FRAGMENT COPTE-SAHIDIQUE DU MARTYRE DE S. MARC
(Tô^Anss-OO // (= àvacpâXavTo;) n'avait pas encore été rencontré jusqu'ici, du moins à notre connaissance. A première vue, ce mot apparaît comme un composé d'une racine verbale suivie du substantif bien connu 25.0:» // tête. Le premier élément 'TôvTV.n par sa vocalisation en es. se révèle comme un participium conjunctum ('), ou une nominale praeformative{'), correspondant à la forme absolue (îlLo7V.n : révéler, découvrir, dénuder. Cette forme ^evAn-2sL(0 // correspondrait donc, comme formation, au français nu-tête, et, comme sens littéral, à À /a tête dénudée, d'où, chauve (^).
ujHp (= oao-uç). Cfr Peyron s. v. ujcop. Zoéga p. 556 1. 19 règles des économes : uceoeM npcvuoe €A\.es.T€ onxeTpïp eTpcTJ'co eTiywp eneTrepHTr : « qu'ils pressent fort les braises dans le fourneau pourqu'elles demeurent massées ensemble ». — Zoéga avait deviné juste : ujnp forte coacervatus, dit-il à la note 28.
Th. Lefort, professeur à l'Université de Louvain.
(1) Steindorff, Kopt. Gramm., %% 350-355.
(2) Stern, Kopt. Gramm., S 173.
(3) C'est sans doute un composé semblable que l'on rencontre dans la forme obscure a'*.'\oTÉio^ qui correspond dans V Apocalypse d'Elie (loc. cit.) au non moins obscur achmimique uje^TAveo^n'A.. A. Bsciai, Noviim auctarittm etc., dans Zeitschr. f. aegyp. Spr., 1886, p. 89, donne encore une forme bohairique : j^Ao^rfico ^ (àvx-^âXavTrjç) ; il donne en outre d'après deux mss de Paris (43 f. 91'' et 44 f. 105^) à cj'i^'A.OTfiiç^le sens d'àvaowÀavTo; et àÂv.îïT'j'^v'A.OTrfiiç^celui d'àva'jaXâ';-:co;j.a. C'est donc avec raison, semble-t-il, que L. Stern, op. cit., dans Zeitschr. f. aegypt. Spr., 1886, p. 125, n. 3. (Cfr Steindorff, Apocalypse, p. 91, n. 7) a rapproché ujôwTMeçjiA du démotique unt- f hin mhl (ou s/?/?) (Papyrus 218 de la Bibl. nation.) qui correspond au grec àva-faXav-co;; du Papyrus Grey. On arrive ainsi à la série :
A. ujevTA\.e^H»\ = àvapxXavTo;
S. <Tdk'A.n-2£.û) ^ »
S. «tekAoTÛiç^ = »
B. e».A.oirûeç^ = »
Chacune de ces formes sera donc un composé d'un participium conjunctum, d'un sens analogue à crto'ÎV.n, suivi d'un substantif désignant la tête ou l'un de ses éléments. — Sur o^rûiç^, otûcç^, fiio^et fieç^^ (?) S. fioirçc, B. êott^i. Voir A. BsciAi, loc. cit. s. v°, ûoTÇMc.
Coutumes ecclésiastiques en Egypte aux VI I^- VI 11^ siècles
d'après des ostraca coptes.
Les ostraca constituent une source de première valeur pour l'étude de la vie privée et publique, dans le bassin de la Méditerrannée, à l'époque byzantine. Le temps est passé où les fellahs commerçants d'Egypte, en quête de stèles, de parchemins et de papyrus, rejetaient les fragments de poterie, de pierre, de chaux ou de cuir, dont les inscriptions ne semblaient guère mériter l'attention des amateurs d'antiquités. Aujourd'hui les ostraca figurent en bonne place dans les musées et les collections particulières, et les grandes publications de Wilcken (') et de Crum (-) les ont signalés à l'attention des historiens et des philologues. La variété de langage, de forme et de sujet qui les distingue, fait en sorte que leur utilisation dépend d'un triage consciencieux, suivi d'un groupement systématique. On nous saura gré de communiquer à ceux qu'intéresse particulièrement l'histoire des institutions ecclésiastiques, les ostraca coptes qui nous révèlent la vie des clercs et moines d'Egypte, au déclin de la domination byzantine et au début de l'époque arabe (^\
On sait que l'ostracon fut pendant des siècles la tablette vulgaire destinée aux usages de la vie quotidienne. Alors que le papyrus était un objet de luxe, l'ostracon servait aux compositions d'écoliers, lettres familières, rapports, quittances, actes et con-
(1) Ulrich Wilcken, Griechischc Ostraca ans Aegypfen iind Nubien, I-II. Leipzig, 1896'.
(2) Walther 'E. Crum, Coptic oiiraca, from th: collections of the Egypt Exploration Fnnd, the Cairo Muséum and ot fiers. Londres, 1902.
(3) Nous tenons à citer ici l'avis de Preuschen, dans son compte-rendu de la publication de Crum : « Die Kirchenliistoriker werden gut tun, sich die zahlreichen Einzelziifje, die das Bild des kirclilichen Lebens vertiefen, nictit entgehen zu lassen. Aus diesen unscheinbaren Dokumenten ist oft melir zu lernen, als aus dicken Kirchenvâterbanden. » (Byzantinische Zeitschrift, 1906, t. XV, p. 644).
trats, inventaires, comptes, permis, et en général à la correspondance entre gens de condition ordinaire (')• Nous y retrouvons des fragments d'auteurs classiques, des textes bibliques et patristiques, des formules liturgiques, des notes de droit canonique. Nous nous bornerons à examiner ici les textes qui nous font connaître l'un ou l'autre côté de la vie ecclésiastique en Egypte aux vii'=-viii'^ siècles, laissant à d'autres le soin de tirer parti des documents, qui, pour être vulgaires au premier degré, se ramènent ultérieurement par leur contenu à l'objet des études bibliques, patristiques ou liturgiques (-).
Les ostraca coptes qui nous sont parvenus se rapportent en partie à l'époque où l'influence byzantine est en baisse par saite de l'invasion persane (612), et disparaît même complètement devant la poussée victorieuse de l'Islam (640i. Les textes du vii^" siècle sont, pour la plupart, en connexion avec les monastères de Thèbes et les ermitages voisins de Tchémé, qui fleurissaient à l'époque des invasions : ce sont des correspondances de moines sur les affaires de la vie quotidienne. Ils constituent la majeure partie de la collection du British Muséum, et proviennent des fouilles pratiquées sur la rive occidentale du Nil, en face deThèbes. Un grand nombre d'ostraca datent de la première période arabe, alors que tous les officiers locaux aussi bien que les fellahs étaient encore coptes chrétiens : ce sont, pour une grande part, des reçus de taxe payée aux envahisseurs {■'). Les ostraca du vii^ siècle traduisent encore la situation en vigueur sous le régime antérieur : les nouveaux maîtres, dans un but politique et économique, respectèrent temporairement les traditions existantes, dont ils se départirent insensiblement dans le courant du viw siècle.
Les données de nos ostraca concordent admirablement avec ce que nous savions déjà par les anciens auteurs et le Corpus Juris sur l'autorité des évêques (^). Ceux-ci avaient pris depuis un siècle une importance de plus en plus grande dans l'administration
(1) Dans une lettre écrite à un supérieur sur un ostracon, l'auteur s'excuse de ne pas trouver de papyrus, attendu qu'il se trouve à la campagne. Crum, o. c, p. 55.
(2) Sur l'importance dïs ostraca au point de vue clirétien, voir A. Deissmann, Licht vom Osten, 2*^-3*^ édit., p. 27 svv. Tubingue, 1909.
(3) Sur le régime des impôts pendant les premiers siècles de la domination arabe en Egypte, voir C. H. Becker, Beitrage zur Geschichte Aegyptens unter dem Islam, fasc. II. Strasbourg, 1903.
(4) Voir à ce sujet Hamilcar S. Alivisatos, Die kirchliche Gesefzgebung des Kaisers Jiistinian I. Berlin, 1913.
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romaine. Au moment où fut rédigé le code de Justinien, ils possédaient déjà une juridiction au criminel, exclusive de toute autre, sur les moines et les clercs. Ils avaient la haute direction de toutes les fondations pieuses, et à ce titre ils se faisaient mettre en possession des biens compris dans les legs pieux. Conjointement avec les magistrats civils, ils désignaient les tuteurs d'enfants, les curateurs des mineurs ou des fous. Ils recevaient dans leurs basiliques un grand nombre d'actes, et leur communiquaient le caractère d'authenticité. Ils avaient à intervenir dans toutes les questions de mœurs et de protection individuelle, soit entre le maître et l'esclave, soit entre le père et l'enfant, soit entre le magistrat et les sujets de l'empire. Ils exerçaient le droit d'asile dans leurs églises, le droit de surveillance dans les prisons (')• Non seulement ils contrôlaient activement toutes les actions des praesides administrateurs (-), entre les mains desquels Justinien avait réuni tous les pouvoirs judiciaires, civils, militaires et fiscaux; mais d'après une novelle ils pouvaient eux-mêmes désigner ces praesides, en s'entendant avec les notables de la province (■').
Telle est bien la situation supposée par nos ostraca : ceux-ci éclairent en outre d'une lumière nouvelle l'organisation ecclésiastique de l'époque. Nous voyons l'évêque ordonner des lecteurs, diacres et prêtres à des charges particulières, et les investir de leurs emplois, prendre des dispositions pour l'organisation du culte dans les églises, ou pour l'exercice de l'autorité dans les diverses localités du diocèse, lancer des édits d'interdit et d'excommunication contre des individus et des villages, correspondre avec des prêtres itinérants, entendre des dépositions et porter des jugements dans des procès locaux, communiquer avec les magistrats, faire la charité ou la recommander (^). Nous donnerons ici la traduction de quelques ostraca intéressants parmi ceux qu'a publiés Crum (■'), en ajoutant les éclaircissements donnés ou suggérés par le savant coptisant.
(1) Loi du 21 janvier 529. (Cod. Just. I, 4, 23.)
(2) Edit du 18 mars 535.
(3) Voir E. RÉviLLOUT, Mémoire sur l2s ostraca etc., dans le Bulletin de l' Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 1870, nouv. sér., t. VI, p. 322 svv.
(4) Crum, o. c, p. xvi.
(5) Le catalogue détaillé de Crum interprète et commente, avec d'utiles références, les ostraca apportés au British Muséum, au musée du Caire et ailleurs avant 1902. — Le fonds du Louvre n'est pas encore publié : d'après Révillout, /. c, le contenu est du même genre que celui des autres collections. — Depuis lors, H. Hall a communiqué les nouvelles acquisitions du Brit. Mus. dans sa publication : Coptic and greek texis of ttie Christian period, froin ostraka, stelae, etc. in t/ie British muséum. Londres, 1905.
Le n» 61 (p. 16) est une lettre de « l'humble » Abraham d'Hermonthis (') à Pésynthius, le magistrat (lasane), son « fils pieux » : «Je m'étonne de ce que vous ne soyez pas confus devant moi, puisque l'homme s'est hâté de venir à moi pour la charité (ou la pitié), disant qu'il est sur le point d'être détenu, et que vous l'avez saisi. Voici qu'à présent la fête est interdite à tout le village, et celui qui baptisera durant cette fête est exclu de la fête, et l'homme qui donnera la communion dans la ville, de toute façon, jusqu'à ce qu'on ait donné ses à l'homme. Si vous n'avez aucune considération pour les hommes, nous enverrons à la cité, et personne ne nous trompera une autre fois, si les choses sont ainsi; car la crainte d'autres hommes nous trompe. Mais vous-même aurez besoin d'hommes » On ne saurait dire exactement en quoi consistait la sanction appelée : « exclusion de la fête». L'expression revient 18 fois dans nos textes ; la peine est infligée par l'évêque, ou implique son intervention. C'est la punition de délits divers : divorce illégal, injustice, négligence de xô-o; (^) ou dans la liturgie, mélange illicite dans la coupe sacramentelle, et d'autres offenses moins graves. C'est une espèce d'excommunication mineure. Une autre sentence est désignée sous le nom d'à-ôx),T,po;, qui signifie probablement l'exclusion du clergé (->)• Le mot se rencontre 15 fois dans nos ostraca; toutes les offenses qui occasionnent l'àTûôxXr.poç sont légères : négligences dans la liturgie, absence à une convocation ou sommation. C'est probablement la suspension: elle est décrétée par l'évêque, ou implique son action. Elle est aussi appelée xyMyJ.pfjiq (n" ad. 40).
Un certain nombre de textes nous éclairent sur les rapports entre clercs et magistrats. Le n" 80 (p. 16) donne la première partie d'une lettre, probablement de l'évêque : « Voici que le fils de Pierre est venu me raconter, disant : Psan m'a exclu de la fête et m'a livré aux magistrats (lasanes). Vous ne ferez pas le service
(1) Sur cet évêque, voir Kenyon, Greek papyri in the Brit. Muséum, I, p. 331. Londres, 1893.
(2) Le TOTTo; désigne le monastère aussi bien que l'église qu'il renferme, tandis que rJ/.y.XTjQ-ta ne désigne que celle-ci ; d'où la difficulté en maint endroit de distinguer l'église et le monastère. Crum, p. xvii. — Nous croyons nécessaire de faire observer que les mots grecs abondent en copte : leur présence dans les ostraca est une preuve nouvelle que le phénomène n'est pas nécessairement le résultat d'une tendance ou d'une exigence littéraire, mais affectait le langage vulgaire lui-même.
(3) Le terme à7:ox>,T|,oow, dans certains canons, est mis en rapport avec des textes tels que Act. VIII, 21.
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(A£'.TO'jpyi!a) de l'autel. Maintenant je désire ». — Le n" 116
(p. 52) contient un rapport de Jean le lasane à l'évêque Abraham, au sujet d'une enquête judiciaire (')• Une autre fois c'est un prêtre qui est chargé d'une mission de conciliation : n» 62 (p. 17), lettre de l'évêque Abraham au prêtre Ananie et à Isaac. « Comme je vous ai envoyé disant : faites une division selon la loi pour Pkale et Psôsh, je désire maintenant que vous alliez, vous, Ananie le prêtre, et Isaac, et que vous fassiez pareille division pour eux selon la justice (Silxawv) de Dieu, ne montrant aucune préférence pour aucun d'eux ». Une enquête à faire par un prêtre est renseignée au n" 70 (p. 17). C'est une lettre de l'évêque Abraham au prêtre Misaël : « Je désire que vous examiniez le cas de l'homme qui auparavant était négligent. Envoyez (et dites-) moi ce dont il s'agit. Si vous ne l'examinez pas, vous êtes exclu vous-même de la fête ».
L'archiprêtre, dans nos ostraca, aussi bien que dans les papyrus, remplace l'évêque pour certaines fonctions. 11 peut excommunier ou lancer l'interdit (n" 83), promulguer les décisions de l'évêque {n°^ 54, 485), transmettre la lettre festale du patriarche au clergé. L'archiprêtre apparaît parfois comme attaché à une église particulière. Il n'est pas jusqu'à présent identifié avec rriyo'Jasvo;, bien que celui-ci apparaisse clairement dans nos textes comme un moine. L'archidiacre est moins souvent mentionné. Nous savons par ailleurs qu'un archidiacre était attaché au -ô-oç de Patermoute (~), un autre au tô-o; de S. Victor (^), un troisième à la « Sainte Église de Tchémé » (^). Un moine archidiacre est nommé dans la stèle 8609 du musée du Caire (Gizeh) (•).
On s'est demandé plus d'une fois où résidaient les évêques. Si les deux évêques, celui du papyrus LXXVII du British Muséum et celui de nos ostraca ne font qu'un, nous devons en conclure que.
(1) On trouve d'Intéressants rapports de magistrats à l'évêque dans la correspondance de Pésynthius, évêque de Coptos, papyrus coptes du Louvre, publiés par Révillout dans la Revue égyptologiqne depuis 1900. — Pésynthius, consacré évêque par Damien, qui était patriarctie d'Alexandrie de l'an 570 à i'an 607 de l'ère chrétienne, fut contemporain de Mahomet. Il vit la double conquête de l'Egypte, d'abord par les Perses, ensuite par les Musulmans. Le Louvre et la Bibl. nation, de Paris conservent d'importants documents à ce sujet. La biographie de Pésynthius se trouve dans un ms. bohairique du Vatican.
(2) Zeitschrijt fiir aefiyptische Sprache, 1884, p. 146.
(3) Ms. du Brit. Mus., or. 4884.
(4) Ibid. 4875.
(5) Crum, 0. c, p. xvn.
comme dans le cas de Pésynthius de Coptos, Hermonthis n'était pas nécessairement la résidence de l'évêque de cet endroit. On cite des évêques vivant dans les monastères, par exemple Aphou d'Oxyrhynchos, passant la semaine au monastère jusqu'au samedi, et Timothée d'Antinoé, qui semble avoir résidé dans une laure (Synaxaire, 13 du mois de Hathor). On rencontre des évêques résignant leurs fonctions et se retirant au désert (0-
Une catégorie intéressante d'ostraca est celle des requêtes de prêtres à leur évêque. Le n*^ 40 (p. 12 s.) est une supplique du prêtre Jean à l'évêque Abraham. Il a quitté son diocèse contrairement aux canons (') ; il prie l'évêque de le recevoir de nouveau et déclare qu'il serait contraire à la loi d'aller dans un
autre diocèse, excepté S'il quitte le diocèse d'Hermonthis et
demeure hors de celui-ci, il restera sans ordination. Jean écrit son engagement de sa propre main. Au n" 31 (p. 9) figure une requête signée par Abraham, lecteur de l'église de The, qui demande, par l'intermédiaire de Victor et de Sabin, à l'évêque Abraham, d'être ordonné diacre pour la même église. L'évêque ayant accepté sa garantie (c?.(7cpâ>.£!.a), le pétitionnaire s'engage maintenant (ypswa-Terv) à servir (TrpoTsys'.v) l'église nuit et jour, à obéir à l'évêque et à ses supérieurs d'après les canons. Il s'engage à prier de jour et de nuit, à apprendre l'Évangile de Matthieu par cœur, à jeûner chaque jour jusqu'au soir en carême, à observer la continence durant les jours de communion (Tx/âys'.v), à réciter ([jLsXsTàv) l'Évangile continuellement, à ne pas sortir sans autorisation. La garantie est formulée comme suit : « Moi Sabin, et (moi) Panau, son sang sera sur nous ». Le n" 29 (p. 9) est analogue : « Vu que nous avons demandé à votre paternité de nous ordonner (yeipoTovsITv) diacres, nous sommes prêts (exoiixoq) à observer les commandements (svToX/J et les canons, et à obéir à ceux qui sont au-dessus de nous, et à nous soumettre ('jTroTâarc7£!.v) aux supérieurs et à veiller à nos couches les jours de communion (a-'jvây£f.v)^ et à posséder l'Évangile selon Jean, et à l'apprendre par cœur (à-oo-:r,- O'I^s'.v) pour la fin de la Pentecôte ; et si nous ne le faisons pas ainsi, mais si nous le gardons auprès de nous et le récitons (acXsTàv), nous n'aurons pas l'ordination. Et nous ne ferons pas le commerce, nous ne pratiquerons pas l'usure, et nous n'irons pas au dehors sans demander (l'autorisation) ». Tous produisent des
(1) CrUM, 0. C, p. XVI.
(2) Can. Apost. XV (Copt. X) ; Nie. XV, XVI, An. III.
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garants : Samuel et Jacques chacun 2, Aaron 3 (l'un d'eux est un prêtre). Ces requêtes sont nombreuses : le choix de l'Évangile semble avoir été libre, l'Évangile de Jean est nommé 4 fois, celui de Matthieu 1 fois, celui de Marc 1 fois, une autre fois l'Évangile n'est pas spécifié.
L'évêque Aphou d'Oxyrhynchos exigeait de chaque diacre à ordonner qu'il connût par cœur 25 psaumes, 2 épîtres de S. Paul et une partie d'un Évangile, alors qu'un prêtre devait connaître des parties du Deutéronome, des Proverbes et d'Isaïe (').
Divers règlements d'ordre liturgique présentent de l'intérêt. Le n" 74 (p. 14) contient un édit, probablement d'un évêque, déterminant la composition du vin à mettre dans le calice. « Si le clergé
ou ce que je déterminerai, dans la proportion de trois (parts) de vin et d'une (part) d'eau (-), et qu'un autre risque d'y ajouter plus d'eau que ne le comporte la mesure que nos pères nous ont prescrite, il est exclu de la fête avec toute sa maison. Ce n'est pas moi qui dis ces paroles, mais le Saint-Esprit qui les a dites, comme il est écrit : nous avons entendu etc. (Ps. XLIV)('0 »•
En fait de peines ecclésiastiques, le no 75 (p. 14) renferme une sentence épiscopale disant : « Au moment où cet ostraca vous arrive, vous êtes à-oxAv.po;, parce que vous avez célébré la liturgie le samedi soir ». Au n" 485 (p. 15) l'évêque Abraham écrit à son fils, l'archiprêtre : « Le clerc qui ne se rend pas au lieu de l'Apa Jean pour garder la vigile ou accomplir la liturgie, mais pour toucher le xavojv ('), est à-ôxÂr,po;. Car il est écrit : si quelqu'un, etc. (II Thess. Ili, 10)». Au n" 105 (p. 18) on trouve une lettre, probablement d'un évèque, à Apajean, un prêtre. Il a chargé Jean et Konarios d'accomplir la fête au lieu d'Apa Shenetôm, et de recevoir le canon, apparemment d'Apa Shenetôm, qui le donnera en mesure double. Le canon consiste peut-être en pains, et il doit être jugé (pesé?) dans l'église de S. Théodore.
Le n" 99 (p. 52) nous donne une lettre de Jean au prêtre Apa Victor : il parle d'aller prochainement le saluer, et ajoute que la
(1) Voir Crum, 0. c, note 5 au n° 29,
(2) Les Canons de S. Basile (n" 98) prescrivent de ^- à - d'eau, mais le texte arabe est obscur.
(3) Preuschen, 0. c, y voit une réaction contre des tendances d'abstinence exagérée de liqueurs fermentées. Cette interprétation ne s'impose pas.
(4) Le xav(ûv est une contribution due au clergé. — Voir Brit. Mus. papyr. XCI, où un évêque, en prévision de la fête, enjoint de payer le canon du patriarche « sans enlever un seul pain ».
fête de la fin du carême (') s'est passée d'une façon satisfaisante. Au n" ad. 10 (p. 18) figure un document écrit par le prêtre Victor, et contenant un rapport : « Isaac, le prêtre, m'a raconté disant : Comme j'allais accomplir le service (la fête) pour Papnoute, le soir du samedi, veille de Pâques, j'entrai chez lui et le trouvai mangeant et buvant. Je lui dis : Est-ce là l'état dans lequel je vous vois? Il me répondit en disant : si vous désirez accomplir le service, faites ainsi; si vous ne le désirez pas, ne faites pas ainsi. Moi, Isaac le prêtre, je suis témoin que Papnoute, le prêtre, m'a dit ces paroles » . Au no 98 (p. 48) figure une lettre à un évêque, demandant que le prêtre Ezéchiel soit envoyé aujourd'hui pour lui donner la communion. Le n" 41 (p. 11) est une lettre de Hello à l'évêque Abraham :
« Moi ou mon père nous dormirons dans l'église et sa lampe
du matin jusqu'au soir, et nous accomplirons ses services et nous préparerons l'encens ». S'ils négligent (xaTaciGovs-Tv) ces offices, ils seront exclus de la fête.
On traite aussi de questions matrimoniales : le n" 72 (p. 13) donne une circulaire, probablement de l'évêque Abraham, à son peuple en général : « Depuis que j'ai derechef été informé de ce que d'aucuns renvoient leurs femmes sans raison d'adultère, alors
qu'il est écrit : quiconque etc. (Luc, XVI, 18), désormais
l'homme qui renverra sa femme sans raison d'adultère, est exclu de la fête, et la femme qui abandonnera son mari pour se marier à un autre, est exclue de la fête; et l'homme qui les unira, tout en connaissant leur situation, est exclu de la fête; et l'homme qui écrira pour eux un acte de divorce et les séparera, qu'il soit clerc ou laïque, est exclu de la fête. Ce ne sont pas nos paroles, mais celles de Dieu. Si quelqu'un désire le salut de son âme, qu'il les observe » .
Dans le même ordre de choses, il faut signaler le n" 73 (p. 13 s.). C'est une circulaire, probablement de l'évêque Abraham, à son peuple en général. Elle commence sans introduction par un édit contre tout homme qui se marie à la fille de son frère ou de sa sœur; contre celui qui se marie à la fille de sa mère ou à deux
sœurs : « Cela est contraire au canon. Ainsi il est écrit (Matth.
V, 32; Marc, X, 11 ; Luc, XVI, 18). Ce ne sont pas mes paroles, mais celles de Dieu, qui les a proférées de sa bouche, et elles sont confirmées à jamais ». Ceux qui sont en inimitié avec leurs voisins, ceux qui commettent la fornication, ceux qui exercent la violence,
(1) Litter. « Festa solufionis >. Elle termine le carême et précède immédiatement Pâques. (Voir Leyde, ms. n" 32; Paris 129-'\ 160.)
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sont exclus de la synaxe. « Ce ne sont pas mes paroles, mais celles de Jean l'Apôtre qui a dit : Toute iniquité est péché, et il y a un
péché qui est à la mort il Jean, V, 16-17). Car il est écrit et
celui qui ne dit pas la vérité, n'est pas chrétien ; et de nouveau : assurément la vérité vous rendra libres. Ensuite, un jour de synaxe, alors que tout le peuple sait qu'ils ont l'habitude de communier, laissez-les communier avant qu'ils aient mangé (^). Ceux qui auront mangé et communié ensuite, sont exclus de la fête » .
Les ostraca contiennent des détails intéressants sur la condition des monastères, alors que les sources littéraires traitant de cet objet, pour la période postérieure au concile de Chalcédoine, sont relativement rares. En effet, les vies de moines qui nous sont parvenues, traitent, sauf de très rares exceptions, d'une époque plus ancienne. Quant aux papyrus, ils ont été fort peu étudiés sous ce rapport : le témoignage des ostraca n'en est que plus précieux.
La direction du monastère était entre les mains du irpoeo-Tw; parfois appelé aussi 'r,Yj'JiJ.v^oç, probablement par allusion à sa dignité de clerc. Le pouvoir civil était représenté par le ô'-ou-ox/i;, sous l'autorité (û-oTay-r,) duquel se trouvait le monastère aussi bien que le castrum (-). Le magistrat local (lasane), souvent mentionné, ne semble pas avoir eu sa part dans cette juridiction. Aucun de nos documents ne mentionne le os'jTepàp'.oç, connu dans les congrégations de Schenoudi ; mais un papyrus (^) nomme deux o-uvxàOîopo!, du « grand TrpoeTTwç ». Le fonctionnaire qui, dans les canons (*), occupe la première place après l'abbé est roùov6[jioç ou intendant. C'est à lui qu'incombe le soin des affaires pratiques; c'est par son intermédiaire qu'on fait des offrandes au tôtto;; il engage des contrats de travail et de location ; il solde le prix des terres. Occasionnellement il s'identifie avec le irpoe^xw;. L'économe d'une église est parfois mentionné. Au n" 290 (p. 51) une église paraît en avoir trois. Au n^ 76 (p. 14) un évêque défend à un économe de quitter son tôtio; durant le samedi et le dimanche sans en faire l'inspection, sous peine d'être àTcôxXripo;. Il faut rapprocher cette situation des canons de Nicée(De monachis et anachoretis)('0,
(1) Cfr Can. eccl. (Lagarde), n° 58; Can. Hippol. (Riedel), n°^ 19, 28. Damien, le patriarche contemporain, renforça cette règle par rapport aux mélétiens qui se trouvaient encore à Scété.
(2) Brit. Mus. papyr. LXXXV.
(3) RÉviLLOUT, Actes et contrats de Boulaq et du Louvre, n" I. Paris, 1876.
(4) MANsr, II, 1011 ss.
(5) Ibid.
qui traitent «de œconomo monasterii ». Aux termes du décret, l'économe doit « praeesse omnibus monasterii promptuariis, ut fratribus is invigilet et prospiciat quae eis opus sunt. Sit illis praeterea hypodidascalos, et fratres ad orationes statis temporibus rite persolvendas soliicitet et admoneat, et enixe singulos ad id probe prsestandum. adhortetur ». — « Fratrum quoque qui monasterii incumbunt operibus et laboribus, provide consulat necessitatibus». — « Magnam adhibeat œconomus aegrotis curam. Ne sit requiei deditus. Potum ne sum.at solus, fratribus suis posthabitis. Ne quempiam monasterii despiciat amicorum, benefactorum, inferiorum œconomorum, aut sacerdotum ejusdem, sed honoret èos iis rébus, quae pênes ipsum sunt, et comiter excipiat ac humaniter tractet. Ne piger sit in disquirendo et invisendo ea quae in monasterii condita sunt promptuariis, maxime res illas et escas, quae corruption! obnoxiae sunt, nec eas deneget advenis, scilicet monachis fratribus, illasque corrumpi per injuriam et projici potius quam dari egentibus et cupientibus patiatur : id enim maximo crimini, delicto et peccato vertendum illi erit, quia Dei corrumpere sinit bona, complacens diabolo, et inserviens avaritiae et inhumanitati ». •■
Le [xyJh-.f^q du -poe^To';;, que les canons indiquent comme son successeur de droit, ne paraît pas avoir eu de fonction déterminée. Des relations étroites existent entre le moine et l'évêque. Celui-ci semble avoir eu sur les monastères des droits analogues à ceux du TîposTTw;, qui avait le droit de régler sa succession à volonté. La correspondance de Pésynthius nous montre les évêques réunis, jugeant les moines délinquants, ainsi que le -posT-rtoc;.
Les ostraca, publiés par Crum, ne parlent pas de religieuses : Hall (') donne un ostracon contenant une lettre « au pieux et vénérable apa Dios » pour le remercier, au nom d'un pauvre homme, nommé Psalôm, d'avoir consenti à placer sa fille à l'ombre du monastère, moyennant une somme d'argent. L'auteur de la lettre demande que la dot soit agréée et que la jeune fille ne soit pas renvoyée à son père.
Certains ostraca donnent une idée du contenu des bibliothèques existant dans les monastères. On envoie des lettres pour demander des livres : le « Paradis de Shiêt (Scété)», le « Paradis de
Nitrie » et 1' « "ÀTXYi-r'.xôv de » (n'' 250, p. 63); Isaïe l'exégète,
(n" 402, p. 74). On trouve aussi des listes ou catalogues de livres : au n" 459 (p. 42) « 2 Psautiers, les Juges, une xa^v;-/-,?-,; d'apa
242 PAUL VAN CAUWENAERGH.
Schenoudi, le livre de Job le Juste, avec les Proverbes et l'Ecclésiaste, la vie d'apa Chrysaphius l'Ethiopien, Jésus fils de Navé » et d'autres objets ; finalement la « 7TAT,pocpopLa de Pierre l'Ibérien ». Le n" ad. 23 (p. 43) mentionne : « une croix d'argent, les Actes, nouveaux, sur papyrus; mon père Isaïe, papyrus; le Paradis ».
Crum avait publié autrefois (') un papyrus portant l'inventaire partiel d'une bibliothèque. La liste comprend une centaine d'ouvrages distincts, représentés chacun par un ou plusieurs exemplaires, tant en grec qu'en copte. On y trouve renseignés l'Ancien et le Nouveau Testament, quelques livres de théologie, comme « les règles d'apa Petros », les « Mystica » de Syrianos (ou Sévérianos ?), et des livres liturgiques : les lectionnaires sont au nombre de 44. Le catalogue le plus intéressant est celui qu'a publié Bouriant ("). En décembre 1888, Bouriant trouva chez un marchand de Louqsor un éclat de calcaire couvert d'écriture et contenant l'inventaire de la bibliothèque d'un couvent. Il mesure 24 cm. dans sa plus grande longueur, et a une largeur maxima de 18 cm. A part les livres pieux, il ne contient que la mention d'un livre de médecine. Le texte débute comme suit : « Faites des prières pour la paix de la sainte Église catholique et apostolique. Catalogue des saints livres du couvent d'Amba Hélias de The... » La situation géographique de ce couvent est inconnue : la mention dans l'inventaire de 2 catéchismes de Quous indique assez clairement qu'il devait être situé dans ce diocèse. Notre bibliothécaire a procédé dans le classement de ses livres, absolument comme on procède encore aujourd'hui. Son catalogue est divisé en 2 parties principales : Vancien fonds (n"" 1-58) et ]e fonds nouveau {n°^ 59- 80). La première partie, Vancien fonds, est elle-même scindée en deux sections comprenant, l'une les livres qui à la date indiquée (^) se trouvaient dans les mêmes conditions de solidité qu'à leur prise de possession par le bibliothécaire ; l'autre, les livres réparés dans cette même année. Les livres de la première section se partagent à leur tour en deux classes : dans l'une sont rangés les livres de l'Ancien Testament, dans l'autre ceux du Nouveau Testament,
(1) Copiic manuscripfs broiight from the Fayyiim by W. M. Flinders Pétrie, edited with commentaries and indices, p. 60. Londres, 1893.
(2) Recueil de travaux relatifs à la philologie et à l'arcfiéologie égyptiennes et assyriennes, t. XI, p. 131 svv. — La communication de Bouriant est reprise par Dom Leclercq dans le Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie, t. II' s. V. Bibliothèques, p. 878 svv.
(3) La date est mutilée : « l'an 4... de la V^ indiction. » D'après les calculs de Bouriant le catalogue a été rédigé au plus tôt durant la 2*^ moitié du v'^ siècle.
auxquels sont venus se joindre sept volumes extra-bibliques, cataméros, canons, instructions et récits de martyres. Le N-T s'y trouve renseigné au complet, mais plusieurs livres de l'A-T ne figurent pas dans le catalogue. Si tous les ouvrages sont en copte, nous aurions là la seule mention des canons de Pachôme dans cet idiome. Nous y trouvons aussi les « Histoires de l'Église » qui rappellent un ouvrage portant ce titre et qui nous est parvenu dans un ms. sahidique aujourd'hui dispersé (')• La plupart (61 sur 80) des ouvrages mentionnés sont écrits sur papyrus (-/àpTr,;) (-). Les autres, presque tous bibliques, sont sur parchemin. L'auteur de l'inventaire a soin de marquer dans quel état se trouvent les mss., et quelle est la qualité du papyrus. Le document, important au point de vue de l'histoire littéraire, nous donne une idée du bagage intellectuel des moines d'Egypte à l'époque copte. On se trouve confirmé dans l'opinion, S4jggérée par ailleurs, que la librairie des moines coptes ne dépassait pas les proportions d'une modeste bibliothèque liturgique. On ne s'étonnera pas dès lors de constater que la tradition manuscrite des coptes, précieuse au point de vue biblique et hagiographique, ne fournit que de rares éléments à l'histoire des idées théologiques dans l'Orient chrétien.
Nous terminons ici cette étude trop peu complète. Souhaitons que les fouilles de l'avenir nous livrent, en même temps que de précieux parchemins et papyrus, une quantité de ces modestes ostraca, qui font revivre, avec tant de sincérité, la vie des laures nombreuses qui ont fleuri pendant des siècles, aussi bien dans les sables du désert que sur les rives du grand fleuve.
Paul Van Cauwenbergh, chapelain de Saint-Julien des Belges à Rome.
(1) 18 feuillets ont fait partie de la collection Borgia et sont aujourd'hui au Vatican (Zoéga, n° CLX); d'autres se trouvent à Paris et à Londres. Cette compilation historique qui se termine aux environs du concile de Chalcédoine a servi de source à la Chronique de Sévère d'Ashmûnein, en cours de publication dans la Pairologia orientalis et le Corpus script or iim christianorum orientalium.
(2) Et non sur papier, comme traduit Bouriant, suivi par D. Leclercq.
Les prétendues tendances
politiques des VIES
des premiers évêques de Tongres.
Jusqu'en ces derniers temps, il n'était venu, que je sache, à l'idée de personne de reconnaître à la chronique d'Hériger et aux Gesta de saint Servais un caractère tendancieux. Cette conception, neuve et originale assurément, nous vient d'Outre-Rhin. Elle est présentée sous des formes qui pourraient la rendre captieuse. Toutefois, si l'idée peut sembler, à première vue, ingénieuse, elle ne résiste pas à un examen approfondi et tout observateur impartial n'y verra qu'une conjecture dénuée de fondement.
Dans son récent ouvrage Sancf Servatius ('), le D' Friedrich Wilhelm développe cette thèse que la légende des évêques de Tongres prend, sous la plume des hagiographes liégeois, une forme caractéristique et devient une biographie « politique ». Tel est notamment le caractère de la chronique d'Hériger et des Ges^a de saint Servais.
Examinons successivement ces deux assertions.
« Au commencement du x*^ siècle, dit Wilhelm, on fabrique à Trêves la légende d'Eucher, Valère et Materne (-) pour étayer la prétention de cette église à la préséance. Un religieux du monastère de Saint-Eucher à Trêves, écrit la Vie des saints évêques. Il
(1) F. Wilhelm, Sand Servatius oder wie das erste Reis in deutscher Zunge geimpft wurde. Munich, 1910. In-8, xcvi-321 p. Cfr Revue d'histoire ecclésiastique, 1911, t. Xil, p. 743-745.
(2) AA. SS.Januarii, t. III, p. 533 svv.
La Vie des saints Euciier, Valère et Materne, écrite à Trêves, est déjà citée en 969, 22 janvier, par le pape Jean XIII dans sa lettre à Thierry, archevêque de Trêves. Cfr Balau, Les sources de l'histoire de Liège au moyen âge, p. 127, en note. Bruxelles, 1903.
prétend, dans son épilogue, baser son récit sur d'anciens écrits recueillis au milieu des décombres de Trêves incendiée. Il raconte qu'Eucher, Valère et Materne ont été envoyés en Germanie par l'apôtre saint Pierre. Ils y prêchent la foi chrétienne et fondent l'église de Trêves. Cette église est donc la plus ancienne des Germanies ; elle remonte aux temps apostoliques et possède, par conséquent, la suprématie sur tous les autres sièges épiscopaux qui sont de date plus récente.
Les diocèses voisins purent se croire lésés dans leur dignité par ce certificat de vétusté octroyé à l'église de Trêves. C'est dans ces circonstances que, dans les écoles de Liège, on essaie d'opposer à Trêves une autre version. C'est le travail d'Hériger, l'ami de Notger, dans ses Gesta episcoporum hingrensium. Le savant abbé de Lobbes ne contredit pas la tradition trévirienne mais il l'adapte à son diocèse en ajoutant qu'Eucher, Valère et Materne fondèrent les églises de Cologne et de Tongres. Il utilise donc la légende pour démontrer du même coup l'antiquité des églises de Cologne et de Tongres et les placer au même rang que Trêves. » (')
Ainsi présentée, cette thèse peut paraître acceptable. Il n'en est rien pourtant.
Le but qu'avait Hériger, en écrivant ses Gesta episcoporum Tungrensium, n'est nullem.ent un but politique.
On connaît parfaitement les circonstances qui amenèrent Hériger à composer sa chronique des évêques de Tongres. A la demande de Werinfrid, abbé de Stavelot, Hériger composa d'abord, sous les yeux de Notger et avec son appui, entre les années 972 et 980, la Vie de saint Remacle. Au cours de ses recherches il conçut l'idée d'écrire l'histoire du diocèse depuis ses origines. Il se livra à un grand travail de compilation et avait déjà réuni les matériaux quand il termina sa biographie de saint Remacle. C'est de la mise en œuvre de ces documents que sortit la Chronique (-).
Pour tout ce qui concerne les origines du christianisme en nos contrées, Hériger utilise la Vie des saints Eucher, Valère et Materne (^). Loin de révoquer en doute la préséance de l'église de
(1) WiLHEL.M, 0. C, p. X-XI.
(2) KURTH, Notger, p. 334, 335. Paris, 1905; Balau, o. c, p. 123; L. Van der EssEN, Étude critique et littéraire sur les Vitae des saints mérovingiens de l'ancienne Belgique, p. 104. Louvain, 1907.
(3) « Sub ipso enim tempore, beatus Petrus ad Metropolim Trevirorum scilicet civitatem ternos d^stinaverat.., Eucharium videlicet, Valerium atque Maternum... apostolica eis data banadictione inquit : potestas quoque nobis a Chisto collata in ligandi ac solvendi auctoritate vobis semper adsit... Très igitiir viri jam dicti
Trêves, l'historien dit explicitement que cette église a été fondée la première. Il ne vient pas même à l'idée d'Hériger d'infirmer les droits réels ou supposés de l'église de Trêves. Reconnaître, comme il le fait, la mission apostolique des saints Eucher, Valêre et Materne, c'est reconnaître, par là même, la priorité du siège archiépiscopal de Trêves. En effet, dans l'hypothèse du D' Wilhelm, Hériger ne pouvait ignorer les compétitions qui s'étaient élevées entre des églises voisines, notamment Trêves et Metz, au sujet de la préséance (M. Au cours de ce litige, la question capitale était manifestement d'établir les droits de l'église de Trêves à la suprématie, comme il résulte entre autres de la lettre du pape Jean XIII à l'archevêque Thierry qui se réclamait du diplôme apocryphe du pape saint Sylvestre (-').
Trevirorum civitatem ; ingressi sub unius ipsorum trium pontificatu, alias duas civitates adiere, Aggrippinam cognorriînto Coloniain et Tungrensem... Hec est Octavia etc. ■> Gesta poHtifieum tungrensium, éd. Chapeaville, t. I. p. 9.
(1) En 844, Drogo, évêque de Metz, cherchait à obtenir du papa Sergius III un décret l'autorisant à porter le titre de primat des Gaules. Cette prétention fut mal accueillie des métropolitains gaulois. Ils élevèrent de vives protestations mais par dessus tout l'archevêque de Trêves, Hetti contre ce qu'ils regardaient comme une violation de leurs droits. Un décret du pape Nicolas P"" vint, en 863, confirmer la suprématie de l'église de Trêves. Plus tard, en 869, surgit un nouveau conflit à ce sujet entre Bertulphe, archevêque de Trêves et un successeur de Drogo, mais Hincmar de Reims réussit à étouffer l'affaire. C'est au sein de C3s discussions que naquit le diplôme du pape Sylvestre, rédigé dans le but de rendre inattaquable le privilège de l'église de Trêves. 11 était dans l'esprit de ce temps qui vit paraître les fausses décrétales d'Isidore, d'appuyer les droits vrais ou prétendus d'une église au moyen de pièces apocryphes. Rétablir un document, tel qu'on se figurait qu'il devait avoir existé, devenait à cette époque, un simple travail de composition analogue à celui de ces historiens anciens qui mettent dans la bouche de leurs héros les discours qu'ils supposent avoir été tenus par ceux-ci. Cfr Dom Calmet, Histoire de Lorraine, t. I, preuves, p. 7; Philippe Diel, Die Sankt Mathiaskirche, p. 146-161.
(2) « Nous avons déjà anciennement entendu dire et nous avons lu, écrit le pape Jean XIII à l'archevêque Thierry de Trêves, le 22 janvier 969, que la religion chrétienne a débuté à Trêves par le ministère des saints Eucher, Valère et Materne, envoyés par saint Pierre. Aussi renouvelons-nous et confirmons les privilèges octroyés à Agritius, privilèges qui depuis le commencement jusqu'aujourd'hui sont garantis authentiques et dont le rescrit a été anéanti lors de la destruction de la ville par le feu et autres calamités. »
Or, ce privilège renouvelé et confirmé en la personne du patriarche Agritius, n'est autre que le fameux diplôme du pape saint Sylvestre (314-335) rédigé à Trêves vers le milieu du ix'= siècle et qui proclame la priorité de l'église de Trêves : « Sicut in gentilitate propria virtute, sortire et nunc Trebir primas, ac super Gallos spiritualem et Germanos prioratum quem Uibi) prae omnibus harum
Si Hériger eût voulu faire œuvre de polémique, il eût bien évité de dire que saint Pierre envoie les trois évangélisateurs « ad metropolim, Trevirorum scilicet civitatem » d'où ils rayonnent ensuite dans tout le pays d'alentour; il eût au contraire présenté leur mission comme s'accomplissant simultanément dans les trois cités de Trêves, Cologne et Tongres. Hériger emprunte donc, sans plus, à la tradition trévirienne, le récit de la mission apostolique des saints Eucher, Valère et Materne. Il rapporte en outre que Materne fonde les diocèses de Cologne et de Tongres. Il cite les noms de huit successeurs de saint Materne, prédécesseurs de saint Servais sur le siège de Tongres.
C'est ici que nous touchons du doigt le procédé de rédaction d'Hériger. L'historien remarque que saint Materne est vénéré dans différentes églises des diocèses de Cologne et de Tongres, deux diocèses dont il ne sépare pas les destinées ('). Il en conclut, et à
gentium episcopis in primitivis christian.ce religionis doctoribus scilicet Euchario, Valerio et Materno ac per bacuium caput ecclesis Petrus significavit tiabendum, suam quodammodo minuens dignitatem, ut te [participem faceret. Quem ego Silvester ejus servus successioneque indignus per patriarcham Antiochenum Agricium renovans conîirmo ad honorem patriœ dominse Helenige Augustae Metropoiis ejusdem indigenae ». Cfr de Hontheim, Hist. diplont., I, p. 305; Brower, Annales, lib. X, p. 305.
(1) En dehors du diocèse de Trêves, Maternas est patron des églises suivantes : P = Patronus ; CP = compatronus ; Par = parochia ; D = decanatus. Au diocèse de Liège : Églises : Tongres CP. » » de Namur : » Walcourt et Vogenée P. » Anthée (D. Florennes) P.
» » de Cologne : » Breberen (D. Heinsberg) P.
» Maria Lyskirchen à Cologne CP.
» Merbeck (D. Erckelenz) P.
» Rodenkirchen (D. Bruhi) P.
» Holzweiler CP.
Chapelles : Roderath (Par. Bouderath, D. Steinfeld) P. » Schnappe (Par. Bechen, D. Wippenfurth) P. » Lindlar (D. Wippenfurth) P.
» Biirgel (Par. Monheim, D. Solingen) P. Dans l'ancien diocèse de Cologne, aujourd'hui diocèse de Trêves : Chapelles : Kônigsfeld (D. Remagen) P.
* Kesseling (D. Adenau) P.
» Herschbroich (D. Adenau) P.
» Lierscheid (P. Schuld, D. Adenau) P. » Altenburg (P. Altenahr, D. Ahrweiler) P. » Plittersdorf (Par. Kirchsahr, D. Ahrweiler) P. » Ponister (Par. Barweiier) P.
Saint Materne était honoré en outre, au diocèse de Liège, à Liège (chapitre et
juste titre, que saint Materne a évangélisé les cités de Cologne et de Tongres. Or, au moment où il écrit sa chronique, il ne connaît pas d'autre Materne — c'est lui-même qui nous l'apprend — que le Materne de la tradition trévirienne, le Materne du r' siècle. D'autre part, l'épiscopat de saint Servais se place vers le milieu du iv^ siècle. Entre la mission de saint Materne, du vivant de saint Pierre, donc au plus tard en l'année 66-67 de notre ère et le milieu du iv^' siècle, il y a un intervalle de trois siècles. Force lui est donc de considérer comme prédécesseurs de saint Servais au moins huit autres évêques.
Utilisant les diptyques et les sources liturgiques, il recherche les noms des saints qui sont l'objet d'un culte spécial dans nos plus anciennes églises (')• H arrête ainsi une liste épiscopale des cités
chapelle de saint Materne en la cathédrale Saint-Lambert), à Huy (fondateur réputé dès le xi'^ siècle, sous Théoduin) ;
En Alsace, à Saint-Pierre l'ancien à Strasbourg, à Benfeld, à Molsheim, à Avolsheini.
Le saint a un office propre dans les diocèses de Trêves, Cologne, Liège, Luxembourg, Ruremonde, Limbourg-sur-Lahn, Strasbourg et Prague.
Les chroniques médiévales lui attribuent la fondation d'églises à Maestricht, Namèche, Namur, Jambes, Dinant, Ciney, Hastière, etc. (1) Severinus. En dehors du diocèse de Cologne, dont il fut cvêque, Séverin est patron des églises suivantes :
Diocèse de Namur : Ottré (Bihain) D. Houffaiize P. » » Ruremonde : Grathem P.
» » Bréda : Hapert P.
» » Liège : Odeur (D. Villers-l'Evêque) P ; Saint-
Séverin en Condroz, CP.
Cfr WiLHELM Levison, Die Entwicklung der Légende Severins von Kôln, dans Bonner Jahrbiicher, fasc. 118, 1909, p. 34-53. Florentins. Diocèse de Cologne : Eglise d'Endenich (D. Bonn).
Cfr N. M. Perlbach, Ans einen verlorenen codex traditionum der Bonner Miinsterkirche, dans Nenes Archiv, 1887, t. XIM, p. 158, 160.3'' 788 : ecclesia ss. martyrum Cassii et Florentii quae sub oppido castro Bonnense ; a" 804 : monasterium ss. Cassii et Florentii ;
Cfr Th. h. Hui^th et Hauptmann, Die Schnizpatrone von Bonn. Bonn, 1899; P. Clemen, Die kunstdenkmdler der Stadt
iind des Kreises Bonn, p. 51 svv. Dusseldorf, 1905. Diocèse de Namur : église de Dohan (D. Bouillon^ Mariinits. Le saint national des Francs est honoré comme patron d'innombrables églises de Belgique, Hollande et des Provinces Rhénanes. Ces églises se chiffrent par centaines.
Maximinns. En dehors du diocèse de Trêves dont Ma.ximin fut évéque (Cfr AA. SS, Maii, t. VII, p. 21-24; Krusch, MGH. SS. R. merov., t. III, p. 71), il est patron des églises suivantes :
de Cologne et de Tongres, laquelle sera juxtaposée dans la suite, notamment au xii^ siècle dans les Gesfa Trevirorum, à celle de Trêves.
En inscrivant ces noms entre Materne et Servais, Hériger reconnaît, avec un souci critique qui l'honore, qu'il, n'a pu rien trouver sur ces personnages que leur nom : « il ignore, dit-il, quand ils ont vécu, la durée de leur épiscopat, leur administration, leur genre de mort, le lieu de leur sépulture». Historien exact et véridique, il n'a pas inventé ces noms. Où donc les a-t-il trouvés, isolés de tout renseignement, sinon sur les diptyques des églises? A l'aide de ces sources, Hériger reconstitue comme suit la série réputée épiscopale : Maternus, Navitus, Marcellus, Metropolus, Severinus, Florentins, Martinus, Maximinus, Valentinus, Servatius ('). Je dis
Diocèsa da Cologna : Diiss;! D. Elb^rfeld); Eglise du couvent des Augustins à Cologne.
Diocès2 de Namur : Qisves (D. Andenne) ; Jehonvilie (D. Bertrixi; Rulles (D. Etalle).
Valentinus. Au diocèse de Cologne : Haaren (D. Cornelimunster); Obermerz (Par. Laurenzberg, D. Aldenhovem; Venrath (D. Erkelenz).
Au diocèse de Nainur : Ponnert (Frassem) (D. Arlon). Servatius. A. En Belgique. Au diocèse de Liège : Diepenbeek ; Lantin ; Ophoven; Poulseur; Nederheim; Berneau, Grandville, Grootloon, Coninxheim (bancs de Saint-Servais). Au diocèse de Namur : Saint-Servais (D. Namur); Hompré (Remichampagne) (D. Nives) ; Gimnée (D. Philippeville). Au diocèse de Tournai : Stambruges (Belœil). Dans l'archidiocèse de Malines (ancien diocèse de Liège) : Kersbeeck (D. Diest) ; Berg Saint-Servais (D. Erps).
B. En Hollande. Dans le Limbourg : Maestricht, Nunhem, Vaesrade. Dans le Brabant septentrional : Boerdonk, Borkel et Schaft, Dinther, Erp, Lieshout, Loosbroek, Megen, Oyen, Schyndel, Westerhorn, Wijbosch. En Gueldre : Appeltern.
C. En Allemagne. Au diocèse de Cologne : Bornheim (D. Hersel); Friesdorf ;D. Bonn); Honnef (D. Kônigswinter) ; Immendorf (D. Bruhl); Kiesberg (P. D. BrUhl) ; Kuckhoven (D. Erkelenz); Ostheim (P. Merheim , D. Mûhlheim) ; Siegburg (P. D.); Winterscheid (D. Uckerath).
Nous exprimons notre reconnaissance à Dom Cunibert Mohlberg O. S. B., qui a bien voulu nous communiquer dî précieux renseignements.
(1) Dans cette liste j'identifie Séverin avec Séverin, évèque de Cologne, Maximin avec Maximin, évèque de Trêves, deux saints qui ont obtenu un culte public dans l'ancien diocèse de Liège; Martin est l'évêque de Tours, honoré partout dans nos contrées à l'égal des saints apôtres ; Navit ou Avit et Marcel sont, sans doute, des coopérateurs de l'évêque Materne ; Florent est le confesseur de la foi honoré à Bonn, diocèse de Cologne ; Métropole et Valentin sont connus par ailleurs. Hériger semble, en effet, avoir utilisé d'autres documents historiques :
série réputée épiscopale parce que les diptyques portaient aussi des noms de prêtres, de simples diacres et d'évêques d'autres diocèses particulièrement honorés dans ces mêmes églises (').
Plusieurs années après, entre 990 et 999, Hériger eut connaissance d'un Materne-vivant au iv^ siècle, lequel assista au concile d'Arles en 314. Il conçut des doutes au sujet de l'apostolicité de la mission de saint Materne. Dans sa lettre au moine Hugues, le consciencieux écrivain traite de différents problèmes obscurs qu'il voudrait pouvoir résoudre. Il expose entre autres ses scrupules sur les légendes racontées au commencement de sa chronique. Il se demande comment saint Materne a pu être envoyé dans nos pays par l'apôtre saint Pierre tandis qu'on constate sa présence au concile d'Arles, deux siècles et demi plus tard. « Peut-être, dit Hériger, la mission de saint Materne, dont j'ai raconté la résurrection miraculeuse en Alsace, ne remonte-t-elle pas aux temps apostoliques, car je ne sais comment concilier ces deux faits : l'apostolicité de saint Materne et sa présence au synode d'Arles, comme évêque de Cologne » (-').
l'apologie de saint Athanase à Constance, la liste originale des adhésions au concile de Sardique et le protocole du concile de Cologne. Hériger termine sa lettre au moine Hugues par une mention du concile de Cologne et de la condamnation de l'évêque Ephratas, ce qui prouve que les actes de ce concile étaient connus de son temps. Cfr Balau, o. c, p. 142 et 319. On sait que ces actes relatent la présence ou l'adhésion entre autres de Maximin de Trêves, Valentin d'Arles, Séverin de Sens, Martin de Mayence. Y intervient aussi un prêtre du nom de Metropius ou Metropolus. Cfr Monchamp, Pour l'authenticité des actes du concile de Cologne de 346, dans Bulletin de l'Académie royale de Belgique, 1902, p. 246 et 283. Dans l'Apologie de Constance sont cites l'évêque de Trêves Maximin et l'évêque de Tongres Servais avec leurs compagnons Clementius et Valentius, envoyés par Magnence auprès de l'empereur Constance vers 350. Cfr MiGNE, PO, t. XXV, p. 606.
(1) Cfr Balau, o. c, p. 16, 17 et 130. L'insertion aux diptyques n'était, en somme, que la participation aux suffrages pour les morts. Or, les listes épiscopales ne sont que la reproduction des diptyques.
Cfr Kraus, Realencyklopâdie der christlichen Alterihiimer, I, p. 367 : « Nach den Bischôfen wurde der Priester gedacht, dan der Diakonen und der niederen Kleriker und auch dar Laien, Manner wie Frauan. » On inscrivait aussi les noms d'évêques adventices, morts « in Rufe grossjr Heiligkeit. »
(2) « Tertio de nostris trevirensibus Euchario, Valerio, Materno qui dicuntur missi fuisse ab apostolo Petro et locus quidem in Elisatio pago nomen habens Elegia concordat cum eorum historia sid a passions B. Pétri qui est annus 13 Neronis, qui (scilicet Petrus) si fort3 Eucharium, Valerium et Maternum Treveribus misit ante aliquos annos passionis suae hoc fecit, computantur anni 263 usque ad annum 25 Constantini quando obiit sanctus Sylvester cujus jussu Arelato facta est synodus ubi legitur interfuisse sanctus Maternus, Agrippinae
Cette question aurait-elle embarrassé l'historien si celui-ci n'avait, de bonne foi, reproduit telle quelle la légende trévirienne. Il faut vraiment ignorer jusqu'à l'existence de cette lettre d'Hériger pour prêter à l'auteur des Gesta l'intention d'avoir voulu tirer parti de la tradition trévirienne en l'appropriant aux besoins d'une cause fictive. Cette supposition est purement gratuite et s'il y a quelque part thèse tendancieuse, ce n'est en tout cas pas dans l'esprit d'Hériger.
La seconde partie de la démonstration du D' Wilhelm peut paraître moins étrange. Telle qu'elle est présentée par l'auteur, elle peut même sembler, à première vue, assez plausible.
Reproduisons brièvement l'exposé de la thèse :
Sous l'empire des querelles qui sont l'écho, dans la Lotharingie, de la grande lutte entre Henri IV et Grégoire VII, on voit naître une nouvelle biographie de saint Servais rédigée dans un but de polémique « ein Tendenzschrift, ein Parteischrift zu gunsten Heinrich IV (') », et reflétant les tendances impérialistes et antigrégoriennes du clergé liégeois. Ce sont les Gesta sancti Servatii, œuvre postérieure à 1087. Cet écrit constitue une réplique à la théorie sur le pouvoir des clefs défendue par Grégoire VII. Le but des Gesta est de combattre les revendications papales : « die von Gregor aufgestellte Doktrin iiber die Schliisselgewalt und die mit dieser eng zusammenhangenden Anspruche Gregors auf den Primat des rômischen Stuhls zu bekampfen » (-). Saint Servais apparaît, en effet, comme le délégué et le successeur direct de Pierre « unmittelbare Nachfolger Pétri in Schliisselamt » et reçoit du prince des apôtres la clef céleste en argent qui ouvre et ferme le paradis. Servais dispose de pouvoirs apostoliques « Servatius besatz die ganze Gewalt Pétri und war apostelgleich. Servatius war apostel geworden und seine Handlungen waren apostolisch » (^).
episcopus, cum Macrino archidiacono suo ubi et adfuit sanctus Agritius, Treverorum episcopus. » Cfr Migne, PL, t. CXXIX. col. 1129; Balau, o. c, p. 141. Il n'y a évidemment aucune nécessité d'admettre l'existence de deux Materne. Le Materne, titulaire de l'évêché de Cologne en 314, n'est autre que le Materne honoré à Trêves où se trouvent ses reliques. Cfr Paquay, Les origines chrétiennes dans la diocèse de Tongres, dans Bulletin de la Société scientifique et littéraire du Limbourg, 1909, t. XXVll, p. 28, 38, 39, 163 et 164.
(1) Wilhelm, o. c, p. xiii.
(2) O. c, p. XIV.
(3) O. c, p. XXI, XVII.
Le pouvoir des clefs est transmis directement par Pierre à Servais par dessus la tête des papes. C'est ce que Wilhelm appelle : « die Schliisselubergabe Pétri an Servatius gegen die Papstliche Schiisselgewalt und gegen den Primat des Apostolischen Stuhles ». C'est une négation du pouvoir des clefs revendiqué par le pape, une négation de la primauté du Saint-Siège, en un mot, une réplique aux théories grégoriennes. Tel est le caractère polémique de l'œuvre des Gesta dirigée contre le pouvoir des clefs des pontifes romains et la primauté du Siège apostolique.
Quelques remarques préliminaires : Nous faisons abstraction de la question de savoir si — comme le veut Wilhelm — les Gesta sont antérieurs à la recension de Jocundus ou bien si — d'après l'opinion de Balau ('), tout récemment défendue par le D' Levison (') — l'œuvre de Jocundus est antérieure, les Gesta ne formant qu'un remaniement amplifié de la compilation légendaire de Jocundus.
Nous admettons, par hypothèse, que l'épilogue et les Gesta soient du même auteur et que celui-ci soit partisan d'Henri IV comme l'étaient, à pareille époque, tant de membres du clergé liégeois. L'épilogue contient, en effet, un éloge d'Henri IV.
Nous ferons remarquer, en passant, le défaut de documentation du D'^ Wilhelm en matière d'historiographie liégeoise : il ignore jusqu'à l'existence des études nombreuses que nos historiens ont consacrées au même sujet, il ne tient pas plus compte des trois études de Kurth : Deux biographies inédites de saint Servais {\88l), Nouvelles recherches sur saint Servais (1884) et le Pseudo- Aravatius (1897) que de l'excellent répertoire de M. le chanoine Balau, Les sources de l'histoire du pays de Liège (1903), où il est longuement question des biographies de saint Servais.
A la suite de Krusch, Wilhelm (•) va jusqu'à établir une dualité
(1) Les sources de l'histoire du pays de Liège, p. 313-315.
(2) Compte-rendu de l'ouvrage F. Wilhelm, Sanct Servatius, dans Westdeutsche Zeitschrift fur Geschichte und Kunst, t. XXX, 1911, p. 510-517. Le professeur Levison place le travail de Jocundus vers 1090 et la rédaction des Gesta vers l'année 1120 {ibid., p. 515).
D'après Wilhelm \i travail du poète flamand, Henric Van Veldeke, composé vers 1176, s'inspiri des Gesta et d'une autre recension contenue entre autres dans un manuscrit de Trêves. Son assertion concernant les opinions anti-grégoriennes de van Veldeke est combattue par le D"" A. Kempeneers, Hendrik van Veldeke en de bron van zijn Servatius. (Studiën en tekstuitgaven. Fasc. 3.) Anvers-Louvain, 1913.
(3) O. c, p. IV-VIM.
entre Aravatius et Servatius alors que Kurth a démontré péremptoirement qu'il n'est nullement nécessaire de couper ainsi en deux notre saint national.
Abordons, à présent, l'examen de la thèse.
Pour élucider la question et afin de pouvoir se rendre exactement compte de l'évolution des légendes, il est nécessaire de donner un aperçu général sur ces dernières en résumant à la fois les données historiques que nous transmet Grégoire de Tours.
Toutes les biographies de saint Servais proviennent, d'une même source commune, notamment les deux passages que lui consacre Grégoire dans son Historia Francorum et dans son traité De Gloria confessorum (^).
Grégoire de Tours a recueilli la tradition orale d'après laquelle le saint, prévoyant les invasions des barbares en Gaule, se rendit au tombeau des saints apôtres pour intercéder en faveur de son église. Ses prières furent vaines. Dans une vision, saint Pierre lui apparut et lui fit connaître que les Huns dévasteraient la Gaule, mais que lui. Servais, mourrait avant de voir le sort funeste réservé à son diocèse (-')•
De retour dans son diocèse, saint Servais fit ses adieux au
(1) Grégoire de Tours, Historia Francorum, lib, H, c. 4-5, dans PL, t. LXXI, p. 196-198. — Gloria confessorum, c. LXXII, dans PL, t. LXXI, p. 880. — SuLPiCE SÉVÈRE, Chronicon, lib. II, 44. — Athanase, Apologia contra Arianos, n° 50, dans PQ, t. XXV, col. 337; Apologia ad imperaforem Constantium, x\° 9, dans PG, t. XXV, col. 605. — Hériger, Acta s. Servatii édité par Chapeaville, Gesta pontificum tungrensium, t. I, p. 28-45; par Henschenius, Acta Sanciorum,Maii, t. III, p. 209-216 ; par Ghesquière, Acta Sanctorum Belgii, t. I, p. 192- 197; et par Koepke, MGH, SS, t. VII, p. 143, t. XII, p. 85, PL, t. CXXXIX, col. 1024-1033. — Kurth, Deux biographies inédites de s. Servais, dans le Bulletin de la Société d'art et d'histoire du diocèse de Liège, 1881, t. I, p. 213-269 et Nouvelles recherches sur S. Servais, danslemème Bulletin, 1884, t. III, p. 60-96; Sancti Servatii Tungrensis episcopi viiae antiquiores très, dans les Analecta bollandiana, 1882, t. I, p. 85-104. Kurth, Le Pseudo-Aravatius, dans les Analecta bollandiana, 1897, t. XVI, p. 164-172 ; — Krusch, Vita Servatii vel potius Aravatii episcopi Tungrensis, dans les MGH. SS, rerum merovingicarum, t. III, p. 83.
(2) Les Huns n'ont jamais passé à Tongres mais, en vertu du transfert épique, l'esprit populaire a qualifié de ce nom toutes les hordes barbares qui ruinèrent, au v*" siècle, la civilisation chrétienne en nos contrées.
Comme on le voit, il n'y a aucune nécessité d'établir une distinction entre le Sap^SaTto; d'Athanase, le Servatio de Sulpice Sévère, et l'Arvatius de Grégoire de Tours. C'est identiquement le même personnage dont l'existence est attestée vers le milieu et dans la seconde moitié du iv'' siècle.
Cfr Balau, a. c, p. 32.
peuple de Tongres et s'en alla à Maestricht où il mourut peu de temps après son arrivée et fut inhumé dans le cimetière qui longeait la grande voie de communication de Tongres à Cologne.
Après l'invasion de 405, le tombeau de saint Servais devint l'objet d'un culte et un monument en bois s'éleva bientôt sur ce sol sacré. Dans la seconde moitié du vi»-' siècle, l'évêque Monulphe remplaça l'oratoire primitif érigé sur la tombe du saint par une église spacieuse « templum magnum ».
Grégoire de Tours fait suivre l'épisode consacré à saint Servais d'un autre semblable : la vision qu'eut un fidèle au sujet de la ruine de Metz. Les biographes postérieurs, ou plutôt les découpeurs de Grégoire de Tours, ont fusionné ces deux épisodes et amplifié à l'envi la scène des adieux de saint Servais au peuple de Tongres et l'allocution du saint en cette circonstance.
Telles sont les données fournies par l'historien national des Francs. Au commencement du viii'^ siècle, quant il s'est agi de rédiger une Vie primitive de saint Servais, la Vita anîiquissima, éditée par Kurth, on ne possédait plus d'autres notions que celles-là sur le saint évêque de Tongres.
11 y a évidemment lieu de tenir compte, dans le récit de Grégoire de Tours, des éléments introduits par la tradition orale transmise de bouche en bouche et ornée de détails merveilleux. Retenons ceci : vers la fin de sa .vie, saint Servais entreprend le voyage de Rome, il y prie sur le tombeau des saints apôtres le cœur plein d'appréhensions sur le sort de son église, il y reçoit les consolations du pontife suprême après quoi il retourne dans son diocèse, prédit les malheurs futurs et meurt tandis qu'il se trouve à Maestricht.
A présent suivons le thème hagiographique.
Glorifier le saint et faire vénérer ses reliques, tel est le but que le biographe se propose. Tout écrit hagiographique est inspiré par le culte du saint et destiné à le promouvoir.
Dire de saint Servais qu'il est un arménien d'origine noble, proche parent de Notre-Seigneur, qu'il est envoyé à Tongres par un ange qui lui remet la crosse épiscopale, qu'il reçoit du Saint- Esprit, à l'instar des apôtres, le don des langues, qu'il opère de grands prodiges, qu'il convertit Attila, etc., c'est rattacher d'abord, le plus possible, le saint personnage au Christ et aux apôtres, c'est donner ensuite au récit, à un haut degré, le caractère épique, c'est contribuer surtout le plus puissamment, selon le goût de l'époque, à la glorification du saint.
Les fidèles honorent aussi le saint en vénérant ses reliques non
seulement ses restes précieux, mais les différents objets qui ont été à son usage ou qui ont reposé dans son tombeau et se sont trouvés ainsi en contact avec ses cendres. Il importe donc d'expliquer la présence, dans telle église, de la dépouille mortelle du saint, d'expliquer aussi comment les différents objets conservés avec un soin jaloux dans le Trésor sacré de l'église, se rapportent à l'histoire du saint fondateur. A ce titre la légende hagiographique — du moins celle qui naît et se développe à l'ombre même du sanctuaire — est vraiment, comme l'appelait quelque part Fustel de Coulanges ('), « la légende explicative des reliques » : sa raison d'être est de justifier le culte local dont le saint est l'objet. C'est en quelque sorte le Guide ou Manuel pieux à l'usage du pèlerin visitant le sanctuaire.
On aura donc soin d'introduire dans la biographie ou dans les actes de translation des reliques des détails qui nous éclairent au sujet de la présence du tombeau du saint ou de la provenance et de la destination des divers objets entourés de tant de vénération.
Le choix de ces détails est aussitôt fait : ce sont les faits les plus extraordinaires, les plus éclatants qui feront mieux ressortir la sainteté du personnage. A ces épisodes on s'arrêtera avec complaisance parce qu'ils suscitent le plus vif intérêt, un intérêt généralement local, et qu'ils ont le don de frapper l'imagination et d'exciter l'admiration de la piété naïve (-).
On le voit, l'hagiographe cherche beaucoup plus à édifier les fidèles, à contribuer au culte du saint et à la vénération des reliques qu'à poursuivre un but politique ou polémique quelconque. Son but n'est pas non plus un but historique; il n'en possède pas même la notion : c'est un but religieux, un but d'édification qu'il poursuit; son récit est moins une histoire qu'un panégyrique. L'éloge du saint est présenté sous la forme d'un roman pieux : au lecteur d'y débrouiller la part de vérité.
Qu'il me suffise de renvoyer, à ce sujet, aux deux études tout récentes du professeur Van der Essen : Over kritiek der middeleeuwsche Heiligenliteraiuur et lets over de relikwieënvereering in de middeleeuwen (^).
Ceci posé, examinons de plus près les différents éléments dont
(1) Histoire des institutions politiques de l'ancienne France. La monarchie française. Paris, 1888.
(2) Delehaye, Les légendes hagiographiques, p. 2. Bruxelles, 1909; Balau, 0. c, p. 22, 23.
(2) Revue 0ns Geloof, 1912, t. Il, p. 102-126, et. 1913, t. III, p. 49-64.
est issue la légende de saint Servais. Elle a été créée par l'esprit populaire sous l'empire d'une double préoccupation : expliquer la présence du tombeau du saint à Maestricht en non à Tongres; expliquer l'importance très grande qu'acquit, au vi*^ siècle, l'église Saint-Servais.
Tel est le double problème qui devait se présenter naturellement à l'esprit du clergé maestrichtois, gardien jaloux du tombeau de Saint Servais.
Le saint évêque mourut tandis qu'il se trouvait à Maestricht. Son tombeau y devint immédiatement l'objet d'un culte. L'Église a toujours honoré d'un culte spécial les restes glorieux des saints. Le plus grand hommage que l'on piit rendre à un saint, c'était d'élever un autel sur sa tombe. Quand on sait combien la vénération des reliques des saints a favorisé le développement des institutions religieuses, on ne s'étonnera point de voir l'oratoire de saint Servais devenir, dès la seconde moitié du vi'^' siècle, sous l'épiscopat de saint Monulphe, un édifice somptueux dont l'importance et la splendeur éclipsaient toutes les autres églises. Pour expliquer le fait de la prépondérance qu'acquit, au vi*^ siècle, l'église Saint-Servais — fait qui trouve une explication adéquate dans le culte du saint et la vénération des reliques — les légendes ont édifié tout un échafaudage de suppositions.
Suivons ici les transformations successives de la légende.
Au vui*^ siècle, dans la Vita antiqiiissima et la Vita antiquior, il n'est pas question d'une destruction isolée de la ville de Tongres. L'évêque redoute une dévastation générale de toute la contrée, de toute la Gaule septentrionale. Il n'est pas davantage question d'une destruction de Tongres en punition de ses crimes, ni de malédiction divine, ni d'abandon de l'église par son pasteur. De retour en sa ville épiscopale, Servais prédit sa mort prochaine ainsi que les calamités qui vont fondre sur la Gaule. Il dit qu'il ne reverra plus ses ouailles, adresse un dernier adieu à son troupeau part pour Maestricht, comme pour y faire les mêmes adieux aux fidèles, et meurt peu de temps après son arrivée en cette ville. Les adieux de l'évêque à la communauté chrétienne de Tongres sont empreints de cordialité et de bonté paternelle.
Au xi^ siècle, ces mêmes désastres sont représentés comme le châtiment infligé à une ville prévaricatrice par le « Fléau de Dieu ». Cette fois, les adieux de saint Servais deviennent déchirants. L'épisode revêt une forme absolument tragique. C'est une scène de lamentation et d'horreur. Toute la population est là aux pieds de l'évêque le suppliant de rester. On n'entend que les pleurs et
les gémissements de !a foule. Les veuves et les orphelins lui crient : « Bon père, vous nous quittez, où irons-nous sans vous, que deviendrons-nous! Ulterius ne tende iram! » (')
Plus loin, la dévastation de Tongres est racontée avec force détails. Cette seconde Sodome, abandonnée par son pasteur, frappée par la malédiction divine, est détruite de fond en comble. Elle n'est qu'un monceau de ruines, un repaire de bêtes fauves.
L'église Notre-Dame est vouée à un abandon quatre fois séculaire car la vengeance de Dieu pèse sur la cité : ut redigereîur in nkhilum et desolaretur in secula seculorum (-').
Par contre, la ville de Maestricht, protégée par une nuée opaque, demeure complètement intacte et se développe rapidement. Elle est le siège de l'évêché. Son église est célèbre : les m.onarques y affluent, de grandes cérémonies s'y accomplissent, des prodiges sans nombre sont opérés sur le tombeau du saint.
Telle est, dans ses grandes lignes, l'évolution de la légende en ce qui concerne la personne du saint et son culte.
La solution du double problème est donc tout trouvée. La voici : saint Servais fut-il enterré à Maestricht, c'est qu'il a abandonné son église épiscopale; Tongres perdit-elle son importance, c'est qu'elle a été détruite de fond en comble en punition de ses crimes.
De cette façon, non seulement la présence du tombeau de saint Servais à Maestricht se trouve-t-elle expliquée, mais le récit revêt à la fois une forme hautement épique et c'est là, avant tout, le but qu'envisage l'écrivain (•').
L'hagiographe ne s'est pas borné à cela. 11 a orné la Vie du
(1) WiLHELM, 0. C, p. 55.
(2) WiLHELM, 0. C, p. 71.
(3) Ce procédé de rédaction, se retrouve d'ailleurs dans la plupart de Vies de saints : s'agit-il d'expliquer la présence à Trêves de reliques du Sauveur, de saint Pierre, de saint André, de saint Corneille, pape, on a soin d'en faire mention dans le diplôme attribué à saint Sylvestre et reproduit dans les Gesta ; s'agit-il d'expliquer la présence à Trêves du tombeau de saint Materne, on imagine la dispute des trois villes de Trêves, Cologne et Tongres pour la possession de ces reliques et le miracle qui s'accomplit sur le Rhin ; s'agit-il d'expliquer la présence à Tongres du bâton pastoral de saint Materne — de ce bâton qui fut remis par saint Pierre et qui opéra, un jour, la résurrection du saint évêque — , le Passionale de Tongres — à rencontre de ce qu'on dit à Cologne — aura soin de nous apprendre que ce bâton fut cédé de commun accord à l'église de Tongres [Passionale, ms X, fol. 164-165 v^; s'agit-il d'expliquer la présence en l'église Saint-Pierre à Liège de la clef de saint Hubert, la Vita Huberti fera remarquer que cette clef fut donnée au saint par le prince des apôtres : « Nam cum Romae missam celebraret, apparuit ei sanctus Petrus apostolus, tradens ei clavem quasi
saint d'un grand nombre de faits merveilleux qui mettent admirablement en relief le culte de Servais et la vénération des reliques.
Le but immédiat de l'écrivain se devine aisément puisqu'il écrit à Maestricht même (')•
Outre le corps de saint Servais, l'église de Maestricht conservait un grand nombre d'autres reliques et plus particulièrement la clef, le bâton pastoral, le vêtement pontifical, le croix en or et la coupe du saint.
Les Gesta soncti Servatii du xr' siècle nous renseignent complètement au sujet de la provenance de chacune de ces reliques.
Ils nous disent d'abord, qu'à son départ de Tongres, saint Servais emporta avec lui les reliques de tous ses saints prédécesseurs (')•
Dans le Translafio sancti Servatii, le compilateur rapporte comment ce Trésor « omne decus et thésaurus ecclesie Tungrensium » fut retrouvé. Ce récit, qui fourmille d'obscurités et de contradictions, n'a d'autre raison d'être que de nous montrer l'église de Maestricht en possession de tous les corps saints et de tout le trésor du diocèse (^).
Venons-en maintenant aux reliques de saint Servais : la clef, le bâton pastoral, le vêtement pontifical, la croix en or et la coupe.
A) La clef. — On sait que le Trésor de l'église Saint-Servais à Maestricht conserve une superbe clef en elecirum.
Dans l'opinion de presque tous les archéologues, la clef de saint Servais doit être rangée au nombre des clefs dites de la confession de Saint-Pierre, clefs données par les papes aux pèlerins de distinction et envoyées aux princes et personnages illustres, tels Récarède et Charles Martel. Ces clefs étaient préalablement déposées sur l'autel de la confession de Saint-Pierre afin de leur donner par là une espèce de consécration : elles étaient un souvenir précieux du tombeau de saint Pierre et un gage de sa protection; les princes les portaient suspendues au cou. Ces clefs renfermaient,
aureani, in manu gestandam, in potestateni ligandi et solvendi ac lunaticis furiosisque sanitatatem conferendi. Ciavis autem ipsa usque hodie servatur in ecclesia beati Pétri Leodii ». (AA. SS, Novembris, t. I, p. 833-835.) On pourrait multiplier ces exemples.
(1) WiLHELM, 0. C, p. XXIV-XXV.
(2) La liste est copiée d'Hériger : « Festinanter sanctorum Valentini, Naviti, Marcelli, Metropoli, Severini, Florentii, Martini, Maximini civitatis ejusdem episcoporum reliquias tolli imperat unaque cum aliorum innumero numéro sanctorum, divinique niinisterii vasis et crucibus ». Wilhelm, o. c, p. 57.
(3j KuRTH, Nouvelles recherches sur saint Servais, p. 14-15. Liège, 1884.
dans le manche creux, de la limaille des chaînes de saint Pierre et, à ce titre, étaient de véritables reliquaires et servaient aux papes désireux d'offrir aux souverains, aux évêques et aux personnages, qu'ils voulaient honorer, une marque de distinction particulière en même temps qu'une relique du prince des apôtres, enchâssée dans un récipient rappelant l'attribut qui a toujours caractérisé saint Pierre aux yeux des fidèles (').
11 n'y a pas lieu de contester que la clef ait été déposée dans le tombeau de saint Servais et qu'elle y ait été trouvée, comme disent les chroniques, lors de la seconde translation des reliques. Il y a eu trois translations des reliques de saint Servais : la première, par l'évêque Monulphe, au vi^ siècle, translation connue grâce au témoignage de Grégoire de Tours {-); la seconde, à une époque un peu indéterminée sous Charles Martel ou sous Charlemagne (^) ; la troisième, en 1039 (').
C'est à l'occasion de la première élévation que fut composée l'épitaphe attribuée à Fortunat (■); c'est à Maestricht même et à la suite de la seconde élévation que fut rédigé le remaniement connu sous le nom de Gesta antiquiora ('); c'est à Maestricht, un demisiècle environ après la troisième élévation en l'année 1039, que furent écrits les Gesta sancti Servatii {').
(1) Helbig, a quelle époque faut-il rapporter les clefs de la confession de Saint-Pierre conservées à l'église de Saint-Servais à Maestricht et à celle de Sainte-Croix à Liège, dans la Revue de l'art chrétien, 1884, XXVII'' année, nouv. sér., t. 11, p. 59-63.
(2) « Procedente vero tempore adveniens in hanc urbem Monulfus episcopus templum magnum in ejus honorem construxit, composuit, ornavitque in quod multo studio et veneratione transiatum corpus magnis nunc virtutibus pollet. ~> De Gloria confessorum, c. 72, dans Migne, PL, t. LXXl, p. 880.
(3) KuRTH, Nouvelles recherches sur saint Servais, p. 13 et 15 : < Je ne voudrais pas aller jusqu'cà révoquer entièrement la translation du vui*^ siècle en doute » ; KuRTH, Le Pseudo-Aravatius, dans les Analecta bollandiana, 1897, t. XVI, p. 169 : « J'admets par hypothèse l'historicité de la translation de saint Servais sous le pontificat de saint Hubert bien qu'elle n'ait d'autre témoin que le fabuleux écrivain qui, vers la fin du xi'' siècle, a écrit au sujet de notre saint une Vie qui est plutôt un roman pieux >.
(4) MoNCHAMP, Le distique de l'église Saint-Servais à Maestricht, dans les Bulletins de l'Académie royale de Belgique, 1900, p. 780, 781.
(5) KuRTH, Nouvelles recherches sur saint Servais, p. 19.
(6 KuRTH, Deux biographies inédites de saint Servais, dans le Bulletin de la Société d'art et d'histoire du diocèse de Liège, 1881, t. 1, p. 243. Cfr Le Pseudo- Aravatius, dans les Analecta bollandiana, 1897, t. XVI, p. 169 : «J'accorde à mon savant contradicteur (B. Krusch) que les deux biographies du saint que j'ai publiées ont été composées à l'occasion de cette translation (fous le pontificat de saint Hubert).
(7) WiLHELM, 0. C, p. XXIV.
Il est tout naturel que chacune de ces cérémonies ravivait le culte du saint et la dévotion des fidèles.
Voyons à présent comment le chroniqueur introduit dans la Vie du saint et dans les actes de translation des reliques les détails relatifs à cette clef de saint Pierre. L'occasion s'offre d'elle-même.
Les Vies primitives de saint Servais rapportent que le saint a eu, sur le tombeau des saints apôtres, une vision dans laquelle saint Pierre lui est apparu. Il est donc tout naturel de dire que saint Pierre en personne a remis la clef à l'évêque. Bien loin de refléter je ne sais quelle tendance politique, cette manière de parler résulte tout simplement du transfert épique qui veut qu'on rattache autant que possible la légende pieuse au Christ et aux saints apôtres. On ne dira pas que saint Servais a reçu la clef du Souverain Pontife, on dira qu'il l'a reçue de saint Pierre « pour qu'il ne fût pas inférieur à Moïse à qui Dieu donna, sur la montagne, les tables de pierre». C'est bien plus honorable pour le saint et bien plus édifiant pour les fidèles. Ces vérités sont élémentaires pour quiconque est quelque peu familiarisé avec les produits hagiographiques de cette époque.
Le chroniqueur dira que la clef est le signe merveilleux, l'emblème des pouvoirs que reçut Servais d'ouvrir ou de fermer le Paradis : « Signum quoque mirabile claudendi celum et aperiendi potestatis accepte » ('); de convertir et de sauver les âmes : « Ne tamen plus pontifex indonatus a conspectu Christi discesserit, salutem animarum omnium Tungrigenarum converti tum adhuc per inducias et penitere volentium accepit » {•).
Aussi saint Servais, montrant la clef au peuple tongrois assemblé, dira : « Magis fas esto gaudere vos pro omnium vestrum qui diligitis dominum concessa mihi animarum eterna beatitudine. Hoc dicens, dextram extendebat nam clavem celestis artificii argenteam Pétri apostoli quondam mirabile donum dextera gerebat. Hoc ait indicio Tungris per clavigerum celi mihi exhibito noveris me his januam orbis stelliferi posse claudere quos pastorali virga per angelum olim mihi tradita nequiveram emendare, item his posse reserare qui vel adhuc precepta nostra statuerint affectare » {•').
(1) « Signum quoque mirabile claudendi celum et aperiendi potestatis accepte discedens a ciavigero celi clavem divine fabricationis in manu gestavit argenteam ne inferior foret illo cui tabulas lapideas in monte Deus olim dederat. »
WiLHELM, o. c, p. 47.
(2) Widem.
Peut-on plus nettement déterminer les prérogatives épiscopales et définir plus clairement le pouvoir essentiellement spirituel d'absoudre, de remettre, de pardonner?
Le chroniqueur insistera beaucoup sur la valeur artistique de ce don précieux. On dira que la clef est de facture céleste, un ouvrage merveilleux, comme on n'en vit jamais : « celestis artificii, divine fabricationis, mirifici operis » ('), qu'elle est un titre d'honneur et une consolation pour tout le pays (-).
Nous sommes bien loin, me semble-t-il, d'un exposé tendancieux de doctrines antigrégoriennes.
Tout partisan d'Henri IV qu'il était, le compilateur des Gesta n'aura pas même songé, à propos de cet épisode, à la grande lutte du sacerdoce et de l'empire. Son but est manifestement tout différent.
Je me demande d'ailleurs comment le fait de la remise de la clef par saint Pierre à Servais caractérise, aux yeux du D' Wilhelm, « die Schlusselubergabe Pétri an Servatius gegen die pàpstliche Schliisselgewalt und somit gegen den Primat des apostolischen Stuhles » ?
Du texte de saint Mathieu, ch. XVI, v. 19 cité par V/ilhelm, il faut évidemment rapprocher cet autre texte de saint Mathieu,
(1) Van Veldeke dira : Den slotel liet hij scouwen
Van hiemelschen ghewercke Dat nyeman alsulcken en sach Noch mensche ghewercken en mach, Van mensschelycken synnen. v. 2756.
(2) Van Veldeke dira : Die sloetel van hiemelschen ghewercke
Die noch is in synre kercke Des is gheeert aile dit lant Dien hevet noch synre kercke Te lyteiken ende te trooste. v. 2799.
Le clef fut dès lors considérée comme l'attribut caractéristique de saint Servais. Dès la fin du xii*^ siècle, on rencontre sur les monnaies que Raoul de Zaehringen fit frapper à Maestricht, d'un côté la châsse et au-dessus la clef avec, en exergue, le mot clavis. Un autre emblème particulier du saint dans les armes du chapitre de Saint-Servais à Maestricht, est l'aigle. Ce signe rappelle un autre épisode de la vie du saint : l'aigle voltigeant au-dessus du saint assoupi et le couvrant de son orr.bre. Cfr Wilhelm, o. c, p. 51. L'hymne de saint Servais y fait allusion par ces deux strophes significatives :
Revertenti clavis datur Obumbrantem aquilam
De manu clavigeri Rex ut vidit Attila
Per quam duplex designatur Penitentem Attilam
Potestas presbyteri. Visa redit aquila.
Cfr Wilhelm, o. c, p. 285.
c. XVIII, V. 18 OÙ le Christ, s'adressant à tous les apôtres, leur dit : « Quaecumque alligaveritis super terram erunt ligata et in cœlo et quaecumque solveritis super terrain erunt soluta et in cœlo ».
Ce pouvoir moral, universel et suprême, ce pouvoir royal dans l'Église, pouvoir d'enseigner, de légiférer, de juger, ce pouvoir de lier et de délier, attribué spécialement et souverainement à Pierre, est conféré participativement à tout le corps apostolique ayant Pierre à sa tête. L'autorité et le gouvernement suprême dans l'Église repose en leurs mains sous la dépendance de Pierre. Les clefs, symbole du souverain pouvoir, sont aux mains de Pierre exclusivement mais les autres apôtres et leurs successeurs participent, sous la primauté de Pierre et de ses successeurs, à ce pouvoir suprême dans l'Église (')•
Je ne vois pas en quoi l'attribut des clefs, reçu par un évêque
(1) Les textes connexes confirment pleinement cette interprétation. Déjà dans la Viia antiquissima (commencement du viii'^^ siècle) et dans la Vita antiquior (fin du vni'^ siècle\ saint Servais dit au peuple tongrois : « Si vivus in carne precando pro vobis ista obtinere non potui, credo quod jani defunctus in spiritu pro animabus vestris apud aJtissimum, qui me ad regendum animas vestras pastorem instituit, requiem seripiternam possidendam promitto». Kurth, Deux biographies inédites de saint Servais, dans le Bulletin de la Société d'art et d'histoire, t. I, p. 257.
En d'autres fermes, le saint dispose du pouvoir de pardonner, de délier, d'ouvrir le Paradis. Or, la clef est le gage de la puissance avec laquelle le saint intercède pour les fidèles pendant leur vie et après leur mort.
Ce pouvoir de lier et de délier est encore plus clairement exprimé dans le sermon sur saint Servais par Radbod, évêque d'Utrecht (901-918 : « (Servatius) prudenti deiiberavit consilio expetenda fore Romas limina apostolorum credens nihil illis impossibile fieri quos ligandi atque solvendi auctoritate noverat sublimâtes ». Cfr Sancti Scruatii Tungrensis cpiscopi vitae antiquior es très, dans les Analecta bollandina, 1882, t. I, p. 85-104.
■ C'est ce même pouvoir de lier et de délier que les hagiographes nous montrent transmis par Pierre à des évèques tels que Materne, Servais, Hubert.
Hériger rapporte que saint Pierre investit Eucher, Vaière et Materne du pouvoir de lier et de délier : « potestas quoque nobis a Christo collata in ligandi ac solvendi auctoritate vobis semper adsit >. A saint Hubert, saint Pierre remet la clef en signe du même pouvoir : <- apparuit ei sanctus Petrus apostolus tradens ei clavem quasi auream in manu gestandam in potestatem ligandi et solvendi ». De même la clef est donnée à saint Servais : « signum quoque mirabile claudendi celum et aperiendi potestatis accepte ». C'est d'ailleurs ce que le saint déclare lui-même : « hoc ait indicio noveris me januam orbis stelliferi posse claudere item posse reserare ». Grâce au bâton pastoral reçu du ciel, Servais conduit, gouverne son troupeau ; grâce à la clef reçue du ciel, il convertit, il sauve les âmes, il leur ouvre le paradis. La clef assure la fécondité de son ministère pastoral.
en communion avec le Saint-Siège contredit le pouvoir des clefs donné à Pierre et à ses successeurs ni les revendications des Souverains Pontifes à la primauté du Siège apostolique.
L'évêque ne tient-il ses pouvoirs du Souverain Pontife, le successeur légitime de Pierre, donc de Pierre même?
Conserver les clefs remises par Pierre, les détenir participativement et en union avec lui qu'est-ce si ce n'est un signe manifeste, une reconnaissance non équivoque de la communion avec le Siège apostolique et l'expression symbolique de la participation au pouvoir de lier et de délier?
B) Les autres reliques. — On pourrait encore douter de la vraie portée à attribuer à l'épisode de la remise de la clef si ce fait constituait, dans la vie du saint, un cas isolé, unique en son genre. Il n'en est nullement ainsi. A chacune des reliques insignes de saint Servais se rattache un épisode pareil.
Les actes de la translation de saint Servais nous donnent les détails suivants au sujet de l'invention des reliques du saint : « On trouva le corps enveloppé d'étoffes en soie et en lin ; on écarta celles-ci et sur la poitrine on releva une croix en or; à droite était déposé le bâton pastoral, à gauche la clef, ouvrage adm.irable, qui lui avait été jadis remise par saint Pierre. Que dire du vêtement pontifical? Il était absolument intact » (')•
Tous ces détails se rapportent aux grandes reliques vénérées au xi"^ siècle et actuellement encore en l'église Saint-Servais à Maestricht : la croix en or, qui est du x*-' siècle, le bâton pastoral « virga pastoralis», la clef et le vêtement pontifical «pontificale vestimentum ». Il faut y ajouter la coupe de saint Servais mentionnée, à la fin du xn'^ siècle, dans le poëme flamand de Van Veldeke (').
Le bâton pastoral en forme de tau, avec son ornementation feuillue taillée dans l'ivoire, offre, dit Helbig, comme caractère archéologique, une analogie incontestable avec la décoration de la clef. Mais, comme les motifs de décoration de la clef, tels que les, rinceaux qui font l'ornementation principale, les faisceaux de palmettes qui forment la transition entre le canon et la poignée de forme ovoïde, sont persistants pendant une série de siècles, Helbig ne se prononce pas quant à l'époque précise de l'exécution de ces œuvres d'art. Il relève l'analogie frappante que présentent les.
(1) WiLHELM, 0. C, p. 86.
(2) Sint Scrvatius légende, liv. I, v. 2113.
rinceaux et les feuilles à divisions aiguës avec certains détails d'ornementation des chapiteaux de Sainte-Sophie à Constantinople (vi*^ siècle) ('). D'après d'autres on y retrouve les caractères de l'école grecque-copte d'Alexandrie (-).
Le vêtement pontifical en question est un tissu extrêmement remarquable dont le décor représente un sacrifice aux Dioscures, sujet appartenant à l'antiquité classique. Helbig n'hésite pas à attribuer ce monument de la textrine au iv^ siècle (^).
Toutes ces reliques ont leur place marquée dans la Vie du saint. A chacune d'elles correspond un épisode particulier, un fait merveilleux qui rentre parfaitement dans le but d'édification que poursuit le biographe.
Celui-ci rapporte comment le « baculus pastoralis » fut remis à saint Servais par un ange. Saint Servais, venu à Tongres, entra dans l'église et se mit à prier avec ferveur devant l'autel de la sainte Vierge. Saint Valentin avait déposé sur cet autel son bâton pastoral en menaçant des plus terribles châtiments quiconque, après sa mort, oserait le prendre en mains sans être appelé de Dieu à l'épiscopat. L'ange prit le bâton pastoral et le remit à saint Servais à la grande joie des fidèles (*).
Le vêtement pontifical « pontificale vestimentum » fut retrouvé, disent les Gesta, absolument intact «corruptione illaesum». Aussi les chroniques montrent saint Servais emportant de Tongres les insignes épiscopaux, les ornements sacerdotaux et prenant toutes les dispositions en vue de sa sépulture {-').
Enfin à la coupe de saint Servais se rattache un de ces épisodes stéréotypés des vies de saints : Revenant de Rome et ayant traversé l'Alsace, saint Servais, fatigué et épuisé par la chaleur, s'assied
(1) Helbig, art. cité, dans la Revue de l'art chrétien, XXVIF année, nouv. sér., t. II, p. 62. Helbig oppose ces conclusions à celles de Mgr Barbier de Montault (même revue, même année, p. 45) qui considère la clef « comme une œuvre essentiellement romane qu'on ne peut faire remonter au-delà du xii" siècle ».
(2j WiLHELM, 0. c, p. XVIII. L'auteuT renvoie à l'ouvrage de J. Strzygowski, Hellenistische iind koptiscfie Kunst in Alexandria, p. 61. Vienne, 1902.
(4,1 V/ILHELM, O. C, p. 12, 16.
Il est vrai qu'on a appelé depuis à Maastricht « baculus pastoralis » la crosse avec volute tandis que le bâton en forme de tau prit le nom de « baculus peregrinalis ». Deux autres miracles se rapportent à ce dernier : c'est au moyen de ce bâton de pèlerin c.ue saint Servais tua le dragon et fit jaillir une source d'eau limpide. Cfr Bock et Willemsen, Antiquités sacrées conservées dans les anciennes collégiales de Saini-Servais et de Noire-Dame ù Maestricht, p. 82, 1873.
(5) WiLHELM, 0. C, p. 57.
près du chemin. Nulle part il ne voyait un puits ni une fontaine pour étancher la soif qui le brûlait. Dans cette nécessité, il adresse à Dieu une prière (suit le texte de la prière). Ce disant, il trace, à l'aide de son bâton, le signe de la croix sur la terre ; il en sort, comme autrefois sous la verge de Moïse, une eau claire et délicieuse qui, dans la suite, a rendu la santé à plusieurs malades.
Jusqu'ici le récit des Gesta (')• Or, comme cette source se trouve quelque part en Alsace, les fidèles de nos contrées ne pouvaient guère bénéficier de ses bienfaits. Ce miracle est perpétué, au milieu de nous, dit Van Veldeke, par la coupe de saint Servais conservée en l'église de Maestricht « die noch in sijn monster is ». Aussi tous les biographes postérieurs rapportent l'épisode suivant : « Dieu daigna, à cette occasion, doubler son bienfait. Les membres du saint évêque n'étant pas seulement raidis par l'âge mais encore exténués par la pénitence et les fatigues de la route, un ange du ciel lui apporta, comme cela avait eu lieu pour le prophète Elle dans le désert, une coupe pour qu'il pût d'autant plus aisément se désaltérer à la source mJraculeuse qu'il venait de faire jaillir (')• »
Je conclus : Personne n'imagine de dire que parce que saint Servais reçoit la crosse directement des mains d'un ange, le biographe, en rapportant ce fait, a la prétention de trancher la querelle des investitures; l'épisode de la remise de la clef n'a pas davantage le caractère tendancieux qu'on lui prête et ne reflète nullement les idées impérialistes du biographe. Cet épisode se trouve d'ailleurs dans toutes les compilations des Gesta sancfi Servatii sans exception. En conclura-t-on que tous ces biographes sont imbus d'idées anti-grégoriennes et se lancent, à propos de ce menu fait, dans la grande lutte du sacerdoce et de l'empire?
De telles conclusions sont tout à fait hasardées et nous nous permettons de ne point y souscrire. Notre explication est la plus obvie, la plus rationnelle; elle répond, en tout point, au mode de composition des Vies de saints en usage au moyen âge, au but de l'écrivain et à la mentalité des lecteurs.
Jean Paquay,
vicaire de Notre-Dame
et archiviste de la ville de Tongres.
(2) Sint Servaiius légende, liv. I, v. 2113; Cfr Bock et Willemsen, o. c. p. 75.
Nouvelles recherches
sur les deux biographies de S. Remacle.
La vie du fondateur de l'abbaye double de Stavelot-Alalmédy nous est racontée dans deux écrits bien connus, sur lesquels d'éminents critiques ont fourni plusieurs dissertations intéressantes. Les lignes, qui vont suivre, donneront, le plus brièvement possible et pour autant qu'il sera nécessaire, les résultats acquis; on s'étendra davantage sur la partie originale de notre étude.
La plus ancienne biographie de Remacle, ou le Vita I", écrite dans un style barbare, parut seulement deux siècles après la mort du saint (') : cette distance qui sépare l'auteur anonyme des événements qu'il raconte (-'), la raison pour laquelle le moine de
(1) Pour les textes du Vita /', voir Bibliotheca hag. Mina des Bollandistes, t. Il, n"*^ 7113-7114; Supplément, Bruxelles, 1911, par le P. A. Poncelet, n^ 7113; et B. Krusch, MGH. SS. rer. nierov., t. V, p. 100-104, qui omet de citer le manuscrit n° A, 7, x'' siècle, de la Bibliothèque de Vérone. Cfr Neues Archiv der Gesellsch. f. altère deutsche Geschichlk., t. V, p. 483. Quant au codex bambergensis E III. 9 'Mise. hist. 141), xv*^ siècle, il a été publié par F. Fassbinder, Der Caialogus sandorani ordinis Benedidi des Abts Andréas von Miclielsberg. Bonn, 1910. — A côté des éditions de Mabillon (AA. SS. ordinis S. Benedidi, saec. II, p. 489-494; 2'' éd., p. 469-473), de J. Veldius (AA. SS, Sept. t. 1. p. 692-695, réimprimé dans Ghesquière, AA. SS. Belgii, t. III, p. 465-471), nous avons celle de B. Krusch (MGH. SS. rer. mcrov., t. V, p. 104- 108). Cette dernière est la plus récente et la plus critique : c'est elle que nous employons. Il est à remarquer que M. Krusch omet le passage copié dans le Vita Trudonis (cfr éd. Krusch, cap. 3 et éd. J. Veldius, cap. 1, n"^ 4-8; cap. 2, n'' 9). Sur les éditions du Vita Reniadi I>, voir A. Molinier, Les sources de l'histoire de France, t. I, p. 156, n" 549. Paris, 1902; et une note de Krusch, o. c, p. 103.
(2) L'auteur est au moins contemporain de Charlemagne : « nec non etiam adfirmarunt testamento cum signaculis imperialibus », cap. 6, dit-il, en parlant des chartes de Stavelot. Il écrivit, croyons-nous, après le l'-"'' octobre 814, date d'un diplôme de Louis le Pieux, qu'il semble avoir utilisé. Rapportant en
Stavelot se mit à l'œuvre (0, les procédés suivis dans la composition, voilà qui est de nature à nous mettre en garde et à exciter notre défiance (-)•
effet la réduction du domaine, opérée par Childéric II, 6 sept. 670 {Recueil des chartes de l'abbaye de Sîavelot-Malmcdy, éd. J. Halkin et C.-G. Roland, t. I, n" 6, Bruxelles, 1909, l'hagiographe ajoute : « ... quod ad nosiriim usque tempus inconvulsum durare videtur », cap. 6; or, c'est Louis le Pieux qui mentionne et confirme cette réduction ; de plus, l'écrivain employé l'expression : ' duodecim leuwas s, propre au diplôme mentionné : <■ ... de sua foreste duodecim leugas undique msnsuratas », \" oct. 814, J. Halkin et C.-G. Roland, o. c, t. I, n° 25 ; « tradiderunt ei ex ipsa foreste duodecim leuwas... », cap. 6 ; tandis que Sigebert et Childéric (J. Halkin et C.-G. Roland, o. c, t. 1, n°^ 2 et 6) diront : «... non plus duodecim milibus » et « ... duodecim milia daxtrorum saîtibus... ». Pourrait-on se baser sur un passage des Miracula Remacli, lib. I, cap. 6, (éd. MGH. SS, t. XV, p. 435), où il est fait mention des actus beaiissimi (Remacli) pour conclure que déjà du temps ài l'abbé Audon (vers 817-833), on possédait la vie de S. Remacle, telle que nous l'avons? On sait aussi que la première partie des Miracula S. Remacli (lib. I, capp. 1-14 et cap. 19; éd. AA. SS, Sept. t. I, p. 697-700 et p. 702-703) fut écrite au milieu du ix'' siècle (après 851) ; cette œuvre, au point de vue du style, marque un progrès sei.sible sur le Vita Remacli I" et elle paraît lui être postérieure en date.
(1) Le biographe sa mit à l'œuvre, d'après M. Ku.^th, pour contrebalancer la concurrence de deux saints liégeois, Lambert et Hubert, dont les Vitae, parues au vii^ siècle, avaient mis en relief la figure et contribué à la diffusion de leur culte, tout en rejetant dans l'ombre la mémoire de leur prétendu prédécesseur, saint Remacle. De là, le procédé suivi par l'auteur du Vita Remacli : il s'adresse au Vita Lambert i pour en adopter le prologue, le plan et opposer épisode à épisode. Il est à remarquer cependant que les moines de Stavelot ne semblent guère soucieux d'augmenter la gloire de leur patron, suffisamment établie alors par les miracles qui illustraient son tombeau. Voir les reproches adressés aux moines de Stavelot par Airic, abbé d'inda (Cornelimiinsterj : ' Hac ergo relatione comperta, requirit diligenter (se. Airicus) si haberentur pêne nos scripta haec aliaque ostenta, quae per meritum servi sui operatus sit Deus. Cognito vero quod nostra incuria vel negligeniia pœne in oblivione manerent, nullatenus stilo commendata ; reprehendere sive arguere nos prudenier studuit, quod non recte ageremus ...» Miracula S. Remacli, cap. 29, n° 31, éd. Ghesquière, AA. SS. Belgii, t. III, p. 486. Cfr Vita /', cap. 8. Plus tard, Wérinfride (t 980), abbé de Stavelot, écrivit encore, dans le même sens, à Notger ; cfr Lettre ù Wérinfride, éd. B. Krusch, MGH. SS. rer. merov., t. V, p. 109. On peut, de plus, observer que le Lx*^ siècle est une époque où apparaissent de nombreuses vitae de saints et que si l'auteur du Vita Remacli pille le Vita Lamberti, c'est là une méthode suivie par les hagiographes du moyen âge.
(2) Voir G. KuRTH, Notice sur la plus anc. biographie de s. Remacle pour servir à l'hist. des supercheries littéraires, dans le Bull, de la comm. roy. d'hisf., 1876, 4*= série, t. III, p. 355-363; S. Balau, Les sources de l'hist. de Liège au moyen âge, p. 60-65, n°^ 7-10. Bruxelles, 1903; L. Van de.7 Essen, Étude critique et littéraire sur les Vitae des saints mérovingiens de l'ancienne Belgique, p. 96- 101. Louvain, 1907, et les prolégomènes de B. Krusch, o. c, p. 94-96.
Ainsi, nous devons écarter la noblesse de naissance, d'ordinaire attribuée à tous les saints de ce temps (cap. 1); il nous faut rejeter la prétendue profession monastique de Remacle, sous saint Éloi, puisqu'à cette époque le futur évêque de Noyon était encore laïc (cap. 1); passons l'épisode copié dans le Vifa Trudonis (éd. Veldius-Ghesquière, cap. 1, n»* 4-8; cap. 2, n» 9) ('); admettons, à la suite de M. Krusch, que, si Remacle fut évêque, ce ne fut pas évêque de Tongres-Maestricht, comme le veut l'auteur du Vita /", mais simplement évêque régionnaire (episcopus ad praedicandum) et abbé-évêque (klôsterbischof), à la manière des Scotti ou Irlandais (capp. 2 et 3) ; que sa consécration épiscopale (-) n'a point précédé, mais suivi l'octroi de la charte de fondation de Stavelot-Malmédy (cap. 2) (^) et qu'il ne put abdiquer le siège épiscopal de Tongres (cap. 5) {*); enfin, nous mettons en doute le
(1) Les relations de Trudon avec Remacle sont des relations de diocésain à évêque (cfr L. Van der Essen, o. c, p. 91-93) ; elles manquent donc de fondement historique, puisque Remacle n'occupa jamais le siège de Tongres. Quant à l'épisodedu chap. 6 du Vita Trudonis (rencontre à Zepperen), il avait déjà été mis en doute par W. Rettberg, Kircliengeschichte Deutschlands, t. I, p. 566, et par Friedrich, Kircliengeschichte Deutschlands, t. II, p. 349, qui y voient une légende, créée parle biographe, pour expliquer l'appartenance du monastère de Sarchinium (Saint-Trond), situé dans le diocèse de Tongres, à un diocèse étranger, celui de Metz. Cir Van der Essen, o. c, p. 92, note 2. C'est aussi l'opinion de B. Krjsch, o. c, p. 94. Voir les contradictions qui existent entre les Vitae Remacli et Chloiulphi, exposées par J. Veldius, Commentarius, ap. Ghesquière, o. c, t. III, p. 440, x\° 41.
(2) « In tanta enim habitus est dignitate, ut infulas sacerdotales adeptus, adclamante populo, dignum fieri talem doctorem praesulatus gerere officium, qui tantam gratiam a Deo perceperit, ut etiam omnibus in necessitate subveniret. » Cap. 2. L'expression adclamante populo indiquerait l'élection d'un évêque avec siège fixe, et le Vita /" semblerait refuser la qualité d'évêque régionnaire à Remacle, avant sa prétendue nomination au siège de Tongres.
(3) En effet le titre d'episcopus n'est donné à Remacle que dans le diplôme de Grimoald, du l" août 659 (éd. J. Halkin et C.-G. Roland, o. c, t. I, n° 3; cfr B. Krusch, o. c, p. 90), donc après la fondation de Stavelot-Malmédy. C'est à tort que S. Balau, o. c, p. 64, invoque le témoignage trop indéterminé du Vita Eligii éd. Ghesquière, t. III, p. 242, part. 2, cap. 14 ; MGH. SS. rer. mer., t. IV, p. 703), pour appuyer le Vita Remacli I". Friedrich, o. c, t. II, p. 328-329, Bamberg, 1869, recourt à une copie du xiii'' siècle, de la charte de fondation (éd. J. Halkin et C.-G. Roland, o. c, t. I, n'' 2) ; mais la leçon « episcopus abba», qu'il y découvre, ne se retrouve pas dans les copies les plus anciennes, du x'^ et du xi*^ siècle : ce n'est là qu'une interpolation, qu'explique l'apparition du Vita Remacli. Cfr J. Halkin et C.-G. Roland, o. c, t. I, Introduction, p. xxii-
(4) Puisque Remacle fut simplement abbé-évêque, plusieurs questions, posées par les modernes, tombent d'elles-mêmes ; telles les suivantes : Quand Remacle
séjour de Remacle, comme conseiller, à la cour du roi Sigebert (cap. 2) (').
On le voit, les renseignements à retenir, laissés par l'anonyme de Stavelot, sont extrêmement maigres : S. Remacle est né en Aquitaine (cap. 1), donnée admissible (-) ; il habite Solignac (cap. 1); il reçoit en faveur des deux monastères, Stavelot et Malmédy, un territoire de douze lieues, réduit peu après (capp. 4, 6, 7); sa mort doit être fixée au 3 septembre (cap. 7). Or, la donation du roi Sigebert, la réduction du domaine, le séjour à Solignac et le dies natalis du bienheureux sont mieux connus par d'autres sources indépendantes du Vita I" (^), de même que les
fut-il appelé sur le siège de Tongres? Fut-il évêque de Tongres ou de Maestricht? Quand abdiqua-t-il ? Tout en gouvernant son diocèse, Remacle conservait-il la direction de Stavelot? — Que Remacle n'ait pas été évêque de Tongres, c'est une chose bien établie : d'abord, aucune source contemporaine ne lui donne ce litre; ensuite, si, immédiatement après la fondation de Stavelot-Malmédy, il apparaît avec le qualificatif d'episcopus, ce n'est que dans l'exercice de ses fonctions de chef de monastère (éd. J. Halkin et C.-G. Roland, o. c, t. I, n"^ 3 et 4); enfin, de son vivant, le siège de Tongres-Maestricht est occupé par Théodard (éd. J. Halkin et C.-G. Roland, o. c, t. I, n° 6) et son prétendu prédécesseur, saint Amand, n'a été lui-même qu'évêque-missionnaire. Cfr B. Krusch, MGH. SS. rer. mer., t. V, p. 92.
(Ij Ce fait, en soi, vu l'amitié qui unissait Eloi et Remacle, est vraisemblable et, à ce titre, fut admis par l'hagiographe, dont l'unique préoccupation est d'exalter son héros; mais il est loin d'être établi, comme le veulent Balau, o. c, p. 63, et L. Van der Essen, o. c, p. 97 et p. 100, tandis que Mabillon n'ose se prononcer. Cfr AA. SS, Sept. t. I, p. 672 ; Ghesquière, t. III, p. 426. Voyez aussi l'opinion des Bollandistes, dans AA. SS, Oct. t. Vll^, p. 992-993. Remarquons en effet que le Vita Bercharii et les Miracula du même saint, sur le témoignage desquels se base S. Balau, sont respectivement du x^ et du x''-;:!'' siècle et que seuls les Miracula identifient le Remaclus « procurator sacri scrinii palatii » avec notre saint ; en outre, si, d'après les Vitae Remacli /" et //", Remacle vint au palais de Sigebert, ce fut peu de temps avant sa consécration épiscopale, tandis que le Vita Bercharii nous montre à la cour un Remacle n'ayant pas encore fait sa profession monastique.
(2 En tout cas, le nom de Rimagilus, Remacle, y était fort employé. Cfr Foe:?stemann, Altdeutsches Namenbuch, t. I, Personnennamen, 2*' éd., col. 648. Bonn, 1900.
(3) Cfr J. Halkin et C.-G. Roland, o. c, t. I, n°^ 2, 6, 28, 53. — Voir charte du 22 nov. 632, dans Mabillon, AA. SS. ordinis s. Benedicti, saec. Il, p. 648, et MiGNE, PL, t. XXXVII, coll. 657 svv. L'authenticité de cette charte est défendue par B. Krusch, MGH. SS. rer. mer., t. IV, p. 743-745, contre Malnory, Quid Luxovienses monachi ad commiinem ecclesiae profectum contalerint, p. 28. Paris, 1894. On voit par ce document que S. Remacle vint de Luxeuil à Solignac, pour y être abbé ; « ... ex quorum régula tu nobis complacens in hoc monasterio aliis es praelatus » ; « Ubi et auspice Christo praeesse dinoscitur vr venerabilis
prodiges, obtenus par l'intercession du saint (cap. 7), nous sont rapportés dans un écrit, dont la première partie a pour auteur un contemporain du biographe de S. Remacle (')•
S'il est vrai donc qu' « au milieu de lieux communs et de passages copiés », l'anonyme de Stavelot a su « relater quelques faits précis » (-), il faut reconnaître que ces faits précis manquent de base sérieuse ou sont présentés sans nul souci de la chronologie, subordonnés à cette fausse assertion — apparaissant d'abord dans le Vita Tnuionis, vers la fin du vn^' siècle, (^) — que Remacle fut évêque de Tongres, au point de ne plus être abbé, mais tout au plus provisor ou gubernator de monastères, dont il ne fait que conseiller la fondation et qu'il consacre en vertu de ses pouvoirs d'évêque diocésain (cap. 4) ; Cugnon est passé sous silence, et, si le saint se retire à Stavelot, ce n'est qu'après avoir abdiqué sa charge épiscopale (cap. 5) (^) ; rien même, dans le Vita I", ne nous montre que Remacle intervenait dans l'administration effective de l'abbaye; il fait seulement l'édification des nombreux disciples qui l'entourent (cap. 6).
En résumé, les données du Vita Remacli I" n'ont fait qu'égarer les érudits dans l'étude des annales du diocèse de Tongres et des origines du monastère de Stavelot-Malmédy. Heureusement que la sagacité de M. Krusch y a mis bon ordre (•)! 11 est désor-
Rimaclus abbas cum reliquis fratribus ^> et « Beatissime pater Rimacle abba •■>. Voir aussi Vita Eligii, lib. 1, cap. 15, où le nom de l'abbé n'est pas donné : « abbate constituto •>, y est-il dit simplement. — Sur S. Remacle, abbé de Solignac, voir J. Veldius, Comment, praevius, ^ 111, n"^** 16-17, dans Qhesquière, t. III, p. 427-428; Krusch, o. c, t. V, p. 88.
(1) Cfr S. Balau, 0. c, p. 67.
(2) L. Van der Essen, o. c, p. 101. Cfr Balau, o. c, p. 61 svv.
(3^ Avant B. Krusch, tous les auteurs, sur la foi des Vitae Trudonis et Remacli, admettaient la nomination de Remacle au siège de Tongres. Voir, MGH. SS. rer. merov., t. V, p. 94, comment le célèbre critique expose l'origine de la légende. Remarquons toutefois qu'il est difficile de dire ce qui appartient en propre au Vita Eligii 11-^ et ce qui revient à la première vie de saint Eloi. Nous pensons, en nous basant d'ailleurs sur l'explication même de Krusch, qu'il est plus simple de reporter la méprise au Vita Trudonis, copié par le biographe de Stavelot.
(4j L'origine de cette assertion doit être cherchée dans une charte de Stavelot (éd. J. Halkin et C.-G. Roland, o. c, t. I, n" 6\ où apparaît, du vivant même de Remacle, un episcopus diocésain, du nom de Théodard. Cfr B. Krusch, o. c, p. 95.
(5) Déjà Mabillon, Annales ord. s. Benedicti, t. I, p. 403, reprochait au Vita Remacli de faire Remacle évêque de Tongres, avant la fondation de Stavelot- Malmédy.
mais prouvé que la valeur historique aussi bien de la seconde (capp. 4-8) que de la première partie du Vita I" est absolument nulle; on ne peut y chercher qu'un intérêt purement littéraire (').
L'auteur a, sans aucun doute, utilisé plusieurs diplômes monastiques : il les cite en général et se sert de quelques-uns en particulier ('j; mais, nous l'avons vu, il plie ces renseignements à son idée préconçue, à des traditions légendaires.
Quant aux sources littéraires mises à contribution, on distingue les Vifae Tr adonis, Lamberti, Eligii et Martini, les Acta Sebastiani, plusieurs passages des Livres Saints et, peut-être aussi, le Vi'a Sancti Servatii (/).
Au x^' siècle, de 972 à 980 ('), Hériger (t 1007), écrivain très fécond, entreprit de compléter l'ancienne vie de saint Remacle (•'):
(1) Cfr B. Krusch, o. c, t. V, p. 95 : <■■ Posterior vitae pars (c. 4-8) ab auctoribus quos dixi (se. Kurth, Balau) pluris existimata est, quippe quae ea contineret, quae fama apud Stabulenses circumiata essent, etsi non asseqnor, quanta dnobus saeculis post sancti morteni viilgi ore retineri potiiissent. •■■>
(2) <■ iManens ilaque (Remaclus) pervigili cura absque ulla reprehensione in monasficis documentis, multos nobilium virorum animos convertit... -■> cap. 6. Fondation de Stavelot-Malmédy par Sigebert et son maire du palais, Grinioald, sur les conseils des optimates, cap. 4 ; cfr diplôme ap. J. Halkin et C.-G. Rclakd, 0. c, t. I, n" 2. « Cognominata Malmundariuni seu Stabulaus, in quibus commanerent religiosi nionachi, qui spiritalitcr inibi Cliristo famularentur et pro statu totius regni et régis sainte vel filiorum sive curam regni exercentinm omnipotentem Dominum exorarent... » cap. 4; cfr formules similaires dans J. Halkin et C.-G. Roland, o. c, t. I, n°^ 4, 6, 9, 10. < .... Verum non multo post ipsum spacium adbreviare studuit, ut sine impedimento fieret sequacibus.... » cap. 7, cfr J. Halkin et C.-G. Roland, o. c., t. 1. n" 6.
(3) Vita Trndonis : « Sicut scedula gestorum iliius (se. Trudonisl ccmrnendat >, Ghesquièpe, t. III, p. 467, n° 4. — Vita Lamberti, dans prolog. et capp. 1 et 2. — Vita Eligii, dans prolog. et cap. 1. — Vita Martini de Sulpice Sévère, dans cap. 6. — Acta Sebasiiani, dans capp. 1 et 6. — Livres Saints, dans capp. 2, 3, 7. — Sur le Vita Servatii et le Vita Remacli /", voir J. Yernaux, Les premiers siècles de l'abbaye de Stavelot-Malmédy, dans le Bull, de la soc. d'art et d'hist. du diocèse de Liège, 1910, t. XIX, p. 318, note 3. G. Kurth, Deux biographies inédites de S. Servais, dans la même revue, 1881, t. I, p. 231, avait déjà fait remarquer que la scène du départ, « un de ces thèmes hagiographiques que l'on traitait avec prédilection >, et dont la formule se trouve dans la 3*^ épître de Sulpice Sévère sur la vie de S. Martin, avait été mise en oeuvre par l'hagiographe de Stavelot.
(4) Mais plus près de la seconde de ces deux dates. Cfr J. Warichez, L'abbaye deLobbes, p. 257-258. Louvain, 1909.
(5) Le Vita Remacli II " , comme les autres œuvres hagiographiques d'Hériger, se présente sous le nom de l'évèque Notger lui-même.
d'où le Vifa Remacli II" ('), écrit à la demande du jeune abbé de Stavelot, Wérinfride (t 980) C'.).
Cette œuvre, d'un style ampoulé C), est une compilation de travaux connus et inconnus, de traditions orales en cours (^); elle
(1) Textes et éditions : voir Biblioth. hag. lat., des Bollandistes, t. Il, n°* 7115-7119. Le texte isolé du Vita Remacli II" n'est pas encore édité séparément d'après les manuscrits qui nous le livrent ainsi, si l'on excapte la version remaniée de Sjrius, Deprobatis sandorum historiis, t. V, p. 17-29, Cologne, 1574, (et autres éditions du même), reprise littéralement par Migne, PL, t. CXXXIX, col. 1149-68, partiellement par Djchesne, historiae Francorum script., t. 1, p. 642-645, et Bouqet, Recueil des historiens de France, t. III, p. 544-547. — Sur l'exemplaire du Vita II", conservé autrefois à Stavelot, voir Chapeaville, Gesia pontif. leod., t. I, p. 83. G. Kurth, Notger de Liège, t. I, p. 335, note 2, donne la description du manuscrit conservé à la bibliothèque Vaticane, n° 615, fonds de la reine Christine. — II faut chercher le Vita II" dans les Gesta d'Hériger, dont il fait partie intégrante. La V^ éd. des Gesta est celle de Chapeaville, Gesta pontif. leod., t. I, capp. 1-60, p. 1-97; mais c'est un texte fort imparfait; puis vient l'édition critique de Koepke, MGH. SS, t. VII, p. 161 svv. {Vita II", capp. 40- 56, p. 180-1891, reproduite au t. CXXXIX de la PL, de Migne, col. 1043-1046. Extraits dans AA. SS, Sept. t. I, p. 672-686 fpassim); Ghesquière, t. III, p. 424- 452 passim). Cependant, < il existe des Gesta d'Hériger un manuscrit se rapprochant plus fidèlement de l'original que les textes utilisés par Koepke, c'est celui de l'abbaye d'Averbode ; cfr Kurth, Notice sur un manuscrit d'Hériger et d'Anselme, dans Bull. CRH, 4, 1875, t. H, p. 377 svv. » J. 'Warichez. o. c, p. 251, note 1. Voir aussi Gilles d'O.t/al, éd. Heller, MGH. SS, t. XXV, p. 32- 35. — La Lettre à Wérinfride est publiée de nouveau par Krusch, MGH. SS. rer. merov., t. V,p. 109-111, avec les prétendues interpolations stavelotaines, ibid., p. 111, données aussi en partie par Chapeaville, t. I, p. 36. Sur différents manuscrits contenant le Vita Remacli II' avec les dites interpolations, voir S. Balau, 0. c, p. 134 et p. 719. — Études critiques :]. Veldius, Conimentarius praevius, .*; VIII, n°^ 67-71, dans Ghesquière, t. III, p. 452-455 ; Wattenbach, Deutschlands Geschichtsqnellen im Mittelalter, T éd., p. 428 svv. Berlin, 1904; Koepke, dans la préface de son édition des Gesta episcop. tungr., MGH. SS, t. VII, p. 134 svv.; G. Kurth, Notger de Liège, t. I, p. 333-336; S. Balau, 0. c, p. 123, n" 3 ; p. 126, n° 5 ; p. 133-134, n° 8 ; L. Van der Essen, o. c, p. 102- 105; J. Warichez, o. c, p. 257-258; B. Krusch, MGH. SS. rer. merov., t. V, p. 96-98.
■2) Cfr Lettre à Wérinfride, éd. B. Krusch, MGH. SS. rer. merov., t. V, p. 109 (cfr MGH. SS, t. VII, p. 161). Ces remaniements de vitae étaient très fréquents. C'est ainsi qu'au x*' siècle, le Vita Amandi avait déjà été remanié plusieurs fois; de même, les Vitae Lamberti et Trudonis. Cfr Van der Essen, 0. c, p. 345, p. 29 et p. 95.
(3) Voir un curieux exemple dans le discours de saint Remacle sur son lit de mort. Cfr Gesta, cap. 55 (MGH. SS, p. 188-189).
(4) Relevons, avant tout, le Vita Remacli /", puis les Vitae Trudonis (Gesta, cap. 44, MGH. SS, t. VII, p. 183) et Lamberti par Etienne (cap. 52, p. 187); le Gesta Francorum ou Liber historiae (cap. 41 et cap. 54, p. 181 et p. 187- 188) ; probablement VHistoire ecclésiastique de Metz par Paul Diacre (cap. 44,
fut, comme on sait, l'origine de la Chronique des évêques de Tongres (')•
Le Viîa II", amplification de la plus ancienne biographie du saint, dont il suit l'ordre chronologique (-), utilise le chartrier de l'abbaye (0; mais l'auteur, quand il y a contradiction entre
p. 182); une description de l'Aquitaine, puisée à une source inconnue 'cap. 42, p. 181); un diptique de Stavelot, ap. Vita Hadelini, (éd. Ghesquière, t. IV, p. 619, n° 8) et plus complet dans les Notae aureaevallenses, du xnf s., éd. MGH. SS, t. XVI, p. 634 (capp. 43, 44, 52, p. 182-187); les Miracula Remadi (cap. 56, p. 189'; yHomilia in Natale sancti Remagli, comme nous le démontrerons plus loin ; enfin, l'auteur tire parti des monuments, qui subsistent de son temps : grotte de saint Remacle et églises dédiées à saint Suipice (capp. 43-44, p. 181 et p. 184) et aussi de la tradition (cap. 46 : «ut sese habet fama relationis... »).
(1) C'est ce qui ressort du passage suivant de la Lettre à Wérinfride, éd. MGH. SS, rer. mer., t. V, p. 110 : « Et ne hic labor, qui, te adhortante, susceptus est, inferaciter fiât, non ejus modo, cujus meminimus, sancti scilicet Remagli, verum ceterorum nostrae sedis pontificum tempora et gesta, quae undecumque potuere conradi, ad nostra usque tempora collegi... ». On peut se demander pourquoi Wérinfride s'est adressé càNotger.J. Yernau.x, o. r., p. 413, pense que Stavelot manquait de moines capables de mener à bien l'entreprise; mais la rédaction, à cette époque, de diverses parties des Miracula Remadi suffit à renverser cette opinion. Peut-être l'abbé de Stavelot connaissait-il le dessein qu'avait Notger d'écrire ou de faire écrire l'histoire de ses prédécesseurs, et l'illustre évêque de Liège ne se serait mis à l'œuvre qu'à la suite des exhortations de Wérinfride. On est d'accord pour admettre que le Vita Remadi /!" fut rédigé avant les Gesta; pour préciser davantage, nous pensons que Notger (ou Hériger) rasssembla d'abord les matériaux (tempora et gesta) de sa chronique, qu'il tira de ces matériaux (inde) ce qui concernait Remacle, afin de donner une biographie plus développée que la première ^v/Yam inde exceptam... porrexi).
(2) \° Séjour à la cour et consécration épiscopale ; 2'^ nomination au siège de Tongres ; 3° rencontre de Remacle et de Trudon ; 4"^ zèle pastoral de Remacle ; 5° fondation de Stavelot-Maimédy ; 6" dédicace des monastères fondés.
(3) L'auteur le fait entendre lui-même : « ... tum quod temporum, quorum diversitas nunc maxime scito opus est, ex cartulario vestro non desit notitia. » Lettre à Wérinfride, éd. MGH. SS. rer. merov., t. V, p. 109. « Multa etenim scripta ex eisdem rébus per multa annorum curricula a nobis possessis in utrarumque ecclesiarum (se. Leodiensis et Stabulensis) adhuc retinentur archivis. » Gesta, cap. 41. De fait, Hériger a connu les diplômes suivants : J. Halkin et C.-G. Roland, o. c, t. I, n° 1 (fondation de Cugnon ; Chapeaville, t. I, cap. 54, p. 90) ; n" 2 (fondation de Stavelot-Malmédy : c'est là qu'il aura trouvé son étymologie de Stavelot, d'après ce passage de la charte : & ... in foreste nostra nuncupante Arduinna in locis vaste solitudinis, in quitus caterva bestiarum germinat. > Cfr Chapeaville, t. I, capp. 55-56, p. 92-94). — Il détermine les douze lieues de circuit (ibid., cap. 59, p. 95); n° 4 (cession aux monastères du tonlieu qui se lève dans deux ports près de la Loire ; Chapeaville, t. I, cap. 59, p. 95-96) ; n° 6 (où il aura trouvé, ainsi que dans YHomilia, le Theodardus
ces deux sources, préfère généralement s'en tenir au Vita I" (^).
B. Krusch (-) est d'avis que la lettre de Notger à Wérinfride fut écrite pour servir de préface, non pas à la Chronique, mais bien au Viia Remacli : c'est donc à tort qu'elle figurerait en tête de l'édition des Gesta.
Le texte du Vita II", dans les manuscrits qui donnent isolément cette biographie, renferme deux passages qui ne se lisent pas dans le grand ouvrage d'Hériger. La première ajoute donne un extrait de la charte par laquelle Sigebert concède au monastère de Stavelot- Malmédy le tonlieu qui se lève sur deux ports près de la Loire (^'). La seconde addition nous renseigne sur la donation par Pépin de deux villae, l'une en Hesbaye, l'autre en Ardenne ('), ainsi qu'une translation de reliques de saint Pierre, apportées de Rome à Stavelot par saint Remacle ; elle fait aussi allusion à un livre de miracles racontant les merveilles opérées devant le reliquaire qui les contenait (■"). Que faut-il penser de ces ajoutes? Faut-il y voir,
episcopus); et, s'il ne mentionne pas la réduction du domaine primitivement cédé à Remacle, c'est que cette réduction ne se concilie pas très bien avec son récit, d'après lequel, dès la retraite de Remacle à Stavelot, las donations affluèrent. Hériger doit avoir connu le diplôme par lequel Clovis Ili, à la demande de l'abbé Papolène, approuve l'échange fait entre le roi Childeric, son oncle, et les monastères de Stavelot et de Malmédy, d'un bien nommé Maibe, contre un autre, Athetasis (n° 12). Cfr J. Halkin et C.-G. Roland, o. c, t. 1, Introduction, p. xxvn. Au lieu de : « nec non etiam adfirmaverunt testamento cum signaculis imperialibus » (Vita I"), l'auteur du Vita If' se sert de l'expression plus juste : « aniili regii impressione signatum », expression empruntée au diplôme du \" oct. 814, de Louis le Pieux, qui dit : «... et anuli nostri impressione signari jussimus », n" 25.
(1) Ainsi celui-ci fait Remacle évèque de Tongres, avant la fondation de Stavelot-Malmédy ; de même pour le Vita II", Remacle sera le provisor de Cugnon et de Stavelot, non Vabbas proprement dit. Encore d'après les deux Vitae, la donation d'un domaine d'une étendue de douze milles dans le circuit des deux monastères n'aurait eu lieu qu'après la fondation et la retraite du saint à Stavelot. — L'ordre suivi par les Vitae I" et //" est adopté par Sigebert de Gembloux (MQH. SS, t. VI, p. 324) et la chronique de Saint-Trond {Ibid., t. X, p. 365), etc.
(2) B. Krusch, o. c, p. 109. Peut-être, depuis les mots : « Simulque visus es... » jusque « ... non desit notifia. », trouvons-nous le contenu de la lettre écrite par Wérinfride à Notgîr, lorsqu'il lui envoyait un exemplaire du Vita I" et la copie des principales chartes de Stavelot, en même temps qu'il invitait aussi, sans doute, l'écrivain à puiser dans les vitae qui parlent de Remacle. En faisant parvenir le ^'ita Lundoaldi aux Bavoniens, Notger insère, sous forme de prologue, une lettre-préface, du même genre que celle envoyée à Wérinfride.
(3) Éd. J. Halkin et C.-G. Roland, o. c, t. I, n" 4.
(4) Charte aujourd'hui perdue.
(5) Miracula Pétri, éd. Analecta bollandiana, 1886, t. V, p. 381-383. Sur le prétendu voyage de saint Remacle à Rome, voir}J. Veldius, Commentarius prae-
avec s. Balau (') et L. Van der Essen (-), des interpolations stavelotaines? Ou bien sont-elles l'œuvre d'Hériger? Nous pensons, avec B. Krusch ('), que ces prétendues interpolations appartiennent à la rédaction primitive du Vita II", mais nous n'oserions affirmer, aussi catégoriquement que l'assure cet auteur, qu'elles aient fait partie des Gesfa. Une chose certaine, c'est qu'Anselme ne nous présente ni le texte complet, ni le texte pur de la Chronique, tel qu'il fut primitivement rédigé : l'insertion maladroite de la lettre à Wérinfride en tête des Gesta, des corrections malheureuses en sont la preuve évidente (■). Avant de parler d'interpolations stavelotaines, il faut plutôt contrôler le texte d'Anselme ou de son continuateur. On pourrait, nous semble-t-il, répondre de la manière suivante aux arguments de M. Balau. D'abord, il est sûr qu'il ne s'agit pas ici des reliques de saint Pierre procurées à Lobbes par saint Ursmer, mais de celles qui auraient été apportées par Reinacle lui-même ; d'ailleurs, à l'époque où fut composé le Vita II", Hériger n'habitait pas Lobbes, mais se trouvait auprès de Notger. Certes, l'auteur dit : « apud nos... nos qui veneramur... -> ; mais il ne veut qu'établir une chose : la preuve de mon récit, dit-il, c'est que nous vénérons ces reliques. Hériger et Notger n'ont-ils pu, comme les moines de Stavelot, satisfaire leur dévotion devant la châsse de saint Pierre? il semble, de plus, très douteux qu'un moine de Stavelot se fût servi des expressions : « ... ferunt... quod licet quibusdam videatur forte incredibile... »; il eût tout simplement affirmé le fait et n'eût point fait usage de ces termes, bien propres à exciter la défiance. Nous savons, d'autre part, qu'Hériger a pour habitude de procéder de cette manière, quand il rapporte un événement dont l'authenticité est plus ou moins douteuse à ses yeux (•). Que ces prétendues interpolations mentionnent surtout des donations faites en faveur de Stavelot, quoi d'étonnant? Notger n'avait-il pas reçu les principales chartes de l'abbaye? Aussi l'argument.
vins, S VII, n^ 61, dans GHtSQuiÊRE, t. III, p. 450. Cet auteur donne un essai d'explication di la légende : ces reliques seraient celles qui furent envoyées par 1; pape Martin à saint Ainand. Voir aussi A. de Noue, Études historiques sur l'ancien pays de Stavelot et de Malmédy, p. 51, Liège, 1848.
(1) O. c, p. 133 et p. 719.
(3) MGH. SS. rer. merov., t. V, p. 103 et p. 111.
(4) Cfr B. Krusch, o. c, p. 97 : Tungrensi ecclesiae pour : nostrae ecclesiae ; nostro monasterio, pour : vestro monasterio.
(5) Voir sa circonspection dans le Vita Landoaldi. Cfr L. Van der Essen, o. c, p. 367-368.
dont se sert M. Balau, prouve-t-il trop : pourquoi, pourrions-nous objecter, l'interpolateur n'a-t-il pas énuniéré toutes les donations faites du temps de Remacle? Quoi qu'on en dise, l'ancienneté des manuscrits, qui renferment les deux passage en question, est une grave difficulté pour la thèse adverse (/). A notre avis, on pourrait tout au plus concéder que la seconde addition, où l'auteur, on le sent, veut rapporter une simple tradition, ne s'est point trouvée dans la rédaction définitive des Gesta pontificum leodiensium et qu'à ce titre, elle ne se rencontre pas dans la Chronique d'Anselme. Hériger, par égard pour les moines de Stavelot, l'aura insérée dans la biographie de saint Remacle, mais n'aura pas voulu l'admettre dans son travail définitif, en présence du caractère évidemment légendaire du récit.
Le Vifa //" n'est pas une simple amplification littéraire du Vita I" (-} ; mais il renferme des éléments nouveaux et nous avons mentionné plus haut certaines sources et divers documents, mis en oeuvre pour sa rédaction {■'). Nous pensons toutefois que cette question n'est pas encore complètement vidée et nous allons étudier un texte sur lequel, semble-t-il, ne s'est pas encore portée l'attention des historiens. Il s'agit de VHomilia in Natale Sancfi Remagli (V-. Nous établirons successivement les deux points suivants : 1" VHomilia, postérieure au Vita I", parut avant la seconde biographie du saint; 2" dév^eloppement légendaire du Vita I", VHomilia servit de base au travail d'Hériger; et c'est sans aucun fondement que celui-ci a voulu préciser certaines données de cette source.
Tout d'abord, VHomilia est le développement de la légende, telle que celle-ci nous est donnée par l'auteur du Vita I", écrit, nous l'avons vu, après 814(v. 830-840). En effet, les ajoutes présentées par VHomilia, les expressions communes aux deux textes en sont la preuve certaine (')■ Les ajoutes .-ainsi, r//om/7/a prétend qu'Éloi était
(1) C'est même, en s'appiiyant sur cette ancienneté des manuscrits (x"^ siècle), que Krusch admet directement l'authenticité des deux passages rejetés par S. Balau, sans envisager aucunement l'hypothèse d'une interpolation.
(2) Cfr ci-dessus, p. 271 svv.
(3) Cfr p. 272, note 4 ; p. 273, note 3.
(4) Textes et éditions. Codex bambcrgensis (x"^ s.), coté E. III, 1 (anc. G-7), petit in-4'' sur parchemin, fol. 86-102 : Omilia in natale sancti Remagli confessoris tungrensis episcopi, éd. J. Veldius, AA. SS. Sept. t. I, p. 725-728; Codex sangallensis n. 565 (xi'^ s.), p. 470-480; Codex sangallensis n. 571 (xii<= s.), p. 179-212; Codex bruxellensis, n. 3228 (anc. 9636-7) (xi'^-xii'^ s.), fol. 84-96: Sermo in natali s. Remacli episcopi legendus. — Sur les textes, voir B. Krusch, MGH. SS. rer. mer., t. V, p. 101-103; J. Veldius, AA. SS, Sept. t. I, p. 727-728.
(5) Voyons rapidement aussi les points qui rapprochent VHomilia du Vita /". On peut dire de VHomilia, comme on l'a dit du Vita /" (S. Balau, o. c, p. 66),
déjà évêque, lorsque Remacle devint son disciple (n" 2, p. 726); Remacle fut abbé, avant de devenir évêque (n"» 3, 4, p. 726); c'est à la cour du roi Sigebert qu'il fut appelé (n'^ 4, p. 726); parlant des disciples de Remacle, VHomilia précise davantage : elle distingue ceux qui vinrent d'Aquitaine pour aider leur maître dans l'administration du diocèse, ensuite les disciples élevés par Remacle, évêque, tels saints Lambert, Théodard et Trudon, puis ceux qui accompagnèrent le saint missionnaire dans sa retraite (nos 5^ 6^ 7^ p 726-727); Théodard et Lambert furent martyrisés (n"* 5, 7, p. 726-727) ; le successeur de Remacle, sur le siège épiscopal de Tongres, fut Théodard (n" 5, p. 726); c'est Remacle lui-même qui construisit les deux monastères (n" 6, p. 726). Quant au style des deux écrits, du Vita /" et de VHomilia, comparons les deux passages suivants :
Vita I". Homilia.
«... tradunt eum beato Eligio... sa- «... beata mater ejiis... obtulit dilec-
cris institutionibus monasîicae discipli- tuni filium imbuendum sub sancfi Eligii
nae instruendum.... ■> episcopi disciplinis... >
« Igitur ex i4(7;//7o/!/ae partibus oriun- « Qui.... in Aquifania nobilis natus,
dus fuit... parentihus nobilis,... jam bo- bonae indolis spein praetiilit... ^> n° 2. nae indolis fructum ferentem.. . > Cap. 1 .
D'autre part, l'examen même du plus ancien manuscrit contenant VHomilia nous l'indique comme antérieure à l'apparition du Vita li" (972-980) ('). On peut tirer un nouvel argument, non pas
que c'est une œuvre tout impersonnelle, écrite dans un style barbare (ex. : invocamini pour invocate, n° 1 , p. 727 ; oneratoria = onerosa, n° 6, p. 726 ; quae =^ quos, r\° 8, p. 727 ; gratulantar ^gloriantur, n° 8, p. 727), avec des expressions propres à son époque (ex. : archiniandrita = abba, n" 3. p. 726 ; commilifo, n° 5, p. 726, employé aussi dans les Gesia et dans le ^'ita Theodardi ; c'nristicolae = cfiristiani, n" 2, p. 726 ; agonotlieîa, n° 5, p. 726 ; etc.). Pour VHomilia et le Vita /", Remacle est né en Aquitaine, de famille noble (n° 2, p. 726; Vita, cap. 1); il fut disciple de saint Eloi (n'^' 2, p. 726; 17/û, cap. 1); gouverna un monastère, avant sa consécration épiscopale (n**^ 3, 4, p. 726 ; Vita, cap. 1) ; il fut appelé à la cour et y reçut la consécration épiscopale (n" 4, p. 726 ; Vita, cap. 2) ; il devint évêque diocésain et abdiqua sa charge (n° 5, p. 726; Vita, capp. 3 et 5); le Vita et VHomilia distinguent les disciples que Remacle eut avant sa retraite à Stavelot et ceux qui s'attachèrent à lui dans la suite ; parmi les prerhiers, est mentionné saint Trudon (n°*^ 5, 6, p. 726; Vita, cap. 6); enfin, il y a une allusion, de part et d'autre, aux miracles opérés par l'intercession du saint (n° 12, p. 727 ; Vita, cap. 8), flambeau dans l'Eglise (n° 5, p. 726; Vita, cap. 2).
(1) Codex Bambergensis, coté E. III, 1 (anc. G-7), fol. 86-102, première moitié du x^ s. C'est l'opinion de K. Rieger et de B. Krusch, o. c, t. V, p. 101. — J. Veldius (AA. SS, Sept. t. I, p. 728) avait déjà entrevu cette dépendance du Vita Remacli //" vis-à-vis de VHomilia : « forsan ex hac Homilia Lambertum inter Sancti discipulos retulit Notgerus, errantem ducem secutus. »
du style, semble-t-il ('), mais plutôt du contenu du sermon. Parlant des maux qui pourraient accabler ses auditeurs et contre lesquels Remacle saura les protéger, l'orateur énumère la famine, la guerre et la peste (-'), sans toucher à l'invasion normande qui, il est vrai, détruisit Stavelot, en 883, et força les moines à s'exiler, mais montra aussi, d'une façon éclatante, la protection dont ils jouissaient auprès de leur saint fondateur (■'). En finissant, le même orateur invoque le témoignage non d'une relatio, d'un récit, mais de ceux qui encore en vie furent témoins des merveilles opérées par saint Remacle (^). Nous serions donc porté à croire que VHomilia est non seulement antérieure à l'année 883, mais qu'elle parut peut-être avant le Liber Miraculorum, dont la plus ancienne partie fut écrite peu après 851 ij'}. On ne peut objecter, semble-t-il, que les manuscrits qui donnent VHomilia, la transcrivent après les Miracula ; car le prologue de ceux-ci « est fait de telle sorte qu'il relie le récit des miracles à celui de la biographie » ('M, quoique cette liaison soit purement artificielle. L'auteur de VHomilia remarque que la ferveur règne dans le monastère (') et, vers 840-880 (?), Christian Druthmar fait la même constatation ('^y; d'autre part, de 844-939, c'est la période des abbés commendataires, dont l'avènement fut le point de départ du relâchement dans la discipline. Concluons : parue peu après le Vita I" (vers 830 à 840), qu'elle utilise dans le texte et dans les faits rapportés, tout en les amplifiant, VHomilia est antérieure au Vita H" . Évidemment, de par sa nature même, VHomilia ne peut avoir la précision d'une œuvre historique ; c'est, avant tout, l'éloge du saint qu'elle veut faire : elle exaltera sa charité et son amour de la solitude ; elle omet même plusieurs faits ou parfois précise moins que le Vita /" ; cependant, elle présente des données nouvelles et marque le premier stade du développement de la légende,
(1) Cfr : agonotheta (n" 5, p. 726); archimandrita (n" 3, p. 726) ; in hac tellure {rf 5, p. 726); adminiciilum (n" 7, p. 727), etc. Voir cependant, plus haut, p. 276, note 5.
(2) Homilia, éd. J. Veldius, n" 9, p. 727.
(3) Cfr Miracula S. Remacli, éd. J. Veldius, lib. II, capp. 1 et 2, n"** 1-7.
(4) «... et etiam in praesenti saeculo niiraculis coruscat ; quod niulti tcstantur usque in hodiernum diem. » Homilia, n" 12, p. 727.
(5) Liber Miraculorum, lib. 1, cap. 19, n"" 31-32. Cfr S. Balau, o. c, p. 66, et B. Krusch, 0. c, t. V, p. 100.
{<o) S. Balau, o. c, p. 65-66.
(7) « Etiam in habitaculis, quae ovili Cliristi construxit (Remaclus), laudes Deo die ei nocfe decanfanfur atque inhabitantes in eis sequi ei omni conatu gratulantur. » Homilia, n" 8, p. 727.
(8) Cfr A. DE Noue, o. c, p. 66-67.
déjà bien fixée au début du ix'^ siècle. Ce développement sera complet avec le Vita II" ; c'est ce qui nous reste à établir. Avant de procéder ultérieurement, notons que l'auteur de VHomilia est sans doute un moine de Stavelot (^), différent néanmoins de celui qui composa le Vita I" (-).
Intermédiaire entre le Vita t et le Vita II", VHomilia est copiée parfois textuellement par Hériger et les nouveaux renseignements qu'elle fournit sont mis à profit et développés. Ce sont ces deux choses qu'il importe surtout de mettre en relief. Voici en parallèle plusieurs passages de chacun des écrits (■') :
HOMILIA.
« Venerabil^m... natalem diem suscipere debemus omnes Christiani, maxime tamen qui in Franconim regno commorantur.... » n° 1
« Et ipse exemp\o beati Joannis Praecursoris Christi ad solitariam et remotam vitam conversus est ; certus factus ibi Deo attentius [se] posse inhaerere, ubi tumultus populares non debuisset toierare. Ut sicut mitissimus Moyses, qui praeposuit alloqniis Dom'mi frui in solitudine magis quam resolvi et enervari divitiis Egyptiorum ; ita et Iiic rnaluit austeritatem solitudinis cum Dei alloquio uti, quam inter innumera possessionum praedia ac cuneos obsequentium a propos!to sui rigoris emolliri.
Idcirco omnia relinquens ad dilectae solitudinis iocurn rediit. Jam enim ibi duo monasteria construxerat ; expérimente coîTipererat...f/îeor/0£?spirituali ardentius posse inhaerere. » n° 6
« Idée denique Deus omnipotens Sanctum et admirabilem istum de natali solo adduxit in similitudinem Abrahae. » n" 5.
Vita IIm.
« Francorum regnum a sui principio semper infatigabile, tune prae ceteris... » Gesfa, cap. 41.
« Ad hanc spem beatus me lohannes babtista animavit, qui in ipsa teneritudine annorum elegit, etiam in convescendo bestiarum potius accola esse, quam inter cives leni saltem sermone vitam contaminare. Et Moyses vitam hanc approbavit, qui in vastae solitudinis deserto Dei colloquio maluit pcrfrui, quam Egyptiorum divinis (var. :
divitiis) (^) enervari. Helias et Heliseus cœterique prophetae dedicaverunt, qui hujus theoriae contemplatione insignes ipsos reges subjugaverunt. Habrafjam omnium credentium pater fide effectus, ad hos me incitavit effectus, cujus et exemplum imitatus, natali suo (var. :
solo) (■") egressus omnium renuntiari cupiditatum proventibus. »
Gesta, cap. 51.
(1) « Quod praecavens iste electus Dei, ad cujus tumbam consistimus, non solum a terrenis voluptatibus se studuit alienum reddere... » Homilia, n*" 12, p. 727.
(2) Cfr J. Veldius, AA. SS, Sept. t. I, p. 728, litt. a.
(3) Fait à noter, l'auteur des Gesta va précisément se mettre à décrire les progrès du catholicisme en Gaule, tandis que le moine, dans son Homélie, invite tout particulièrement à la joie les chrétiens d; cette contrée : « ... omnes christiani, maxime tamen qui... » etc.
(4) Chapeaville, t. I, cap. 58, p. 94-95.
(5) Ibid., t. I, cap. 57, p. 95.
Voyons comment Hériger utilise, à la fois, et le Vita I" et VHomilia :
VlTA I^'.
« In tantiim enim cdhesif sancti viri monitis, ut non solum non fieret segnis exsecutor verbi divini, verum etiani in tantum crevit in eo virtus divina, ut maxima ibi exempta retigiosae conversationis monstrando. » Cap. 1.
HOMILIA.
« Qui cum per omnia Evangelicae n o r m a e praecepta inoffense incederet, ad apicein Christiana religionis conscendit, «/ f i e r e t dux Christicoiarum et praevius signifer : quoniam o m n ibus, se videntibus et colioquentibus, exeinplum perennis viae et vitae praebeat. » n° 2.
Vita II..
« In tantum autem bonus adolescens adfiesit monitis sancti viri, ut non modo haut segnis fieret verbi exsecutor divini, verum gratia ita exuberaret superna (var : divina) ('), ut omnibus sub eadem miiitantibtis disciplina retigiosae conversationis fieret exempt um et norma. » Cap. 42.
Afin de faire ressortir davantage les relations qui existent entre VHomilia et le Vita II', nous allons examiner les traits communs aux deux écrits, puis nous verrons les ajoutes d'Hériger, non encore précédemment étudiées (-). Pour ce qui concerne ce dernier point, nous en examinerons le fondement historique, et ainsi sera définitivement établie la valeur du Vita Remacli II" .
Voici les données communes à VHomilia et au Vita II" : les deux monastères furent construits par Remacle (Homilia, n" 6; Gesta, capp. 47 et 48); parmi les disciples du saint, classés en différentes catégories, on trouve cités : Lambert, Théodard et Trudon, et c'est Remacle qui désigna lui-même Théodard pour lui succéder (Homilia, n"" 5, 6, 7 ; Gesta, capp. 49 et 52) ; le fondateur de Stavelot est surtout illustre par sa grande charité et son amour de la solitude (Homilia, n"^ 4, 6, 10; Gesta, capp. 45, 49 et 52).
Si nous étudions maintenant les développements propres au Vita II", nous trouvons d'abord des indications chronologiques, de pure fantaisie, appuyées par des synchronismes (Gesta, cap. 40); une description de l'Aquitaine (Gesta, cap. 41), « puisée, dit Balau, à une source inconnue » (■'), description provoquée sans doute par le Francorum regnum du début de VHomilia ; les largesses faites par Remacle à l'église de Tongres, preuve de son opulence (Gesta, cap. 41) (') ; l'éducation du saint par Sulpice le Pieux {Gesta,
(1) Ibid., t. cap. 49, p. 84.
(2) Voir ci-dessus, p. 272, note 4; p. 273, note 3 et p. 274, note 1.
(3) S. Balau, o. c, p. 126.
(4) «... sicut traditio possessionum ejus ad nos (se. monachos Stabulenses) facta teslatur. » Vita /", cap. 1. Voici comment l'auteur des Gesta, cap. 41, développe ce passage : « velut traditio magnarum possessionum ejus tam nostrae
cap. 42), simple conjecture, pensons-nous ('), « déduite probablement de la dédicace de nombreuses églises en l'honneur du saint archevêque de Bourges » (-); une nouvelle erreur : l'abdication de saint Amand et la longue vacance du siège épiscopal de Tongres {Gesfa, cap. 43); la fondation de Cugnon {Gesta, cap. 46), qui n'eut pas lieu (;' ; les motifs du départ de Remacle de Cugnon, exposés d'une manière obscure {Gesfa, cap. 46) ; la construction de Malmédy précédant celle de Stavelot, pour une raison assurément bien singulière (Gesta, cap. 47); « quelques détails sur Malmédy et Stavelot, déduits vraisemblablement de l'étymologie donnée à ces deux noms de lieux > (') \ Gesta, capp. 47 et 48), étymologie qui lui aura été inspirée peut-être par le passage suivant de la lettre de fondation : « in locis vaste solitudinis in quibus caterva bestiarum germinat » ( ') ; la sépulture de
(se. Tungrensi) ecciesiae quam vestro (d'après les meilleurs manuscrits, au lieu de : hostro) monasterio facta vel ab ipso, vel a prohederibus ejus vel etiam a regia sublimitate testatur. Multa etenim scripta ex eisdem rébus per multa annorum curricula a nobis possessis in utrarumque e:clesiarum adhuc retinentur archivis. » S. Balau, o. c, p. 63 et G. Kurth. o. c. t. I. p. 12, admettent cette prétendue donation de Remacle. Pour B. Krusch, o. c, t. V, p. 104. note, elle est « admodum suspecta >. L'e.xplication donnée par ce dernier du silence du ^ital". pour ce qui concerne l'églisa de Liège, nous semble un peu forcée. On sait que le plus ancien usage, mis en honneur par les hagiographes, quand un riche personnage e.tibrassait la vie monastique, était qu'il distribuât ses biens aux pauvres et aux églises. Cfr E. Lesne. Hist. de la propriété ecclés. en France, t. I, p. 107. Lille et Paris, 1910.
(1) Certains auteurs vont même jusqu'à prétendre que Remacle se mit deux fois sous la direction de saint Sulpice, avant et après son séjour à la cour. Cfr Ghesquière, t. 111, p. 425-426. Faisons simplement remarquer que saint Sulpice 11 fut archevêque de Bourges en 624; or, à cette date, Remacle semble avoir atteint l'âge mûr, puisque, moina d2 Luxeuil déjà, il devint abbé de Solignac en 632 (sur cette date voir B. Krusch, o. c, t. IV. p. 743). et qu'on le fait mourir vers 671. Ensuite, comme Hériger prétendait que Remacle fut disciple de Sulpice II, on comprend pourquoi, d'après lui, le fondateur de Stavelot dût naître sous saint Outrille de Bourges (612-824). Cfr Gesia, cap. 41. Or cette dernière donnée est inadmissible, puisque Remacle n'aurait pas eu l'âge requis, quand il fut nommé abbé de Solignac.
(2) S. Balaj. o. c, p. 126.
(3) Cfr J. Halkin et C.-G. Roland, o. c, t. 1, Introduction, p. xvii.
(4) S. Balau, o. c, p. 126.
(5) Cfr éd. J. Halkin et C.-G. Roland, o. c, t. I, n" 2. — Sur le suffixe ans que l'on trouve dans Stabulaus, et qui se rattache peut-être à un élément laits, signifiant bas-fonds, lieu humide ou encore forêt, voir C.-G. Roland, Toponymie namuroise. t. I, p. 466-473. ?J:imur, 1900. — Quant au;: différentes formes sous lesquelles se présentent, dans les sources, les noms de Stavelot et de Malmédy, voir Oester- LEY, Historisch-gejgraphisches Wôrterbuch des dejtschcn Mittelalters, p. 647 et p. 423-424.
Remacle dans l'oratoire de Saint-Martin, qu'il aurait fait construire lui-même (Gesta, cap. 56); une courte notice sur ses successeurs à Stavelot ('), où le chroniqueur mentionne l'élévation des reliques du saint par l'abbé Goduin (Gesta, cap. 56); enfin, une allusion à la station devant la croix (Gesta, cap. 52), tirée de la vie de saint Lambert par Etienne (-'). On a prétendu, en s'appuyant sur le récit de la dédicace de l'église de Stavelot en 1040, que cette cérémonie de l'élévation des reliques du saint par l'abbé Goduin était relatée dans un travail, que nous ne possédons plus, et qui aurait été la source utilisée par Hériger dans ce passage ; mais on pourrait tout aussi bien conjecturer que cette relatio n'est autre que le récit même d'Hériger (•*). Quant à Théodard, Hadelin, Lambert et Papolène que Tauteur du Vita II" signale parmi les disciples de Remacle, il aura puisé leurs noms dans un diptyque de Stavelot (0.
(1) Hériger désigne comme successeurs de Remacle : Papolène, Sigolin ou Sigiiin, et Goduin. Cet ordre de succession passa dans Its catalogues des abbés de Stavelot et fut adopté sans contrôle par la généralité des historiens. Sigolin n'est signalé par aucun acte diplomatique ; Papolène est non pas le prédécesseur, mais le successeur de Goduin. Cfr J. Halkin et C.-G. Roland, o. c, t. I, Introduction, p. xxvii.
(2) Cfr S. Balau, o. c, p. 129, note 3.
(3) B. Krusch, o. c, t. V, p. 92, est d'avis que la veridica relatio n'est autre que le récit d'Hériger. Dans la Dedicatio (éd. J. Halkin et C.-G. Roland, o. c, t. I, n" 103), Goduin es4 com|)té comme le 4"' abbé, ce qui prouve que l'auteur admettait l'ordre de succession donné par les Gesta. Cependant faisons remarquer qu'Hériger est plus sobre en détails que l'écrivain postérieur ; dès lors, pourrait-on admettre une double source pour ce dernier : a patribus nostris (source perdue); veridica relatio (Hériger)?
(4) « Sicut in catalogo virorum illustrium, qui ibidem super altare apparet assidue, habetur insertum : Haec sunt,inquit, nominaeorum qui cum B. Remacle monasterium Stabulaus prius inhabitare coeperunt, S. Remaclus, S. Hadelinus, S. Tficodardus, S. Lambertiis ejus spiritualis procul dubio in baptismate filius, S. Hiibertus, Cfiristianus qnoqm sapfentissimus, et ceteri miilti.» Vita Hadelini, cap. 2, n" 8, éd. Ghesquière, t. IV, p. 619. Nous ignorons la date du diptyque de Stavelot. Les noms de Lambert et Hubert ont fait penser à M. Demarteau qu'il renseignait tout simplement, comme d'usage, les évèques du diocèse, au lieu des premiers habitants du monastère. Cfr L. Van der Essen, o. c, p. 103. En tout cas, le nom de Christiamis sapicntissiniiis (Christian Druthmar) nous reporte à la seconde moitié du lx^ siècle. Les Notae atireaevallenses, du xiu'' siècle, parlent aussi de ce diptyque et veulent le donner plus complet : « Legitur enim in quodam libro : Hi Stabulaus inhabitaverunt : T/jeodardus primus ejusdem loci abbas antequam fieret episcopus, Remaclus, relicto episcopatii, Hadelinus, Lamberfus e/jsque discipulus Hubertus, Florebertus tjus filius, Christiunus quoque sapientissimus, Anglinus et ceteri nuilli. » MGH.
Et maintenant, arrivons aux conclusions : nulle est l'autorité du Vita Remacli /", nulle aussi est la valeur du Vita II". Ce que la seconde biographie de saint Remacle a gagné en étendue, pouvonsnous dire, avec plus de raison encore, après M. Kurth, elle l'a perdu en certitude (')• Par conséquent, dans l'exposé des origines de Stavelot-Malmédy, comme dans la biographie de son fondateur, nous devons nous borner exclusivement aux données fournies par les chartes (-).
Avant de clore cette étude, nous poserons encore une dernière question : Quel est l'auteur du Vita Remacli //", et partant des Gesta pontificum leodiensiam? L'opinion commune, basée sur le témoignage d'Anselme (■■), tient pour Hériger. M. Krusch fait une distinction : les matériaux sont de Notger, la rédaction définitive appartient à Hériger, son secrétaire (^). Au double argument (■')
SS, t. XVI, p. 634. — Théodard : nous savons seulement de S. Théodard qu'il fut évêque (diplôme du 6 sept. 670. n" 6, éd. J. Halkin et C.-G. Roland, o. c, t. I) et qu'il fut l'éducateur de saint Lambert (Viia Lamberti, éd. Demarteau, p. 41. Liège, 1890). — Madelin : ' la. question de la présence simultanée de Remacle et d'Hadelin h Stavelot, et par conséquent de leurs relations, reste au moins douteuse. » L. Van de^ Essen, o. c, p. 125. Cfr U. Berlière, Saint Adelin. dans Diction, d'tiist. et de géogr. ecdés., fasc. 2, col. 528. Paris, 1910. — Lambert : sa profession monastique n'est nullement établie. Cfr L. Van der EssEN, 0. c., p. 45. — Papolène : cité dans deux diplômes, éd. J. Halkin et C.-G. Roland, o. c, t. L n"^ 12, 13. Hériger, Gesta, cap. 52, aura trouvé dans les ceteri multi du diptyque, avec celui de Sigolin, le nom de ce prélat, qui ne gouverna d'ailleurs Stavelot qu'après Goduin, successeur immédiat de Remacle. Voulant en faire un disciple du fondateur de Stavelot et lui faire remplir un rôle digne de son titre d'episcopus, il le place h la tète de Malmédy. du vivant même de Remacle. Papolène rentre dans la catégorie des disciples qui auraient suivi Remacle dans sa retraite. Voir ci-dessus, p. 282, note 1.
(1) Cfr G. Kurth, art. sur saint Remacle, dans la Biogr. nationale de Belgique, 1907, t. XIX, col. 8.
(2) Voir le premier essai, que nous avons tenté, dans la Revue liturgique et bénédictine (àè Maredsous), 1912, t. II, p. 538-544.
(3) « Horum quidem pars prior ab Herigero lobiensis coenobii abbate absque capitulis est conscripta. » Epist. ad Annonem, MGH. SS, t. V, p. 162.
(4) La théorie de B. Krusch ne semble pas être en faveur chez les Bollandistes. Ck Analecta bollandiana, 1910, t. XXIX, p. 446.
(5) Après les moines de Stavelot, ceu.x de Saint-Bavon s'adressèrent aussi à Notger pour la rédaction d'une Vita. Or, nous savons d'une façon certaine (cfr Elevatio sancti Landoaldi et sociorum ejus, cap. 3, éd. Holder-Egger, MGH. SS, t. XV, p. 610) que l'évêque de Liège prit une part active <à la rédaction du Vita et Translatio sancti Landoaldi et sociorum. Pourquoi aurait-il agi autrement et avec moins de diligence pour Remacle, qu'il considérait comme l'un de ses plus illustres prédécesseurs sur le siège de Tongres? — Cette opinion découle d'ailleurs tout simplement de la demande formulée par Wérinfride ; celui-ci
invoqué par le critique allemand, nous pouvons ajouter les observations suivantes : sans la collaboration réelle de Notger, on s'explique difficilement que les deux lettres-préfaces du VitaRemacli W et du Vita Landoaldi aient été mises sous le nom de l'évêque de Liège ; il y a des contradictions entre le Vita Remadi et le Vita Hadelini{^), contradictions qui se comprennent mieux dans l'hypothèse de Krusch ; ajoutez la façon impersonnelle dont il est parlé d'Hériger dans les Gesta (-); l'érudition et les anciennes fonctions d'écolâtre de Notger (■^), lui permettant de prendre une part active aux travaux de son conseiller.
Quant à l'étendue des Gesta pontificum leodiensium, tels que ceux-ci furent écrits par Notger et par Hériger, R. Koepke, G. Kurth, S. Balau, pensent que la rédaction des Gesta s'arrête à Remacle, sans que nous connaissions la cause de cette interruption, contraire aux premières intentions des auteurs. Leur argument est basé sur un fait : nous ne possédons les Gesta que jusque saint Remacle ; le reste est dû à son continuateur, Anselme. B. Krusch (^) est d'un avis opposé. Les Gesta pontificum leodiensium furent, d'après lui, rédigés jusqu'aux temps de Notger. En réalité, Notger a recueilli les matériaux de ce travail ; en voici les preuves : «... verum ceterorum nostrae sedis pontificum tempora et gesta, quae undecumque potuere conradi, ad nostra usque tempora collegi » (■); terminant sa notice sur saint Amand, il dit qu'il ne veut pas s'étendre davantage, parce qu'il lui reste à raconter le règne des autres évêques : « De caetero brevitate stu-
s'adresse à Notger, auquel il suppose un collaborateur : « Simulque visus es, ... ut eam non modo exemplari, verum aliquando iepidius mandarem poliri, ...» ; mais, ajoute M. Krusch, o. c, t. V, p. 97, note 6 : « Ex exhortatione non sequitur episcopum dicto audientem fuisse atque alteri operam (se. totam) man dasse, id quod R. Koepke inde concluserat, SS. VII, p. 141, et qui ipsum secutus G. Kurth, Notger, I, p. 336. » — D'ailleurs, G. Kurth, o. c, t. I, p. 341, en arrive lui-même à cette conclusion : « On reste donc dans les limites de la vraisemblance en admettant qu'il (Notger) a été le collaborateur de Hériger dans une mesure qui nous est inconnue. »
(1) Cfr Gesta, cap. 44, et Mta Hadelini, capp. 4-5. Voir L. Van der Essen, o. c, p. 123. De même la cause de la mort de Théodard est exposée différemment dans le Vita Theodardi et dans les Gesta.
(2) Gesta, cap. 21 (MGH. SS, t. Vil, p. 173), où il est appelé metricanns quidam.
(3) Voir le témoignage positif d'un contemporain dans le Vita Notgeri, cap. 9, KusTH, 0. c, p. 332-333.
(5) Lettre à Wérinfride, éd. MGH. SS. rer. mer., t. V, p. 110.
demus, quia aliorum scribendis gesfis pontificum nos réservamus»{^);de même, quand il relate, en passant, la scène de la station de saint Lambert devant la croix, à Stavelot, il dit : « Verum haec alias » (-); dans la vie de Landoald : «... exceptis dumtaxat his quae ex episcopaiu nostro decerpta » (■^), allusion évidente aux Gesfa. Pour répondre à l'argument invoqué par R. Koepke, G. Kurth et S. Balau, faisons remarquer que la première partie de la rédaction primitive de l'œuvre d'Anselme a elle-même disparu et que, sans ce dernier, il est très probable que les Gesfa d'Hériger eussent été perdus à jamais.
F. Baix,
Docteur en philosophie et lettres.
(1) Gesta, cap. 36.
(2) Gesta, cap. 53.
(3) MGH. SS, t. XV, p. 601.
Le MALLUM dans
la Toponymie belge.
La législation des anciens Germains et, en particulier, des Francs accorde une place si importante au tribunal du mallum ou du malberg et ce dernier domine notamment à tel point la loi salique qu'il serait assez étonnant a priori que nos régions, où s'établirent principalement les Saliens, n'ait pas conservé maintes traces de cette institution.
Il n'entre point dans notre rôle de faire une étude historique ou juridique sur ce sujet. La question est, du reste, loin d'être neuve. Cette note a pour but de revoir et de compléter les opinions émises quant à la survivance du mallum dans la toponymie de nos régions. Comme toutes les questions de toponymie, en particulier celles qui se rapportent à des noms assez anciens, celle-ci peut difficilement recevoir une solution à l'abri de tout doute et je serai le premier à me féliciter de voir surgir une interprétation meilleure des noms de lieux expliqués dans cet article.
Au reste, le problème a déjà lui-même son histoire. L'idée d'identifier avec le mallum, le -mael qui termine tant de noms de villages flamands, ne date pas d'hier. Elle se trouve déjà dans le dictionnaire de Ducange, s. v. mallum, et dans Forstemann (Altdeutsches Namenbuch. II. Geogr. N. s. v. mahal).
Elle a été ensuite alternativement maintenue et abandonnée. Il a été, un instant, de mode parmi les étymologistes de voir dans tous ces mael, le mot qui signifie «tâche, marque», et que Kiliaen traduit par « meta, terminus » (cfr de Corswarem, dans Bull. Soc. scient, litf. du Limbourg, 1863). M. Kurth {Front, ling., p. 337, 199) préfère s'abstenir de traduire ce -mael, mais se refuse à admettre qu'il puisse être le mallum, surtout parce qu'il ne se rencontre guère en dehors du N.-E. de la Belgique. Toutefois dans son supplément, il revient sur son opinion, p. 107, à propos de Viiermael,se rendant aux arguments de M. de Borman et il reconnaît qu'il y a des présomptions que -mael représente bien mallum.
Il me semble que quelques nouveaux arguments en faveur de cette opinion ne seraient pas mal venus.
Nous DISONS DONC QUE l'ON PEUT INVOQUER EN FAVEUR 06 l'iDEN-
TiFicATioN : -mael = mallum :
1» Les CONSIDÉRATIONS DE M. DE BORMAN REPRODUITES PAR
M. G. KuRTH. — Vliermael fut jusqu'en 1297 le siège du tribunal d'appel des échevinages du comté de Looz. A cette époque, il fut transporté à Looz. Près du village, se trouve encore un lieu dit Malleveld. C'est donc un fait que ce Vliermael fut le siège d'un important mallum et c'est certes une intéressante coïncidence que, non seulement le nom même du village, mais encore celui d'un lieudit, renferment ces éléments -mael, malle. Or, si mael = mallum dans Vliermael, il est raisonnable de croire qu'il peut en être de môme dans d'autres noms en mael.
2" Il SERAIT ÉTONNANT QUE LA TOPONYMIE DE NOS RÉGIONS NE CON- SERVAT POINT LE MOT « Mallum». — On Sait, en effet, que les termes en usage pour désigner les lieux d'habitation chez les Francs, notamment le mot sali [zèle, sel], se sont conservés en général. Or, le mot mallum a certainement servi a désigner des endroits déterminés. M. Kurth, d'après Ponton d'Amécourt {Essai sur la mimismatique mérovingienne, p. 17) signale les légendes de monnaies mérovingiennes : Mallo Matiriaco (-=^ Maisières lez-Metz), Mallo Campione (Champion lez-Metz), Mallo Sativii, Mallo Mauriaco.
3'^ La distribution de la finale -mael correspond avec les
RÉGIONS QUI ont REÇU l' EMPREINTE FRANQUE LA PLUS MARQUÉE. —
A part Furtmala, dans le pays de juliers, mentionné en 898 dans un diplôme du roi Zwentibold (G. Kurth, Front, ling., p. 338) (cfr. infra), les noms en -mael ou -malle (') se rencontrent dans l'Est du Brabant, dans le Limbourg et dans la province de Liège. Ceux de la partie v/allonne témoignent naturellement d'une origine ancienne. Ils côtoient des noms comme Hersfal, Pepinsfer et d'autres que nous verrons plus loin, qui sont bien nettement francs et anciens. Dans ces conditions -mael apparaît comm.e un terme franc par excellence, alors que les exemples de maal «limite, territoire limitrophe commun, marche» cités par M. Verdam (Middelned. woordenb., s. v. mael, maelscap, etc.)
(1) Si on admet que ces deux termes remontent à mathl, il faut, comme M. Van Wijk dans Franck's Woordenboek, p. 184, admettre deux substrats : d'une part : mathla. d'où muhl, tnahal et ensuite mal (latinisé en mald), de l'autre : madhla, d'oîi malla et malle (latinisé en mallum).
sont spéciaux au pays de Gueldre et ne paraissent guère représentés dans la toponymie. Certes, on peut s'étonner de ne pas rencontrer -mael plus fréquemment dans la toponymie des autres autres régions germaniques (0, puisque le mallum n'est pas exclusivement franc, mais tous les peuples germaniques ne se servaient pas aussi régulièrement que les Francs du même terme. Au lieu de mahalstat, les Frisons disent loch, quelques Saxons, tie, les Scandinaves, logberg (cfr K. von Amica, Grundriss german. PhiloL, IV, p. 204). Les Francs, qui paraissent avoir donné à cette institution une importance spéciale, sont les seuls à se servir régulièrement du terme malberg.
4" On trouve dans la toponymie précisément plusieurs des
TERMES techniques CONSACRÉS COMPOSÉS AVEC LE MOT tTiaal .'
Le mot malberg lui-même se retrouve dans :
a) Malbarg ou Malburgen (Gueldre). — Le nom est Malberc en 1045, Malberge en 1219, 1228, 1255, 1274. Ce n'est qu'en 1466 qu'on voit apparaître Malburgen {Nomina geog. neeri, 111, p. 179). Les confusions entre berg et burg sont fréquentes. On a hésité notamment entre Valkenburg et Valkenberg pour Faiiqiiemont (Limb. holl.).
b) Maelberg, lieu-dit à Paal (Limbourg belge).
En outre, Fôrstemann (^4. N. s. v. mahal) signale neuf localités allemandes qui portent des noms se ramenant aux anciennes formes : Mahelberg, Madalberg, Malberg, etc.
Le mot maelstede qui avec maelstat servait en moyen-^iéerlandais à désigner le siège d'un tribunal, l'endroit où l'on rendait les sentences et dans un sens plus large, les lieux de réunion pour affaires, la juridiction ou paroisse dont un chacun faisait partie (cfr Verdam, M. W. s. V.) se retrouve dans : Maalstede (Zélande) dans un document de 1246 (cfr Van den Bergh, Handboek der middelned. géographie, p. 244) sans parler de trois localités allemandes citées par Fôrstemann (/. c, p. 343).
Il y a encore le mot heimael signalé par M. Verdam comme ayant dans la Hollande saxonne le sens de « vierschaar » c'est-à-dire « cour de justice, parquet » et comme venant de hegemael, de hegen « enfermé », c'est-à-dire « omheinen », qui est un composé du même verbe hegenen lequel a été réduit à helnen dès une époque ancienne
(1) 11 s'y rencontre pourtant parfois sinon dans la finale -mael, du moins dans le composé : mahlberg : Cfr Mahlberg, (1217, Malberc) (Ettenheim-Bade) (Krie- GER, Topog. Wôrtb., Grossherz, Baden. s. v.) et huit autres exemples dans Fôrstemann Altd. Nam., geogr., s. v. mahal.
(cfr le mot allemand : Hain). Ces altérations du g intervocalique en y sont de dates diverses mais peuvent remonter jusqu'à l'époque franque dans le groupe egin, egen, cfr egislik : eilik en a. frk. : Meintêt, Reinmâr, Reingard, déjà dans un document de 983 (').
Or, ce mot paraît bien se trouver à la base du nom de la commune limbourgeoise : Emael (Eben-Emael). Les formes anciennes sont Aimala S" s., Heimala, Heimale 1331, Eymala 1186 (').
La présence ou l'absence de Vh dans ces graphies anciennes nécessairement approximatives n'a que peu d'importance. Sa disparition dans les formes actuelles comme dans les dialectes du pays est un phénomène très fréquent dans la toponymie de cette région, cfr par exemple : Echt (Limb. hol.) qui est Hechte en 1203 (•'), et qui est un collectif tiré de hegge, comme Haecht (Brab.) l'est de haag ('■), et Esemael qui est Hesemale 1139, Hismale 1066 (cfr infra p. 298 svv.).
Peut-être, se trouve-t-il encore dans Hamal à Russon {^ Rutten) (Limb.) qui est Castrum Hamale au xiv^' siècle (')■ Mais le mot est évidemment altéré et peut aussi bien être une corruption de Halmael (Limb.), nom d'un village de la même région ('■).
5° Les noms en -mael renferment souvent comme premier membre DES MOTS GERMANIQUES ANCIENS, QU'ON NE TROUVE GUÈRE EN DEHORS DES PLUS VIEUX NOMS DE LIEUX DE NOS RÉGIONS ET, EN OUTRE, s'interprètent bien EN CONFORMITÉ AVEC LA SIGNIFICATION DU TERME GERMANIQUE DONT ON A FAIT LE BAS-LATIN : « MALLUM ».
Les noms de communes et lieux-dits renfermant l'élément mael OU malle peuvent se diviser en trois catégories :
a) Les noms se rapportant au malliim lui-même en tant que tribunal. Ce sont ceux que nous venons de signaler : Maelberg ('), Maelstede, Heimael (Eimael).
b) Une catégorie de noms où le mot mallum est associé à la GUERRE ou à des idées s'y rapportant.
il est vraiment étonnant que les toponymistes, toujours désireux
(1) Te Winkel, Geschiedenis der nederlandsche taal, p. 90. Cuiemborg, 1901.
(2) KuRTH, 0. c, p. 339.
(3) V. D. Bergh, Handboek der middelned. géographie, p. 253. Leyde, 1852.
(4) On a encore de Heegde à Forest (Brab.).
(5) On est à la frontière linguistique : Hamal pour heimala s'expliquerait mieux en roman qu'en germanique, puisque la diphtongue germanique ai, ei devient régulièrement a en roman, c\x geit : gâte, heim : liameau, wrainjô : frange, etc. (cfr Brûch, Der Einfliiss der germanischen Sprachen aiif das Vulgarlatein, p. 130. Heidelberg, 1913).
(6) KuRTH, o. c, p. 340.
de retrouver dans les noms de nos villages des circonstances historiques, voire mythologiques, alors que la plupart du temps ceux-ci sont prosaïquement empruntés à des noms de personnes ou à des circonstances physiques fort banales, n'aient jamais été frappés par ce fait. Et pourtant le nombre de ces étymologies est assez grand pour qu'elles en reçoivent chacune individuellement un sérieux soutien.
On a, avant tout, deux fois le nom de Wijchmael, d'abord en Limbourg, près de Bourg-Léopold, où il apparaît en 1107 sous la forme évidemment approximative : Vuicmale (') et ensuite sous la commune de Herent aux bords du canal de Louvain (écrit Wijgmael). Ce fait que le nom se rencontre deux fois n'est pas indifférent. En effet, cela tend à prouver qu'il s'agit d'un nom stéréotypé, fréquent et donc ancien. Or, Wijchmael ne peut, n'en déplaise à de Corswarem (-), s'interpréter ni par wijk-mael dans le sens de « moulin de la section », ni par weich-mal c'està-dire « frontière humide » !!. M. de Marneffe (') y voit wichelmaal d'un mot wichel « saule », forme saxonne de wilg que nous ne sommes pas autorisés à supposer en franc (cfr infra). Le seul mot qui convienne est wijch ou wijgh « praelium » Kil. 11 s'agit du vieux mot germanique wîga « combat », goth. vaihjô « combat » fréquent dans les anciens noms de personnes germaniques : Chlodavichus, Mero-veiis, Edo-vichus, etc., etc. (^).
Cette étymologie nous permettrait-elle de voir dans Vechmael (Limbourg belge), (1237. Vechtmael — xv<-* siècle : Vechtmael (^)), un composé de maal et de la racine de vechten?? Les formes romanes très altérées Fiemala 1112, Guimala xw"" siècle ne contredisent naturellement rien (^).
Dans ces conditions, on estimera tout naturel de retrouver le
(1) PiOT, Cartulaire de l'abbaye de St-Trond, t. I, p. 30 — cfr Kurth, o. c,
(2) DE Corswarem, Mémoire histor. et étym. sur la prov. de Limbourg, dans le Bulletin de la Société scientifique et littéraire du Limbourg, 1863, t. VI, p. 177.
(3) De Marneffe, Recherches sur le nom de Matines, dans le Bulletin du Cercle archéologique de Matines, t. IV, p. 368. Mallnes, 1893.
(4) ScHôNFELD, Wôrterbuch attgerm. Personen- und Vôlkernamen, p. 12 et passim.
(5) GrîANDGAGNAGE, Vocabulaire ouc. n. de lieux, p. 115.
(6) L'explication est toutefois douteuse, vecht se retrouve dans des noms de rivières, comme le Vecht dans la province d'Utrecht, Vechten et Vechta en Allemagne (Fôrstemann, Altd. Nam. Geogr., I, p. 876) et peut-être la Vichte, affl. de la Lys. Ce pourrait être une forme forte de m. Jnéerl. vocht, vucht *■ humidité, boue, etc. » représentent penkto au lieu de pnkto — cfr scr. panka « boue » (Franck, Woord, s. v. vocht).
vieux mot néerl. heir, mnd. hère, = ail. Heer, goth. harjis, dans Hermalle qui se rencontre aussi deux fois, d'abord à Argenteau (779, Harimala in pago hasbaniense (}) — 947, Herimala), puis à Huy (1182-1185, Harmala (-)).
On sait que ce mot qui survit dans hertog, herberg, etc. n'est pas rare dans la toponymie de l'Est du pays franc, cfr Herstal (anc. Haristallium) (■) (Liège), Herstaple (anc. Harstaples) (Limb.) (■^), — cfr néerl. sfapel, (magasin de guerre).
Que penser de Bornai (Brab.) dont le nom est Bommale en 1190 et Botmale en 1100 (')? La forme Botmale, si elle est bien lue, prouve que nous sommes en présence d'une racine en dentale, naturellement assez altérée dans ces formes latino-romanes. Le plus naturel est de supposer que Botmale renferme le mot bauto- « guerrier », dérivé de la racine de l'anglais to beat C^) et qui est fréquent dans les noms de personnes anciens, où il se confond souvent soit avec Budan « messager » ('), soit avec baiidi- ou quelque autre dérivé de beudan {=-- néerl. bieden) dans le sens d' « ordonner » ('').
Faut-il donc comprendre Bornai comme « réunion des guerriers » ? Ce qu'il y a de curieux, c'est que l'analyse d'autres noms de lieu un peu incertains, il est vrai, nous amènent à des sens analogues. C'est ainsi que Watermal à Bého (Luxembourg) a comme anciennes formes : Wacfarmala 888 ("), Weihermale 1247, qui montrent qu'il s'agit d'un composé non pas de water mais de wachter. Serait-ce « réunion des gardes » ??
D'autre part, l'existence des formes Thiotmalli et Thiotmelli à la base du nom de Detmold en Allemagne ('") paraît nous donner le sens de « réunion du peuple ». Il y aurait lieu de rapprocher ce composé de Littemala, forme du x'^ siècle pour Limai (Brab.).
(1) Lacomblet, Urkundenbuchfùr die Geschichte des Niederrheins, t. !, p. 1.
(2) KuRTH, o. c, p. 339.
(3) Ib., p. 340.
(4) Grandgagnage, o. c, p. 129.
(5) KuRTH, 0. c, p. 338. — On a aussi Bornai (Luxembourg) qui est Boumela en 1104. Bomella en 1109, ce qui nous permet de l'identifier avec les nombreux Bommel de la Hollande dont les anciennes formes sont : Maeseboemel 1318, Bomele 709, 850, Bomlo 1061 {Nom. geog. neerl., p. 56, 57), Boumela, Bomel (FôRSTEMANN, A. N. Geog. s. V.).
(6) SCHÔNFELD, 0. C, p. 48.
(7) Kluge, Etym. Wôrt. der deutschen Sprache. s. v.
(8) FôRSTEMANN, 0. C, p. 319, 249.
(9) KuRTH, 0. c, p. 341 d'après Lacomblet. o. c, t. I, p. 39.
(10) KuRTH, 0. c, p. 338.
Mise en présence des noms de personnes anciens Leomalla et Leudomala (') qui renferment certainement l'élément liudus- « peuple », ags léode (plur.) « gens », ail. Leuîe, celle-ci nous amène encore à un sens analogue. On ne doit pas oublier naturellement qu'il s'agit de graphies approximatives et que liudumala peut donner en néerlandais liedmaal et luid-maal, formes se prêtant à des assimilations diverses. Devant la consonne double, la voyelle peut aussi s'abréger comme dans doorluchtig, juk-jok, luttel, etc. où u remonte à iu (-). 11 est, du reste, probable que la forme a été romanisée.
Donc, l'hypothèse est admissible et le rapprochement avec les noms des personnes lui donne une plus grande vraisemblance puisque cela prouve qu'il s'agissait de composés connus, stéréotypés. A ce propos, il importe de noter que plusieurs autres de nos rapprochements ci-dessus sont également confirmés par la comparaison avec ces vieux noms germaniques. C'est ainsi que Bornai {Botmala) ^ baudi -'• malla se retrouve dans Baudomalla (^) et inversement dans Mallo-baudes (^). Hermalle =^ hari-malla se retrouve peut-être dans Harimella (^)?
L'intérêt est dans l'existence de ces noms, puisque comme nous le disons, cela indique qu'il s'agit d'associations de mots consacrées et non pas dans la question de savoir comment un même nom peut s'appliquer à un endroit et à une personne et le sens que ces composés peuvent avoir dans le second cas, car on sait que l'on aurait tort de chercher trop rigoureusement à donner un sens à ces vieux noms germaniques où l'on voit des radicaux consacrés employés un peu indépendamment de leur sens rigoureux d'après des habitudes familiales ('^). Il faut aussi tenir compte du fait que le mot germanique mathla est susceptible de plusieurs sens. En gothique mathl signifie : « lieu de réunion, marché ». Mais en a. nord, mal est un «discours». Le verbe gothique mathljan veut, du reste, dire «parler» et le dérivé mathleins est un « discours », /auramathleins est un « orateur » ou un président d'assemblée. On ne saurait mieux comparer cette famille de mots qu'au grec àyopâ «assemblée, marché, place publique, lieu de rassemblement», tandis
(1) FÔRSTEMANN, 0. c, p. 1045, 1086.
(2) Te Winkel, o. c, p. 78.
(3) FÔRSTEMANN, 0. C, 1086.
(4) Ib., 1087.
(5) ScHôNFELD, 0. C, p. 127, OÙ il est mai interprété.
(6) SCHONFELD, 0. C, p. XII.
que i^opvjbi signifie « parler», ce qui est aussi le sens de beaucoup de composés en -àyopo;, -/ivcpo;. A Mallobaudes et Baudomalla corresponderont donc à la fois 'Ayôpavopo; (i) et 'Avopayopa;.
Avopàva; correspondra à Malorix, Maloricus ('), peut-être même aussi à Mallobaudes. "Ayopày.ao; et Aswvôpa; sont reproduits par Theotmalla, etc., etc.
Dans les noms de lieux, les composés diut{ mala, liiidrmala ainsi que tous ceux où le premier membre se rapporte à la guerre et aux guerriers nous obligent évidemment à donner à mallum un sens plus large que celui de «cour de justice». Il a son sens gothique de « lieu de réunion », en général. Du reste, dans la législation franque, le mallum était l'endroit des ventes publiques if) et l'expression mallum publkum (a. îr. « le mal public »), qui est consacrée dans les vieux textes du moyen âge ne serait-elle pas une traduction parfaite du composé diut-malla? Les anciens Francs avaient encore d'autres assemblées régulières. Il y avait notamment la revue annuelle des hommes d'armes qui fut longtemps en usage en Austrasie, le Campus Martius des vieux textes.
Nos composés locaux : bauto-mala {?', wactar-mala, harji-mala, wîga-mala, fiuchta-mala seraient-ils dus en certains cas à des revues de ce genre ? Aux historiens de trancher cette question, ainsi que celle de savoir à quelle assemblée de leudes — car il y en avait aussi — peut correspondre le composé liud-mala (^).
Ce qui est certain, c'est que dans tous ces composés -mala ne peut s'interpréter que comme un succédané de mathl «assemblée» et que le sens de « frontière » est bien exclu.
Ce fait nous amène à admettre plus résolum^ent ce sens pour la troisième classe de composés en -mael, où le doute à première vue serait plus compréhensible, c'est-à-dire :
c) Les composé où -mael est accompagné d'une détermination d'ordre local se rapportant à la nature de l'endroit où se serait tenu le mallum.
Qu'il s'agisse bien encore une fois ici d'un mallum, c'est ce qui ressort de composés comme Hal-mael (Limb.) ("), par exemple,
(1) FiCK, Die griechischen Personennamen, p. 43, sv.
(2) FÔRSTEMANN, 0. C, 1087.
(3) P. VîOLLET, Histoire du droit civil français, p. 608, et passim. Paris, 1893.
(4) 680. Halmala, 1065. Halmale. Kurth, o. c, p. 340.
(5) Verdam, s. V. halle : « Espaces couverts servant à divers usages, notamment à des marchés ».
Le mot halle est fréquent dans la toponymie germanique. On a en Belgique notamment la ville de Hal et Halle (arr. d'Anvers).
qui s'interprètent très bien par «le mallum» dans la «halle» et fort mal par «frontière de la halle» (^).
D'autre part, on a vu dans le cas de Vliermaal, que, de fait, un mallum s'était tenu dans un endroit marqué d'une dénomination du genre en question et les données que nous possédons sur les antiquités germaniques sont également en conformité avec notre interprétation, puisque l'on sait que le mallum se tenait à ciel ouvert, soit sur des hauteurs (cfr supra), soit, à l'époque païenne, dans des endroits sacrés : pierres, eaux, cimetières. Souvent, on cherchait un endroit ombragé : bois ou arbres isolés. Ce n'est que depuis Charlemagne qu'il fut prohibé de les tenir dans ces lieux consacrés par une tradition trop entachée de paganisme mais, alors encore, il se tinrent en plein air dans les « Gerichtslauben ». Ce n'est que plus tard qu'on se serait servi de de lieux couverts (-).
Parcourons donc ces noms.
Nous avons d'abord pour mémoire ce Halmael (Limb.) dont il vient d'être parlé et le hameau Hamal à Russon (= Rutten) dont il a été question plus haut et qui peut être Halmael ou Heimael.
Excluons Horpmael (Limb.) qui est de signification obscure et qui pourrait ne pas avoir été primitivement composé de -mael, puisque l'on a Horpala 1067, Horpale 1112, Horpale 1265 ('M. Omal, ancienne église dépendant de l'abbaye du Val-Notre-Dame (prov. de Liège) est naturellement trop altéré pour permettre une conjecture sérieuse. Serait-ce Op-mael « le mallum sur la hauteur », puisque cette manière de composer est ancienne en toponymie franque, cfr en pays wallon : Ophain, Ohain = Ophem (*), cfr Opdorp (Brab.), sans parler des nombreux Opsfa/, Ophoven, etc.?
Westmalle et Oostmalle dans la Campine anversoise ne font naturellement aucune difficulté. A noter qu'ils ont la forme -malle qui s'explique bien en partant de madhla = mafhla (cfr supra, p. 287, n) mais qui serait impossible si on avait affaire à maal =- marque, frontière.
L'usage de rendre la justice sous les arbres est illustré par Vliermael (Limb.), dont il a déjà été question. Ses anciennes
(1) Comme mathl signifie aussi « traité », on pourrait imaginer que Wijgmael, Vechtmael, etc., pourraient se rapporter à des endroits où se seraient conclus des trêves ou traités de paix (?)
(2) Voir Amira, Grundriss germ. Phil., t. IV, p. 204, svv.
(3) KuRTH, 0. c, p. 340. — Grandgagnage, o. c, p. 136.
(4) Se trouve en Brabant wallon et dans l'arrondissement d'Avesnes (Nord, France).
formes sont Fliedermael 1297, Flidermal 1333 ('). Il s'agit, sans doute, du « sureau » qui est encore vlieder chez Kiliaen et qui est vledder en bas-allemand (anc. fris, fleodhra). Cîr Vlierzele (0. FI.). Vlierkauter (1750, Hamme, 0. FI.) et en Hollande : Vlederrode (900, Fletharrothe « Le sart au sureau »), Vlierkate {Vlederkote, 1444), Vlierkamp et les collectifs Fliert et Vlierden ("), etc. Mais cfr infra, p. 315, ce qui est dit à propos de Florenne.
Rappelons pour mémoire aussi Lommel (Limb.) (anc. Loemala?) qui pourrait être = loo-mala « le mallum du bois », et signalons l'emploi de -malle dans les noms de forêts (cfr infra : Mormalle et Marlagne). En plein dans la forêt de Soigne, on trouve aussi un mallum : Watermael. A Watermael-Boitsfort, du reste, siégeait une cour domaniale, le consistoire de la Trompe (0, qui peut remonter à un mallum. Le nom de ce village apparaît toujours sous la forme actuelle : Watremale 1138, Watermale 1180, etc. C).
Dor mael (^ïdih.) [Dormala 1206, 1234) aura-t-il reçu son nom en contraste avec un de ces Watermael qui rappellent l'usage d'établir le mallum près d'un cours d'eau (néerl. dor « sec ») ou bien est-il une altération d'un ancien thorn-mael « le mallum de l'épine » et doit-il être placé à côté de Vliermael??
En tout cas, l'avoisinement du mallum avec les cours d'eaux est encore illustré par Fuma/ (Liège), qui est anciennement For/nû/a(''). Ce nom reproduit exactement le Furtmala qui existait en 898 dans le pays de Juliers d'après un diplôme du roi Zwentibold ('■). C'est donc le « mallum près du gué » (") et, en outre, sans doute, par Flémalle (Liège) qui est Fleimala en 1086 (-) et qui semble être composé de vlieden (anc. vlien) « couler » (cfr Vlieberg (nom de personne, origine), Vliedorp, Vlieland, en Hollande), Biervliet (Fland. zéel.), Watervliet {O. FI.), etc., etc.).
Wesemae! (Brab.) (1197, Wismale {'')) est évidemment «le mal-
(1) KuRTH, Supplém., p. 107.
(2) Cfr Gallée, Nom. geog. neerl., t. III, p. 356.
(3) Waute.^s, Environs de Bruxelles, t. III, p. 356. Bruxelles, 1855. — L'auteur a le tort d'identifier ce Watermael avec le Wactarmala signalé ci-dessus.
(4) En m. néerl. Watermael est le nom d'une «génisse» ou d'un «butor». Il est clair qu'il ne peut être question d'aucun de ces sens ici. — Le voisinage, seul, de Waterloo suffirait à écarter cette interprétation.
(5) KuRTH, o. c, p. 339, d'après Grandgagnage, Mémoire, p. 102.
(6) Laco.mblet, I, 81, p. 44. — Kurth, o. c, p. 339. N.
(7) Fumai est sur la Méhaigne.
(8) G:^ANDGAGNAGE, 0. C, p. 64.
(9) Grandgagnage, o. c, p. 167
lum dans la prairie» d'après l'ancien mot flamand weze, parent de ail. Wiese, a. isl. veisa « marais » et qui subsiste dans des noms de lieux comme Wesembeek (Brab.) (1127, Wesembecca), Wezepool à Zèle (O. FI.), Wieze (O. FI.), Wezepoele (Zèle 0. FI.), et dans Wezette à Reckheim (Limb.), 's Graven Wezelt [\Àmh.), Visé (Liège) (fl. Wezet), etc.
Il faut reconnaître un sens analogue à Momalle (Liège) qui est Mosmalle en 1034 (') et où l'on retrouve le mot m. néerl. mos, moos, ail. moos, a. isl. mose, qui signifie à la fois « bourbier, marais » et « mousse » (-)• Ces mots sont parents du lat. muscus «mousse».
Ce sens peut avoir été aussi celui de Lamalle sous Bas-Oha (Liège) (1166, Lamala) qui viendrait de leem, moy. néerl. leim par le changement normal de germ. ai en a roman (■^), cfr goth. haims : hameau, "waidhanjan : a. fr. gaaigner, a. frk. *aibhor : fr. affre, néerl. geit : wall. gâte, etc.
Signalons ici le nom de la grande forêt de Mormalle sur les rives de la Haute-Sambre dans le département du Nord. (XII', Mormalsilva, Mourmal) {*). Le néerlandais actuel possède le mot moor « boue », qui est une autre forme de modder, mais il s'agit plutôt ici du vieux mot germanique qui a donné le néerl. moer « marais ». (Cfr les Moëres, près de Furnes) qui est l'ail. Moor, l'a. sax. mor. Ce mot est en ablaut avec meer et désigne donc bien proprement des régions humides. A signaler, cependant, que l'anglais moor se dit aussi pour « lande ».
Dans le même ordre d'idées signalons Borremael, nom d'une ferme à Wespelaer (Brab.). C'est le « mallum à la fontaine ». Le mot actuel est bron, mais Kiliaen a encore borne et cette forme telle quelle ou altérée en borre subsiste dans de nombreux noms 1
de lieux et de personnes Bornhem (Anvers), Borloo (Limb.), Born (Limb. holl.) (Borremans, Van den Borre), sans parler du mot bornput, qui est bèrepit dans les dialectes brabançons actuels (^). n
L'élément mael, mal apparaît encore comme premier composant dans des mots de signification semblable : Malbroek à Baneghem (0. Fl.), Malesbroek (?) à Gheel (Anv.). Ces noms sont à com-
(1) KURTH. 0. c, p. 340.
(2) Vercoullie, Etym. woord., s. v. mos., p. 195. — Walde, Et.W. Lat., 2"^ éd., p. 504.
(3) Mackel, German. Elemente i. franz. a. prov. Heilbronn, 1887, p. 1 13, svv.
(4) DuviviER, Hainaut ancien, p. 63. N. 188. Bruxelles, 1865.
(5) GoEMANS, Het dialect van Leiiven, dans les Leuvensche bijdragen, t. II, p. 23. Louvain, 1897.
parer à Maelbosch à Lebbeke (0. FI.) et un à Maelblok à Wommersom (Brab.), qui nous ramènent dans les bois (moy. néerl. blok « tronc d'arbre»).
C'est l'instant de signaler Xhendremael (Liège) qui est Schendermala en 1070, Skendermale en 1143, Scendremale en 1158 ('). Le premier élément de ce nom est assez obscur. On ne le trouve, à part ce nom, que dans Xhendelesse (anc. Skendrelach) (-) et dans Schendelbeke (O. FI.). Il s'agit donc d'un schendel, alternant avec schender comme c'est souvent le cas. Cfr Saverke (de Zavel) à Waereghem (O. FI.), Letferhoutem (O. FI.) qui était Lettelhoutem en 1187, de littel « petit », etc. schendel n'existe plus en néerlandais moderne mais Kiliaen donne un mot schinde « membrana, pellis, cortex » et un mot schindel « assula, scandula ». Le premier se rattache à la racine du néerl. schenden, schinden « écorcher, dépouiller», ail. schinden, cf. angl. skin. Le second est un emprunt très ancien au latin scandula (^), d'où vient ital. scandola, fr. échandole ou plutôt à une forme du bas latin : scindula, influencée par scindo. Ces mots désignent les bardeaux ou planchettes dont on couvrait en guise d'ardoises les maisons de cette époque, usage encore pratiqué dans les pays de montagnes. Schendel-mala, c'est donc le «mallum dans les esquilles, dans un bois où l'on va chercher les planchettes et les éclats de bois ».
Ce sens est certes un peu étrange à première vue, mais tout d'abord il ne semble pas qu'aucun autre mot germanique puisse correspondre à ce schendel, schender, et il y a certes présomption à recourir comme M. de Marneffe à un lithuanien szvendrai « roseau »,pour lequel on ne trouve aucun parent en germanique. Ensuite, les expressions de ce genre abondent en toponymie. Ainsi à Schendelbeke, signifiant « ruisseau charriant des éclats de bois, des écorces, etc. », correspond exactement Schubbeek sous Lubbeek (Brab.) « ruisseau des écailles », Spletterbeek (Exaerde, O. FI.), Spletterbeek (Dacknam, O. FI.), Splinterbeek (Maldeghem,
(1) KURTH, o. c, p. 341.
(2) DE Marneffe, art. cité, t. IV, p. 356 svv.
— 11 est assez curieux de mettre ces deux formes en présence l'une de l'autre : Schender-maal : Schender-laak, alors que maal « limite ^> a précisément en allemand comme synonyme : laach, cfr m. h. a malboum : m. h. a lâchboum (Amira, 0. c, p. 128). — maal signifierait-il ici pour une fois « limite » ? Ce serait assez étonnant. D'autre part, ce serait le seul exemple de mot laak avec ce sens chez nous, tandis que laak « étang » est fréquent, de sorte que le rapprochement Schender-laak : Schendelbeek paraît plus indiqué.
(3) Kluge, Etym. Wtb., s. v. Schindel.
O. FI.) (0, Schilbeek (Overboelaere, 0. FI.), Esquelbecq (Flandre française) et il ne serait pas difficile de fournir de nombreux noms de lieux de sens analogue. Qu'on considère entre autres : Bastelaer sous Zevencoten (O. FI.), « clairière aux écorces », Schalbroek (Lummen, Limb.), Schellekensberg (Diest, Brab.), Schilberg (Slenaken, Limb. hol.), Schullaer (Limb. hoU.), Schelfheide (Gorssum, Limb.), Pellheide (Haecht, Brab.), Pellenberg (Brab.), Pelkom 1510 (0. FI.), Schaffelberg (Bunsbeek, Brab.), Kramelt (collectif) (Neeroeteren, Limb.), etc., etc.
Esemael (Brab.) qui est écrit Hismale en 1066, Esemael en 1080 et de nouveau Hesemale en 1139 (-) s'interprète très bien comme « le mallum dans les broussailles », ce qui est bien conforme à ce que nous avons vu jusqu'ici. Le mot liées est très fréquent dans la toponymie néerlandaise. On le trouve en Hollande dans Hesepe avec le suffixe -epe des rivières (■^) dans Hezewijck, Bruechese, et souvent pour des bois : Holihees, silva Hese à Werden (prov. rhén.) pour ce qui s'appelait au moyen âge le Hêsiwald sur les bords de la Ruhr.
A part cela, nous avons encore en Hollande : Heeswijck, Heesakker (Budel, Brab. sept.), Breehees (Goirle, Brab. sept.), Heeze (Brab. sept.), Heesbeen (anc. Hasibenna, 918 (Brab. sept.)), //ees6oo/72(Baerle-Nassau, Brab. sept.), Heeseind (Rosmolen, Brab. sept.), Heeskamp (Zoelen, Gueldre), etc., etc., et en Belgique : //eesi/onc/r (Waesmunster, O. Fl.),//ees (Limb.), //eesveW(Bilsen, Limb.), Heezewijck (Oolen, Anvers).
Le collectif de ce mot est heest, que l'on ne rencontre pas moins : Heest (Laren, Gueldre), ter Heest (Markelo, 1457), Heestpoort (Deventer, 1345) (^) et en Belgique : Heesten iHegem, Anv.). (•'). A côté de Heest, l'on a Heyst : Heyst-op-den-Berg lAnv.), Heystaan-Zeeiy\l. F\.), Heistendries (Merendré, O. FI.), Heyste (Landegem, O. FI.). Ceci nous induit à penser qu'il s'agit d'un primitif en ai donnant les variantes dialectales : ee et ei. Le simple heis semble rare. On a pourtant Heysbroeck à Wavre-Ste-Catherine (Anv.), Heisbroek à Uytbergen (O. FI.), Heysie-Hoek (?) à Lille
(1) Cfr Ve:?dam, Middelned. woordenb., p. 1759 : splinfer oft spletter « petite bûchette de bois qu'on se fiche en la main » « aculeolus iigneus ».
(2) Ku.?TH, 0. c, p. 339.
(3) Cfr Hasapa, lieu cité en 801 (Seibetz, Miinst. Urkiind.). Roland, Toponymie namiiroise, p. 333. Soc. Archéol. Namiir., 1899.
(4) là.
(5) M. Ve.toam, Mid. ned. woord. s. v. qui signale hzest en moy. néerl. le déclare « onverklaard » mais probablement parent de hees.
(Anv.), Ysbrugge anc. Heysbruggen (^) à Goyck (Brab.), Heysvort (Sterrebeek, Brab.), Heysberg (Rhode-Ste-Genèse, Brab.).
Il semble d'autre part que la chute de Vh, constatée dans Esemael, ne soit pas un cas isolé car on trouve fréquemment des formes ees, eys mal expliquées et qui paraissent bien parallèles à celles en hees, heis. Aussi, si l'on a Heysbroek à Wavre-Ste-Catherine, on a Eysbroek à St-Pierre-Capelle (Brab.), Eys (Wittem, Limb. hol.), Overeys (Wittem, Limb. hol), Eysenbeek (?), affluent de l'Alphen (Brab.) (-) et le collectif Reyst (= ter Eyst) (■*) à Oordegem.
En outre, avec le suffixe -el, on a Eysel à Laeken (^), à côté d'un ruisseau nommé Heyselbeke (''), noms auxquels il faut comparer Heesselt (anc. Hesel, 1276) {') (Gueldre) et Hézelle (Charneux, Liège), qui est plutôt un diminutif roman.
La forme ees est plus connue encore : Eesvelde (anc. Heesvelde) (■) à Calcken, Eesdonck à Waesmunster, Eesvelde à Wetteren, Eestraet (Boucle St-Blaise, G. FI.), Eesbeek à Itterbeek, Eesveen (Steenwijck, Overijssel), Eze (Almen, Gueldre), Ezenrade (Jabbeek, Limb. hol.), etc.
On a aussi le collectif : Eest à l'Est de la Hollande (Borger, (Drenthe), Grootegast (Groningen), Saaxumburg (Groningen)).
M. Gallée ('') fait de ce ees, eze un mot différent de hees et le rapproche de Kil. ese « ustrina », ce qui est a priori invraisemblable. La parfaite concordance entre les composés en hees-heis et ceux en ees-eis nous autorise bien plutôt à penser qu'il s'agit du même mot. Nous avons vu que l'effacement de Vh, qui est si fréquent dans les dialectes s'observe dans toute la toponymie (') et
(1) Wauters, 0. c, t. I, p. 357.
(2) Wauters, o. c, t. I, p. ix.
(3) Cette agglutination de Vr de ter est très fréquente, cfr infra : Restert = ier Heestert et le nom bien connu Rijssel -= Lille en France, sans parler de nombreux reik, reek pour eik, cfr Reekhoven à Lummen, Reek à Belen, Reycken a Houppertingen, etc., etc.
(4) Wauters, o. c, t. II, p. 378, 379.
(5) fb., t. Il, p. 378.
(6) Nom. geog. neerl., t. III, p. 126.
(7) De Potter et Broeckaert, Geschied. gemeenten van O. Vlaanderen, s. v. Calcken.
(8) Nom. geog. neerl., t. III, p. 332.
(9) Les exemples foisonnent, dx Erenthout, 1400 à Nieuwekerken : Herenthout (Anv.), Assel (Letterhauten, O. FI., 1187», Dasselt (Denderwindeke, O. FI.) : Hasselt (passim) (hazelaar = coudrier). Hast (Okegem, O. FI.) : Ast (Gossoncourt, Brab.) (esch, asch « frêne »), Helderberg (Bundegem, O. FI.) : Elderberg (forme ancienne du même nom;, Hertselaer (Kalcken, O. FI.) : Aertselaer (Anv.), Héverlé (Brab.) : Euere (Brab.), etc., etc.
pour ce mot en particulier, il est intéressant de constater l'existence des mêmes variantes à propos du mot voisin par le sens et par la forme : heide. Alors que heide, heid, hei, etc. sont les formes les plus communes, on a des variantes en ee : Over/?ee/ (Berlaer O. FI.), ter Heede (Asper, O. FI.), Heet, fen Heede (Schelderwindeke, O. FI.), Heehagen (Godverdegem, O. FI.), Heeten, (anc. Heden, 1300, Nom. geog. merl.. I, 99, -Overijssel), Heetkamp {Oene, Gueldre), Heetveld (Vollenhove, Utrecht). Ce dernier nom se retrouve plusieurs fois en Brabant (Eppeghem, Esschen, Goyck, Leeuw St Pierre, Meysse, Vlesembeek, etc.) et se rencontre fréquemment sans h : Eetveld, de même que dans le nom de personne, Van Eetveld (')•
Comme formes sans h, on a, en outre, Eytberch à St-Josse-ten- Noode (0, Eede (Adeghem, O. FI.), Eede (Haltert, O. FI.), Oostede (Assenede, O. FI.), Assen-ede (O. FI., « la bruyère aux frênes »), Ede (Wetteren, O. FI.), Eethael (Tamise, 0. FI.), Edelaere (O. FI., « clairière de la bruyère »), Moleneed (Cherscamp., O. FI.).
A Astene (O. FI.), pour le même lieu-dit, on a, d'après les époques (^) : Heideke et Eedeke. En Gueldre, on a Eede (anc. Edhe, Ede (')).
Par la chute du d intervocalique on a£'eveWe(Maldegem, 0. FI.), £eive/f/e (Wetteren, 0. FI.), Eenbeek [DQsieVoQxg, O. FI.), Eenaeme (O. FI.), (— Eiham 1064, Heenam 1391).
De même que le suffixe -el s'applique à kees, ees, on le trouve aussi avec heed : Hede l (Heel {Limb. holl.), (Hedilla 814, Hedele \205, Heel 1570C)).
On trouve dans les noms de personnes à la fois v. d. Heede, V. d. Eede et v. d. Ee i"), etc. (').
Tout nous induit donc à penser que comme heide, heed, eide,
(1) heed est la forme normale en usage en W. FI. (cfr De Bo, ^Vestvlaamsch idiotikon, 414). — M. Verdam signale m. néerl. : heetmeier : heidemeier. — M. Gallée signale un « heet » =^ « myrica gale », petit arbuste odorant des marais campinois, mais ce mot n'est-il pas lui-même une variante de « heed » ?
(2) Cfr Wauters, o, c, t. III, p. 57.
'3) De Potter et B.'^oeckaert, o. c, Astene. (4) Nom. geog. neerl., t. 111, p. 90.
i5j Ib., t. II, p. 122. — A remarquer toutefois que les dialectes limbourgeois conservent ei.
(6) Wauters, o. c, t. III, table 52 sv.
(7) Peut-être est-ee ce mot qui se trouve dans Ath [Hsàn.), £■//? (France, dép. Nord), etc. (?)
eede remontent à un primitif haithi (=- goth. haithi) venant de kaitî, heis, hees, eis, ees, ese viennent de haisi (ou hais) provenant de kaisi et que M. Gallée a tort de songer à hasi, à cause d'une graphie Hasibenna 918 = Heesbeen qui n'est évidemment qu'approximative (0- Certaines formes romanes comme : « Le Bois de Hasnon » dans la forêt de Broqueroie (-) (Hainaut), Haze (Francorchamps, Liège), Hazar (Moresnet, Liège), etc. peuvent très bien s'accorder avec un primitif en ai (cfr supra, p. 296, s. v. Lamalle, etc.).
Nous donnons donc plutôt raison à Kluge (Etym. Wôrterb.) qui, s. V. Heister, signale la forme latinisée : « silva Caesia », à propos du Hêsiwald, dont il a été question plus haut, et admet un ai primitif. Quant au rapport entre heister et heise, ce dernier se contente de dire qu'il y a <■ dérivation ». Ce problème paraît pourtant assez aisé à résoudre. Comme nous l'avons vu, le sens de « broussaille » ou quelque chose d'approchant semble avoir dû être celui de heise. Or, dans les noms d'arbres l'élément -ter est loin d'être inconnu dans la toponymie néerlandaise. On le rencontre sous les formes ter et terre dans hesselter « charmille » {^) et dans Oplinter, Drieslinter, Neerlinter (Brab.), Appelterre (0. FI.) (*), Mespeiterenpoel (Dilbeek, Brab.), Mispelteerkene (Ganshoren, Brab.), Popelterenvelt (Wesembeek, Brab.), Prumelterenboom (Sterrebeek, Brab.), Krijkelteerkene (Leeuw-St- Pierre, Brabant), Epelterre 1710 (Lebbeke, O. FI.), etc.
C'est donc simplement le correspondant de l'anglais tree, goth. triu, grec. opO;, scr. dâru, etc. [^).
On peut, même, à mon avis, ajouter à cette liste le mystérieux Werchter (Brab.) qui s'expliquerait très bien comme étant Werf-ter d'après la loi qui en néerlandais transform // en c/f/ (Te Winkel, Gesch. ned. taal, 83, sq. — cfr notamment moy. néerl. helcht — helft). On sait que werf « saule marceau » est très répandu en toponymie, cf. Butswerf (Maldeghem, O. FI.), Wervenhof (Halle, Brab.), Werfunderbroek 1410 (■') (Schaerbeek, Brab.), Werfbosch (Waerschoot, anc), Werfcauter (Oudegem, anc), De Werven.
(1) Nom. geog. neerL, t. III, p. 338.
(2) DuviviER, 0. c, p. 61.
(3) Vercoullie, Etym. woord., s. v. — L'auteur admet aussi que -fer dans heester = goth. triu, ce que méconnaît M. Franck, Etym. woordenb., 2" édit., p. 239 et MM. Falk et Torp dans Fick, Vergl. Wôrterb. idg. Sp., IH, p. 65. Gœttingue, 1909.
(4) Le nom de ce village apparaît une fois avec Vine collectif : Apeltrines (xiv^ siècle).
(5) Wauters, o. c, t. III, p. 44.
(Heerde, Gueldre (')), etc. On a le collectif Wer^t à Heyst-op-den- (Berg Anv.), à Massemen-Westrem (O. FI.) et à Zulte (O. FI.).
Heister, c'est donc «l'arbre aux broussailles ou des broussailles» et cela désigne souvent le « hêtre », comme le prouve son sens en Westphalie et en Hesse (-), la traduction Heister Marca (801) pour Buchen (Bade) (') ainsi que des composés comme Heesterbuecke (1500, Desteldonck, O. FI.) et son sens en français où il s'est introduit par le nord {*) pour éliminer peu à peu le mot fagus, qui subsiste dans beaucoup de dialectes : a. h\,fou, wal. pic, fau.
Le sens propre est pourtant « buisson, arbrisseau », cfr Kil. heester, eester «arbuscula, frutex», eesterbosch «frutectum, seminarium ». En moy. néerl., il signifie même « tige, bâton » (•").
La forme est inconnue en haut-allemand C^). En bas-allemand, elle est heister (Cf., Heisterbach, Prov. rhén.), qui est aussi celle du moy. néerl. à côté ûq heester et celle de l'Est de la Néerlande, cfr Heysteren à Henri-Chapelle (Liège), Heistreux (Membach, Liège), Heisterboom (Hengelo-Gueldre) ('). On trouve heester ou hester dans Heesterbosch 'Zegge, Brab. sept.), Heesterbuecke (Desteldonck, 0. FI., cf., supra) et les collectifs Heestert (Eersel., Brab. sept.), Hestert (1450, Nieuwerkerken, O. FI.) (').
Les formes sans h ne sont pas rares : Eestrum {Nom. geog. neerl., I, 41), Eesterga (Eemsterland), Eesterburen (Aren) en Frise et avec agglutination de Vr : Restert, forme actuelle de ce qui était Hestert Qw 1450 à Nieuwerkerken (0. FI.) (cfr supra).
Ce composé heister établit définitivement le sens de « broussailles » pour haisi-. Quant aux rapports de ce mot avec d'autres langues indo-européennes, Kluge et Gallée renoncent à les établir. M. Van Wyck (Franck' s Etym. Woord.), s. v. heester ("), suggère avec beaucoup d'hésitation que heister pourrait être parent de lat. caesaries, skr. kesara « chevelure ». Son hésitation eût été pro-
(1) En Hollande, on peut parfois hésiter entre werf « saule » et werf <- quai », mais l'hésitation n'est pas permise pour les formes belges.
(2) Pritzel et Janssen, Die deutschen Volksnamen der Pflanzen., p. 150. Leipzig, sans date.
(3) Cfr Krieger, Topo/r. Wtb. Bad., s. v. Hainstatt, t. I, p. 827.
(4) Cfr Meyer-Lubke, Rom. Etym. Wtb., p. 304. Heidelberg, 1913. f5) Verdam, o. c, p. 288, s. v. heister.
(6) Kluge, s. v.
(7) Nom. geog. neerl., t. III, p. 367.
(8) Lat. Et. Wtb., p. 81.
(9) Cfr en pays wallon : La Hestre (Hain..), et le nom collectif : Ilestrud (Nord Fr. à la frontière belge).
bablement moindre s'il avait fait la comparaison avec haisi dans son sens de «buisson» et s'il avait tenu compte des nombreux noms de lieux en haar, comme Haert (Morchoven, Anv. i, Haart (Hamont, Limb.),//aere;2f(Bonheyden, Anv.\ etc.. où /zaar désigne ce que Kiliaen appelle haerkens der kruyden « fibrae, capillamenta herbarum » ('j. Le sanscrit keça- {= kesha) « crinière, queue » n'est donc loin de haisi ni par la forme, ni par le sens.
Dans ces conditions, Esemael se range donc bien parmi les nombreux noms en -mael qui nous rappellent que le mallum se tenait fréquemment dans les endroits boisés ou ombragés.
Il nous reste en fait de composés de -mael, à signaler Orsmael (Brab.), (1138, Rosmale (-')) et Rosmalen (Brab. sept.), (815, Rosmala, Rosmalla, Rosmella — 1416, Roesmalen (')), dont le sens est peut-être « mallum (?) du cheval ou des chevaux », du mot ros (moy. néerl. ors et ros = anc. sax. hros, diX\g\, horse, ail. Ross). Cfr Rostal (Bouwel, Anv.\ Rossem (Wolverthem, Brab.l, Rossom (Herenthals, Anv.) (^) ; mais qui vient peut-être aussi de a. frk. rauz, d'où ail. Rohr, fr. roseau, mot subsistant dans : Rosselaer (Baelen, Anv.) ("■>, Rosveld (Nederweert, Limb. holl.), Rosmeer (Limb.i sans parler des nombreux Roosbeek — ail. Rosbach. En Allemagne, ces deux sortes de noms abondent, cfr Rossacker, Rossbach, Rossberg, Rossbûhl, Rossem, Rosseneck, Rossenstein, Rossriicken, etc., rien que dans le G. D. de Bade (''}.
Signalons enfin deux exemples encore de malle sans qualificatif : Mail iLimb.) et Malle à Perck (Brab.) ("). Ils remontent donc à madhla. On a, de même, quelques cas de mael soit isolé, soit comme premier membre d'un composé : Maele, Malisveld à Oudegem (0. FI.), Maie à Nieuwerkerken (O. FI.), Maele, château des comtes de Flandre à Ste-Croix-lez-Bruges (1108, Mala, 1197,
(1) Parfois peut-être aussi, haar = « hoogte in de heide », cfr Vercoullie, 0. c, p. 174.
(2) KuRTH, 0. c, p. 341. — L'auteur a raison de rejeter Oostermael de Chotin, Etym. Brab., p. 174, qui paraît, à tout le moins, être un cas de Volksetymologie.
(3) Nom. geog. neerl., p. 140.
(4) Nombreux sont les composés de -hem avec des noms d'animaux : Vossem (Brab.), Bernum (Itegem, Anv.\ Ofternum (Limb. holl.), Eversem (^Meysse. Brab.), Catthem (Strijthem, Brab.), Bulsem (Campenhout, Brab.), etc.
(5) Cfr Roesselaer (W. Fi.) On a de même Roesbeek : Rosbeek, Roosbeek, cfr Roubaix. — M. Dassonville, (Biekorf, 1910, p. 122) donne une longue liste des dérivés de rauz.
(6) Cfr Krieger, o. c, t. II, p. 669.
(7) Bijdragen tôt de geschiedenis van het aloude hertogdom Brabant, éd. Goet- SCHALCKX, p. 298. Eeckeren, 1906.
Malen. Fôrstm.), Malland (Angerlo, Gueldre), Maeldruyt (Onckerzeele, O. FI.), Mallem (Eibergen, Gueldre), auquel il faut comparer Melin (Brab.), (= Maelhem ('), comme Piétrain = Peterhem).
Ces noms peuvent remonter à mahal {= mathla), comme ceux étudiés ci-dessus, sans que, vu l'incertitude qui entoure plusieurs d'entre eux, on puisse écarter absolument la possibilité d'une autre interprétation.
Peut-être, même, pouvons-nous ramener à mahal le trop célèbre ruisseau du Maelbeek près de Bruxelles en y comparant les noms de ruisseaux allemands : Mahelbec (a. 1031), affluent de la Streu, Malride (a. 1035) (ride = bach. Cfr Fôrstemann, s. v. mahal), Malborn près de Bernkastel.
6" LA SIGNIFICATION « MALLUM » EST ENCORE RENDUE PLUS PROBA- BLE POUR -mael par le fait que le mot mallum survit encore sous
d'autres FORMES DANS NOS RÉGIONS.
Pour rechercher les autres succédanés possibles de ce mot, il importe de connaître les différentes formes qu'il affecte dans les idiomes germaniques.
On a en gothique : mathl « Versammlungsort, Markt (-)» {'h'^op) et les mots de même racine : mathljan « reden » {y.'fopz'jix>) , mathleins « Rede, Sprache >\ faura mathleins « Sprecher » (or.iJLayopô;) etc. Ce mot contient le groupe thl assez rare et que les diverses langues ont altéré différemment. Le gothique de Crimée en avait déjà fait Ith : malthata « dixi », l'ancien islandais en fait / .• mal « rede », maela « reden », l'anc. saxon a dhel (•') : maedhel « versammlung » madheljan « parler ».
Quant au haut-allemand, il fait subir au mot différents processus d'assimilation régressive, que M. Streitberg étudie dans sa Urgermanische Grammatik, p. 141. il transforme d'abord thl en dhl puis en tire les formes madal, malla et mahal. La première est dans les noms de personnes : Madalgêr, Madalgart, la seconde dans la forme latinisée : mallum et dans les noms propres étudiés ci-dessus : Thietmalli, Leudo-malla, Baudo-malla, Mallo-baudes, Mallegundis, (Cfr a. h. a., Wadal « Wedel » : a. h. a., wallon : a. h. a., Stal : n. h. a., Stadel, etc.).
(1) M. BuvÉ dans ces mêmes Bijdragen (cfr p. 304, n), p. 100, signale pour ce village la forme latinisée mallum dans Gilles d'Orval (Chapeaville, Gesta pontificiim leodiensium, H, 44) qui ne serait qu'une faute pour malhum, cfr Kerkom (Keri<-liem), Larmn (Giieel; (laar-hem), Lariim (Wolverthem) (neer-hem).
(2) Feist, Et. Wtb., s. V.
(3) Nous représentons les spirantes dentales par th et d/i pour des raisons typographiques.
Quant à mahal qui survit dans Gemahl, il montre la substitution au groupe rare ffil du groupe chl, beaucoup plus fréquent et qui se constate aussi dans bithla « hache » devenant a. h. a. bîhal, bavarois : Beichl (').
Le mot a subi des réductions analogues en ancien franc, car la forme madal se retrouve dans moy. néerl. madelstede =- maalstede et dans moy. néerl. madelare, qui paraît avoir été particulièrement répandu dans l'ouest de la Flandre f-) avec le sens de « avoué, chargé d'affaire ».
Quant à mahal, on peut induire son existence de la iorme gemaal et de mael à côté de malle. Il n'y aurait donc rien d'anormal à ce que le ch se soit maintenu dans certains dérivés, là où la phonétique du mot n'aurait pas favorisé l'épenthèse de Va, par exemple devant un suffixe à initiale vocalique. La substitution de chl à thl est encore plus naturelle en néerlandais qu'en haut-allemand, puisque cht y remplace déjà/f, qui était plus rare (■').
Aussi doit-on donner raison à M. Schônfeld f^), quand il propose de voir dans le nom des matronae Mahalinae CIL. XI 11, 8492 = Mahlinehae CIL. XIII, le mot mahal en y comparant Machlinium, forme latinisée ancienne de Mechelen = Malines (•').
Cette suggestion a pourtant besoin d'être appuyée par un examen plus complet de la question, d'autant plus que l'étymologie du nom de Malines a déjà fait couler beaucoup d'encre.
Ce nom se trouve non seulement pour désigner la ville bien connue, mais dans une série de villages de la zone franque :
Mechelen h. Malines) (ville) : 870, Maalinas, 1008, Maslinas, x^, XI"-' s., Machlines, 1138, Machele, 1290, Mechelne ('').
Machelen O. F\.\ 697, Machlinium, 967, Maglina (■).
Mechelen (Limb.), Mechelen, 1650, Maghlinia {Gesta abb. trud.) {^).
(1) Kluge, 0. c, s. V. Beil.
(2) De Bo/o. c, p. 664. — Verdam, o. c, s. v. madelare.
(3) Le groupe thl était très rare et ne se trouvait en néerlandais, à part le mot mallum, que dans bethla-.wexX. bij'l dans les mêmes conditions phonétiques que mahal-.mael.
(4) Wrtb. altgerm. person. Vôlkernamen, p. 158. Heidelberg, 1911.
(5) HoEUFFT, Taalkundige aanmerkingen. 1815, p. 80, cité par M. Serrure M^/?. Inst. archéol. Malines, 1893, p. 240), avait déjà suggéré que Malines venait de mahl.
(6) DE Marneffe, Bul. Cercl. Arch. Malines, t. IV, p. 1 svv. [1) De Potter et Broeckaert, o. c., s. v.
(8) Roland, o. c, p. 223 svv.
Quaed-Mechelen (Limb.), (fr. Marlines)), Mechlen, 1219 Quaeymechelen, 1425 (') Marlinne (-)).
Mechelen (Wittem, Limb. holl.)).
Mechelen (Gendringen-Gueldre).
Machelen-Ste-Gertrude (Brab.), Machela, 1210, Machle, 1243, Magie, 1346 (:').
Mechelheye (Lebbeke, O. FI.) (probablement tiré dn nom de la ville de Malines).
Mechelhof {LQWmghQ, W. FI.)??
Mechluns (curtis) (Luxemb.). Lacomblet, o. c, I, 315.
Mageleno. Localité inconnue citée dans une charte de 847 {*).
Marlagne (forêt), (prov. de Namur), Maghlino (Vita S. Bertuini), Maslinia, 935, Maslania, \2\2, Malagnia, 1150, Marlagnia, 1214, (:).
7 Malonne (Namur), Maglonia, 935, Malonia, 1106, Maloine, 12Ô0, (■•).
Maulenne (Floreffe, Nam.).
Nous ne discuterons même pas l'étymologie maris linea « limite de la marée », que donne encore pourtant pour le nom de Malines, la dernière édition de V Encydopaedia Britannica (! !)
Ducange à propos du mot machale qui se trouve dans certaines versions de la loi salique (cod. Estens.), signale que, d'après Wendelinus, ce serait là l'origine de Mechelen.
Toutefois il s'agirait là, si la lecture est bonne, d'un mot roman en usage en Champagne : machau, désignant un « grenier sans toit » et parent évidemment de l'a. fr. mâche « meule », mots, du reste, d'origine obscure. Comme Machelen — tout comme -mael — est restreint à la zone franque et n'apparaît en particulier jamais en Champagne ni en France, en général, il faut évidemment renoncer à cette explication.
M. Serrure, critiqué par M. de Marneffe {art. cité), propose magalia comme substrat de Machelen. Il s'agit d'un mot latin {Enéide, I, 421, IV, 259) employé deux fois par Virgile notamment à propos d'un faubourg de Carthage et signifiant « les huttes ». Le mot qui paraît d'origine africaine n'a subsisté que dans le roman d'Espagne : port, malha <■< étable à moutons », esp. majada,
(1) DE CoRSWAREM, Bul. Soc. orcfi. Limb., 6, p. 138-
(2) Grandgagnage, Voc, p. 154.
(3) Wauters, Les environs de Bruxelles, t. III, p. 82.
(4) DuviviER, 0. c, p. 300.
(5) Roland, u. c, p. 223 svv.
catal. malada (même sens) ('). 11 faut donc renoncer à ce mot, non seulement pour des raisons historiques, mais même pour des motifs phonétiques. (Le mot serait en français maille ou maill[ine).
M. de Marneffe essaie de tirer la forme française Malines pour Maslines de Machlinas = Mechelen en supposant que ch germanique a donné ch français, d'où s, ce qui est absolument impossible. 11 admet que Machlinas ^- machi — Un. lîn signifierait « marais » et serait identique au mot celtique qui survit dans gall. llynn « lacus, piscina », ir. lind, linn « eau » (cîr angl. Brooklynn), mais ces mots remontent à ceit. [p]lendu « humidité » ('-) qui serait jlinf en germanique. Le premier élément machi- serait le goth. mêki « épée », ce qui, naturellement, est contraire au consonnantisme de machi-. Le sens serait « marais aux épées », à cause des roseaux des marais de la Dyle (! ) {}').
M. Roland ("), à propos du nom de la Marlagne qu'il identifie (à raison, du reste, probablement) avec Machelen, propose encore une autre explication. Il constate pour Marlagne deux séries de formes, l'une où l'on a le groupe si d'où //, l'autre avec si d'où ri, puis à côté les formes germaniques où l'on 3igl, chl. Il admet que chl devient s/ (!) dans Machi ina : Maslinas et rattache Machlina, Maglina au thème qui est en celtique magl-, magal-, en grec uiyaA-, en latin mag-nus et qui donne le gothique mikils et non michilas, comme il l'écrit. Il pense que Mechelen s'oppose à Liitzel (rivière alsacienne) comme Mecklembiirg à Lûtzelburg (Luxembourg). La «Marlagne» serait donc «la grande forêt». Est-il nécessaire de faire remarquer que si le mot remontait à ce radical, en bas- allemand, il serait Mekel- et non Machi-, et que Maglinas ne pourrait donner un roman Maslinas mais plutôt maillines, d'après le traitement habituel de gl, cl (cfr coag(u)làre : cailler).
Toutes ces étymologies proposées sont donc indéfendables. On aurait pu, encore, songer au celtique : mago- « champ » qui eût pu donner un dérivé latinisé magulina, lequel aurait pu être emprunté par les Germains comme villare (weiler), maceria (mâcher), etc., mais, outre que cette forme devrait alors abonder plutôt en France où elle est inconnue, elle n'expliquerait que les formes germaniques {gl = néerl. chl. cfr tegula : tichel) et serait impuissante à rendre compte de Maslines, etc.
(1) Meyer-Lubke, Rom. Wtb., 5223.
(2i Whitley Stokes, Urkelt. Sprachschaiz, p. 248. Gôttingue, 1894.
(3) Il signale notamment parmi ces roseaux, Vacoriis calamus qui n'est pas même une espèce indigène.
(4) Art. cité, p. 221 svv.
Si, au contraire, on part de mahal, tout peut s'expliquer :
a) le radical.
mahal ou plutôt machl- conserve en germanique son h parce que le groupe étant devant le suffixe -în n'a pas développé d'à épenthétique. Plus tard normalement Machlîn- s'élargit en Machelen comme teg(u)la donne tegl, tichl, tichel, comme wîglian donne wichlian, wichelen, etc, (')• a devient e dans certaines formes, par umlaiiî à cause du suffixe en î. Remarquons que a est conservé en Flandre et à l'Ouest du Brabant tandis que vers l'Est, il est partout devenu e, conformément à la règle de a+ch en néerlandais, dans le cas d'umlaut (-').
Quant au roman, il se trouve devant une spirante étrangère, qu'il reproduit imparfaitement, tantôt par s tantôt par r. La forme Maalinas 1008 est un effort graphique ou phonétique pour rendre une aspiration inusitée. Seul, un phénomène d'adaptation de ce genre peut raisonnablement rendre compte des divergences si grandes, observées dans les formes romanes et expliquer leur rapport assez surprenant avec la forme germanique : Marlines et Marlagne continuent les formes en ri, tandis que Malines et Malonne remontent à celles en si où s s'est normalement assourdie comme dans estre : être, mesler : mêler, etc.
b) le suffixe -îna.
M. Meyer-Lijbke (•') distingue du suffixe latin bien connu qui est dans ruina, collina, marina, porcina, etc., un suffixe -ina d'origine germanique, surtout fréquent dans le français du Nord : guerpine, haine, plevine, aatine (mots germaniques) et s'étendant à des mots romans : gésine.
Ce suffixe est particulièrement répandu dans la toponymie belge {*) et plus encore dans la partie wallonne que dans le Nord. Malgré cela, avant toute analyse des éléments dont sont formés les noms en -ine (wallon : inné, enne), l'origine germanique de beaucoup d'entre eux, se trahit à la fréquence des initiales en w et h : Wâtinnes, Winenne, Hamblinne, Havinne, Havrenne, Herinnes,
(Ij Te Winkel, 0. c, p. 89.
(2) Ib., p. 63.
(3) Meyer-Lûbke, Grammaire des langues romanes, trad. Doutrepont, t. Il, p. 542 (S 453). Paris, 1895.
(4) M. Roland a réuni un grand nombre de noms de lieux en -ine, op. cit., p. 519 svv. 11 a tort pourtant de les croire restreints au diocèse de Liège. 11 s'en trouve beaucoup en Flandre et en Hainaut, qu'il ne cite pas et dont plusieurs sont indiqués ici.
La plupart des formes anciennes reproduites ici sont empruntées à son répertoire.
Hubinne, Holenne, Hanzinnes, etc., etc., et à la présence du préfixe ^e- (a. frk. : ga-) qui est ja-, ge- en wallon {ch Jamoigne (Lux.) ^ gamundia (gemund)) : Jamodenne , J amer en ne , Jeherenne, Gemechenne, etc.
L'analyse des radicaux, bien que, naturellement, elle ne nous permette pas de donner l'étymologie certaine de tous ces noms, montre que la plupart d'entre eux s'interprètent très aisément et avec le plus de vraisemblance par les idiomes germaniques et très constamment, ce sont les termes empruntés à la plus vieille couche du vocabulaire franc qui donne le sens le plus convenable.
Certains de ces noms désignent des terres arides et sèches :
Wattinne (Silly, Hain.), Chapelle-à-Wattinnes (FTain.). Cfr : de Wastine (Vurst, O. FI.), Wasfina (Beveren, 0. FI.), Wastijne (St-Gilles, O. FI.), Waasten (= Warneton, W. FI.), [waasf, forme parallèle de woest (cfr woestijn : wastijne), angl. was^e « désert », fo waste « ravager, gaspiller », a. fr. guastine « jachère ».]
On a, de même, Woestyn à Genck, Woesten en West-Flandre (\5dO,Woesfijne).
Custinne ('Nam.),(1270 Questinnes, 1407 Guestinnes) ('). [Synonyme du précédent, cfr néerl. kwisten = angl. to wasfe, donc «vaine pâture»]. Cfr pour le sens: Ondank, hameau de Ruysselede, W. FI.
Lerinnes (Tourinnes-St-Lambert, Brab.), (1127, Lerinas) (^). [néerl. laar « jachère »], cfr Rotselaer, Wespelaer, etc. — Longlier, Baulers, Wallers, etc.
Romedenne (816, Rumendinis) (') (Surice, Nam:). [m. néerl. ruum, rame, rom « vaste, large », rumen « dégager, défricher »]. Cfr Rumpst (Anv.), (anc, Rumesta), Rumpt (Gueldre), (1148, Rumede), Rumbeke (W. FI.), Rommelaer (Langdorp, Brab.), etc. û abrégé en u comme cela se produit parfois (-').
Landenne (Liège), [néerl. land]. Cfr Landen (Liège), Blanden (bij de landen) (Brab.), etc., etc.
Gramptinnes (Sorée, Nam.), (= Grammene, O. FI.), [néerl. gram « triste », grim « farouche, sauvage »]. Cfr Grimhuizen (Ginneke, Brab. sept.), Grimde (anc. Grimene {^) O. FI.) et pour le sens : Wildert{N. Holl.), Wildeveenen (Z. Holl.), etc., etc.
(1) Cfr Roland, o. c, p. 519 sv.
(2) Te Wink'el, o. c, p. 13, qui cite diichten, zuchten, kuchen, Il y en a d'autres exemples dans Vercoullie {Et. wdb.\ par exemple : rups : ail. Raupe, rune : got rûna, rusten : ruiden.
(3) Probablement aussi en dérivé en -ina.
Haltinnes (Nam.), (1104, Halentina) (') [m. néerl. hael «desséché, brûlé » (lat. caleo) -p suffixe -endîna de Rom-endinis , Halm-entina, etc.] (-')• Cfr Haelen (Limb. et Limb. holl.), Haelendries à Tiegem, Haelewyn{?) à Vinderhautem, etc.
Dorinne (Nam.), (Dorina, 1163) ('), Durenne (St Sauveur, Hain.) [néerl. dor « sec »]. Cfr Dormael (Brab.), Dorgeesf (N. Holl.), etc.
Sorinne (Nam.) [germ. *sauza « sec », m. néerl. soor « sec » ou m. néerl. soer = zuur « acide »]. Cfr Zoersel (Anv.), Zoerle-Parwijs (Anv.), Zoerle (Hersselt. Anv.), (= soer -\- loo), Suerbempde (Glabbeek, Brab.), Soiron (Liège) (?).
Hérinnes (Hain. deux fois), (847, Marinas) [germ. harwa, moy. h. ail. hare, hère : compar. harwer, henver, ail. herb «de saveur âpre, mauvais, amer, dur »]. Cfr d'une part : Herwen (Pannerden, Gueldre), Hervjerderi ou Heerewaarden (Gueldre), Hervé (Liège), Herbesthal (Pr. Rhén.), et d'autre part : Heerle, Heerlen (Limb. holl). = heer -f loo), Herbroek (Cortessem, Limb.), Herbais (Piétrain, Brab.), Herlaar (St Michielsgestel, N. Brab.), Heer (Nam.), Héron (Liège) (cfr Soiron de soer), etc.
Rostenne (Nam.), (Rustina, x^' siècle) (') [m. néerl. roost, roest « rouillé », roost « ce qui est rôti », ail. Rosi « rouille »]. Cfr Rostij ne (Winkel, 0. FI.), Roost (Ryckevorsel, Denderwindeke, Cortrijck-Dutzele, etc.), Roest {Buggenhout, O. FI.). Roost est parfois aussi un collectif de m. néerl. roos (-= germ. raus) <■< roseau », cfr Rosières, Brab. = flam. Roost ('■'). Cfr pour le sens : Rouge- Terre à Bienne (Hain.) et au Rœulx (Hain.), etc.
Erquelinnes (Hain.), (anc. Ircennna, Erchelines (^)), Echerennes (Nam.) ("'), {Erchanines, 1189, Ercheneis, 1131) [a. h. ail. erkan{') «genuinus», goth. airkns «pur». — Le parenté de ces mots avec skr. arjunas « clair », lat. argentum, celt. arganto-
(1) Cfr Roland, o. c, p. 519.
(2) Ce suffixe -endîna est intéressant également. J'y vois l'adjonction de -îna à endi, ondi, survivance des formes féminines à valeur abstraite (comme les dérivés en -îna), des thèmes en -nt d'origine participiale, comme dans le goth. hulundi '^\a caverne» : hêlân «cacher», rûmundi est donc «l'étendue », haimundi (?) « l'abri, l'habitation ».
(3) C'est aussi certainement le cas à Rosoux-Goyer -- flam. Roost-Jeuk (Rosuth, 1098 avec le suffixe collectif comme dans Farnoth 830 fVarent), Elsufh 977 (ElstJ Haslod, 966 : Hasselt, etc.).
(4) DuviviER, 0. c, p. 692.
(5) Ancien nom de Philippeville.
(6) Radical fréquent dans les noms propres anciens, Fôrstemann, o. c, p. 457 svv : cfr Archambaud, Archamberi, etc.
«blanc, argent», indique que le sens du mot a dij être <; clair, blanc »]. Cfr Erquenne (anc. Erchana) (Nord. Fr.), Arquennes (Hain.), Archennes (Brab.) ('), Argenteau (Liège) (anc. Arkentell, Erckentel (-)). Pour le sens : Zilverberg (Roulers), Schierveld (Roulers. — m. neérl. scA/er (brillant), 5/a/7/:/fler (Schaffen, Brab.; Meldert, Limb., etc.))
Godinne (Nam.), Gedinne (Nam.) (1017 : Geldina), paraissent signifier «les terres jaunes» et contenir différents dérivés de la racine de néerl. geluw, geel [ ^germ. gel-wa).
Godinne avec son o fermé long ne peut venir que de goldina et remonte donc à germ. gultha : ail. Gold. — Il faut donc lui comparer Gouda (Hollande — 898. Goldaha), Goldach (St-Gall), Goldara, Goldbach, Goldbeck, etc., cités par Fôrstemann (Geogr. N. s. V. gold).
Geldinas (Gedinne) vient d'un hypothétique germ. *gelda ou *geltha = \ith. geltas «fauve», a. si. zldtd «jaune» et qu'on trouve encore dans le nom du ruisseau Jodion (^le Mignat à Soye-sur- Sambre) 841, 856 Geldione) (Roland, o. c, p. 147), dans Geldonia : Jodoigne (■^) et dans Gelduba, Geldapa devenant Gellepsur-Rhin, Geltbach (Fôrstemann, Geogr. N., p. 1033.)
Calcken (0. FI.), (1190, Calkine, 1380, Calkines). [néerl. kalk « chaux »]. Le village renfermait jadis des fours à chaux (^).
Non moins souvent il s'agit de terres humides, de prés, de