‹ Mélanges d'histoire religieuseChapitre 103 sur 109 · Loc. laud · texte numérisé non relu

Loc. laud

près inconnues à l'histoire. Mais il y eut un temps où leur existence fut si profondément troublée que des discordes intestijies ne seraient pas une explication suffisante. Il y eut un temps où Suse fut réduite à une existence chétive. probablement par le fait d'envahisseurs étrangers. Puis l'art reprit son cours, et selon les mêmes grandes lignes. Je viens de dire que M. Pottier l'a démontré en dressant la liste des ornements employés dans la poterie fine et dans celle de la seconde période, dont il nous reste à parler. Peut-être cependant, à mettre en relief les points théoriques de ressemblance, aurait-on Tjmpression d'une identité plus parfaite qu'elle ne fut en réalité. Ce qui manque le plus à la seconde poterie, c'est un impondérable qui n'est rien moins que la beauté.

M. Pottier ne nous l'a pas caché. Dans la céramique du second style, où le gobelet et la coupe ont disparu, l'argile est plus grossière, moins épurée, plus épaisse, la couleur moins solide et moins belle; le rouge, extrêmement rare dans la première période, est maintenant fréquent, mais le noir est moins lustré; surtout les formes sont moins élégantes.

Cependant, on ne saurait parler simplement de décadence. C'est plutôt un art qui recommence, c'est une Renaissance. Mais loin de s'inspirer seulement des anciens modèles, elle s'efforce de retourner à la nature. Les formes géométriques sont plus rares, les formes animales

se groupent en tableaux. M. Pottier a noté avec une extrême pénétration que si la fabrication de la céramique est en décadence, cette céramique subit rinfluence d'un art plus savant et plus fort, plus complexe aussi, qui s'exerça à sculpter des vases d'albâtre ou de bitume, en môme temps qu'à la gravure des cylindres.

Donc, entre le IV et le IIl" niveau, c'est une véritable efflorescence de l'art, accompagnée, nous le verrons, de l'usage de l'écriture.

Cet art, nous ne le connaissons pas seulement par la poterie, comme c'était le cas pour le Y' niveau. On peut en admirer les œuvres dans trois salles du Louvre.

Si l'on excepte la salle des Saints-Pères, les deux autres sont voisines de celle où se trouvent les monuments de l'ancienne Lagach, aujourd'hui Tello, découverts par M. de Sarzec et par M. le commandant Gros. Ce voisinage rend particulièrement sensible un fait incontestable, l'unité, dans un sens large, de l'art susien et de l'art de la Basse-Chaldée qu'on peut appeler sumérien, sans rien préjuger sur la question de race. Cet art sumérien a fleuri deux fois. Ennatum et Entéména sont célèbres par la stèle des vautours et le vase d'argent. Après un moment de dépression causée par la suprématie de Kich l'accadienne sousNaràm-Sin et Sargon l'ancien, l'art de Lagach reprend une nouvelle vigueur avec Goudéa. Mais c'est toujours le môme, presque identique à celui de l'Élam. Sur la stèle

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des vautours et sur le vase d'argent paraît iaisde (à tête de lion, fixant ses serres sur deux lions ou sur des bouquetins et des cerfs, et ce motif se retrouve dans lÉlam sur un relief en bitume. Les statues de Goudéa ont la même attitude que celles du patési d'Achnounak ou de Karibou-cha-Cbouchinak, gouverneur de Suse. Du temps d'Entéména à Lagach comme sous Doungi d'Our. à Suse, on déposait dans les cachettes de fondation des femmes portant sur leur tête des tablettes commémoratives. Les petits bronzes qui représentent un roi fichant en terre un cône sont fréquents en Chaldée; le môme personnage se retrouve à Suse en relief sur une pierre qui porte une inscription protoélamite.

Le thème si particulier du roi qui arrose le pot de fleurs de la divinité a sa place dans les deux pays. Cette comparaison pourrait se poursuivre dans les détails les plus significatifs', mais de semblables rapprochements sans images seraient sans but. Une heure au musée du Louvre vaudrait mieux que des descriptions sans cette âme que le crayon seul peut leur donner.

D'autre part, quoique nous possédions très peu de monuments accadiens d'une ancienne époque, la stèle de Narâm-Sin à elle seule

1. La tour de Goudéa et la tour de Choutrouk-Naklikhounte (1150 av. J.-C.) sont construites avec les niérnes briques et selon les mêmes procédés.

proiiverait que la Chaldée du nord ne le cédait pas à celle du sud. Entre ce double art ancien et l'art babylonien des cylindres archaïques et des monuments de tiammourabi, il n'y a pas non plus de ligne de démarcation bien nette'. L'art babylonien, plus récent, sera assez naturellement considéré comme dérivé, mais que penser des relations entre l'art sumérien et l'art susien? Tout d'abord, il faut rejeter l'hypothèse unique d'un transport par les armées victorieuses. La stèle de Narâm-Sin, le code de Hammourabi, quelques autres pièces encore sont des trophées, mais ce cas est de beaucoup le plus rare.

Plusieurs objets, surtout de petit calibre, ont pu être exportés par le commerce ; mais les statues de personnages chaldéens ou susiens ont été faites sur place, et cela prouve l'existence d'un art local dans les deux régions; il a dû s'étendre naturellement à toute la série des < objets.

D'où la question de savoir si l'art de la secijnde époque est né à Suse ou en Chaldée. Le seul fait de la conquête de Suse par les Chaldéens, gens de Sumer ou gens d'Accad, n'est pas décisif, puisque nous savons que les Romains ont imité les arts grecs et les Francs les arts gallo-romains.

1. C'est l'oiiinion très airêtée de M. PoUier. certainement |>référaljle à celle de M. Ed. Meyer, qui a [irétendu que l'art sumérien représente une race diiïorente de celle d'Accad.

Mais le problème serait résolu en faveur de la Ch aidée s'il était vrai que l'art de Suse est inférieur. Il ne serait pas absolument impossible, il serait toutefois étrange, que les Chaldéens victorieux aient emprunté aux Élamites un art qu'ils auraient développé d'une façon supérieure. Or un juge aussi compétent que M. Pottier estime que les choses se sont pjissées « comme si lart susien, dans sa rudesse un peu plus barbare, était un rameau détaché du même tronc que l'art sumérien de Lagash ». L'infériorité de Suse ne tient pas aux matériaux employés. Non, « ce sont deux arts congénères, l'un plus barbare, l'autre plus savant » ; « une différence foncière de style et d'exécution, une barbarie plus lourde, des formes plus molles empêchent de croire que les sculptures trouvées à Suse soient simplement des objets dérobés en Chaldée ^ ».

Tout s'explique donc au mieux si les Sumériens ou les Accadiens vainqueurs ont imposé aux vaincus leurs propres thèmes. Les Romains ont été séduits par la perfection des chefsd'œuvre de la Grèce, mais leur supériorité était éclatante, et ils furent un envahissement de la beauté dans un pays vide d'objets d'art.

Peut- on prêter ce sentiment aux conquérants chaldéens ?

Lorsque Doungi, roi d'Où r, conquérant de Suse,

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