Wood, Irad. franr., p
« Comme elle pouvait boire beaucoup sans s'enivrer, elle se servait en habile politique de cette qualité de son tempérament pour connaître les esprits. »
Zénobie se flattait de descendre de Gléopâtre, et, plus d'une fois sans doute, l'image de la reine d'Egypte erra devant ses yeux comme un modèle, plus d'une fois aussi elle espéra la venger ou réaliser son rôve de régner sur la moitié orientale de l'empire romain. On ne dit point cependant que son nez ait fait les mêmes prodiges que celui de Cléopàtre, d'après Pascal'. Il faut lui reconnaître des qualités plus solides, on dirait volontiers plus bourgeoises, dans le sens honnête du mot. Voluptueuse, insouciante, spirituelle, Cléopàtre ne comprenait la vie que comme la folle équipée des Inimitables et se déroba par la mort à son vainqueur. Sérieuse, appliquée, bonne mère de famille, Zénobie accepta de figurer au triomphe d'Aurélien et de lui devoir la vie.
Auprès d'elle, son général Zabdas sut mener au combat les escadrons palmyréniens. Le rhéteur Longin partagea sa fortune et mourut victime de sa fidélité. Elle fut moins bien inspirée en donnant sa faveur à Paul de Samosate, évèque d'Antioche, prélat ami du faste et d'orthodoxie douteuse, qui devait finir tristement, condamné par les évêques de sa province et déposé.
1. « Le nez de Cléopàtre : s'il eût été plus court, toute la face de la terre aurait changé. » Pensées, vi, 43, éd. Havet.
i(; MÉLANGES D HISTOIRE RELIGIEUSE.
Cependant l'empire était tombé entre les mains d'un soldat qui mérita d'en être le restaurateur. Aurélien entendait rétablir lunité de l'empire, en fait comme en droit, et concentrer en sa personne toutes les prérogatives du titre impérial. Trop avisé pour ne pas aller d'abord au plus pressé, harcelé par des concurrents sur le Danube et même en Italie, il consentit à renouveler l'entente inaugurée entre Gallien et Odénath. Il ajouta même aux premières concessions par la convention de 270. « Au point de vue territorial », écrit M. Homo', cette convention (( consacre l'annexion à l'État palmyrénien de l'Egypte et de la plus grande partie de l'Asie Mineure; au point de vue politique, elle donne au souverain palmyrénien une situation plus haute. La frappe devient à demi palmyrénienne. Les monnaies latines de Syrie et les monnaies grecques d'Alexandrie portent au droit l'effigie de Waballath, au revers celle d'Aurélien..., avec tous les titres souverains ».
Mais Aurélien ne pouvait consentir à rompre l'unité de l'empire. Le maitre de Rome était seul autorisé à porter le titre incommunicable d'Auguste. Aurélien eût considéré comme une profanation cette division qui parut plus tard à Dioclétien une nécessité inéluctable. Waballath était t'/r consiilaris, ver impcrator , du.r Bornanorum, il n'était pas Auguste.