‹ Mélanges d'histoire religieuseChapitre 5 sur 10 · NOUVELLE TRADUCTION DU NOUVEAU TESTAMENT · texte numérisé non relu

NOUVELLE TRADUCTION DU NOUVEAU TESTAMENT

Il vient de paraître à Genève un livre qui n^est pas seulement un de ces ouvrages distingués comme cette ville s'est toujours honorée d'en produire, mais un livre qui fera époque. Ce livre s'adresse à la fois aux savants et aux ignorants; il satisfait à toutes les exigences de la science, et il est en même temps destiné à exercer une action considérable sur les habitudes reUgieuses du protestantisme. L'ouvrage dont je ne crains

^Les livres, du Nouveau Testament ^ traduits pour la première fois d^aprii les textes les plus aticiens, avec les variantes de la Yulgate laiioe et des inapuscirits grecs jusqu'au !• siècle, t^s cotations de r Ancien Testament suivant le texte hébreu et la version desLXX» par Albert Rillieti ancien professeur à T Académie de Genève.

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pas de parler en ces termes est la traduction du Nouveau Testament dont H. Albert Rilliet a récemment publié la dernière partie.

Pour faire comprendre Timportance que j'attache à ce travail^ il faut en faire sentir la nouveauté, et pour cela il est nécessaire d'entrer dans quelques détails.

La première question que le traducteur du Nouveau Testament soit conduit à se poser est une question qui trouble fort peu Tesprit des lecteurs^ mais qui n'en est pas moins très-importante et très-embarrassante : Je vais traduire le Nouveau Testament, mais où en trouverai-je le texte authentique? En effet , ne possédant plus Tes autographes des écrivains sacrés, nous en sommes réduits à des copies manuscrites. Ces manuscrits sont nombreux, et, comme il est aisé de le concevoir, il n'en est pas deux qui ne diffèrent l'un de l'autre sur un grand nombre de points. La plupart de ces différences, il est vrai, n'affectent pas le sens, mais il en est quelques-unes qui ont de la gravité et beaucoup qui ont de l'intérêt. On comprend maintenant la (|uestion. Nous n'avons plus le texte primitif, authentique, mais seulement des textes qui s'en rapprochent plus ou moins, et cela dans une mesure iHbonnue et indéterminable, des manuscrits qui nous embarrassent tout ensemble par leur nombre et par leurs différences. Encore une fois, que ferons-nous? Suivrons-nous l'un

au détriment de tous les autres? Les prendrons-nous tous pour les combiner et les corriger Tun par Tautre?

C'est ce dernier parti qui a d'abord paru le plus naturel, et c*est celui auquel on s'est arrêté jusqu'à nos jours. Sauf quelques fac-similé, sauf une ou deux exceptions récentes, toutes les éditions du Nouveau Testament grec nous présentent un texte formé de leçons puisées dans les divers manuscrits, au gré des divers éditeurs. C'est dire que l'appréciation individuelle de chacun de ces éditeurs a présidé à leur travail , et que leurs éditions présentent entre elles autant de différences que les manuscrits eux-mêmes. L'incertitude naturelle des choses se trouve ainsi augmentée de l'arbitraire des doctes. De là l'embarras du traducteur. De toutes ces éditions, laquelle suivra-t-il? Prendra-t-il Lachmann, Tischendorf, tel autre encore? S'il choisit le travail de l'un de ces savants, le prendra-t-il à l'aveugle et de confiance? Mais il n'en a pas le droit. Ou le contrôlera-t-il et le corrigera-t-ii? Ce sera alors une nouvelle édition, un nouveau texte après tant d'autres.

11 est vrai que pendant longtemps TÉglise n'a point connu ces difficultés. L'usage, secondé par l'assoupissement de l'esprit critique, avait donné sa consécration à un texte formé par Érasme et répandu par les presses des Elzevirs. C'est ce travail , connu sous le nom de texte reçu, qu'ont suivi les auteurs de nos versions

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françaises du Nouveau Testament. Or il se trouve que ce texte a été formé sur des manuscrits peu nombreux et sans valeur, et, qui plus est, qu'il a été formé avec une extrême précipitation et des procédés de fabrication vraiment inqualifiables. II ne peut plus désormais être question du texte reçu. Le traduire aujourd'hui ce serait offrir au public un travail frappé d'un vice radical, ce serait lui donner volontairement un produit inférieur et altéré.

M. Rilliet s'est posé la question avec netteté et Fa résolue de la manière la plus simple en apparence, mais en réalité la plus neuve et la plus ingénieuse. Partant du principe que la copie la plus ancienne a le plus de chances d'être conforme à l'original perdu, il non s a donné la traduction d'un manuscrit célèbre, celui du Vatican, lequel remonte au iv* siècle. Ce manuscrit étant incomplet, les lacunes en ont été comblées au moyen du manuscrit qui le suit dans l'ordre d'antienneté. Ainsi nous avons enfin un objet d'étude fixe et détermiilé; le lecteur sait désormais ce qu'on lui offre et ce qu'il a sous les yeux. Maïs ce n'est pas tout : comme la supériorité du manuscrit du Vatican n'est que relative, comme son autorité ne saurait, dans aucun cas, trancher péremptoirement les questions, il importait de mettre chaque fois devant le lecteur tous les éléments d'un jugement. C!est ce qu'a fait notre tra-

ducteur en rassemblant au bas des pages les variantei fournies par tous les manuscrits antérieurs au x» siècle c^est-à-dire les différences qui subsistent entre ces manuscrits et celui qui sert de base à la traduction.

Le résultat du système suivi par M. Rilliet^ on ne saurait se le dissimuler^ est de choquer quelques habi^ tudes. Il est manifeste que ce système Introduit uil élément d'incertitude et de discussion là où le texte reçu et les versions qui le suivaient entretenaient le lecteut dans Tillusion d'une possession incontestée. Il est même des passages qui ont disparu du texte pour ne plus trouver place que dans les variantes, par exemple, la flii de l'Évangile de saint Marc, et, darts saint Jean,rhistoiredk la femme adultère et le passage dit des trois témoins. Si le public religieux était tenté de s'en plaindre, nous ne connaissons, il faut bien l'avouer, aucun moyen de le consoler. Le traducteur nous a placés eii face des faits, c'est-à-dire de la vérité', ou du moins des éléments entre lesquelles il s'agit de démêler la vérité. Assurément on ne pouvait lui demander plus; quelqu'un, par hasard, oserait-il lui demander moins?

Nous n'avohs encore parlé que des principes suivis par M. Rillîet; hâlons-nous d'ajouter que l'excellence de Texéculion répond, dans son travail , à la justesse des principes. Sa traduction est Touvrage tout ensemble d'un excellent helléniste et d'un écrivain auquel

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