‹ Mélanges d'histoire offerts à Charles MoellerChapitre 70 sur 149 · Purgatorium sancti Patritii · texte numérisé non relu

Purgatorium sancti Patritii

Les 4 et 5 n'appartiennent certainement pas à l'archidiacre de Bath. Les 2 et 3 sont de lui sans doute. Mais le 1 lui revient-il aussi? Toute la question est là. Ce ne serait pas la première fois que les œuvres de Pierre de Blois donneraient lieu au change. Le P. Busée ne publia-t-il pas jadis sous le nom de Pierre de Blois les sermons de Pierre le Mangeur (-)? ici encore, par conséquent, il faut recourir à la critique interne.

Et disons le de suite, le collationnement est beaucoup plus favorable à l'archidiacre de Bath. Ce style simple, familier, naturel, est mieux en harmonie avec le goût littéraire qu'il témoigne dans ses œuvres authentiques. Il ne reste pas comme Etienne constamment drapé dans une dignité sans abandon. Chez lui le manteau magistral s'ouvre, ou même lui glisse des épaules dans un geste plus humain, plus communicatif ; et des paroles de consolation sortent de ses lèvres (')• H y a un certain laisser-aller dans son

(1) Bibliotheca belgica manuscripta, t. I, p. 362. Lille, 1641.

(2) Pétri Blesensis opéra. Mayence, 1600. Cette édition a été reprise dans le t. XII- de la Patrologie de Cologne (1618), p. 838-913. Un manuscrit de la bibliothèque de Bourgogne reflète cette confusion (voir J. Van den Gheyn, Catalogue des manuscrits de la Bibliothèque royale, t. III, p. 183. Bruxelles, 1903). Il porte pour titre Petrus Comestor, Sermones. Mais au fol. 2'" de la couverture,

on a inscrit l'hypothèse. Pétri Blesensis sermones impressi videntar esse;

puis d'une autre main l'affirmation catégorique, Sunt Pétri Blesensis. En réalité, ce sont les sermons de Pierre le Mangeur, ancien chancelier de l'Église de Paris, mort en 1179 au monastère de Saint-Victor, où il était venu terminer dans la retraite une brillante carrière séculière. Il fut toute sa vie un infatigable « mangeur» de textes ; et ce sont ces habitudes d'érudition qui lui ont valu son surnom.

(3) Voici la fin d'un sermon de Jeudi-Saint (Migne, PL, t. CCVII, col. 614). Vobis judicium mortis aeternae manducatis et bibitis, si non dijudicantes corpus et sanguinem Christi ad eum accedatis. Sed ne despereiis, habetis Petrum, habetis Paulum, habetis publicanum et Chananaeam, habetis et illam nomina-

attitude qui se retrouve dans son style. Comme dans notre opuscule sa phrase est souvent trop longue et mal liée : d'où un aspect rocailleux qui contraste avec la forme moelleuse d'Etienne. Quoique moins accusée que dans notre production littéraire, sa manie de la digression se retrouve ailleurs. Ainsi dans un sermon de Noël, il sent le besoin de ramener ses auditeurs au berceau de l'Enfant-Dieu par une locution analogue à celles que nous avons relevées précédemment, Sed revertamur ad puerum ('). Nous n'insisterons pas sur certaines particularités trop générales à son époque. Mais un procédé de développement qui le caractérise davantage, c'est son fréquent usage de la répétition (-)• En outre plusieurs écrits de cet auteur sont parsemés de cette interjection quaeso qui émaille notre sermon (-), ou de cette autre, inquam, par laquelle il resaisit le fil de son discours (')•

Au surplus, il convient de reconnaître que la structure générale de ce sermon répond bien au canevas des opuscules de Pierre de Blois. L'« envoi» qui le précède rappelle pour le genre les dédicaces musquées qui se lisent en tête de la plupart de ses œuvres (^) : notamment les Prologues qui ouvrent son Liber, de confessione

tissimam peccatricem, exempla poenitentiae : habetis Christum exemplum misericordiae, fontem gratiae, inexhaustum fontem positum in abiutionem peccatoris et menstruatae, qui nos abluat, qui nos ad mensam suam recipiat, et seipsum nobis in sua mcnsa communicet in hac vita viaticum et in futuro plenitudinem desideriorum, Christus Jésus, cui est honor et gloria in saecula saeculorum. Amen.

(1) In Naiivitate Domini. Migne, PL, t. CCVII, col. 582.

(2) Voir déjà le passage rapporté ci-dessus en parallélisme.

Voici encore à titre d'exemple deux phrases d'un sermon de Jeudi-Saint (Migne, PL, t. CCVH, col. 615). Hic totus homoredimitur, dolet caput spinisspissum, dolent manus clavis infixae, dolet latus in ligno dure extensum et lancea perforatum, dolent tibiae, dolent pedes, ut possit dicere : O.vos omnes etc. Mors Christi opus sine exemple, charitas sine modo, donum sine pretio, gratia sine merito

On peut les rapprocher de celles que l'on lit dans notre opuscule (Migne, PL, t. CCVII, col. 755). Astat, inquit, Domine, homo iste, totus homo, totus humus, totus caro, cujus in propatulo culpae, cujus infinitae contra majestatem tuam offensiones, cujus non levis culpa promeretur veniam, sed immanium pertinacia peccatorum iram provocat et vindictam. Si pertinaci de caetero parcere persévéras; si ad poenitentium toties oblatam, loties repudiatam adhuc tam obstinatum et ingratum exspectas, jam non judicis agis officium...

(3) Cfr notamment le sermon In Circoncisione {Ibidem, col. 583).

(4) In Resurreciione (Ibidem, col. 622).

(5) De Transfiguratione Domini (Ibidem, col. 777); Compendium in Job (Ibidem, col. 795); De amicitia ctiristiana (Ibidem, col. 871); Qiiales siint {Ibidem, col. 1005).

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sacramentali {^) et son Tractatus de institutione episcopi {-), ou la Letîre dans laquelle, sollicité par Henri II de publier sa correspondance, il s'excuse auprès du roi d'Angleterre de donner un travail si imparfait (^).

Etienne commence régulièrement ses sermons par une période pompeuse (^), par une annonce magistrale (■), ou par un jeu d'esprit voisin du calembour (•')• Chez l'archidiacre de Bath l'entrée en matière est toute simple comme dans la pièce oratoire qui nous occupe. Immédiatement après l'énoncé du texte scripturaire, le prédicateur débute sans périphrase par l'indication de l'auteur sacré : dans le cas présent, Verba sunt Psalmistae (')....; ailleurs, Verba sunt Jeremiae prophetae {").... Domini loquentis ad beatuin Job {'^).... Moysi loquentis ad populum {^").... Salomonis ('O--- Jacobi {'').... Oseael').... Pauli {'')....

Le même manque de variété s'observe pour la formule finale. On peut presque la considérer comme la signature de Pierre de Blois, à l'égal d'une autre qui révèle aux bibliographes Pierre le Mangeur. De même que ce dernier termine invariablement ses sermons par le texte cum venerit (ou qui veniet, qui venturus est) judicare vivos et mortuos et saeculum per ignem ('■), l'archidiacre de Bath emploie généralement la clausule de notre opuscule, cui est (ou sit) honor et gloria in saecula saeculorum (").

(1) Ibidem, col. 1077.

(2) Ibidem, col. 1097.

(3) Ibidem, col. 1.

(4) Inter amaras relationes quas audivimus, inter mundanas varietates quas videmus, inter occultas tentationes quas patimur, inter apertas iniquitates quas operamur, quid aliud potest agere fidelis anima christiana nisi lamentum assumere, carmen deponere ... assuinere lamentum tribulationis et angustiae, deponere carmen consolationis et laetitiae. Sermon De Spiritu Sancto. Bibliothèque nationale, 14592, fol. 62; Bibliothèque de l'Arsenal, 400, fol. 22; Bibliothèque Sainte-Geneviève, 239, p. 87; 616, p. 1076.

(5i Voir plus haut p. 475, note 3.

(6) Cfr supra, p. 478, note 5.

(7) Ibidem, col. 751.

(8) Ibidem, col. 614.

(9) Ibidem, col, 634.

(10) Ibidem, col. 637.

(11) Ibidem, col. 641.

(12) Ibidem, col. 698.

(13) Ibidem, col. 733.

(14) Ibidem, col. 739.

(15) Cfr les sermons de Pierre le Mangeur, dans Migne, PL, t. CXCVIII, col. 1721-1844.

(16) Trente et un sermons sur cinquante sept ont cette conclusion. La Patro-

Si de la forme nous passons au fond, on peut constater qu'il y a une parenté manifeste entre les idées émises. La même phrase du livre de Job évoque à l'esprit de l'auteur le même passage de l'Apocalypse et une peinture de Satan en traits analogues ('). Enfin, veut-on voir comment Pierre de Blois entend Vlnitium sapientiae timor Domini dont nous avons déjà transcrit plus haut deux commentaires? Qu'on en juge par cet extrait (-).

Certum est autem quia initium sapientiae timor Domini. Initium sapientiae idem quod initium viae bonae. Testimonio autem Salomonis : Initium viae bonae facere justa. Justitia siquidem poenitentia et confessione acquiritur.'Quid est enim justitia nisi remissio peccatorum ? Dixi, inquit, confitebor et lu remisisti. Haec est justitia quae ambuiat ante Deum sicut scriptum est : Justitia ante eum amblilabit et ponet in via gressus suos. In iiac beata peccatrice occurrunt sibi, et sese osculantur justitia et pax, justitia sciiicet et peccatricis punientls se, et pax Dei indulgentis. In hoc oscuio confirmatur foedus reconciliationis. Quid enim faciet pius et misericors judex, cum viderit cor contritum et humi!iatum, spiritumque contribulatum, peccatricem poenitentem ac flentem, ac pedes ejus lacrymis irrigantem ? Magnus est liumilitatis fructus, niliil ea majus est in donis Dei, nihil pretiosius in thesauris Altissimi, niiiil sanctius inter ciiarismata divinae largitionis. Vere apud te, Christe Jesu, est fons vitae, spes induigentiae, exspectatio veniae, plénitude misericordiae, qui filiam Babyionis tam subito îacis îiiiam Sion ; filiam perditionis, filiam gratiae et salutis : nec soiam îiiiam, sed sponsam et amicam Altissimi (ô).

C'est réellement le thème de notre Conflictus.

Pierre de Blois, qui recoure souvent à l'apostrophe et au discours direct, n'offre dans ses œuvres connues aucun autre exemple de sermon dialogué. L'essai qu'il en fait ici n'est du reste pas très heureux et ne témoigne pas d'une grande familiarité avec ce genre en honneur chez les Victorins. Au surplus, est-ce bien

logie de Migne édite soixante-cinq sermons de Pierre de Blois, mais huit d'entre eux manquent de conclusion.

(1) Migne, PL, t. CCVII, col. 755 : Quadam die... Satan. Quod autem sanctum Job accusaverit, nec solum sequens demonstrat littera, sed et ipsius multiplex plaga. In Apocalypsi etiam îratrum accusator dicitur qui nunc tempore gratiae eo callidius accusare intendit, quo contra jacula ejus ignita homo cautius fidei suae sponsionem ad defensionem suam et ecclesiasticorum sacramentorum munitapraetendit.

Pétri Blesensis Compendium in Job (PL, t. CCVII, col, 805). Quadam autem die... Satan. Multae sunt curiae et aliquis Satan semper invenitur in singulis. Est autem, qui est accusator fratrum et bonoruni depravator, occuîtus omnium adverserius et quasi anguis inter anguillas, légation es frequentius injunguntur...

(2) Pétri Blesensis Sermo de sancta Magdalena {/ibidem, col. 652).

(3) L'auteur défend sa théorie dans son traité intitulé Invectiva (Migne, PL, col. 1123).

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là le vrai caractère de cette composition littéraire? Les discours des personnages y dépassent de beaucoup les proportions du dialogue ; et pour ma part je serais plutôt tenté d'y voir une suite de pièces oratoires réunies autour d'un même sujet. Enfin on retrouvera aisément dans les Invectives de l'archidiacre de Bath la véhémence de style du réquisitoire (') et le talent de l'altercation dans son Dialogue d'Henri II avec l'Abbé de Bonneval (-).

De tout quoi il résulte, semble-t-il, que le manuscrit de Cambron a raison contre les trois manuscrits de Paris, de Tournai et de Troyes. L'opuscule en question et, dont on ne peut maintenir l'attribution à Etienne de Tournai revient selon toute apparence à Pierre de Blois.

Notons en terminant que ce sujet vulgarisé par l'art, au tympan des portails de nos églises, a achevé de se populariser plus tard sous la forme du « mystère ». A trois siècles de distance on retrouve la trame de ce sermon dans un des plus célèbres drames liturgiques : celui d'Arnould Greban, poète manceau, et qui mourut chanoine du Mans. L'œuvre date de l'an 1450 environ et ne comporte pas moins de 34.574 vers. MM. Paris et Raynaud en ont donné récemment une nouvelle édition {'■). Le spectacle s'ouvre par une scène caractéristique. L'homme déchu est accusé devant Dieu son juge par Vérité et Justice. 11 a pour défenseur Miséricorde et Paix. Làdessus se déroule avec des hors d'œuvre et des longueurs toute l'histoire du Rédempteur, comme il convient à la littérature des «Passions». Enfin la représentation se termine par le baiser de paix que les quatre Vertus échangent entre elles, conformément à la parole du Psalmiste, rapportée ci-dessus par Pierre de Blois : Justifia et Pax osculatae sunt (^).

La conception ne manque pas de grandeur. Et sa réalisation eut pu être un pur chef d'œuvre, dans l'art dramatique comme dans l'art oratoire, si les auteurs avaient eu davantage le sentiment de la mesure dans leur trop longue et trop diffuse composition.

Joseph Warichez,

Archiviste de la cathédrale et de l'évêché de Tournai.

(1) Invectiva in depravatorem opernni Blesensis (Ibidem, col. 1113).

(2) Dialogiis inter regem Henriciun II et Abbatem Bonaevallensem {Ibidem. col. 975).

(3) Le mystère de la passion d'Arnoul Greban, publié par G. Paris et G. Ra - NAUD. Paris, 1878.

(4) Voir l'Extrait de la page précédente.

La patristique grecque chez un

théologien latin du XII^ siècle

Hugues Éthérien.

Un théologien latin qui connaisse à fond le grec, au xn^" siècle, et qui consulte directement les Pères grecs dans leurs textes originaux, c'est là un cas plutôt rare et digne d'être signalé. Sans doute, il existait déjà en ce moment enOccident quelques centres cultivés que l'on pourrait appeler des écoles de traducteurs : à côté de celle de Cordoue, qui s'applique surtout aux œuvres des Grecs apportées en Europe par les Arabes ('), se présente tout un groupe de lettrés en Sicile, dont l'importance a été mise en valeur par les travaux de ces dernières années (-'). Pise aussi et les villes du Nord de l'Italie avaient quelques «scholars», dont le juriste Burgondio était la principale gloire, et que les relations politiques et commerciales avec l'Orient mettaient souvent en évidence (^). Mais l'on n'avait guère vu jusque-là un théologien lire les Pères dans leurs textes originaux, moins encore, composer des ouvrages aussi bien en grec qu'en latin.

C'est ce que fait, vers 1170, Ugo Eteriano ou Hugues Éthérien,

(1) Ueberweg-Heinze, Grundriss der GeschicMe der Philosophie der patrisfischen iind scholastischen Zeit, t. II, p. 273. Berlin, 1905.

(2) Contentons-nous de citer ici Haskins et Lockwood, The sicilian transiators of the twelfth century and the first latin version of Ptolemy's Almagest, Extrait de Harvard Studies in classical Philology, 1910, t. XX!, p. 75 svv. et Grabmann, GeschicMe der scholastischen Méthode, t. Il, p. 73. Fribourg,

(3) Anselme de Havelberg, Dialogi, lib. II, c. 1, PL, t. CLXXXVIII, col. 1163. — Gradenigo, non sans une légère exagération qu'excuse l'amour-propre national, composa son Ragijnamento istorico-critico intorno alla letteratura grecoitaliana (Bresc'm, 1759) pour démontrer qu'aux xi'^ et xii*^' siècles la langue grecque était cultivée en Italie. Au chapitre VllI, il msntionne notre Hugues Éthérien et son frère Léon Tuscus.

dans son De haeresibus Graecorum ('). On ne peut plus, en effet, avec Aliatius (-), faire un titre d'honneur à Hugues de ce qu'il ait été traduit par les Grecs : c'est lui-même qui a rédigé son De haeresibus dans les deux langues. Nous en avons pour garant son affirmation catégorique, dans sa lettre à Aimeric, troisième patriarche latin d'Antioche : « Acceptez, lui dit-il, le livre que j'ai édité en deux langues (^). » Et, de son côté, le patriarche lui exprime sa gratitude pour l'envoi du « livre sur la procession du Saint-Esprit, écrit en grec et en latin (^) ». On s'étonne que Fabricius, qui cite ces deux passages {■'), rapporte encore — et nullement pour le combattre, — le témoignage d'AlIatius,

Ses connaissances théologiques ont souvent fait prendre Hugues Éthérien pour un prêtre ("). Comme nous le montrerons plus loin, il n'entra dans les ordres que peu de mois avant sa mort et n'arriva point jusqu'au sacerdoce. Avec plus de raison, on s'accorde à le considérer comme pisan d'origine; les termes dans lesquels lui écrit le clergé de Pise (') ne peuvent guère s'adresser qu'à un concitoyen. La sollicitude dont il entoure, à Constantinople, les colons pisans, et l'intérêt qu'il porte aux églises et aux institutions charitables de la ville de Pise, confirment l'opinion commune {^).

Sa maîtrise de la langue grecque et sa connaissance étendue de la patristique orientale s'expliquent par son séjour très prolongé à la cour de Constantinople. A quel titre était-il là? Quand et comment y arriva-t-il? Jusqu'à quelle date y demeura-t-il? Où et en quelle année mourut-il? Autant de questions jusqu'ici restées sans réponse. Les chroniqueurs latins parlent peu ou point de Hugues Éthérien ; son œuvre n'a pas attiré leur attention comme

(1) De haeresibus quas Graeci in Latinos devolvunt libri très, sive qiiod Spiritus Sanctus ex ufroque, Pâtre scilicet et Filio, procédai, contra Graecos, PL, t. CCII, col. 227-396.

(2) Allatius, De Ecclesiae occidental is atqiie oriental is perpétua consent ione, p. 654. Cologne, 1648.

(3) «... editum a me utraque lingua librum accipite. » Hugonis epistola ad Aimericum Antiochenum patriarcham, PL, t. CCII, col. 230.

(4) « Libros de processione Spiritus sancti, quos tam Graece quam Latine scriptos misisti, cum magna suscipimus cordis alacrltate. » Rescriptum Aimerici ad Hugonem, PL, t. CCI!, col. 231.

(5) Fabricius, Bibliotfieca latina mediae et infimae aetaiis, t. III, p. 292. Padoue, 1754.

(6) IVoLPiNi] dans [Fabroni], Memorie istoricfie di piii uomini illustri pisani, t. Il, p. 140. Pise, 179L

(7) Epistola cleri Pisani ad Hugonem, PL, t. CCII, col. 167.

(8) Voir plus bas, p. 489.

celle de Burgundio son concitoyen (')• Quant aux relations byzantines, à en juger du moins par les écrits de Kinnamos et de Nicetas Choniates, elles ne semblent pas en dire davantage.

Tout ce que l'on savait, d'après le témoignage de Hugues luimême, c'était qu'il consacrait ses loisirs à rechercher dans les bibliothèques de Constantinople, à lire, à étudier les ouvrages théologiques grecs et latins (-), et que son frère Léon exerçait auprès de l'empereur Manuel Comnène les fonctions d'interprète. Ce frère, tendrement aimé, lui apportait, dans les labeurs de l'étude, l'aide de ses affectueux encouragements, de ses lumières et de sa plume (').

La présence de ces deux Pisans à Constantinople n'étonnera pas, si on se rappelle les sympathies latinisantes de Manuel, qui aimait à s'entourer d'Occidentaux, en dépit des protestations de son peuple (/). L'ambition de ce prince était de rétablir l'ancienne

(1) Voir p. ex. Breviarium Pisanae historiae, année 1172, dans Muratori, Scriptores rerum italicarum, t. VI, p. 186; Robert de Torigny, Cronica, dans MGH, SS, t. VI, p. 531. — Voir aussi J. de Qhellinck, Le mouvement théologique du x]f siècle, p. 245 svv. Paris, 1914.

(2) « Et quoniam hoc inter Graecorum fontes haustum est, dum in supernarum rerum cognitione versor Constantinopoli, docticanae investigationi vestrae misi > [et non : nisi, comme imprime Migne]. Hugonis epistola ad Aimericum Antiochenum patriarciiam, PL, t. CCil, col. 230. «Ad ultimum vero sanctorum Ecclesiae pastorum testimonia Constantinopoli multo tempore quaesita, mihi assensum et favorem Latinoium dogmati maxime praestantia, et tenorem fidei eorumdem conîirmantia, ut demonstrativos adjiciam syllogismos. « De haeresibus Graecorum, préface, PL, t. CCII, 234. — « ... transeundum est ad genus talium demonstrationum, qualium hujus sublimitas participât negotii ; ut diductis lucubrationibus. sub crépitantes lucernas, requisitisque sanctorum atque philosophorum Latinorum Graecorumve quam multis voluminibus, inveniam quod ad legendum vestrae primum ac aliorum diligentiae, liber tertius exhibeat. ■> Ibid., 1. Il, c. 19, PL, t. CCII, 334. — « In multis nimirum, ad apum similitudinem, tam Graecorum quam Latinorum codicibus quaesivi, et inveni favum mellis. » De anima corpore exuia, c. 1, PL, t. CCI!, 168.

(3) De haeresibus Graecorum, 1. I, c. 20; 1. II, préface et c. 19; 1. III, préface, PL, t. CCII, col. 274 et 334. — Hurter (Nomenclator litterarius, t. II, p. 172, Inspruck, 1906) fait de Léon tantôt un disciple, tantôt un frère de Hugues; Chalandon également (o. c, p. 227) a l'air d'ignorer que Léon de Toscane est le frère de Ugo Eteriano qu'il mentionne à la même page. Les détails sur le séjour de Hugues Éthérien à Constantinople que fournit Vallée, dans son ouvrage anonynîe, Dissertatio qua expenditur celebris locus S. Basilii magni de processione Spiritus Sancti a Pâtre Filioque fp. 8 et 9. Paris, 1721) et que Kranich fDer M. Basilius in seiner Stellung zum Filioque, p. 61-81. Braunsberg, 1882) vante comme présentant le plus haut intérêt, ne sont que des emprunts à la préface du De haeresibus Graecorum et à la lettre de Huojues au patriarche Aimeric.

(4) Lire ce qu'en disent Nicetas Choniates, Historia de Manuele Comneno,

unité de l'empire, en réunissant sur sa tête la couronne d'Occident à celle d'Orient; pour réaliser ce rêve, il aurait volontiers accordé au pape la réunion des Grecs à l'Église latine. Plusieurs ambassades furent échangées à ce sujet entre Rome et Byzance {^). Hugues Éthérien se vit mêlé aux discussions théologiques auxquelles donnèrent lieu ces pourparlers. Il fait allusion, dans son ouvrage (-), à ses rapports avec les légats pontificaux Ubalde, cardinal-évêque d'Ostie ( ), Bernard, évêque de Porto, Jean, cardinal du titre des Saints-Jean et Paul. La mission de ces trois personnages, sur laquelle les renseignements sont fort rares, eut lieu vers l'année 1168 {*). C'était la date la plus reculée que l'on possédât jusqu'ici, pour déterminer l'époque du séjour de notre auteur à Constantinople. 11 s'y trouvait certainement encore en 1177, puisque, en cette année, il envoya de Constantinople son ouvrage à Alexandre III (■'). Tronci, dans ses Memorie istoriche délia città di Pisa {''), parle de Hugues Éthérien à l'année 1181; mais la manière dont il le fait ne permet nullement d'inférer que Hugues se soit trouvé certainement encore à Constantinople à cette date, ni que cette année ait été, comme l'insinue Volpini (^), la dernière de son séjour à Byzance.

Peu après la mort de Manuel, le peuple de Constantinople embrassant le parti de l'intrigant Andronicus contre les régents du jeune Alexis Comnène, donna libre cours à sa haine des Latins et l'assouvit dans un massacre sauvage, où ne fut pas épargné le

1. VI, éd. Bekker dans Corpus scriptorum historiae byzantinae, p. 260 et 265. Bonn, 1835 ; Guillaume de Tyr, 1. XXII, c. 10, dans Recueil des historiens des croisades, t. I, p. 1079-1080. Voir aussi Krumbacher, Geschichte der byzantinischen Literatur , 2" édit., p. 1023. Munich, 1897; Nordeî^, Dos Papsftum und Byzanz, p. 102. Berlin, 1903; Chalandon, Les Comnène, t. II, Jean II Comnène et Manuel II Comnène, p. 227 et 553. Paris, 1912. — Sur la situation des Pisans à Constantinople, cfr G. Mulles, Documenfi sulle relazioni délie città toscane coll' Oriente cristiano e coi Turchi, lliustrazioni XXXIV, p. 414-424.

(1) BosoN, Vita Alexandri III, éd. Duchesne, Liber poniificalis, t. II, p. 415 et 419. Paris, 1892. Cfr Chalandon, o. c, p. 564-570.

(2) De haeresibus Graecorum, préface, PL, t. CCII, col. 233.

(3) Élu pape le 1" septembre 1181, prit le nom de Lucius III.

(4) BosoN, 0. c, p. 415; Chalandon, o. c, p. 565.

(5) La lettre de remerciement d'Alexandre III est datée : Troiae, idus novemb. JAFFÉ, Regesta pontificum romanorum, 2" éd., t. II, p. 315. Leipzig, 1883. Voir Watterich, Pontificum romanorum vitae, t. II, p. 639. Leipzig, 1862.

(6) Tronci, Memorie istoriche délia città di Pisa, p. 144. Livourne, 1682.

(7) Volpini, o. c, p. 140.

légat pontifical, Jean, cardinal-diacre de Saint-Ange (1182) ('). On aurait pu assez naturellement supposer que nos deux Pisans auraient péri en cette circonstance.

Deux documents, publiés en 1879 par M. G. Millier (-') et peu utilisés jusqu'ici (^), interdisent cette hypothèse et nous permettent d'ajouter quelques détails à la trop maigre biographie de notre auteur.

Le premier est une lettre de Hugues aux consuls de Pise, écrite à Constantinople en l'année 1166. Notre auteur résidait donc déjà dans la capitale de l'empire deux ans au moins avant l'arrivée des légats nommés plus haut; et il avait eu le temps de s'attirer de nombreuses et honorables sympathies, comme on va le voir. Dans cette lettre, Hugues annonce aux consuls le décès du pisan Signoretti, devenu citoyen de Byzance; le legs que, sur ses instances, le moribond avait fait à sa ville natale; les vexations auxquelles Hugues, comme exécuteur testamentaire, s'était vu en butte de la part du cupide agent fiscal Astaforte. Prétendant saisir au profit de l'État la succession de Signoretti, Astaforte avait fait jeter en prison les six autres exécuteurs, sans oser d'abord, semble-t-il, toucher à Hugues; puis avait fini par l'arrêter, lui aussi (/). Mais aussitôt toute la ville s'était émue; les personnages les plus haut placés s'étaient rendus sur le champ auprès de l'empereur pour l'instruire de ce qui se passait et réclamer son intervention; l'empereur indigné avait ordonné de relâcher le prisonnier ( ').

L'autre document est plus précieux encore. C'est une lettre du

(1) Voir le récit de ce massacre dans Nicetas Choniates, Hisioria de Alexio Comneno, n. 11, éd. Bekker. o. c. p. 323-326; Guillaume de Tvr, o. c, \. XXIi, c. 12. t. 1, p. 1082-1084.

(2) G. MuLLER, 0. c, p. 11-13 et 24-25.

(3) La seule mention que nous en ayons rencontrée est dans Chalandon, o. c, p. 227. Le second de ces documents, la lettre de Lucius III, avait pourtant déjà été publié par Bandini, Cafalogus codicum latinorum bibliothecae Laurent i an ae, t. IV, p. 632-633. Florence, 1777. Il était aussi parvenu à la connaissance de Volpini, mais seulement après la rédaction de sa notice sur Hugues Éthérien ; il l'a alors publié dans une note à une autre biographie (Memorie di più uomini illustri pisani, t. IV, p. 151-153) où il est bien difficile de soupçonner son existence.

(4) « ... rursus. omnibus accersit[is defunc]ti procuratoribus, e.xcepto quideni me, adiit scelestus imperatorem clamque illi firmavit... » Lettre de Hugues aux consuls de Pise, MiAlle:?, o. c, p. 13.

(5) «... solus enim meae captivitatis sermo in hore cunctis erat. Obstupescebat civitas ammiratione talis monstri... ; et hii q^iidem pro XX milibus, Venetici vero pro centum milibus aureorum vadari omni cum supplicatione precabanlur, modo

pape Lucius III, adressée, le 7 décembre 1182, à «Maître Léon, interprète des lettres impériales», dans laquelle il annonce au Toscan la mort de son frère Hugues. Le pontife, jadis cardinal d'Ostie envoyé à Constantinople, avait pu apprécier les mérites de Hugues Éthérien ; il fait l'éloge du défunt, il vante sa vie honorable et pure, sa fin édifiante et les grands fruits que ses ouvrages promettent à l'Église de Dieu. Nous y apprenons en outre que Hugues avait quitté Constantinople pour Rome et que là, par un privilège unique accordé à ses mérites, il avait reçu les ordres sacrés, jusqu'au diaconat inclusivement, sans être soumis aux délais canoniques. Enfin le pape avait mis le comble à ses faveurs en le créant cardinal-diacre de Saint-Ange (^). Il ne jouit pas longtemps de cet honneur puisque le titulaire précédent, Jean, était mort légat à Constantinople, en mai de la même année 1182. La brièveté du cardinalat de Hugues Éthérien explique sans doute pourquoi on ne trouve son nom dans aucune histoire des cardinaux {').

La dépouille du vaillant défenseur de la procession du Saint- Esprit fut déposée dans l'église Saint-Paul.

La courte notice biographique consacrée à Hugues Éthérien par Trithemius (•^), à laquelle font écho tous ceux qui eurent à parler de lui, Tronci, Gradenigo ("*), Volpini, etc., vante sa connaissance des langues grecque et latine, sa vaste érudition, son esprit philosophique. L'examen de ses œuvres permet de ratifier ce jugement flatteur, sauf une petite restriction sur l'élégance de son latin. Ses contemporains le tenaient certainement en haute estime et sa réputation s'étendait au loin. Il faut lire les éloges dithyrambiques que lui décernent dans leurs lettres le

poenalibus locis educerer. Mane autem facto mihi animo carior frater, invicti principis egregius interpres, magister Léo, viri quoque cum eo clarissimi, comités, principes, milites, quod gestum fuerat, augustissimo principi exposuerunt... » Ibid.

(1) '< Quia, cum iaicus esset, eum clericum fecimus et usque ad diaconatus ordinem curavimus honorifice promovere ; ita quod usque ad tempora ejus auditum non fuerit, aliquem de laico usque ad diaconatus ordinem tani brevi temporis spatio fuisse promotum. ^> Lettre de Lucius 11! à Léon, G. MUller, o. c, p. 25.

(2) Consulter, p. ex., Ciaconi, Vitae et res gestae puntificum romanorum et S. R. E. cardinalium. Rome, 1677; F. Cristofori, Storia dei cardinali di santa romana Chiesa dal secolo V ail' anno del signore MDCCCLXXXVIII, t. I. Cronotassi dei cardinali. Rome, 1888.

(3) Trithemius, De script or Ibiis ecclesiasticis, p. 168. Cologne, 1546.

(4) Gradenigo, o. c, c. VIII.

clergé de Pise, le patriarche latin d'Antioche, Aimeric, le pape Alexandre III et, dans le Prologue à la Missa Graecorum, son cher frère Léon (^). Mais nous avons en sa faveur des témoignages plus éloquents que ces pompeuses formules. En cette époque où Pise ne manquait certes pas d'hommes éminents (-), n'était-ce pas, de la part du clergé de cette ville, rendre à Hugues un hommage peu suspect, que de recourir à la plume de ce concitoyen émigré à Constantinople, pour combattre certaines erreurs naissantes sur l'immortalité de l'âme? Et Hugues compose pour sa ville natale son traité De anima corpore exuta (^). C'est à son érudition que s'adresse aussi le patriarche latin d'Antioche Aimeric. Ce prélat, à qui jadis le pape Eugène III demandait une traduction du commentaire de saint Jean Chrysostome sur l'Évangile de saint Mathieu, représentée seulement en Occident par deux exemplaires incomplets (^), charge à son tour Hugues Éthérien de rechercher le texte authentique du traité du même saint sur les Épîtres de saint Paul; il lui demande aussi certaine chronique de

(1) « Prudentiae tuae ac mirae scientiae fama, veluti solis jubar universum prope orbem terrarum in dies magis magisque spargitur... Tu hujus gentis columen es... Ea [le traité qu'on lui demande] non minori studio amplexaremur, quam si beati Augustini essent. » Cleri pisani epistola ad Hugonem, PL, t. CCI!, col. 167. — « Pro eo quod scientiae vestrae splendor jam prope toti mundo

serenus irradiavit Quare vos antiquis gentilium philosophis praeferimus, et

magnis Ecclesiae magistris, si vestrae dilectionis majestas in hoc non laeditur, aequiparamus, frequenterque optavimus ut veniretis ad nos... Non solum autem vivitis vobis, sed nobis et universali Ecclesiae, proque tota Laîinitate vos antemurale fortissimum opposuistis... » Rescriptum Aimerici ad Hugonem, PL, t. CCII, col. 231. — « Attendentes quoque fructum quem exinde speramus Ecclesiae Dei proventurum librum ipsum grata et laeta manu recepimus.... voluntatem habentes, te quem hactenus relatione nostrorum, qui a partibus Constantinopolis revertebantur, charum habebamus, de Ccetero ferventius diligendi, et multo chariorem habendi et sincerius amplexandi. » Rescriptum Alexandri papae, PL, t. CCH, col. 230. — « Et quidem prae omnibus Frater, et praeceptormeus Hugo .4itherianus... Nam is graecorum loquelae perplexainternodia, olorum evincentia melos, verborumque murmura, quae pêne Maronis pectus fatigarent ac Ciceronis, intrepida excussione, inspectis narrationum radicibus, mirifice discriminât. » Leo Tuscus in Prologo ad Missam Graecorum, cité par VoLPiNi, 0. c, p. 155-156. Une partie de la traduction de la liturgie de Chrysostome par Leo Tuscus a été publiée, mais sans le prologue, par R. Engdahl, Beitrage zur Kenntnis der byzantinischen Liturgie, p. 35 sv. (Neue Studien zur Gesch. der Theol. und der Kirche, t. V.) Berlin, 1908.

(2) VoLPiNi, 0. c, p. 144, 145 et 157.

(3) PL, t. CCH, col. 167-226. Imprimé pour la première fois à Cologne, en

(4) Martène, Amplissima collectio, t. L P- 817-818.

l'empire et la Praxis du concile de Nicée (0- L'empereur, qui aimait à se mêler aux discussions théologiques (-), ne dédaigne pas d'interroger le docte Pisan {^). Et le pape le presse de contribuer, par ses avertissements et ses exhortations, à ramener l'empereur à l'unité catholique ("*).

Comme Hugues Éthérien le raconte lui-même, c'est à la demande de Manuel, c'est sur les instances des légats pontificaux, qu'il composa ses trois livres sur le Saint-Esprit (■).

Cet ouvrage et le De anima corpore exuta sont les seuls dont nous ayons conservé le texte intégral. L'on cite encore de Hugues des extraits d'un traité contre les rites des Grecs, contenus dans un ouvrage longtemps attribué à un certain Panthaléon (''). Aux raisons péremptoires invoquées par Basnage (") pour restituer à Hugues cette partie de l'œuvre, nous pouvons ajouter que le De haeresibiis Graecorum reprend ('') les idées développées par la partie visée du Tractatus contra Graecos. De plus, dans la lettre d'envoi de son ouvrage sur le Saint-Esprit au souverain pontife, nous lisons cette phrase : « Verum spe non derelinquor, qui credo illum in cunctis Hesperiae finibus debere recipi qui ... pro Latinae ritu Ecclesiae se opposuit contra viros debellatores ... (''). » N'est-il pas permis de voir là une allusion à son livre contre les rites des Grecs? Et si la supposition est légitime, nous y apprenons, par le fait même, que le livre contre les rites des Grecs précède le livre contre les hérésies des Grecs, ou du moins précède l'envoi de celui-ci à Alexandre III.

Le cardinal Hergenrôther ('"), dont l'avis fait justement autorité en ce qui concerne l'histoire des controverses grecques, distingue

(1) Rescriptum Aimerici ad Hugonem, PL, t. CCIl, col. 232.

(2) JoANNES KiNNAAios, Hîstoriarum, lib. VI, n. 2, cd. Meineke, dans Corpus scriptoriim hisioriae byzantinae. p. 253. Bonn, 1836; Nicetas Choniates, o. c, 1. VII, n. 5, loc. cit., p. 274-278. — Voir aussi D.^aeseke, Nicholas von Methone, dans le Byzantinische Zeitscfirift, 1892, 1. 1, p. 464, et Chalandon, o. c, p. 636 sv.

(3) De haeresibus Graecorum, préface, PL, t. CCII, col. 232-233.

(4) Rescriptum Alexandri papae, PL, t. CCII, col. 230.

(5) De haeresibus Graecorum, préface, PL, t. CCII, col. 233.

(6) Tracfatus contra Graecos, dans Canisius, Thésaurus monumentoram ecclesiasticonim, éd. Basnage, t. IV, p. 62 sv. Anvers, 1725.

(7) Ibid., p. 31 et 32. Le texte dit expressément {ib., p. 62) : * ... quae ex dictis ma.?istri Hugonis ^theriani nuper extrada huic operi duximus inserendam. »

(8) L. II, c. 15, PL, t. CCII, col. 317 sv.

(9) Epistola Hugonis ad Alexandrum III, PL, t. CCII, col. 227.

(10) Hergenrôther, Photius, Patriarch von Constantinopel, sein Leben, seine Schriften und das griechische Schisma, t. III, p. 175. Ratisbonne, 1869.

deux parties dans la portion attribuée par Basnage à Hugues Éthérien. La première, ne comprenant que le paragraphe intitulé dans Basnage : Contra Romanum Pontificem ('), représenterait des extraits textuels de notre auteur; la seconde, à partir du titre : Graecorum malae consuetudines {-), ne serait peut-être qu'une mise en œuvre ou un remaniement de la pensée du maître par un de ses disciples. Nous serions portés à faire un pas de plus dans ce sens en suggérant le nom de ce disciple supposé. Ne serait-ce pas Léon de Toscane, son frère? Hergenrôther ne semble pas avoir remarqué que Trithemius ( % à qui certes il ne faut pas se fier aveuglément, attribue à Léo Tuscus deux Vwres De praevaricationibus Graecorum, dont l'incipit : Graecorum intolerabilis concorde précisément avec les premiers mots de la seconde partie de Hergenrôther. De plus, dans cette seconde partie, l'auteur parle, à la première personne, d'un voyage qu'il a fait avec l'empereur en Asie (')• Or, à la fin du livre I du De haeresibus Graecorum ( ), Hugues annonce qu'il interrompt momentanément son œuvre à cause du départ de son frère pour l'Asie à la suite de l'empereur. L'hypothèse demanderait évidemment, avant d'être admise, un examen plus approfondi du texte. Ce n'est pas ici le lieu de l'entreprendre.

Le De Deo immortali mentionné par Trithemius (") ne diffère évidemment pas du De haeresibus Graecorum. On l'a déjà fait remarquer (■), dans sa dédicace à Alexandre III, Hugues appelle lui-même son ouvrage « opus de immortali Deo ». Et ce dut être le nom sous lequel il fut communément désigné autrefois, à en juger par Vexplicit que nous trouvons dans plusieurs manuscrits du xii'^ et du xiii'^ siècle : « De sancfo et immortali Deo Hugonis Etheriani liber femporibus memorandarum virtutum Alexandri

(1) Canisius, 0. c, p. 62-64.

(2) Ibid., p. 64-79.

(3) Trithemius, o. c, p. 169.

(4) « Sacerdotes eorum in plerisque iocis, viri sanguinum existunt et inferunt [mortem] sacratis manibus ; quod propriis oculis Imperatorem sequendo per- Cappadociam Persarumque regiones intuitus sum. » Canisius, o. c, t. IV, p. 65.

(5) « Et quoniam soivendis adhuc omnibus niuita supersunt, et Leonis dilecti fratris, qui est ingenii inei acumen, hujusque suscepti iaboris incentivum, calamus, tum quod imperialium vacet Epistolarum interpretationibus, tum quod nuper per Hellespontum in Asiaticam transfretavit plagam cum augustissimo principe Emmanuele, solitum scribendi obsequium continuare nequeat ; hic respirando, cogor modicum interstringere. » Lib. I, c. 20, PL, t. CCII, col. 274b.

(6) Trithemius, o. c, p. 168.

(7) VoLPiNi, 0. c, p. 152 et 162.

Papae III et magni imperatoris Manuel latine aique graece Constant inopoli éditas explicit (')• »

Les autres œuvres de Hugues, s'il faut admettre avec Trithemius qu'il en ait composé d'autres, sont non seulement perdues, mais totalement inconnues.

Nous ne nous occuperons ici que du plus important de ses ouvrages, son traité sur le Saint-Esprit.

Il en existe plusieurs manuscrits du xhi*-' et même de la fin du xn'^ siècle, donc à peu près contemporains de l'auteur. Sans prétendre aucunement à un relevé complet , signalons un manuscrit du xn<^ siècle à Troyes ('), un autre à Florence (^); deux manuscrits' du xni^ siècle : à l'abbaye de Subiaco (^), et au couvent de St-François d'Assise (■'); la bibliothèque nationale de Paris en possède un de la fin du même siècle ("); la Vaticane de Rome en possède trois (').

Le texte grec semble perdu ; du moins n'en avons-nous trouvé mention nulle part.

La première impression du texte latin fut faite à Bâle, en 1543, chez Robert Winter, par les soins de Jean Herold, en un élégant in-12 de 401 pages, précédées d'un copieux index alphabétique et d'une table des citations de l'Écriture Sainte. Margarin de la Bigne s'empressa de la reproduire dans sa Bibliotheca patrum (1589) C"), mais sans citer le nom du premier éditeur et en supprimant l'index et la table. Les éditions successives de Margarin se transmirent l'œuvre de Hugues.

Migne-n'a fait que reproduire brutalement le texte de la Lugdunensis ('') en y introduisant seulement quelques changements de

(1) Ms. de la bibliothèque médicéenne à Florence, Plut. XXIII, dext., cod. III, Bandini, Catalogus codicnm latinoriim bibliothecae mediceae laiirentianae, t. IV, p. 631.

(2) N" 844 (ancien de Clairvaux H. 75). Catalogue général des manuscrits des bibliothèques publiques des départements, t. II, p. 349-350. Paris, 1855.

(3) Plut. XXIII, dext., cod. III, Bandini, o. c., t. IV, p. 631-632.

(4) W 2è5, M\zz\7]ST\, /nventari dei manoscritti délie biblioteche d'/talia, t. I, p. 210. Forli, 1891.

(5) N" 90, Mazzatinti, o. c, t. IV, p. 38 (1894).

(6) Ms. latin n" 2948, Catalogus codicum manuscriptorum bibliothecae regiae, t. III, p. 356. Paris, 1744.

(7) Vat. lat., 820 et 821 ; Urbin. lat., 106.

(8) Margarin de la Bigne, Sacrae bibliothecae sanctorum patrum seu scriptorum ecclesiasticorum, t. IX, col. 1029 sv. Paris, 1589.

(9) Maxima bibliotheca veterum patrum et antiquorum scriptorum ecclesiasticorum, primo quidem a Margarino de la Bigne... édita, deinde celeberrimorum

ponctuation plutôt malheureux. C'était idée louable, sans doute, de mettre les citations entre guillemets; encore eût-il fallu veiller à ne pas fermer les guillemets avant la fin de la citation et à ne pas les laisser ouverts encore trois ou quatre lignes après que Hugues a repris la parole (')•

Le texte y est d'une incorrection lamentable. Plusieurs erreurs dans les citations seraient pourtant faciles à corriger, même sans recourir au texte grec des Pères (-). Veditio princeps de Bâle n'est pas beaucoup plus satisfaisante; comme, de plus, on ne la trouve pas partout, nous avons cru devoir renvoyer toujours à l'édition de Migne.

Est-ce uniquement à l'état défectueux du texte qu'il faut attribuer l'aspect rude et heurté du latin de Hugues? Nous n'oserions

in universifafe coloniensi dodorum studio... aucta... hac tandem editione lugdunensi... locupletata et in tomos XXVII distributa, t. XXII, p. 1198 sv. Lyon, 1677.

(1) P. ex. 1. II, c. 15, col. 313b, la citation de Chrysostome continue jusqu'aux mots : ... Spiritum in vos ; i. III, c. 14, col. 368c, celle d'Athanase jusqu'aux mots : ... solus Spiritus. Par contre, I. III, c. 13, col. 365a, les guillemets auraient dii être fermés immédiatement après le mot connumeratur ; 1. III, c. 16, col. 376b, après les mots : hic aiitem quid? D'autres fois les guillemets restent ouverts : 1. III, c. 15, col. 371d.

(2) Ainsi au lieu de : «Et hoc Dominus non secundum participationem... ^ (I. II, c. 18, PL, t. CCII, col. 328a), il faut lire : « Et hoc dicimus non secundum participationem » (Kal toOto ^x^cv où ;jlc9î-/.~wc sTvxt, PG, t. LXXV, col. 1013b). Cette faute et les deux suivantes se trouvent déjà dans l'édition de Bâle (p. 220 1. A remarquer une erreur de numérotation des chapitres du livre II dans cette édition de Bâle : on y passe directement du chapitre ,XV au chapitre XVII. Margarin de la Bigne reproduit l'erreur ; l'édition de Lyon la transporte en donnant au chapitre XIV le n° XV. Migne rétablit le numérotage exact, mais en laissant par distraction le chiffre XV au chapitre XIV, et en le répétant pour le vrai chapitre XV. — A la colonne 315c (1. II, c. 13) vous lisez : « Glorificatum a Pâtre; » entendez : « Glorificatum a Spiritu » (oo;irE7f)a'. -apà -o'j nv-jaaxo;, PG, t. LXXVI, 353c). Au lieu de : « Nos autem secundum carnem adeoque ex causissunt habitudinem praeponi Filio Patrem dicimus > (1. III, c. 13, col. 367d), il faut : Nos autem secundum causarum ad ea quae ex causis sunt habitudinem praeponi Filio Patrem dicimus ('H[jie1; oè, xat-à y-èv -ttiv twv atTi'wv -oo; ta e; stÙTtov o/Ij'm 7:poT£xâ-/0a'. ~o\i ïloù tov IlaTÉpa '30i\i.hi. PG, t. XXIX, col. 557b). — D'autres fois des mots sont passés qui ne manquent pas d'importance. Comment comprendre le texte : « Ex Filio autem Spiritum non dicimus, Spiritum vero nominanuis » (1. III, c. 21, col. 394c), si après le second Sp/W/u/n on n'ajoute le mot Filii comme porte le grec? (Ex too Vioj oè to rivîjua o!» hi-;o\}.z'j' l\^iz\i\j.-x oè X\ryj o-/otj.i;ou£v. PG, t. XCIV, col. 832b). L'édition de Bâle (p. 396) et la première édition de Margarin (col. 1175i portent d'ailleurs le Filii et le manuscrit de Paris (Bibl. Nat., lat. 2948, fol. IOOr', que nous avons fait vérifier, vu l'importance du texte, le porte aussi. Nous pourrions allonger encore cette liste d'errata.

le prétendre. Le style de ses lettres et de ses dédicaces trahit la recherche et, à force d'enflure, engendre l'obscurité; son exposé, lorsqu'il rapporte les attaques des adversaires et surtout lorsqu'il traduit les réponses des Pères, se ressent péniblement de la concision du grec.

Nous avons pu nous assurer qu'il est original dans ses traductions. La comparaison de sa version avec celle de Burgundio, pour S. Jean Damascène ('), avec celle de Rufin, pour S. Grégoire de Nazianze (-), nous a révélé de notables différences de forme qui attestent l'indépendance mutuelle et rendent d'autant plus précieux à nos yeux l'ouvrage de Hugues Éthérien.

Malgré l'état lamentable du texte, il y a moyen néanmoins de constater le progrès réalisé par Hugues Éthérien sur ses prédécesseurs et ses contemporains occidentaux au point de vue de la patristique grecque. C'est à ce domaine que se réduisent, pour le moment, nos recherches.

Comme polémiste, Hugues occupe du reste une place de choix. Un des meilleurs historiens de ces controverses, le cardinal Hergenrôther, qui a ajouté un précieux commentaire historico-théologique à son édition du De S. Spiritus mystagogia de Photius (*), ne manque pas de rendre hommage à la valeur de Hugues Éthérien et fait ressortir la justesse habituelle de ses réponses aux arguments de Photius (^), malgré quelques passages faibles ou inexacts (■').

Il serait malaisé de donner un résumé des trois livres qui composent l'ouvrage de Hugues Éthérien, pour la bonne raison qu'on n'y discerne aucun plan. Hugues réfute une à une, sans ordre apparent, ni d'idées ni d'auteurs, les objections soulevées par les Grecs contre la procession du Saint-Esprit. On peut s'en convaincre en lisant la brève récapitulation qu'il a tentée lui-même à la fin de son second livre. Veut-on voir dans cet apparent désordre un reflet de la conversation avec l'empereur qui donna naissance à l'écrit ('')?

(1) Cfr Burgundio, De fi de ortfwdoxa (ms. Bibl. Mazar. 711, fol. 6 v°).

(2) RuFiNii, Orationum Gregorii nazianzeni novem interprétât io, éd. Augus- Tus Engelbrecht, p. 100, 152, 154-155. (Corpus scriptorum ecclesiasticorum latinorum, t. XLVI.) Vienne, 1910.

(3) Ratisbonne, 1857, reproduit par Migne, PG, t. Cil, coi. 279-542 ; les Animadversiones occupent 150 colonnes (col. 399-542).

(4) Animadversiones, IV, 2, 6, 7, 11, 16, 19, 26, etc. ; ibid., 498, 500, 502, 511, 518, 522, 531.

(5) O. c, iV, 21; ibid., 525-526; Petau, Theologica dogmata de Trinitate, lib. VII, n. 4, t. II, p. 661. Paris, 1644.

(6) Cfr 1. I, préface, PL, t. CCII, col. 232d et 233a.

Une comparaison avec le rapport de Kamatéros sur les arguments de l'empereur (') serait peut-être nécessaire pour apprécier la marche de Hugues. Les dix premiers chapitres du livre III sont mieux coordonnés et tout philosophiques : l'auteur y passe en revue la série des prédicaments et démontre qu'aucun d'eux ne fait obstacle à la procession du Saint-Esprit. Les chapitres suivants reprennent la méthode des objections et insistent sur le témoignage des Pères ('-).

Montrer que les plus illustres Pères grecs professent, sur ce point du dogme, la même doctrine que l'Église latine est d'ailleurs l'intention principale de son œuvre, comme il nous en avertit dès le début (^). Nous pouvons donc nous attendre à voir défiler nombreux sous sa plume ces vénérables témoins.

Nous ne nous arrêterons pas à étudier l'usage qu'il fait des Pères latins. Il en cite par endroits quelques-uns, Augustin (^), Jérôme (^), le pape S. Léon ('), le pape S.Grégoire('),Ambroise("~), Hilaire(''), pour montrer combien la multitudo sanctorum est d'accord avec la foi romaine, chez les Latins comme chez les Grecs : « conte stificante hoc idem et multitudine sanctorum » ('"). Comme arguments d'autorité, ils interviennent peu dans la polémique (^'). Hugues ne pouvant pas ignorer comment Photius rejetait a priori la valeur de leur témoignage {^~).

Nous ne nous arrêterons pas davantage aux hérétiques qu'il combat. Remarquons seulement qu'à côté des dissidents anciens, EunomiusC '), Photius ('^), Nicetas de Byzance('"'), il s'attaque aussi

(1) Cfr Hergen.^ôther, Photius, t. III. p. 810-814.

(2) On trouvera un essai de résumé dans Ceillier, Histoire générale des auteurs sacrés et ecclésiastiques, t. XXIII, p. 200-201. Paris, 1763, et un résumé moins succinct, ou plutôt une énumération des principaux points touchés, dans Werner, Der heilige Thomas von Aquino, t. I, p. 732-736. Ratisbonne, 1858.

(3) Voir, outre les textes que nous avons cités p. 487, note 2, les affirmations de sa préface rapportées plus bas p. 501.

(4) L. I, c. 14, PL, t. CCII, col. 258; c. 16, col. 264; 1. III, c. 17, co!. 378.

(5) L. I, c. 14, col. 258; c. 16, col. 264; 1. III, c. 17, col. 379; c. 18, col. 381.

(6) L. III, c. 16, col. 375.

(7) L. II, c. 13, col. 313; 1. III, c. 21, col. 393.

(8) L. III, c. 17, col. 378.

(9) L. II, c. 3, col. 280 et 1. III, c. 17, col. 378.

(10) L. III, c. 16 et 17, col. 373-379.

(11) P. ex. l. I, c. 14 et c. 16, col. 258 et 268.

(12) De S. Spirifus mystagogia, 71, 78, 81, PG, t. Cil, col. 352, 360, 365.

(13) L. II, c. 4, PL, t. CCII, col. 283; c. 5, col. 284.

(14) L. II, c. 15, 16, 17, 18, col. 317, 322-326; 1. III, c. 15, col. 370.

(15) L. I, c. 7, 12, 15, 17, col. 244, 250, 259, 266; 1. II, c. 1, 2, 5, 6, 8, 10, 11,

à des adversaires tout contemporains, comme Néchite, archevêque de Nicodémie ('), avec qui Anselme de Havelberg avait eu ses conférences vingt-cinq ans plus tôt, et Nicolas, évêque de Méthone (-), qui venait de mourir (vers 1165). Nicétas de Thessalonique, lui aussi un contemporain, est pris à partie, malgré ses louables efforts de conciliation, parce qu'il rejette le ex Filio, tout en admettant le per Filium (^). Théodoret de Cyr figure parmi les adversaires et est traité rudement (0- Par contre, Apollinaire est invoqué, sans aucune réserve sur son orthodoxie ('').

Voici, à part deux citations que nous ne sommes pas parvenu à identifier ('), la liste complète des Pères consultés par Hugues.

s. Grégoire le Thaumaturge.

Expositiofidei, PG, t. X, 986 (H. 292 d) (•)

S. Athanase.

Episf. ad Serapionem 1, n. 20, PG, t. XXVI, 579 (H. 327 cd et 368 c)

Symbole Quicumque (H. 393 d)

S. Basile.

Adversus Eiinominm, 1. I, PO, t. XXIX, 558 (H. 367 c)

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