Mémoires, t. XI
sion déjà proposée, que la civilisation de Suse est sémitique par ses origines.
Autant qu'on peut s'en rendre compte, son dieu principal, celui qu'on nomme In-Chouchinak, c'est-à-dire le dieu de Suse, est le pendant exact du Ninib chaldéen, et la déesse dont on a conservé de très nombreuses représentations en terre cuite est bien la déesse nue des Chaldéens et des Cananéens.
On ne saurait interpréter avec précision les mythes que les Susiens ont représentés sur leurs vases. Il serait prématuré d'y retrouver les traditions qui nous sont connues par la Bible. Mais la ressemblance des sujets avec ceux de la Chaldée, que nous avons constatée déjà, indique les mêmes idées religieuses. Silos rois élamites, en tranquille possession de Suse, ont relevé les temples anciens en y remettant les fondations de Doungi, c'est qu'ils n'ont pas essayé de convertir leurs sujets susiens à la religion anzanite ; eux-mêmes ont plutôt rendu hommage aux dieux du pays, dans le même esprit de respect des religions locales qui inspira depuis Cyrus.
Après de longues alternatives de succès et de revers, une fois de plus la guerre s'engagea entre les Anzanites et les Sémites. Cette fois, elle fut atroce, inexpiable, car elle était conduite du côté des Sémites par les Assyriens, guerriers beaucoup plus féroces que les antiques Chaldéens. Leur esprit militaire, entraîné par Assourbanipal, l'emporta. Le conquérant ne fit pas
seulement la g-uerre aux vivants; il s'acharna contre les mausolées : « Je les ai renversés, je les ai détruits, je les ai brûlés au soleil. J'ai emmené leurs ossements au pays d'Assour, j'ai laissé leurs mânes sans refuge; je les priverai d'aliments et de libations. » Sacrilège atroce et qui devait être puni. Ce fut peu après qu'une immense vague se répandit sur l'Asie entière et menaça même l'Europe. Gyrus, Perse, fils de Perses, mais qui reprit le nom antique de roi d'Anzan, fondait la puissance aryenne et ses successeurs étalaient de splendides palais sur les tells de Suse, voisins de l'Acropole.
A cette discussion, fort épineuse, je l'avoue,' je dois ajouter un post-scriptu?7i (juin 1914) pour la mettre au point.
Jusqu'à ces derniers jours, la théorie sumérienne soutenait seulement que les Sumériens, habitants primitifs de la Basse-Chaldée, avaient transmis aux Sémites, avec l'écriture, quelquesunes de leurs idées religieuses et de leurs institutions.
Spécialement on prétendait distinguer l'art sumérien et l'art sémitique. Je me suis appliqué, d'ailleurs à la suite de M. Pottier, à montrer qu'il n'y eut qu'un art chaldéen; j'ai même ajouté que cet art chaldéen paraissait avoir les mêmes origines que l'art le plus ancien de Suse. Par conséquent je ne voyais, à propos de l'art, aucun indice d'une race sumérienne, com-
plètement distincte des Sémites, habitant avant eux Ja Basse-Chaldée. Si l'écriture cunéiforme n'est pas d'origine sémitique, elle a pu venir d'ailleurs.
M. Tlîureau-Dangin, un maître aussi estimé en Allemagne qu'en France pour ses beaux travaux sur les textes sumériens, reconnaît, lui aussi, qu'il n'y eut à l'origine qu'un art chaldéen — dont il semble d'ailleurs distinguer l'art primitif de Suse. Mais au lieu d'en conclure que les habitants de la Basse-Chaldée n'avaient point une civilisation totalement distincte de celle des Sémites, il fait des Sumériens une race distincte et leur attribue toute cette civilisation. Les Sémites qui ont envahi le pays des Sumériens « arrivaient avec le mince bagage du nomade et, à la population sédentaire, anciennement civilisée, au milieu de laquelle ils s'installaient, ils empruntèrent tout : écriture, art, sciences, institutions, religion, tout — sauf la langue' ». Tout, c'est beaucoup dire. En effet, les Sémites d'Assyrie et de Babylonie ne sont point les seuls. Ceux qui ont vécu du torrent d'Egypte à l'Oronte avaient, eux aussi, des institutions, des religions, des coutumes ressortissant au même état d'esprit. Sauf ce qui regarde la religion, les Israélites eux-mêmes ne font pas exception, et les Arabes, malgré leur existence nomade, ont la même imagination.