‹ Mélanges d'histoire religieuseChapitre 14 sur 109 · LA COLONIE JUIVE DE L'ILE D ÉLEPHANÏINE · texte numérisé non relu

LA COLONIE JUIVE DE L'ILE D ÉLEPHANÏINE

condamner à avoir la tête tranchée. Et, pourtant, le proverbe dit encore qu'un bienfait n'est jamais perdu. L'exécuteur des hautes œuvres, jadis sauvé par Aliikar, lui substitue un eunuque, serviteur de l'ancien vizir. Ici, la vieille histoire n'est plus morale ; aussi les accommodations plus récentes n'ont pas manqué de transformer l'eunuque en un condamné à mort. Après des péripéties ensevelies sous les sables du désert, la vertu est reconnue et remise en place. Pour unique châtiment, le vieillard accable son neveu de nouvelles sentences qui, cette fois, réprouvent sa perfidie; on sait qu'il en creva de dépit 1.

L'histoire avait été composée par un adorateur des dieux. Ce sont probablement des .Juifs qui l'ont copiée, et avec soin, comme un précieux monument de littérature. Nous leur en savons bon gré ; mais quelle ne serait pas notre gratitude s'ils nous avaient transmis quelques passages de leurs anciens prophètes! Espérons qu'il ne se rencontrera pas de critique assez osé pour conclure de leur silence que la littérature sacrée n existait pas. D'après ce que nous avons vu, ils ne devaient pas se soucier beaucoup de reproduire les anathèmes de Jérémie ou les malédictions du Lévitique et du Deutéronome.

1. Dans la Vie d'Ésope, Ennus est touché; on dirait qu'il meurt de repentir.

{Le Correspondant, 10 sei»teiiibre 1908)

L'Egypte, disait Hérodote^ est un don du Nil. Palmyre, d'après Josèphe, doit son existence à une source, la source ])énie, comme diront les inscriptions reconnaissantes. Depuis trois jours on a quitté les pays de culture. A peine a-t-on rencontré en vingt heures un puits d'eau saumâtre. Les collines croisent les collines, les vallées se coupent dans un mélange confus où rien n'arrête le regard. Cependant une ceinture de monticules sablonneux harre la direction de l'est qu'on a obstinément suivie depuis Homs. On pé-

1. Les pages qui suivent ne contiennent ni érudition, ni descrii)tions pittoresques. Des maîtres, à la suite de Volney, ont peint avec les [)lus riches couleurs « la reine du désert ». Mais peut-être y a-t-ll intérêt à tracer une idée moyenne exacte de son histoire, de ses monuments, de ses inscriptions, de sa religion. On essaye de dire ici très brièvement ce qu'a été et ce qu'est encore Tadmor, que nous connaissons plutôt sous son nom grec de Palmyre.

nètre par un col dans une sorte de théâtre dont la scène se prolongerait à l'infini par une mer de sables, horizontale et morne. Aux derniers contreforts des hauteurs, dans le sable jaune, brûlant et stérile, jaillit une source. Elle est légèrement sulfureuse, mais ce goût disparaît quand elle a coulé à l'air libre pendant quelques mètres. Abondante, limpide, féconde, elle sort du désert, et, pendant quelques centaines de mètres, le désert se couvre de verdure. Le palmier, l'olivier, la vigne, le figuier croissent à l'envi et forment ces jardins si chers aux Orientaux.

On s'est souvent demandé, — et des in-folios sans nombre ont traité la question sans résultat, — où était le Paradis terrestre. Le Paradis terrestre, c'était une oasis comme celle de Palmyre, avec sa source, sortie de l'Éden, qui en assyrien signifie « désert, steppe », pour arroser le jardin. Ainsi Damas, véritable émeraude sertie dans l'or des sables fauves qui l'entourent; ainsi Baalbek, où la source qu'on a crue divine égayé pour un moment la vallée âpre et rocheuse qui a fourni les énormes pierres du temple; ainsi Maân, où faisaient halte les marchands sabéens qui du sud de l'Arabie gagnaient la Palestine.

Un endroit aussi propice a dû être habité, au moins en passant, par des nomades, dès les temps les plus anciens. Josèphe croyait que Palmyre avait été bâtie par Salomon. Il semble bien

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que cette tradition soit déjà contenue dans la Bible 1.

La soudaine extension du royaume des Palmyréniens est précisément un des faits qui montrent le mieux comment un petit peuple comme Israël a pu, d'un brusque élan, reculer ses frontières jusqu'à l'Euphrate. Maître de Hamath, Salomon a pu occuper l'oasis de Palmyre avec quelques cavaliers et pousser une pointe hardie jusqu'au grand fleuve.

Quoi qu'il en soit de ces lointaines origines, Palmyre ne devint florissante que sous les Séleucides et sous les Romains, et c'est ce qu'il est facile de s'expliquer en jetant les yeux sur une carte.

Le rivage de la Méditerranée, de l'Egypte au golfe d'Alexandrette, n'est presque qu'une longue chaîne de montagnes. Le massif principal est au centre, où les sommets du Liban et de l'Antiliban s'interposent comme une double muraille gigantesque entre le désert et la mer. A gauche, en regardant l'occident, ce sont les collines de Judée et de Galilée ; à droite, la montagne des

1. Le document Je plus ancien, le livre des Rois (III Reg., ix, 18), porte, il est vrai, Tamar, et non Tadnior. et fait probablement allusion à une ville située au sud de la Judée : « Et il bâtit Tamar, dans le désert, dans le pays. » Le pays ne peut signifier une région lointaine, et le désert de Juda contenait en effet une Tamar (Ezéchiel, xlvii, l'.i). Mais le livre des Paralipomènes marque clairement la situation de Tadmor. Le contexte nous transporte à Hamath de Soba, puis ajoute (II Par., vni, 3-4) : « Et il bâtit Tadmor dans le désert, et toutes les villes de provisions qu'il bâtit dans Hamath. »

Ânsaryéhs, puis l'Amanus. Chacune de ces trois régions a eu ses villes importantes. Au sud rien ne désigne un point plutôt qu'un autre, Jérusalem ne doit pas sa fortune à la nature, mais à l'histoire ou plutôt la religion. Derrière l'Antiliban, Damas est une merveilleuse oasis naturelle, la perle du désert.

Plus au nord, Haniath, sur le cours de l'Oronte, ferme comme une clôture, — c'est le sens de son nom, — la vallée de la Cœlésyrie, mais dans cette vallée même, à l'endroit où elle s'épanouit en une immense plaine, il y avait place pour une grande cité. Ce fut d'abord la Qadès des Hétéens, puis Émèse, aujourd'hui Homs. Cependant ni Hamath, ni Homs ne furent le centre de grands royaumes, du moins pour longtemps. De plus brillantes destinées étaient réservées au cours inférieur de l'Oronte. Tant que la Syrie resta pour ainsi dire concentrée en elle-même, ou que son commerce avec l'Europe s'effectua surtout par l'entremise des Phéniciens, on ne songea pas à utiliser cette admirable baie qui forme un angle rentrant entre l'Asie Mineure et la Syrie. Mais lorsqu'un puissant royaume grec fut fondé qui allait de la Syrie à la Bactriane et à Babylone, on comprit la nécessité de lui donner pour ainsi dire deux pôles : Antioche, qui communiquait avec la Grèce par son port de Séleucie de Piérie, et la Séleucie orientale, fondée par Séleukos V% et qui compta, dit-on, jusqu'à 600,000 habitants. De ce jour la fortune

de Palmyre prit son essor ; elle était devenue l'intermédiaire obligé entre les deux capitales du royaume des Séleucides.

Sa situation devint plus favorable encore lorsque Séleucie tomba au pouvoir des Parthes (liO av. J.-C).

Les Arabes du désert n'étaient jjIus seulement placés entre deux villes florissantes et amies, qui, au besoin, auraient pu se passer d'eux et échapper à leurs incursions en acheminant leur commerce par la voie plus long-ue del'Euphrate. Ils occupaient désormais un point d'intersection entre deux grands empires, souvent en guerre, mais presque toujours soucieux d'échanger leurs produits.

Il y avait déjà un profit notable à espérer du pillage des caravanes assez audacieuses pour se lancer dans le désert. Mais, les piller, c'était les contraindre à prendre une autre route. La grandeur de Palmyre naquit le jour où un chef influent eut assez d'intelligence pour comprendre qu'on gagnerait beaucoup plus à conduire les caravanes qu'à les razzier, à les attirer qu'à les mettre en fuite. Il fallait acquérir assez d'autorité pour imposer une politique si sage à des tribus jalouses de leur indépendance. L'instinct des Arabes les inspira peut-être plus sûrement que le génie d'un homme.

Depuis Mahomet, nous les connaissions surtout comme des conquérants. Dans l'antiquité, ils ont été d'aussi g'-rands marchands, à travers les

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déserts, que les Phéniciens sur mer. C'est le commerce et la conduite des caravanes qui avaient fait la fortune des antiques Ismaélites, des synodiarques de Maân et de Saba. Le royaume des Nabatéens, ces précurseurs desPalmyréniens, avait inauguré un nouvel ordre de choses. Désormais, les Arabes ne se contentaient plus d'être des intermédiaires entre les Indes et le monde occidental ; ils s'étaient installés sur les confins de la Syrie. Le développement de Palmyre, comme celui de Pétra, suppose un aftlux de tribus arabes groupées en confédération qui prennent le contact avec la culture. La civilisation à laquelle ils se soudent est déjà imbue d'hellénisme. Ils s'efïbrceront donc de se hausser à la hauteur de ce génie qu'Alexandre avait rêvé d'imposer à tout l'Orient, et ils y seront encouragés en voyant les Parthes eux-mêmes s'essayer à jouer Euripide.

Les premières origines nous échappent ici, comme toujours. Tant que Rome ne fut pas solidement assise en Asie, c'est-à-dire jusqu'au règne d'Auguste, Palmyre pouvait affecter la neutralité entre les Parthes et les Uomains, quoique beaucoup plus rapprochée du littoral de la Syrie que du bas Enphrate. Elle se fiait à son désert pour se défendre. « Le désert, a dit un Anglais, était, à beaucoup d'égards, à Palmyre, ce qu'est la mer à la Grande-Bretaguc : il faisait ses richesses et sa défense ^. » Mais cette

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