Semilic inscriplions, New-York, 1901, j). 58 et suiv
Gi, xMELANGES DHISTOIRE RELIGIEUSE.
gue araméenne. Le mot est assyrien ; il s'aait donc du Bel-Mardouk de Babylone dont le culte se répandit d'autant plus facilement dans la partie orientale du monde gréco- romain que les Grecs l'avaient assimilé àZeus. Bel n'est plus ici un dieu spécial, mais le dieu, roi des dieux, sous une étiquette babylonienne d'origine, et c'est à lui que s'adressent sans aucun doute les allusions faites par les textes au dieu bon, au dieu éternel, au dieu béni à jamais, au dieu rémunérateur.
Certains savants se sont crus autorisés par ces expressions à conclure que les Palmyréniens étaient parvenus d'eux-mêmes au monothéisme. Si le fait était prouvé, il faudrait sans doute tenir compte de l'ambiance des idées juives et de la propagande chrétienne. Mais, quoi qu'il en soit de ces influences, ce monothéisme prétendu ne s'élevait guère au-dessus du monothéisme monarchique d'Homère et n'empêchait pas le culte d'autres dieux, parmi lesquels « le dieu Alexandre », c'est-à-dire Alexandre Sévère, divinisé de son vivant. Au-dessous de Bel, Malakbel semble avoir joué un rôle prépondérant. Il est expressément assimilé au soleil dans un texte bilingue, et M. Lidzbarski a pensé ingénieusement que son nom même signifie le messager oulange du Soleil, la manifestation du Dieu suprême se révélant au monde dans les rayons de l'astre. Cette hypothèse est encore peu sûre, parce que Bel lui-même était représenté avec des rayons, et Malakbel s'entendrait aussi comme << le roi
Bel ». Le couple Aglibôl et larkhibôl vient ensuite, et quoique le nom de larkhibôl, où outre lélément du « mois », ait paru indiquer un dieu Lune, certaine représentation figurée lui attribue, à lui aussi, un caractère solaire.
On voit que, dans la réalité, Au rélien ne se trompait pas trop en constatant la dévotion des Palmyréniens pour l'astre du jour, mais cette extension de l'aspect solaire est l'œuvre du syncrétisme gréco-romain, plutôt quun trait spécial de la race.
C'est sans doute à cause de cet envaliissement d'apparence monothéiste que le culte de la divinité féminine n'a pas chez eux la même importance que dans le reste du monde sémitique. Ils avaient été beaucoup moins fidèles que les Nabatéens à l'antique Allath, la déesse des Arabes au temps d'Hérodote. Son nom se trouve cependant dans le composé Wal)allath, « don d'Allath » et la transcription grecque « Athénodore » prouve qu'on assimilait Allath à Minerve ou Athéné.
Malgré tant d'influences diverses, les nomades devenus civilisés avaient gardé l'empreinte de leur ancienne organisation. Les dieux n'étaient pas ici, comme en Grèce ou môme en Babylonie, les dieux du sol ou de la cité, mais les dieux des tribus ou des clans. Ces dieux, et par là il ne faut point entendre des génies tutélaires de second ordre, mais les grands dieux, et même le dieu suprême, étaient donc en quelque
facondes dieux personnels, les dieux des ancêtres dont le clan était censé descendre. S'il est intéressant de noter un rapprochement aussi étroit avec l'invocation des Hébreux au Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, ce ne peut être qu'à la condition de distinguer soigneusement le Dieu unique des patriarches du dieu choisi par chaque clan dans un panthéon varié. Pas plus à Palmyre qu'ailleurs, le désert n'a été monothéiste, et chaque découverte donne un nouveau démenti à l'ingénieuse formule de Renan.
Loin d'offrir au monde un principe vraiment fécond, la religion palmyrénienne, déjà épuisée et contaminée, ne survécut guère à la ville. Il est touchant, pourtant, car rien ne nous est étranger des aspirations religieuses de l'àme, de retrouver, dans l'immense étendue de l'empire, des inscriptions qui rappellent que tel cavalier palmyrénien, à Rome, en Afrique, ou dans l'humide Germanie, loin de sa cité et de ses temples, se souvenait encore, dans cet exil, « des dieux de Tadmor »,
LES RELIGIONS ORIENTALES ET LES ORIGINES DU CHRISTIANISME, A PROPOS UE LIVRES RÉCENTS
{Le Correspondant, ih juillot 1910)
La science des religions s'est trop empressée de tirer des conclusions de l'histoire des religions. Avant même que les faits fussent suffisamment connus et classés convenablement, on a voulu en extraire des systèmes, et ramener à des théories générales le peu que l'on savait. Les commencements du christianisme devaient nécessairement être soumis à ce traitement. Ceux qui ne veulent pas y reconnaître le doigt de Dieu ne pouvaient, d'après les idées régnantes, rechercher ses origines que dans l'évolution des croyances. Et peut-on môme parler d'origines, quand il est entendu que toute croyance n'est que le développement d'une croyance antérieure? Quelques-uns voient dans le christianisme une synthèse, la synthèse des religions orientales, synthèses elles-mêmes des religions naturalistes et de la philosophie hellénistique.
Mais le christianisme est trop original pour qu'on essaie sérieusement d'en faire un conglomérat. On a plutôt recours à la comparaison des ébauches. Le monde gréco-romain, en quête d'une religion qui satisfit son idéal, au moment où les divinités grecques étaient décidément reconnues vides du divin, aurait puisé une inspiration nouvelle en Orient, pour alioutir enfin au christianisme. Des esprits plus modérés s'en tiennent à la vague théorie des origines communes, des idées courantes, des aspirations générales auxquelles le christianisme aurait dû sinon sa formation, du moins son succès.
Les premiers apologistes chrétiens, pour la plupart, n'ont pas refusé la collaboration de la raison humaine pour faire triompher leur foi. Remontant plus haut, quelques-uns se sont plu à dire que la philosophie d'un Socrate ou d'un Platon lui avait préparé les voies. Cependant, si l'on excepte, comme on le doit, la religion juive, aucun Père n'a attribué à une religion antérieure d'avoir disposé les âmes à la foi chrétienne. C'est pourtant ce que l'on écrit un peu partout aujourd'hui, même dans des ouvrages d'ailleurs très remarquables par l'érudition, par la vigueur de la pensée, et par le respect qu'on y professe pour nos croyances.
Une revue catholique ne peut plus se dispenser d'aborder ce sujet. 11 est d'une étendue à faire peur. Dès le début, nous écartons l'influence délétère qui a pu être exercée par les
religions païennes sur la société chrétienne. Cette action il faut la reconnaître; elle s'exerce encore çà et là, on ne peut que le déplorer.
Nous ne pouvons non plus parler du culte et du développement des usages chrétiens. Ce sujet vient d'être traité avec méthode et dilig-ence par un jeune érudit de la Compagnie de Jésus, le R.P. Pinard 1.
Nous n'avons donc en vue que les grands principes qui sont l'essence de la foi chrétienne et catholique. L'Église catholique croit en un seul Dieu, créateur du ciel et de la terre. Elle le distingue du monde, sans cependant le placer dans la « catégorie de l'idéal », et elle le dit personnel, sans cependant lui refuser d'être infini. L'Église croit que Jésus-Christ est à la fois Dieu et homme et l'adore sans méconnaître la distance infinie qui sépare la créature de la divinité. Elle croit qu'on ne peut être sauvé que par les mérites de Jésus-Christ, et cependant elle exige une stricte moralité personnelle. En attendant son union éternelle avec le Christ^ elle lui est unie par l'Eucharistie, dans laquelle elle reçoit le corps et le sang de Jésus.
Telles sont, par rapport à la controverse récente — car nous ne pouvons tracer ici le tableau de tout le dogme — les doctrines vitales de l'Église. Elle les a fait prévaloir; peut-on dire
1. Infiltrations païennes dans le culte juif et dons le culte chrétien, extrait de la Revue apologétique de Belgique (1909).
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qu'elle les a empruntées, ou même qu'elles lui sont communes avec d'autres religions? C'est bien ce que joarait suggérer M. Cumont : « Le fait essentiel, si l'on considère l'empire romain, c'est que les religions orientales ont répandu, antérieurement puis parallèlement au christianisme, des doctrines qui ont acquis avec lui une autorité universelle au déclin du monde antique '.))Jesais bien que cette proposition, assez nette, est adoucie dans le cours de l'ouvrage du savant belge par mainte restriction, que, dans plus d'un cas, il rend hommage à la supériorité du christianisme, que les divergences ne le frappent pas moins que les rapprochements. Cependant on retire de sa synthèse l'impression que le paganisme s'était haussé au niveau du christianisme : « Les deux croyances opposées se meuvent dans la même sphère intellectuelle et morale, et, de fait, on passe alors de l'une à l'autre sans secousse et sans déchirement 2. » Et cela pourrait s'entendre d'une influence du christianisme sur son adversaire, mais cette influence, que M. Cumont ne nie pas, il ne paraît pas lui faire une large place, et, ce qui est plus grave, c'est ceci : « A mesure qu'on étudiera de plus près l'histoire religieuse de l'empire, le triomphe de l'Eglise apparaîtra davantage, pensons-nous, comme l'aboutissement d'une longue évolution
1. Lex Religions Orientales dans le paganisme romain, par Fraiiz Cuiiioiit, professeur à l'L'niversité de Gand, p. xviii.