‹ Mélanges d'histoire offerts à Charles MoellerChapitre 51 sur 149 · DÉFRICHÉS · texte numérisé non relu

DÉFRICHÉS

Marenne (Lux.), Maurenne {Na.m.), Maharenne (ib.). [anc. néeri. mari « fossé, marais »1.

Marsine (Liège), {Marchinas, 1106) ("') [m. néerl. marsch, mersch, maers «prairie, marais», ang. marsh?].

Jamerenm (Nam.), [= ga-mar-îna, collectif de mari??] ('0 a, peut-être, le même sens.

Laminne (Liège), (Laminas, 1182) [a. frk. laim, néerl. leem «argile» ("). — Mais, cfr infra, s. v. Lamedine]. Cfr Leemhout

(1) Le A: est conservé ou transformé en ch devant a selon qu'on est à l'Est ou à l'Ouest de la limite des patois picards-hennuyers du wallon proprement dit.

(2) Grandgagnage, o. c, p. 5.

(3) Le fl. Geldenaken = Geldoni-acum est une extension injustifiée du suffixe -acum.

(4) De Potter et B:?oeckaert, o. c, s. v.

(5) Roland, o. c.

(6) 11 paraît s'agir de collectifs composés de ga -f rac -{- îna (en tant que suffixe collectif), semblables à ceux en ga + rac + thje : gebergte, geboomte, gesternte (Te Winkel, o. c, p. 152).

(7) Germ. ai donne rom. a, cfr supra, s. v. Lamalle, p. 296.

(Tegelen, Limb. holl.), Leemskuilen (Dommelen, Brab.), Leemputten, à Deerlyck, W. FI., etc.

Holenne (Felenne, Nam.) [néerl. hol « trou, cavité »j. Cîr. Hollogne (Liège. Deux fois), HoIlekeCW. F\.), Hollain (Hain), Holland.

Messine (W. FI.), (1055, Mecinos, néerl. Messen) (') [m. néerl. messine, messene, messen «trou à fumier, bourbier»], a. h. ail. mistina.

Mathine (Liège) [m. néerl. matte «natte de jonc»] Cfr Matagne (Nam.) et pour le sens : Bennevoorde (Steenvoorde, FI. fr.), Bottelaer, O. FI., Buttenmeersch (Gaesbeek, Brab.), Carloo, (Uccle, Brab.) (''), et surtout : Mùttendries à Bambrugge, O. FI.

Besines (Arbre-lez-Fosse, Nam.) [néerl. bies «jonc »\ Cfr Biest, très répandu en pays flamand.

Retinne (Liège), (Retinas, 847) (^) [néerl. rief « roseau », ags. hreod, a. h. ail. riot.] — eo dans ces deux mots devient e atone en roman, comme dans Leodgar : Léger, a. sax. greotan : regreter, a. h. al), biost : béton (')• — Le ^ intervocalique s'est maintenu après diphtongue germanique comme dans regreter, wal. gât (gaita), a. frank. slaiton : éclater, etc.]. Cfr Rosière (Brab.) de a. fr. ros « roseau». — Glageon (anc. Glaion, France-Nord), de a. fr. glai « roseau », Rillaer (anc. Rieilaer, Brab.), etc., le Joncquoit à Escanafle, etc.

Lessines (Hain.), (anc. Liescines, Lietzines (^)), néerl. Lessen [L'emploi de tz et se indique qu'il s'agit d'un se primitif et non pas de s ou X, donc, cfr m. néerl. lische, lesche, liesche, a. h. ail. lisca «roseau», d'où fr. laîche (= liscû) « carex »]. Cfr Liesbroeck (Hoelen, Limb.), L/esse/ (Tongerloo, Anv.), Lisseweghe {W . FI.), Lieshout (Brah. sept.), etc.

Tamines (Nam.) [germ. *taima, «faux, perche à faner», Kil. hooyteem « pertica-. foenaria », néerl. temen (Franck, Et. woord.^ 2^' éd., p. 613)], donc «les près à faucher» (?).

Havrenne (Humain, Lux.) [néerl. haver «avoine», a. fr. haveron « folle avoine »], cfr Havert (Prus. Rhén., près Maeseyck), etc.

(1) M. Dassonville (Biekorf, 1910, p. 357) dérive Messine du nom galloromain Mecco, Meccius. Il a, sans doute tort, car ce serait un cas fort rare de dérivés de ce genre avec le suffixe ine. La présence du c ou du se (12*^ s. Mescina) dans les formes anciennes s'explique, selon moi, en tant qu'il exprime le ts, intermédiaire probable entre néerl. mest et néerl. messene.

(2) Cfr mnd. botte, bud « corbeille », caer « ruche, panier ».

(3) Mackel, Germ. Elem. imfranz., p. 128. Heiibronn, 1887.

(4) DuviviER, 0. c, p. 184, 713.

Tourinnes-la-Chaussée (Liège), {Turninas , 975), Tour innés (Brab. 2 fois), (Tornines, 1199, néerl. Doorne, Deurne) Lgoth. thaurna, ags. thorn, néerl. doorn «épine» — germ. th donne'rf néerl. et t rom, cfr germ. thahso : néerl. das, a. fr. taisson — germ. thiudisk : néerl. dietsch, a. fr. ihiois, Theodrîk : néerl. Diederik, fr. Thierry. ]Cfr Deurne (Anv., Brab)., Doornlaer (Putte, Anv.), Dooren (Aerschot), etc., etc.

Ronchinne (Maillen, Nam.) [a. frk. hrunka «pièce de bois» (')], cfr Ronkenburg (Lede, 0. FI.). (?)

Bolinnes (Nam.) (-) [a. néerl. bol (^) = ang. bole, ail. Bohle « tronc d'arbre » ou m. néerl. bul^ bol « taureau » (cfr infra : Hoursine, etc.)]. Cfr Bolbeek (Brusseghem, Brab.), Bologne (Lux.), Bolland (Liège), Bolloo (Tremeloo, Brab.), Bollenberg (Lubbeek, Brab.), etc.

Burdinne (Liège) ^néerl. bord, berd « planche » ou moy. néerl. burdine, bordene « fardeau » (?)], cfr Bordelbosch, à Overyssche (docum. de 1549, Wauters, o. c, 111, 511).

Latine (Liège), Laufenne (Surice, Nam.) {*) [m. néerl. latte «tige de bois, bardeau »]. Cfr Xhendremael, Schendelbeke et les autres exemples cités ci-dessus à leur propos (p. 297).

Pellaine (Liège), (anc. Pellinis) [m. néerl. pelle « pelure, écorce »]. Cf. Pellenberg (Brab., Pellheide (Haecht, Brab.) etc., cf. supra (p. 298).

Hamerenne (xn^' s. Hamerina) [néerl. hamer « marteau »1 (Champion, Lux.). Cfr le « marteau », dans le sens de la coupe du bois. Cfr Hambraine (Courtil-Wodon, Nam.), Hemert (Gueldre — 850, Hamarithi (collectif)), etc.

Havinnes (Hain.), Havenne (Hour, Nam.), (1130, Havinù) [germ. havvan, néerl. houwen « tailler », houw « une taille dans un bois », terme fréquent dans les lieux-dits flamands, pic. hâve «houe» — w intervocalique devient souvient v roman, cfr Mackel, 0. c, p. 1841. Le wall. ard. hawe désigne l'instrument servant à essarter. Donc, Havinne = sart.

(1) Meyer-Lùbke, 0. c, s. V.

(2) Tronchiennes lO. FI.), néerl. Drongen — ix*^ siècle Truncinias serait-il un composé du même genre, oij figurerait le latin truncus? Ce ne serait, du reste, pas le seul nom latin dans la toponymie de la Flandre, puisqu'on y trouve aussi Vracene W. FI. = fraxinus, Varssenaere = fraxinaria, cfr Franiére Nam.) (cfr Adzo (= Dassonville) dans Biekorf, 1908, p. 103 svv). De même en Hesbaye, Ronkelen est parent de runcare « défricher «, roncallis « essart ». Pour tr = dr dans Drongen : Tronchienne, cfr Triest (Loo-Christyj = driest.

(3j Vercouillie, o. c, s. v. bolwerk.

(4) Le wall. au pour a est un phénomène fréquent.

Gourdinne (Nam.), Gurdinas, 1113) [m. néerl. gorde « lien, ceinture»]. Cfr Riempst{L\mb.),Rieme{ExiwQ\(le, O. F!.), Riemere (Wichelen, O. FI.), de Strop (Gand), Helchteren (Limb. Cfr m. néerl. halchter = riem), etc.

Welden{0. FI.), {Wenlines, 1110) [wendelina (?) de Kii. windel « lien, bandelette », a. nor. vôndul « botte », agr. windel « panier »]. Cfr Windelsteen (Mechelen, Limb.) (') et pour le sens Mathine, ci-dessus.

Salaz inné {Ndim.), Salzinne (-) (Nam.) [contamination entre lat. salix et a. h. ail. sùlaha, comme cela s'est produit pour le fr. saule ( '), (= salla). Donc, ici salacina, d'où salaisinne et salezinne « la saulaie »].

Astene (0. FI.), (967. Hachfina, 1223, A scht{')), [m. néerl. asch, esch « frêne »]. Cfr Assen-ede (O. FI.), Basseveld (O. FI.), (1151, Bascevelde = bij-asch-veld), Assc/ie (Brab.), Asch (Limb.), Assent (Caggevinne, Brab.), Esschen (Anv.), Ast (St Pauwels, O. FI.), Ter-res/ (Overrijssche, Brab.), etc.

On trouve aussi les mots en ine désignant des fermes, enclos,

BERGERIES, HARRAS, LOGEMENTS POUR SERVITEURS, CtC. :

Winenne (Nam.), [Kil. winne « ferme »].

Un Hovinne, dérivé de néerl. hof, s'est conservé dans un nom de famille cité par Wauters, o. c, I, 95, 126, II, 236.

Hemptinne (Nam.), (Haimentinas , 1050), Emptinne (Nam.) [goth. haims, ail. heim, néerl. heem. « habitation » fr. hameau]. Suffixe de Romendinis, etc.

Hubinne (Hamois, Nam.), {Hubina, 1161) [a frk. hûba « coiffure, coupole, toit » — picard hobe « hutte », liégeois hubet « niche à chien »|.

Heelen-Bosch (Brab.), (873, Hildina, 1229, Heelne) [néerl. hild « grenier à foin » (■)].

(1) Winde, windel, aussi nom du « liseron ».

(2) Salzinne doit être contracté pour Salezinne, puisque 17 n'y est pas vocalisée, comme dans Sossoye (Nam.) de salicetum.

(3) Mackel, o. c, p. 44.

(4) Les formes du moyen âge : Hachtina : Ascht indiquent que -ine était encore senti comme suffixe. — On a, de même, pour Appeiterre (O.rFL), au xw" siècle, la forme Appeltrine (De Potter et Broeckaert, s. v.). — Wichelen (O. FI.) serait à joindre à ces collectifs d'arbres, s'il vient de wichel, forme basallemande de wilg (Pritzel et Janssen, Deutsche Volksnamen Pflanz., p. 352 (1253, Wichline, 1209, Wighlines), mais cette forme a-t-elie jamais été flamande ?? et Wichelen n'est-il pas plutôt un génitif du NP. Wigila? — On a de lat. corylus, Corenne (Nam.\ cfr infra, p. 317.

(5) Vercoullie, o. c, s. v.

Bonninne (Nam.), {Boninas , 1182) [m. néerl. bonne, bunne « tente, barraque », beun « grenier].

Verenne (Serinchamps, Nam.), {Werinas, 1125) ia. frk. warôn « garder » d'où war-îna « endroit où l'on garde, d'où fr. garenne, varennc « réserve de gibier »]. — On a, de même, « le bois de Warenne» à Cousolre (Nord, Fr.).

Lamedine {Mariakerke, W. FI.), (854, Lamedinias) [néerl. lam «agneau» — «bergerie», comme le suivant]. Cfr Lammerendries à Auderghem (Br.).

Hambline (Nam.) [néerl. hamel « mouton »] (^).

Hoursinne (Mormont, Lux.) [a. frk. hros, hors, m. néerl. ors, ros, angl. horse, donc «parc aux chevaux»].

Felenne (Nam.), Flines (Nord. Fr.), {Folinas, 847) (-), [a. frk. foie ('), ail. Fohlen « poulain », néerl. veulen]. Cfr avec suffixe on au lieu de în : Veulen (Limb.), (1174, Folon, 1219, Voelne, wall. Fologne). — Cfr supra, p. 313 : Bolinne et Bologne venant, peutêtre, de m. néerl. bol «taureau».

Ecaussinnes (Hain. 2 fois), (Scalcinae, 1199) [m. néerl. schalk « serviteur, esclave », fr. maréchal (garçon d'écurie), sénéchal (seniscalc, « chef-domestique »)]. Donc, c'est « le logement des valets ».

Bouvines (Nord Fr.), (Bovinias, 1107, Bovinias, 1143), Bouvigne (Nam.) [m. néerl. boef, ail. Bube, a. frk. bôbo « garçon, garçon de ferme», angl. boy) «logement des boys»]? — Le dérivé est, peut-être, roman et tiré de bœuf. Ce serait «la bouverie» comme on a eu ci-dessus «la bergerie», le «parc aux chevaux ou aux poulains». — On a, de m.ême, Bovesse {Br ah.) qui signifie «la bouverie » comme Porcheresse (Nam), Vresse (Nam.) sont « la porcherie».

Il y a, enfin, une série de ces noms en -ine, -enne désignant des COURS d'eaux :

Florennes (Nam.), {Florinas, 1012) [germ, yiôthar, a. h. ail. flôder, vlûder « courant, chenal »]. Cfr Floreffe (Nam.), Fleurbày (Nord. France) qui ont le même sens que Lede (0. FI.), Leibeek (Louvain), etc., comme aussi : Vlierbeek ou Vlurbeek, nom fréquent de ruisseaux flamands {vlur devient vlier par influence de vlien, vlieden), Vleurgat (Ixelles), etc.

(1) ml: mbl, comme dans simulare : sembler. — Ce lieu-dit est cité par M. Roland, 0. c, p. 519.

(2) Roland, o. c.

(3) Vercoullie. 0. c, s. v. veulen.

Olenne (ruiss. à Felenne, Nam.) [germ. *wullôn, norv. olle « source », forme faible de néerl. wellen «sourdre», ail. wallen « bouillonner », m. néerl. welle « source »]. Cfr les noms de lieux allemands : Olapa, Olaffa, Olefa « eau qui bouillonne », VOrne (anc. Olna) à Court-St-Étienne (Roland, o. c, p. 123), la Wulpa, ancien nom d'une rivière zélandaise (a. 1377 — Kluyt, Hist. critic. Holland., I, 2, p. 155) qui équivaut à Waleppe (Sevigny, Ard. fr.), Ulbeek (Limb.), Ulbach (Limb. holl.), la Woluwe (Brabant), Les Waleffes (Liège), etc.

Rancennes (Ard. fr.), la Rancenne (sous-affluent de la Lesse) {nO-n^ : Cransina, 1198. Ransina) [germ. "hraznô «source», a. nor. hrônn]. Cfr Ransbeek (Tronchiennes, Ohain (Brab.), St Antelincx (O. FI.), etc.), Ranst (Anv.), etc. — Le A est conservé dans la graphie cransina qui est pour chransina et non point une faute, comme le croit M. Roland (o. c, p. 112), hraznô a donné a. frk. rans comme goth. razn est a. fris, ransa « maison ».

Fromelenne (Ard. fr.) [a. frk. « hrômjan, hrômaljan « faire du bruit »]. Le /zr est devenu /r comme dans h. frimas de a. frk hrîm, néerl. rijm. — Cfr Bronibais (Incourt, Brab.) (brommen), Rommelbeek (Baelegem, 0. FI.) (rommelen), Bruysbeke (Hautem- St-Liévin) (bruischen), Corbeek (Brab.) (korren), Lubbeek, Lubecq (Quaetrecht) {\u\d), Hellebecq (Hain.) (bel), Liederbach (Allemagne, passim) (germ. hleuthra « sonorité »), etc.

Buvrinnes (Hain.), (1181, Beverunes. Duvivier, p. 637) [néerl. bever « castor »]. Beaucoup de ruisseaux ont reçu leur nom des castors : la Biesme à Auvelais, (Nam .), Aiseau, Acoz, Biesmelle, etc. , tous cours d'eau dont la vieille forme est Bebrona ou Beverna (Roland, o. c, p. 100). On a, en outre, Biévène (Hain.) (946, Bevrenae), la Berwinne (Visé) et de nombreux Beveren en pays flamand.

On pourrait ajouter à cette liste, déjà si longue, certains noms comme Estinnes, Barcenne, Hanzinne , Gemechenne , Emines, Nalinne, etc., dont l'étymologie est moins siàre mais dont l'aspect germanique est, dans la plupart des cas, assez frappant.

Il serait donc vraiment bien vain de vouloir nier l'origine germanique de ce suffixe în, latinisé en îna et le fait que de temps à autre, on le trouve avec des radicaux romans, n'a évidemment aucune importance. Personne, en effet, ne doute de l'origine germanique du suffixe -ard bien qu'on l'ait étendu en français à des mots tels que pleurard, paillard, cumulard, etc.

Parmi les rares noms de lieux wallons en -inné à radical roman, signalons :

Corenne (Nam.), (Colrines, 1015), de lat. corylus, fr. coudrier, wall. cor. Cfr Corroy, Brab., {Colroyf, 1152), Courrière, etc.

Porenne (Nam.), (anc. Porinia), de lat. pulvere-, a. fr. porre « poussière ». Le mot a été très anciennement emprunté en néerlandais, m. néerl. poer {^). — Porenne pourrait donc être germanique (-).

Bassinne (Nam.), de bassus « bas » ? « La vallée, la fondrière » ?

Brûssine (Nam.), a. fr. bracine « brasserie » de brasser.

Signalons enfin quelques cas où la finale -inné sert de diminutif : Solrinne (Nord, Fr.) à côté de Solre-le-Château, Tongrinne {Tongrinas, 966) (Nam.) ("), Quenestine à côté de Quenast (Brab.).

A part ces quelques formes, nous avons observé que le suffixe -//ze possède clairement un sens collectif ou un sens abstrait. . Sa forme romane est -inné, sa forme néerlandaise est ijn ou en. C'est donc simplement le suffixe du moy. néerl. woesfijn, cluwijn, lentijn, lequel affecte les formes -ine, -ene, -en, quand il est atone : lendine, -lendene,-lenden, droesine, droesene, droese (jus, déchet), redene-reden, mesine-mesene (fumier), burdine, bordene (charge), hevene-hevine (mesure agraire), etc. (Te Winkel, o. c, p. 57).

Ce suffixe est en gothique -ein ( ^- în), servant à former des noms abstraits, généralement tirés de verbes : de nasjan « sauver », on tire naseins (salut). On a, de même, naiteins « malédiction », laiseins « enseignement » {*). Ce rôle de suffixe abstrait le prédisposait à former des mots désignant l'endroit où se passe l'action et par là, des collectifs. C'est l'histoire du suffixe verbal français

'1) M. Verdam (o. c, s. V. poer) se refuse à y voir une contraction de poeder. '2) Pour le sens, cfr La Poussière, hameau d'Escanafle iHain.). Stuivenberg à Landscauter (0. FI.), etc.

(3) Les noms renfermant l'élément longer- sont fréquents. Outre la ville de Tongres, on a Tongerloo (Anv.l, Tongerloo (Limb.n Tungelrooy (Weert, Limb. hoU.), Tongre-N.-D., Tongre-St-Martin iHain. . Ces deux derniers ainsi que Tongrinne n'étant pas dans l'ancien pagiis Tungroriim, on s'est demandé si le nom est bien celui des anciens Tungri. Je crois pourtant qu'il faut s'en tenir à l'opinion reçue, parce que ce sens est le seul possible pour Tongres fcivitas Tungrorum) et pour Ton^er/oo (Anv.) situé à côté de Tessenderloo (Bois des Toxandres». Il est donc raisonnable de l'admettre aussi pour les autres, d'autant plus qu'il s'agit de bois et que les peuples vaincus se réfugient dans les bois. M. Grôhler (Franzôsische Ortsnamen, t. I, p. 15) fait cette remarque pour les Ligures. Ces noms se rencontrent du reste dans le pays des Tongres, sauf Tongre- N.-D. et Tongrinne mais Tongres qui fut, un jour, presque la seule ville de Belgique, a pu donner son nom à d'autres localités, comme cela s'est produit dans tous les temps.

(4) Streitberg, GothischesElementarbuch, p. 71. — Meyer-Lûbke, Grammaire des langues romanes, trad. Doutrepont, t. H, p. 542.

-erie (0- De brasser, distiller, tendre, etc., on tire brasserie, distillerie, tenderie, désignant l'action de faire ces choses, puis l'endroit où elles se font. On a, de même : laiterie, huilerie, etc., tirés directement de substantifs. Le sens collectif est particulièrement accentué dans des noms de lieux comme La Flamengrie (Hainaut et Nord. Fr.), La Graerie à Signy-le-petit (Ard. fr.).

Dans le néerl. woestijn, forme parallèle à Waastijn (Wâtinne), qui est si répandue, le suffixe a exactement le sens qu'il a dans les noms de lieux rassemblés ici et celui du suffixe dans les noms communs de l'a. fr. : desertine, guaudine (gaut^iorèi). De même le germ. wâr-în « garenne », désigne bien l'endroit où l'on garde le gibier.

Pour en revenir donc au mot qui nous occupe : Mah(a)lîn, nous le traduirons tout naturellement par « l'endroit où l'on pratique le mahal, où l'on se réunit en mahal, ou pour le mahal. II est intéressant de noter que le dérivé mathlein(s), que reproduit notre machlîn, comme nous l'avons montré ci-dessus, existe déjà, de fait, en gothique. Le faura-mathleins est le président du mathl{^ mallum). Le verbe étant mathljan « parler » (proprement « parler dans une assemblée », cfr dyopzùi,)), mathlein- est donc en gothique « l'action de parler, le discours » et très naturellement, en franc, a pris le sens de l'endroit où l'on tient un mahal, probablement dans le sens large du mot.

Tel est donc le sens de tous ces Machelen, Mechelen dont le sol franc est jonché et il est vraiment intéressant d'y retrouver une survivance si authentique du vieil idiome des Francs et de leurs coutumes. La seule objection d'ordre sémantique qu'on pourrait faire à cette explication, concernerait la Marlagne, une vaste forêt pouvant à première vue difficilement être désignée par un mot qui signifie « réunion, tribunal, marché ». Mais l'on a vu qu'au contraire, ce fait est plutôt une confirmation du sens que nous donnons à machlîn, puisque la grande forêt de Mormalle porte aussi le nom d'un mallum et que la majorité des mallum conservés dans les noms en -mael se rapportent aux bois. La tradition rapporte aussi, avonsnous vu, que les Germains aimaient à tenir leur mallum sous l'ombrage des bois. Du reste, il est clair que ces forêts n'ont pas dès le début été désignées tout entières par ces noms. Ceux-ci s'appliquaient à un point de ces bois où se tenaient un mallum. Un Mormalle quelconque aura été le point de départ de la dénomination si

(1) Darmesteter et Sudse, Traité de la formation de la langue française, § 69, dans Darmesteter et Hatzfeld, Dictionnaire de la langue française.

extensive aujourd'hui de «forêt de Mormalle»('). La forêt de Soigne aurait très bien pu, de même, s'appeler Watermaal-Bosch et pour la Marlagne, il est possible que l'endroit propre de son mallum ait été Malonne, dont le nom est identique à machlîn sauf le suffixe qui est ôn(a) au lieu de în(a), mais ce n'est pas un exemple isolé de pareille variante, cfr Geldônia (Jodoigne) à côté des Geldîna, Goldîna {Gedinne-Godinne) indiqués plus haut (-), Folonia {Veulen, Limb.) : Flines, Felenne {Folinas), Holenne : Hollogne, Bolinne : Bologne, etc.

Une petite remarque, encore, confirmant notre interprétation de machlîn par mahal, c'est le fait qu'à Machelen (O. FI.) le souvenir du mallum paraît s'être encore conservé dans le lieu-dit Maelbrouc, qui figure dans un document de 1420. Il s'agit, du reste, d'une vieille localité dont le nom figure déjà en 697 sous la forme : Machlinium (0-

Nous ne prétendons pas que machlîn soit la seule forme sous laquelle en dehors des noms en -mael, le mallum se perpétue dans notre toponymie. Nous avons vu notamment qu'à côté de la déformation : mahal, mathl donnait encore en a. h. ail. les formes madal, mald- qui se constatent notamment dans de nombreux noms de personnes.

Serait-ce aussi ce mot qui serait conservé dans Malderen (Brab.) {'), Malden (Gueldre), Maude (Hain.), {Mald, 1056). Nous préférons ne pas nous prononcer. Des formes en meld- ne sont a priori pas impossible non plus, mais, ici, il y a toujours danger de les confondre avec les dérivés de moy. néerl. melde, melle « l'arroche », un des légumes les plus anciennement cultivés par les germains et encore populaire en Campine (■). De ce nombre sont : Melhoven (Rijckevorsel, Anv.), Mellier (Lummen, Limb.),

(1) tes extensions sont un phénomène normal. Cfr la forêt de Meerdael, près de Louvain, qui tire son nom de la petite vallée de Meere à son extrémité-est.

(2) Cfr Roland, o. c, p. 488, où beaucoup de noms en -onia, -on sont rassemblés.

(3) Cfr De Potter et Broeckaert, o. c, s. v.

(4) La finale -eren est fréquente en toponymie et s'ajoute à toutes espèces de mots, même n'étant pas d'anciens neutres en -as : Riemere (1479) (Wichelen, 0. FI.), (riem, m. « lien »), Geesieren (Gueldre), Geysferen (Neer-Oeteren. Limb.) (geest, f. « colline de sable »), Bergeren (Bemmel-Gueldre) {berg, m.), Garderen (Neder-Veluwe-Gueldre) (^oarrf, m. «verger»), Liichferen (Tronchiennes, O. FI.), etc.

(5) Hoops, Waldbaume u. Kulturpflanzen im germ. Altertum, p. 468, 600, 645, etc. Strasbourg, 1905.

Mellebroeck (Stockroy, Limb.), etc., qui se rapportent probablement à melle, melde tandis que Melderf (Limb., Brab., 0. FI.) ('), Melle (O. FI.) (-) sont ambigus.

Enfin Maldeghem (O. FI.), (1145, Maldingem) , Malderghem (St-Denis-Boekel, O. FI.), sont des dérivés de noms de personnes renfermant l'élément malda-= mallum, probablement d'un hypocorisîique de Maldefrid, Maldegar, Maldhunî ou Maldavin, etc. (•*).

Maubeuge (Nord, Fr.) dont les formes anciennes sont Malbodium (673), Melbodium, etc., vient aussi d'un nom Malbodo, signalé au vni^' siècle (^) et qui est composé des mêmes éléments que le Bodomalla, mentionné plus haut.

Il serait certes aisé d'allonger cette liste mais elle n'offrirait qu'un mince intérêt (^).

Nous avons signalé assez de composés directs de mahal pour montrer l'importance dont jouissait l'institution du mallum chez les Francs au moment où le plus grand nombre de nos villages, tant en région wallonne que flamande, reçurent leur nom. C'est un échantillon des petits services que la linguistique peut rendre à l'histoire dans cette branche de la toponymie, où ces deux sciences se donnent la main pour parcourir une voie difficile, pleine d'écueils, où l'on doit procéder principalement par hypothèses, pour atteindre généralement ce qui est possible et vraisemblable plutôt que ce qui est certain. La substitution au procédé impressioniste, naguère sévissant en ce domaine, de la méthode comparative basée sur le plus grand nombre de documents, nous permet heureusement parfois d'y atteindre le probable, tandis que la linguistique nous y met en garde contre l'impossible.

A. Carnoy, professeur à l'Université de Louvain.

(1) 640 Villa Meldriciis, 1030 Meldrade. nom wallon : Maillard.

(2) 964 Mella.

(3) FôRSTEMANN. 0. c, 1085. Qui en donne une fausse interprétation.

(4) !b., 1087, id.

(5) Signalons toutefois que machel- apparaît aussi dans des noms de personnes, cfr Machelgem à Rooborst fO. FI) qui, comme tous les noms en -gem, dérive d'un nom de personne. — On a, de même, Maelegem (Denderleeuw, O. FI.).

L'expression scripfura romana, dont on ne se sert plus aujourd'hui, a été jadis très employée, on en peut suivre la trace depuis le viii^ siècle jusqu'au xm*^. Mais quand veut en établir le sens, on se heurte à des difficultés qui ne semblent pas avoir appelé l'attention des paléographes. Traube a recueilli, nous dit-on, des notes sur les noms qu'on donnait aux écritures avant Mabillon ('), et dans sa lumineuse histoire de la paléographie il fait remarquer que les mots scriptura romana, gothica, langobardica étaient usités avant Mabillon, mais il se contente de nous dire ce qu'on entendait par les deux derniers termes, la scriptura romana n'est pas définie (-'). C'est en vain que je parcourus les autres manuels de paléographie. Le terme scriptura romana y était inconnu, ou bien le sens qu'on en donnait me paraissait ou trop vague ou même faux. Je crus pouvoir proposer une interprétation nouvelle, quand le Dr Lehmann m'apprit que dans ses notes manuscrites Traube donnait la même explication. L'assentiment inespéré que je trouvais chez le plus grand des paléographes m'encouragea à publier cette modeste étude. Les notes de Traube me fournirent encore deux exemples nouveaux qui m'avaient échappé. Ils figurent plus loin sous les n'^^ 5 gt 29.

Pour discerner le sens qu'on a attaché à ce terme au cours des siècles, il importe de distinguer l'époque où l'on cultive la science de celle où l'on vit de la tradition. Car il n'est pas rare que les savants transforment le sens des mots, qu'ils l'élargissent ou le restreignent pour adopter les termes anciens à des concepts nouveaux; il arrive même qu'ils le changent entièrement.

Avec l'humanisme est née la philologie au sens moderne du mot. Si ce réveil des études classiques ne donna pas aussitôt naissance à la paléographie, il conduisit néanmoins à des recherches sur les manuscrits et, par conséquent, à une classification et une dénomination des écritures. D'après M. Prou, en Italie, dès le premier

(1) Vorlesungen und Abhandlungen, t. !. p. lxvi sub. n. XVI. Munich, 1909.

quart du xv^ siècle, les humanistes employèrent pour la transcription des œuvres des auteurs de l'antiquité une minuscule imitée de la minuscule Caroline ou française, et cette écriture fut désignée par les noms de littera antiqua, rotonda, fonda, romana (0- Tel est évidemment le sens qu'il faudra donner à ce terme dans le catalogue dressé en 1469 des livres du cardinal Balue où l'on trouve sous le n" 58 « Ung volume en papier de lettre rommaine, en langaige estrange » ('). Ce manuscrit italien, car le second feuillet commençait par Questa, était donc très récent. La paléographie née en 1681, quand parut le De re diplomatica de Mabillon, inaugura un sens nouveau de l'expression scriptura romana : c'est une écriture nationale, l'écriture employée autrefois à Rome, et elle se divise en trois espèces : uncialis, que nous appelons capitale, minuta et minuta forensis. Cette définition était trop rationnelle pour pouvoir s'écarter beaucoup du sens traditionnel, mais comme elle comprenait trois écritures d'aspect très divers, il est peu probable qu'elle répondait entièrement au concept d'une époque où la science n'était pas née, où la forme des lettres devait surtout déterminer la classification des écritures; en d'autres mots, il faut s'attendre à ce que Mabillon ait élargi le sens traditionnel de l'expression.

Remontant maintenant à l'époque qui précède la naissance de la philologie et de la paléographie, j'ai recueilli tous les exemples que j'ai pu trouver de cette expression. Ils se divisent en deux groupes : les uns se rapportent à des chartes, les autres à des manuscrits.

A. Chartes.

1. Létard nous rapporte qu'Arnoul, l'évêque d'Orléans, obtint en 961 du Pape Benoît VII un privilège pour l'abbaye de Micy : « Post vero Romam pergens decretum apostolica auctorita editum atque formatum nostra littera in charta et Romana in papyro transscribi fecit, revertensque in scrinio nostro collocavit » (^).

2. En 1075 l'archevêque Raoul de Tours trouva une bulle papale, sed quia erat Romana littera scriptum non poterat legi ; pour en connaître le contenu, il l'envoya à l'abbé de Marmoutiers La bulle était de Grégoire V et datée du 29 septembre 996 (^). On

(1) Manuel de paléographie, y édit., p. 256. Paris, 1910.

(2) Delisle, Cabinet des manuscrits, t. I, p. 81.

(3) MiGNE, PL, t. CXXXVII, c. 817.

(4) Mabillon, De re diplomatica, 2" édit., p. 639.

peut rapprocher un fait du même genre raconté dans la Chronique de Saint-Hubert. Comme on montrait à l'archidiacre de Liège un privilège de Grégoire VII en faveur de Saint-Hubert, il ne sut pas le déchiffrer. « Explicita ergo carta et offensus ignotis sibi ad legendum notis quibus conscribuntur privilégia Romanae auctoritatis : Non, inquit, dubium quin hic lateat alicuius fraudis praestigium, quod uîiqiie celât barbaries harum notarum .... Tandem easdem notas sensim perscrutantes hii qui inter clericos iactitabantur perspicaciores, deprehenderunt rem uti erat » (')•

B. Manuscrits.

Ici les exemples sont plus nombreux et remontent en partie à une plus haute antiquité. Dans les Gesta abbahim fontanellensiiim l'expression se rencontre plusieurs fois et devait se trouver déjà dans les sources employées par le chroniqueur.

1. L'abbé Wandon, qui mourut en 747, donna à l'abbaye «codicem unum romana littera scriptum in quo continetur expositio brevis trium evangelistarum, id est Johannis Mathei et Lucae Arnobii episcopi et confessoris ». Ce manuscrit est perdu, il est probable qu'il fut porté au x*-' siècle à! l'abbaye de St-Pierre de Gand et servit d'original, au xn*^ siècle, au manuscrit qui est conservé aujourd'hui à l'Université de cette ville (-).

2.» Du temps de l'abbé Austrulfe (747-753), on trouva sur le rivage du Cotentin dans un coffre avec des reliques de saint Georges « codicem pulcherrimum quattuor evangelia continentem, romana littera optime scriptum, membranis mundissimis honestaque forma confectum ». Les moines qui trouvèrent le manuscrit, jugèrent d'après l'écriture qu'il venait de Rome : « Nam et codicem illum evangelicum, ut scriptura idem insinuât, in Romulea urbe scriptum constat ».

3. Parmi les livres copiés proprio sudore par Hardouin, mort en 811 et légués à l'abbaye, figure en premier lieu un « volumen quatuor Evangeliorum romana littera scriptum ».

4. De l'abbé Ansegise (823-833), la chronique dit : « Quattuor Evangelia in membrano purpureo ex auro scribere iussit Romana littera, ex quibus Mathei, lohannis et Lucae complevit, sed, interveniente morte eiusdem, reliquum imperfectum remansit». Cet

(1) MGH. SS, t. Vm, p. 485.

(2) DoM MoRiN, Examen des écrits attribués à Arnobe le Jeune, dans la Revue bénédictine, 1909, t. XXVI, p. 432, n. 2.

ordre Matthieu, Jean, Luc, Marc ne peut se trouver dans un manuscrit de la Vulgate ; à n'en pas douter, le texte de ce précieux volume était l'ancienne version latine et on ne peut que s'étonner qu'au ix<= siècle on copiait encore les Évangiles dans un texte et dans un ordre démodés depuis longtemps.

5. Dans le manuscrit 232 de Reichenau, écrit au commencement du ix"^ siècle en écriture insulaire, se trouvent des notes marginales contemporaines, parmi lesquelles on remarque les suivantes : « in libro Romano non habetur» «non sunt haec in libro Romano» (')• L'éditeur avait cru qu'il s'agissait d'un manuscrit conservé à Rome et avait fait des recherches — restées vaines — pour le retrouver. On n'hésitera pas à suivre l'opinion de Traube qui voit dans «liber Romanus » l'équivalent de «codex littera Romana conscriptus ».

Le catalogue de la bibliothèque de Saint-Père de Chartres, rédigé au xi*^ siècle, nous offre trois exemples (-) :

6. Sous le n" 25, nous lisons : « Expositio super epistolas Pauli romana scriptura ».

7. Immédiatement après, « Expositio super lob romana scriptura a XXV usque ad XXX quintum ».

8. Sous le no 29 « Augustinus super lohannem, romana scriptura ».

9-28. Un catalogue écrit à la fin du xi*^ siècle dans le manuscrit 943 de la Bibliothèque nationale, que M. Delisle a rapporté à une église indéterminée de France (•') et que j'ai cru pouvoir attribuer à Notre-Dame de Paris (^) contient l'indication suivante : « Libri romane scripture sunt XX numéro».

29. Enfin au xn'^ siècle, vers l'an 1170, le catalogue de Cantorbery signale un « Juvencus in romana scriptura » (•)•

Arrivons à la question qui fait l'objet principal de notre étude : quel sens faut-il donner à l'expression scriptura romana? Ici encore distinguons les chartes des manuscrits.

(1) Keil, Grammatici lafini, II, p. 6 et 65.

(2) Catalogue des livres de Saint-Père de Chartes, dans la Bibliothèque de l'École des Charles, 1854, 3" sér., 1. V, p. 266.

(4) Le plus ancien catalogue des manuscrits de N. D. de Paris, dans la Revue bénédictine, 1912, t. XXIX, p. 481.

(5) James, Ancient libraries oj Canterbury and Dover, p. 11, n. 152.

A. Chartes.

Aucune des deux chartes indiquées plus haut ne s'est conservée. Nous savons néanmoins en quelle écriture elles étaient rédigées et pourquoi cette écriture s'appelait scriptura romana. Ces deux bulles pontificales étaient écrites en cette écriture spéciale employée par la chancellerie des papes du ix« au xn^ siècle et que l'on appelle aujourd'hui pour ce motif «curiale». Cette écriture était en usage à Rome et à Rome seulement. Les paléographes modernes la reconnaissent aisément ; les anciens ne s'y trompaient pas davantage, et le chroniqueur de Saint-Hubert savait que c'était une écriture propre aux « privilégia romanae auctoritatis ». C'est donc à juste titre qu'elle s'appelait scriptura romana.

B. Manuscrits.

Il semble plus difficile, plus important aussi, de dire ce qu'était la scriptura romana des manuscrits. Remarquons d'abord que les exemples s'échelonnent assez régulièrement du vui*^ au xn^" siècle, et qu'ils employent cette expression comme un terme usuel et technique. Le sens de ce terme devra donc être le même dans tous ces exemples. Par bonheur, nous avons pour les manuscrits une ressource qui nous manquait pour les chartes : deux de ces vingtneuf volumes existent encore; sans aucun doute VExpositio super Job de Saint-Père de Chartres est le manuscrit 2 de la Bibliothèque publique de cette ville; très probablement le Juvencus de Cantorbery est le manuscrit 304 du Corpus Christi Collège de Cambridge ('). Or, ces deux manuscrits sont écrits tout entiers en onciale. Sans hésiter, nous pouvons conclure que les vingt-sept autres étaient également en onciale et que l'expression romana scriptura doit signifier écriture onciale.

Cette identification, si simple pourtant, ne paraît pas avoir été soupçonnée. Au sujet du n'^ 6, M. Delisle notait : « Les mots Romane scripture désignent sans doute l'écriture lombardique » que nous appelons maintenant écriture de Corbie. Voilà un nouveau méfait à mettre sur le compte de cette fâcheuse appellation d'écriture lombardique. Inventée par les humanistes italiens pour désigner une écriture s'éloignant de la minuscule ordinaire, une

(1) Dès le xii^ siècle le manuscrit était en Angleterre. Dans son beau Catalogue of the manuscripts in the library of Corpus Christi Collège (t. H, p. 101. Cambridge, 1910), incline également à admettre l'identité avec l'ancien Juvencus de Cantorbery.

écriture bizarre, elle fut donnée à des écritures aussi différentes par leur aspect que par leur histoire : les bénédictins français l'appliquaient à l'écriture si étrange de Corbie, les humanistes italiens à la bénéventine. Mais comme ce terme suggérait une détermination géographique, on crut plus tard que l'écriture lombardique avait été réellement employée par les Lombards ('). On ne s'arrête pas facilement dans les sentiers de l'erreur, et l'identité de la lombardique et de la romaine, proposée par Delisle, est tout juste le contraire de ce qu'avaient pensé les humanistes qui créèrent le mot. — Moins excusable est l'erreur de M. Merlet. Ce digne archiviste qui a le premier publié le catalogue de Saint-Père, a reconnu dans le manuscrit 2 de Chartres le volume indiqué au catalogue et le décrit ainsi : « L'écriture paraît du commencement du septième siècle. C'est une belle onciale se rapprochant un peu de la minuscule lombardique que le moine du xi^" siècle a sans doute voulu désigner par les mots romana scriptura » (-)• Encore la lombardique! Après avoir troublé les idées, voilà que ce mot funeste trouble la vue et fait croire qu'une belle onciale « se rapproche un peu » de l'écriture de Corbie! — M. Omont, parlant des manuscrits de Saint-Wandrille, a été plus prudent; il a évité de dire ce qu'il fallait entendre par écriture romaine et s'est contenté de citer la phrase rapportée plus haut qui tire argument de l'écriture romaine du manuscrit pour conclure à sa provenance romaine {;'). Paoli (■*) identifie la littera romana avec l'écriture Caroline, Bretholz (■') avec la capitale, Wattenbach ('^) avec l'onciale et la demi-onciale et Sickel ("), trompé peut-être par des interprétations si variées, croyait que cette expression s'appliquait à différentes sortes d'écritures. On devinait plus ou moins mal, et personne ne donnait la moindre preuve de son opinion.

L'origine de ce mot se laisse deviner sans peine. Il n'a pu être en usage à Rome même; il a été créé dans un autre pays et à une époque où l'écriture onciale n'était pas ou n'était plus l'écriture ordinaire. Ainsi s'explique l'apparente contradiction qu'à l'endroit

(1) Cfr Traube, 0. c, t. I, p. 25 et t. II, p. 10.

(3) Catalogue général des manuscrits des bibliothèques publiques de France. Départements,t. I, p. xvi, n. 4.

(4) Programma scolastico di paleografia latina, fasc. I, 3' éd., p. 28. Florence,

(5) Lateinische Palaographie, p. 60. Leipzig, 1906.

(6) Das Schriftwesen im Mittelalter, "i" éd. p. 440. Leipzig, 1896.

(7) Prolegomena sum Lib:r diurnus, dans Sitsungsberichte der K. Akademie der W'issenschaften, pfiil.-hist. klasse, 1889, t. CXVil, Abh. VII, p. 19.

même où Hardouin et Ansegise écrivent encore en onciale, la découverte au bord de l'Océan d'un manuscrit en cette écriture fait croire qu'il a été apporté de Rome. La création de ce nom implique deux conditions qu'il n'est pas sans intérêt pour la paléographie de souligner.

Elle suppose d'une part que l'écriture onciale était en usage ordinaire et dominant à Rome, et d'autre part que cette écriture s'était à peu près perdue dans tous les pays hors de Rome ou du moins dans les pays que connaissaient ceux qui créèrent et ceux qui acceptèrent ce terme. Nous sommes renseignés à la fois sur l'écriture en usage au lieu d'origine de ce mot et sur celle en usage à Rome. Où donc naquit l'expression scriptura romana? Comme tous les exemples que j'avais réunis venaient de France, j'avais cru à une origine française, j'inclinais même à admettre que le premier exemple allégué, celui de l'abbé Wandon, n'était pas très éloigné du lieu et de la date d'origine de notre expression. Le D'' Lehmann, qui me communiqua deux exemples d'outre Manche, opinait pour une origine insulaire. Il me fit remarquer que les fréquents voyages des moines irlandais et saxons, qui allaient chercher à Rome des manuscrits pour enrichir leurs propres bibliothèques, expliquaient suffisamment cette connaissance de l'écriture en usage à Rome. Je ne veux point nier la probabilité de cette hypothèse, mais je ferai observer qu'à l'endroit même où nous trouvons les exemples les plus anciens et les plus nombreux du mot scriptura romana, c'est-à-dire à Fontenelle, nous constatons également l'arrivée des manuscrits venus de Rome. Quelques années avant Wandon, S. Wandrille envoya son neveu Godon en Italie, qui obtint du Pape Vitalien volamina sacrarum scripturarum diversa veteris ac novi testamenti, maximeque ingenii beatissimi atque apostolici gloriosissimi papae Gregorii.

Quoiqu'il en soit du lieu d'origine de cette expression, qu'elle soit née en Angleterre ou en Normandie, nous voyons qu'à Rome l'écriture ordinaire des manuscrits était l'onciale. Déjà Traube avait soupçonné que cette écriture s'était maintenue à Rome plus longtemps qu'ailleurs (0- Cette opinion se trouve confirmée par l'usage de ce terme technique : ce que le paléographe a deviné, les anciens l'avaient vu de leurs yeux et exprimé dans leur langage, pour eux l'écriture onciale s'appelait scriptura romana.

DoM Donatien De Bruyne, moine bénédictin de l'abbaye de Maredsous.

(1) O. C, t. II, p. 24 et suiv. et p. 28, n. 1.

Hincmar et Saint Augustin.

Depuis longtemps déjà on a signalé la vaste érudition de l'archevêque de Reims Hincmar, et ses derniers historiens, en relevant avec plus de détail et de précision les emprunts qu'il fit au passé, ont mis davantage encore ce fait en relief. « Les œuvres des Pères qu'il a lues et citées, écrit Manitius, forment un ensemble considérable » ('). Et Schrôrs résume son jugement en une expression qui n'a rien d'exagéré : « il avait une lecture étonnante » (-).

Non seulement il lisait les Pères, mais, de plus, il se préoccupait de faire copier les manuscrits dont il avait besoin. Une lettre de Loup de Ferrières nous a gardé le souvenir d'une démarche de l'archevêque de Reims en vue d'obtenir communication d'un codex contenant les Collectanea in Apostolum ex operibus Augustini de Bède ('O- Le scriptorium de Reims était célèbre au ix"^ siècle et nous avons encore aujourd'hui des preuves suffisantes de son activité et de son importance artistique {^). La seule bibliothèque municipale de Reims conserve quatorze manuscrits du ix«^ siècle donnés par Hincmar soit au chapitre de Notre-Dame, soit à l'abbaye de Saint-Thierry (').

Parmi les écrivains ecclésiastiques qu'il a cités et utilisés, saint Augustin, sans contredit, tient la première place. C'était, semble-

(1) M. Manitius, Geschichte der lateinischen Literatur des Mittelalters, p. 340. Munich, 1911.

(2) H. Schrôrs, Hinkmar von Reims. Sein Leben und seine Schriften, p. 166, p. 167-173. Fribourg-en-Brisgau, 1884.

(3) Ep. 76, MGH, Epistolae.i. VI, p. 70.

(4) Cfr Traube, MGH, Poetae carolini aevi, t. III, p. 755.

(5) Bibliothèque municipale de Reims : 1-2, Biblia sacra ex translatione S. Hieronymi ; 3, Quinque libri Pentateuchi ; 7, Quatuor evangeiia ; 46, Victoris, episcopi Capuani, interpretatio Harmoniarum Ammonii Alexandrini, et Diatessaron Tatiani in quatuor Evangeiia ; 70, Praedestinatus, Expositiones Bedae super Proverbia Salomonis et super Tobiam, item Hieronymi super Ecclesiasten ; 83, B. Augustini Retractationum libri septem in Genesi, Exodo, Levitico, Numéris, Deuteronomio, in libris Josue et Judicum, ejusdem Quaestiones in iisdem libris; 99-102, B. Oregorii papae Moralia in Job ; 376-377, B. Ambrosii opéra quaedam ; Rufini

t-il, son auteur de choix. Sur les quatorze manuscrits de Reims, cinq contiennent des œuvres de saint Augustin. Il l'utilise très fréquemment et lui reconnaît une autorité spéciale. A diverses reprises, il introduit les citations qu'il lui emprunte par des formules particulièrement élogieuses, où il relève sa science incomparable, sa réputation aussi vaste que l'Église, et surtout l'approbation dont les papes, plus d'une fois, ont honoré sa doctrine (')■ Dans la tradition patristique, saint Augustin se distingue de tous les autres; Hincmar, le met à part, en tête, et son autorité est prépondérante (^). Seuls saint Grégoire de Nazianze et saint Jean Chrysostome partagent avec saint Augustin, ces formules élogieuses, mais une nuance cependant les sépare de lui et qui les laisse au second plan (■^).

M. Schrôrs a dressé la liste des ouvrages de saint Augustin utilisés par Hincmar (^). Déjà fort longue, elle demeure cependant incomplète. On peut y ajouter quelques traités et quelques lettres :

Aquileiensis De fide symboli, Victoris, Tunensis episcopi, De delapsis; 382, B. Augustin! Retractationum libri II, ejusdem Liber contra academicos, ejusdem Liber de ordine ; 384, Tichonii VII Libri regularum ; 385, B. Hieronymi Tractatus contra luciferianos, Aitercatio B. Athanasii contra Arrium, Sabeliium et Fotinum, Acta concilii Francofurtensis (794) contra Eiipantum, Toletanum episcopum, Alcuini et Elipanti epistolae et opuscula, Confessio fidei Feiicis, Urgeilitanl episcopi, ejusdem Epistola ; 390, B. Augustini De Trinitate libri XV ; 392, B. Augustin! Liber de magistro, ejusdem De sancta virginitate, Régula B. Augustini, ejusdem Sermo Arrianorum et Libellus contra eumdem sermonem, Epistolae ejusdem De cavendo judaïsmo et de recipiendis donatistis ; 393, B. Augustini l-ibri de natura et gratia, De libero arbitrio. De correptione et gratia. De praedestinatione sanctorum et De dono perseverantiae, De bono conjugali. De nuptiis et concupiscentia. Catalogue général des manuscrits des Bibliothèques publiques de France. Départements, t. XXXVIII : Reims par H. Loriquet, t. I. Paris, 1904. M. Traube, loc. cit., n'a pas connu tous ces manuscrits, mais il en mentionne quelques autres dispersés dans diverses bibliothèques.

(1) « Vir sagacissimus et eruditissimus », PL, t. CXXV, c. 250 B ; ^ vir in omni catholica scientia et doctrina opinatissimus «, PL, t. CXXVI, c. 323 D ; « sanctus Augustinus, doctor famosissimus, atque ab apostolicasede receptissimus », ibid., c. 398 A, 572 D ; « ab omnibus sedis apostolicae pontificibus, in suo tempore, ac post suum obitum, imo et a cuncta catholica Ecclesia inter magistros optimos receptissimus», ibid., c. 194 C; «sanctus Augustinus, a sede apostolica, sancto Caelestino scribente, inter optimos Ecclesiae computatus magistros » ; PL, t. CXXV, c. 1096 D, 1112 B.

(2) «Ut Augustinus et cœteri doctores exponunt», PL, t. CXXVI, c. 609; « sicut B. Augustinus et cœteri catholici doctores dicunt », ibid., c. 610 C.

(3) PL, t. CXXV, c. 138; t. CXXVI, c. 222.

Episiola (43) ad Vincentium (0, Epistola (138) ad Marcellinum (-), Epistola (228) ad Honoratum episcopum (^), De Genesi ad litteram (^), Enchiridion (•), Contra Faustum Manichaeum ("), De baptismo ad Marcellinum {'). L'énumération de Schrôrs ne donne pas non plus une idée suffisante de la multiplicité des emprunts faits par Hincmar aux œuvres de l'évêque d'Hippone, car, pour chaque traité de celui-ci, une seule référence est fournie. Or, en fait, il en est qui reviennent sans cesse, et quelquefois longuement, dans les écrits d'Hincmar dont ils forment presque la trame. Tels, par exemple, le De Trinifate et le De dono perseverantiae qui sont cités plus de trente fois, le De Baptismo, les Tractatus in Ev. Johannis, les Enarrationes in Psalmos, le De Correptione et gratia, le De praedestinatione sanctonim, une vingtaine de fois chacun.

Il serait intéressant d'examiner ces citations au point de vue du texte dont elles témoignent, mais l'absence d'une édition critique des œuvres d'Hincmar rend la tâche à peu près impossible, et, actuellement, sans profit réel.

Aussi négligeant l'aspect verbal de ces citations, je me contenterai d'en examiner quelques-unes dans leur contenu.

Rien n'est plus dangereux, comme on sait, que de faire des extraits d'un auteur. Pour qu'ils aient quelque chance d'exprimer exactement les idées de celui qu'on exploite de la sorte, ils ne doivent pas être faits au hasard. 11 importe d'abord de respecter la pensée en lui gardant, si besoin est, son ampleur et ses nuances, de ne pas en arrêter l'expression, par une manœuvre habile peutêtre, mais que réprouvent à la fois l'esprit scientifique et l'honnêteté vulgaire, juste au point où elle risquerait de contredire une thèse déjà arrêtée. Il faut en outre posséder une connaissance précise du traité auquel ces textes appartiennent, avoir compris son sens

(1) PL, t. CXXV, c. 844; cfr t. XXXIII, c. 323.

(2) PL, t. CXXV, c. 1016; cfr t. XXXIH, c. 528-529.

(3) PL, t. CXXV, 970; cfr t. XXXIII, c. 1014; — t. CXXVI, c. 226; cfr t. XXXIII, c. 1014; — ibid., c. 226; cfr XXXIII, c. 1014; — ibid., c. 522; cfr t. XXXIII, c. 1014 ; — ibid., c. 585 ; cfr t. XXXIII, c. 1017.

(4) PL. t. CXXV, c. 1031; cfr t. XXXIV, c. 397; — t. CXXVI, c 140; cfr t. XXXIV, c. 397.

(5) PL, t. CXXV, c. 687 ; cfr t. XL, c. 269-70(citation quant au sens).

(6) PL, t. CXXVI, c. 171 ; cfr t. XLII, c 379.

(7) PL, t. CXXV, c. 1031 ; cfr t. XLIV, c. 183; — ibid., c. 308; cfr t. XLIV, c. 184; — ibid., c. 457; cfr t. XLIV, c. 183.

général, et saisi la trame de ses développements. Autrement on risquerait de trahir celui qu'on invoque comme garantie, et de s'abriter derrière un grand nom qui ne serait plus qu'une brillante étiquette, au lieu de demeurer une autorité solide.

Hincmar, en utilisant saint Augustin, a-t-il réalisé ce programme? Sa grande érudition, le culte spécial qu'il avait pour les écrits de l'évêque d'Hippone sembleraient devoir inspirer toute confiance en son travail et le recommander comme un fidèle interprète du docteur africain. Mais cette opinion ne peut résrster à un examen tant soit peu sérieux. Sans vouloir, dans cette brève note, l'instituer sur l'ensemble des œuvres d'Hincmar, je choisirai parmi elles un groupe d'écrits assez importants et assez précis pour qu'on puisse y retrouver sans trop de peine son procédé. Ceux qu'il consacra au problème théologique de la prédestination me paraissent devoir réaliser ces conditions.

Cette question fut bruyamment agitée de son temps, à la suite de l'éclat produit par le moine Gottschalk, et il y fut largement mêlé. En dehors de quelques lettres qui traitent de cette affaire, nous avons conservé de lui deux ouvrages sur ce sujet, un troisième, jusqu'ici, est regardé comme perdu ('). Dans l'un et dans l'autre il a recours à l'autorité de saint Augustin et fait dans ses œuvres de copieux extraits. C'était presque une nécessité dans le cas, puisque les deux partis abritaient leurs théories sous le patronage du grand docteur africain.

Or il n'est pas nécessaire d'avoir poussé bien loin l'étude d'Hincmar pour remarquer combien sa doctrine sur la prédestination diffère de celle de saint Augustin, bien qu'il prétende demeurer son fidèle disciple. Comment expliquer cette anomalie, déjà remarquée au ix*^ siècle par les adversaires très clairvoyants de l'archevêque de Reims, Ratramne de Corbie ou les auteurs du Liber de tribus epis'olis ? Seul un examen minutieux des écrits en question, de leur contexture, aussi bien que des circonstances dans lesquelles ils ont été composés, permettra d'indiquer la solution du problème. Celle-ci, à son tour, fournira quelques renseignements sur la manière théologique de l'auteur, et aidera à dégager certains traits de caractère chez une personnalité puissante mais complexe.

Aucun document ne nous renseigne sur les idées d'Hincmar touchant la prédestination, avant l'incident provoqué par Gott-

(1) Ad si mp lices, dans Zeitschrift fiir Kirchengeschichte, 1888, t. X, p. 258- 309; De praedestinatione Dei et libero arbitrio, PL, t. CXXVI, c. 65-474.

schalk. Mais dès que Raban, agissant au nom du synode de Mayence (847), eut remis en ses mains la cause du moine gyrovague, son diocésain, l'archevêque de Reims montra une opposition très nette aux idées dont Gottschalk s'était fait le propagateur imprudent. Le synode de Quierzy (849), sous son influence, condamna l'accusé à la réclusion et prohiba ses doctrines. Mais bientôt Hincmar apprit que Gottschalk, malgré la surveillance dont il était l'objet à Hautvilliers avait réussi à répandre de nouveaux écrits où il maintenait ses précédentes affirmations. Le moment était venu pour l'archevêque de Reims de prémunir ses ouailles contre des influences jugées dangereuses pour leur foi.

Il écrivit donc le traité Ad simplices, regardé, jusqu'à ces derniers temps, comme perdu, et dont M. W. Gundlach a retrouvé le texte dans un manuscrit de Leyde. Il y expose sa doctrine sur ce sujet débattu, d'après les Pères. Après avoir affirmé ce qu'il croit être l'enseignement orthodoxe sur la chute d'Adam, le péché originel et l'économie du salut, il passe à la partie négative. Il montre d'abord que Gottschalk a confondu la prescience et la prédestination, celle-ci ne visant que le bien ; pour cela il s'appuie sur V Hypomnesticon qu'il attribue à saint Augustin et sur le De induratione cordis Pharaonis qu'il cite sous le nom de saint Jérôme. Il prouve ensuite par saint Prosper et le pseudo-Jérôme que Dieu veut le salut de tous et que Dieu est mort pour tous. Avec saint Grégoire enfin, il montre les rapports de la grâce et de la liberté.

On peut assez facilement se rendre compte comment Hincmar a été amené à prendre ces positions doctrinales. Elles lui ont été suggérées par le synode de Mayence et les écrits de Raban Maur. Celui-ci, à ses yeux, comme devant la plupart des contemporains, représentait la tradition vivante, celle qui se rattachait à Alcuin, c'est-à-dire au maître de l'empire carolingien, à l'homme qui avait restauré les écoles, ramené la connaissance de l'antiquité, et formait en quelque sorte le trait d'union entre les Pères et la génération nouvelle. Une phrase de son traité montre le scandale qu'il éprouve à voir un inconnu, un moine sans situation officielle dans l'Église, oser entrer en lutte avec Raban, ce vénérable archevêque, ce père qui a vieilli dans la pratique de la sainte religion, cet écrivain catholique formé par le champion de l'orthodoxie, l'illustre docteur Alcuin ('). Et plus tard, quand Hincmar, étonné du peu de succès

(1) « .. Rhabanuin venerabilem archiepiscopum, etiam evosum in sancta religione patrem et catholicum scriptorem, ut videlicet ab orlodo.xo et magno doctore

de ses idées, se trouve aux prises avec des adversaires décidés, n'est-ce pas encore vers Raban qu'il se tourne pour lui demander conseil et secours, avec une insistance qui gêne ce vieillard, ce valétudinaire impropre désormais aux luttes doctrinales qui ont charmé ses jeunes années?

Hincmar avait donc accepté de confiance les conclusions qu'on lui offrait et s'était contenté de mettre à leur service son érudition afin de les établir solidement, du moins il le croyait, et de les justifier aux yeux de tous.

Dans cette œuvre, naturellement, il avait eu recours à saint Augustin et, parmi les ouvrages connus sous son nom avait choisi ceux qui lui paraissaient mieux concorder avec ses propres idées. Le sixième livre de VHypomnesticon, en particulier, lui offrait un exposé conforme à ses goûts et à ses besoins. 11 l'adopta de préférence à tout autre, et avec d'autant plus de facilité que, là encore, il suivait l'exemple de Raban {^).

Deux points surtout furent mis en lumière : l'unité de prédestination et la volonté salvifique universelle de Dieu. Le premier est la conséquence d'une doctrine empruntée à VHypomnesticon et dont Hincmar a retenu la formule avec une invariable fidélité. L'auteur de ce livre affirme en effet que Dieu n'a pas prédestiné ni poussé ceux dont il a prévu les œuvres d'impiété et de mort, mais qu'il leur a prédestiné un châtiment (-). D'où il résulte, selon Hincmar, qu'on ne peut dire : Dieu a prédestiné les impies à la peine. Il n'y a qu'une seule prédestination, celle par laquelle les hommes sont choisis pour la grâce et pour la gloire, toute prédestination se rapportant aux seuls bienfaits, non au châtiment même mérité.

Le second point : la volonté salvifique universelle était plus difficile à faire concorder avec les enseignements de saint Augustin, même en rangeant VHypomnesticon parmi ses œuvres. Aussi Hincmar, sans rien préciser, se contente d'une vague référence à la doctrine de l'évêque d'Hippone, et laisse même soupçonner la difficulté, puisqu'il avoue que, sur ce point, Augustin a été souvent

domno Alchuino in sancte ecclesie utilitatibus uberibus catholico lacté nutritum, de doctrine prato sanctorum auctorum fioribus coiiectum et conîertum... » Ad simplices, l. c , p. 262.

(1) Ad Notingum, De praedestinatione, PL, t. CXII, c. 1531 sv.

(2) « Quos in operibus impietatis et mortis prœscivit, non praeordinavit nec impulit... His poenam prœdestinatam esse rite fatemur. » PL, t. XLV, c 1660.

mal compris (^). Mais pour le bien saisir, ajoute-t-il, il faut recourir aux explications fournies par saint Prosper.

Telle est, dans ce traité Ad simplices, la position théologique d'Hincmar et son attitude vis-à-vis de saint Augustin.

On peut d'abord s'étonner de la place prépondérante faite, dans cette œuvre, à des apocryphes tels que V Hypomnesticon et le De induratione cordis Pharaonis, surtout si l'on se rappelle que, déjà au ix*^ siècle, des doutes sérieux étaient émis à leur sujet (-). En outre, même en admettant que l'archevêque de Reims n'eût pas encore, en 850, la connaissance de saint Augustin qu'il acquit par la suite, il n'en reste par moins étrange que, sur un sujet tel que la prédestination, il se borne au seul Hypomnesticon (^). La formule embarrassée pas laquelle il introduit la question de la volonté salvifique chez saint Augustin peut même faire soupçonner qu'il était mieux renseigné, mais ne jugeait pas utile, surtout dans un ouvrage adressé à des gens simples, moines ou humbles prêtres, d'entrer dans des controverses dangereuses.

Quoi qu'il en soit, cette œuvre, toute modeste qu'elle fût, ne devait point passer inaperçue. Elle devint le signal d'une longue controverse qu'il n'y a pas lieu de raconter ici, mais dont il suffit de dire qu'elle mit en question et la doctrine d'Hincmar et les sources où il l'avait puisée.

Ratramne, aussi bien que les auteurs du Liber de tribus epistolis, affirment comme doctrines augustiniennes et la double prédestination, prédestination au bien, prédestination à la peine, et la volonté salvifique restreinte. Ils rejettent comme apocryphes V Hypomnesticon et le De induratione cordis Pharaonis. Au sujet du premier, les auteurs du Liber de tribus epistolis ont établi une démonstration très complète et où on n'aurait, aujourd'hui encore, que peu de chose à ajouter, de son inauthenticité ('). Enfin ils ont jeté dans le débat des textes nouveaux empruntés aux œuvres véritables de saint Augustin.

(1) « Contra falsam autem opinionem et praesumptiosam assertionem, qua dicitur, quia Deus non omnes homines vult salvari et ad agnitionem veritatis venire, sed tantum praedestinatos, multa beatus Augustinus dicit, quae dicta Prosper maie intellegentibus apertius exponit. » Ad simplices, l. c, p. 276.

(2) JHincmar, d'une façon générale, a fait bon accueil aux apocryphes, et souvent aussi a basé sur eux quelques-unes de ses théories les plus chères.

(3) On relève dans Y Ad simplices dix-huit références à V Hypomnesticon ; des traités authentiques d'Augustin seul le De praedestinatione sanctorum est mentionné et pour un extrait insignifiant.

(4) PL, t. LXXl, c. 1044-1047.

Qu'allait faire Hincmar en face de ces difficultés nouvelles? Avec une ténacité et une souplesse, dont il a donné des preuves en d'autres occasions, il maintint ses positions premières. En 856- 857, il composa un traité De Praedesiinatione dont il ne nous est resté que la lettre-préface ; mais nous possédons encore celui qu'il écrivit en 859-860 et qui est une de ses œuvres les plus importantes. Il semble que durant les dix années qui le séparent de VAd simplices il n'a rien appris ; ses idées en tout cas sont demeurées les mêmes. Sans doute, il ne peut plus s'en tenir, pour les justifier, au seul Hypomnesticon, mais il défend encore l'authenticité de cet ouvrage (') et lui emprunte des arguments. Quant aux autres œuvres, il les utilise largement, mais grâce à un choix habile, à des silences opportuns, à des interprétations heureuses, il arrive à donner aux textes qu'il en extrait un aspect d'ensemble qui soit d'accord avec ses propres idées.

Quelques exemples suffiront pour découvrir son procédé.

Veut-il montrer que saint Augustin professe une seule prédestination, la prédestination au bien, il écartera tous les textes trop nets et interprétera ceux qui laissent place à quelque ambiguïté, dès qu'on les sépare de l'ensemble du traité. En termes dépourvus de toute équivoque, l'évêque d'Hippone affirme la prédestination à la mort, à plusieurs reprises, et dans des traités qui étaient aux mains d'Hincmar, le De civitate Dei et le Tracfafus in Evangelhim Johannis (-). 11 les connaît, on les lui a même opposés. Le meilleur moyen de s'en débarrasser, c'est d'affirmer que saint Augustin les a rétractés et d'appliquer à ces traités un passage concernant le De libero arbitrio (')• En fait, pourtant rien de pareil. Si dans ses derniers écrits, saint Augustin n'emploie plus les expressions dont il s'est servi précédemment, il s'en faut pourtant qu'il ait rien rétracté de ses idées sur ce point. Toute la suite de ses démonstrations les suppose, et quelques textes demeurent encore assez explicites pour embarrasser Hincmar et l'engager dans un commentaire favorable à sa thèse. « Quibus non vult subvenire, non subvenit, de quibus in sua praedestinatione occulte quidem sed juste aliud judicavit », dit saint Augustin dans le De dono perseverantiae (*). Et Hincmar, avec une tranquille assurance, d'interpréter ce texte dont le sens le moins obscur est de marquer un rôle de la

(1) PL, t. cxxv, c. 73.

(2) Cfr O. RoTTMANNER, AugusUnismus, p. 18. Munich, 1892. — M. Jacquin, La question de la prédestination aux Y^ et TT siècles. Saint Augustin, dans la Revus d'histoire ecclésiastique, 1904, t. V, p. 748.

(3) PL, t. CXXV, c. 98 sv.

(4) PL, t. XLV, c. 1007.

prédestination et non seulement de la prescience vis-à-vis des réprouvés, comme s'il ne contenait rien de défavorable à sa thèse (^), Même procédé au sujet de la doctrine de saint Augustin sur la volonté salvifique. J'ai marqué ailleurs (^) comment il fallait l'entendre et dans quel sens on pouvait trouver chez le docteur africain les distinctions nécessaires. Mais il n'en reste pas moins que, même dans ses dernières œuvres, saint Augustin fait des prodiges d'ingéniosité pour expliquer le terme omnes de l'Apôtre, dans un sens restrictif. Or Hincmar, qui cite plusieurs passages de saint Augustin, néglige les plus formels et explique les autres de son mieux (^). Il est aidé dans cette tâche, d'ailleurs, par l'interprétation de saint Prosper auquel il s'attache de préférence {*), tandis qu'il rejette l'autorité de saint Fulgence, précédemment admis, lui aussi, comme un commentateur autorisé (■').

On pourrait pousser plus loin cette analyse et cette comparaison. Mais les simples indications qu'on trouvera ici suffiront, je l'espère, à montrer la manière d'Hincmar et quelques tendances de son caractère.

Obstiné dans son sens personnel, même en face de la vérité, il préférait, plutôt que de s'avouer vaincu, recourir aux multiples ressources de son esprit pour éluder des preuves trop convaincantes. De pareilles dispositions font peut-être les politiques et les hommes d'affaires, mais elles nuisent à cette sérénité scientifique nécessaire à l'homme d'étude. Si le sens pratique d'Hincmar, son expérience des hommes et des choses, le respect des traditions locales qui font les vrais hommes de gouvernement, l'ont porté d'abord, et comme d'instinct, vers des solutions plus humaines que celles de ses adversaires et qui devaient finalement triompher pour une large part, il n'en reste pas moins qu'on se défiera de sa valeur théologique en voyant les procédés peu scientifiques dont il use trop fréquemment.

M. Jacquin, 0. P.,

professeur au Collège théologique des Frères Prêcheurs

Le Saulchoir (Kain).

(1) PL, t. CXXV, c. 153-154.

(2) M. Jacquin, La question de la prédestination aux V^ et V/^ siècles. Saint Augustin, l- c , p. 740-742.

(3i PL, t. CXXV, c. 250-256.

(4) J'ai noté précédemment (La question de la prédestination aux V* et vr siècles. Saint Prosper, dans \a Revue d'Iiistoire ecclésiastique, 1900, t. VU, p. 264-300) comment saint Prosper en était venu à atté luer les affirmations de saint Augustin.

(5) PL, t. CXXV, c. 86-88; cfr Ad simpl.res, l. c, p. 306.

Ein unbekanntes

liturgisches Kapitulare

aus der Karolingerzeit.

Der Codex Valicanus Palatinus lat. 485 enthâlt unter vielen kleineren Texten ein kirchliches Kapitulare aus der Karolingerzeit, das in den zehn Paragraphen, die es hat, bemerkenswerte liturgische Vorschriften besonders iiber die Kirchen enthalt. Der Text ist unseres Wissens noch nicht verôfîentlicht und bietet Gelegenheit zu manchen interessanten Beobachtungen.

Wir werden zuerst etwas iiber die Handschrift sagen, dann den Wortlaut des Kapitulare mitteilen und endlich an die einzeinen Kapitel einige Erlauterungen ankniipfen.

Bethmann hat in seinen Nachrichten iiber die von ihm durchforschten Bibliotheken Italiens die Hs kurz analysiert (^). Eine genaue und annâhernd voUstandige Beschreibung des Codex Palaf. 485 gibt Stevenson (-). Werminghofî hat aus der Hs ein Kapitulare (fol. 95'-96') verôffentlicht, das er mit Recht dem Bischoî Waltcaud von Luttich (810-831) zueignet (■'). Die Hs stammt, v^^ie Bethmann und Werminghoff annehmen, aus dem Kloster Lorsch. An dem deutschen Ursprung derselben ist jedenfalls nicht zu zweifeln, da sie ein deutsches Schuldbekenntnis enthalt. Betreffs des Alters der Handschrift schwankte man zwischen dem IX. und X. Jahrhundert. Bethmann setzt sie ins IX. oder X. Jahrhundert. Werminghoff datiert sie in einer frûheren Arbeit aus dem X. Jahrhundert (^), spâter, bei der Verôffentlichung von Waltcauds Kapitulare, weist er sie wie Stevenson richtig dem IX. Jahrhundert zu. Nach dem Schriftcharakter kônnte

(1) G. H. Pertz, Archiv, 1874, Bd. XII, S. 335-336.

(2) H. Stevenson Junior, Codices palatini latini bibliothecae vaticanae. Bd. I, S. 155-158. Rom, 1886.

(3) Neues Archiv, 1902, Bd. XXVII, S. 578-580.

(4) Neues Archiv, 1901, Bd. XXVI, S. 66o.

338 E. VYKOUKAL, 0. S. B.

man recht gut die Mitte des IX. Jahrhunderts als Datum in Vorschlag bringen.

Inhaltlich deckt sich unser Codex Palatinus 485 zum grôssten Teil mit dem etwas âlteren Cod. 132 von Schlettstadt {^), in vielen Punkten stimmt er iiberdies mit der Hs des Escorial L. III. 8 uberein. Dièse letztere stammt aus Senlis ('-). Aile drei Hss enthalten luttichsches Gut.

Das Material, das der Cod. Vaticanus Palat. 485 birgt, ist sehr bunt, aber bis auf etwa zwei Nummern ausschliesslich liturgisch; es finden sich dort die notwendigsten Angaben aus der kirchlichen Zeitrechnung, mehrere Mess- und Tauferkiârungen, liturgische Formularien und Bussbiicher zu einem Handbuch vereinigt.

Unserem unten mitgeteilten Texte geht (Fol. 44'-450 unmittelbar vorher : De ecclesia Isidorus. Interrogatio. Ecdesia cuius linguae est et quid interpretatur? — eine Reihe von Fragen und Antworten ûber die Kirche als Gemeinschaft, sowie uber die Namen coenobium, monasterium und templam. Die Ueberschrift gibt die Quelle richtig an, denn die ganze Erklârung iiber die Kirche ist aus Isidors Etymologien, Buch VIII, Kap. 1 (^) und die anderen Erklârungen sind aus den Etymologien, Buch XV, Kap. 4 (^) ziemlich wôrtlich genommen.

Das nun auf Fol. 45M5' folgende Kapitulare, das wir hier verôffentlichen, ist allem Anscheine nach eine Originalarbeit des IX. Jahrhunderts. Wir haben darin ein Diôzesanstatut zu sehen, das ein deutscher Bischof, wohl im Einvernehmen mit der Diôzesansynode erlassen hat. In dem IV. Kapitel spricht er direkt zu seinen Priestern : Gradus non debemus facere ante altare. Es fehlt jeder Anhaltspunkt, etwas Nâheres iiber den Autor zu sagen. Die Stellung des Stûckes zwischen Jesse von Amiens und Waltcaud von Luttich kônnte auf das Bistum Liittich hinweisen.

Wir lassen nunmehr den Text folgen. Zur leichteren Uebersicht nummerieren wir die einzelnen Kapitel mit romischen Zahlen; die Hs hat dieselben nicht.

(1) Catalogue général des manuscrits des bibliothèques publiques de France. Départements, in-4°, Bd. III, S. 601. Paris, 1861 ; Revue bénédictine, 1905, Bd. XXII. S. 512.

(2) Pertz, Archiv, 1843, Bd. VIII, S. 818-819; Neues Archiv, 1881, Bd. VI, S. 253-255 ; Sitzungsberichfe der kaiserl. Akademie der Wissenschaften. Wien. Philosoph.-histor. Classe. 1885, Bd. CXI, S. 503-506.

(3) MiGNE, PL, Bd. LXXXII, KoI. 294-295.

(4) MiGNE, PL, Bd. LXXXII, Kol. 544.

KAPITULARE AUS DER KAROLINGERZEIT, 339

Fol. 45'^ Item de ecclesiae ministerio.

Fol. 45'' I. Ecclesiam licet ponere in alium locum si necesse sit, et non débet ' iterum sanctificari ; tantuin presbyter aqua aspergere débet et in loco altaris crux débet componi.

5 II. In unoquoque aitari duas niissas facere conceditur in uno die.

III. Qui non communicat, non accédât ad panem neque ad osculum in missa; et qui prius manducat, ad osculum non permittitur.

IV. Ligna ecclesiae non debent ad aliud opus iungi nisi ad ecclesiam aliam, vel igni comburenda, vel ad profectum in monasterio fratribus

10 coquere cum eis panes licet, et talia in laicata opéra non debent procedere.

V. In ecclesia, in qua mortuorum cadavera infidelium sepeliuntur, sanctificare altare non licet. Sed si apta videtur ad consecrandum, inde evulsa et rasis vel lotis lignis eius reedificetur. Si autem consecratum

15 fuerit prius, tune missas in eo loco celebrare licet, si religiosi ibi sepulti sunt, si vero paganus sit, mundari et iactari foras melius.

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