Mémoires, XI, p
2. Le P. Scheil connaît un pommeau de Satnsi-ilouna, prince sémite de la dynastie très sémitique de Hamraourabi, qui est conçu dans le mode des inscriptions de Goudéa.
ment qu'on peut en tirer est-il fortement battu en brèche par l'identité de Fart.
Mais, dira-t-on, les Anzanites ne seraient-ils pas oes Sumériens mystérieux sous un autre nom?
Non, car les princes d'Anzan ont conquis Susc, puisqu'ils la nomment au second rang, et ils ont adopté l'alphabet chaldéen. On doit, il est vrai, faire remonter leur conquête aux temps antérieurs à Naràm-Sin, mais n'est-ce pas cette conquête qui a interrompu sur le tell toute civilisation pendant une période qui correspond à plusieurs mètres de débris?
De cette façon, tout est suffisamment clair.
La civilisation sémitique fleurit d'abord à Suse, venue des montagnes voisines avec les premiers habitants établis au bord de l'eau. C'est le temps de la poterie fine. Détruite par l'invasion anzanite, cette civilisation se perpétue en Chaldée et s'y développe. Les Susiens, possesseurs d'une écriture idéographique, la conservent et l'adaptent peut-être à l'anzanite.
Bientôt les rois de Lagach, puis de Kich, puis de nouveau de Lagach s'installent à Suse^. C'est la renaissance de la poterie ; c'est le moment où les Ânzanites s'emparent de l'écriture chaldéenne, supérieure au proto-élamite, et la perfectionnent en la purgeant d'idéo-
1. On remarquera l'invraisemblance de ces conquêtes alternées, si Lagach n'est pas sémitique aussi bien que Kich, l'art étant toujours le même.
grammes qui n'avaient pas de valeur spéciale pour eux. Puis un nouvel élan donné aux forces anzanites amène la création d'un royaume d'Élam, et, dans son premier essor, il déborde même sur la Chaldée. Nous sommes dans la situation que reflète le célèbre chapitre quatorzième de la Genèse. On n'a point découvert jusqu'à présent le nom du grand monarque biblique Chodorlaomor qui traînait à sa suite les princes chaldéens. On sait du moins que son nom est parfaitement élamite. Mais déjà Babylone avait conquis une situation prépondérante, Hammourabi rafiVanchissait du joug de l'Élam, désormais le foyer d'une résistance acharnée aux Babyloniens et aux Assyriens. Nous continuons à dire Elam et Élamites pour nous conformer à l'usage assyro-babylonien, mais il ne faut pas oublier que désormais cet Élam est au pouvoir des rois d'Anzan.
Ici, nous sommes en pleine période historique, — grâce aux découvertes de la Délégation, — et en même temps nous avons monté d'un niveau sur le tell de l'Acropole de Suse.
A ce niveau, le 11% on a enfin découvert des ruines qui ont permis de dessiner approximativement le plan des temples qui occupaient seuls, semble-t-il, ce sommet consacré aux dieux ^
Ce n'était pas évidemment la première fois
1. Vestiges de constructions élamites, pai" R. de Mecquenem, 1911. Tirage à part du Recueil de travaux, aimablement ofiferl par l'auteur.
qu'on y construisait des sanctuaires, et on a reconnu au niveau des conquérants chaldéens les traces d'une plate-forme artificielle qui était destinée à les soutenir; mais, établie au moyen <le brique crue et de terre pilée, elle supportait probablement des temples bâtis avec les mêmes matériaux qui ont disparu. Les constructions en brique cuite ont seules laissé des traces importantes, mais on ne les employa qu'à partir du sommet du IIP niveau, à la période qu'il faudrait nommer anzanite plutôt quélamite.
Deux temples ont été étudiés : celui du dieu In-Chouchinak et celui de la déesse Nin-Khar- Chag. Ces temples étaient entourés d'enceintes et comprenaient eux-mêmes un sanctuaire plus sacrée Leur présence est signalée par des dépôts votifs déposés de façon à former des rectangles. Chacun d'eux se composait dune statuette de bronze portant sur la tête un coussinet, et d'une tablette de pierre tendre avec l'inscription consécratoire. Or ces tablettes portent le nom de l'antique Chaldéen Doungi. Elles ont donc été réemployées lorsque le roi élamite Chilkhak In-Chouchinak a rebâti le sanctuaire du dieu snsien. A côté de ces temples, il y avait, sans doute, un bâtiment consacré aux trophées, car c'est dans le même endroit qu'on a trouvé ces dépouilles opimes des Élamites et de la science
1. Le temple du dieu a 20", 70 sur 8'", 50; le sanctuaire, 8 mètres sur 4°',90.
moderne, la stèle de Narâm-Sin, le cadastre de Manichtousou et le code de Haaimourabi,
M. de iMecquenem décrit ainsi l'aspect que devait offrir le sommet de l'Acropole au temps de sa splendeur : « Ses flancs étaient garnis des habitations de gardiens et serviteurs du culte; à son sommet se détachaient plusieurs grands temples; auprès d'eux, de nomJDreux sanctuaires et mausolées étaient entourés de bosquets et de jardins irrigués à grands frais de canaux et de machines^. » On n'a pas identifié de demeure royale.
L'Acropole de Suse avait donc l'aspect d'un haut lieu à la manière sémitique. Il est très probable que tel est le sens d'un monument en bronze d'un intérêt exceptionnel qui se trouve au Louvre (salle des Saints-Pères), et que M. J.-Ét. Gautier, qui a eu la bonne fortune de le découvrir, a expliqué avec un tact parfait-. Rien n'y manque de ce qui constituait un lieu de culte sémitique : deux temples, une table d'offrandes à cupules où peut-être étaient immolées les victimes ; les stèles ou masseboth, les arbres ou achéi^as. Telle est l'impression produite par cette pièce, que le P. Vincent n'a pas hésité à la faire figurer dans son Canaan^ pour illustrer les cultes cananéens. Ainsi, ce que nous savons des constructions religieuses s'adapte bien à la conclu-