junglas a dressés avec tant de soin ('). Les références aux textes encore inédits de Sévère seraient compliquées et à peu près inutiles; en outre, il faudrait remarquer que Sévère n'entend relever ni tous les noms, ni tous les témoignages allégués dans les deux florilèges diophysites. Nous avons cependant établi les comparaisons sur les bases restreintes que nous possédons. Des 250 citations du florilège cyrillien, quatre nous sont indiquées par Sévère, et Léonce en reprend une, ainsi qu'Éphrem qui en a très probablement une seconde (-'). Les curieuses citations (apocryphes) d'Amphilochius d'Icône, de Cyriacus de Paphos, d'Éphrem le Syrien, de S. Isidore de Péluse, etc., communes à Léonce et à Éphrem, se trouvaient, d'après Sévère, dans l'autre florilège de Constantinople ('). Ce dernier renfermait également des témoignages empruntés à Diodore de Tarse et à Théodore de Mopsueste, qui expliqueraient les citations qu'en fait Léonce de Byzance (■'). Dans ces conditions et vu les considérations déjà présentées auparavant, nous croyons que Léonce de Byzance et Éphrem d'Antioche ont puisé dans les florilèges diophysites que nous venons de signaler. Cet emprunt peut s'être fait par l'intermédiaire des écrits du Grammairien chez qui nous retrouvons, toujours d'après Sévère, tous les points spéciaux de doctrine sur lesquels le D' Junglas appuyait encore son affirmation au sujet de la

(1) L. c. p. 24 et sv., 48 et sv.

(2) C'est la citation n° 73 chez Léonce et, pour Éphrem, dans Photius, /. c, 1013 C.

(3) Dans le 3'' livre du Contra Grammaticum, à partir du ch. XXXI, Sévère passe en revue les citations empruntées par les diophysites et reprises par le Grammairien à S. Basile, S. Grégoire de Nysse, S. Athanase, Amphilochius d'Icône, S. Cyrille d'Alexandrie, S'. Jean Chrysostôme, S. Grégoire de Nazianze, Gélase de Césarée de Palestine, S. Cyrille de Jérusalem, S. Éphrem le Syrien, Cyriacus de Paphos, S. Isidore de Péluse, S. Proclus de CP., S. Jules de Rome, S. Irénée de Lyon; tous ces noms reparaissent chez Léonce de Byzance et la plupart chez Éphrem d'Antioche. Les détails donnés par Sévère pour démasquer les apocryphes et les faux sont particulièrement intéressants pour fixer l'origine de certaines traditions littéraires, ainsi que nous espérons le montrer dès que le texte du Contra Grammaticum aura paru.

(4) Ce détail dans Zach., p. 120.

ÉPHREM d'aMID, PATRIARCHE d'aNTIOCHE (526-544). 213

dépendance littéraire de Léonce à l'égard d'Éphrem (')• Ainsi, si Éphrem et Léonce s'occupent tous deux de sens de 'fJ7'-; et û-ôo-rao-',; chez les Pères et affirment que ces termes ont été employés dans un sens différent de celui qu'ils ont actuellement, Sévère nous apprend (ch. XIV) que les diophysites ont prétendu que S. Cyrille employait 'fj^--,; et -J-ÔTTao-',; pour oj^-la; si Léonce et Éphrem rejettent la formule sx oùo '-^-jtsojv comme comportant l'existence de deux natures avant l'union, d'après Sévère (ch. XV) cet argument était d'usage courant parmi les diophysites et, déjà avant le concile de Chalcédoine, parmi les adversaires plus ou moins nestoriens de S. Cyrille ; si Éphrem et Léonce donnent un sens diophysite à la formule \j'.'j- 'fj^'-; 'oO 9eo-j Aô-'ryj 7£7apxw;j.Évr,, nous savons par Sévère (ch. IX et XVI) que le Grammairien trouvait déjà que, chez S. Cyrille lui-même, la formule avait réellement cette valeur (-). Ces références pourraient être multipliées; elles le pourraient surtout si nous connaissions davantage les écrits du Grammairien, de Jean de Scythopolis et des autres auteurs et polémistes néochalcédoniens, tel, par exemple, cet Heraclianus de Chalcédoine dont la science et la polémique, d'un caractère surtout spéculatif, peuvent avoir inspiré Éphrem d'Antioche aussi bien que Léonce de Byzance ( ')• N'oublions pas d'ailleurs qu'il n'y a rien qui doive nous surprendre et qui demande une explication spéciale en bien des parallélismes d'idées chez des auteurs qui avaient à défendre les mêmes vérités contre les mêmes agresseurs. La résistance, comme l'attaque, n'en était plus à ses débuts et, pour peu qu'ils fussent de leur temps, les polémistes chalcédoniens pouvaient déjà tirer bien des armes de l'arsenal préparé par leurs devanciers.

Ces quelques pages ont remis en lumière la personnalité d'Éphrem d'Antioche, qui méritait mieux que l'oubli. A son œuvre doctrinale et polémique elles ne laissent peut-être pas beaucoup d'originalité mais, on l'aura vu, il n'est que juste de faire remonter plus haut que lui la création du mouvement théologique qui concilia, dans leur interprétation véritable, les formules christologiques, en apparence si opposées, de S. Cyrille et du concile de

(1) eu supra, p. 209 et sv.

(2) Voir les titres des chapitres du III Contra Grammaticum dans J. Lebon, 0. c, p. 527-538.

(3) JuNGLAS, 0. C, p. 56 et sv.

Chalcédoine. Nous connaissons déjà plusieurs noms : Léonce de Byzance, Heraclianus de Chalcédoine, Jean de Scythopolis, Jean de Césarée, Macedonius de Constantinople; avec ces polémistes, Éphrem d'Antioche a sa place marquée, quoique non au premier rang, dans le groupe des àvope; GeocpiAsiT; xa-. twv Gs'-wv ooy[j.â-:o)v è7rL8'j|jt.r-'//'.w; l'/yz—q, de cette époque, pour reprendre l'expression de l'un d'entre eux (')• Puissions-nous retrouver leurs œuvres! Les anciennes bibliothèques, qui ont déjà fait à la patrologie tant de restitutions heureuses, ne nous défendent pas de caresser cet espoir; s'il se réalisait un jour, nous souhaitons que les textes montrent que les jalons que nous avons plantés dans ce modeste essai ne s'écartent pas trop de la voie de la vérité.

J. Lebon,

professeur à l'Université catholique,

président du Collège du Saint-Esprit,

Louvain.

(1) Leont. Byz.. Contra Nestorianos et Eiitychianos, PG, t. LXXXVI, c. 1268 B.

Les trois recensions grecques

du Martyre de l'apôtre Philippe.

Le Martyre de l'apôtre Philippe est certainement la partie la plus considérable des Actes apocryphes, qui nous sont parvenus sous ce nom (')• H nous est connu en grec par trois recensions différentes, représentées par un nombre assez considérable de manuscrits (-). Nous voudrions examiner les relations littéraires, qui existent entre ces trois recensions, en vue de préciser leur valeur respective pour la reconstitution du Martyre primitif. Pour plus de commodité, nous les désignerons par les sigles A, B, C, d'après le rang qu'elles occupent dans l'édition de M. Bonnet, qui les juxtapose pour la commodité de l'étude.

Évidemment elles représentent, chacune à sa manière, un même original primitif. Il suffit de lire un chapitre, qui leur soit commun (•^), pour s'en assurer. La trame du récit est manifestement la même. On y retrouve les mêmes épisodes romantiques, la même série de discours, à part quelques divergences de détail, que nous aurons à examiner. La question se pose de déterminer leur rapport entre elles et leur rapport avec la légende, qui doit leur avoir servi de source.

A et C à ce point de vue sont tout d'abord à mettre à part. Si l'on compare leur légende à celle représentée par B, on constate bien vite qu'ils se rencontrent dans une série de détails caractéristiques, que celui-ci ne possède pas. On trouve des corrections qui leur sont propres (^), des traits que l'on chercherait en vain chez

(1) LiPSius-BoNNET, Acta apostolornm apocrypha, II, 2, p. 41 et svv. Leipzig, (2,1 Voyez ibid. et comparez l'introduction p. vni et sv.

(3) La recension C ne remonte pas aussi haut que les deux autres, dans le récit du martyre. Elle commence seulement au ch. 123, de l'édition Bonnet, p. 51, 19, avec la réunion des prêtres païens qui décide le supplice des deux apôtres. A et B, au contraire, commencent au ch. 107 de l'édition, p. 41, 1, 19.

(4) Comparez, éd. cit., 57, 6, 24, avec 57, 15; A et C ont une expression adoucie, voilée, pour rendre l'ascétisme orêché par les apôtres. Voyez la même intention édifiante dans un autre procédé de A, 50, 5, comparé à B, 50, 21.

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leur partenaire (')• Mais tout aussi bien ce dernier se rachète par ailleurs et nous offre des passages sans parallèle chez les deux autres (-). Enfin on peut relever dans le premier et le troisième groupe une série de rencontres en des détails trop menus et trop délicats, pour s'expliquer autrement que par une dépendance littéraire de ces deux recensions à l'égard d'une même source (^). Je devrais dire à l'égard d'une même recension du Martyre de Philippe ; car la source de A et de C se présente à nous avec des caractères assez nets et des tendances assez systématiques, pour que nous puissions essayer de déterminer le travail qu'elle a fait subir à la légende primitive. Dans ses corrections, ses omissions, elle nous révèle de la part de son auteurd es scrupules dogmatiques que nous comprenons et aussi des principes littéraires de compotion, qui l'ont guidé dans ses retouches. On a déjà signalé les amendements destinés à donner une teinte orthodoxe à des traits plus ou moins choquants. Elle voile par exemple les tendances

Voyez aussi A, 51, 15; C, 51, 25 et 52, 16. — Un exemple topique est celui que l'on lit 63, 3, 20, comparé à B, 62, 13. On ne peut douter de la valeur de la formule de ce dernier, à considérer le contexte commun aux trois recensions, 61, 6, 16, 22 et des passages tels que 84, 9, 16, 26. La correction se comprend et B lui-même n'a pas écliappé complètement à la tentation d'amendement; il supprime l'invocation au Dieu unique et tout-puissant, comparez 62, 13 à 63, 4, 20. — Comparez encore A et C, 76, 7, 27 à B, 76, l7.

(1) A et C, 57, 8, 25 mentionnent un geste des apôtres, inconnu dans B, 57, 19; — 62, 1, 16, ils ont l'intervention de Jean et de Barthélémy, sans correspondant dans B, 62, 15. A noter toutefois que C lui-même renferme à cet endroit, 62. 18, un trait, qui lui est personnel ; ■ — B ne parle pas de la voix du ciel, qui proclame le triomphe de l'apôtre, chez A et C, 88, 1 ; 87, 26. Comparez à ce sujet 69, 14 à 24, où le silence de B est expliqué par son inintelligence de la parole du Sauveur ; — de même le fameux miracle de la vigne, annoncé et réalisé chez A et C, 84, 2, 20; 88, 5, 20, dont B ne dit mot, 84, 15 ; 88, 12. L'origine littéraire de ce prodige ajoute une nouvelle valeur au rapprochement de A et deC.

(2) Voyez 57, 18-19 la guérison de Stachys, sur laquelle on fera bien de lire le passage curieux du codex vaticanits 808, inséré par .M. Bonnet dans l'introduction à la publication de notre texte, p. .xv ; comparez A et C, 57, 7, 25; — de même 68, 13-15, comparé à 68, 4, 24. Le trait conservé par B est une allusion à l'épisode raconté dans l'Acte VIII de Philippe, qui a des relations avec le Martyre, voyez éd. cit., 36, 27-34, 37, 13; — voir aussi la mention de Stachys, 73, 13 chez B, que n'ont pas A et C, 73, 4, 72, 28 ; — le prodige de B, 89, 11, sans correspondant chez A et C, 89, 4, 20; — voyez enfin 58, 15, comparé ta 58, 1, 19.

(3) Je signalerai à ce propos des faits tels que la faute de lecture, 58, 9, 27, o £t<; Botf/èz, pour ô 'j'.oa B., 58, 20; — un phénomène de même nature, 63, 6, 21, comparé à B, 63, 11. Les deux textes nous présentent deux variantes d'un même original, certainement indépendant de K. Tout le passage est à lire, si l'on se

encratiques, au moins littérairement, qui déparent sa source ('); à un autre endroit, elle change l'entête de la prière de Philppe, le faisant parler à Dieu, au lieu et place du Christ, de façon à éviter le reproche de « panchristisme », si commun aux romans apostoliques (-) ; dans la même pensée, on substitue la Trinité au Christ, dans le discours sur le mystère de l'économie ( ')• je suis assez porté à mettre sur le compte du même scrupule l'intervention de Jean, Barthélémy et Mariamnè, pour calmer la colère de Philippe (^). Par leur intervention charitable, on aura voulu contrebalancer l'impression que devait susciter chez certains lecteurs l'éclat de colère de l'apôtre. Je me permets de croire que la recension, source de A et de C, n'a pas épargné complètement le fameux discours sur le mystère de la crucifixion, qui, dans la forme où nous le possédons, conserve malgré tout des attaches incontestables avec le morceau analogue que nous lisons dans les Actes apocryphes de l'apôtre Pierre (■). Je voudrais pouvoir le démontrer plus en détail, par une analyse du passage, la comparaison des différentes recensions et la comparaison avec le discours des Actes de Pierre.

rappelle ce que nous avons dit du contexte immédiat et si l'on compare encore 63, 7, 21 à B, 63, 15 ; — les chiffres de A et C, 65, 7, 9 ; 23, 25, ne correspondent pas à ceux de 65, 15, 16; — 71, 7, 25, A et C distinguent nettement les deux groupes, les fidèles et la foule, confondus par B, 71, 17, qui omet en conséquence riiommage silencieux des fidèles, les vrais initiés ; — à lire tout entier le discours symbolique de la crucifixion de Philippe, si maltraité dans la seconde recension, sans que nous puissions, il est vrai, garantir la fidélité du texte commun à A et C; voyez surtout des traits, comme ceux-ci : A et C, 74, 1, 22, comparé à B, 10; 74, 4, 24, comparé à B, 18 ; 75, 1 , 20, comparé à 75, 10 ; 75, 4, 22, comparé à 75, 10; 75, 6, 23, comparé à B, 75, 16.

(3) Comparez 76, 7, 27 à 17. La nuance qui sépare les trois textes est assez faible, il est vrai, mais reste suggestive.

(4) Comparez 62, 1, 16 cà 52, 12. Nous croyons au caractère adventice de cette notice, 1. à cause des tendances de la recension, source de A et de C ; — 2. B non seulement n'a pas l'incident, mais il le contredit : 61, 15, il fait participer Barthélémy à l'éclat de colère de Philippe; — 3. Les allusions trop littérales aux textes évangéliques, aux faits de la vie terrestre du Christ ne rentrent pas dans la manière des Actes, comparez 76, 8. 26; — 4. A ici comme ailleurs renforce la correction de son modèle, comparez A, 62, 3 à C, 62, 18; — 5. enfin la réponse de Philippe à cette intervention charitable nous ramène précisément au texte, qui termine son premier éclat, comparez 62, 11, 23 à 61, 7, 18, 23. — Chose curieuse, l'ajoute de A, au texte de C, dont nous parlons au 4., a eu pour effet de faire disparaître la notice que possède ce dernier sur le départ de Jean, 62, 23.

(5) 73, 11, 20, 25. Comparez Actes de Pierre, dans Lipsius-Bonnet, ouv. cit., I, p. 90, 20.

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Cet examen nous mènerait trop loin, sans ajouter grande force à la démonstration que nous avons esquissée. Il faut cependant retenir que par ces tendances dogmatiques, nous n'entendons pas toujours viser une préoccupation intensive d'orthodoxie ; le rédacteur, semble-t-il, aura été plus souvent embarrassé par l'expression et la tournure de phrase de sa source, parlant un langage inintelligible pour son époque à lui, que choqué par les idées philosophiques et théologiques de la légende primitive. Et que semblables singularités devaient se trouver en particulier dans le discours de la croix, nous pouvons le croire, en raison du sujet lui-même et en raison de l'analogie avec le discours des Actes de Pierre.

A côté de ces tendances dogmatiques, des préoccupations littéraires ont influencé le travail de la recension, source de A et de C. Son auteur, semble-t-il, a pris pour principe de travail de composition de retrancher, autant que faire se pouvait, toute allusion à des événements antérieurs, aux épisodes qui n'avaient point trouvé place dans le martyre de l'apôtre. Le procédé s'explique de luimême; on n'a pas voulu charger l'exposé et se condamner à nous fournir une explication des allusions qui intervenaient assez souvent au cours de la passion de Philippe (')•

Cependant la première recension. A, reprend pour son compte ce travail de refonte et dogmatique et littéraire, pour l'accentuer encore. A et C nous apparaissent de ce fait comme deux recensions d'une même source, indépendantes entre elles. C'est ainsi que le premier texte supprime au cours du récit toutes les mentions des étranges compagnons de l'apôtre, le léopard et le chevreau {^),

(1) A et c omettent le procédé employé par les apôtres pour tuer les serpents et les dragons, 57, 7, 25, comparé à B, 57, 18. Il ne faut pas voir ici une allusion au récit de l'Acte IX, éd. cit., Il, 2, p. 39, 22 et sv. Le fait est localisé explicitement dans la ville d'Ophiorymê ; — 57, 8, 25, on omet la guérison de Stachys de B, 57, 20. Le récit de cette guérison, conservé par le Vaticanus 808, Lipsius-Bonnet, /. cit., p. XIV, quoique d'une fidélité douteuse, suppose cependant l'existence de l'épisode dans la légende primitive ; — voyez encore 68, 4, 24 ; 74, 2, 22, on omet le rappel des hésitations de l'apôtre à son départ, racontées dans l'Acte VIII, /. cit., 38, 27 et sv., que nous conserve B, 68. 12; 74, 12; — voyez de même le nom de Stachys omis, 74, 4, 28, cité par B, 73, 13.

(2) Pour comprendre cesin-^ulier compagnonage,lire l'Acto VIII,Lipsius-Bonnet, éd. cit., 37, 34 et svv. — Comparez 56, 7 à 56, 17, 25 ; 58, 1 à 58, 13, 24 ; 71, 5 à 71, 15, 23, 25; 88, 11 à 88, 16, 25; voyez encore 52, 5 et 18. 20 et svv. La meilleure preuve que le trait existait dans la source utilisée par A réside dans ce fait que la première recension n'a pas été fidile à sa méthode jusqu'au bout; elle a conservé à tout le moins une allusion aux deux animaux, 63, 10: comparez 63, 14, 23 ; et même une mention explicite, 78, 9, comparez 78, 18, 27.

que le troisième a gardées soigneusement, conservant ainsi un trait authentique, que la seconde recension B a négligé elle-même en certains passages (')• Mais ce sont surtout les corrections destinées à donner au récit une tonalité plus conforme aux pensées dogmatiques, à la tradition de son époque, qui caractérisent le travail du premier recenseur. Si son zèle n'a pas toujours été à la hauteur de la tâche, c'est qu'il n'a pas toujours compris son modèle et que ses corrections visent plutôt à réaliser un travail d'adaptation qu'une correction dogmatique (-). Il s'attache à maintenir tout le long du récit l'identification d'Ophiorymê des Actes avec Hiérapolis d'Asie, considéré par la tradition comme le lieu de la mort de Philippe (')• Nous verrons plus loin ce qu'il faut

(1) Comparez B, 58, 14 à C, 57, 26. Le trait conservé par C est authentique; nous le retrouvons dans l'Acte VIII, éd. cit., 39, 5, aussi bien qu'il a une analogie dans un passage des Actes de Pierre, Lipsius-Bonnet, Acta apostolorum apocrypha, I, 57, 1,8; — 71, 23, C encore est seul à nous montrer les deux compagnons de l'apôtre, occupés à considérer le Sauveur ; le trait est bien romantique.

(2) A, 58, 12, parle du mystère de la croix de façon à nous montrer qu'il n'a pas saisi le symbolisme, qui apparente le texte correspondant de C, 59, 14, avec le discours à la croix des Actes d'André, Lipsius-Bonnet, Acta apostolorum apocrypha, II, 1, p. 54, 23 et svv. ; —60, 2, il laisse de côté la description de la genèse du serpent, C, 59, 21. A remarquer comment il s'est tiré de ce pas, en soudant la formule d'introduction du passage avec la conclusion, comparez 60, 1-2, avec C, 59, 21 ; 60, 21 ; — 69, 4, traduit en formules empruntées à la théologie populaire un texte essentiellement identique à B, 69, 22, qui cependant doit avoir résumé; C escamote le passage; comparez 69, 28-30 à 68, 1-3; 70, 20-21 à 70, 1-2; — voyez encore A, 76, 9-10, comparé avec 76, 19, 27 ; tout le passage est à lire. Les corrections de la première recension lui ont fait perdre le rythme primitif, qu'elle ne retrouve que 77, 2 et svv. ; voyez 76, 9, une addition empruntée au symbole ; — A, 89, 9, a une correction dépendant de 69, 4 ; — on devrait citer encore 80, 2, où le texte est mis en concordance avec le récit de la Genèse ; il semble bien que l'original devait parler simplement d'Eve, comparez 81, 1 et B, 79, 12; — enfin nous attirons l'attention sur les corrections qui précèdent l'endroit où la recension C commence, pour lesquelles nous ne pouvons être aussi assuré, étant donné que le contrôle fait défaut, voyei 50, 5, en comparaison avec B, 50, 21 ; comparez encore A, 43, 3, avec le passage du Vaticanus 808, édité par Bonnet dans l'introduction, p. xiv ; le fait est à rapprocher de l'omission de la genèse du serpent.

(3) C'est un trait qui lui est propre ; voyez 44, 19 ; 59, 4, comparé à B, 59, 11 ; C, 59, 16; 90, 5, comparé à B, 14 et surtout C, 23. Dans ce dernier cas, la correction aboutit à nous fournir un texte des plus singuliers. Il semble bien que la source commune à A et C s'était contentée d'affirmer l'identification de la cité fabuleuse avec Hiérapolis dans l'introduction du Martyre; — on peut rattacher à la même préoccupation la couleur plus conforme aux légendes courantes, donnée par A au miracle raconté 55, 10, comparez 55, 17, 24; — nous ne nous arrêtons pas â des passages tels que 59, 4-5. comparé à 59, 12, 17 ; A n'a pas compris le jeu de mots, sans compter la faute de lecture.

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penser de cette identification, que nous retrouvons également dans l'introduction au Martyre de la seconde recension. Constatons seulement la fidélité de la première recension à nous l'imposer. Et retenons de cet examen une juste défiance à l'égard de son texte.

Si nous considérons à part la troisième recension, nous sommes tenté de la trouver plus réservée dans ses corrections, plus respectueuse de son modèle, pour autant que la comparaison des textes nous permet de conjecturer la teneur de celui-ci. Nous n'avons pas à insister sur des faits tels que des fautes de lecture (0, ou le manque de compréhension, qui éclate particulièrement dans l'omission d'un passage du discours du Sauveur, condamnant l'apôtre à attendre quarante jours après sa mort, avant de recevoir la récompense céleste, juste punition de sa colère (-). A part ces réserves sur des points de détail, nous pouvons accorder meilleure confiance à la troisième recension dans la reproduction de la source qui lui est commune avec A.

11 nous reste maintenant à rapprocher cette dernière, pour autant que ses deux répondants nous la font connaître, de la seconde recension, afin d'établir les relations qui existent entre les deux groupes. Ce que nous avons dit de la source commune à A et C, de ses tendances caractéristiques que B nous a aidé à reconnaître, ne permet pas d'établir un rapport direct entre eux. La seconde recension elle-même nous apparaît avec des caractères personnels. Elle est préoccupée en certains endroits de donner un résumé abréviatif de la légende ( ■)• Cette préoccupation n'est pas d'égale

(1) Comparez 51, 22 avec 51, 12; 64, 25 avec 64, 10; 53, 19 à 53, 4; 54, 23 à 54, 8 et 47, 27 ; 54, 27 à 54, 18 et 55, 1 ; on peut du reste examiner à ce sujet les notes critiques de l'édition de M. Bonnet.

(2) Comparez 69. 28 et svv., avec 69, 1 ; 70, 1 et svv. Le passage est tout aussi maltraité dans les autres textes; A transpose le texte primitif en un langage nouveau ; B n'a pas mieux compris que C ; ils n'ont compris ni l'un ni l'autre les deux étapes du triomphe de Philippe. Ils n'ont pas distingué la proclamation de la victoire du martyre et la proclamation du triomphe céleste, ces deux choses se trouvant ici sans coïncidence, en raison de la faute commise par Philippe, comparez 69, 30 avec 69, 24 ; 69, 3, 14. C'est le premier que la voix céleste annonce, 88, 1 ; 87, 26 ; le détail est o:Tiis par B, 88, 20, qui a vu dans le fait une surcharge oiseuse à côté de 89, 6, 15, 23, où l'apôtre vient annoncer lui-même le second triomphe, son triomphe définitif. Cette correction a amené chez C la suppression de l'annonce du départ de Barthélémy et de Mariamnè, 69, 15, 25.

(3) Comparez le texte des deux premières recensions dans l'édition de M. Bonnet au chap. 115. Le résumé est fait d'après le texte même de l'original, comparez 45, 20 et svv., à 45, 6, 13, 15 ; 46, 16 à 46, 3-5 ; 1 1-13 ; B en ce dernier cas a pris le commencement et la fin du discours, mais il nous sert à corriger le texte de la

intensité dans toutes les parties de la légende; elle va en décroissant au fur et à mesure que l'on avance. D'autre part notre auteur se montre plus indulgent à l'égard des nombreux discours qui émaillent le martyre qu'à l'égard des récits (^). De ce fait, il est aisé de conclure qu'il ne peut être la source qu'ont utilisée A et C. Nous ne croyons pas enfin que la seconde recension ait les mêmes scrupules dogmatiques, les mêmes tendances d'adaptation théologique que nous avons rencontrées chez ses partenaires. 11 a péché à ce point de vue plutôt par défaut de compréhension, élaguant les passages embarrassants, les traits singuliers, qui ne répondaient pas à sa conception du genre (-) ; pour lui on doit dire qu'il s'agit plutôt d'inintelligence que d'intention malveillante à l'égard de son texte.

pre:nière recension ; — le passage le plus caractéristique du procédé est 46, 22. comparé à 47, 9, 27, le recenseur revient sur un épisode qu'il avait voulu passer, tout en laissant subsister les traces de son premier travail; — au chap. 117, il omet la prière de Philippe pour Nicanora, qui se trouvait dans sa source, comparez 47, 26 à 47, 11 et aussi 46, 3, 17; voyez encore les chap. 122-124; — au chap. 126, il omet un détail, 55, 17, comparé à 55, 6, 22, authentique, semble-t-il : Les deux apôtres crucifiés sourient, ce qui rappelle un trait des Actes d'André, LiPSius-BoNNET, Acfa apostolorum apocrypha, II, 1 , p. 60, 21 , 30 ; 26, 24 ; — après avoir été prolixe au chap. 128, il ne conserve que le commencement et la fin du discours au chap. 130. — A partir de là son travail d'abréviation va en diminuant considérablement d'intensité ; on n'en retrouve plus que des traces passagères aux chap. 133, 137 et 140. — Il est inutile de remarquer l'importance de la constatation de son procédé abréviatif au moyen de passages découpés dans le texte même de l'original.

(1) Comparez les chap. 122-126, au chap. 128; comparez encore le chap. 132 au suivant. Enfin rappelons les nombreux discours de la fin du martyre, qui prennent pour ainsi dire toute la trame de la légende ; ici B ne résume plus.

(2) Voyez ce que nous avons dit de 55, 17, comparé à 55, 6, 22 ; — ses hésitations sur le prétendu langage hébreu (?) des apôtres ; comparez 45, 23 ; 58, 19 à 56, 13; 62, 12; nous avons déjà remarqué plus haut sa confusion des deux triomphes de l'apôtre, qui l'a empêché de comprendre des passages tels que 69, 14; lui fait supprimer le miracle de la voix du ciel, 87, 18, qui apparaissait comme un détail oiseux ou même contradictoire avec le fait révélé, 89, 11 ; — de même 72, 19; 73, 20 (comparez A, 72, 6; 73, 11 ; C, 72, 26; 73, 24 et svv.), montrent qu'il n'a pas vu la distinction établie si nettement chez ses partenaires entre la foule et les fidèles présents à la crucifixion ; le discours symbolique de la croix est réservé aux seuls fidèles, les vrais initiés ; — il n'est pas étonnant de le voir arrêté devant la reproduction complète du fameux passage de la genèse du serpent, 59, 11 et svv., du discours symbolique de la croix, 74, 18 et svv. ; comparez 58. 23; — 75, 16, il a omis le détail des six jours du crucifiement de l'apôtre, 76; 6, 23, qui lui aura paru invraisemblable; on connaît cependant un phénomène analogue dans les Actes d'André ; — comparez à ces omissions ses essais timides d'adaptation dogmatique, 42, 16-17; 48, 20; 76, 17; 77, 12; 86, 11.

222 J. FLAMION.

De ces considérations, il résulte que B sans doute est en relation avec la source commune à A et C, mais ne dépend pas d'elle, pas plus que celle-ci ne dépend de lui ; les deux groupes sont des travaux indépendants dérivant d'une même source.

Quels renseignements nous peuvent-ils fournir sur celle-ci ? Telle est la dernière question qui se présente à notre critique. Nous avons à examiner à cette fin deux passages intéressants ; le premier, l'introduction du Martyre, est commun aux deux premières recensions; C, qui commence plus loin sa reproduction du Martyre ne le possède pas; le second, au contraire, morceau d'allure moralisante, appartient en propre à B et à C, mais doit avoir été connu également par la première recension.

L'introduction au Martyre se lit dans les mêmes termes dans l'une et l'autre recension (')• H est inutile de dire qu'elle a pour but de donner un caractère d'historicité à la légende apostolique. Elle réalise ce but par une notation chronologique assez singulière; elle rattache le martyre de Philippe au martyre de Siméon, le deuxième évêque de Jérusalem. Ce fait, aussi bien que les termes mêmes employés, nous font croire que la notice vient en dernière analyse de l'Histoire ecclésiastique d'Eusèbe (-) ; la date du martyre de l'évêque, la 8*^ année de Trajan, doit avoir été empruntée à la Chronique de l'évêque de Césarée (^). La notice historique est suivie immédiatement de la description géographique de la mission apostolique de Philippe. On le suppose parti de Jérusalem (^), traversant les villes et les campagnes de la Lydie et de l'Asie, pour arriver à Ophiorymê, que l'on identifie résolument avec Hierapolis d'Asie ("). L'apôtre est accompagné de Barthélémy, un des 70 disciples (") et de sa sœur Mariamnê et d'autres compa-

(1) 41, 3, 20. — Sur cette introduction historique, voyez Lipsius, Die Apokryphen Apostelgeschichten und Apostellegenden, II, 2, p. 13. Brunswici<, 1884.

(2) EusÈBE, H E, 111, 31, 32, éd. Grapin, p. 325, 329. Paris, 1905. L'ordre sans doute est inverse, Eusèbe parle de Philippe immédiatement avant Siméon, tandis que la notice place la passion de celui-là après le martyre de celui-ci. — Comparez les termes dont se sert Eusèbe, III, 32, 1, avec le texte de la notice, 41, 5 et sv.

(3) La version hiéronymienne le place, il est vrai, à la 10^ année de Trajan; mais l'arménienne est plus hésitante, de même que la première version syriaque. Harnack, Chronologie, I, p. 72, 73, 82. Leipzig, 1897.

(4) Le lien établi avec le martyre de Siméon suffit à le suggérer.

(5) 41, 8. — Tout aussi bien qu'on identifie par le fait même l'apôtre Philippe avec l'évangéliste, son homonyme, dont parle Eusèbe, H E, III, 31 ; identification acceptée par la tradition byzantine.

(6) L'apôtre Barthélémy qui, semble-t-il, est mis en scène dans le Martyre, devient un des 70 disciples. On aura sans doute trouvé le rôle secondaire joué

gnons de moindre importance. Ces données géographiques placent la prédication de l'apôtre dans les pays mêmes que lui assignait la tradition byzantine, telle que nous la trouvons consignée dans les fameux catalogues des apôtres et des disciples du Sauveur ('). Chose singulière, la légende, qui leur doit ce renseignement, réagit à son tour sur eux. Tandis que les premiers catalogues, le pseudo-Épiphane et le pseudo-Dorothée, du vii^' siècle et du commencement du ix<^, font mourir le compagnon apostolique de Philippe de mort naturelle, les dernières recensions de 850 et après ('), le font mourir sur la croix, tel qu'il est annoncé par le Sauveur dans notre Martyre (*)• Aussi est-il permis de voir dans notre introduction historique et dans le texte auquel elle servait de préface, une œuvre datant de la première moitié du ix*^ siècle.

Il en est un autre indice à l'intérieur même du récit. L'apôtre Philippe, avant de mourir, organise la communauté qu'il a fondée ; il donne à cette occasion des conseils aux vierges de la maison de Stachys, et spécialement leur recommande une grande réserve dans leurs courses charitables à travers les rues de la ville, « de peur que Satan ne les tente comme il a fait pour Eve » (^). Le même danger, continuent les deux dernières recensions, se présentera en ces temps. Car il s'en trouvera qui n'auront de la virginité que le nom, sans en posséder la réalité et les œuvres.

par le personnage dans la légende indigne d'un apôtre, et aussi le renseignement du Martyre sur la prédication de Barthélémy en Lycaonie apparaissait en contradiction avec la tradition de l'aire évangélique de l'apôtre. Schermann, Prophetenund Apostellegenden nebst Jiingerkatalogen des Dorotheus iind verwandter Texte, p. 270. (Texte und Untersuchungen. 3= sér., 1, 3'. Leipzig, 1907.

(1) Schermann, ouv. cit., p. 267. Sans doute les catalogues parlent de la Phrygie supérieure, de l'Asie et d'Hierapolis, du diocèse d'Asie, sans mentionner la Lydie. La divergence ne fait pas difficulté, si l'on se rappelle que notre texte fait venir l'apôtre de Jérusalem, vraisemblablement par mer; il le fait passer en Lydie pour l'amener au terme de ses prédications fixé par la tradition.

(2) Voyez sur les dates des catalogues, Schermann, ouv. cit., p. 349 et svv.

(3) 69, 15, 25. — J'attire l'attention sur la notice d'un remaniement catholique des Actes d'André, édité par Bonnet. Supplementum codicis apocryphi, II, p. 14, 24; p. 15, 1, Paris, 1895, qui date précisément du courant du ix'' siècle, comme je crois l'avoir démontré dans Les Actes apocryphes de l'apôtre André, p. 84. Louvain, 1911. Or aux endroits cités, énumérant une série d'apôtres deux à deux, il réunit chaque fois Barthélémy à l'un des deux Philippe ; et dans le second des passages cités, il fait prêcher les deux apôtres dans la Phrygie supérieure, comme le veut le pseudo-Epiphane, Schermann, ouv. cit., p. 267, mais aussi en Lycie et en Pisidie, contrées qui ne se rencontrent pas dans les catalogues.

(4) 79, 4, 9, 19. Voyez à propos des vierges, 50, 4, 22 ; 52, 16 et surtout 65, 9, 16. 24.

224 J. FLAMION.

Introduction à une longue diatribe, caractérisant et condamnant en termes sévères, par des exemples appropriés, les excès de ces faux dévots de la virginité ('). Malgré certaines apparences contraires, je crois pouvoir affirmer que le morceau n'appartient pas au texte primitif et qu'il constitue une interpolation postérieure de même que l'introduction (-). Le but moral voulu, l'allusion manifeste à une situation spéciale, visée par l'auteur, ne rentre pas dans le genre du roman apostolique, dont le Martyre de Philippe, nous semble-t-il, est une page. Les auteurs de ces romans, de par res3ence même du genre littéraire, sont trop dégagés des contingences historiques pour se préoccuper de façon aussi intense d'une situation donnée avec l'intention de moraliser. On a pu en avoir de telle plus tard et nous croyons reconnaître dans ces faux apôtres de la virginité, auxquels on reproche la vie facile, sensuelle, la vanité, l'ambition, la familiarité avec les femmes, « les ecclésiastiques de carrière, libres de leur personne, lettrés et mondains », formant « une minorité plus brillante que vertueuse », coupables des abus condamnés déjà par le Concile de 787. L'époque troublée de l'iconoclasme a dij donner un regain d'influence à ces abbés mondains, qui en furent de chauds partisans par politique ambitieuse (■')• Et ainsi nous aurions dans ce passage une allusion à un fait historique datant précisément de l'époque où

(1) 79, 14, 22 et sv. A doit avoir connu le morceau dans la source qui lui est commune avec C. Le souhait et l'espérance qu'il formule 81, 1, est la transposition de l'introduction du morceau, que notre auteur aura voulu éviter, en raison de son caractère quelque peu compromettant.

(2) En voici les raisons : 1. Philippe dans son discours d'organisation de la communauté, ne parle que des vierges de la maison de Stachys ; or la diatribe en dépasse la portée ; elle s'adresse aux faux dévots de la virginité des deux sexes. La recension C le dit expressément, 79, 23, 26; 81, 22; et même les hommes sont mis à l'avant-plan, on sent qu'ils sont visés avant tout dans la description des faiblesses, 79, 26 à 80, 23, par la parole du Sauveur, 80, 25, l'exemple de Pierre qu'on leur oppose ; voyez encore la discussion, 82, 12. — 2. Nous avons ici le seul cas de citation de la Genèse, que le sujet du Martyre suggérait cependant, (69, 8 doit appartenir en propre à A) ; et aussi, sembie-t-il, de tout l'Ancien Testament; 46, 12, 20 et 47, 6 relevés par Bonnet me semblent contestables. En tout cas, la formule d'introduction de la citation, 81, 9, 15 est unique dans le Martyre. — 3. Le développement ajouté par C, 82, 12, apparaît comme un écho de discussion édifiante, tenue entre moines. — 4. Enfin la reprise de la recommandation initiale, 82, 3, 8, comparé à 74, 4, 9, 19; voyez encore 82, 12, 27, qui constitue un doublet, destiné à permettre à l'auteur de reprendre contact avec sa source. Je crois même que la reprise a gardé plutôt que le premier passage le texte initial.

(3) Pargoire, L'Église byzantine de 527 à 847, 2" éd., p. 305. Paris, 1905.

nous avons placé déjà la composition de l'introduction historique du Martyre de Philippe.

Concluons. 1. Nos trois recensions du Martyre de Philippe dépendent d'une édition de ce martyre, qui date du courant du ix^ siècle. Elle comprenait déjà l'introduction historique que nous lisons chez A et B, comme la diatribe satyrique de B et de C. — 2. Cette recension a été utilisée d'une façon indépendante par la source commune de A et C et d'autre part par B. Le premier rédacteur lui a fait subir un travail de remaniement littéraire et dogmatique d'importance relative. — 3. A et C enfin sont deux recensions indépendantes de la même source. A a accentué encore le travail d'adaptation commencé par la source.

J. Flamion, inspecteur diocésain principal A Arion.

Fragment copte-sahidique

du Martyre de St=Marc [^).

Bien que l'Église d'Alexandrie tienne fermement par une tradition vénérable (") à rattacher sa fondation à l'évangéliste Marc, on éprouve cependant quelques scrupules à considérer cette tradition comme assise sur des bases strictement historiques (^')- La pièce que nous éditons n'est malheureusement pas de nature à combler les lacunes de notre documentation à ce sujet. A première vue, le texte copte se révèle comme une traduction d'un original grec très intimement apparenté aux textes connus du « Martyre de St-Marc » ; on peut même affirmer, du moins si l'on en juge par ce qui nous en reste, que la traduction copte a été faite sur un manuscrit grec représentant sensiblement le même texte que le codex Porisinus 881 du xi*^ siècle (^) ; la seule différence notable est l'addition, faite par le copte, du portrait de l'Évangéliste; or, même en ce point, le traducteur ne faisait que suivre, semble-t-il, son ou ses originaux grecs; car ce portrait se trouve inséré dans le codex Vaticanus 866 (^). L'intérêt du morceau réside donc ailleurs : et d'abord, il est de nature à éclairer la classification des manuscrits grecs de ce

(1) Les caractères coptes employés dans le présent travail ont été fournis par le comité de rédaction de la Revue « Le Muséon >, éditée par J.-B. Istas, 86, rue de Bruxelles, Louvain.

(2) Clément d'Alexandrie ni Origène ne mentionnent cette tradition; le plus ancien témoin en est Eusèbe, Hist. EccL, H, 16. Voir l'excellente mise au point de la question dans M. J. Lagrange, Évangile selon St-Marc, p. xxv-xxvii. Paris, 1911.

(3) DucHESNE, Histoire anc. de l'Église, t. I-, p. 330 et sv.

(4) Edité dans Migne, PG, t. CXV, p. 163-170. D'après M. Nau, Histoire de S. Pacôme, etc. (Patrol. orient, t. IV, fasc. 2) p. 412, ce manuscrit est du x' siècle.

(5) Edité par les Bollandistes : Acta Sanct. Ap. III, p. xlvii. Dans ce codex, le portrait est venu s'insérer au milieu du texte après irj -zXo~jvxz^. et, comme le remarque l'éditeur, < haec parenthesis de forma corporis interrumpit sensum, et alicunde videtur in textiim irrepsisse, margini fortassis primum adscripta». La traduction latine de Surius (De probatis sanctorum vitis, t. II, p. 320-321. Coloniae, 1618), est basée sur un codex de même genre.

FRAGMENT COPTE^SAHIDiQUE DU MARTYRE DE S. MARC. 227

« martyre » ; mais il vient surtout, grâce au texte grec parallèle, éclairer la signification de quelques racines coptes dont le sens indéterminé rendait fort difficile l'interprétation de textes intéressants (').

Le feuillet de parchemin qui nous a conservé cette fin du Martyre de St-Marc se trouve actuellement à la Bibliothèque nationale de Paris, fonds copte vol. 129^^ f. 97 (-). Le texte s'étend, en une seule colonne, sur le recto et la première moitié du verso du feuillet; au milieu du verso commence un extrait des œuvres du célèbre Chenoute, comme l'indique le titre suivant tracé à l'encre rouge (^) : oeuMcpoc eÊioA onuAouoc .vvnene[îtoT e]TOTd.es.& es.nevU]e noTTe n€n[po(|)]uLTHe etc. Comme les œuvres de Chenoute sont en cours de publication (^) et seront accompagnées d'une introduction paiéographique due à une plume particulièrement compétente (^), il serait superflu de décrire ici minutieusement ce feuillet isolé ; d'autant plus qu'il est en assez mauvais état ('*)• Qu'il nous suffise de dire que l'écriture ne paraît guère permettre de faire remonter le volume au-delà du xi*^ siècle.

Cod. Par. 129'^ f. 97 ne^"iyA.nA. efioÀ nç^HTq' js.to) n

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(1) Voir plus loin, p. 229 svv.

(2) Il fait donc partie de la série découverte par M. Maspero en 1883 au monastère blanc. Mémoires de la Miss. archéoL, VI, p. 1 et sv. II existe d'autres fragments coptes de ce « Martyre ■» mais ne faisant pas partie de ce manuscrit.

(3) Voir : W. E. Crum, Catal. of the coptic manusc. in the British Muséum, p. 82, note sous la première colonne.

(4) Corpus Scriptor. Christian, orient. — Scriptores coptici : Sinuthii archimandritae vita et opéra omnia, edid. Joh. Leipoldt, adjuvante W. E. Crum. Trois fascicules ont paru 1906, 1908 et 1913.

(5) M. W. E. Crum.

(6) Il porte trois trous, le coin droit a disparu emportant le chiffre de la page, et l'écriture est parfois complètement effacée.

(7) La forme habituelle est eieÛT, à rapprocher toutefois de la forme einqT^ dans ZoÉGA, Catalogus codicum copticorum, n" CCCIII, 1. 17, et n., 8.

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