‹ Mélanges d'histoire offerts à Charles MoellerChapitre 69 sur 149 · omission du mot dieu (les homes defu P · texte numérisé non relu

omission du mot dieu (les homes defu P

Leçons normales aus piez najoient il les mist

margerie z, home P tu soies jor S. Br. le leva de terre puis le baisa z;

puis le baisa P nous a

Li preudons respondi en

ce que mestier leur fu quant il ot que je i ai mis li hom seroiz iluec maindroiz

drez P cil li respondi

z, ilecques remain-

Bien que AB aillent habituellement de compagnie, on rencontre cependant des cas où se rapprochent davantage soit AP, soit BP. Il semble donc que, dans ce domaine y, il ait dû se produire certains croisements, à la faveur d'intermédiaires aujourd'hui disparus.

Exemples :

117.6 regeissons et amons dieu du ciel regeissons a mon dieu du ciel B, rege- KA hissons amon seigneur du ciel P

(1) Voy. aussi Wahlund, o. c, p. xxxvin, qui affirme la filiation de ces deux manuscrits en se basant sur leurs plus grossières erreurs, sur leurs lectures identiques et sur leurs bourdons communs.

119.23 dont je parlai ier a vouz a K dont je parlai le mauvez a A. dont je

(= quem predixi vobis heri habet), parlai le mauvais a P

dont je parlai ore a vouz a B 171.21 qu'il leur iert avis BFM, qu'il qu'il ior est avis PA

leur fu avis O, qu'il orent aviz K,

qu'il Ior estoit avis QNGEDHRJCL

Le ms. 0, qui offre une complète ressemblance matérielle avec ABP et qui, comme compilation, s'apparente également à eux, doit, sans aucun doute, en être rapproché, pour ce qui regarde le texte du Brendan. Il possède la leçon 103.2 et il est voirs, ce qui le met déjà à l'écart de ,3. Mais, surtout, il présente les lectures suivantes, qui lui font prendre place dans la famille y :

103.5 finlochanies aithi, avec omission de la préposition d' 171.18 insertion du mot monseigneur avant s. Père 171.23 par fous FMQNGEDHR, par foiees AP, par fiées O,

par floz K, parfont L par tropiaus B

Malheureusement, le passage de ce ms. O que nous livre Wahlund, p. XXXIX, ne permet pas de dire si, outre son appartenance à )', il n'aurait pas quelque affinité plus spéciale soit avec ^, soit avec l'un ou l'autre des membres de la famille où il se classe.

Nous avons montré plus haut comment C dérive de J. C'est là un cas unique, parmi nos transcriptions du Brendan. Hormis leurs liens de parenté collatérale, toutes nos copies sont indépendantes l'une de l'autre, il serait aisé de citer, à charge de chacune d'elles, des défectuosités qui ne reparaissent point ailleurs, ce qui revient à dire qu'aucune n'a servi de modèle à l'autre. Il faut d'ailleurs reconnaître que, dans la tradition manuscrite de nos anciens textes, les exemples de filiation directe restent toujours exceptionnels. Il n'y a d'intérêt à relever les défaillances propres à chaque copiste que si l'on veut se faire une idée précise de la fidélité et de l'exactitude de leur travail. Une telle entreprise serait ici hors de propos : nous n'avons eu en vue que d'esquisser les rapports reliant entre eux les manuscrits de la légende brendanique en prose.

Alphonse Bayot, professeur à l'Université de Louvain.

Etienne de Tournai

ou Pierre de Blois?

Étude critique de provenance littéraire.

Le moyen âge nous a laissé un long et curieux sermon qui mérite de figurer parmi les ancêtres de la littérature des «Débats». L'action est dramatique. Un homme pris au hasard dans l'auditoire est supposé attrait devant Dieu, son juge. Il a pour accusateur Satan qui lui taille un réquisitoire serré (')•

Et le dialogue commence. Les reproches sont aussi copieux qu'accablants. Le Diable accuse le pécheur de trois chefs différents qui le rendent justiciable du tribunal de Dieu. D'abord il fut parjure aux serments solennels de son baptême, aux promesses réitérées de la pénitence, peut-être aux engagements sacrés de l'ordination. Ensuite digne successeur du traître Judas, il a répondu aux aimables avances du Christ par les prétentions d'un orgueil insensé, les préoccupations d'une cupidité effrénée, les réplétions d'une gourmandise goulue, les turpitudes d'une volupté libidineuse. Parjure et traître, il fut encore voleur deux fois; au spirituel, en utilisant à son profit une âme qui lui était confiée pour la gloire de Dieu; au temporel, en se montrant usurier intraitable, débiteur malhonnête, économe infidèle.

Le malheureux pécheur se défend. Cette diatribe virulente ne mérite, d'après lui, aucun crédit. Elle ne procède ni de l'amour de la vertu, ni du respect de la vérité. Son unique mobile réside tout entier dans l'hostilité, vieille comme le monde, de Satan contre le genre humain pris dans son ensemble. Pareille accusation ne peut avoir aucune valeur aux yeux.'d'un juge intègre et éclairé.

Entre les deux témoignages contradictoires, on invite Conscience

(1) Statuamus igitur Dominum sedentem pro judice, diabolum pro accusatore, hominem quemvis ex nobis pro causa, et ad consuetam forinam litis hujus ordinem redigamus.

à se prononcer, elle qui n'accable jamais l'innocent mais tourmente sans cesse le coupable (')• Conscience paraît donc à la barre. Hélas ! sa déposition est plus effroyable encore que celle du Diable. Ella a suivi dans les replis du cœur toute la malice des actes, et les mots lui manquent pour en dépeindre les noirs détours.

Mais Conscience est du genre féminin. Et de ce chef le pécheur récuse sa déposition. Suivant les règles de la procédure, les femmes ne sont habiles à ester en justice que dans les matières qui les regardent en propre.

C'est alors que Conscience s'indigne en une magnifique sortie oratoire. Ah! elle est bien l'intéressée dans ce procès. Elle était pure quand Dieu la créa, pure quand elle fut donnée à l'homme, pure lorsqu'elle ramenait à sa pensée la foi du baptême et la doctrine des sacrements, pure lorsque malgré ses répulsions et ses protestations le pécheur l'a prise et précipitée dans la fange. Elle en appelle aux anges du Seigneur, et en particulier à l'ange gardien commis à la tutelle du pécheur : ils ont assisté à ce spectacle navrant en détournant la tête.

Et maintenant que faire? Où chercher des avocats pour plaider cette cause apparemment perdue?

Les voici. Car le rideau se lève sur une autre scène. Dans une salle du palais se tiennent toutes parées d'or et de pierreries les trois filles du roi : Foi, Espérance et Charité. Apprenant la détresse de l'accusé, elles décident de voler à son secours et d'user en sa faveur de leur crédit près la Cour de justice.

Tandis qu'elles dirigent leurs pas vers le local où le malheureux attend sa condamnation, le haineux Satan se présente à elles. D'une voix aussi mielleuse que perfide il accumule les plus pieux arguments pour prouver aux trois sœurs, à grand renfort de textes sacrés, que cette démarche serait indigne de leur pureté et de leur sagesse. Mais Foi est aussi habile dialecticienne que le vieux « serpent » n'est retors. Elle réfute nettement les sophismes dirigés contre elle et ses compagnes, et stigmatise vertement l'impudence du fourbe et son patelinage malicieux.

Le laissant alors dans la confusion, toutes trois se hâtent vers le coupable qu'elles attirent à l'écart. C'est encore Foi qui prend la parole. « Vois, dit-elle, la situation critique où t'a acculé une vie manifestement coupable. Tu as raison de trembler et de pâlir d'angoisse. L'abîme d'une justice sévère est ouvert sous tes pas.

(1) Qua judice namo nocens absolvitur, quam nocans quisque com;:eIlitur Nocte disque suo gestare in pectore testem.

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Tout n'est pas perdu cependant. Reprends courage, aie confiance. Nous t'apportons la théorie, l'espoir et l'octroi du pardon ».

A ces mots le pécheur tombe à genoux en s'écriant : « Credo ! Je crois ; de grâce éclairez ma croyance ! » Et le dialogue se poursuit. Foi instruit le pécheur sur la nécessité d'une contrition efficace, d'une confession sincère et d'une satisfaction suffisante. L'homme, ravi d'une doctrine à la fois si consolante et si facile, prie les trois sœurs de hâter sans délai sa délivrance. « En effet, disent-elles, le temps presse. Vite au tribunal, où nous plaiderons la cause comme nous le pourrons ».

De fait, Foi a bientôt renversé par quelques considérations puissantes le formidable appareil logique de la partie adverse. L'accusé est ensuite convié à confesser publiquement son adhésion inébranlable aux dogmes catholiques, son espérance fondée sur la passion du Christ, et sa charité qui le rendra désormais capable de transformer sa vie pour la rendre aussi méritoire dans l'avenir qu'elle fut reprochable dans le passé.

Aussitôt toute la cour céleste intervient. Notre-Dame toujours clémente, le saint Patron instrument spécial de la bienveillance divine, tous unissent leur voix pour réclamer le pardon. Et le souverain Juge prononce la sentence d'absolution, en l'accompagnant de recommandations pressantes pour la suite et de chaleureuses exhortations à la persévérance.

Voilà un résumé succinct de ce long sermon qui ne compte pas moins de quarante-quatre pages de manuscrit. L'auteur lui-même du reste lui donne par deux fois le nom d' « opuscule » ('). Son caractère populaire n'est pas à discuter, il est manifeste qu'il s'adresse à ce bon public que charmaient les contes de la veillée, et qui, à défaut d'histoires merveilleuses, recherchait la vérité sous l'intérêt dramatique. Aussi ce sermon a-t-il été prononcé dans l'idiome du peuple, en roman.

Pas n'est besoin pour cela de prendre position dans la vieille controverse sur la langue originale des sermons du moyen âge (-).

(1) Dans la dédicace : ... si hoc tibi opnsciilum... ; et dans la conclusion : ... ab initio hujus opusciili...

(2) Cfr A. Lecoy de la Marche, La chaire française au moyen-âge, particulièrement au XIII^ siècle, p. 235 svv. Paris, 1886. — L. Bourgain, La chaire française au XIl^ siècle, p. 176 svv. Paris, 1879.

Le prédicateur nous instruit là-dessus clairement. Et pour être transvasée, la liqueur n'a pas perdu son parfum ni sa saveur. Car l'auteur lui-même est l'artisan de cette traduction exécutée à la prière d'un ami. Il nous avertit de son soin à mieux orner sa pensée, grâce aux ressources que fournit la langue latine et que n'offre pas l'idiome vulgaire (')• C'était le temps où l'on se passait de main en main le texte des morceaux oratoires réussis, comme on échangera plus tard entre humanistes les pastiches plus ou moins heureux de Virgile et de Tite-Live.

Mais ce prédicateur, cet écrivain quel est-il? Trois anciens manuscrits en dépôt à Paris, à Tournai et à Troyes, l'appellent carrément Etienne de Tournai : Sermo magistri Stephani Tornacensis episcopi (-) ; Domni Stephani Tornacensis episcopi, sermo de conflicfu dyaboli accusanfis et hominis lapsi ("). Par contre sur la foi d'un ancien manuscrit de Cambron (*), ce sermon a été édité sous le nom de Pierre de Blois par De Goussainville (^) ; d'où il est passé comme tel dans la Patrologie de Lyon ('■) et plus tard dans la Patrologie de Migne (").

A qui décidément appartient la paternité de cette production littéraire {""), à Etienne de Tournai ou à Pierre de Blois?

Le problème est d'une solution malaisée. Si loin que l'on

(1) Petis a me, charissime frater, ut habitum sermonem ad populum scribendi officio tibi communicem, et que laicis satis crude et insipide (sicut eorum capacitatis erat) proposui, in iatinum sermonem studeam transferre. Speras profecto non solum dicendi ceiebritate sed latine locutionis volubilitate nitescere posse materiam, quia quadam idiomatis iiujus prerogativa sententie plurimum honoris et efficacie ex verbis accedit, et ad finem suum sic commodius sermo decurrit.

(2) Bibliothèque nationale de Paris, fonds latin, n. 15010, f. 335^». — Bibliothèque communale de Tournai, n. XVII I. Ce manuscrit, qui a appartenu à Denis de Villers, chanoine et chancelier de Tournai, était déjà signalé à la Bibliothèque du chapitre par Sanderus (Bibliotheca belgica manuscripta, t. I, p. 222. Lille, 1641). Il fut égaré dans la seconde partie du xix'' siècle et resta perdu pendant plus de trente ans (Cfr J. Desilve, Lettres d'Etienne de Tournai, p. viii. Valenciennes, 1893). Après avoir découvert le transfuge de la façon la plus inattendue, je viens de lui faire réintégrer le dépôt communal de Tournai.

(3) Bibliothèque de Troyes, fonds latin, n. 1397. Recueil varia.

(4) Cfr Sanderus, Bibliotheca belgica manuscripta, t. I, p. 362.

(5) Pétri Blesensis, Bathonensis in Anglia archidiaconi, opéra omnia ad fidem manuscriptorum codicum emendata. Paris, 1667.

(6) Maxima bibliotheca veterum patriim, t. XXIV, col. 1144-1151. Lyon, 1677.

(7) Migne, PL, t. CCVII, col. 750-776. Paris, 1855.

(8) L. BouRGAiN, qui a brièvement analysé ce sermon (La chaire française au XIF siècle, p. 214 svv. Paris, 1879) ne se prononce nullement sur son auteur.

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remonte, on ne découvre d'autre témoignage que l'inscription des trois manuscrits de Paris, de Tournai et de Troyes, lesquels ne ne sont pas antérieurs au xv^' siècle. Quant à l'ancien recueil de Cambron, il a disparu sans que j'aie pu retrouver sa trace.

En outre les deux auteurs sont des contemporains du xn^' siècle; et ce qui plus est, ils se sont abreuvés aux mêmes sources de la science, ou peu s'en faut.

Pierre, né à Blois vers 1 130, débute dans les écoles de Chartres, qu'il appelle la « terre de sa nativité »; plus tard il s'en alla suivre les cours de droit à Bologne pour revenir enfin étudier la théologie à Paris, sous Jean de Salisbury. Il mourut en Angleterre vers 1200, après avoir été successivement archidiacredeBath et de Londres (')• — Etienne, né à Orléans en 1128, parcourut le même cycle dans dans le même ordre et presque aux mêmes stations. Selon l'esprit de l'époque, les arts libéraux fécondaient l'intelligence, le droit canonique et civil préparait le jeune homme aux luttes de la vie ("), la théologie considérée comme l'auguste reine de toute les sciences ouvrait aux clercs la carrière des honneurs. Etienne donc, après avoir achevé à Orléans sa culture humaniste, prit également le chemin de l'université juridique de Boulogne, et termina ses études de science sacrée à Chartres, là même où Pierre de Blois atteste avoir reçu « tous les sacrements de la foi chrétienne ». Il mourut en 1203 à Tournai, dont il occupa le siège épiscopal pendant onze ans (^).

Plus d'une fois un même recueil réunissait autrefois des œuvres de ces deux contemporains; tel le manuscrit 1497 de la bibliothèque de Bourgogne, qui débute par les lettres de l'un et s'achève par les lettres de l'autre ('); tel encore le manuscrit 400 latin de la bibliothèque de l'Arsenal à Paris, qui contient vingt-quatre sermons d'Etienne avec dix sermons de Pierre le Mangeur et de Pierre

(1) Cfr A. Clerval, Les écoles de Chartres au moyen-âge du V^ au XVI^ siècle, p. 224 svv. Paris, s. d. (1895). — La notice donnée par les auteurs de VHistoire littéraire de la France (t. XV, p. 341. Paris, 1820) est à réformer en plusieurs points.

(2) C'étaient les castra militia, selon l'expression de Pierre de Blois (Migne, PL, t. CCVU, epist. 26, col. 91).

(3) Cfr Histoire littéraire de la France, t. XV, p. 524 svv. Paris, 1820; J. Warichez, Un épistolier du XII^ siècle dans notre pays, dans le Bulletin de l'Académie royale d'archéologie de Belgique, Anvers, 1913. Nous tenons présentement sur le métier un travail étendu à propos d'Etienne de Tournai et son époque.

(4) J. Van den Gheyn, Catalogue des manuscrits de la Bibliothèque royale de Belgique, t. II, p. 390. Bruxelles. 1002.

de Blois, après lesquels seulement se lit la formule accoutumée Expliciunt sermones magistri Stephani abbatis Sancfe Genovefe parisiensis.

On conçoit que la confusion ait été facile. Et cependant, malgré leur éducation en certains points commune, et bien que tous deux aient sacrifié largement au goût littéraire de leur époque, une analyse attentive découvre entre eux des traits caractéristiques. C'est à ces variantes stylistiques que nous demanderons la solution du problème proposé.

Etienne de Tournai passait certainement pour un prédicateur fameux. Son talent l'avait même signalé à Barthélemi de Vendôme qui l'employait pour la composition de ses sermons ('). Or cet archevêque de Tours était considéré comme un des esprits les plus éclairés de son temps. C'est du moins l'hommage que lui rend Mathieu de Vendôme en lui dédiant sa Tobiade (-). Mais on ne retrouve dans notre opuscule ni le style imagé et redondant qu'Etienne avait retenu de sa forte culture littéraire, ni les procédés d'argumentation qu'il devait à l'influence scolastique (^).

(1) Voir Lettre 47, édit. Desilve, o.c, p. 61 ; ou Lettre 41, édit. Migne, PL, f. CCXI, col. 342. Paris, 1855.

(2) Ot Gallia Cfiristiana, t.XlW , col. 98-99. Paris, 1856; Histoire littéraire de la France, t. IV, p. 48. Paris, 1750; t. XV, p. 421 svv. Paris, 1820.

(3) Si l'on en except; deux, tous les sermons d'Etienne sont restés jusqu'à présent inédits. îls sont contenus dans six recueils dont deux à la Bibliothèque nationale de Paris (fonds latin 14592 et 14935), un à la Bibliothèque de l'Arsenal (fonds latin 400) et trois à la Bibliothèque Sainte-Geneviève (fonds latin, 239, 616 et 1421).

Ces manuscrits se partagent en deux classes. La première comprend une série de 45 sermons qui ne se trouvent que dans le manuscrit 1421 de la Bibliothèque Sainte-Geneviève (xni^ siècle). La seconde comporte une nouvelle série de 27 sermons — complet: dans les mss. 14592 de la Nationale (xvii'^ siècle), 239 et 616 de Sainte-Geneviève (tous deux du xviii^ siècle) — incomplète dans les mss. 1492.5 de la Nationale (xiii'' siècle) et 400 de l'Arsenal (xiii*^ siècle). Soit en tout donc 72 sermons. Les mss. 14592, 616 et 400 appartiennent apparemment à une même famille et se rattachent probablement à l'ancienne abbaye de S.iint-Victor à Paris. Leur archétype serait le ms. 400, aujourd'hui à la Bibliothèque de l'Arsenal. Le 14935 de la Nationale appartient à une autre famille, et le 239 de Sainte-Geneviève à une autre encore. C'est un ms. de cette dernière famille que Claude du Molinet semble avoir eu sous les yeux lorsqu'il publia sa liste de 31 sermons, reprise ensuite dans la Patrologie de Migne (t. CCXI, col. 573). Toutefois sa nomenclature en signale quatre (27, 28, 29, 30) que j'ai vainement recherchés partout.

Ce fervent admirateur d'Etienne de Tournai a édité le sermon In synodo, qui ouvre invariablement tous les mss. de la seconde classe (voir Migne, PL, t. CCXI, col. 567). Enfin M. J. Desilve a également édité d'après le ms. 14632 de la

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Car c'est un des meilleurs représentants de la période de transition. Chez lui se rencontrent et se fondent les deux grands courants de l'école parénétique au xn^" siècle (').

En bon Victorin qu'il était (-), il avait le goiit aristocratique des phrases bien faites. Ce souci du beau langage qui est comme l'uniforme de l'Ordre il le renforce volontiers par la recherche de l'antithèse (^), l'accumulation des périodes symétriques (*) et les virtuosités de l'allitération (')• Les images abondent, empruntées souvent aux phénomènes de la nature. Mais l'allure reste nerveuse et le ton paraît cassant. Comme Hugues de Saint Victor, la gloire

Bibliothèque nationale, où il paraissait égaré (fol. 262), un sermon sur les chanoines réguliers (en appendice aux Lettres d'Etienne de Tournai, p. 426 svv.) ; mais que l'on retrouve dans tous les mss. de la seconde classe (14592, f. 117*"; 14935, f. 39 ; 400, f. 28^" ; 239, p. 188 ; 616, p. 1 189) et qui occupe le n. XXI dans la liste de Claude du Molinet.

(1) Voir L. BouRGAiN, La chaire française au XII^ siècle d'après les manuscrits, p. 114 svv. Paris, 1879; A. Lecoy de la Marche, La chaire française au moyen-âge spécialement au XI/I^ siècle, p. 307 svv. Paris, 1886.

(2) Il fut successivement abbé de Saint-Euverte à Orléans (1167-1176) et abbé de Sainte-Geneviève à Paris (1176-1192), tandis que les deux établissements avaient embrassé la réforme de Saint-Victor.

(3) Quis enim sciencia comprehendere potest ex quanta vi caritatis processit quod omnipotens infirmus, summus infimus, sapientia stultus, Verbum infans, opifex opus, Creator creatura, Deus homo factus est. In Natale Domini, Bibliothèque Sainte-Geneviève, ms. lat. 1421, fol. 1, col. 2.

(4) Ce procédé lui est trop familier pour que nous résistions au désir d'en transcrire un spécimen. Il s'agit d'un sermon In Natale Domini vel in Nativitate béate Marie (Bibliothèque Sainte-Geneviève, 1421, fol. 9, col. 2). Sciendum igitur quod très sunt caritatis gradus. Est enim caritas incipiens, caritas proficiens, caritas perficiens de qua locutus sum. Prima pusillanimis, secunda fidelis, tercia fortis. Prima séparât a malicia, secunda ambulat in justicia, tercia pervenit in perseverancia. Prima metum habet cum dilectione, secunda amaritudinem cum consolatione, tercia fortitudinem cum delectatione. Prima amputât criminalia, secunda coheret vana desideria, tercia subjuguât et succidit queque religioni et sanctitati adversantia. Sine prima nemo potest salvari, secunda débet in terris munerari, tercia meretur in celo coronari... Prima ergo meretur veniam, secunda graciam, tercia gloriam.

(5) Ainsi, il dit d'Eve coupable (Bibliothèque Sainte-Geneviève, 1421, fol. 36, col. 1). Voluit celum rapere et in cenum rapta est. — Ou plus curieusement (ibidem, fol. 68, col. 1). Est dies spirans, est dies inspirans, est dies conspirans, est dies expirans, est dies respirans, est dies suspirans, est dies aspirans. — Ou bien encore à propos du Verbe (Bibliothèque nationale, 14592, fol. 7; 14925, fol. 4 ; — Bibliothèque de l'Arsenal, 400, fol. 3 ; — Bibliothèque Sainte-Geneviève, 239, p. 202; 616, p. 944). Ipse est finis perficiens non interficiens, consummans non consumens, sine verbo isto potius est oratio lutulenta quam luculenta, perfida quam perfecta.

et le modèle de l'Institution, il se plaît à manier la métaphore, et il excelle à prolonger des allégories qui ne gardent pas toujours le charme inoffensif d'une imagination mystique. Les pointes satiriques se dressent parfois sous la dentelle littéraire, aiguës et non feutrées (')•

Mais à la fin du xii'^ siècle, la citadelle de l'humanisme mystique avait déjà été battue en brèche par un nouvel idéal de prédication, qui se reflète dans les sermons d'Etienne. Il commence à renoncer à ce parterre du mysticisme qui a fleuri à Saint-Victor avant d'être cultivé par l'apôtre d'Assise. On voit poindre chez lui les tendances dialectiques; et l'appareil scientifique se mêle à la vieille rhétorique, en attendant qu'il l'absorbe totalement. Etienne alors argumente, divise (-), glose, en s'embarrassant d'une érudition juridique (•'), comme il convient à un disciple de Cujas qui s'était

(1) Voir par exemple le sermon d'Etienne sur V Esprit-Saint (Bibliothèque nationale, 14592, fol. 56 ; 14935, fol. 32 ; — Bibliothèque de l'Arsenal, 400, fol. 20 ; — Bibliothèque Sainte-Geneviève, 239, p. 248; 616, p. 1063) et que L. Bourgain a résumé dans son ouvrage, La chaire française au x\f siècle d'après les manuscrits, p. 220-225. Le Diable place chez les Clunisiens et chez les Cisterciens une partie de la nombreuse progéniture, issue de son double mariage avec Malice d'abord, avec Hypocrisie ensuite. Au fond de cette satire du clergé régulier on retrouve cependant les sympathies marquées d'Etienne pour les Cisterciens, dont il fait ailleurs un si bel éloge, dans une consultation adressée à Robert de Gallardon, en faveur de novices sortis du prieuré de Grandmont pour entrer chez les Cisterciens de Pontigny (Lettre 1, édit. Desilve, o. c, p. 3-16; ou Lettre 71, édit. Migne, PL, t. CCXI, col. 361-370).

(2) Voici comment il s'y prend dans un sermon sur la Dédicace des églises (Bibliothèque Sainte-Geneviève, 1421, fol. 128'", col. 1). Officium nostrum esse débet laudare Deum, ideo de voce mentio facta est (dans le texte scripturaire). Est vox corporalis, est vox spiritalis. Vox corporalis triplex est : confessio fidei, confessio rei, confessio Dei. Confessio articulorum qui necessarii sunt in fidei professione ; confessio peccatorum que veniunt ex prevaricatione ; confessio magnalium divinorum in operum ejus glorificatione. Est et spiritalis vox triplex : contritio, devotio, dilectio. Contritio proveniens ex peccatorum recordatione ; devotio procedens ex beneficiorum recordatione; dilectio, id est amor, languor, desiderium, quo languet, déficit, aspirât sancta anima pro mora et prolongatione exilii et patrie dilatione. Et merito dilectio vox dicitur : magnus enim amor in auribus Dei magnus est clamor.

(3) A propos des paroles de S. Jean, In propria venit et sui eum non receperunt, qu'il prend pour texte d'un sermon sur la Noël, Etienne disserte sur les différents modes d'acquérir le droit de propriété (Bibliothèque nationale, 14592, t. W>; et 14935, fol. 8; Bibliothèque de l'Arsenal, 400, f. 5'"; Bibliothèque Sainte-Geneviève, 239, p. 22; et 616, p. 962). Proprietatis autem et possessionis multas differentias assignant qui jura civilia conscripserunt. Id apertius intelliges si diligenter inspexeris ea quae de acquirendo rerum dominio, de acquirenda, retinenda et admittenda possessione in responsis prudentum et constitutionibus principum continentur...

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rendu célèbre par un commentaire sur le Decretum Gratiani (')• Son éloquence y perd toute verve. Elle en devient froide et abstraite. Je m'imagine le prédicateur détaillant sur les doigts et gesticulant en chaire comme un professeur qui discoure devant ses élèves : telle la miniature du manuscrit de Saint-Amand en tête de Commentaires sur Boëce, et qui représente Gilbert de la Porrée dissertant devant des disciples si appliqués qu'ils en ont l'air... assoupis (-)■ Car tout effet oratoire sombre dans ce fatras de distinctions, de divisions et de subdivisions empruntées à la méthode des logiciens.

A l'appui de ces diverses observations, nous avons à dessein multiplié les citations au bas des pages. Afin d'achever notre démonstration par une comparaison suggestive, nous extrayons de notre opuscule et d'un sermon authentique d'Etienne deux passages parallèles où se trouve développée la même pensée : à savoir que le prem.ier degré de la pénitence et de la vertu, c'est la crainte du Seigneur, Initium sapientiae timor Domini.

Voici comment Etienne commente ce texte sacré dans une homélie inédite sur l'évangile de la Sepîuagésime (^). Il s'agit des ouvriers embauchés à la première heure du jour pour le travail de la vigne.

In primis occurrit operarius expeditus satis et diligens, et qui primam culturam vineae exercere sufficiat. Ips3 est timor, prior in donis, etsi major imperio, nam ascendentibus ad sapientiam ponit specie timoris primum gradum : Initium enim sapientiae timor Domini. Ipse est qui nihil negligit ; ipse qui expellit peccatum ; ipse est qui a caritate perfecta expeliitur. Recte ergo prima hora operarius ista in vineam mittitur, quoniam prima infusione gratiae a timoré Domini concipitur et in partim eru;npit spes saiutis. A timoré tuo Domine, concepimus, inquit propheta. Hic excodicare intendit vineam, id est circa radicem vitis fossam humam égarera, ut ipsa radix stipitis soli appareat et nihil in ea terrenae sordis inhaîreat quod se abscondat a calore ejusd)- Quia, ut diximus, qui timet Deum nihil nagligil, rimatur usquc ad radiées intentionem operum suorum, et etiam Deum, cui omne cor patet et omnis voluntas loquitur, inscectorem suu:n constiluit et judi-

(1) Le nombre et l'éparpillement d;s manuscrits qui nous sont parvenus prouvent suffisamment la vogu3 d2 cat ouvrage au moyen âge. F. von Schulte nous an donné une édition soignée. Die Summa des Steptianus Tornacensis iiber das Decretum Gratiani. Giessen, 1891.

(2) Bibliothèque de Valenciennas, ms. 197(189). Incipit commentarius magistri Giîleberti, Pi:tavensis episcopi, sup^r librum Anicii Boetii de Trinitate (xii'^ s.\

(3) Bibliothèque nationale, 14592, fol. 23^"; et 14935, fol. 11; Bibliothèque de l'Ars.^nal, 400. fol. 8^"; Bibliothèque Sainte-Geneviève, 239, p. 44; et 616, p. 981.

(4) On remarquera dans ces lignes um description des travaux de la vigne.

ETIENNE DE TOURNAI OU PIERRE DE BLOiS ? 477

cem. Tenet autam manu sarculum quo excodicationem istam perficiat, satis aptum ex ferro et manubio compositum, justum scilicet adversum se iraciindiae motum, ferrum ira, manubiuin iracundiae temperantia recta. Sic enim adversum te pro peccatis tuis debes irasci ut tamen de misericordia Dei non desperes. Irascimini et nolite prccare. Irascimini, ecce ferrum ; noiite peccare, ecce manubium. Irascimini in dolendo, gemando; nolite peccare, desperando. Operarius iste qui sic novit vineam istam excodiacre non unus est sed muiti. Très enimsunt copiae seu turmae talium operantium : limor peccati, timor mortis, timor extremi judicii.... Et ipsos, liora prima, hac hora inito a sacerdotibus consiiio ut Jesum morti tradarent adductus est Jésus in praetorium, cui recte convenit illa timoris concursio quando in praetorium suae conscientiae timens et tremens peccatoradducitur

L'auteur de notre opuscule rencontre la même idée avant de mobiliser tout son appareil de procédure régulière (').

Nos oculos saepius convertamur ad Judicem, ad severum et zeiotem, ad districtum examinatorem non solum operis, sed otiosi cujusque sermonis. Non est nobis ad eorum statum feiicem via paratior, non ingressus aptior, non progressas utilior... Haec est prima ad patriam via: Initiuin enim sapientiae iimor Domini. Ardua prima via est, et eget moderamine certo. Vere certo, ut non convertamur ad dexteram de misericordiae dulcedine niniis praesumendo, vel ad sinistram de misericordia desperando. Timor pons est angustior, per quem nisi cum maxima diligentia et cautela transieris, ad contempiationis amoena pervenire non poteris. Per hune pontem angustum fit introitus ad latitudinem ctiaritatis, in transitu hujus pontis et a dextera et a sinistra praecipitium aequaiiter cave. Ut igitur redeamus ad id quod coepimus, nos praecipue qui de hoc mundo sumus, in quibus et diligit mundus quod suum est, quoties redimus ad cor, primo loco timor occurrat, timor inquam Judicis, timor tremendi iilius examinis, in quo recipiet unusquisque prout gessit in corpore, sive in quo positurus est magnus ille paterfamilias qui peregre profectus erat rationem cum servis suis, quando scilicet omnes iibri aperti erunt, et erit sibi quisque consiliarius, advocatus et judex ; libri enim omnes aperti erunt omnibus...

Malgré la brièveté de ces extraits il appert suffisamment qu'ils n'ont pas la même touche littéraire, et que de ce chef ils s'accommodent mal d'une paternité identique.

Le style de l'un est aussi facile et alerte que le style de l'autre est laborieux et pesant.

Etienne excelle à creuser une idée, à la retourner en tous sens suivant un processus régulièrement logique et méthodiquement conduit. Son récit marche normalement tout en se développant trop souvent en périodes symétriques, comme nous avons pu le remarquer précédemment. Notre opuscule au contraire est comme une pièce à tiroirs. L'auteur, à chaque idée qu'il effleure, se perd en

(1) MiGNE, PL, t. CCVII, col. 752-753. Paris, 1855.

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hors d'œuvre et en digressions, qui donnent une pénible sensation de longueur et rendent cette production littéraire à la fois fastidieuse à lire et difficile à suivre. Il faut sans cesse qu'il se ressaisisse et se ramène de force à son sujet : Ut igitur redeamus ad id quod coepimus (0 ; Verum redeamus nunc ad id quod coepimus {•). Son récit dès lors piétine sur place, quand il ne s'immobilise pas en périodes synonymiques.

En outre ces ouvriers de la première heure, appelés au prétoire de leur conscience comme le Christ fut à la première heure du jour amené jadis au prétoire de Pilate, rappellent bien cette recherche du sens mystique, chère au goût subtil et raffiné des Victorins. Tandis que l'auteur de notre opuscule prend les textes dans leur vrai sens et laisse aux mots leur signification naturelle, Etienne se complaît dans une tropologie risquée. Il ne recule ni devant la singularité des rapprochements forcés {"') et des combinaisons bizarres (^), ni devant les jeux d'esprits doublés de jeux de mots (^).

On pourrait encore multiplier les considérations; mais cette analyse suffit, croyons-nous, pour retirer à Etienne de Tournai la paternité de notre opuscule, en dépit de la déclaration formelle

(1) MiGNE, PL, t. CCVIl. col. 753.

(2) Ibidem, col. 755.

(3) Comme dans cet étrange sermon de Noël (Bibliothèque nationale, 14935, fol. 3^"; 14592, fol. 6; Bibliothèque de l'Arsenal, 400, fol. 2^"; Bibliothèque Sainte-Geneviève, 239, p. 199 ; 616, p. 941), où le Verbe divin se conjugue à toutes les conjugaisons, dans toutes les voix et à tous les modes.

(4) Comme dans cet autre sermon de Noël (Bibliothèque nationale, 14592, fol. 15; et 14935, fol. 8; Bibliothèque de l'Arsenal, 400, fol. 6; Bibliothèque Sainte-Geneviève, 239, p. 23; et 616, p. 963 , où il tire des quatre lettres du tétragramme hébreu une ingénieuse démonstration du mystère de la Trinité et du mystère de l'Incarnation !

(5) Voici comment débute es dernier sermon. In propria venit et siii eiim non receperunt. Improprie loquimur de eo qui in propria venit ; sed quoniam ipse cujus proprium est misereri semper et parcere, si de ipso improprie loquamur, improperium ab ipso non expectamus... (Bibliothèque nationale, 14592, fol. 14'"; et 14935, fol. 8; Bibliothèque de l'Arsenal, 400, fol. 5^"; Bibliothèque Sainte- Geneviève, 239, p. 22; et 616, p. 962). — Ou encore l'introduction du sermon de Noël ci-dessus (n. 3\ Verbum abbreviatum faciet Dominus super terram. Festum verbi est, et in verbi festo festivo utendum est verbo ; in solemnitate verbi, verbo utendum est solemni ; in angustia diei, verbo angusto et brevi ; dies exigit solemne, brevitas diei brève ; nam cum ipse Dominus verbum fecerit abbreviatum, de verbo abbreviato abbreviabimus verbum (Bibliothèque nationale, 14935, fol 3vo; 14592, fol. 6; Bibliothèque de l'Arsenal, 400, fol. 2^"; Bibliothèque Sainte-Geneviève, 239, p. 199; 616, p. 941).

des manuscrits de Paris, de Tournai et de Troyes. Ce qui lui a valu cette attribution, c'est probablement son succès dans quelques sermons dialogues à grand effet dramatique : comme la séance majestueuse où les Prophètes et les Apôtres s'essaient à briser les sept sceaux du livre de l'Apocalypse ('), — les démarches de sainte Geneviève pour obtenir de la Sainte Vierge le lin de la pureté afin d'en fabriquer le surplis de ses chanoines, et de Marie Magdeleine la laine de la pénitence afin d'en confectionner leur tunique(-), — les noces réalistes et polygames de Satan avec Malice et avec Hypocrisie, et le placement de leur néfaste progéniture (■'). Mais dans toutes ces représentations le théâtre est bien mieux décoré et l'action est bien plus vive. Les personnages vont et viennent sur la scène avec animation, parmi des décors aux couleurs voyantes.

Dès lors faut-il en passer l'attribution à Pierre de Blois? C'est la seconde partie du problème et qu'il nous reste à examiner.

Pierre de Goussainville raconte comment il a été amené à publier ce sermon remarquable (eximium) sous le nom de l'archidiacre de Bath (^). Tandis que ce chartrain travaillait à réunir les œuvres de Pierre de Blois, il fit la connaissance d'un montois, Simon Guillemot, alors sous-prieur à l'abbaye de Saint-Ghislain (■'), esprit aussi bienveillant qu'érudit. Mabillon fait l'éloge de ce moine dans les Acta sanctorum Ordinis sancfi Benedicti (''). De même qu'il fournit aux Mauristes quatre différentes Vies de saint Ghislain illustrées de notes précieuses, Guillemot commu-

(1) Bibliothèque nationale, 14592. fol. 32; 14935. fol. 13^"; Bibliothèque de l'Arsenal, 400, fol. 12; Bibliothèque Sainte-Geneviève, 239, p. 66; 616, p. 1007.

(2) Bibliothèque nationale, 14632, fol. 262; 14592, fol. 117^"; 14935, fol. 39; Bibliothèque de l'Arsenal, 400, fol. 28^"; Bibliothèque Sainte-Geneviève, 239. p. 188; 616, p. 1189,

(3) Bibliothèque nationale, 14592, fol. 56; 14935, fol. 32; Bibliothèque de l'Arsenal, 400, fol. 20; Bibliothèque Sainte-Geneviève, 239, p. 248; 616. p. 1063.

(4) MiGNE, PL, t. CCVII, col. XVI.

(5) Il naquit à Mons en 1616 1617 d'après Dom Berlière (Monasticon belge, t. I, p. 267). Après avoir fréquenté les cours du collège de Houdain, il entra à l'abbaye bénédictine de Saint-Ghislain, y fit profession en 1636, et y mourut le 30 mars 1687.

(6) Saeculum secundum, p. 789. Paris, 1669.

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niqua à De Goussainville une copie du sermon précité, transcrite d'un manuscrit de l'abbaye de Cambron, où il figurait sous le nom de Pierre de Blois. Ce recueil est perdu; mais Sanderus nous en a conservé une analyse sommaire (^).

Petrus Blesensis archiduc. Bathoniensis.

1. Sermo de duobus versibus Psalm. Quis consurget mihi adversus malignantes, et : Nisi quia Dominus, etc.

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